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Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à la Sainte-Trinité pour le centenaire de la consécration de l’église – Solennité du Christ-Roi - Année C - Dimanche 24 novembre 2013
Le Christ ne règne pas à la manière des puissants de ce monde, mais par la domination de l’amour. Essayer d’être disciples et témoins du Christ dans la société ce n’est donc pas chercher à dominer mais c’est mettre en pratique l’amour à travers nos comportements et nos organisations, la faiblesse de nos moyens.
Frères et Sœurs,
Quand les anciens des tribus d’Israël viennent chercher David pour en faire leur roi, leur premier désir est que ce roi leur donne un statut comparable aux peuples qui les entourent. Ils veulent un roi comme les autres peuples ont un roi, ils espèrent que cette royauté de David les fera reconnaître comme un peuple comparable aux autres et leur donnera un statut dans les conflits et les tensions qui règnent autour d’eux. Bien sûr David accomplira cette mission, mais déjà nous l’entendons dans le second livre de Samuel, la royauté à laquelle Dieu destine David n’est pas simplement cette royauté politique. Dieu veut que David soit le Pasteur d’Israël, son peuple. Et s’il doit être le chef d’Israël, ce n’est pas pour affirmer qu’Israël est un peuple comme les autres, mais pour affirmer qu’Israël est le peuple de Dieu. Ainsi, nous sommes invités à découvrir, comme Israël tout au long de son histoire, que le Règne de Dieu sur le monde ne se compare pas à la domination politique d’une nation, d’un dictateur ou d’un chef qui dominerait les autres et qui imposerait sa loi à l’humanité. Nous avons malheureusement, au cours du XXe siècle, connu quelques exemples de cette prétention à établir un royaume pour mille ans comme on disait du IIIe Reich, ou à établir une domination universelle comme Staline supposait qu’il pourrait le faire avec le communisme.
Placer le Christ dans la catégorie royale en le déclarant Roi de l’Univers, ce n’est pas le mettre en concurrence avec des dictateurs ou des conquérants tels que l’histoire en a produits. En faisant inscrire au-dessus de la croix « Jésus de Nazareth, roi des Juifs », Pilate posait un acte de dérision non seulement à l’égard de celui qui était crucifié, mais encore à l’égard du peuple juif. Voilà le roi que les Juifs méritent, semblait dire cette inscription, et voilà la royauté à laquelle il prétend. Les gens qui étaient au pied de la croix, le peuple qui assistait à ce spectacle n’étaient pas loin de partager les sentiments de Pilate quand ils s’adressaient au Christ, ou quand ils commentaient la situation en disant : s’il est le Messie, qu’il descende de sa croix et qu’il se sauve. Autrement dit -et nous en aurons encore la trace après la résurrection quand Jésus rejoindra les disciples sur le chemin d’Emmaüs- nous croyions, nous, qu’il allait rétablir le royaume d’Israël. Jusque, et y compris au moment de sa crucifixion, l’attente spontanée peu critique du peuple à l’égard du Messie, c’est l’attente d’un chef capable de rétablir Israël dans ses droits et de manifester qu’il y a autour de l’alliance, un peuple comparable aux autres peuples. C’est une tentation qui n’a pas disparu avec la résurrection du Christ, ni avec la Pentecôte, ni avec l’Église, ni avec l’extension de la parole de Dieu à travers le monde. Combien de chrétiens, inconsciemment, à travers les âges ont-ils rêvé que la domination de la foi sur le monde assurerait une suprématie incontestable ? Combien rêvent encore que les chrétiens porteurs de cette parole de Dieu puissent devenir des concurrents légitimes par rapport aux organisations ou aux personnages politiques ? Combien rêvent que la foi soit vraiment une idéologie pour ce monde ? Nous ne sommes pas les porteurs d’une idéologie politique. Nous sommes porteurs de la promesse de Dieu de rassembler l’univers entier sous sa domination. Et l’univers entier ne concerne pas seulement une fraction de l’humanité dans une fraction du temps, cela concerne tous les hommes et les femmes dans le temps et l’espace. Le Christ Roi de l’Univers n’est pas la figure inversée d’un règne politique ou d’un roi humain, il est la manifestation de la primauté de Dieu sur toute vie en ce monde, comme dans le reste de l’univers que nous ne connaissons pas.
Ainsi, contempler le Christ en croix, ce n’est pas entrer dans un jeu de paradoxes où nous pourrions militer pour l’inversion des valeurs, comme si l’ignominie qui marque la crucifixion était en elle-même un jugement de la gloire dont aiment à s’entourer les chefs de ce temps. Le Christ en croix est vraiment la figure du règne de Dieu sur le monde, non pas par la domination de la puissance, mais par le signe de la faiblesse offerte par amour pour les hommes. Le règne de Dieu sur le monde s’exprime forcément avec les catégories d’un vocabulaire de domination telle que nous l’avons appris de l’histoire, mais nous devons ajuster cette attente du règne de Dieu, non pas sur les nostalgies des dominations humaines, mais sur la réalité de la manière dont le Christ se présente, non seulement comme le Roi des Juifs, mais comme le Roi de l’univers, livré et crucifié par ses ennemis, offert par amour pour le salut de tous les hommes. La domination du Christ sur l’univers, ce n’est pas la domination de la puissance, c’est la domination de l’amour.
Ainsi pour nous qui sommes l’Église du Christ dans le monde de ce temps, essayer d’être disciples et témoins du Christ au cœur d’une société comme la nôtre, ce n’est pas faire apparaître une puissance supérieure à celle qui nous entoure, c’est manifester l’abandon, le don de soi, l’esprit de service, la mise en pratique de l’amour, à travers nos comportements et nos organisations. Si nous pouvons nous glorifier, comme saint Paul le dit dans ses épîtres, ce n’est pas de notre force, c’est de notre faiblesse. Si nous pouvons espérer toucher le cœur des hommes ce n’est pas parce que nous serions les plus forts, c’est parce que la puissance de Dieu éclate à travers la faiblesse de nos moyens et de nos capacités.
Ainsi, frères et sœurs, faire mémoire du siècle écoulé qui marque l’existence de cette paroisse, ce n’est pas faire mémoire de nos gloires passées, c’est faire mémoire du signe de charité que des générations successives ont mis en œuvre dans ce quartier, inventant à chaque génération les moyens nécessaires pour que l’amour de Dieu soit manifesté aux hommes. Recevons ce signe de la continuité du service de l’amour comme un appel pour nous-mêmes, pour ce temps que nous vivons et pour le temps qui vient.
Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.


Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Messe en la Solennité du Christ-Roi à Notre-Dame - Année C - Dimanche 24 novembre 2013
Le Christ n’est pas venu se substituer au pouvoir politique. Il est roi de l’univers parce qu’Il donne sa vie pour la vie du monde et tout rassembler sous la conduite de la Parole de Dieu.Célébrer le Christ Roi, c’est donc entrer dans un chemin où la conquête ne vise plus le pouvoir mais les cœurs.
Frères et Sœurs,
Pilate, en faisant fixer au-dessus du crucifié l’inscription « Jésus de Nazareth, roi des Juifs », posait un acte de dérision, non seulement à l’égard de celui qui était supplicié, mais encore à l’égard du peuple Juif. En effet, comment les Juifs auraient-ils pu reconnaître l’héritier de David, le descendant des rois d’Israël dans celui qui avait été condamné, exécuté, sans avoir pu échapper au supplice ? Nous voyons, dans le passage de l’évangile que nous venons d’entendre, une trace de cette incapacité des Juifs à reconnaître leur roi dans celui qui est crucifié : si tu es le Fils de Dieu, si tu es le Messie, alors sauve-toi et descend de la croix. Nous le verrons encore après la résurrection, quand les pèlerins d’Emmaüs chemineront avec Jésus et qu’ils lui diront : nous nous espérions qu’Il rétablirait le royaume d’Israël.
À travers cet écart entre la réalité du Christ en croix et l’imagination de ce que serait le roi d’Israël, nous mesurons bien que le vocabulaire que nous utilisons, qui nous est proposé par l’Écriture, est forcément inadapté, car le vocabulaire royal renvoie inévitablement à une figure de gouvernement, de règne terrestre, de puissance, alors que la réalité telle que Jésus la vit, est beaucoup plus modeste et beaucoup plus difficile à identifier. Et pourtant, il n’a pas récusé d’être le roi des Juifs, au cours de son procès il n’a pas nié qu’il était le roi, mais tout au long de sa vie, par ses actes et ses paroles, il a essayé de conduire ses disciples à découvrir que la royauté dont il était le titulaire était une royauté particulière. Et au moment même de son procès, il leur dira : mon royaume n’est pas de ce monde, si mon royaume était de ce monde, mon Père aurait envoyé des légions d’anges pour me délivrer.
Nous savons bien que cette image d’un roi triomphant et victorieux, continue d’habiter toujours plus ou moins consciemment le regard que nous portons sur le Christ. Nous savons bien que nous rêvons toujours d’un Messie puissant, qui pourra vaincre le mal, terrasser les ennemis, faire triompher la vérité, et établir enfin le règne de Dieu sur la terre. Or, précisément, Il n’est pas venu se substituer au pouvoir politique, aux forces d’organisation de la société, Il est venu annoncer un autre royaume, un royaume qui ne s’identifie avec aucun pouvoir, un royaume qui ne veut absorber aucune société, un royaume qui est un royaume intérieur, le Royaume de Dieu est en vous. Cette manière d’être roi, qui déplace complètement les critères, les repères auxquels nous nous référons, cette manière d’être roi qui ne cherche ni à supplanter la puissance humaine historique, ni à se substituer aux forces qui gouvernent le monde, nous appellent à mieux comprendre comment le Christ est roi de l’univers. Il est roi de l’univers non pas parce qu’Il domine le monde, non pas parce qu’Il impose sa puissance, non pas parce qu’Il corrige les erreurs, Il est roi de l’univers parce qu’Il donne sa vie pour la vie du monde. Et c’est dans ce sens que l’inscription fixée par Pilate, prend une valeur prophétique, oui Jésus est le Roi des Juifs, mais pas à la manière dont beaucoup l’attendaient. Jésus est la tête de l’Église, mais pas à la manière dont un roi est à la tête de son royaume. Jésus est le roi du monde, non pas parce qu’il aurait conquis le pouvoir sur le monde entier mais parce qu’Il a pris possession du monde par le don qu’Il fait de sa vie. Jésus est le roi de l’univers non seulement de ce que nous connaissons de ce monde, de notre petite planète si modeste dans le cosmos, mais il est le roi de tout l’univers, de l’univers des choses visibles et des choses invisibles, parce que tout lui est donné par Dieu et qu’il est venu pour tout rassembler sous la conduite de la Parole de Dieu.
Ainsi, frères et sœurs, célébrer le roi de l’Univers, le Christ Roi de l’univers, ce n’est pas singer ou mimer une apothéose d’un empereur romain ou d’un président de la République, ce n’est pas proposer un contre modèle de gouvernement, c’est entrer dans un chemin où la conquête ne vise pas le pouvoir mais les cœurs. Et la conquête des cœurs ne se fait pas par la contrainte, par la force, par la manifestation de puissance, elle se fait par le témoignage de l’amour, de l’amour de Celui qui livre sa vie pour la vie du monde. Par notre baptême et notre confirmation nous sommes devenus dans le Christ, prêtres, prophètes et rois, et avec Lui nous sommes invités à donner ce témoignage de l’amour, en apprenant jour après jour comment donner notre vie pour nos frères. Le Christ-Roi n’est pas Celui qui vengera ce qui ne passe pas dans notre vie, Il n’est pas Celui qui surmontera nos faiblesses, Il est Celui qui nous entraîne dans le don de sa vie, Il est le roi parce qu’Il est le pasteur, Il est le pasteur parce qu’Il est le serviteur qui donne sa vie pour ses frères.
Que l’Esprit-Saint nous donne au terme de cette Année de la foi de poursuivre ce chemin d’un cœur résolu en mesurant combien c’est un échange difficile pour nous qui sommes tellement avides de maîtriser le monde. Que nous soyons déterminés à suivre le Christ dans le don qu’Il fait de sa vie pour participer à l’avènement du règne de Dieu parmi les hommes.
Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.


Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à ND de la Médaille Miraculeuse pour la Fête de Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse - Mercredi 27 novembre 2013
L’évangile des Noces de Cana nous donne le premier signe que Jésus accomplit en faveur des hommes, ainsi que la place de Marie qui intercède auprès de son Fils. À travers la Médaille Miraculeuse, nous sommes invités à découvrir non pas un objet magique, mais une occasion d’exprimer notre foi au Christ à travers l’intercession de Marie.
Frères et Sœurs,
Vous qui êtes rassemblés aujourd’hui dans cette chapelle pour la fête de la Médaille Miraculeuse, je voudrais vous inviter d’abord à accueillir avec reconnaissance et avec joie le message du prophète Isaïe quand il appelle Jérusalem à se réjouir et à exulter de joie parce qu’il sait que Dieu se comporte à l’égard de son peuple comme une mère console son enfant : « moi-même je vous consolerai dans Jérusalem vous serez consolés, … et votre cœur se réjouira … Et le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs. » (Is 66, 13-14).
Au moment où le Saint-Père vient de nous donner une exhortation apostolique pour clôturer l’Année de la foi et conclure la session ordinaire du Synode des évêques sur la Nouvelle Évangélisation, il nous adresse un grand message sous le titre de « La joie de l’Évangile ». La joie de l’Évangile, la joie de bonne nouvelle que nous avons reçue de toutes sortes de façons depuis notre enfance, que nous avons accueillie, parfois de façon irrégulière, avec des hauts et des bas, avec des moments de plus grande dévotion, des moments plus tièdes, des absences ou des fautes dans notre vie, mais finalement nous avons accueilli cette bonne nouvelle. Et nous nous appuyons sur cette bonne nouvelle de la foi qui nous fait comprendre que notre vie n’est pas abandonnée, que notre vie n’est pas vouée à la solitude et au malheur mais que nous sommes dans la main de Dieu, dans la tendresse de Dieu comme un enfant sur les genoux de sa mère. Dieu veille sur nous et Il nous consolera comme une mère console son enfant.
Cette certitude de l’amour de Dieu agissant pour les hommes est une source de grande paix et de grande joie pour tous ceux qui croient au Christ ressuscité et qui découvrent, par leur foi au Christ ressuscité, la place et le rôle de la Vierge Marie dans l’histoire du Salut. Les apparitions qui ont eu lieu dans cette chapelle pour sainte Catherine Labouré sont un signe supplémentaire de ce rôle de la Vierge Marie dans l’histoire du Salut. Ce message essentiel que la Vierge a transmis à Catherine Labouré, elle a voulu qu’il soit gravé sur la Médaille Miraculeuse : « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ! ». Cette dévotion à l’Immaculée Conception, cette confiance en l’Immaculée Conception vont nourrir tant de pauvres, hommes, femmes, enfants, jeunes gens, adultes, vieillards, personnes en pleine activité ou personnes arrêtées par la maladie, par les infirmités. Tous, quand nous venons exprimer notre affection à la Vierge Marie, nous nous reconnaissons comme des enfants qui ont besoin d’être pris en main et accompagnés. Le témoignage de sainte Catherine Labouré dévoile à nos yeux la fonction de médiatrice de la Vierge Marie qui intervient en faveur de tous les hommes.

Cette intercession de la Vierge Marie, nous en avons le témoignage dans les Noces de Cana, dont nous venons d’entendre le récit, comme le dit l’évangile de saint Jean. Il s’agit du premier signe que Jésus a donné : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit » (Jn 2, 11). Ce premier signe dans l’évangile de saint Jean est donné à l’instigation, à la demande, à la prière de la Vierge Marie qui intercède pour que la fête ne soit pas complètement perdue en raison du manque de vin. Elle intercède avec discrétion, elle intercède avec confiance et même elle intercède, il me semble à entendre le récit de l’évangile de saint Jean, au-delà de la confiance puisque le Christ lui dit que « son heure n’est pas encore venue » (Jn 2, 4). Mais elle ne s’arrête pas à cette parole de Jésus, et elle dit au serviteur : « Faites tout ce qu’Il vous dira » (Jn 2, 5). Elle pense que Jésus va dire et faire quelque chose pour venir au secours de cette famille dans laquelle ils étaient invités. Cette intercession de la Vierge Marie, nous la trouvons tout-à-fait humaine, comme nous avons sans doute au cours de notre vie, connu bien des occasions de rencontrer des gens qui, vivant dans une situation difficile et ne trouvant pas de solution, se tournaient vers les autres pour dire : pouvez-vous faire quelque chose pour nous ? Et Marie intercède pour ces gens, non seulement pour les époux de Cana, non seulement pour la famille de la noce, mais à travers ces époux de Cana et la famille de la noce, c’est évidemment l’humanité qui est rendue présente. C’est pourquoi les serviteurs qui ont rempli les cuves de pierre savaient, eux qui avaient puisé l’eau, d’où venait ce vin car ils sont les auxiliaires, les aides de Jésus dans ce premier signe. Ces serviteurs sont ceux que Jésus met en place pour venir au secours des hommes. Ce ne sont pas eux qui transforment l’eau en vin, ils n’en n’ont pas le pouvoir, mais ils réunissent les conditions pour que cette eau puisse être transformée en vin. Ils sont les serviteurs de ce premier signe et, à travers ce premier signe, serviteurs la manifestation de la gloire de Jésus et du fondement de leur foi : ils crurent en Lui.
Nous avons quantité de témoignages depuis 1830, selon lesquels l’intercession de Marie a agi en faveur des hommes à travers la prière qui lui était adressée grâce à la Médaille Miraculeuse. Ce n’est pas la médaille qui sauve, c’est la foi. Ce n’est pas le fait de tenir la médaille qui opère, c’est le fait qu’en tenant la médaille ou en portant la médaille, ou en priant sur la médaille, nous exprimons notre foi à celui qui peut changer quelque chose à la vie des hommes. Ce qui sauve c’est la foi que nous mettons dans le Christ. C’est pourquoi cette prière n’est jamais une prière magique, comme s’il suffisait de dire les mots, de tenir la chose et tout arriverait. Non, il ne suffit pas qu’on tienne la chose et qu’on dise les mots pour que tout arrive. Il faut que nous soyons tournés vers le Christ, que nous nous adressions au Christ à travers sa mère, que par la bouche de Marie, l’attention de Jésus soit attirée sur notre situation et surtout que nous nous soyons tournés vers le Christ pour attendre de Lui le salut que nous espérons.
Frères et sœurs c’est une joie de savoir que Dieu n’abandonne pas les hommes. C’est une joie de savoir qu’Il nous console comme une mère console son enfant. C’est une joie de savoir que Marie intercède pour nous auprès de son Fils. C’est une joie de savoir que l’Église nous rassemble pour exprimer notre confiance dans cette intercession de Marie et notre foi au Christ Sauveur.
Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.


Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe pour le 150e anniversaire de ND de Clignancourt – 1er dimanche de l’Avent – Année A - Dimanche 1er décembre 2013
Le temps de l’Avent est destiné à nous préparer à la venue du Christ en sortant de la routine de nos activités ordinaires. Comment ne pas laisser passer l’événement ? Par exemple, en restant attentifs à ceux qui nous entourent et en méditant la Parole de Dieu.
Frères et Sœurs,
« C’est le moment, l’heure est venue de sortir de votre sommeil » (Rm 13, 11). Cette apostrophe de l’apôtre Paul aux Romains nous aide à entrer dans ce temps de l’Avent par lequel chaque année, nous nous préparons à célébrer la venue du Christ. Quatre dimanches nous séparent de cette venue, et comme vous le voyez sur la couronne élevée devant nous, nous en sommes au premier dimanche. La première bougie a été allumée, il en reste trois, « c’est le moment, l’heure est venue de sortir de votre sommeil ». Le temps de l’Avent c’est un temps pour nous réveiller, un temps pour secouer un peu ce qui est congelé dans notre cœur ou dans notre esprit, ce qui est assoupi, ce qui est oublié, enfoui, et pour nous remettre sérieusement devant la Parole du Seigneur.
Au temps de Noé, comme à d’autres temps aussi, on mangeait, on buvait, on se mariait, c’est à dire on vivait, on était occupé par toutes les dimensions de l’existence, mais on ne s’attendait pas à ce qu’il se passe quelque chose d’original. Bizarrement, beaucoup de gens se donnent du mal pour essayer de nous faire croire qu’il se passe quelque chose de nouveau dans notre vie. Beaucoup d’agitation apparaît sur nos écrans de télévision pour nous donner l’impression qu’aujourd’hui n’est pas comme hier, et que demain ne sera pas comme aujourd’hui. Mais au fond, ce qui marque chacune de nos vies, c’est plutôt la répétition, la monotonie. En fait, à chaque jour succède un jour qui lui est semblable. Il paraît même que beaucoup de nos concitoyens souhaiteraient que le seul jour qui n’est pas comme les autres, le dimanche, devienne comme les autres ! Comme cela, il n’y aura plus de souci à se faire, tous les jours seront pareils et on est sûr qu’il ne se passera rien ! On se laisse ainsi petit à petit enfumer par ce sentiment de répétition perpétuelle. Certes, de temps en temps, il y a quelque chose d’un peu nouveau. Quand un enfant passe de la petite école au collège, c’est un événement, quand il passe du collège au lycée c’est un événement, mais enfin un événement tous les quatre ans, cela laisse de la marge ! En attendant, aller à l’école, aller au travail, faire ses courses, s’occuper de sa maison, c’est tous les jours faire la même chose…

Alors, peut-il arriver quelque chose de nouveau ? Peut-il arriver un événement qui va faire bouger les choses ? Dans un regard de foi, l’événement qui va faire bouger les choses, c’est la venue du Christ, Jésus le Fils de Dieu. Mais vous savez comment il est venu, à Bethléem, là où on ne l’attendait pas, là où personne n’était prêt à l’accueillir, là où on ne s’est aperçu de rien, sauf une poignée de bergers qui ont été alertés par les anges. L’événement est passé inaperçu. Et la venue du Christ à Bethléem annonce sa venue à la fin des temps de façon aussi inaperçue que sa naissance à Bethléem. Ce sera un événement imprévisible, on ne sait pas quand, on ne sait pas où et on ne sait pas comment. Ce sera comme le déluge, cela arrivera sans qu’on ait le temps de le voir venir. On dira, le déluge, c’est une histoire de l’antiquité ! Mais enfin, un tsunami au Japon, ce n’est pas une histoire de l’antiquité, c’est une histoire de notre époque ! L’ouragan qui dévaste les Philippines, ce n’est pas de l’antiquité, c’est aujourd’hui ! Cela veut dire qu’il peut arriver des choses auxquelles on ne s’attend pas.
Va-t-on laisser passer l’événement ? Va-t-on laisser passer la venue du Christ sans réagir ? Et même nous qui allons célébrer la nativité de Jésus, nous disposons de tout ce qu’il faut pour neutraliser l’événement ! On connaît la date, donc on ne sera pas surpris, on sait ce qu’il faut faire, et on le sait tellement bien que l’on a déjà commencé à la faire. La publicité est ouverte, on va pouvoir acheter et meubler le vide. Mais à la date fixée, est-ce bien Jésus que nous allons accueillir ou le Père Noël ? À la date fixée, est-ce bien le Fils de Dieu qui va venir dans notre vie ou le fils des grandes surfaces ? Ce n’est pas si sûr...
Alors ce que l’Évangile veut nous dire pour ce temps de l’Avent, c’est qu’il faut nous tenir en éveil : « c’est le moment, l’heure est venue de sortir de notre sommeil ». C’est le moment d’être attentifs, d’ouvrir les yeux sur les événements, de ne pas nous laisser complètement anesthésier par les informations, mais de détecter ce qui est révélateur de quelque chose qui compte pour les hommes. C’est le moment d’ouvrir nos oreilles pour entendre, non pas la rumeur de la ville, non pas le bruit des spectacles, mais la parole de ceux qui nous entourent, la parole proche, parfois discrète, parfois à peine perceptible, mais pourtant chargée de messages qui nous sont destinés, d’appels au secours, d’invitations à nous réjouir avec ceux qui sont dans la joie, à partager la peine de ceux qui sont dans la tristesse. Il faut sortir de notre sommeil, et sortir de notre sommeil, c’est espérer que la venue du Christ ne sera pas simplement quelque chose qui passera sans que l’on s’en aperçoive, quelque chose qui sera englouti par la monotonie des jours, quelque chose qui sera couvert par le bruit du commerce ou de la fête, quelque chose qui va toucher chacune et chacun d’entre nous au cœur.
Alors comment se met-on en éveil ? Comment sort-on du sommeil ? Nous allons prendre simplement deux ou trois points de repère pour nous aider à sortir de notre sommeil. Chaque jour, au moment où l’on peut, se tourner vers Dieu et lui dire : j’attends la venue du Christ, ô viens Seigneur Jésus. Chaque jour reprendre une phrase que l’on a entendue dans les lectures de la messe, par exemple : « l’heure est venue de sortir de votre sommeil », la garder dans son cœur, la répéter, jour après jour, ou bien encore cet appel du Christ : « veiller donc, car vous ne connaissez pas le jour où le Seigneur viendra » (Mt 24, 42). Et chaque jour faire un pas vers nos frères. Vers qui vais-je aller aujourd’hui, simplement pour lui dire bonjour, ou peut-être plus si besoin est ? Vers qui vais-je aller pour sortir de l’isolement dans lequel je suis et pour aider mon prochain à sortir de son isolement ?
Si nous essayons de mettre en pratique ces choses très simples, qui ne demandent ni beaucoup de temps, ni beaucoup d’efforts, mais qui sont des signes de fidélité, alors nous serons en état de veille et nous pourrons accueillir le Seigneur quand il viendra, même, et surtout, si c’est « à l’heure où nous n’y pensons pas » (Mt 24, 44). Il vient à tout moment dans notre vie, sans prévenir.
Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.


Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à Notre-Dame – 1er dimanche de l’Avent – Année A - Dimanche 1er décembre 2013
Bien qu’annoncée par les prophètes, la naissance de Jésus dans ses conditions concrètes a été une surprise. Dans la monotonie des jours qui se succèdent, nous pouvons à notre tour laisser passer Noël mais surtout laisser passer Jésus qui revient chaque jour dans notre vie par différents chemins.
En méditant sa Parole, en appelant sa venue, en ouvrant notre vie à sa rencontre, nous sommes toujours prêts à l’accueillir.
Frères et Sœurs,
Bien que la venue du Messie ait été annoncée de longue date par les prophètes, la naissance de Jésus à Bethléem a été une surprise car personne n’attendait que le Messie de Dieu prenne chair de cette façon, dans la pauvreté d’une crèche, dans le silence de la nuit, dans l’isolement, à part quelques bergers prévenus par les anges pour venir l’adorer. C’est dire que l’on peut connaître et avoir reçu l’annonce de la venue du Fils de Dieu, et pourtant, son arrivée est toujours une surprise.
Nous savons que nous allons célébrer la nativité le 25 décembre. La date est fixée, on ne va pas la changer ! Les semaines pour nous y préparer sont fixées. Qu’est-ce qui pourrait se passer qui ne soit pas prévu ? Qu’est-ce qui pourrait se passer que les publicitaires n’aient pas anticipé ? Que les marchands n’aient pas préparé ? Que tout le monde n’ait pas déjà organisé pour partir : qui en vacances, qui pour rejoindre la famille, etc. ? Tout a été préparé, tout est conçu pour que les choses se déroulent comme prévu. D’une certaine façon, cette vision que nous avons de la célébration de la nativité se coule dans la monotonie des jours. Nous avons beau dépenser beaucoup d’argent et déployer beaucoup d’efforts et de talents pour nous donner l’impression qu’il se passe tous les jours quelque chose de nouveau, nous savons que la nouveauté sur l’écran de télévision ou dans le poste de radio ne correspond pas à une nouveauté dans notre vie. Que l’on soit un enfant qui va à l’école, que l’on soit un jeune étudiant, que l’on soit un adulte, ou que l’on soit un vieillard, chaque jour succède aux jours et demain sera comme hier. On est même en train de travailler avec plus ou moins de persévérance et de bonheur à banaliser le seul jour qui était un peu différent, le dimanche. Quand ce sera fait, il n’y aura plus aucune surprise possible, tous les jours seront pareils.
Au temps de Noé « on mangeait, on buvait, on se mariait » (Mt 24, 38), et de notre temps on pourrait dire à peu près la même chose, à quelques détails près. La vie coulait son cours, personne ne se doutait de rien, tout le monde avait trouvé son rythme et son sommeil. Ils ont été réveillés par le déluge ! Alors on peut dire que le déluge, c’est une histoire antique, cela n’a rien à voir avec ce que nous connaissons aujourd’hui. Encore que les tsunamis japonais ou les ouragans philippins ne préviennent pas ! Même si on déployait des sciences très pointues pour prévoir, il y a encore des choses que l’on ne sait pas prévoir et qui arrivent. En tout cas, quand le Fils de l’homme viendra, nous n’en savons ni le jour, ni l’heure, il viendra comme un voleur, et donc il ne faut pas espérer que nous pouvons préparer sa venue. Il ne nous le demande pas d’ailleurs ! Ce qu’Il nous demande, c’est que nous soyons prêts nous aussi car « c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra » (Mt 24, 44), c’est à un moment imprévu, d’une façon imprévisible. Il vient, Il se manifeste dans notre vie, dans notre histoire humaine. Non seulement Il est venu dans la nuit de Bethléem, non seulement Il reviendra à la fin des temps, mais Il revient chaque jour, Il revient jour après jour, Il essaye de faire irruption dans notre vie par sa parole, par la présence de son esprit, par les événements auxquels nous sommes mêlés, par les personnes avec lesquelles nous vivons, Il frappe à notre porte.
Ces quelques semaines qui nous séparent de la Nativité sont, dans la tradition de l’Église, un temps de l’éveil, un temps du réveil. « C’est le moment, l’heure est venue de sortir de votre sommeil » (Rm 13, 11), c’est le moment de nous tenir éveillés. Comment pouvons-nous nous tenir éveillés pour la venue du Christ ? Va-t-il falloir chercher dans tous les sens ? Courir d’une église à une autre ? Fouiller d’un livre à un autre ? Être à la poursuite de phénomènes extraordinaires dont on pense qu’ils manifestent la présence du Christ ? Bref, faut-il entrer dans une fébrilité de l’attente ?
Je voudrais vous proposer simplement trois pistes pour nous tenir éveillés jusqu’à ce qu’Il vienne. La première c’est d’accueillir sa Parole, comme nous le faisons dans la liturgie quand nous célébrons l’eucharistie ou les vêpres. Nous entendons la parole du Christ et je voudrais vous suggérer simplement au long de la semaine de retenir une de ces paroles que vous avez entendues le dimanche. Peut-être cette phrase de l’épître aux Romains « c’est le moment, l’heure est venue de sortir de votre sommeil » (Rm 13, 11), ou bien cette phrase de l’évangile : « Tenez-vous donc prêts vous aussi, c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra » (Mt 24, 44). Reprendre jour après jour l’un ou l’autre verset de l’Écriture qui va venir occuper votre attention et recueillir votre cœur, tourner votre disponibilité intérieure vers le retour du Christ.
La deuxième piste, c’est chaque jour de prier avec conviction pour appeler le retour du Christ. « Viens, Seigneur Jésus, nous t’attendons », c’est tout simple, vous marchez, vous êtes dans le métro, l’autobus, le train, vous montez un escalier, une pensée « Viens, Seigneur Jésus, nous t’attendons ».
Troisième piste, ouvrir votre vie. Comment ouvre-t-on sa vie ? Comment pourrait-on accueillir le Christ dans une vie ouverte si notre cœur et notre attention sont fermés à ceux qui nous entourent ? Chaque jour essayer d’aller vers quelqu’un, sortir de notre isolement, et en sortant de notre isolement aider quelqu’un d’autre à sortir de son isolement. Bref, au lieu de vivre comme des gens juxtaposés, figés dans la monotonie des rôles et des fonctions, faire la démarche imprévue, celle qui ne fait pas partie des codes de la vie sociale, dire une parole, échanger un sourire, une poignée de main, et quand cette première barrière aura été franchie, devenir capables de s’intéresser réellement à ceux qui nous entourent.
Et si nous faisons avec persévérance cet effort de méditer la Parole du Christ, d’appeler sa venue et d’ouvrir notre vie à sa rencontre, alors nous nous préparons pour qu’au moment où Il viendra, et auquel nous ne pouvons pas penser, nous soyons capables de l’accueillir et de le reconnaître.
Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.


Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à St Joseph-Artisan – 2e Dimanche de l’Avent – Année A
La vision d’un monde réconcilié qui nous est annoncé par le prophète Isaïe ne trouve pas seulement son plein aboutissement à la fin des temps. Par la conversion sans cesse renouvelée de notre vie chrétienne à l’appel de Jean-Baptiste, nous devenons les acteurs de ce monde nouveau.
Frères et Sœurs,
Tout le monde désirerait vivre dans un monde où tout serait réconcilié, comme l’annonce le prophète Isaïe, un monde où « le loup peut habiter avec l’agneau, le léopard coucher près du chevreau, un monde où la vache et l’ours ont le même pâturage, où le lion comme le bœuf mange du fourrage » (Is 11, 6-7) bref un monde d’où serait exclue la violence. Ce monde annoncé par le prophète Isaïe comme le fruit de la venue du Messie, nous l’attendons au long de l’histoire des hommes et nous sommes fortifiés dans la foi pour l’attendre dans l’espérance que le retour du Christ à la fin des temps marquera la fin de la violence et de la haine sur la terre. Aujourd’hui, comme dans tous les temps, les hommes et les femmes ont désiré ce monde de paix et de réconciliation. Aujourd’hui, comme dans tous les temps, nous voudrions que les choses se passent mieux, qu’il y ait moins de haine, moins de violence, moins de mépris les uns envers les autres.
Mais quel est le chemin par lequel on peut arriver à transformer ce monde ? De quel côté tourner nos pas si l’on veut avancer dans cette direction ? La prédication de Jean-Baptiste au désert a représenté pour les Juifs du temps du Christ, une annonce de l’avènement de ce monde nouveau, et c’est parce qu’ils ont cru que Jean-Baptiste annonçait vraiment la proximité du Royaume des Cieux qu’ils se sont précipités autour de lui pour l’écouter et recevoir le baptême de pénitence. Mais évidemment, il faut non seulement courir à l’endroit où l’on annonce la bonne nouvelle, il faut non seulement recevoir le baptême de pénitence, mais il faut surtout convertir notre vie, car le message de Jean-Baptiste est très simple : « convertissez-vous, car le Royaume des cieux est proche » (Mt 3, 2). Si la naissance de Jésus à Bethléem, sa mort et sa résurrection sur la croix n’ont pas suffi pour renouveler complètement le monde et instaurer ce Royaume des cieux fondé sur la paix, c’est précisément parce que celles et ceux qui l’ont rencontré ne se sont pas convertis. Si quelqu’un revenait de parmi les morts, certainement on l’écouterait ! C’est ce que dit l’évangile à propos du riche qui a méprisé le pauvre à sa porte et qui demande à Dieu d’envoyer quelqu’un pour avertir ses frères. Mais même si quelqu’un revient d’entre les morts, comme Jésus est revenu d’entre les morts, si les hommes qui l’accueillent ne sont pas prêts à se convertir, cela ne change rien, la violence du monde continue. Nous pouvons préparer la venue du Seigneur, nous pouvons attendre sa naissance, nous pouvons espérer que sa venue changera quelque chose, à condition que nous préparions nos cœurs et nos vies pour accueillir le Royaume qui vient. Et préparer nos cœurs et nos vies, ce n’est pas simplement, comme le pensaient peut-être les pharisiens et les sadducéens, se précipiter auprès de Jean-Baptiste comme on peut courir aujourd’hui auprès de gens qui proclament des discours enflammés et qui attirent la foule. Il s’agit non pas de se sauver tout seul, de « fuir la colère qui vient » comme dit Jean-Baptiste (Mt 3, 7), il s’agit de produire des fruits qui manifestent notre conversion. Nous ne sommes pas sauvés parce que nous appartenons à telle ou telle catégorie, nous ne sommes pas sauvés parce que nous avons hérité la foi ou l’appartenance à l’Église, nous sommes sauvés par les fruits de notre vie.

C’est pourquoi cet appel à la conversion traverse toute l’expérience chrétienne, depuis notre baptême jusqu’à notre mort. Nous sommes perpétuellement en appel de conversion, nous sommes perpétuellement invités à ajuster notre vie à la présence du Christ, nous sommes perpétuellement sollicités pour que l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs par la foi porte du fruit. Ce fruit, saint Paul nous l’exprimait dans l’épître aux Romains, c’est la manière dont nous nous comportons les uns envers les autres. « Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis » (Rm 15, 7) alors « d’un même cœur et d’une même voix vous rendrez gloire à Dieu » (Rm 15, 6). « Que le Dieu de la persévérance et du courage vous donne d’être d’accord entre vous » (Rm 15, 5). Voilà des fruits de la conversion : persévérer et avancer avec courage pour construire et développer la communion dans l’Église, avoir un même cœur et une même voix pour nous accueillir les uns les autres comme le Christ nous a accueillis, et si nous sommes capables de progresser dans cet amour mutuel, dans le développement de cette communion, alors nous serons capables d’annoncer à ceux qui nous entourent qu’il est possible de vivre en société sans être dans la méfiance, dans la jalousie, dans la convoitise ou dans la violence comme nous en avons trop d’exemples malheureusement.
Oui, l’image que nous donne ce monde, c’est plutôt l’image de la convoitise, le désir d’avoir ce qu’ont les autres et que nous n’avons pas, c’est plutôt l’image de la jalousie qui nous fait soupçonner et agresser ceux que nous estimons mieux pourvus que nous, c’est l’image de la violence qui s’exprime par l’agressivité dans les relations quotidiennes, bref c’est l’image d’une vie commandée par nos désirs et non pas par l’amour.
Prions donc le Seigneur qu’au long de ce temps de l’Avent, Il renouvelle nos cœurs. Qu’Il nous ouvre à l’amour qui s’est manifesté en Jésus-Christ pour qu’à notre tour nous puissions porter des fruits de conversion et que par notre manière d’être les uns envers les autres, notre manière d’être avec ceux et celles qui nous entourent, nous devenions vraiment des acteurs d’un monde nouveau.
Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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