Commentaire des lectures de la solennité de l'Épiphanie - Année C
Il y voit aussi, et c'est une lecture tout à fait originale, un enseignement spécifique pour les vierges consacrées: cette fête "rappelle à chacune d'elles comment vivre leur vocation en réalisant l'engagement qu'elles ont assumé par la force de leur consécration".
"Elle exige d'elles, précise Mgr Follo, un témoignage qui, selon les mêmes paroles de la formule de leur consécration les rend révélatrices de Dieu le Père, qui « les appelle à rester à Sa présence comme des anges devant Son visage » (Rituel de la consécration des Vierges, n. 64), comme les Rois Mages devant Jésus que la Vierge Marie confie à leur amour".
Cette méditation a été publiée sur le site de l'Église catholique en France (Église.catholique.fr). Nous la reprenons avec l'aimable autorisation de l'auteur.
Épiphanie de paix
L'Épiphanie célèbre trois manifestations divines : la manifestation aux Rois Mages, celle sur les rivages du Jourdain par le Baptême de Jésus et celle des noces de Cana.
Aujourd'hui la manifestation du Sauveur aux « païens », en la personne des Rois Mages est la plus soulignée. Ces personnes sages représentent notre vocation à la lumière du Ciel qu'ils fixaient jusqu'à faire pleurer les yeux du cœur. D'une foi généreuse, ils disent : « Nous avons vu Son Etoile et nous sommes venus... ». En laissant leur palais royaux et leurs certitudes, ces hommes sages ont suivi la « certitude » de l'étoile du Christ. Ils sont arrivés chez l'Enfant qui portait l'éternel Amour dans le monde pour toujours. Ils ne sont pas seulement arrivés chez le Christ, mais dans le Christ.
Lorsque les Rois Mages, ces pèlerins de Ciel arrivèrent à la Grotte, ils virent un nouveau-né dans une crèche et prirent conscience que leur recherche était achevée. Leur mission commençait. Mais qu'ont-ils vu pour en être bouleversés d'étonnement ? Ils virent un enfant dans les bras de Sa mère qui a mis Dieu à notre portée grâce à son "oui" : « le voile » de l'humanité empêche à la luminosité infinie et éblouissante de nous rendre aveugles. Cette manifestation de Dieu est un mystère de miséricorde que personne ne pouvait humainement concevoir. Après l'avoir vu, adoré, et offert des dons, ces Rois quittèrent la Grotte. Ce ne fut pas un simple retour chez eux. La lumière qu'ils avaient contemplée était dans leur cœur : ils l'apportèrent dans le monde.
Aujourd'hui, la lumière de Bethléem continue de resplendir à travers les chrétiens dans le monde entier. Saint Augustin rappelle à ceux qui l'ont accueillie: « Nous aussi, en reconnaissant le Christ comme notre roi et comme prêtre mort pour nous, nous l'avons honoré comme si nous Lui avions offert de l'or, de l'encens et de la myrrhe ; il ne nous manque que d'en témoigner, en prenant une route différente de celle que nous avons empruntée pour venir » (Sermo, 202. In Epiphania Domini, 3, 4).
Cette route est un chemin de justice et de paix, car il manifeste la lumière d'un Dieu qui nous montre son visage et qui apparaît dans la crèche de Bethléem. Lui Seul peut rendre le cœur humain ouvert à la paix et facteur de paix.
Bien sûr, ceci vaut d'une façon particulière pour les vierges consacrées. L'Épiphanie célébration de la manifestation du Seigneur, rappelle à chacune d'elles comment vivre leur vocation en réalisant l'engagement qu'elles ont assumé par la force de leur consécration.
Cette consécration ne les met pas immédiatement au service de quelques activités particulières, mais elle exige de leur part, un témoignage de vie parfaite. Elle exige d'elles un témoignage qui, selon les mêmes paroles de la formule de leur consécration les rend révélatrices de Dieu le Père, qui « les appelle à rester à Sa présence comme des anges devant Son visage » (Rituel de la consécration des Vierges, n. 64), comme les Rois Mages devant Jésus que la Vierge Marie confie à leur amour. Que Dieu, voilé aux yeux des hommes, se dévoile, se manifeste par la sainteté de vie de Ses servantes consacrées.
Mgr Francesco Follo
Observateur Permanent du Saint-Siège auprès de l'UNESCO
Commentaire des lectures du Baptême du Seigneur - Année C
1) Encore une épiphanie.
Le jour de Noël et le 6 janvier, nous avons accueilli la manifestation (= épiphanie) de Jésus aux bergers et aux sages, les Roi Mages qui étaient allés chez Lui. Ils L'avaient reconnu et adoré, en se mettant à genou et en Lui offrant des cadeaux.
Les bergers – je pense – Lui apportèrent en hommage des dons blancs : du lait, du fromage, de la laine et, pourquoi pas, un agneau pour honorer la splendeur « blanche » de Dieu. De pauvres cadeaux ? Un cadeau est toujours de grande valeur s'il est donné avec joie et amour, L'amour n'est pas mesuré par « combien » nous donnons, mais par combien d'amour nous mettons dans le cadeau.
Les Mages aussi suivirent cette « loi du don » (Mère Teresa de Calcutta) : ils montrèrent leur amour respectueux en offrant de l'or à l'enfant Jésus en tant que vrai Roi des Rois. Il Lui donnèrent de l'encens en L'honorant comme vrai Dieu. Enfin, en reconnaissant en Lui le vrai Homme, ils Lui donnèrent de la myrrhe qui était utilisée pour les défunts : prophétie dramatique du destin du nouveau-né, qui était venu au monde pour donner sa vie, totalement. L'Homme-Dieu est né pour se donner à nous. L'Eternité, dont la porte est ouverte par la Croix, nous est donnée avec un enfant, avec cet Enfant.
Aujourd'hui, la Liturgie nous propose de célébrer la manière avec laquelle Dieu-même vit la « loi du don », en validant par son témoignage divin celui des bergers et des rois Mages. De cette manière, il nous est donné de participer à une autre épiphanie (= manifestation) de Jésus : Maintenant, Il est la Paix envoyée, donnée et présente, alors que pendant des siècles et des siècles, elle avait été promise, différée, prophétisée. Dieu manifeste sa Paix dans l'humanité de Jésus, comblée de grâce et de miséricorde.
La manifestation célébrée aujourd'hui nous pousse à contempler et à faire nôtre au moins trois choses :
1) L'humilitédu Christ, Homme-Dieu qui va chez un homme, Jean, pour se faire baptiser en signe de pénitence et conversion. Lui est l'Agneau innocent qui porte humblement le péché du monde. Avec l'incarnation, le Fils de Dieu, qui est infinie puissance devient l'humble impuissance : un petit enfant. Mais, dans son Baptême, Jésus descend encore plus en bas :il se constitue quasi pécheur. Il entre dans l'eau en se constituant comme « pécheur public », « pénitent ». Il nous aime d'un amour infini et il n'hésite pas descendre dans le fond le plus abyssal de notre pauvreté, de notre humiliation, de notre péché.
2) La solidarité du Christ : même s'Il est sans aucun péché, Il se met « dans la queue » avec ses frères les hommes pécheurs, pour partager leur souffrance et porter leur mal à leur place. Il prend sur Lui aussi le châtiment de chaque péché pour faire vivre chaque homme dans Sa vie, dans Sa sainteté. Rien ne montre plus la miséricorde divine que le fait qu'Il ait assumé notre misère-même. Et cette miséricorde n'est pas une faiblesse, elle est une passion d'amour qui récrée.
3) Le témoignage de Dieu le Père : Il ouvre le ciel de Son Cœur, Il envoie Son doux Esprit, délicat comme une colombe, et Il dit : « Ceci est mon Fils, le Bien-Aimé, écoutez-Le ». Maintenant, les hommes n'ont plus d'excuses pour ne pas croire que Dieu se fait entendre et que Son témoignage est crédible. Les Évangiles nous parlent de deux événements où le Père reconnaît Jésus comme Son Fils : dans le Baptême et pendant la Transfiguration. Jean le Baptiste et la foule assistèrent au témoignage paternel lié au Baptême : ils virent Jésus descendre dans l'eau parmi tous les pécheurs, comme s'il était un d'eux. Cette foule vit les cieux s'ouvrir, écouta les paroles prononcées par le Père pour indiquer son Fils bien-aimé et elle fut éduquée à reconnaître la grandeur de Dieu et Sa suprême humilité qui se dépouille de tout : Jésus a voulu se mettre au-dessous de nous pour nous conduire au Père.
2) Toute la vie du Christ est une épiphanie de paradis.
Dans l'événement du Baptême au Jourdain, nous trouvons en germe la vie entière de Jésus, qui amène le Ciel sur la Terre. Dans notre baptême également, il y a le germe de toute notre existence chrétienne qui est une existence de Paradis.
J'essaye de mieux m'expliquer : en se faisant solidaire de nous, le Christ nous a rendus unavec Lui : tous les êtres humains vivent dans le Fils. Le Père se communique à nous, les fils dans le Fils ; le Père nous donne son Esprit. Et si son Esprit est en nous, le Paradis est sur la terre et est ouvert pour nous et pour toute l'humanité. Le grand théologien Origène est allé encore plus loin et écrivit : « Voyant le Fils, la bienveillance du Père qui nous aime dans l'Aimé repose sur nous et nous sommes le Paradis de Dieu ». Donc le Baptême – celui du Christ et le nôtre – implique une mission de paradis :
- une mission à effectuer, comme dit le prophète Isaïe (cfr 1ère lecture de la Messe) dans la fermeté : « Il proclamera le droit avec fermeté », et dans la douceur : « Il ne brise pas le roseau froissé, il n'éteint pas la mèche qui faiblit ».
- une mission qui ne parcourt pas les chemins de la violence orgueilleuse, mais ceux de l'humble délicatesse: « Il ne crie pas, il n'élève pas le ton, il ne fait pas entendre sa voix dans la rue ».
- une mission qui donne espérance et salut aux malheureux : « Pour ouvrir les yeux des aveugles, pour extraire du cachot le prisonnier, et de la prison ceux qui habitent les ténèbres ».
- une mission, enfin, universelle: ses frontières sont la « terre » entière, « les nations », « les îles lointaines ».
Le Fils de Dieu est entré dans le monde non pas pour rester caché, mais, au contraire, pour se faire connaître et aimer, pour construire le monde nouveau et sauver lR#8217;homme. Même quand nous devenons mauvais, le Sauveur reste bon et pardonne nos méchancetés. Il ne veut pas détruire. Il aime reconstruire. Il est venu sur cette terre pour ouvrir le Paradis sur la terre avec sa bonté toute-puissante et inépuisable. Pour le Christ, sauver l'homme signifie le libérer du péché et des violentes misères qui en dérivent. Cela signifie aussi souder l'homme dans une communion avec Lui et avec les autres hommes de façon que le prochain devienne frère et sœur : ceci est une vie de paradis.
Nous ne devons pas oublier que ce salut ne concerne pas seulement la fin et l'au-delà de l'histoire : il la travaille de l'intérieur, il lui donne un sens. La vie éternelle est déjà commencée et germe sur la terre.
Le Royaume de Dieu est en chantier dans le cœur des hommes occupés à bâtir leur cité. Les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres, mais ils sont conscients d'être des pécheurs sauvés qui annoncent au monde que Jésus est le Seigneur. Par leur baptême, les chrétiens sont appelés à être le sel qui doit saler la terre, la lumière qui doit éclairer le monde, en apportant la joie du Paradis.
Le chrétien ne fuit pas du monde, il « travaille » pour le mettre de plus en plus dans les mains de Dieu, pour participer, de cœur et d'action, à la gestation du monde nouveau, où nous tous aurons une demeure stable et heureuse.
3) La dimension féminine de l'épiphanie
Nous tous sommes appelés à ce « travail » qui réalise de plus en plus l'épiphanie de Dieu dans le monde. Cependant, je crois de ne pas me tromper si j'affirme que les vierges consacrées sont appelées à vivre cette épiphanie d'une façon particulière :
En les rencontrant le 2 juin 1995, le B. Jean-Paul II leur a dit : « Très chères Sœurs, Marie est votre mère, sœur et maîtresse. Apprenez d'elle à accomplir la volonté de Dieu et à accueillir Son projet de salut ; à en garder la parole et à la comparer avec les événements de la vie; à chanter Ses louanges pour Ses « grandes œuvres » en faveur de l'humanité ; à partager le mystère de la douleur ; à apporter le Christ aux hommes et à intercéder pour celui est dans le besoin.
Soyez comme Marie dans la salle des noces où l'on fait la fête et le Christ se manifeste à ses disciples comme Epoux messianique ; soyez comme Marie auprès de la Croix, où le Christ offre sa vie pour l'Église ; restez avec Marie dans le Cénacle, la maison de l'Esprit qui se répand comme le divin Amour dans l'Église Épouse ».(B. Jean-Paul II, Discours aux Participantes au Congrès international de l'ORDO VIRIGINUM dans le 25ème anniversaire de la promulgation du Rite, 2 juin 1995, n° 8).
Donc, je crois que la présence de la vierge consacrée comme femme est très importante, particulièrement dans le contexte actuel. Partout elle vit, travaille, parle, sert et prie, elle témoigne de la dimension nuptiale de son existence donnée et offerte. Elle est capable d'accueillir le Christ dans sa totalité, en chantant les louanges de l'Epoux et en élargissant son cœur à chaque fils et fille jusqu'à se sentir « corps » de l'Église, en devenant l'épiphanie de son Epoux par le don sincère et total d'elle-même.
Commentaire des lectures du VIème Dimanche du temps pascal - Année C
1) Obéir, c'est aimer.
Dans le passage romain de l'Évangile de ce VIème Dimanche de Pâques, Jésus fait le lien entre l'Amour qu'on Lui porte et l'observance de sa parole: « Celui qui m'aime restera fidèle à ma parole » (rester fidèle signifie ici mettre en pratique).
Mais pourquoi est-il si important d'obéir à Dieu ? Pourquoi Dieu tient-il tant à ce qu'on lui obéisse ? Certes pas pour le plaisir de commander. Il est un Père qui veut des enfants et non des esclaves. Ces enfants sont appelés à l'aimer en lui obéissant, car l'amour est réellement une affirmation de l'autre, d'un Autre : c'est l'« obéissance », pratiquée comme affirmation d'une présence comme critère et comportement de vie.
Obéir à Dieu est important, car, en Lui obéissant, nous faisons sa volonté de bonté et de perfection, nous voulons les mêmes choses que Lui, et nous réalisons notre vocation première qui est d'être « à son image et ressemblance ». Nous sommes dans la vérité, dans la lumière et par conséquent sommes dans la paix, comme le corps qui a atteint son niveau de quiétude. Dante Alighieri a renfermé tout cela dans un des vers les plus beaux de toute la « Divine Comédie »: « Notre paix est dans sa volonté» (Dante Alighieri, Paradis, 3,85).
Pour comprendre que la Parole du Christ n'est pas un ordre, une imposition, mais une loi de liberté amoureuse, nous devons demander au Seigneur de nous faire comprendre que l'amour n'est pas donner ce que l'on a, mais ce que l'on est; alors on veut aussi ce que les autres sont, et non leurs choses. Aimer n'est pas faire don de ce qui est à nous mais faire don de soi. Ce n'est pas pour rien que dans les Saintes Écritures l'amour est associé à l'obéissance, car obéir c'est se donner. Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements … Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c'est celui-là qui m'aime, dit Jésus durant la Cène.
L'obéissance chrétienne est avant tout une attitude d'amour. C'est cette écoute particulière qui existe entre de vrais amis, éclairée par cette certitude que l'ami, qui donne la vie pour son ami, n'a que de bonnes choses à dire et à donner à celui-ci : une écoute imprégnée de confiance qui fait que l'on accueille la volonté du Christ, sûr qu'elle sera pour le bien.
L'obéissance à Dieu est un chemin de croissance et donc, un chemin de liberté pour la personne car elle lui permet d'accueillir un projet ou une volonté autre que le sien ou la sienne qui, sans la mortifier ni la diminuer, fonde la dignité humaine.
2) Obéir c'est vivre librement.
Tant qu'il n'y a pas d'amour, nous obéissons, « forcés », aux différentes règles plus ou moins rigides et plus ou moins nombreuses. En amour, on écoute la volonté de l'être aimé et on est heureux d'y répondre. L'obéissance chrétienne est libre et elle libère. Cette obéissance à Dieu coïncide aussi avec « le vrai bien de l'Homme », de chaque homme. Pour le chrétien, aimer Dieu implique bien entendu qu'il obéisse à sa volonté en vue d'un bien extrême: la paix et l'amitié avec Dieu et avec les hommes (pensons à la « loi des Béatitudes » donnée par Jésus lors de son sermon sur la montagne).
La Vierge Marie est, après le Christ, l'exemple le plus parfait de cette obéissance, de cet amour et de cette liberté. Elle a accueilli le Verbe de Dieu dans un geste de liberté suprême. Marie « est restée fidèle » (= a conservé et appliqué) au don de l'Amour de Dieu qui, grâce à son « oui » obéissant, s'est fait chair et a établi sa demeure en nous et parmi nous. Elle a obéi à la loi suprême de l'amour. Par son « oui », elle a fait en sorte que la vérité et l'amour de Dieu entrent dans son cœur et dans celui de chaque être humain qui, comme elle, dit « oui » au don de Dieu. Alors Dieu établit dans le cœur humain sa demeure. Il n'est pas n'importe quel Dieu :
Il est le Dieu vivant,
Qui est amour,
Qui crée à son image les libertés,
Qui délivre de la mort par la croix de Pâques,
Qui ouvre à l'homme, dans l'Esprit Saint, l'espace infini de la vraie liberté.
Croire en en ce Dieu n'est pas adhérer à une théorie, ce n'est pas avoir une opinion sur le divin et l'humain. Croire, c'est reconnaître une Présence qui nous aime. En effet « la foi naît de l'impact de l'amour de Jésus avec le cœur de l'homme. La foi c'est l'initiative de l'amour de Jésus Christ sur son cœur.» (Benoît XVI).
3) L'Amour est bonheur.
Un moine augustin, resté dans l'anonymat, a laissé par écrit : « L'amitié est une vertu, mais l'être aimé n'est pas une vertu, il est le bonheur ». Il faut d'abord être aimé, puis on peut aimer. Il faut d'abord être content d'être aimé, puis on transmet cet amour plein de joie aux autres, en observant le commandement de l'amour.
L'amour pour le Christ est la réponse libre et totale au choix originel que Lui a fait en nous aimant, une réponse qui ne saurait être un vague sentiment, mais passe par l'écoute attentive de la parole de vérité que le Christ nous a annoncée, parole de vie, parole qui sauve, parole accueillie, cultivée dans le cœur puis vécue.
Qui aime vraiment le Seigneur, L'écoute, Le suit, se laisse guider par Lui, parce qu'il sait que lui obéir n'est pas une chose lourde, mais un signe d'amour qui dit désir, affection, amitié, appartenance. En plus, dans le bref passage de l'Évangile romain qui nous est proposé aujourd'hui, l'amour est aussi « lieu de rencontre » avec le Père, l'endroit où le Père et le Fils Jésus établissement leur demeure: « Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui ». L'évangile de charité demande de construire des maisons de charité, des communautés de charité vécue, qui soient un signe tangible de la nouveauté du Christ dans l'histoire, humble levain, mais fécond, dans la société individualiste et conflictuelle. Les vierges consacrées sont le cœur de ces communautés. Ces femmes témoignent que l'amour est un don de soi, et que ce don, à un certain moment, trouvent confirmation dans ceci : « tu ne peux plus rien posséder à partir du moment où tu ne te possèdes plus toi-même ». C'est avec bonheur qu'elles ont tout donné à l'Amour et avec bonheur qu'elles le répandent (voir Préliminaire du Rituel de consécration, paragraphe II : Mission des vierges consacrées : Sous l'impulsion de l'Esprit Saint, les vierges consacrées vouent à Dieu leur chasteté pour un plus grand amour du Christ et une plus grande disponibilité à tous. Elles s'adonnent en effet à la prière, à la pénitence, au service de leurs frères et au travail apostolique, suivant leur état et leurs charismes respectifs.)
Ce dimanche je conseille deux textes de Saint Thomas, donc il s'agit de deux écrits « presque » patristiques.
Prière pour l'obéissance de Saint Thomas d'Aquin
« Rendez-moi, Seigneur Dieu, obéissantsans contradiction, pauvre sans défection, chaste sans corruption, patient sans protestation, humble sans fiction, joyeux sans dissipation, sérieux sans abattement, retenu sans rigidité, actif sans légèreté, animé de votre crainte sans désespoir, véridique sans duplicité, faisant le bien sans présomption, reprenant le prochain sans hauteur, l'édifiant de parole et d'exemple sans simulation. Donnez-moi, Seigneur Dieu, un cœur vigilant que nulle curieuse pensée ne détourne de vous, un cœur noble que nulle indigne affection n'abaisse, un cœur droit que nulle intention perverse ne dévie, un cœur ferme que nulle épreuve ne brise, un cœur libre que nulle violente affection ne subjugue. Accordez-moi, Seigneur mon Dieu, une intelligence qui vous connaisse, un empressement qui vous cherche, une sagesse qui vous trouve, une vie qui vous plaise, une persévérance qui vous attende avec confiance, et une confiance qui vous embrasse à la fin. »
Lecture (presque) Patristique
Des Opuscules théologiques de Saint Thomas d'Aquin
La Loi de l'amour divin
« Il est bien évident que tous les hommes ne peuvent pas consacrer leur vie entière à l'étude, et c'est pourquoi le Christ a donné une loi brève,pour que tout le monde puisse la connaître et que personne ne puisse être dispensé de l'observer pour cause d'ignorance. Et cette loi est la loi de l'amour divin. L'Apôtre y fait allusion par ces mots: « Le Seigneur accomplira pleinement et promptement sa parole sur la terre » (Rm 9, 28).
Cette loi doit être celle de tous les actes humains. Dans les activités artisanales on dit qu'un produit est bon et loyal quand il est conforme aux règles, de même toute activité humaine est droite et vertueuse quand elle est conforme à la règle de l'amour divin, mais quand elle s'éloigne de la règle de la charité elle n'est ni droite, ni bonne, ni parfaite.
Cette loi de l'amour divin produit en l'homme quatre effets grandement désirables. D'abord elle produit en lui la vie spirituelle. Il est évident que ce qui est aimé en vertu de la nature existe en celui qui aime. « Celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu, et Dieu en lui » (1 Jn 4,16). La nature de l'amour veut encore que celui qui aime se transforme en l'être aimé: « Celui qui est uni à Dieu ne fait qu'un esprit avec lui » (1 Cor 6,17). C'est ainsi que, selon saint Augustin, « de même que l'âme est la vie du corps, ainsi Dieu est la vie de l'âme ». Ainsi encore l'âme agit vertueusement et parfaitement quand elle agit par la charité, puisque c'est par celle-ci que Dieu habite en elle. Mais sans la charité elle n'opère pas: « Celui qui n'aime pas demeure dans la mort » (1 Jn 3, 14). Quelqu'un peut bien avoir tous les charismes donnés par l'Esprit Saint, sans la charité il n'a pas la vie. Qu'il s'agisse du don des langues, du don de la foi héroïque ou de n'importe quel don : sans la charité ces dons n'apportent pas la vie. Car on peut bien couvrir un cadavre d'or et de pierres précieuses, il n'en demeure pas moins un corps mort.
Le deuxième fruit de la charité, c'est l'observance des commandements divins. Saint Grégoire dit en effet que la charité n'est pas inactive. Si elle existe, elle fait de grandes choses, mais si elle n'agit pas, c'est qu'elle est absente. Nous voyons en effet celui qui aime accomplir de grands et difficiles exploits pour l'être aimé. C'est pourquoi le Seigneur dit: « Celui qui m'aime gardera ma parole » (Jn 14, 25.Celui qui observe le commandement et la loi de l'amour divin accomplit toute la loi.
Le troisième fruit de la charité, c'est la protection qu'elle nous donne contre l'adversité. A celui qui possède la charité, l'adversité ne fait aucun mal, au contraire elle tourne à son avantage: « Pour ceux qui aiment Dieu, tout contribue à leur bien » (Rm 8, 28) ;et même l'adversité et les difficultés paraissent douces à celui qui aime.
Le quatrième fruit de la charité, c'est qu'elle conduit à la béatitude. En effet la béatitude éternelle est promise à ceux-là seulement qui possèdent la charité. Tout le reste, en l'absence de la charité, n'y suffit pas. Et il fautsavoir que, s'il y a des différences dans la béatitude, elles correspondent à des différences selon la charité, et non selon aucune autre vertu. Beaucoup de saints ont mené une vie plus austère que les Apôtres, mais ceux-ci dépassent tout le monde en béatitude à cause de l'excellence de leur charité.
Mais celle-ci produit d'autres fruits qui ne doivent pas être oubliés comme: la rémission des péchés, l'éclairage du cœur, la joie parfaite, la paix, la liberté des enfants de Dieu et l'amitié avec Dieu »
Des « Opuscules théologiques » de saint Thomas d'Aquin, prêtre; dans Opuscula theologica, II, nn. 1137-1154,
Voici le contexte :
Le passage de ce dimanche est la partie finale du discours d'adieu que Jésus adresse à ses disciples durant la Cène, qui occupe tout le chapitre 14 de l'évangile de Jean. Le début de ce discours est dans le chapitre précédent (13,33) dont nous avons écouté une partie dimanche dernier, et son développement dans les chapitres 15-17. Jésus salue les siens avant sa passion, mais il leur indique aussi ce qu'ils doivent faire dans l'attente de son retour; ses paroles ne sont pas seulement pour les douze mais aussi pour les disciples de tous les temps. Cette fois encore, le contexte est important, je suggère donc de l'inscrire à l'intérieur du chapitre 14 qui a la structure suivante:
première partie: La voie pour arriver au Père (14,1-14)
deuxième partie: La communion entre Jésus et sa communauté (14,15-26)
troisième partie: le départ de Jésus et le don de la paix (14,27-31.
Commentaire des lectures de la solennité de la Sainte Trinité - Année C
1) De la croix à la Trinité
Dans la croix de Jésus, toute la Sainte Trinité est impliquée : impliquée dans l'Amour et par Amour! Parmi beaucoup d'anciens tableaux occidentaux représentant le crucifix soutenu par les bras du Père, je choisis celui du Masaccio (dans l'église de "Santa Maria Novella" à Florence, Italie) où le Saint Esprit, sous forme de colombe, est entre la tête du Père et entre la tête couronnée d'épines du Christ. Il y a une mystérieuse communion d'Amour entre le Père et le Fils. C'est pour cela que le Christ a pu dire sur la croix, sans hésitation : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font" (Lc 22,34) ; il y a une parfaite communion d'Amour entre le Père et le Fils! Grâce à cette communion, Jésus a pu dire en mourant avec une confiance filiale : "Père, je remets mon esprit entre tes mains " (Lc 23,46). A partir de ce moment, l'humanité de Jésus, traversée par l'acte d'Amour qui unit le Fils au Père de l'éternité, est devenue source de vie filiale pour tous ceux qui s'ouvrent à Jésus dans l'humilité de la foi : "Mais tous ceux qui l'ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d'une volonté charnelle, ni d'une volonté d'homme, ils sont nés de Dieu" (Jn 1, 12-13).
Si Dieu est amour, si c'est le chemin à travers lequel il nous sauve, la Trinité n'est pas un mystère lointain, inconsistant pour notre vie. Ces trois personnes divines qui sont plus "intimes " à notre vie que nous-mêmes le sommes: elles ne sont pas en dehors de nous, comme une épouse, un mari ou des enfants et des amis, mais sont en nous. Elles "demeurent en nous" (Jn 14,23).
St François d' Assise nous donne un grand exemple sur la manière dont la croix est chemin vers la Trinité. En contemplant le Verbe incarné et crucifié, ce grand Saint vécut l'Amour du Dieu-Trinité qui se donne à lui et lui, François, répondit avec un plein don de lui-même. Saint –François, changé dans son cœur, devint semblable au Christ aussi en son corps avec les stigmates. Conduit par l'esprit auprès des lépreux, le Saint d'Assise partagea la miséricorde reçue par Dieu le Père, riche en miséricorde. Saint-François comprit et nous fait comprendre qu'au moment de mourir, le Christ expira et nous donna son Esprit. Et si le Christ nous donne son Esprit, nous devenons membres du Christ, et vivons de Sa Présence.
Sur la croix, Jésus donna son Esprit, et à ce moment, peu de personnes le reçurent parce que seulement trois personnes étaient restées au pied de la croix : la Vierge Marie, Saint-Jean et Sainte Marie Madeleine.
Ensuite, le jour-même de sa résurrection, le dimanche, lorsqu'il entra dans le cénacle fermé, il le donna aux douze apôtres : "Recevez l'Esprit Saint ".
Puis, Il le donna à l'Église le jour de la Pentecôte : "Il l'a répandu sur nous" dit Saint-Pierre. Ce don a été en croissance continue jusqu'à aujourd'hui et fait de nous le Temple de la Trinité.
2) Le Dieu proche.
La liturgie d'aujourd'hui nous rappelle que Dieu n'est pas un Dieu impersonnel, froid et distant. En effet, "Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour" (Ps 102-103, 8), "riche de miséricorde, de grâce et de fidélité" (Eph 4,2 et Ez 34,6).
Le Seigneur ne méprise pas la poussière à partir de laquelle nous sommes faits; il nous remplit de miséricorde et de pardon. Affirmons avec une grande joie : « béni soit le Seigneur, le Père et son Fils unique et le Saint Esprit, parce que Dieu est le Père qui nous a tellement aimé jusqu' à nous offrir son Fils et nous accorder son esprit pour que nous puissions reconnaître Dieu comme Amour infini ».
Rien n'est plus vrai, vivifiant et réconfortant pour nous que la présence de la Sainte Trinité dans notre vie. En fait, rien ne peut exister, agir ou devenir parfait sans les trois personnes divines, sans Dieu. En effet, Saint-Paul n'hésite pas à affirmer que : " en Lui, nous vivons, bougeons et sommes " (Ac 17,28).
Dieu est proche et nous le pensons loin. Il est dans le réel, dans les évènements et nous le cherchons dans les rêves et dans les utopies impossibles.
Le vrai secret pour entrer en relation avec Dieu est la petitesse, la simplicité du cœur, la pauvreté de l'esprit : toutes ces choses-là sont abimées en nous par l'orgueil, la richesse et la ruse. Jésus l'avait dit : "si vous n'êtes pas comme des petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux." (Mt 18,3): c'est à dire "vous ne serez pas proches de moi". Il n'avait certainement pas envie de plaisanter ou de se moquer de nous. Voir ou ne pas voir Dieu dépend de notre œil : si l'œil est simple et pur, il le voit. Si l'œil est méchant et impur, il ne le voit pas.
Puis, si par distraction ou superficialité, nous l'oublions, la douleur ou le mystère pensent à nous en rappeler Sa présence. Certes, le mystère nous entoure, mais c'est un mystère d'amour, à l'image du ventre de notre maman qui nous a contenus pour nous donner la vie. Qu'y-a-t-il de plus vrai et de plus simple que le ventre d'une mère qui porte un enfant ? Comment saisir le mystère de celui qui nous aime ?
La façon plus simple est d'être simples, intelligents et sages comme des enfants qui ont une intuition de base donnée par Dieu. Mais, il ne suffit pas d'être petits, il faut aussi être pauvres. Mais attention : être petits dans l'Évangile ne signifie pas être immatures et pleurnicheurs. Etre pauvres ne veut pas dire avoir des vêtements vieux, des chaussures usées et des maisons délabrées. "Petit" - pour les Chrétiens - est celui qui ne pose pas sa sécurité en ce qu'il a ou en ce qu'il est mais c'est celui qui a pleinement confiance en la paternité de Dieu. "Pauvre " est celui qui ne transforme pas en idoles les choses qu'il possède et qui ressent profondément que rien ne peut le rassasié, sauf Dieu Amour.
3) La Trinité : un mystère qui révèle Dieu et qui nous révèle nous-mêmes.
Concernant la Trinité, la chose la plus importante n'est pas de spéculer sur le mystère, mais de rester dans la foi de l'Église, qui est le "bateau" qui conduit à la Trinité.
Nous sommes conduits vers un Dieu "Aimant" (Père)' "Aimé" (Fils), et "Amour " (Saint Esprit)" (St Augustin), qui est amour et dialogue, non seulement parce qu'il nous aime et dialogue, mais parce qu'il est un dialogue d'amour, en lui-même. Mais ceci ne renouvelle pas notre conception de Dieu, mais bien la vérité de nous-mêmes. Si la Bible répète que nous devons vivre dans l'amour, dans le dialogue et dans la communion, c'est parce qu'elle sait que nous sommes tous des "images de Dieu".
Rencontrer Dieu, faire l'expérience de Dieu, parler de Dieu, donner la gloire à Dieu, signifie - pour un chrétien qui sait que Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit - vivre en une dimension constante d'amour, de dialogue et de don. La Trinité est un mystère lumineux : en nous révélant Dieu, il a révélé qui nous sommes.
Dans la compréhension de cette révélation, les vierges consacrées nous viennent en aide et sont un exemple pour nous.
Avec la pratique des conseils évangéliques de chasteté, obéissance et pauvreté, ces femmes, qui se sont données complètement à Dieu, vivent avec une intensité particulière le caractère trinitaire, qui marque toute la vie chrétienne. La chasteté des vierges, en tant que dévouement à Dieu avec le "cœur indivisé" (cfr 1Cor 7,32-34), constitue un reflet de «l'amour infini » qui lie les trois personnes divines dans la profondeur mystérieuse de la vie trinitaire. La "pauvreté" vécue à l'exemple du Christ qui "de riche qu'il était, est devenu pauvre" 2(Cor 8,9), devient expression du "don total de soi" que les trois personnes divines se donnent réciproquement. « L' obéissance », pratiquée en imitant le Christ, dont la nourriture était de faire la volonté du Père (cfr Jn 4,34) manifeste la beauté d'une dépendance filiale et non servile, riche de sens de responsabilité et animée d' une confiance réciproque, qui est le reflet dans l' histoire de la correspondance amoureuse des trois personnes divines. (Jean-Paul II, exhortation. Ap.Post-Sinodale Vie consacrée, n°21).
En plus d'une prière de la Bienheureuse Elisabeth de la Trinité, carmélite, et d'une lecture patristique, je joins la reproduction de la Trinité, du peintre Masaccio).
Elévation à la Sainte Trinité - de la bienheureuse Elisabeth de la Trinité (1)
PRIÈRE DE LA BIENHEUREUSE ÉLISABETH DE LA TRINITÉ
Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Ô mon Dieu, Trinité que j'adore,
aidez-moi à m'oublier entièrement
pour m'établir en vous, immobile et paisible
comme si déjà mon âme était dans l'éternité!
Que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous,
ô mon Immuable, mais que chaque minute m'emporte
plus loin dans la profondeur de votre Mystère.
Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel,
votre demeure aimée et le lieu de votre repos;
que je ne vous y laisse jamais seul,
mais que je sois là tout entière,
tout éveillée en ma foi, tout adorante,
toute livrée à votre action créatrice.
Ô mon Christ aimé crucifié par amour,
je voudrais être une épouse pour votre cœur;
je voudrais vous couvrir de gloire,
je voudrais vous aimer...jusqu'à en mourir!
Mais je sens mon impuissance et
je Vous demande de me revêtir de Vous-même,
d'identifier mon âme à tous les mouvements de votre Âme;
de me submerger, de m'envahir, de Vous substituer à moi,
afin que ma vie ne soit qu'un rayonnement de votre Vie.
Venez en moi comme Adorateur,
comme Réparateur et comme Sauveur.
O Verbe éternel, parole de mon Dieu,
je veux passer ma vie à Vous écouter,
je veux me faire tout enseignable afin d'apprendre tout de Vous;
puis, à travers toutes les nuits, tous les vides,
toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et
demeurer sous votre grande lumière.
O mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse
plus sortir de votre rayonnement.
O Feu consumant, Esprit d'amour,
survenez en moi afin qu'il se fasse en mon âme
comme une incarnation du Verbe;
que je Lui sois une humanité de surcroît,
en laquelle il renouvelle tout son mystère.
Et vous, ô Père, penchez-Vous vers votre pauvre petite créature,
ne voyez en elle que le Bien-aimé en lequel
Vous avez mis toutes vos complaisances.
O mes Trois, mon Tout, ma Béatitude,
Solitude infinie, Immensité où je me perds,
je me livre à Vous comme une proie;
ensevelissez-vous en moi,
pour que je m'ensevelisse en Vous, en attendant
d'aller contempler en votre lumière l'abîme de vos grandeurs.
Ainsi soit-il
Du premier livre de saint Hilaire de Poitiers sur la Trinité.
Que pourrions-nous penser de Dieu si la mort de l'homme abolissait en lui tout sentiment et si elle mettait fin à une vie épuisée ? La raison m'assurait qu'il serait indigne de Dieu d'engager l'homme dans une vie capable de réflexion et de sagesse, sans lui laisser d'autre issue qu'un déclin inévitable et une mort éternelle. Dieu n'aurait-il amené l'homme du néant à l'être que pour le replonger dans le néant ? L'acte créateur de Dieu donne naissance à ce qui n'existait pas, mais peut-il enlever la vie à ce qui a commencé d'exister ? Mon esprit s'épuisait dans ces réflexions, tremblant pour lui-même et pour son corps. Il proclamait sa foi en Dieu avec ferveur et constance, mais il était anxieux de son sort et de celui du corps où il demeurait, et qui périrait avec lui. Je pris alors connaissance, après la Loi et les Prophètes, de la doctrine de l'Évangile et des apôtres. Je compris que ceux qui reçoivent le Verbe incarné avec foi ont pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d'une volonté charnelle, ni d'une volonté d'homme : ils sont nés de Dieu.
Mon esprit troublé et anxieux trouva dans l'Évangile plus d'espérance qu'il n'attendait. Je commençai à pénétrer la connaissance du Dieu Père. Une intuition naturelle m'avait fait pressentir l'éternité, l'infinitude et la beauté du Créateur. Maintenant, je sais que ces qualités sont également l'apanage du Dieu Fils Unique. Ma foi ne court plus après divers dieux, car elle a découvert un Dieu né de Dieu. Mon esprit ne conclut pas à une diversité de nature en ce Dieu né de Dieu, car celui-ci est plein de grâce et de vérité. Mon esprit n'imagine pas davantage une antériorité ou une postériorité en ce Dieu né de Dieu, car celui-ci était au commencement auprès de Dieu. Je compris aussi que la foi en cette connaissance salutaire était très rare, mais qu'elle incluait la récompense suprême, car il est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas reçu. Mais tous ceux qui l'ont reçu, ceux qui croient en son nom,
il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, non par une naissance charnelle, mais par la foi. Être fils de Dieu est l'effet non d'une nécessité, mais de la seule puissance de Dieu.
Le don que Dieu nous fait d'être ses fils est proposé à chacun d'entre nous, il ne provient pas de la médiation naturelle des parents, mais de la volonté qui trouve ainsi sa récompense. Ce pouvoir risquait d'embarrasser une foi faible et vacillante, car le désir s'exaspère, mais l'espoir s'affaiblit. Aussi le Verbe s'est-il fait chair, pour que la chair puisse s'élever vers Dieu. Pour que le Verbe fait chair soit à la fois Verbe de Dieu, et chair de notre chair, il a habité parmi nous. Pouvoir habiter est le fait de la divinité, puisque seul Dieu demeure ; “parmi nous” indique l'humanité, puisqu'il s'est fait chair de notre chair. En daignant assumer notre chair, le Verbe ne s'est pas appauvri de sa nature, car il est le Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité. Le Verbe a conservé toute la perfection de sa nature, en assumant la réalité de la nôtre.
Mon âme accueillit dans la joie la révélation de ce grand mystère, car la chair me rapprochait de Dieu. Et la foi m'appelait à une nouvelle naissance. Je pouvais obtenir la régénération d'en-haut, et je reconnus alors la sollicitude de mon Père et Créateur. J'eus la certitude de ne pouvoir retourner au néant après avoir été tiré du néant à l'être. Cette connaissance dépasse les limites de l'intelligence humaine, car la raison commune est incapable de sonder les desseins de Dieu : elle connaît seulement ce qui lui ressemble, ou ce qu'elle peut saisir par ses propres moyens. En effet, les merveilles que Dieu accomplit par sa puissance éternelle ne peuvent s'apprécier par la raison, mais par une foi infinie. Mon esprit ne pouvait plus rejeter le Dieu qui au commencement était avec Dieu, ni le Verbe fait chair qui a habité parmi nous, sous prétexte d'une impossibilité de le comprendre, car je me suis souvenu que mon esprit pouvait comprendre s'il adhérait par la foi.
1. Jn 14, 6.
2. Lc 1, 35.
3. Lc 2, 33.
4. Ph 2, 7.
5. Lc 2, 50 (grec)
6. Mt 23, 38.
7. Lc 2, 51.
8. cf. Lc 2, 52.
9. Ep 4, 14.
10. 1 Co 13, 11.
11. Ep 4, 13.
12. Gn 15, 15.
(1) Religieuse du Carmel de Dijon, France, (1880-1906), béatifiée par le pape Jean-Paul II en 1984. Procès de canonisation en cours.