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Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à Notre-Dame - Vingtième anniversaire de la mort du cardinal François Marty – 6e dimanche du Temps Ordinaire – Année A
Pour expliquer à ses disciples la nouveauté de son enseignement dans les Béatitudes, Jésus précise qu’il est venu accomplir la loi et non l’abolir et les inviter à en faire de même en s’abandonnant à l’amour, en acceptant de ne plus tout mesurer, en s’en remettant à Dieu.
Frères et Sœurs,
Le ministère public de Jésus et sa prédication commencent dans l’évangile de saint Matthieu par ce que nous appelons « le sermon sur la montagne », c’est-à-dire cet enseignement donné par le Christ à ses disciples réunis autour de lui sur la montagne. Nous savons que dans la Bible, la montagne est le lieu où Dieu communique aux hommes ses commandements. Comme Moïse avait reçu les Dix paroles sur le Mont Sinaï, les disciples vont recevoir sur cette montagne, autour de Jésus, les grandes règles de la vie à laquelle il les appelle. Ce discours sur la montagne commence par les Béatitudes, que vous avez tous en mémoire, et dont la nouveauté frappe ceux qui les entendent, si bien que l’évangile de saint Matthieu, à la suite de Jésus, doit essayer d’expliquer, au moins un peu, ce qu’il y a de vraiment nouveau. En quoi est-ce que cette prédication, cet enseignement, diffèrent de ceux des scribes et des anciens tels que les Juifs les connaissaient et les avaient reçus ? Et la discussion qui ne s’arrêtera pas dans ces premiers chapitres de l’évangile de saint Matthieu mais se poursuivra tout au long des premières générations chrétiennes et que saint Paul portera à son paroxysme dans certaines de ses épîtres, va consister à savoir s’il faut, pour connaître le Salut, être soumis à la loi. Autrement dit, Jésus vient-il affranchir les Juifs de la loi qu’ils ont reçue par Moïse sur le Mont Sinaï et des commandements qui leur permettaient de vivre dans la communion avec Dieu et dans l’Alliance ? Ce serait évidemment très tentant pour nous de jouer sur ce contre-point en disant : avant il y avait la loi, et maintenant il n’y a plus de loi ; avant il y avait les commandements et maintenant il n’y a plus de commandements. Mais nous entendons Jésus nous dire exactement le contraire : « Ne pensez pas que je suis venu abolir la loi ou les prophètes : je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir » (Mt 5, 17). Comment va se réaliser cet accomplissement de la loi ? Non pas en levant les exigences des commandements, mais au contraire en les portant à leur maximum. Nous le savons, la loi a une fonction pédagogique, elle définit ce qui est autorisé et ce qui est interdit ; elle définit ce qui est bien et ce qui est mal, du moins quand c’est une loi juste. Et donc, quand nous recevons la loi, nous disposons d’une sorte de ligne jaune par rapport à laquelle nous pouvons apprécier nos actions, nos comportements, selon qu’ils obéissent ou non à la loi. Mais nous savons bien, et nous l’éprouvons dans notre propre vie, que cette obéissance à la loi peut s’accompagner d’une indifférence du cœur. On peut obéir matériellement aux commandements sans pour autant être entré dans la logique profonde de la loi du Seigneur. C’est pourquoi Jésus nous dit qu’il vient l’accomplir non pas en l’abolissant, mais au contraire en poussant plus loin les interdits de la loi. « On vous a dit que celui qui commettra un meurtre en répondra au tribunal, … Eh bien ! Moi je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère, en répondra au tribunal » (Mt 5, 21-22). Le meurtre, c’est ce que nous appellerions dans notre culture moderne, le passage à l’acte de la haine et de la violence. Mais Jésus nous dit que ce n’est pas seulement violer l’interdit du meurtre qui est mauvais, c’est aussi de nourrir la raison pour laquelle on commet le meurtre, c’est-à-dire avoir de la colère contre son frère. Il ne s’agit plus simplement de juger de la matérialité des actes, mais de juger de l’intention du cœur. De même quand on dit : « Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien ! Moi je vous dis : Tout homme qui regarde une femme et la désire, a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur » (Mt 5, 27-28), ce n’est pas seulement l’acte de l’adultère qui est mauvais, mais c’est aussi le désir de l’adultère, le désir profond qui pousse cet homme à prendre possession de la femme. Ou encore « Tu ne feras pas de faux serment » cela aussi c’est un acte repérable qui s’exprime par des paroles, « Eh bien ! Moi je vous dis : Ne faites aucun serment, … que votre oui soit oui, ou que votre non soit non, et le reste vient du mauvais » (Mt 5, 33-34.37).
À travers ces quelques exemples que Jésus prend pour exprimer ce qu’il apporte de nouveau, nous découvrons surtout qu’il invite ses disciples à entrer dans un cheminement différent. Il ne s’agit plus simplement d’obéir aux commandements de Dieu qui restent valides et qui doivent être suivis, mais il s’agit d’aller au plus profond de notre cœur. Il ne s’agit plus simplement d’une obéissance extérieure nous permettant de nous ranger parmi les justes ou parmi les injustes, mais il s’agit d’une obéissance intérieure, c’est-à-dire de la communion du cœur avec Celui qui nous appelle et auquel nous essayons de répondre. Ainsi, en ouvrant cette porte, non pas simplement sur les actes matériellement commis, mais sur les intentions et sur les orientations du cœur qui sont à la source de ces actes, le Christ ouvre devant nous un chemin que nous ne pouvons pas parcourir seuls jusqu’au bout. C’est au-delà de nos forces ! Peut-être, avec beaucoup de persévérance, pouvons-nous respecter la loi et les commandements dans la matérialité des actes, mais pour ce qui est de la conversion du cœur, il n’y a pas un jour où nous pouvons dire : « ça y est, j’ai réussi, je suis converti ! ». Nous sommes en état de conversion permanente parce que perpétuellement nous sommes appelés à réorganiser nos priorités intérieures, ce qui nous fait vivre, ce qui nous met en mouvement, ce qui nous attire, ce que nous désirons, non pas seulement en fonction de ce qui est autorisé ou défendu, mais en fonction de l’appel de la miséricorde totale de Dieu qui veut toucher toute notre personne. Cet appel à la miséricorde de Dieu est un chemin sur lequel nous devons constamment recommencer, constamment remettre en jeu, non pas l’obéissance à tel ou tel règlement, mais l’orientation de notre cœur, l’orientation de notre liberté. Vers quoi voulons-nous aller ? Qui voulons-nous aimer ? Comment nous conduisons-nous à l’égard de nos semblables et à l’égard de Dieu ? Non pas par des actes, mais par ce que nous pensons, par ce que nous désirons, par ce que nous essayons de réaliser, par ce qui est le désir de notre cœur. C’est pourquoi la véritable sagesse, qui commence quand nous obéissons aux commandements de Dieu, ne peut trouver sa plénitude que lorsque nous franchissons ce seuil où il n’est plus seulement question d’obéir aux commandements, mais de nous abandonner tout entiers à l’amour, c’est-à-dire d’accepter de ne plus pouvoir mesurer nous-mêmes notre justice et nous en remettre à Dieu qui pardonne.
Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.


Homélie du Cardinal André Vingt-Trois – Messe à ND du 8e Dimanche du Temps Ordinaire – Année A
À la veille d’entrer en Carême, nous sommes invités à nous demander ce qui constitue l’objet de nos inquiétudes pour demain. Quelle est la place de l’argent dans notre vie ? On ne peut servir deux maîtres.
Frères et Sœurs,
À la veille d’entrer dans le temps du carême, le temps de la conversion pour nous conduire à Pâques, la liturgie de ce dimanche nous invite à poursuivre l’écoute et la méditation du sermon sur la montagne, tel que nous le rapporte l’évangile de saint Matthieu. Au cours des dimanches précédents nous avons vu comment le Seigneur, à travers ce discours, abordait différents aspects du chemin auquel il veut appeler ses disciples, dessinant en même temps le chemin dans lequel nous sommes appelés à marcher dans notre vie chrétienne.
Ce soir, le discours que nous entendons nous frappe de plein fouet, avec l’intention certainement délibérée de la part de l’évangéliste qui a entendu le Seigneur et dont il retranscrit la parole, de mettre dans une sorte de vis-à-vis incompatible, Dieu et l’argent. L’argent est perçu dans ce vis-à-vis, dans cette opposition frontale à travers l’usage idolâtrique que l’on peut en faire. Si nous prenons l’argent comme le but de notre existence et l’élément qui domine tous les choix de notre vie, il ne s’agit plus simplement d’un moyen économique dont nous disposons pour traiter les échanges de biens entre personnes et entre groupes, mais il devient comme une sorte de Dieu, comme le veau d’Or qui avait été dressé au pied de la montagne. Et pour nous aider à entrer dans ce choc frontal, le Christ développe un discours sur la manière dont nous pouvons nous inquiéter. De quoi nous inquiétons-nous ? Et dans quel cadre temporel nous inquiétons-nous ? Nous inquiétons-nous pour demain ? Nous inquiétons-nous de ce que nous aurons demain ? Cette question est sous-jacente à quantité de problèmes auxquels notre société est confrontée. On décrit souvent volontiers notre société française, comme une société morose, habitée par l’incertitude du lendemain, et comme vivant dans une sorte de mélancolie et d’angoisse. Peut-être que si on connaissait mieux l’histoire, on se rendrait compte que, à tout prendre, le temps que nous vivons recèle moins d’inconnus et moins de périls immédiats que nos ancêtres ont pu en connaître. Sans remonter à la nuit des temps, mais simplement un siècle ou deux en arrière, il suffit de lire un peu les histoires, les biographies, les romans du XIXe siècle ou du XXe siècle pour voir comment toute une part de la population était soumise à une incertitude complète sur son avenir.
Et nous, depuis quelques dizaines d’années, en gros depuis les années 1950, nous vivons dans ce qu’il est convenu d’appeler l’État providence, c’est-à-dire avec la garantie que le pouvoir public va assurer notre avenir. Certes, nous ne sommes pas innocents, nous savons bien que pour assurer cet avenir, l’État va être obligé de trouver des ressources qui sont les nôtres. Mais s’il a pour fonction de développer une plus grande équité, une plus grande justice dans la répartition des moyens, toujours est-il que l’on a cru que tout était garanti. Et progressivement, depuis quelques années, on découvre que rien n’est garanti ! Certes on sait très bien qu’il y a des moyens d’aides sociales qui se développent, mais on sait très bien aussi qu’on est à la merci d’une crise plus ou moins grave qui réduira ces aides sociales à peu de chose, ou qui les consommera aussitôt qu’elles auront été données. Ainsi, notre pays est l’un des pays d’Europe où l’épargne privée est la plus forte, avec ce vieux réflexe français qui nous fait croire, comme l’écureuil jadis symbole d’une caisse d’épargne bien connue, qu’il faut amasser des moyens pour assurer le lendemain. Ce qui est d’ailleurs assez surprenant, c’est que plus on avance en âge, c’est-à-dire moins on a de temps à vivre, plus on est inquiet de l’avenir, ce qui est aussi une question assez troublante. Et alors on cherche : qu’est-ce qui va assurer notre avenir ? Qu’est-ce qui va nous garantir une fin de vie, sinon confortable du moins pas trop misérable. Et on développe toutes sortes de moyens pour essayer d’apporter des solutions. Je crois que cette difficulté à laquelle notre pays est confronté nous aide à comprendre l’enjeu que le Christ a voulu mettre en valeur dans ce passage de l’évangile, en qui mettons-nous notre confiance ?
Tous les jours à la télévision, on vous propose des contrats de confiance, des garanties… Nous savons ce que l’on peut en penser. Mais ce qui est significatif, c’est que tant de gens cherchent le moyen de garantir leur avenir, étant entendu qu’ils n’attendent rien de Dieu ! C’est cela que Jésus nous dit dans l’Évangile, si nous avons vraiment foi en Dieu, si nous avons vraiment confiance en sa promesse, si nous sommes vraiment sûr qu’il n’abandonne pas ses enfants qu’il aime, pourquoi tant d’inquiétude ? Peut-être effectivement aurons-nous des lendemains moins heureux que ceux des années passées, moins confortables ? Peut-être que connaîtrons-nous des temps plus durs, cela veut-il dire que notre vie est finie ? Serons-nous dans l’échec parce que nous disposerons de moins de moyens, de moins d’argent ? Cette relative prospérité économique est-elle devenue le dieu de notre vie, au point d’y sacrifier tant de choses ? Tant de temps ? Tant d’amour ? De relations entre les époux, entre les parents et les enfants ? En sacrifiant sa santé ? Bref, d’en faire le véritable maître de notre existence ? Eh bien « on ne peut pas servir deux maîtres » (Mt 6, 24). Ou bien on déteste l’un et on aime l’autre, ou bien on s’attache à l’un et on méprise l’autre, et il faut savoir que dans la foi qui est la nôtre, telle que nous l’avons reçue d’Israël et que nous l’avons développée sous la motion de l’Esprit Saint, il n’y a qu’un seul Dieu que nous devons aimer et servir de tout notre cœur et de toutes nos forces. Et le reste, c’est le surcroît, c’est ce que nous donne le surplus de sa miséricorde et de son amour.
Alors, au moment d’entrer dans ce temps de carême, je pense qu’il est bon pour nous de nous remettre devant cette option fondamentale : qui est vraiment Dieu dans notre vie ? Est-ce le Dieu de Jésus-Christ en qui nous avons toute confiance ? Ou bien est-ce le dieu de la bourse ? « Nul ne peut servir deux maîtres » (Mt 6, 24), « ne vous faites pas tant de souci pour demain, demain se souciera de lui-même, à chaque jour suffit sa peine » (Mt 6, 34).
Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.


Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - Messe à ND - Mercredi des Cendres - Mercredi 5 mars 2014
Avec le Carême, nous entrons dans le temps favorable pour nous laisser réconcilier avec Dieu. Les cendres sont les signes extérieurs d’une réalité intérieure : une conversion du cours. L’aumône, la prière, le jeûne sont des moyens de l’exprimer.
Frères et Sœurs,
C’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du Salut. Le Seigneur a exaucé la prière de son peuple en envoyant son Fils dans le monde pour qu’il prenne sur lui notre péché et qu’il extermine le mal du péché par le don qu’il fait de sa vie et par sa résurrection.
C’est pourquoi, comme saint Paul le dit aux Corinthiens, nous sommes invités au nom du Christ, au nom de celui qui a donné sa vie pour le salut des hommes, à nous laisser réconcilier avec Dieu. Ce temps de la réconciliation n’est pas un temps de tristesse, mais c’est un temps d’espérance et de joie. Depuis la mort et la résurrection de Jésus, nous sommes entrés dans le temps favorable, dans le jour du Salut.
C’est pourquoi, au moment où nous entrons dans ce chemin de conversion que représentent les semaines du carême jusqu’à Pâques, nous avançons avec détermination mais dans la paix et dans l’espérance. Nous savons que le renouvellement de notre vie baptismale et la restauration de la plénitude de la grâce dans notre vie ne sont pas l’œuvre de nos mains, c’est l’œuvre de Dieu qui se réconcilie le monde avec lui dans la mort et la résurrection de son fils. C’est pourquoi nous entendons, avec beaucoup d’espérance, l’appel à la conversion qui nous est adressé par les prophètes comme ils l’ont adressé au peuple d’Israël, promesse que Dieu ne reste pas sourd et indifférent quand il voit l’homme pécheur supplier pour sa conversion. Nous le savons, l’une des ruses les plus profondes du péché, c’est de se dissimuler à nos propres yeux, c’est de nous donner le sentiment que, finalement, nous ne sommes pas si pécheurs que cela, que finalement nous sommes à peu près dans les conditions que Dieu attend de nous. Or ce que les prophètes ont rappelé, et ce que nous entendons aujourd’hui, c’est que nous avons besoin de revenir à la source baptismale, nous avons besoin de revenir à l’authenticité de la vie chrétienne, nous avons besoin de revenir au sermon sur la montagne dans l’évangile de saint Matthieu et dont nous venons d’entendre encore un passage aujourd’hui. Revenir à Dieu de tout notre cœur, ce n’est pas simplement prendre des postures, des attitudes de conversion, faire des gestes de pénitence, c’est vraiment ouvrir notre cœur au renouvellement que Dieu nous propose : « Ne déchirez pas vos vêtements, mais déchirez vos cœurs, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment » (Jl 2, 13). C’est cette confiance dans la miséricorde et l’amour de Dieu qui nous permet, malgré nos défauts, malgré nos faiblesses, malgré notre péché, de nous tenir devant lui et d’oser demander à être réconciliés par lui.
Ce chemin de conversion s’exprime évidemment par des gestes extérieurs, comme nous allons le faire tout à l’heure en recevant les cendres en signe de deuil et de pénitence, mais nous devons être bien attentifs à ce que ces signes extérieurs expriment une réalité intérieure. En recevant les cendres, nous sommes appelés à la conversion, « convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1, 15). En faisant cette démarche, nous nous demandons à nous-mêmes d’ajuster l’état de notre vie intérieure à l’aspect extérieur que nous renvoyons. Ce n’est pas la démarche qui est pénitentielle, c’est le cœur qui est pénitentiel ! La démarche exprime ce que le cœur veut vivre et faisant cette démarche, nous demandons que l’Esprit du Christ habite en nos cœurs et nous mette en situation de vivre la réconciliation. L’évangile de saint Matthieu met en avant trois critères à travers trois exemples, qui ont toujours servi de point de repère pour définir le chemin de la conversion, à savoir : l’aumône, la prière et le jeûne. Ces trois attitudes sont soutenues par une question qui vise à vérifier l’authenticité de notre démarche. Les gestes que nous faisons sont visibles. Si nous prions cela se voit, si nous faisons l’aumône cela se voit, si nous jeûnons cela se voit, et quand nous recevons les cendres cela se voit. Mais cette visibilité de nos actes humains ne doit pas se substituer à la véritable conversion intérieure qui n’est visible que de Dieu qui sonde les reins et les cœurs. Nous posons des actes qui nous constituent comme le peuple de la conversion. Nous ne posons pas des actes qui nous font apparaître justes sans que notre cœur lui-même soit touché et changé.
Ainsi, le Christ nous invite à faire dans le secret ce que seul notre Père voit : « ton Père voit ce que tu fais dans le secret » (Mt 6, 18). La prière intérieure s’exprime par des gestes extérieurs, mais les gestes extérieurs de la prière ne sont rien, s’il n’y a pas la prière intérieure. L’aumône se manifeste par des gestes de partage, mais l’aumône ne serait rien si elle se réduisait qu’à une offrande économique. Elle doit exprimer aussi l’ouverture de notre cœur dans la relation aux autres. L’exercice concret et réel de la charité ainsi que le jeûne ne doivent pas devenir un spectacle que nous donnons aux hommes mais l’expression de la contrition que nous vivons en nous-mêmes en pensant à toutes nos dépendances, à toutes les manières dont nous sommes asservis à la consommation.
Ainsi Frères et Sœurs, en ce jour où nous entrons dans ce temps de carême, nous sommes exhortés par Dieu à vivre un retournement intérieur qui correspond à la réconciliation qui nous est promise et à laquelle nous aspirons, et qui exprime par le changement de notre cœur, la volonté d’être un peuple de rachetés. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.


Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Appel décisif des catéchumènes 2014
Au cours de l’appel décisif, l’évêque authentifie un appel à suivre Jésus en disant à chaque catéchumène, comme cela avait été dit à Bartimée "Confiance, lève-toi, il t’appelle".
Frères et Sœurs,
C’est une joie pour l’Église de vous accueillir et d’ouvrir ses portes devant vous. C’est une joie pour l’Église de voir que, si parfois il nous semble que des chrétiens laissent s’assoupir la foi dans leur vie, la puissance et la vigueur de l’Évangile continuent d’agir pour ceux dont le cœur et ouvert et qui sont prêts à accueillir la Parole de Dieu. C’est une joie pour nous de voir comment, aujourd’hui, en ce XXIe siècle, comme jadis sur la route de Jéricho à Jérusalem, Jésus continue de cheminer au milieu des hommes. Il continue d’entendre les appels que les hommes lui adressent. Chacune et chacun d’entre vous, à un moment de sa vie, ou à plusieurs reprises, a eu l’occasion, comme Bartimée, de dire : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi » (Mc 10, 47). Sans doute vous ne l’avez pas dit dans ces mots qui étaient particulièrement ajustés à ce Juif assis au bord du chemin, mais vous l’avez dit avec vos propres mots. À certains moments de votre existence, dans des difficultés, des épreuves, parfois des moments de désespoir, vous avez entendu, par la rumeur qui remplissait les alentours, comme Bartimée a entendu sans voir, qu’il y avait quelque part, quelqu’un qui pouvait quelque chose pour vous et vous avez dit : si c’est vrai, si tu es vraiment le Fils de Dieu, aie pitié de moi, viens à mon secours. Et de même que les gens qui entouraient Bartimée essayaient de le faire taire et voulaient l’empêcher de troubler les gens qui marchaient avec Jésus, de même vous avez pu avoir l’impression que des écrans s’installaient entre vous, votre détresse, votre prière et la personne de Jésus. Des écrans parfois bienveillants, qui voulaient vous protéger parce qu’ils pensaient que ce n’était pas une bonne solution pour vous, des écrans parfois hostiles, des écrans parfois inconscients, toutes sortes d’obstacles et de résistances qui ont pu se mettre entre vous et la personne du Christ. Comme l’aveugle Bartimée, nous n’avons pas toujours par nous-mêmes les moyens d’identifier clairement d’où vient cette résistance. D’où viennent ces difficultés ? Quel est cet écran qui se dresse devant nous ? Comme Bartimée, nous ne pouvons être rejoints par la Parole du Christ que si le Christ lui-même perce ces écrans et renverse ces résistances. « Jésus s’arrête est dit : appelez-le » (Mc 10, 49). Voilà comment, en ces quelques mots, se dessine le chemin par lequel Bartimée va trouver le salut. Voilà en ces quelques mots le chemin par lequel nous aussi nous trouvons le salut, vous aussi vous trouvez le salut, non plus simplement parce que vous avez entendu des rumeurs, non pas simplement parce que vous avez vaguement le souvenir d’avoir été au catéchisme, non pas simplement parce que vous avez quelque culture sur la personne de Jésus, mais parce que le regard de Jésus s’est posé sur vous et que sa parole vous a désignés, « Jésus s’arrête et dit : appelez-le » (Mc 10, 49).
C’est cet appel du Christ qui ouvre à nos yeux émerveillés la possibilité de ne pas rester enfermés dans nos difficultés, dans notre aveuglement ou tout simplement dans notre ignorance. C’est cette parole du Christ qui me permet de trouver un chemin pour aller vers lui. « On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : confiance, lève-toi ; il t’appelle. » (Mc 10, 49), ce ne sont plus simplement des idées, ce ne sont plus simplement des impressions, ce ne sont plus simplement des intuitions, des pressentiments, c’est une parole qui vous est dite à vous, c’est un regard qui se porte sur vous, c’est un appel qui s’adresse à vous. Et c’est cet appel qui est constitutif de la foi. C’est parce que nous sommes appelés que les autres peuvent nous aider à cheminer, comme ils le font ici. C’est parce que nous sommes appelés que nous pouvons, à notre tour, dire au Christ : « Rabbouni, que je vois » (Mc 10, 51). Que mes yeux s’ouvrent, que mon esprit s’éclaire, que mon cœur s’éveille, que je vois la réalité de ta présence, de ton amour, de ta volonté de me guérir !
Au moment où je vous appelle, c’est aussi pour nous dans le diocèse de Paris, une année consacrée à l’appel, c’est-à-dire une année où j’ai invité tout le monde à revenir à cette rencontre unique avec la personne de Jésus, où j’ai invité tout le monde à prendre conscience que chacune et chacun d’entre nous, quel que soit son âge, quelle que soit son expérience, quelle que soit sa faiblesse, est appelé à entrer dans cette relation unique avec le Christ. Chacune et chacun d’entre nous est appelé à suivre le chemin du Christ. Car une fois guéri, « l’homme se met à voir et il suivait Jésus sur la route » (Mc 10, 52).
Le baptême que vous allez recevoir, qui va être l’illumination de la foi, c’est-à-dire la lumière de Dieu lui-même, qui vous aidera à entrer par l’intérieur dans cette réalité de la relation avec Dieu, cette lumière de la foi éclaire un chemin, le chemin à la suite du Christ. Saint Paul nous le disait dans l’épître aux Éphésiens : nous sommes invités à quitter l’homme ancien, à quitter notre ancienne manière de vivre pour naître à une vie nouvelle, à un homme nouveau dont l’existence est orientée par la présence de l’Esprit Saint que vous recevrez grâce au baptême et à la confirmation. C’est cette force de l’Esprit qui vous tiendra dans la fidélité au Christ et qui vous fera marcher à sa suite sur la route, même si nous savons que cette route conduit à Jérusalem, à l’arrestation, au procès, à l’exécution ; mais nous savons aussi que cette route conduit à la résurrection, c’est à dire à une vie transformée.
Frères et sœurs, tout au long de notre célébration je vais appeler chacune et chacun d’entre vous par son nom, je vais l’accueillir dans l’Église ; je vais remplir auprès de lui le rôle qu’ont joué les quelques personnes qui étaient autour de l’aveugle et qui ont dit : « confiance, lève-toi ; il t’appelle ». Je vais vous transmettre l’appel du Christ pour que vous preniez le chemin de la vie nouvelle.
Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.


Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à St Philippe du Roule – 1er Dimanche de Carême – Année A
L’expérience de notre liberté manifeste que nous ne sommes pas spontanément orientés vers ce qu’il y a de meilleur. Nous sommes divisés. Si le Christ nous ouvre un chemin de libération, c’est parce qu’il a lui-même voulu mener ce combat qui est le nôtre. La Parole de Dieu est porteuse de liberté et de vie.
Frères et Sœurs,
En ouvrant chaque année le Carême par la méditation sur les tentations de Jésus au désert, l’Église nous invite à nous remettre face à notre condition humaine, non seulement à l’état dans lequel chacun de nous trouve sa vie quand il s’examine, mais aussi face à la condition de l’ensemble de l’humanité. C’est pourquoi, cette méditation s’ouvre par le rappel du récit de la Création et de la chute originelle. C’est une façon pour l’Écriture de nous aider à réfléchir et à comprendre quelque chose de ce que nous vivons tous. Saint Paul décrira magistralement cette expérience dans l’épître aux Romains quand il dira que nous avons deux hommes en nous, un qui veut le bien et qui ne le fait pas, et un qui refuse le mal et qui le fait. À travers cette formulation tout à fait évocatrice, saint Paul met en évidence la réalité de notre expérience de la liberté. Notre liberté, c’est de pouvoir comprendre qu’il y a dans l’existence des actions, des comportements, des recherches, des désirs, qui nous conduisent à plus d’humanité, à plus de vérité, à plus de bonheur, et qu’il y en a d’autres qui nous entraînent vers moins d’humanité et vers plus de malheur. Cette comparaison entre le bien et le mal constitue le cœur de notre liberté. Celle-ci nous rend capables de choisir, d’orienter notre vie, de lui donner un sens. Or ce que cette liberté nous fait découvrir, c’est que spontanément, sans autre préparation, nous ne sommes pas nécessairement orientés vers ce qu’il y a de meilleur. Cela nous aide à comprendre comment le cœur de l’homme est habité par des désirs contradictoires. L’homme cherche, en même temps, à faire progresser la paix, l’unité, la sérénité de l’existence humaine et également il se laisse entraîner à combattre, à convoiter, à entrer dans des luttes de pouvoir pour s’approprier, pour lui seul, le bien qui est destiné à tous. Cette expérience que nous faisons tous, c’est l’expérience de l’humanité telle qu’elle est éclairée par ce récit de la chute originelle. Dieu n’a pas voulu le monde pour la mort ; Dieu n’a pas voulu le monde pour le mal ; Dieu n’a pas voulu le monde pour la souffrance, il l’a voulu pour la vie, pour le bien, pour le bien-être. C’est la liberté humaine qui entre en contradiction avec cette volonté de Dieu, et qui inscrit dans la tradition, dans la transmission de l’humanité, d’une génération à l’autre, ce désir partagé, cette division intérieure par laquelle le péché est entré dans le monde, et avec le péché : la mort.
C’est pourquoi, au moment où nous entrons dans le temps de la conversion pour nous préparer à la célébration de la Pâques, la liturgie nous remet en face de cette évidence. Si tous participent de cette division intérieure, de ce que nous appelons la tentation mais qui est en fait l’épreuve de notre liberté, si tous participent de cette division intérieure, c’est parce que tous peuvent bénéficier de la délivrance que le Christ apporte à l’humanité. Il ne peut pas y avoir de solidarité dans le bien s’il n’y a pas de solidarité dans le mal. Il ne peut pas y avoir de salut pour tous les hommes, si tous les hommes n’ont pas besoin d’être sauvés. C’est cette confrontation d’une solidarité intérieure à l’humanité qui nous conduit à la mort, dont nous faisons tous l’expérience, et qui nous fait découvrir qu’il y a une clef, non seulement pour comprendre, mais pour sortir de cette épreuve et que cette clef, c’est le Christ. C’est lui qui va vaincre le péché et la mort par l’offrande qu’il fait de sa vie, et c’est lui qui ouvre à tous les hommes de bonne volonté le chemin de la délivrance. Mais le récit des tentations au désert nous fait comprendre que ce salut apporté par le Christ n’est pas une sorte de projection magique. Le Christ ne peut pas nous sauver malgré nous. Le Christ ne peut pas nous faire vivre si nous laissons se développer dans notre histoire les germes de la division et de la mort. Et pour nous aider à comprendre combien cette délivrance s’accomplit à travers l’engagement personnel de chacun, le Christ, lui qui était sans péché et sans cette division originelle puisqu’il était le Fils de Dieu, s’est engagé, poussé par l’Esprit, dans cette lutte au désert pour éprouver en lui-même ce qu’éprouve chacun d’entre nous. Si le Christ nous ouvre un chemin de libération, c’est parce qu’il a lui-même vécu la tension intérieure de la séduction que lui présente l’esprit mauvais, le Démon. Jésus est conduit par l’Esprit au désert pour mener le combat que chacun de nous est appelé à mener tout au long de sa vie. Croyons-nous vraiment que Dieu est la source de toute vie, que Dieu est le terme de toute existence, que Dieu est l’accomplissement de toute personnalité ? Ou bien mettons-nous notre espérance dans d’autres choses, qui nous servent de paravents et d’alibis ? « Ordonne que ces pierres deviennent des pains » (Mt 4, 3). « Jette-toi en bas » pour éprouver la fidélité de Dieu (Mt 4, 6). « Prosterne-toi pour m’adorer » (Mt 4, 9). Trois tentations : profiter de la création, de l’univers pour notre satisfaction, profiter de l’amour de Dieu pour prendre tous les risques de l’existence en comptant sur Dieu pour retenir la mort, et enfin nous prosterner devant les pouvoirs de ce monde pour essayer de nous passer de Dieu. Cette épreuve nous la vivons tous d’une façon ou d’une autre. Pas tous dans les mêmes termes, pas tous dans les mêmes expériences, mais tous nous sommes tentés de nous approprier le monde et de l’instrumentaliser pour en faire notre objet. Tous nous sommes tentés de dire : si Dieu est Dieu, alors je peux mener ma vie n’importe comment, il me récupèrera toujours. Tous nous sommes tentés de courir après les succès du pouvoir pour dominer le monde.
Le Christ, en vivant ces tentations, les surmonte par le recours à la Parole de Dieu. Il nous montre que le chemin pour gagner notre liberté passe par ce combat quotidien de notre vie, où nous apprenons à identifier ce qui essaye de nous détourner de Dieu et il nous apprend à nous confier en la Parole de Dieu pour redresser notre existence.
Pendant ce temps de carême, nous sommes donc invités une fois de plus à mener ce même combat. Tout au long de notre vie, nous portons en nous cette division de notre liberté, chaque année nous sommes donc invités à puiser dans la Parole de Dieu pour reconnaître quel est le véritable chemin de notre vie.
Et je vous invite, au long de ce carême, à prêter une attention plus précise et plus régulière à cette parole de Dieu. Vous connaissez tous nécessairement quelques paroles du Christ que vous pouvez évoquer sans aucune difficulté. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé » (Jn 15, 17) « Faites du bien à ceux qui vous font du mal » (Mt 5, 44). « Si tu es en conflit avec ton frère, ne va pas devant les tribunaux mais règle le conflit à l’amiable avec ton frère » (Mt 5, 25) etc. Cette parole de Dieu est vivante aujourd’hui, elle nous est donnée pour que nous trouvions la vie.
Chaque jour, nous pouvons soit avec l’aide des lectures quotidiennes de la liturgie, soit simplement en puisant dans notre mémoire, nous avons la possibilité de mettre notre journée sous la lumière de Dieu pour que notre liberté soit complètement engagée dans la liberté du Christ. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.


Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - Messe à St Louis d’Antin - Jeudi de la 1ère semaine de carême
Frères et Sœurs,
Les lectures de ce jour nous remettent en face de la dimension particulière de la prière dans le Christ. Cette prière n’est pas une question de mot, une question de formule, une question de geste, c’est avant tout une question de foi. C’est parce que nous croyons que Dieu est notre Père, parce que nous avons confiance en la fidélité du Seigneur, parce que nous espérons en sa miséricorde que nous osons prier. La première motivation de la prière, c’est la foi que nous avons en Dieu. Un exemple nous est donné dans la figure d’Esther. Amane, le premier ministre du roi Assuérus, avait décidé l’extermination de ceux qui refusaient de s’incliner devant l’image du roi. Les Juifs qui étaient fidèles au Dieu unique, ne pouvaient pas faire des gestes, dire des paroles, ou prendre des attitudes qui auraient laissé penser qu’ils croyaient que le roi était Dieu. En conséquence de cette attitude de fidélité au Dieu unique, ils étaient condamnés à être exécutés. La reine Esther, qui était juive et avait fait partie du harem d’Assuérus, avait été sollicitée par son peuple pour intercéder en sa faveur. La prière que nous avons entendue à l’instant exprime exactement l’attitude de foi dans laquelle elle se trouvait : si Dieu est vraiment le Dieu de nos pères, s’il est celui qui a fait sortir Israël d’Egypte, et l’a fait échapper à l’esclavage, alors je crois qu’il peut aujourd’hui encore sauver son peuple. C’est dans cet esprit qu’Esther s’adresse à Dieu. La prière d’Esther est une sorte d’annonce de la prière que le Christ nous invite à faire, c’est-à-dire de nous remettre totalement et avec confiance entre les mains de Dieu. Dieu n’a pas besoin que nous lui donnions des informations. Il sait ce qui existe et il sait ce qui est dans notre cœur. Il n’a pas besoin que nous lui donnions des conseils, il sait ce qui est bon pour l’homme. Aussi la prière n’est-elle pas faite pour éclairer Dieu ou pour lui transmettre des choses qu’il ne connaîtrait pas, la prière est faite pour nous permettre d’exprimer notre confiance. Quand nous exprimons à Dieu nos misères, quand nous appelons vers lui, quand nous lui demandons d’intervenir, progressivement et peu à peu, nous découvrons d’une façon renouvelée la réalité dans laquelle nous vivons. Ce n’est pas Dieu qui doit changer par nos prières, c’est nous qui devons changer dans notre rencontre avec Dieu ! Ce que nous lui disons, c’est ce qui va être l’instrument de notre changement. Nous nous débarrassons en lui des soucis superflus, des inquiétudes inutiles, ou des angoisses fondées, ces inquiétudes que l’on peut concevoir pour l’avenir… Tout cela nous le connaissons, mais d’une certaine façon, cela encombre notre vie.
En nous livrant à Dieu, en lui remettant tout ce qui est dans notre cœur, nous progressons dans la liberté, nous ne sommes plus sous le poids de ce que nous devrons faire, comment nous devrons le faire, nous sommes abandonnés sous le regard de Dieu et nous acceptons, et nous lui demandons qu’il oriente lui-même notre vie pour qu’elle soit plus conforme à sa volonté.
Aussi, Jésus peut-il nous dire que Dieu exauce toujours cette prière, qui consiste à demander à Dieu son esprit, et non pas à lui demander de solutionner nos difficultés. Si nos prières ne sont pas exaucées, c’est justement pour nous aider à comprendre que nous devrions demander autre chose. Ce que Dieu ne nous donne pas, ce n’est pas ce qu’il nous refuse, c’est ce qu’il nous épargne en ne satisfaisant pas ce qu’il y a de faux ou d’erroné dans nos demandes. Il nous fait découvrir le véritable chemin de notre vie.
Aussi avec confiance, nous nous présentons devant le Seigneur. Nous lui demandons de faire pour nous ce qu’il juge bon et d’ouvrir nos cœurs pour que nous reconnaissions ce qu’il nous fait connaître de bon. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris

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