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Commentaire des lectures du IVème Dimanche du temps ordinaire - Année C
1) Prémisse sur la voix - le prophète - et sur la Parole, Jésus.

Les récits de ce jour, sur le prophète Jérémie et sur l'expérience de Jésus dans l'Évangile (du Rite romain), mettent en relief la vocation et l'action du prophète qui parle de la vie de l'homme selon le projet de Dieu et de sa réalisation.

Je pense donc qu'il est utile - comme prémisse – de rappeler que le terme de ‘prophète' vient du grec προφήτης (prononciation: profétes), qui est un mot composé du préfixe προ- (pro, “devant, avant”, mais aussi “pour”, “à la place de”) et du verbe φημί (femì, “parler, dire”). Littéralement, ce terme signifie « celui qui parle devant » ou « celui qui parle pour, à la place de », soit dans le sens de parler « publiquement » (devant des auditeurs) soit dans celui de parler « avant » (en avance sur le futur).

Il est également utile de savoir que le terme hébreu qui indique le prophète,“nabi”, peut signifier soit « celui qui est appelé », soit « celui qui parle » : en cette double signification est inscrit tout le sens de la mission du prophète : un homme appelé qui devient un porte-voix, un « porte-parole », un serviteur de la Parole de Dieu. En outre, le prophète n'est pas simplement appelé pour parler au nom de Dieu, mais pour vivre de son amour en devenant le prophète du Cœur de Dieu, qui est miséricorde.

Le prophète n'est pas la variante biblique du voyant, car son but n'est pas de communiquer les évènements du lendemain et ainsi de se mettre au service de la curiosité ou du besoin de sécurité des hommes : “L'élément essentiel du prophète n'est pas de prédire les évènements futurs ; le prophète est celui qui dit la vérité parce qu'il est en contact avec Dieu. Il s'agit d'une vérité valide pour aujourd'hui et qui naturellement éclaire aussi le futur. Il ne s'agit donc pas de prédire l'avenir dans ses détails, mais de rendre présente la vérité divine à ce moment-là et d'indiquer le chemin à prendre » (Joseph Ratzinger, Interview avec Niels Christian Hvidt, 1997).

C'est pourquoi le Christ est le Prophète - Révélateur définitif (cf. He 1, 1-2), éminent. Non seulement Il nous conduit à Dieu à travers la parole des prophètes et la loi, mais Il nous assume en Lui par sa vie et sa passion et, à travers l'Incarnation, Il fait de nous son Corps Mystique par le Baptême. Cela signifie que, dans ses racines, la prophétie est présente et continue dans l'Église, peuple de Dieu royal, sacerdotal et prophétique (cf. Lumen Gentium, 12).

2) Un porte-voix et la Parole.

Le Christ est vraiment un prophète différent des précédents. Il est différent aussi de Jérémie (cf. 1èrelecture de ce jour) auquel le Nouveau Testament fait allusion en montrant les nombreuses correspondances entre celui-ci et Jésus. Comme le prophète des temps anciens (cf. Jr 11,18), le Christ aussi, dans sa patrie de Nazareth, est contesté pas ses concitoyens (cf. Lc 4,29).
La délicatesse de Jérémie (cf. Jr. 1,6) le rapproche du Christ décrit par saint Luc. Comme Jésus, ce prophète a affronté les détenteurs du pouvoir religieux et du temple (cf. id. 7,11 et Mt 21,13). Tous deux sont célibataires et tous deux aiment les simples et les cœurs purs. Flagellé (cf. id. 20,2), le prophète Jérémie est conduit à sa passion comme un agneau (cf. id. 11,19). Enfin, même sa lamentation sur Jérusalem (cf. id. 32,28) pourrait être rapprochée des pleurs de Jésus sur la ville bien aimée (cf. Mt 23,37). 

Mais Jérémie n'était qu'un porte-voix qui portait la Parole de Dieu, il était « seulement » un messager qui s'adressait à ceux qui s'étaient trompés de chemin. Jésus est la Parole de Vérité qui est la Voie, le Chemin qui conduit à la Vie.

Le joyeux Message du Christ, c'est Lui même, fleur qui éclot à Nazareth (= jardin), froment qui se fait pain de vie et de miséricorde à Bethléem (= ville du pain), regard si pénétrant qu'Il lit dans le cœur, voix si puissante qu'elle chasse les démons, parole si douce qu'elle charme les enfants, agneau dont la grâce et l'amour sont si forts qu'Il porte le péché du monde et pardonne aux pécheurs.

L'enseignement de Jésus était fascinant et faisait autorité ; le peuple accourait pour l'écouter partout Il se trouvait, dans la synagogue (cf. Évangile du rite romain Lc 4, 21-30) ou au bord de la mer (cf. Évangile du rite ambrosien Mc 12, 13-17).

Mais qu'est-ce que Jésus enseignait ? Il enseignait Dieu. En annonçant la Bonne Nouvelle, Il parlait de Dieu, mais Il en parlait d'une façon nouvelle. Il en parlait à partir de son expérience, de l'expérience qu'Il avait lui-même de Dieu et de la vie. Jésus vivait en Dieu. Il révélait que Dieu est un Juge de miséricorde, un Dieu qui est proche, toujours. Le Christ, l'Homme qui vit parmi les hommes pour révéler le Cœur de Dieu, est le prophète du bonheur (cf. les Béatitudes)

3) Des petits prophètes et non pas des prophètes mineurs.

Nous devrions imiter Jérémie, le prophète qui, à mon avis, ressemble le plus au Christ, en répondant à notre vocation avec ses propres paroles : « Tu m'as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire » (Jr 20,7). Alors nous vivrons en prophètes, peut-être pas de grands prophètes, peut-être pas célèbres, mais peut-être pas moins utiles que Jérémie. Nous, chrétiens, nous sommes appelés à être prophètes : ce n'est pas important d'être petit ou grand prophète, l'important est que nous soyons vrai témoin de Jésus, Prophète du Visage de Dieu, (comme la Vierge Marie l'a reconnu dans le Magnificat),

Si nous nous tenons devant Dieu avec la simplicité des enfants et la demande des pauvres, nous vivrons l'Évangile et nous nous apercevrons que d'autres « petits évangiles », d'autres bonnes nouvelles –apparemment de peu d'importance – sont avec le Christ parmi nous : la bonté et l'amour de nos parents proches et de nos amis, la beauté semée dans les vallées et sur les montagnes, dans les forêts et sur les mers. La magnificence du monde et les lys des champs, l'eau transformée en vin et la multiplication des pains : tout cela fait partie de l'Évangile, c'est-à-dire de l'heureuse nouvelle que le Christ est le Rédempteur de l'homme et du monde et que l'incarnation a fait de la Parole une présence de vérité et de salut.

Le grand peintre Van Gogh disait qu'il aimait regarder les petits enfants dans leur berceau, parce que leurs yeux innocents reflètent le ciel.

Si nous devenons comme des enfants, nous pourrons avoir les yeux remplis du ciel et un regard digne de l'évangile. Alors nous reconnaîtrons la présence évangélique du Christ dans les petites et dans les grandes choses de la vie, et nous deviendrons ses prophètes.

Le Catéchisme de l'Église catholique nous explique que “ Le Peuple saint de Dieu participe aussi à la fonction prophétique du Christ. Il l'est surtout : par le sens surnaturel de la foi qui est celui du Peuple tout entier, laïcs et hiérarchie, lorsqu'il s'attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes' (LG 12) et en approfondit l'intelligence et devient témoin du Christ au milieu de ce monde” (CEC, n. 785).

Dans ce peuple, il y a des personnes qui sont appelées d'une manière particulière à vivre cette dimension prophétique au quotidien, dans ce qui semble être de la poussière d'histoire plus que de l'histoire : il s'agit des Vierges Consacrées.

Le mariage est une très grande valeur, mais la virginité est une prophétie telle que, loin d'être contre les personnes mariées, elle est avant tout pour elles, à leur avantage. La virginité leur rappelle que le mariage est saint, beau, créé par Dieu et sauvé par le Christ, qu'il est l'image des épousailles du Christ et de son Église, mais qu'il n'est pas tout. Par cet appel particulier, Dieu appelle ces femmes consacrées à vivre une plus grande intimité avec Lui et à être dans le monde des témoins prophétiques de cette présence divine, à travers la virginité.

Il me semble que c'est là une des tâches principales de la virginité consacrée. En affirmant cela, je suis dans le sillage

- de Saint Cyprien qui écrivait : « Ce que nous serons un jour, vous l'êtes déjà » (De la conduite des Vierges, chap. 1),

- du Rituel de la Consécration des Vierges qui dit: “Le don de le virginité prophétique et eschatologique acquiert une valeur d'un ministère au service du peuple de Dieu et insère les personnes consacrées dans le cœur de l'Église et du monde » (des Liminaires du Rite de consécration, n. 2, 1970), et

- du Pape Benoit XVI qui affirme : « La vie consacrée est appelée à ce témoignage prophétique, lié à sa double attitude contemplative et active. Aux personnes consacrées, hommes et femmes, il est en effet donné de manifester le primat de Dieu, la passion pour l'Évangile pratiqué comme forme de vie et annoncé aux pauvres et aux derniers de la terre. « En vertu de ce primat, rien ne peut être préféré à l'amour personnel pour le Christ et pour les pauvres en qui il vit. [...] La véritable prophétie naît de Dieu, de l'amitié avec lui, de l'écoute attentive de sa Parole dans les diverses étapes de l'histoire » (cf. Vita consecrata, n. 84). De cette manière, la vie consacrée, dans son vécu quotidien sur les routes de l'humanité, manifeste l'Évangile et le Royaume déjà présent et à l'œuvre. » (Homélie aux Vêpres, Fête de la Présentation de Jésus au Temple, 2 février 2011).

Lecture Patristique

De la conduite des vierges

Par Saint Cyprien

“Ce que nous serons uni jour, vous l'êtes déjà; vous jouissez, dès cette vie, de la gloire de la résurrection; vous traversez le siècle sans en partager la corruption. En persévérant dans fa chasteté, Ô vierges, vous ressemblez aux anges de Dieu. Conservez donc précieusement votre trésor et marchez toujours dans la voie où vous êtes généreusement entrées. 

Donc, encore une fois, que la vierge ne fasse pas consister sa parure dans les colliers et dans les vêtements, mais dans l'innocence des moeurs. Qu'elle marche le regard fixé vers le Ciel et Dieu, et qu'elle n'abaisse pas sur les jouissances de la chair ou les biens terrestres des yeux qui ne doivent chercher que les splendeurs éternelles. Le premier ordre de Dieu a prescrit l'accroissement et la génération; le second a conseillé la continence. Quand la terre était encore nouvelle et sans habitants, le genre humain dut se propager et se multiplier par la génération ; maintenant que l'univers est peuplé, ceux qui en sont capables doivent vivre dans la continence et se priver des plaisirs de la chair en vue du royaume céleste. Ce (33) n'est pas un ordre du Seigneur, mais un conseil; il n'en fait pas une obligation, mais il laisse à chacun l'usage de sa liberté. De plus, comme dans le royaume de son Père il y a plusieurs demeures, il nous indique les plus glorieuses. C'est vers ce but que vous dirigez vos pas; en réprimant les désirs charnels, vous vous assurez la meilleure place dans le Ciel. Il est vrai que tous ceux qui se présentent à la fontaine baptismale y dépouillent le vieil homme par la grâce du bain salutaire. Introduits par l'Esprit-Saint dans une vie nouvelle, ils se purifient, par une seconde naissance, de leurs anciennes souillures. Mais les effets de la régénération se manifestent plus complètement en vous, puisque les désirs charnels s'éteignent dans vos coeurs; vous ne conservez plus que ces saintes aspirations qui vous élèvent à la vertu et à la gloire. Écoutez l'apôtre que le Seigneur a appelé son vase d'élection, Paul, chargé de nous révéler les décrets d'en haut : Le premier homme, dit-il, est né du limon de la terre; le second vient du ciel. Ceux qui naissent de la terre ressemblent au premier, ceux qui viennent du ciel au second. De même que nous avons porté t'image de l'homme terrestre, portons celle de l'homme céleste (I Corint., XV). Il est donné à la virginité, à l'innocence, à la sainteté, à la vérité de reproduire cette image. Elles la reproduisent, ces âmes d'élite qui se rappellent la règle du Seigneur, qui marchent scrupuleusement dans les voies de la justice, fermes dans leur foi, humbles dans leur crainte, prêtes à tout supporter, souffrant les injures sans se plaindre, faciles à pardonner, maintenant, au sein de la société chrétienne, les liens de la concorde et de la, paix fraternelle.” (chap. 1)


Commentaire des lectures du IIème Dimanche du temps ordinaire - Année C
1) Un miracle pour la joie de vivre.

Le fait que le premier miracle de Jésus soit dû à l'intercession de Sa Mère n'est pas un hasard. Ce premier miracle a le but de prolonger la joie des deux nouveaux époux, le jour où ils consacrent leur amour mutuel en présence de Jésus-Christ.

Ce récit est très connu. Jésus est invité, avec ses disciples, à un mariage dans une petite ville non loin de Nazareth : Cana de Galilée. Nous savons que la Vierge Mère, co-protagoniste de l'évènement était présente. En effet, vers la fin du repas nuptial, lorsque le vin vient à manquer, la Vierge est la première à s'en apercevoir. Avec courtoisie mais fermement, elle demande à son Fils d'intervenir pour résoudre cet inconvénient.

Il peut sembler curieux que Marie se préoccupe de quelque chose que le soi-disant bon sens considèrerait si non superflu, du moins comme étant de peu d'importance. Cela semble excessif de faire appel à la toute-puissance de Dieu pour remédier au manque de vin, surtout lorsque la fête touche à sa fin. Mais la Vierge Mère est une femme sensible et concrète et elle sait l'importance des « petites » joies de la vie.

Le premier message de l'Évangile d'aujourd'hui est celui-ci : le premier miracle de Jésus, par l'intercession de Sa Mère, est un miracle de joie afin que la sérénité de la vie ne vienne pas à manquer, parce que cette vie se déroule sous les yeux du Père qui pourvoit, qui a créé le ciel et la terre et la multitude des choses et des êtres qu'ils contiennent : Dieu est d'une générosité étonnante. Il transforme en un vin de grande qualité l'eau contenue dans six amphores de 100 litres chacune. Six cents litres de très bon vin pour une fin de repas sont réellement un signe remarquable de la générosité du cœur de Dieu.

Mais il ne faut pas oublier que la première réponse de Jésus à la sollicitude de sa Mère semble un peu dure : « Que me veux-tu, Femme ? » - Cette appellation, « Femme », n'indique pas une prise de distance par rapport à sa Mère. Ce même « titre » sera utilisé par le Christ sur la Croix, quand il dira à sa Mère : « Femme, voici ton fils » pour lui confier l'apôtre Jean (et nous tous avec lui) - . Jésus ajoutera aussitôt : « Mon heure n'est pas encore arrivée ». Par son intercession pleine de tendresse, Marie, qui n'est pas indifférente à ce qui arrive aux jeunes époux, anticipe cette heure, l'Heure de la Passion. La Mère dit donc aux serviteurs : « Tout ce qu'il vous dira, faites-le ». Ce sont les dernières paroles de Marie que les Évangiles nous livrent. Ces dernières paroles, comme les premières (celles prononcées au moment de l'Annonciation et de sa visite à sa cousine Élisabeth) sont des paroles que la Vierge, Notre Mère, nous offre pour nous montrer le rapport juste et correct avec le Christ.

Qui sait si Marie a pressenti que cette référence à l'« Heure » caractérisait l'évènement de Cana comme un tableau festif avec, en arrière-plan, la Passion du Fils de Dieu ? A Cana l'eau est transformée en vin et, à Jérusalem, quand l'Heure sera arrivée, le vin sera « transformé » en sang.

Les noces de Cana sont le signe d'une autre alliance, la nouvelle alliance, qui sera scellée par la Croix et Marie deviendra la Femme de cette Alliance scellée par la croix.

Marie, dont la foi est un modèle pour nous, est amenée par son Fils à une foi plus adulte. Si la demande d'un miracle pouvait être la solution à l'embarras des époux et de leurs familles, le miracle accompli par Jésus est aussi une révélation plus grande. Il révèle qu'il est venu pour redonner à l'homme et à la femme la capacité d'être une famille vraie et joyeuse, une famille sainte. Il en est le fondement, le goût, la joie ; Il est comme le vin nouveau, conservé jusqu'à la fin. Pour cette raison, en ayant fait le miracle de l'eau transformé en vin, Jean dit que Jésus « manifesta sa gloire », parce que la « gloire de Dieu est l'homme vivant et la vie de l'homme est la vision de Dieu » (St Irénée) dans la joie immense et éternelle.

2) Une réponse positive grâce à Marie. 


Saint Louis-Marie Grignon de Montfort affirmait: « Dieu a réuni toutes les eaux et les a appelées mer ; il a réuni toutes les grâces et les a appelées Marie ». Il n'est pas imaginable que la Mère de toutes les grâces puisse recevoir une réponse négative de la part de son Fils. La Vierge Mère n'a pas eu la moindre hésitation en disant aux serviteurs « Tout ce qu'il vous dira, faites-le ». Elle sait très bien que la confiance totale en Jésus ne peut pas décevoir. Elle est l'évangile vivant, elle est l'experte de Dieu. Les mystères de la Rédemption lui ont été confiés. Humble servante de Dieu et librement docile à la Volonté de Dieu, Marie a écouté la Parole divine. Elle l'a accueillie dans son cœur et sous son cœur, et elle a porté du fruit. Elle a d'abord écouté Jésus. Elle a fait sa volonté. Maintenant Jésus l'écoute et fait sa volonté, opérant un miracle extraordinaire avant même que son heure ne soit arrivée. 

Nous aussi, nous devons, avant tout, écouter le Seigneur, L'accueillir dans notre vie et porter du fruit. Nous devons être des évangélisateurs à travers les merveilles, dont nous sommes les témoins et les bénéficiaires.
L'Évangile d'aujourd'hui ne nous livre pas seulement un récit de noces. L'apôtre Jean dit que, ce jour-là, Jésus « manifesta sa gloire et ses disciples crurent en Lui ».

La gloire indique l'être profond du Christ qui se révèle dans sa splendeur. Jésus commence à manifester qui Il est vraiment. Il est celui qui donne le meilleur vin. Il est l'Epoux qui doit venir, le Messie. Les noces de Cana rappellent les noces de Dieu avec son peuple, selon ce que les prophètes ont annoncé.

3) Un miracle dans l'autre.

Je ne pense pas m'éloigner d'une interprétation correcte de l'Évangile d'aujourd'hui si j'affirme que le miracle principal consiste dans la présence du Christ à Cana pour ces noces, où Il purifie, élève et sanctifie l'amour naturel entre un homme et une femme et l'enracine dans Son Amour. Le miracle de l'eau transformée en vin est un signe miraculeux, simple et stupéfiant de l'amour terrien transformé en amour céleste.

Le mystère (mot qui signifie aussi sacrement et lieu de rencontre avec Dieu) de Cana, premier des miracles chrétiens, doit nous pousser, comme les disciples, à croire pleinement en Jésus. En même temps, il doit nous donner une confiance filiale en Marie et nous encourager à L'imiter.

Comment imiter Marie? Comment parvenir à avoir la même confiance qu'elle dans le Christ ?

En étant, comme elle, conscient d'appartenir à Dieu et en vivant de foi, comme elle.

Avec et par foi[1], Marie a dit « oui » à l'Ange et a cru à l'annonce qu'elle serait la Mère de Dieu.

Avec et par foi amoureuse, elle est allée chez sa cousine Elisabeth, et a élevé son chant de louange au Très-Haut pour les merveilles réalisées en elle et en ceux qui s'abandonnent à Dieu avec confiance et espoir.

Avec et par foi joyeuse et trépidante, elle a donné naissance à son Fils unique.

Avec et par foi, elle a eu pleine confiance en Joseph son époux et a emmené Jésus en Égypte pour le sauver de la persécution d'Hérode.

Avec et par cette même foi, elle a accepté la vie publique de son Fils et l'a suivi jusqu'au Calvaire où elle est restée au pied de la Croix.

Avec et par foi, elle nous a accueillis comme ses enfants dans le Fils, nous qui étions coupables de la mort de son fils crucifié.

Imitons la Vierge Marie dans sa vie de foi, où prière et action sont intimement unies.

Marie est modèle de foi parce qu'elle est modèle de contemplation, d'amour priant. Alors, comme elle, nous aussi, contemplons Jésus. Avec amour qui se fait prière contemplative, regardons le Verbe fait chair lorsqu'il vagit, joue, travaille, prêche, meurt sur la croix et tue la mort par sa Résurrection resplendissante.

A l'exemple de la Vierge Mère, demandons des grâces « visibles » par les yeux du corps, comme celle de l'eau transformée en vin, et la Grâce « visible » par les yeux de la foi : Jésus Christ.

En cela, que les Vierges Consacrées soient notre soutien. Leur tâche principale est d'attirer tous les chrétiens à la contemplation et de leur enseigner la prière amoureuse : hommes et femmes, petits et grands.

C'est une grande tâche, pour les Vierges Consacrées, de cultiver la contemplation du Christ, Vérité vivante, et de la faire découvrir aux autres. Ainsi, le primat de la contemplation sur l'action, de l'être sur l'avoir sera de plus en plus reconnu.

En effet, la consécration des Vierges se situe essentiellement sur le plan de l'être et non pas du faire. Le ministère des Vierges Consacrées est surtout un « ministère contemplatif », « un ministère de la personne qui prie (Orante) à l'écoute de la Parole et un ministère de l'amour » (Liminaire du Rituel de la Consécration des Vierges, n° 1 et 2). En effet, les Vierges consacrées qui vivent dans le monde, sont signe et témoignage prophétique au sein du Peuple de Dieu. Pour partager la Grâce du Christ, elles se nourrissent du Corps du Christ, et alimentent leur vie par la méditation de la Parole et la prière assidue.


Commentaire des lectures de la solennité de l'Assomption
1) Assomption : la fête d'un début, pour servir

L'Assomption de Marie nous montre que la mort n'est pas la fin de la vie, mais la frontière entre la vie terrestre vécue dans la foi et la vie céleste vécue dans la vision, mais aussi, dans le service.
Cela est vrai. D'une part, la mort de la mère de Dieu et de chacun de nous conclut une existence que le dessin divin de salut avait continuellement liée au Christ.
Le pèlerinage mariale terrestre fut à la fois physique (de Nazareth à Bethléem, de Bethléem à l'Egypte, de l'Egypte à Nazareth, de Nazareth à Jérusalem, jusqu'à Ephèse) et spirituel (un pèlerinage de foi, d'obéissance et d'amour, en partant du propre cœur pour arriver à celui de Dieu, donnant au Christ un cœur de chair). « La Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute souillure de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l'univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs (cf. Ap 19, 16), victorieux du péché et de la mort » (Conc. Ec. Vatican II, Lumen Gentium, n59). « (Ainsi, dans son assomption au ciel) Marie, est comme enveloppée dans toute la réalité de la communion des saints, et son union même à son Fils dans la gloire est toute tendue vers la plénitude définitive du Royaume, lorsque Dieu sera tout en tous » (cf. Encyclique Redemptoris Mater n.41).
Il est aussi vrai que, d'autre part, pour Marie, la mort et l'assomption furent le début d'une vie heureuse. Le Bienheureux Jean-Paul II affirma que Marie a été acceptée au ciel pour qu'elle puisse continuer son rôle de mère, de médiatrice de clémence dans la venue définitive du Christ juge et vivifiant de toutes les créatures (cf. Encyclique Redemptoris Mater n.41).
Marie – écrivait le Saint Père Jean Paul II - a été acceptée pour servir « servante du Seigneur » dans la gloire éternelle. Marie prépare et sert le Règne final du Fils. « La gloire de servir » ne cesse d'être son exaltation royale : acceptée au ciel, elle ne termine pas son service salvifique, dans lequel la médiation maternelle s'exprime jusqu' au couronnement perpétuel de tous les élus » (id, 41). Personne plus que Marie n'a eu confiance en Dieu, comme il en ressort de ses paroles prononcées dans le Magnificat : « Mon âme magnifie le Seigneur », c'est à dire Elle proclame « grand » son Seigneur, et désire donc que Dieu soit grand dans le monde, soit grand dans sa vie, soit présent parmi nous tous (Benoît XVI, homélie du 25 Août 2005).
La Mère du Christ nous montre maternellement que Dieu est Père, grand dans la miséricorde, et non un ‘concurrent' dans notre vie, comme s'il était un despote, un de ceux qui veut nous enlever quelque chose de notre liberté. Elle sait que si Dieu est grand, nous aussi sommes grands, et nous devons nous efforcer, avec Marie, de comprendre qu'au ciel nous pourrons être acceptés, pris, accueillis, uniquement si Dieu est grand dans notre vie, partout, et dans tous les moments de notre vie.
Dieu manifeste sa grandeur en se faisant ‘petit' avec nous pour être accueilli, gardé et aimé, et l'homme qui est réellement petit, peut être grand avec Dieu et vivre, en lui et avec lui, pour l'éternité.
Prions constamment la Madonne, qui parce qu'elle est avec Dieu et en Dieu, est proche de nous tous, connaît notre cœur, peut entendre nos prières, peut nous aider avec sa bonté maternelle. Nous pouvons donc, " confier toute notre vie à cette mère qui n'est loin d'aucun de nous.


2) Une Fête réconfortante

La fête d'aujourd'hui nous console parce que l'on célèbre non seulement le fait prodigieux de l'Assomption au ciel de la mère de Jésus, corps et âme, mais aussi la foi avec laquelle nous croyons que nous serons avec elle dans la gloire. Et nous le serons, si nous faisons l'« impossible » pour vivre comme elle dans la foi, dans la prière, dans l'espoir, dans la charité et dans le service, si nous savons transfigurer chaque souffrance, même celle de nos péchés, en pureté et amour, si nous nous adressons à elle, toujours, pour être dignes du pardon et de la miséricorde du Christ.
Marie, acceptée au ciel signifie que l'amour gagne sur la mort et que la mort n'est pas la fin, mais plutôt la frontière entre une condition de mortalité et une condition d'immortalité.
Comme Marie a embrassé la divinité du Verbe, le Ressuscité embrasse l'incomparable humanité de Marie. L'Assomption est donc une espèce de restitution de la part du Christ, de l'embrassement reçu sur la terre par sa mère; nous sommes nous aussi, compris dans cette embrassade.
Cela est très significatif que, pour la fête de l'Assomption, la liturgie choisisse le chant du magnificat, où la Madonne loue Dieu et montre comment ses yeux pleins de grâce et de foi regardent la réalité.
Elle est heureuse parce que le Seigneur a regardé (le texte grec utilise un verbe qui signifie " regarder en bas") son humilité, c'est-à-dire son être « humus », terre. Dieu regarde donc en bas, vers nous dans notre réalité de poussière. Cette poussière, humble par définition, est observée par Dieu, par son amour. Cette conscience d'être poussière, d'être petite, a permis à la Madonne, de dire oui, Amen (= je crois) et d'être certaine qu'elle, petite femme, ne portait pas dans son ventre, un petit mais un grand Homme : « le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses ».
Dans cette fête de l'Assomption, disons avec la Vierge Marie le Magnificat, reconnaissant que notre petitesse peut accueillir la grandeur du Christ comme sa mère l'a fait. Si nous agissons de cette façon, nous participerons, non seulement à la joie, mais à l'Assomption.
A cette vocation, les vierges consacrées sont particulièrement engagées comme l'indique le rituel de leur consécration les invitant à la prière des louanges (cf. n. 27 : « Recevez le livre de la prière de l'Église. Ne cessez jamais de louer le Seigneur ». Je me permets de leur rappeler l'invitation de Saint Ambroise faite à ses consœurs : « Que l'âme de Marie soit en chacune d'elles pour magnifier le Seigneur; que l'esprit de Marie soit en chacune d'elles pour exulter en Dieu. S'il existe une seule mère du Christ selon la chair, selon la foi, alors Christ est le fruit de tous car chaque âme reçoit le Verbe de Dieu à condition que, immaculée et sans vices, elle garde la chasteté avec une pudeur sans tâches ». (Commentaire de saint Luc 2,26 : PL 15,1642).
Comme Marie, la plus petite sœur de Marthe, elles « ont choisi la meilleur part ». Aujourd'hui, comme la grande Marie, toujours Vierge et Mère de Dieu, elles prient le Magnificat, pour obtenir pour elles-mêmes et pour toute l'Église la meilleure part : celle d'être inséparablement unies au Seigneur pour être toujours avec lui, dans la joie sans fin.

Lecture Patristique
Saint Bernard de Clairvaux
1er Sermon sur l'Assomption

« En montant aujourd'hui dans les cieux, la glorieuse Vierge a certainement porté à son comble la joie des citoyens du Ciel. Car elle n'est, rien moins que celle dont la voix fit tressaillir de joie, dans les entrailles d'une mère qu'elle a saluée, l'enfant qui y était encore enfermé. Si l'âme d'un enfant qui n'était pas encore né, s'est fondue de bonheur à la voix de Marie, quelle ne dut pas être l'allégresse des esprits célestes quand ils eurent le bonheur d'entendre sa voix, de contempler son visage?
Et même pour nous, mes frères bien-aimés, le jour de son Assomption est une fête splendide, c'est un motif de joie et de bonheur.
La présence de Marie éclaire le monde entier. C'est donc avec raison que les actions de grâce et les chants de gloire retentissent dans les cieux; mais nous, mes frères, il semble que nous avons plus de motifs de gémir que d'applaudir.
En effet, ce monde inférieur ne doit-il pas proportionner son deuil, quand elle le quitte, à l'allégresse même que sa présence répand dans les cieux?
Pourtant, trêve de plaintes chez nous, car, après tout, nous. n'avons point ici une cité permanente, nous aspirons, à celle où Marie fait aujourd'hui son entrée; si nous devons un jour en être citoyens, il est juste que, même dans notre exil, nous l'ayons présente à la pensée, nous participions à ses joies, nous partagions son allégresse, surtout à celle qui remplit si bien aujourd'hui même, comme un torrent, cette cité de Dieu, que, même ici-bas, nous en recevons quelques gouttes qui tombent jusque sur la terre.
Notre Reine nous a précédés, et le glorieux accueil qui lui est fait doit nous engager à suivre Notre Dame, nous ses humbles serviteurs. Notre exil a envoyé en avant une avocate qui, en sa qualité de mère de notre Juge, de mère de la miséricorde, doit traiter en suppliante, mais en suppliante écoutée, l'affaire de notre salut.
Mais qui pourra se faire une juste idée de la gloire au sein de laquelle la reine du monde s'est avancée aujourd'hui, de l'empressement plein d'amour avec lequel toute la multitude des légions célestes s'est portée à sa rencontre; au milieu de quels cantiques de gloire elle a.été conduite à son trône, avec quel visage paisible, quel air serein, quels joyeux embrassements, elle a été accueillie par son Fils, élevée par lui au-dessus de toutes les créatures avec tout l'honneur dont une telle mère est digne, et avec toute la pompe et l'éclat qui conviennent à un tel Fils?
Mais laissons plutôt la place aux cantiques de louanges car ce jour doit être consacré tout entier à des chants de fête. »


Commentaire des lectures de la fête de la dédicace la Basilique du Latran
1) L'Église est notre maison

Aujourd'hui nous aurions dû célébrer le XXXIIe dimanche du temps ordinaire. Comme cette année (2014), le 9 novembre (1) la dédicace de notre église-mère de Rome, la basilique de Saint-Jean-de-Latran, consacrée initialement au Très Saint Sauveur et par la suite également à saint Jean Baptiste et à saint Jean l'Evangéliste.

Les lectures de la messe d'aujourd'hui nous aident à rechercher un lien d'amour vrai et profond avec le Seigneur que l'on peut rencontrer dans les églises-temples de pierre consacrées à la rencontre avec Lui, et plus spécialement dans le Christ « temple du Dieu vivant » et dans l'Église que nous formons. Cependant, avant de nous livrer à une brève réflexion sur ces textes, il me semble utile de nous demander : « Pourquoi, aux yeux des chrétiens, est-il important de célébrer la dédicace d'une église et l'existence même de l'église en tant que lieu de culte ? » La réponse, je la trouverai dans les paroles de l'Évangile : « L'heure vient et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont là les adorateurs que le Père demande ».

Toutefois, ces paroles nous amènent à nous poser d'autres questions comme : « à quel titre, donc, nous les chrétiens, donnons-nous tant d'importance à l'église de pierre » si chacun de nous peut adorer le Père en esprit et vérité dans son propre cœur ou dans sa maison ? Pourquoi cette obligation d'aller à l'église chaque dimanche ? ».

La réponse est que Jésus ne nous sauve pas séparément les uns des autres. Il est venu se constituer un peuple, une communauté de personnes, qui sont en communion avec lui et en communion entre elles.

En effet, il faut garder à l'esprit que l'homme religieux s'est toujours efforcé de rendre la divinité présente et visible, même quand la foi affirmait qu'il s'agissait d'un Dieu invisible et inaccessible aux capacités humaines. Le peuple élu, par volonté divine, construisit le célèbre temple de Jérusalem pour donner une demeure à Dieu, jouir de sa présence et témoigner de la fidélité réciproque à l'alliance. Dans la chrétienté, l'église de pierre, ce nouveau temple de Dieu parmi nous, a pris un sens plus profond : c'est le lieu où les fidèles célèbrent en communion de foi les mystères divins. C'est le lieu où Dieu Lui-même se fait présent parmi nous pour tisser un dialogue continu avec nous, ses enfants, et où, sous les espèces de l'eucharistie, il nous nourrit de son corps et de son sang. C'est le lieu où les mystères divins se dévoilent au cours des célébrations liturgiques et où l'église en tant qu'édifice rend visible la vraie Église, comprise comme communion des fidèles qui, en Christ, font l'expérience de la fraternité. C'est aussi le lieu de la fête qui trouve son expression la plus haute dans la célébration eucharistique, mémorial de la mort et de la résurrection du Seigneur.

Depuis les premiers cours de catéchisme nous avons appris qu'avec le baptême chacun de nous est devenu temple de Dieu et que Jésus a enseigné que le temple de Dieu c'est, avant tout, le cœur de l'homme qui a accueilli sa parole. En se référant à lui-même et à son Père Céleste, il dit de chaque croyant chrétien : « Nous viendrons à lui, et chez lui, nous établirons notre demeure » (Jn 14,23), et saint Paul écrit aux chrétiens de Corinthe : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu ? » (1Co 3,16). Si, donc, le temple de Dieu est le croyant, il ne faut pas oublier que le lieu de la présence de Dieu et du Christ est aussi « là où deux ou trois se trouvent réunis en son nom » (Mt 18,20). Depuis le Concile Vatican II la famille chrétienne est appelée « église domestique » (Lumen Gentium, 11), c'est-à-dire temple divin de famille, puisque grâce au sacrement de mariage, elle est, par excellence, le lieu où « deux ou trois sont réunis » en son nom, donc où Il se trouve, Lui.

2) L'Église, lieu d'une Présence

Dorénavant, le « nouveau » lieu où adorer le Père est le corps du Christ ressuscité. Jésus lui-même y faisait déjà allusion dans sa discussion avec les Juifs, grandement offensés de ce qu'il avait chassé du temple les vendeurs d'animaux et les changeurs d'argent. Comme on le lit dans l'évangile d'aujourd'hui, les Juifs demandaient l'explication d'un geste si violent de la part du Messie. Et Jésus répondit par un message prophétique : « Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai ». Or il parlait du temple de son corps, comme se le rappelèrent les disciples après sa résurrection. Dans la conversation avec la Samaritaine, c'est la même idée qui revient. A la question de savoir où l'on devait adorer Dieu : sur le mont Garizim ou à Jérusalem, Jésus, tout en sachant que le salut viendrait des Juifs, se place au-dessus de ces questions. Le lieu où l'homme peut rencontrer Dieu n'est pas le mont Sion à Jérusalem en Judée, ni le mont Garizim en Samarie, mais c'est dans la personne de Jésus qui a offert son Corps sur la Croix et dès lors a fait de chaque autel un mont du sacrifice. « L'heure vient, et elle est déjà venue où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont là les adorateurs que le Père demande » (cf. l'Évangile d'aujourd'hui). Dieu est Esprit et Vie, comme Il est Amour et Lumière. Ses adorateurs ne se prosternent pas au milieu de sacrifices de sang et d'animaux brûlés (holocaustes), mais ils s'élèvent vers lui dans l'Esprit, comme des fils bienaimés qui savent aimer.

3) La fête du Christ et notre fête

Nous célébrons aujourd'hui la fête du Fils de Dieu qui s'est fait homme, qui a planté sa tente –son corps- parmi nous. Les Églises de pierre sont un signe de sa présence : c'est Lui qui nous parle, qui se donne lui-même en nourriture, qui préside à la communauté rassemblée dans la prière. Lors de la fête de la dédicace de la Basilique de Saint-Jean-de-Latran, chaque communauté locale, au-delà de l'expression de sa propre communion avec le siège de Pierre, rappelle et célèbre aussi la dédicace de sa propre église locale, grande ou petite. Jésus enseigne que le temple de Dieu est, avant tout, le cœur de l'homme qui accueille sa Parole. Et chaque fois que quelqu'un accueillera cette parole, dit Jésus, « nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure ».

La fête d'aujourd'hui n'est pas, et il s'en faut, une fête étrange, même si elle semble honorer les « murs » anciens et vénérables de la Basilique de Saint-Jean-du-Latran, alors que les lectures de la messe nous invitent à prêter attention plutôt à leur signification symbolique.

Certes, cette fête nous rappelle la valeur symbolique de cette basilique particulière qui nous renvoie à la Chaire de Pierre et de ses successeurs, les papes, comme point de repère et garants de l'unité de la foi. Cependant, aujourd'hui nous célébrons surtout l'Église édifice spirituel dont, comme saint Paul nous le rappelle dans la deuxième lecture, nous sommes, nous, les pierres vivantes, édifiées sur la fondation qu'est le Christ.

« Si la maison de Dieu, c'est nous-mêmes, nous sommes construits en ce monde, pour être consacrés à la fin du monde. L'édifice, ou plutôt sa construction, se fait dans la peine ; la dédicace se fait dans la joie. Ce qui se passait quand s'élevait cet édifice, c'est ce qui se passe maintenant, quand se réunissent ceux qui croient au Christ. Lorsque l'on croit, c'est comme lorsque l'on coupe du bois dans la forêt et que l'on taille des pierres dans la montagne ; lorsque les croyants sont catéchisés, baptisés, formés, c'est comme s'ils étaient sciés, ajustés, rabotés par le travail des charpentiers et des bâtisseurs » (Saint Augustin, Sermon 336, In dedicationem Ecclesiae).

Les Vierges consacrées dans le monde vivent avec une particulière intensité cette dédicace, en s'offrant complètement au Christ, corps et âme, à l'exemple de la Vierge Marie, Mère de l'Église. La Vierge a été la première tente du Verbe de Dieu, celle qui, la première, et de manière unique, donna corps au Corps du Christ. Je recommande donc de demander à la très Sainte Vierge de pouvoir garder fidèlement dans notre cœur Celui qu'elle garda aussi dans son sein. Notre prière à la Vierge et l'exemple des Vierges consacrées nous aideront à nous abandonner à l'Esprit puisque c'est seulement dans l'abandon à l'Esprit Saint que s'accomplit le mystère de cette perpétuation de l'Incarnation que constitue la vie chrétienne, de cette perpétuation de l'Incarnation divine qu'est le mystère même de l'Église et de la sainteté de chacun de nous.

Lecture Patristique Saint Augustin d'Hippone (354-430)

Pour la dédicace d'une Église (Sermon 336, 1, 6)

La solennité qui nous réunit est la dédicace d'une maison de prière. La maison de nos prières, nous y sommes ; la maison de Dieu, c'est nous-mêmes. Si la maison de Dieu, c'est nous- mêmes, nous sommes construits en ce monde, pour être consacrés à la fin du monde. L'édifice, ou plutôt sa construction, se fait dans la peine ; la dédicace se fait dans la joie. Ce qui se passait, quand s'élevait cet édifice, c'est ce qui se passe maintenant quand se réunissent ceux qui croient au Christ. Lorsque l'on croit, c'est comme lorsque l'on coupe du bois dans la forêt et que l'on taille des pierres dans la montagne ; lorsque les croyants sont catéchisés, baptisés, formés, c'est comme s'ils étaient sciés, ajustés, rabotés par le travail des charpentiers et des bâtisseurs. Cependant, on ne fait la maison de Dieu que lorsque la charité vient tout assembler. Si ce bois et cette pierre n'étaient pas réunis selon un certain plan, s'ils ne s'entrelaçaient pas de façon pacifique, s'ils ne s'aimaient pas, en quelque sorte, par cet assemblage, personne ne pourrait entrer ici.

Enfin, quand tu vois dans un édifice les pierres et le bois bien assemblés, tu entres sans crainte, tu ne redoutes pas qu'il s'écroule. Le Christ Seigneur, parce qu'il voulait entrer et habiter en nous, disait, comme pour former son édifice : Je vous donne un commandement nouveau, c'est que vous vous aimiez les uns les autres. C'est un commandement, dit-il, que je vous donne. Vous étiez vieux, vous n'étiez pas une maison pour moi, vous étiez gisants, écroulés. Donc, pour sortir de votre ancien état, de votre ruine, aimez-vous les uns les autres. Que votre charité considère encore ceci : cette maison est édifiée, comme il a été prédit et promis, dans le monde entier. En effet, quand on construisait la maison de Dieu après la captivité, on disait dans un psaume : Chantez au Seigneur un chant nouveau ; chantez au Seigneur, terre entière. On disait alors : un chant nouveau ; le Seigneur a dit : un commandement nouveau.

Qu'est-ce qui caractérise le chant nouveau, sinon un amour nouveau ? Chanter est le fait de celui qui aime. Ce qui permet de chanter, c'est la ferveur d'un saint amour. Ce que nous voyons réalisé ici physiquement avec les murs doit se réaliser spirituellement avec les âmes ; ce que nous regardons ici accompli avec des pierres et du bois, doit s'accomplir dans vos corps, avec la grâce de Dieu. Rendons grâce avant tout au Seigneur notre Dieu : les dons les meilleurs, les présents merveilleux viennent de lui. Célébrons sa bonté de tout l'élan de notre cœur. Pour que soit construite cette maison de prière, il a éclairé les âmes de ses fidèles, il a éveillé leur ardeur, il leur a procuré de l'aide ; à ceux qui n'étaient pas encore décidés, il a inspiré la décision ; il a secondé les efforts de bonne volonté pour les faire aboutir. Et ainsi Dieu, qui produit chez les siens la volonté et l'achèvement parce qu'il veut notre bien, c'est lui qui a commencé tout cela, et c'est lui qui l'a achevé.

NOTE

(1) Aujourd'hui la liturgie célèbre la « Dédicace de la basilique Saint-Jean-de-Latran », construite par l'empereur Constantin sur la colline du Latran et il semble que cette fête, déjà à partir du XIIe siècle, était célébrée le 9 novembre. Au tout début, c'était une fête uniquement pour la ville de Rome. Cette célébration s'est ensuite étendue à toutes les églises de la ville et du monde (Urbi et Orbi) en signe de communion et d'unité avec la chaire de Pierre qui, selon St Ignace d'Antioche, « préside à toute l'assemblée de la charité » et, selon St Clément d'Alexandrie, « préside à la vérité ».

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