Visiblement il faut procéder en plusieurs étapes. La première étape est celle de Jean le baptiste. Il prêche la conversion du cœur. Car il y a beaucoup d’obstacles, de ravins et de montagnes infranchissables que nous opposons à la venue de Dieu. La cupidité, la débauche, l’égoïsme, le goût du pouvoir, le mensonge, l’orgueil sont autant de choses qui nous détournent du Seigneur pour nous enfermer dans notre suffisance. La conversion est le retournement de soi vers Dieu. Pour contempler Dieu il faut tout simplement arrêter de se regarder le nombril.
Le baptême de Jean implique une démarche de conversion, de retour au Seigneur. Jean baptise dans l’eau. C’est un baptême de purification.
En revanche, la deuxième étape est celle de notre Seigneur Jésus-Christ. Car il ne se contente pas de nous éloigner du péché, il nous sauve du péché et de sa conséquence principale : la mort. Par le baptême, Jésus nous donne l’Esprit Saint qui vient du Père, comme il l’a promis. Cet Esprit vient renouveler notre cœur en profondeur. Il s’agit d’aimer comme Dieu, comme le Christ nous l’a montré en aimant jusqu’au bout.
Celle qui a été préparée par Dieu lui-même, c’est la Vierge Marie. Nous allons la fêter dans deux jours. L’Immaculée Conception veut dire qu’elle a été conçue sans la marque du péché originel. En elle, il n’y a aucun obstacle à la venue du Seigneur. Il est inutile d’aplanir le chemin. Elle n’a pas besoin du baptême de Jean. Il lui suffit simplement de poser cet acte d’amour par lequel elle s’offre toute entière à Dieu : « Voici la servante du Seigneur » (Lc 1,38). Dès lors l’Esprit Saint la prend sous son ombre et le Dieu d’amour est enfanté en elle.
Que la Vierge Marie nous aide à répondre à la venue du Seigneur pour qu’il fasse en nous sa demeure et que sa gloire s’y révèle.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris
Aujourd’hui, comme Adam, nous sommes nus et nous ne nous cachons pas. Nous sommes nus parce que nous constatons notre vulnérabilité, notre impuissance. Un petit virus, tout petit virus, et voilà que notre belle prétention s’écroule et que nous sommes terrés comme des renards peureux.
Nous avons conquis la terre, nous l’avons mise en esclavage alors qu’elle nous avait été confiée pour que nous en prenions soin. Nous nous sommes pris pour Dieu. Mais nous n’avons pas honte ! Nous nous enfermons chez nous, nous nous saluons d’un coup de coude un peu ridicule, nous nous interdisons de circuler et de nous embrasser. Mais nous n’avons pas honte !
Nous bricolons la nature, nous falsifions la biologie, nous détruisons l’ordre naturel de la filiation et de la relation de l’homme et de la femme. Mais nous n’avons pas honte !
L’homme et la femme des origines ont voulu être « comme Dieu » en suivant la tentation du serpent. Ils ont eu honte. Alors, une issue s’est ouverte. La femme, Ève, devint la mère des vivants. Une descendance fût promise à l’humanité.
Nous nous sommes pris pour Dieu. Mais nous n’avons pas honte. Y a-t-il une issue ?
Oui. Cette issue c’est Marie, Marie la toute belle, Marie la magnifique, Marie le réceptacle de la grâce de Dieu. L’ange l’affirme : elle est « comblée de grâce » (Lc 1,28).
Elle seule, en notre nom à tous, peut répondre au Seigneur. Pas de honte en elle car il n’y a pas d’obstacles à la grâce de Dieu. Elle accueille pleinement le Don du Seigneur, l’Esprit Saint qui la prend sous son ombre, non pas pour « se faire » comme Dieu mais pour « se laisser faire » par Dieu afin que lui-même la divinise, pour qu’elle soit la demeure, la mère de son Fils, qu’elle devienne enfant de Dieu, mère de son Créateur et qu’en son Fils naissent nombre d’enfants au Seigneur.
En Marie, pas de honte, mais beaucoup d’amour.
A la question de Dieu : « Adam où es-tu ? », elle répond humblement : « Voici la servante du Seigneur » (Lc 1, 38).
Marchons sur les pas de Marie, tournons-nous vers elle pour qu’elle nous accompagne dans cette marche de la vie qui nous est donnée pour rejoindre Dieu dans son amour.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Mais quelle est donc cette lumière ? Saint Paul nous le dit : « N’éteignez pas l’Esprit » (1 Th 5,19). L’Esprit Saint est donc cette lumière qui va briller en Jésus-Christ. Mais nous savons que pour voir la lumière il faut des yeux. L’Esprit Saint est la lumière de notre vie. Il est l’amour de Dieu qui vient habiter en nous pour nous permettre de vivre notre vocation suprême et éternelle : aimer comme Dieu nous aime. Si la lumière est l’Esprit de Jésus, quels sont les yeux qui peuvent recevoir cette lumière ? Les yeux, c’est notre liberté ! Cette liberté nous a été donnée pour accueillir librement l’amour, en vivre nous-mêmes, et en faire vivre les autres.
Accueillir l’amour, c’est entrer dans la joie. Mais qu’est-ce donc que la joie ? Le dictionnaire nous dit que c’est le « sentiment intérieur de plénitude ». Le philosophe Bergson disait : « La joie annonce toujours que la vie a réussi ». Le chrétien qui a réussi sa vie de baptisé est dans la joie.
Aujourd’hui, on nous pousse plutôt vers le plaisir. Il faut « se faire plaisir ». Le plaisir, c’est la satisfaction d’un désir.
Mais il y a bien des endroits où l’on ne se fait pas plaisir. A l’école, par exemple, on ne se fait pas toujours plaisir. Il faut travailler, faire des efforts, mais quand on a réussi les examens, on éprouve de la joie. Quand on fait du sport, souvent on se fait mal. Mais pour la compétition, on se dépasse. Au travail, il faut accomplir l’ouvrage. Quand il est terminé nous sommes heureux de sa réalisation.
Autrement dit, la joie que l’on éprouve n’est pas la satisfaction d’un désir ou le fait d’être le meilleur, mais le dépassement de ses propres limites.
De même dans la religion, prier peut être fastidieux, même s’il y a des lieux où la prière est plus facile. Quelquefois, peut-être même souvent, la messe est ennuyeuse.
On ne vient pas à la messe pour se faire plaisir, on vient par amour de Jésus-Christ. C’est cela qui procure de la joie. C’est ainsi que la prière est aussi source de joie car elle permet de se dépasser pour aller vers Dieu. La joie et l’amour sont profondément liés.
Le désir nous pousse à prendre et génère du plaisir toujours fugace.
L’amour, c’est tout donner pour ceux que l’on aime et cela procure une joie durable. La joie est toujours ordonnée à l’amour. C’est Dieu qui seul sait tout donner par amour : « Je tressaille de joie dans le Seigneur car il m’a vêtu des vêtements du salut » (Is 61,10).
Le plaisir est sensible, individuel et tourne vers soi. Nous le partageons avec les animaux.
La joie vient du cœur et se communique aux autres. Elle est propre à l’humanité.
Jean-Baptiste tire sa joie en donnant sa place à Jésus. C’est ainsi qu’il accueille l’amour de Dieu et permet aux hommes vers lesquels il est envoyé de recevoir cette lumière. Notre joie à nous aussi est de donner sa place à Jésus.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Au premier dimanche de l’Avent, le Christ nous a demandé d’être des « veilleurs ». Les veilleurs sont ceux qui restent debout quand les autres dorment. Nous sommes de garde pour les choses de Dieu comme les médecins, les pompiers ou les policiers le sont pour la société. Dans notre monde à la conscience anesthésiée, où un simple virus fait régner la terreur, nous devons être des hommes debout à l’image de la vierge au pied de la croix.
Il s’agit d’être veilleurs pour entrer dans l’espérance, car nous savons que Dieu n’a pas dit son dernier mot.
Puis nous fut présentée ensuite la figure de Jean-Baptiste pour préparer les chemins du Seigneur par la conversion personnelle de chacun. Il s’agit bien de changer notre cœur, notre regard sur Dieu, sur les autres, sur nous-mêmes.
Se convertir, c’est laisser une place à l’espoir : l’homme lui aussi n’a pas dit son dernier mot.
Aujourd’hui, c’est la figure du roi David qui nous apprend qu’il s’agit moins de faire quelque chose pour Dieu que de croire que Dieu fait quelque chose pour nous. Si souvent, nous inversons cette proposition dans notre manière de vivre la religion. Il ne s’agit pas tant de nous admirer dans nos actes religieux que de rendre grâce à Dieu de qui nous tenons la vie, la croissance et l’être (cf. Ac 17, 28). C’est le moment où l’espoir s’abandonne à l’espérance.
Enfin Marie nous révèle la plénitude de la grâce. En elle, il n’y a pas d’obstacles, pas de récriminations, pas de doutes, pas de revendications, pas d’idées préconçues.
Même quand elle pose sa question à l’ange : « Comment cela se fera-t-il ? » (Lc 1, 34), ce n’est pas pour exprimer un doute mais pour accueillir la grâce.
En effet, le pécheur aurait dit : « Cela est impossible ! » Mais Marie pose un acte de foi.
Elle ne doute pas que cela puisse se faire. Elle sait que Dieu va le réaliser, elle fait simplement droit à son intelligence pour connaître le mode opératoire de quelque chose qui est humainement impossible. Elle montre comment notre intelligence peut accueillir le projet de Dieu. Elle est tout accueil.
Elle réalise déjà en elle ce que son Fils Jésus accomplira en plénitude au moment de sa Passion, l’ajustement de la volonté humaine à la volonté divine : « Non pas ce que je veux, Père, mais ce que tu veux » (Mt 26, 39).
Marie est l’aboutissement de ce chemin spirituel que nous avons parcouru pendant ce temps de l’Avent et qui réalise parfaitement l’œuvre de Dieu et son alliance en son Fils unique.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
CADEAU
En ces temps dramatiques, on a presque honte de se souhaiter un joyeux Noël. Nous ne pourrons pas nous réunir comme prévu et sans doute beaucoup d’entre vous resteront seuls. Que nous reste-t-il ? Nous faire des cadeaux ! Mais en fait, pourquoi nous offrons-nous des cadeaux le soir de Noël ? Parce que c’est un anniversaire ! Ce n’est pas votre anniversaire à vous, c’est l’anniversaire de Jésus, c’est sa naissance que nous fêtons. Au fond, c’est lui qui devrait recevoir des cadeaux. Qu’est-ce qu’il reçoit comme cadeaux ? On sait que plus tard les mages lui apporteront de l’or, de la myrrhe et de l’encens. Mais aujourd’hui ?
En fait, ce n’est pas un objet précieux que Jésus est venu chercher dans notre monde. Ce que Jésus est venu chercher, c’est notre amour. Il est le Fils de Dieu, et le seul cadeau que l’on peut offrir à Dieu c’est notre amour. C’est le seul cadeau qu’il désire.
Alors ? Cela commence mal. Il n’y a pas de place pour lui à l’hôtel, dans la salle commune. Il doit naître dans une étable. Mais il va trouver l’amour de Marie et l’amour de Joseph qui vont l’accueillir et l’adorer. Le voilà son cadeau, son vrai cadeau, son seul cadeau.
DIEU ARRIVE : SUPERMAN OU ENFANT
Et comment Jésus peut-il trouver ce cadeau de l’amour des hommes ? Nous imaginerions volontiers que Dieu vienne dans le monde comme un prince tout-puissant ou comme Superman. Dans ce cas on va l’admirer, être ébloui, mais on ne va pas l’aimer.
Alors Jésus vient comme un petit enfant, fragile. Personne n’a peur d’un tout petit enfant. Au contraire on est tout attendri, on a envie de le protéger. On n’imagine pas que le Fils de Dieu vienne comme un tout petit. Comment faire pour le reconnaître ? Il faudra le voir avec les yeux du cœur comme Marie, Joseph et les bergers. Ces yeux du cœur sont ceux de la foi.
Un enfant est celui qui est « sans parole » (infans). Dieu ne commence pas par s’exprimer par des mots mais par sa présence. Dieu nous parle d’abord par sa présence. Voilà pourquoi il faut l’accueillir. Comme à la messe, Dieu se rend présent dans le Corps de Jésus-Christ. C’est la présence réelle. Elle ne se découvre que par les yeux d’un cœur plein de foi.
DIEU SE LAISSE MANGER
Comment Dieu manifeste-t-il cet amour ? En se laissant manger ! Avez-vous vu ce que fait la Vierge Marie ? Où va-t-elle coucher Jésus une fois qu’elle l’a emmailloté ? Dans une mangeoire ! Et que met-on dans une mangeoire ? De la nourriture. C’est un geste prophétique extraordinaire que pose la Vierge Marie. En effet, cet enfant mis dans une mangeoire deviendra pour chacun le pain du Ciel. C’est lui qui dira : « Ma chair est la vraie nourriture » (Jn 6, 55).
Voilà pourquoi nous recevons l’hostie dans nos mains. C’est son Corps qui se livre dans nos mains, comme autrefois dans la mangeoire. Cette hostie est aussi fragile et vulnérable que l’enfant dans l’étable de Bethléem. Jésus vient encore jusqu’à nous à chaque messe avec humilité pour ne pas nous effrayer, pour prendre chair en nous, pour nous aimer et être aimé.
Ce soir de Noël nous pouvons vraiment chanter avec les anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ».
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Je vous ai souhaité une bonne année en commençant cette messe et j’espère vraiment qu’elle sera bonne pour nous tous. Avec ce que nous avons vécu, nous pouvons nous poser la question de savoir si nous allons passer encore une année en étant confinés. En effet, cet évangile m’a fait penser à ce que nous avons à vivre aujourd’hui entre ceux qui resteront confinés quoiqu’il arrive et ceux qui seront toujours déconfinés, au moins dans leur tête.
Les mages, eux, sont totalement déconfinés. Ils osent se mettre en route et partir loin de chez eux pour découvrir un roi des Juifs qui a priori leur est étranger. Ce sont des savants, des mages philosophes capables de lire les signes dans le ciel, des astrologues avides de connaissance et capables de s’émerveiller. Ils représentent ceux qui cherchent Dieu avec toutes les ressources de l’intelligence et de la sagesse humaines. Certes, ils n’ont pas la révélation comme les scribes et les grands prêtres. Mais ils se sont mis en route. En revanche, les grands prêtres et les scribes qui, eux, ont la révélation, restent misérablement confinés. Ils ne bougent pas, ils ne vont pas voir l’enfant à la crèche bien qu’ils sachent exactement où le Messie doit naître.
Il y a un risque d’être confinés dans nos petites certitudes religieuses en restant incapables de nous émerveiller devant l’inattendu de Dieu. C’est sans doute cela être « confiné dans sa tête ».
Cette étoile mystérieuse n’intéresse pas les scribes. Pourtant l’événement cosmique avait été prophétisé par Balaam, un prophète païen : « Je vois un astre qui se lève issu de Jacob, un sceptre se dresse issu d’Israël » (Nb 24, 17).
Et nous ? Quelle est l’étoile qui nous fera sortir de notre confinement, qu’il soit physique ou religieux ? Cette étoile, c’est la foi comme nous le rappelle le Pape François : « La foi n’est pas une lumière qui dissiperait toutes nos ténèbres, mais la lampe qui guide nos pas dans la nuit et cela suffit pour le chemin ». Recevoir la foi qui est un don de Dieu, soit par le travail de la sagesse soit par l’accueil de la révélation, nous permet d’être déconfinés, de sortir de nos enfermements pour aller à la rencontre de la lumière, du Christ qui est la Lumière des nations.
Comment accueillir la foi ? Encore une fois le Pape François nous répond : « La foi consiste dans la disponibilité à se laisser transformer toujours de nouveau par l’appel de Dieu ».
Être déconfiné, c’est être disponible. Êtes-vous disponibles ?
Celle qui nous montre ce chemin de la foi, c’est la Vierge Marie. Marie est la « fille de Sion » du prophète Isaïe. Elle représente le peuple élu qui accueille son Messie et par elle, ouvre le salut à toutes les nations. Alors tous les peuples, tous ceux qui cherchent, qui se mettent en route, ceux qui sont les éternels déconfinés, pourront découvrir et s’émerveiller devant l’enfant de la crèche que Marie tient dans ses bras. Nous avons entendu saint Paul nous l’affirmer : « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au même partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’évangile » (Ep 3,6).
Alors chers frères et sœurs, soyons les déconfinés de l’évangile, venons à la messe rencontrer le roi des rois et partons en mission pour annoncer la Bonne Nouvelle du salut et de la vie éternelle ouverte à tous.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Vous rappelez-vous le livre de la Genèse, au moment de la Création ? Il est dit que Dieu crée en séparant. Cela nous étonne, nous qui avons accueilli la théorie du big-bang qui paraît scientifiquement la plus attestée. A propos, savez-vous que cette théorie a été découverte par un prêtre scientifique, l’abbé Georges Lemaître ? Cela prouve qu’il n’y a pas de contradiction entre la science et la foi. Ce big-bang serait une explosion initiale déployant une énergie considérable qui a fait apparaître la matière, le temps et l’espace. Alors, que Dieu crée en séparant nous paraît un peu étrange. Il est dit dans la Bible que Dieu crée en séparant la lumière et les ténèbres le premier jour et les eaux d’en haut et les eaux d’en bas le deuxième jour. Les eaux d’en haut, en hébreu shamayim, ce sont les cieux. Les eaux d’en bas, c’est la sphère du créé. Cette séparation entre le ciel et la terre, entre le lieu divin inaccessible et le monde créé pourrait paraître cruelle si Dieu restait inaccessible en raison de cette séparation. Mais, en réalité, c’est de cette séparation que peut naître la communion. On le voit dans l’exemple d’une maman qui porte son enfant dans son ventre. Au moment de la naissance, l’enfant est séparé d’elle mais, justement, elle peut le prendre dans ses bras, l’embrasser et entrer dans un vis-à-vis, une communion. Toute les mythologies expriment comment les hommes ont voulu conquérir les cieux, s’emparer du paradis, voler le feu du ciel. De nos premiers parents qui ont voulu se faire « comme Dieu » à Prométhée pour qui cette quête a été fatale, en passant par Gilgamesh, l’humanité s’est heurtée à un échec total. Aujourd’hui encore, l’illusion de dominer le monde et de maîtriser la vie éternelle qui n’appartient qu’à Dieu a été douloureusement contrariée par un petit virus couronné. David a mis à terre Goliath. Covid a terrassé Hippocrate. Sommes-nous condamnés au désespoir ? L’homme de la Bible se heurte à cette impasse : « L’homme ne peut voir Dieu et vivre » (Ex 33, 20). Pourtant, Dieu donne des signes de sa présence et la grande prière qui traverse la Bible se résume dans ce cri du prophète Isaïe : « Ah, si tu déchirais les cieux et si tu descendais » (Is 64, 1).
Nous l’avons entendu, c’est au baptême du Christ que cette prière est exaucée. En remontant de l’eau les cieux se sont déchirés. Ce n’est pas l’homme qui s’empare du Ciel et de la divinité. C’est Dieu qui descend jusqu’à nous. Il l’a fait en son Verbe qui a pris chair de notre chair. En prenant la condition humaine, le Fils de Dieu permet à l’homme cette extraordinaire rencontre du Ciel et de la terre pour que l’humanité entre en communion avec son Créateur. Cette communion, cette alliance magnifique est le reflet de la Trinité. Le Fils se fait l’un de nous, l’Esprit Saint vient en son humanité et le Père témoigne de son amour. Toute communion dans l’amour est l’image de cette communion créatrice du Père, du Fils et du Saint Esprit. Si le Seigneur Jésus est plongé dans les eaux inférieures c’est pour que s’ouvrent les eaux supérieures, non pour lui qui vient du Ciel, mais pour nous, pour que nous puissions y aller. Nous nous rappelons ce que saint Paul a dit quand il écrivait aux Romains : « Au baptême vous avez été plongés dans la mort avec le Christ pour ressusciter avec le Christ » (Rm 6,4). Si le Christ est plongé dans l’eau, c’est pour signifier qu’il assume notre condition mortelle pour que celle-ci puisse revêtir la divinité. Quand il ressort de l’eau après son baptême, il manifeste par avance sa résurrection qui ouvre la voie à notre propre résurrection.
Ainsi le baptême qui nous rend fils de Dieu nous fait passer de la condition de créature à la condition divine : « Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtue le Christ » (Gal 3,27). Le baptême signifie que nous recevons la vie éternelle dès ici-bas. Il s’agit bien d’une vie nouvelle qui n’aura pas de fin.
Beaucoup de chrétiens font baptiser leurs enfants car ils comprennent ce cadeau immense de la vie éternelle donnée dès ici-bas. Je me rappelle d’une de mes jeunes patientes qui venait d’accoucher et qui m’a demandé un ondoiement car son bébé était en danger. J’avoue qu’à l’époque je ne savais pas exactement ce dont il s’agissait. C’est un baptême effectué en urgence en versant l’eau avec ces paroles : « Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ». L’enfant est alors baptisé vraiment et reçoit toutes les grâces divines. Pour elle, le Salut précède la santé. Aujourd’hui, aurions-nous moins la foi ?
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Souvent cette question nous est posée : quelle est ma vocation ? Depuis le début de son pontificat, le pape François a donné la vocation de tout baptisé : être disciple missionnaire.
C’est merveilleux, cet évangile que nous venons de lire nous montre la manière de le devenir. D’abord il y a quelqu’un qui désigne le Seigneur, comme ici Jean-Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu » (Jn 1,29). Et c’est ainsi pour chacun de nous. Pour rencontrer Jésus et savoir qui il est, il faut une personne qui nous le fasse connaître. Ce peut être notre maman, un frère, un ami, un prêtre, une dame catéchiste, une rencontre, une lecture, bref, quelqu’un qui nous révèle celui qui peut changer notre vie. Il peut aussi s’agir d’un appel intérieur comme pour le jeune Samuel. Là aussi il faudra quelqu’un qui, comme le prêtre Eli, nous fasse comprendre que c’est bien Dieu lui-même qui nous appelle.
La deuxième étape du disciple, consiste à le suivre. Il s’agira alors de lire les évangiles, de se renseigner sur ce Jésus dont on nous parle, d’avoir envie de le connaître, enfin bref : de chercher à le rejoindre. Il est indispensable de se mettre en route et de ne pas rester figé sur sa réserve ou sur ses interrogations.
Puis c’est la rencontre. Ce n’est pas nous qui en avons l’initiative. Jésus voit qu’on le cherche, se retourne et leur dit : « Que cherchez-vous ? » (Jn 1,38). Cette rencontre prend des formes différentes. Je le vois dans les lettres de catéchumènes adultes qui m’écrivent pour demander le baptême. Cette rencontre est toujours unique et personnelle chacun peut dire quand elle s’est produite.
La quatrième étape change notre positionnement. Il ne s’agit plus de marcher derrière Jésus mais avec Jésus. Nous ne sommes plus à distance. Nous mettons nos pas dans ses pas.
Enfin la dernière étape du disciple consiste à demeurer avec Jésus. Nous ne sommes pas des passants. Nous ne pouvons pas fureter de sentiments en sentiments. Le papillon butine. Le disciple demeure. Être quelque part ! Ce que dans les la phraséologie moderne on appelle les « somewhere », les gens de quelque part. C’est vrai que ceux qui sont le plus à la mode sont les « anywhere », ceux qui sont de nulle part et ne se posent jamais. Ils se croient libres, en fait ils ne sont que volatiles et s’enfoncent dans l’inconsistance.
Quand on est resté assez longtemps dans la lumière du Christ, il n’est pas possible de la garder pour soi : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile » (1 Co 9,16) disait saint Paul. André va chercher son frère, il devient missionnaire parce que le vrai disciple est toujours missionnaire. Vous voyez, il commence par sa famille, il ne monte pas sur un tabouret pour haranguer la foule. Ce n’est pas si facile d’être missionnaire auprès de sa famille en raison d’une certaine pudeur qui nous paralyse. Pourtant c’est le lieu le plus essentiel, le plus naturel pour la mission, pour partager avec ceux que l’on aime ce qui est devenu notre trésor : « Là où est ton trésor là aussi sera ton cœur » (Mt 6,21) disait Jésus.
Tout ce parcours particulier de l’apôtre André nous permet de comprendre cette vocation qui est la nôtre à nous qui sommes baptisés : devenir disciples missionnaires. Mais dans quel but ? Le pape François nous l’a dit : pour vivre la joie de l’Évangile. Car c’est une joie extraordinaire de connaître le Christ et de le faire connaître.
+ Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Jésus enseigne avec autorité, non pas comme les scribes. Qu’est-ce que cela veut dire ? Du coup, je me pose la question : est-ce que je vous parle avec autorité ? Ou bien est-ce que je vous parle comme les scribes au temps de Jésus ? A première vue, je parle plutôt comme les scribes. En effet, je ne parle pas de moi-même, à partir de ce que je suis, mais à partir de la parole de Dieu que je commente, comme le font les scribes.
Jésus parle avec autorité. Tout simplement parce qu’il parle de lui-même. Il est la Parole de Dieu. Ce logos exprime tout à la fois la pensée, la parole et l’agir de Dieu. Il est « Dieu incarné » et tout son être exprime Dieu. Les démons en sont témoins : « Tu es le Saint de Dieu » (Mc 1,24).
Tel n’est pas le cas des scribes qui commentent cette Parole de Dieu. Ainsi, quand je vous parle, je le fais à partir de mon expérience personnelle, de ce que j’ai appris et même si j’entretiens l’intimité avec Dieu par les sacrements et la prière, je ne m’adresse pas à vous avec autorité comme le fait Jésus quand il parle : « En vérité, je vous le dis ».
Cependant, Jésus a promis à ses apôtres l’Esprit Saint en affirmant : « Ne vous souciez pas de ce que vous direz, l’Esprit Saint parlera en vous » (Mt 10,19-20). La seule véritable autorité que nous pouvons avoir, c’est celle qui est donnée par l’Esprit Saint dans la mesure où nous ne lui faisons pas obstacle et où nous le laissons prendre toute sa place. C’est d’ailleurs pourquoi je prie toujours l’Esprit Saint avant l’homélie pour me désapproprier des mots que je vais prononcer. Car c’est lui, le Saint-Esprit, qui connaît le cœur de chacun et qui peut donner à chacun la nourriture spirituelle dont il a besoin.
Alors, mais alors seulement, c’est dans cette désappropriation que je peux parler au nom du Seigneur car ce n’est plus de ma propre autorité que je le fais, mais par l’Esprit qui parle en moi.
Comment Jésus exerce-t-il cette autorité ? En chassant les démons et en guérissant les malades. Autorité veut dire étymologiquement « faire grandir ». Pour faire grandir, le Seigneur commence par rétablir ce qui est abîmé : l’âme et le corps. Sa parole divine chasse les esprits impurs, redresse les malades, pardonne aux pécheurs. Après seulement, il se met à prêcher. C’est parce qu’il fait du bien que les foules se mettent à sa suite. Ensuite, elles peuvent dire : « Jamais homme n’a parlé comme cet homme » (Jn 7, 46). Il est important que l’Église retrouve cette vocation première de faire du bien pour qu’après sa parole soit audible et crédible.
L’envoyé de Dieu, le prophète, ne doit transmettre que les paroles que Dieu lui confie comme le Seigneur le dit à Moïse : « Je mettrai dans sa bouche mes paroles » (Jr 1,9).
Le prophète n’est pas seulement celui qui parle au nom de Dieu et en qui s’exprime sa Parole. C’est par toute sa vie que le prophète annonce le logos. C’est dans sa propre vie que la Parole de Dieu s’accomplit. Nous avons été baptisés dans le Christ, prêtre, prophète et roi. N’oublions pas la dimension prophétique qui annonce en nos vies la pleine réalisation de la vocation de l’humanité à entrer dans la communion d’amour du Père, du Fils et du Saint-Esprit. C’est le sens du célibat pour le Royaume qu’explique saint Paul aux chrétiens de Corinthe.
Elle annonce l’accomplissement de la vocation ultime de l’humanité où Dieu sera tout en tous et comblera pleinement les désirs infinis de l’homme dans l’infini de son Amour.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.