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Troisième méditation de carême 2019
L’IDOLÂTRIE, ANTITHÈSE DU DIEU VIVANT

Troisième prédication de Carême 2019

Tous les matins au réveil, nous vivons une expérience unique à laquelle nous faisons à peine attention. Pendant la nuit, les choses que nous avons laissées autour de nous la veille au soir sont encore là : le lit, la fenêtre, la chambre. Peut-être le soleil brille-t-il déjà à l’extérieur, mais nous ne le voyons pas, car nous avons encore les yeux fermés et les stores baissés. Ce n’est qu’à mon réveil que les choses commencent ou recommencent à exister pour moi, parce que j’en prends conscience, je me rends compte qu’elles existent. Avant mon réveil, c’est comme si elles n’existaient pas.

C’est la même chose avec Dieu. Il est toujours là ; « c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être », disait Paul aux Athéniens[1] ; mais souvent cela se produit comme dans notre sommeil, sans que nous en soyons conscients. Notre esprit aussi a besoin de se réveiller, d’avoir un sursaut de conscience. C’est pourquoi les Ecritures nous exhortent si souvent à sortir de notre sommeil : « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera[2] », « c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil[3] ! » C’est ce que nous nous proposons de faire pour poursuivre, pendant ce Carême, notre recherche du Dieu vivant..

L’idolâtrie ancienne et nouvelle

Le Dieu de la Bible est appelé le Dieu « vivant », pour être ainsi distingué des idoles qui sont des choses mortes. C’est la bataille qui unit tous les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament. Il suffit d’ouvrir presqu’au hasard une page des Prophètes ou des Psaumes pour y trouver les signes de cette lutte épique en faveur du Dieu unique d’Israël. L’idolâtrie est l’antithèse exacte du Dieu vivant. A propos des idoles, un psaume dit :

« Leurs idoles : or et argent,

ouvrages de mains humaines.

Elles ont une bouche et ne parlent pas,

des yeux et ne voient pas,

des oreilles et n’entendent pas,

des narines et ne sentent pas.

Leurs mains ne peuvent toucher,

leurs pieds ne peuvent marcher,

pas un son ne sort de leur gosier[4] ! »

En contraste avec les idoles, le Dieu vivant apparaît comme un Dieu qui « opère ce qu’il veut », qui parle, qui voit, qui entend, un Dieu qui « respire » ! Le souffle de Dieu a aussi un nom dans les Écritures : il s’appelle Ruah Jahwe, l’Esprit de Dieu.

Malheureusement, le combat contre l’idolâtrie ne s’est pas achevé avec la fin du paganisme historique ; il est toujours en vigueur. Les idoles ont changé de nom, mais elles sont plus présentes que jamais. Y compris à l’intérieur de chacun de nous, où nous verrons qu’il en existe une qui est la plus redoutable. Cela vaut donc la peine pour une fois de s’attarder sur ce problème, car c’est un problème actuel, et pas seulement passé.

Celui qui a fait de l’idolâtrie l’analyse la plus lucide et la plus profonde, c’est l’apôtre Paul. Laissons-nous guider par lui à la découverte du « veau d’or » qui se niche en chacun de nous. Au début de sa Lettre aux Romains, nous lisons ces mots :

« Or la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et contre toute injustice des hommes qui, par leur injustice, font obstacle à la vérité. En effet, ce que l’on peut connaître de Dieu est clair pour eux, car Dieu le leur a montré clairement. Depuis la création du monde, on peut voir avec l’intelligence, à travers les œuvres de Dieu, ce qui de lui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité. Ils n’ont donc pas d’excuse, puisque, malgré leur connaissance de Dieu, ils ne lui ont pas rendu la gloire et l’action de grâce que l’on doit à Dieu. Ils se sont laissé aller à des raisonnements sans valeur, et les ténèbres ont rempli leurs cœurs privés d’intelligence[5]. »

Dans l’esprit de ceux qui ont étudié la théologie, ces mots sont presque exclusivement liés à la thèse de la possibilité qu’ont les créatures de connaître avec leur raison l’existence de Dieu. Par conséquent, une fois ce problème résolu, ou dès qu’il cesse d’être aussi actuel que par le passé, il est très rare que l’on se rappelle ces mots et qu’on leur accorde de la valeur. Mais cette question de la connaissance naturelle de Dieu est, dans le contexte, un problème complètement marginal. Les paroles de l’Apôtre ont bien plus à nous dire ; elles contiennent un de ces « tonnerres de Dieu » capable de fracasser même les cèdres du Liban.

L’Apôtre est déterminé à démontrer la situation de l’humanité avant le Christ et en dehors de lui ; autrement dit, par où commence le processus de la rédemption. Ce processus ne part pas de zéro, de la nature, mais d’en-dessous de zéro, du péché. Tous ont péché, nul n’est exclu. L’Apôtre divise le monde en deux catégories : les Grecs et les Juifs, c’est-à-dire les païens et les croyants, et commence son réquisitoire précisément par le péché des païens. Il identifie le péché fondamental du monde païen dans l’impiété et l’injustice. Il dit que c’est une attaque contre la vérité ; non pas de telle ou telle vérité, mais de la vérité ultime de toutes choses.

Le péché fondamental, l’objet premier de la colère divine, est identifié dans l’asebeia, c’est-à-dire dans l’impiété. En quoi cette impiété consiste-t-elle exactement ? L’Apôtre l’explique immédiatement en disant qu’elle consiste dans le refus de « glorifier » et de « remercier » Dieu, autrement dit, dans le refus de reconnaître Dieu en tant que Dieu, dans le fait de ne pas lui attribuer la considération qui lui est due. Cela consiste, pourrait-on dire, à « ignorer » Dieu, et là cependant, ignorer ne signifie pas tant « ne pas savoir qu’il existe », mais « faire comme s’il n’existait pas ».

Dans l’Ancien Testament, nous entendons Moïse crier au peuple : « Reconnais que c’est le Seigneur ton Dieu qui est Dieu[6] » et un psalmiste reprend ce cri en disant : « Reconnaissez que le Seigneur est Dieu : il nous a faits, et nous sommes à lui, nous, son peuple, son troupeau[7]. » Réduit à son noyau d’origine, le péché revient à nier cette « reconnaissance » ; c’est la tentative de la créature d’annuler l’infinie différence de qualité qui existe entre la créature et le Créateur, en refusant de dépendre de Lui. Ce refus s’est déployé de manière concrète dans l’idolâtrie, dans laquelle on adore la créature à la place du Créateur[8]. Les païens, continue l’Apôtre, « se sont laissé aller à des raisonnements sans valeur, et les ténèbres ont rempli leurs cœurs privés d’intelligence. Ces soi-disant sages sont devenus fous ; ils ont échangé la gloire du Dieu impérissable contre des idoles représentant l’être humain périssable ou bien des volatiles, des quadrupèdes et des reptiles[9]. »

L’Apôtre ne veut pas dire que tous les païens, indistinctement, ont vécu subjectivement dans ce type de péché (plus loin, il parlera des païens dont la façon d’agir prescrite par la Loi est inscrite dans leur cœur[10]) ; il veut seulement dire quelle est la situation objective de l’homme après le péché. Saint Augustin expliquera par une image ce qui s’est passé avec le péché originel. L’homme a été créé par Dieu « droit », dans le double sens de juste et de tourné vers le haut. Le péché a consisté en la curvitas, dans le repliement de l’homme sur lui-même[11] ; autrement dit, en se mettant à la place de Dieu.

Dans l’idolâtrie, l’homme « n’accepte » pas Dieu, mais il se fait un dieu. Les rôles sont inversés : l’homme devient le potier, et Dieu le vase qu’il façonne à sa guise[12]. Il y a dans tout cela un renvoi, au moins implicite, au récit de la Création[13]. Là on dit que Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance ; ici on dit que l’homme a échangé avec Dieu l’image et la figure de l’homme corruptible. En d’autres termes, Dieu a créé l’homme à son image, et désormais l’homme crée Dieu à son image. Puisque l’homme est violent, il fera de la violence un dieu, Mars ; parce qu’il est luxurieux, il fera de la luxure une déesse, Vénus, etc. Il se projette lui-même sur Dieu.

« Cet homme, c’est toi ! »

Il serait facile de montrer que c’est aussi la situation dans laquelle, d’une certaine manière, nous nous sommes retrouvés, en Occident, du point de vue religieux et à partir de laquelle l’athéisme moderne a commencé avec la célèbre maxime de Feuerbach : « Ce n’est pas Dieu qui a créé l’homme à son image, mais c’est l’homme qui crée Dieu à son image ». D’une certaine façon, il nous faut admettre que cette affirmation est vraie ! Oui, dieu est vraiment un produit de l’esprit humain. Mais le problème est de savoir de quel dieu il s’agit. Certainement pas du Dieu vivant de la Bible, mais seulement de l’un de ses substituts.

Imaginons qu’aujourd’hui un déséquilibré tape à coups de marteau sur la statue du David de Michel-Ange qui se trouve dehors, devant le Palazzo della Signoria de Florence, puis se mette à crier triomphalement : « J’ai détruit le David de Michel-Ange ! Il n’y a plus de David ! Il n’y a plus de David ! » Il ne sait pas, pauvre gars, qu’il ne s’agissait que d’un calque, d’une copie destinée aux touristes pressés, car le vrai David de Michelangelo, à la suite d’une agression de ce type dans le passé, a été retiré de la circulation et placé dans la Galerie de l’Académie. C’est ce qui est arrivé à Nietzsche lorsque, par la bouche d’un de ses personnages, il a proclamé : « Nous avons tué Dieu[14] ! » Il ne s’est pas rendu compte que ce n’était pas le vrai Dieu qu’il avait tué, mais une simple copie de lui « en plâtre ».

Une simple observation suffit pour se convaincre que l’athéisme moderne n’a rien à voir avec le Dieu de la foi chrétienne, mais avec une idée déformée de lui. Si l’idée de Dieu un et trine s’était maintenue en théologie (plutôt que de parler d’un vague « Être suprême »), Feuerbach n’aurait pas eu autant de facilité à faire triompher sa thèse selon laquelle Dieu est une projection que l’homme fait de lui-même et de son essence. Quel besoin l’homme aurait-il de se scinder en trois : Père, Fils et Saint-Esprit ? C’est le vague déisme qui est démoli par l’athéisme moderne, pas la foi en un Dieu un et trine.

Mais passons à autre chose. Nous ne sommes pas ici pour réfuter l’athéisme moderne, ni pour un cours de théologie pastorale ; nous sommes ici pour faire un chemin de conversion personnelle. Quel rôle avons-nous – je veux parler maintenant de « nous » dans le sens de nous qui sommes ici, de nous, croyants – dans le formidable réquisitoire de la Bible contre l’idolâtrie ? D’après ce que nous avons dit jusque-là, il semblerait en fait que nous ayons plus que tout autre un rôle d’accusateurs. Mais écoutons bien ce qui suit dans la Lettre de Paul aux Romains. Après avoir arraché le masque de la face du monde, l’Apôtre arrache également le masque de notre visage et nous voyons comment.

« De même, toi, l’homme qui juge, tu n’as aucune excuse, qui que tu sois : quand tu juges les autres, tu te condamnes toi-même car tu fais comme eux, toi qui juges. Or, nous savons que Dieu juge selon la vérité ceux qui font de telles choses. Et toi, l’homme qui juge ceux qui font de telles choses et les fais toi-même, penses-tu échapper au jugement de Dieu[15] ? »

La Bible raconte l’histoire suivante. Le roi David avait commis un adultère ; pour le couvrir, il fit tuer le mari de la femme pendant la guerre, de sorte que le fait même qu’il se soit approprié la femme puisse apparaître comme un acte de générosité du roi à l’égard du soldat mort en se battant pour lui. Une vraie chaîne de péchés. Arrive alors le prophète Nathan, envoyé par Dieu, qui raconte à David une parabole (mais le roi ne savait pas que c’était une parabole). Il y avait, dit-il, dans la ville un homme très riche qui avait des troupeaux de moutons. Il y avait aussi un homme pauvre qui ne possédait qu’une seule brebis à laquelle il tenait beaucoup, de qui il tirait sa subsistance et qui dormait avec lui. Un invité arriva chez le riche qui, voulant épargner ses moutons, s’empara de la brebis du pauvre et la fit tuer pour préparer le repas de son invité. En entendant cette histoire, la colère de David éclata contre l’homme et il dit : « l’homme qui a fait cela mérite la mort ! » Alors, Nathan, abandonnant brusquement la parabole et pointant le doigt sur David, lui dit : « Cet homme, c’est toi[16] ! »

C’est bien ce que l’apôtre Paul fait avec nous. Après nous avoir traînés derrière lui, dans un juste dédain et avec horreur devant l’impiété du monde, passant du premier au deuxième chapitre de sa Lettre, comme s’il se tournait tout à coup vers nous, il nous redit : « Cet homme, c’est toi ! » La réapparition, à ce stade, du terme « inexcusable » (anapologetos), employé ci-dessus pour les païens, ne laisse aucun doute sur les intentions de Paul. Quand tu jugeais les autres – nous dit-il – tu te condamnais toi-même. L’horreur que tu as conçue pour l’idolâtrie, c’est le moment de la retourner contre toi.

Dans le deuxième chapitre, l’ « accusateur » se révèle être le juif que l’on prend ici, surtout, comme type. Le « juif » est le non-grec, le non-païen[17] ; c’est l’homme pieux et croyant qui, fort de ses principes et en possession d’une morale révélée, juge le reste du monde et en jugeant se sent en sécurité. Le « juif » est, en ce sens, chacun de nous. Origène disait même que, dans l’Église, ce sont les évêques, les prêtres et les diacres, c’est-à-dire les guides et les maîtres, qui sont visés par ces paroles de l’Apôtre[18].

Paul a vécu ce choc lui-même quand, après avoir été pharisien, il est devenu chrétien. Il peut donc maintenant parler avec assurance et indiquer aux croyants le chemin pour sortir du pharisaïsme. Il dévoile l’étrange et fréquente illusion de ces personnes pieuses et religieuses qui se croient à l’abri de la colère de Dieu, uniquement parce qu’elles ont une idée claire du bien et du mal, qu’elles connaissent la Loi et savent l’appliquer à autrui, tout en pensant qu’en ce qui les concerne, le privilège d’être du côté de Dieu ou, la « bonté » et la « patience » de Dieu, qu’ils connaissent bien, feront une exception pour eux.

Imaginons la scène. Un père réprimande l’un de ses fils pour quelque transgression ; un autre de ses fils, qui a commis la même faute, croyant s’attirer la sympathie de son père et ainsi échapper au reproche, se met lui aussi à gronder son frère tout haut. Le père s’attendait à bien autre chose. L’entendant réprimander son frère et voyant sa bonté et sa patience à son égard, il aurait dû courir se jeter à ses pieds, s’avouant tout aussi coupable de la même faute et lui promettant de s’amender.

« Ou bien méprises-tu ses trésors de bonté, de longanimité et de patience, en refusant de reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse à la conversion ? Avec ton cœur endurci, qui ne veut pas se convertir, tu accumules la colère contre toi pour ce jour de colère, où sera révélé le juste jugement de Dieu[19]. »

Quel tremblement de terre le jour où vous réalisez que la parole de Dieu vous parle ainsi et que ce « tu », c’est vraiment vous ! C’est ce qui se produit comme quand un juriste est tout à fait disposé à analyser une phrase de condamnation célèbre prononcée dans le passé et qui fait autorité, quand soudain, en y regardant de plus près, il réalise que la phrase s’applique aussi à lui et est toujours pertinente : du coup cela change son état d’esprit et le cœur cesse d’être sûr de soi. Ici la parole de Dieu est engagée dans un véritable tour de force ; elle doit renverser la situation de celui qui la traite. Ici, il n’y a pas d’échappatoire, il n’y a plus qu’à « s’effondrer » et dire comme David : « J’ai péché[20] ! », sinon le cœur s’endurcit de nouveau et la personne ne se repent pas. A l’écoute de cette parole de Paul, on ressort, soit converti, soit endurci.

Mais quelle est l’accusation spécifique que l’Apôtre brandit contre les « pieux » ? Celle – dit-il – de faire « les mêmes choses » qu’ils condamnent chez les autres. « Les mêmes choses », dans quel sens ? Dans le sens que ce sont matériellement les mêmes ? Oui[21] ; mais surtout les mêmes choses, quant à la substance, qui est l’impiété et l’idolâtrie. L’Apôtre le met mieux en lumière dans le reste de sa Lettre, lorsqu’il dénonce la prétention de se sauver par ses propres œuvres et de se faire de ce fait, créanciers, et de faire de Dieu le débiteur. Si tu observes la loi et fais toutes sortes de bonnes œuvres, mais pour affirmer ta justice, tu te mets à la place de Dieu. Paul ne fait que répéter avec d’autres mots ce que Jésus, dans l’Évangile, avait essayé de dire avec la parabole du pharisien et du publicain au Temple et d’innombrables autres façons.

Nous pouvons nous appliquer le tout à nous, chrétiens, car comme nous l’avons dit, la cible de Paul n’est pas tant les Juifs en tant que peuple, mais l’homme religieux en général, et dans son cas les soi-disant « judéo-chrétiens ». Il y a une idolâtrie cachée qui mine l’homme religieux. Si l’idolâtrie est « de se prosterner devant l’ouvrage de leurs mains[22] », si l’idolâtrie est « de mettre la créature à la place du Créateur », alors je suis idolâtre lorsque je mets la créature – ma créature, l’ouvrage de mes mains – à la place du Créateur. Ma créature peut être la maison ou l’église que je construis, la famille que je crée, l’enfant que j’ai mis au monde (combien de mères, même chrétiennes, sans s’en rendre compte, font de leur fils, surtout s’il est unique, leur dieu !) ; cela peut être l’institut religieux que j’ai fondé, le poste que j’occupe, le travail que je fais, l’école que je dirige, pour moi qui vous parle, ce même sermon que je suis en train de donner.

Au fond de chaque idolâtrie, il y a le culte de soi, l’amour propre, le fait de se placer au centre et à la première place dans l’univers, en y sacrifiant tout le reste. Il suffit que nous apprenions à nous écouter quand nous parlons pour découvrir comment s’appelle notre idole puisque, comme dit Jésus, « ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur[23] » ; nous remarquerions combien de nos phrases commencent par le mot « je ».

Le résultat est toujours l’impiété, le fait de ne pas glorifier Dieu, mais toujours et seulement soi-même, de profiter du bien, et même du service que nous rendons à Dieu – y compris Dieu lui-même ! -, pour notre propre réussite et notre affirmation personnelle. Beaucoup d’arbres au grand tronc ont la racine pivotante, une racine mère qui descend perpendiculairement sous le tronc et rend la plante robuste et inébranlable. Tant qu’on ne met pas la cognée à cette racine, on peut couper toutes les racines latérales, l’arbre ne tombera pas. Cet endroit est très étroit, il n’y a pas de place pour deux : c’est soit mon ego, soit le Christ.

Peut-être en revenant à moi, suis-je prêt, à ce stade, à reconnaître la vérité, à savoir que jusqu’à présent j’ai vécu « pour moi-même » et que je suis moi aussi impliqué dans ce mystère de l’impiété. Le Saint-Esprit m’a « convaincu de péché ». Commence pour moi alors le miracle toujours renouvelé de la conversion. Si le péché, comme Augustin nous l’a expliqué, a consisté en un repli sur soi, la conversion la plus radicale consiste à se « rectifier » et à se retourner vers Dieu. Cela ne pourra se faire pendant une prédication ni pendant le Carême ; mais nous pouvons au moins prendre la décision sérieuse de le faire, et c’est déjà en quelque sorte, pour Dieu, comme si c’était fait.

Si je me range de toutes mes forces du côté de Dieu, contre mon « moi », je deviens son allié ; nous sommes deux pour lutter contre le même ennemi et la victoire nous est assurée. Notre moi, comme un poisson sorti de son eau, peut continuer de frétiller et de se tortiller pendant un moment, mais il est destiné à mourir. Ce n’est pas cependant une véritable mort, mais une naissance. « Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera[24]. » Dans la mesure où le vieil homme meurt, naît en nous « l’homme nouveau, créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté[25]. L’homme ou la femme que nous tous secrètement aspirons à être.

Que Dieu nous accorde de progresser dans la véritable entreprise de notre vie qu’est notre conversion.

Traduit en Français par Cathy Brenti, Communauté des Béatitudes

 

[1] Ac 17, 28.

[2] Ep 5, 14.

[3] Rm 13, 11.

[4] Ps 114, 3-7.

[5] Rm 1, 18-21.

[6] Cf. Dt 7, 9.

[7] Ps 100, 3.

[8] Cf. Rm 1, 25.

[9] Rm 1, 22-23.

[10] Cf. Rm 2, 14s.

[11] Cf. Saint Augustin, Commentaire du Psaume 94, 2.

[12] Cf. Rm 9, 20s.

[13] Cf. Gn 1, 26-27.

[14] F. Nietzsche, Le gai savoir, Flammarion 2007.

[15] Rm 2, 1-3.

[16] Cf. 2 S 12, 1s.

[17] Cf. Rm 2, 9-10.

[18] Cf. Origène, Commentaire de la Lettre aux Romains, 2,2 (PG 14. 873).

[19] Rm 2, 4-5.

[20] 2 S 12, 13.

[21] Cf. Rm 2, 21-24.

[22] Cf. Is 2, 8 ; Os 14, 4.

[23] Mt 12, 34.

[24] Mt 16, 25.

[25] Ep 4, 24.




Méditation de 2019

PRIONS POUR RECEVOIR L'ESPRIT

A la Pentecôte prochaine, CHARIS entrera en fonction. CHARIS est le nouvel organisme unique au service de tout le courant de grâce du Renouveau charismatique catholique. Voilà une occasion unique pour nous et pour toute l’Eglise de recevoir une nouvelle effusion de l’Esprit. Le but de cette réflexion – ainsi que des deux autres qui suivront, qui m’ont été demandées par le comité de coordination – est précisément de soutenir et d’encourager, à l’aide de fondements bibliques et théologiques, l’engagement de prière que de nombreux frères et sœurs souhaitent prendre pour contribuer au succès spirituel de cet événement.
Comment les Apôtres se sont-ils préparés à la venue du Saint-Esprit ? En priant ! « Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères . » La prière des Apôtres réunis au Cénacle avec Marie, est la première grande épiclèse, elle ouvre la dimension épiclétique de l’Église, de ce « Viens, Saint-Esprit » qui continuera à résonner dans l’Église au long des siècles et par lequel la liturgie fera précéder toutes ses actions les plus importantes.
Pendant que l’Église était en prière, « un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent […] Tous furent remplis d’Esprit Saint . » Il se produisit ce qui s’était passé lors du baptême du Christ : « Comme […] après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint […] descendit sur Jésus ». On dirait que pour saint Luc, c’est la prière de Jésus qui perça les cieux et fit descendre l’Esprit sur lui. La même chose se produisit à la Pentecôte.
Il est impressionnant de voir avec quelle constance, dans les Actes des Apôtres, la venue du Saint-Esprit est liée à la prière. On ne cache pas le rôle décisif du baptême , mais on insiste encore plus sur la prière. Saul « priait » lorsque le Seigneur lui envoya Ananie pour qu’il recouvre la vue et qu’il soit rempli du Saint-Esprit . Quand les Apôtres apprirent que la Samarie avait accueilli la Parole, ils envoyèrent Pierre et Jean et « à leur arrivée, ceux-ci prièrent pour ces Samaritains afin qu’ils reçoivent l’Esprit Saint . »
Quand, à la même occasion, le magicien Simon tenta de recevoir le Saint-Esprit en payant, les Apôtres réagirent avec indignation . On ne peut acheter le Saint-Esprit, on ne peut que l’implorer dans la prière. Jésus lui-même avait lié le don du Saint-Esprit à la prière en disant : « Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » Il avait lié ce don, non seulement à notre prière, mais aussi et surtout à la sienne en disant : « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous ». Entre la prière et le don de l’Esprit, il y a le même circulation et interpénétration qu’il y a entre la grâce et la liberté. Nous avons besoin de recevoir le Saint-Esprit pour pouvoir prier, et nous devons prier pour recevoir le Saint-Esprit. Au début, il y a le don de la grâce, mais nous devons ensuite prier pour que ce don soit préservé et qu’il grandisse.
Mais tout cela ne doit pas rester un enseignement abstrait et vague. Il doit me dire quelque chose à moi personnellement. Veux-tu recevoir le Saint-Esprit ? Te sens-tu faible et souhaites-tu être recouvert de la puissance d’en haut ? Te sens-tu tiède et veux-tu être réchauffé ? Aride et tu veux être arrosé ? Rigide et tu veux être courbé ? Mécontent de ta vie passée et tu veux être renouvelé ? Prie, prie, prie ! Que sur ta bouche ne soit pas étouffé ce cri : Veni Sancte Spiritus, viens Saint-Esprit ! Si une personne ou un groupe de personnes, avec foi, se met en prière et en retraite, déterminé à ne pas se lever tant qu’elle n’aura pas été revêtue du pouvoir d’en haut et baptisée dans l’Esprit, cette personne ou ce groupe ne se lèvera pas sans avoir reçu ce qu’elle a demandé et bien plus encore. C’est ce qui s’est passé lors de la première retraite de Duquesne, qui fut à l’origine du Renouveau charismatique catholique.
A l’image de la prière de Marie et des Apôtres, notre prière doit être une prière « concordante et persévérante ». Concordante ou unanime (homothymadon) signifie, littéralement, fait d’un seul cœur (cum corda/con-corde) et d’une « seule âme ». Jésus a dit : « Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux . »
L’autre caractéristique de la prière de Marie et des Apôtres est que c’était une prière « persévérante ». Le terme original grec qui exprime cette qualité de la prière chrétienne (proskarteroúntes) indique une action tenace, insistante, le fait d’être occupé avec assiduité et consistance à quelque chose. Il se traduit par persévérants, ou assidus, dans la prière. On pourrait aussi traduire par « s’accrochant avec ténacité » à la prière.
Ce mot est important car c’est celui qui revient le plus souvent à chaque fois que dans le Nouveau Testament on parle de prière. Dans les Actes, il revient peu de temps après, lorsqu’on parle des premiers croyants venus à la foi, qui « étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières . » Saint Paul aussi recommande d’être « assidu à la prière ». Dans un passage de la Lettre aux Éphésiens, nous lisons : « En toute circonstance, que l’Esprit vous donne de prier et de supplier : restez éveillés, soyez assidus à la supplication pour tous les fidèles ».
La substance de cet enseignement vient de Jésus, qui a raconté la parabole de la veuve importune, justement pour dire « la nécessité de toujours prier sans se décourager ». La femme cananéenne est une illustration vivante de cette prière insistante qui ne se laisse décourager par rien et qui finit par obtenir, précisément pour cette raison, ce qu’elle désire. Elle demande une première fois la guérison de sa fille et Jésus – est-il écrit – « ne lui répondit pas un mot ». Elle insiste et Jésus répond qu’il n’a été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël. Elle se jette à ses pieds et Jésus lui oppose « qu’il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Il y avait de quoi se décourager. Mais la femme cananéenne ne se rend pas. Elle dit : « mais justement, les petits chiens », et Jésus s’exclame de joie : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! »
Prier longtemps, avec persévérance, ne veut pas dire prier avec beaucoup de mots, en s’abandonnant à un vain bavardage comme les païens . Persévérer dans la prière signifie demander souvent, ne pas cesser de demander, ne pas cesser d’espérer, ne jamais abandonner. Cela signifie ne pas s’accorder de repos et ne pas en accorder au Seigneur non plus : « Vous qui tenez en éveil la mémoire du Seigneur, ne prenez aucun repos ! Ne lui laissez aucun repos qu’il n’ait rendu Jérusalem inébranlable ! »
Mais pourquoi la prière doit-elle être persévérante et pourquoi Dieu n’écoute-t-il pas immédiatement ? N’est-ce pas lui qui, dans la Bible, promet d’écouter immédiatement, dès qu’on le prie, ou avant même qu’ait fini de prier ? « Avant qu’ils n’appellent, moi, je répondrai ; ils parleront encore que moi, je les aurai entendus . » Jésus répète : « Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice . » L’expérience ne contredit-elle pas de manière flagrante ces mots ? Non, Dieu a promis de toujours écouter et d’écouter immédiatement nos prières, et il le fait. C’est nous qui devons ouvrir les yeux.
C’est très vrai, il tient parole : en retardant son secours, il nous aide déjà ; en effet, le fait de différer est déjà en soi un secours. Et ceci pour il n’arrive pas qu’en écoutant trop rapidement la volonté du demandeur, il ne puisse lui offrir une santé parfaite. Il est nécessaire de distinguer l’exaucement selon la volonté de la personne qui prie et l’exaucement selon le besoin de la personne qui prie, qui est son salut. Jésus a dit : « cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira ». Quand on lit ces mots, on pense immédiatement que Jésus promet de nous donner tout ce que nous lui demandons, et nous restons perplexes car nous voyons que cela se réalise rarement. Mais il voulait surtout dire une chose : « Cherchez-moi et vous me trouverez, frappez et je vous ouvrirai ». Il promet de se donner, au-delà des petites choses que nous lui demandons, et cette promesse, il la tient de manière infaillible toujours. Ceux qui le cherchent le trouvent ; à qui frappe, il ouvre et une fois qu’on l’a trouvé, tout le reste passe à la deuxième place.
Lorsque l’objet de notre prière est le bon don par excellence, celui que Dieu lui-même veut nous donner par-dessus tout – le Saint-Esprit -, nous devons nous garder de toute illusion. Nous sommes amenés à concevoir le Saint-Esprit, plus ou moins consciemment, comme une aide puissante venant d’en haut, un souffle de vie qui vienne raviver agréablement notre prière et notre ferveur, donner son efficacité à notre ministère et permettre qu’il soit facile de porter la croix. Tu as prié de cette manière pendant des années pour vivre ta propre Pentecôte, et il te semble que pas un souffle de vent ne se soit levé. Rien de ce que tu attendais ne s’est produit.
Le Saint-Esprit n’est pas donné pour renforcer notre égoïsme. Regarde mieux autour de toi. Peut-être que tout ce Saint-Esprit que tu avais demandé pour toi, Dieu te l’a accordé, mais pour les autres. Peut-être que la prière des autres autour de toi, par ta parole, a-t-elle été renouvelée et la tienne a avancé laborieuse comme avant ; d’autres ont senti que leur cœur était transpercé, ils ont eu la componction et dans les larmes ils se sont repentis, et tu es encore là à demander cette même grâce. Laisse Dieu libre ; mets un point d’honneur à laisser sa liberté à Dieu. C’est la façon qu’il a choisie, lui, de te donner son Saint-Esprit et c’est la plus belle. Qui sait qu’un Apôtre, le jour de la Pentecôte, en voyant toute cette foule repentie se frapper la poitrine, transpercée par la Parole de Dieu, qui sait, dis-je, il a ressenti envie et confusion, en pensant qu’il n’avait jamais pleuré d’avoir crucifié Jésus de Nazareth. Saint Paul, qui dans sa prédication était accompagné de la manifestation de l’Esprit et de sa puissance, a demandé à trois reprises d’être libéré de son écharde dans la chair, mais ne fut pas écouté et dut se résigner à vivre avec pour que se manifester mieux la puissance de Dieu .
Dans le Renouveau charismatique, la prière se manifeste sous une nouvelle forme comparée au passé : celle de la prière en groupe ou du groupe de prière. En y participant, on comprend ce que voulait dire l’Apôtre quand il écrivait aux Éphésiens : « Soyez plutôt remplis de l’Esprit Saint. Dites entre vous des psaumes, des hymnes et des chants inspirés, chantez le Seigneur et célébrez-le de tout votre cœur. À tout moment et pour toutes choses, au nom de notre Seigneur Jésus Christ, rendez grâce à Dieu le Père ». Et encore : « En toute circonstance, que l’Esprit vous donne de prier et de supplier : restez éveillés . »
Nous ne connaissons que deux types fondamentaux de prière : la prière liturgique et la prière personnelle. La prière liturgique est communautaire, mais elle n’est pas spontanée ; la prière personnelle est spontanée, mais elle n’est pas communautaire. Il y a des moments pendant lesquels on peut prier spontanément, selon l’inspiration de l’Esprit, mais en partageant sa prière avec les autres, rassemblant les divers dons et charismes et s’édifiant chacun avec la ferveur de l’autre ; rassemblant les différentes « langues de feu » afin de former une seule flamme. En bref, il faut une prière spontanée et communautaire à la fois.
Nous avons un magnifique exemple de cette prière « charismatique », spontanée et communautaire, dans le quatrième chapitre des Actes. Pierre et Jean, libérés de prison avec l’interdiction formelle de parler au nom de Jésus, rentrent dans leur communauté, qui se met à prier. L’un proclame une parole de l’Écriture (« Les princes se sont ligués contre le Seigneur, le Christ »), un autre a le don prophétique d’appliquer la parole à la situation du moment ; il y a un « soulèvement » de la foi qui donne le courage de demander « des guérisons, des signes et des prodiges ». En fin de compte, on répète ce qui s’est passé à la première Pentecôte « tous furent remplis du Saint-Esprit » et continuaient à prêcher le Christ « avec assurance ».
Un cadeau spécial à demander au Saint-Esprit à l’occasion du renouveau et de l’unification des organisations de service est que ressuscite la merveille de ces premiers groupes de prière charismatiques dans lesquels on respirait presque la présence du Saint-Esprit et où la seigneurie du Christ n’était pas une vérité seulement proclamée mais vécue de manière presque tangible. N’oublions pas que le groupe de prière ou la prière en groupe est l’élément de base qui rapproche à la fois la réalité des groupes de prière et celle des fraternités charismatiques.
Avec chacune des modalités de prière que je viens de rappeler, on peut participer à la chaîne de prière pour se préparer à la Pentecôte. À celui qui aime la prière liturgique, je suggère de répéter plusieurs fois par jour, à son choix, l’une des invocations suivantes au Saint-Esprit en usage dans la liturgie, sachant que vous rejoindrez ainsi les innombrables foules de croyants qui se sont exprimés avant nous :
« Viens, Saint-Esprit, remplis le cœur de tes fidèles et allume en eux le feu de ton amour ». (Pour ceux qui aiment encore prier avec les formules latines originales : « Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium et tui amoris in eis ignem accende »). Ou bien : « Envoie ton Esprit, Seigneur, et renouvelle la face de la terre ». Ou bien : Viens, Esprit Créateur, visite nos esprits, remplis de grâce céleste les cœurs que tu as créés. »
Aux frères et aux sœurs anglophones, je suggère de répéter, seul ou en groupe, les paroles de ce chant que nous avons reçu de nos frères pentecôtistes et qui a accompagné des millions de croyants lors de la réception du baptême dans l’Esprit (alternant le singulier « moi » avec le pluriel « nous ») : « O Esprit du Dieu vivant, viens toucher nos cœurs, prends-moi, guide-moi, emplis-moi de ton amour. O Esprit du Dieu vivant, viens toucher nos cœurs ».
Dans mon livre de commentaire sur le Veni Creator , j’ai également formulé une invocation au Saint-Esprit. Dans cette circonstance, je la partage volontiers avec ceux qu’elle inspirera :
Viens, ô Saint-Esprit !
Viens, force et douceur de Dieu !
Viens, toi le mouvement et la paix !
Renouvelle notre courage,
Remplis notre solitude dans le monde,
Crée en nous l’intimité avec Dieu !
Nous ne disons plus, comme le prophète : « Viens des quatre vents »,
Comme si nous ne savions pas d’où tu proviens ;
Nous disons :
Viens, Esprit du côté transpercé du Christ en croix !
Viens de la bouche du ressuscité !

P. Raniero Cantalamessa OFM Cap.