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Commentaire des lectures de la solennité du Christ Roi - Année A - 21 novembre 2014
1) Roi Pasteur.

En ce dimanche du Rite romain, nous célébrons le Christ Roi de l'Univers (1), souverain 

d'un Règne de miséricorde, de justice et de paix, fondé sur le don de lui-même pour nous, sur la 

Croix.

Jésus n'est pas descendu du trône de la croix parce que c'est à partir de la croix qu'il règne et gouverne le Règne nouveau et heureux. De son scandaleux trône, le Seigneur Jésus nous regarde droit dans les yeux comme il regarda le bon larron et il nous dit : « Aujourd'hui, tu seras avec moi au Paradis, dans le Royaume éternel, dans l'amour infini ».

Le Royaume de la Terre devient le Royaume du Ciel grâce à la croix, d'où Il nous offre son amour de Roi Pasteur, comme nous l'indique la première lecture du livre d'Ezéchiel.

En effet, Ezéchiel (34,11-17), déçu par les pasteurs d'Israël (rois, prêtres et maîtres) qui pensent à eux-mêmes au lieu de penser au troupeau, rêve d'un pasteur différent : un pasteur qui ne « disperse » pas mais qui « rassemble », un pasteur qui conduit ses brebis dans les pâturages et les fait reposer ; un pasteur qui va à la recherche de la brebis égarée et panse celle qui est blessée. 

Ce sont des traits que nous retrouvons dans les évangiles, appliqués à Jésus.

Le Christ est le vrai pasteur qui s'occupe de son troupeau et qui va à la recherche de toutes les brebis égarées parce qu'aucune d'elles ne peut être isolée de son amour et de son regard de bonté divine. Le Christ exerce sa royauté comme bon pasteur parce que sa royauté que nous célébrons aujourd'hui est la royauté de l'amour et du service, du don, de miséricorde.

2) Roi de la vie.

Dans la deuxième lecture, le passage de la première lettre aux Corinthiens nous aide à comprendre succinctement la signification de la solennité du Christ Roi. L'Apôtre Paul nous parle de la vraie royauté du Christ qu'Il exerce dans le mystère de sa mort et de sa résurrection. Après avoir surmonté la barrière de la mort corporelle, Il exercera cette royauté pleinement, lorsqu'Il fera surmonter cette barrière à toute l'humanité lors du jugement universel. En effet, la mort sera pour nous le dernier « ennemi » à abattre, tandis qu'aujourd'hui, nous y pensons comme à une transition vers l'éternité dont il ne faut pas avoir peur parce que le Christ a vaincu la mort. Il a tout gagné.

Inspirés donc par Jésus, notre Roi bien aimé et Seigneur de l'univers, prions Dieu le Père, qui a inauguré son Règne d'amour avec la résurrection du Christ pour qu'Il nous rende ouvriers passionnés et sincères afin que la royauté de Son Fils soit reconnue dans chaque coin de la terre. 

A la fin de l'année liturgique, temps de sainteté er de perfection dans la charité, unissons-nous à la prière du prêtre célébrant et, avec lui, disons : « Dieu tout-puissant et éternel qui a voulu renouveler les choses en Christ ton fils, Roi de l'univers, fais que chaque créature, libre de l'esclavage du péché, te serve et te loue sans fin ».

3) Roi Juge.

C'est la troisième lecture liturgique, l'Évangile selon St Matthieu (25,31-46), qui nous montre le côté le plus surprenant de la royauté de Jésus. La parabole du jugement (Mt 25,31-36) est une page intéressante non seulement pour la force de son message, mais aussi pour la suggestion de sa mise en scène. Il y a trois parties : l'introduction qui présente l'arrivée glorieuse du Fils de l'homme, la convocation des peuples et leur séparation (25,31-33); le dialogue du roi qui parle d'abord avec ceux de droite et ensuite avec ceux de gauche (25,34-45); enfin la conclusion qui décrit l'exécution des sentences (25,46).

Dans cette parabole, nous voyons le Roi Juge qui juge avec amour et avec compréhension, mais aussi avec des règles bien précises qu'Il a lui-même dictées pour le salut éternel de ses fils.

La règle fondamentale est la charité vécue, attestée et concrétisée par des comportements et des actions simples, comme celles de donner à manger, à boire, assister, être proche de celui qui est dans la douleur, dans la souffrance, dans la marginalisation. La chose émouvante est que Dieu ne nous juge pas en parcourant la liste de nos faiblesses mais celle de nos gestes de bonté. Il n'examinera pas nos ombres mais il tiendra compte des semences de lumière et du bien que nous avons semé. Si, comme David, dans le psaume des pleurs et du repentir, nous disons : « Détourne ton regard de mon péché », Dieu exauce notre cri de douleur, nous confirme dans son amour, et le dernier jour, il détournera son regard du mal et le fixera pour toujours sur le bien, simple et concret parce que Dieu a lié le salut au don d'un peu de pain, d'un verre d'eau, d'un vêtement, de pas pour aller visiter un malade ou un pauvre. Certes, Dieu ne s'est pas lié aux choses, mais au cœur de celui qui se sert des choses. Saint-Jean de la croix écrivit : « A la fin de la vie, nous serons jugés sur l'amour ».

C'est cela la grandeur de la foi chrétienne évangélique : la confrontation suprême entre l'homme et Dieu n'est pas le péché mais le bien. La mesure de Dieu est, par conséquence, la mesure de l'homme et celle de l'histoire est le bien, c'est l'amour de Dieu. Notre futur, ciel et paradis, est généré du bien que chacun de nous a donné aux innombrables « Lazare » de la terre, qui méritent bien plus que les miettes qu'ils demandent. Le jugement de Dieu est l'acte qui exprime la dernière vérité de l'homme, et pour la trouver, ce n'est pas nous qu'Il regardera mais regardera autour de nous : nos relations, la partie de pauvres, de larmes et d'amours qui nous a été confiée et que je dois garder avec ma vie. S'il y a quelque chose d'éternel en nous, si quelque chose de nous reste lorsqu'il ne reste plus rien, cette chose est l''Amour.

4) Marie, Reine du Ciel et de la Terre.

Parmi toutes les créatures de l'univers, Dieu a choisi la Vierge Marie pour l'associer à la royauté de son Fils fait homme. Notre Dame distribue royalement et maternellement ce qu'elle a reçu de son Fils Roi. Avec sa puissance, Elle protège nous, ses enfants reçus aux pieds du Trône de la Croix et nous donne la joie avec ses dons, car le Roi a demandé que chaque grâce passe à travers ses mains de reine généreuse et maternelle.

Que Marie nous apprenne à témoigner avec courage du Règne de Dieu et à accueillir le Christ comme le Roi de notre existence et de l'univers entier.

Les vierges consacrées dans le monde sont appelées à ce témoignage d'une façon particulière. Comme le Catéchisme de l'Église Catholique aux numéros 922 - 923 nous l'apprend : « Depuis les temps apostoliques, il y eut des vierges chrétiennes qui, appelées par le Seigneur afin de se donner exclusivement à lui, dans la plus grande liberté de cœur, de corps et d'esprit, ont pris la décision, approuvée par l'église, de vivre l'état de virginité et de chasteté perpétuelle « pour le règne des cieux » (Mt 19,12). Emettant la sainte détermination de suivre Christ de plus près, les vierges sont consacrées, par l'Evêque, à Dieu selon le rite liturgique approuvé. Elles sont unies en des noces mystiques au Christ, Fils de Dieu et se consacrent au service de l'Église. A travers ce rite solennel (consecratio virginum), « la vierge est constituée personne consacrée », comme « signe transcendant de l'amour de l'église vers le Christ, image eschatologique de l'Epouse céleste et de la vie future ». La Vierge consacrée témoigne d'une façon particulière la royauté du Christ qui mérite tout, et, de sa personne, elle est l'annonce de charité et signe du caractère royal de la vie chrétienne. En fait, ceux qui gardent la virginité sont semblables à la Vierge Marie. 

« Comme d'elle est né le Fils, le Verbe de Dieu qui régit le monde, ainsi toutes celles qui gardent la virginité aident le Christ à régir en générant des paroles efficaces qui instruisent les autres dans la vertu (Card. Spidlik, (2)) et les soutient dans leur vie quotidienne. »

En bref : la liturgie d'aujourd'hui nous invite à contempler la royauté du Christ et, ensuite, nous demande de vivre royalement, c'est à dire, de nous approprier d'un style de vie haut, 

noble, solennel comme la charité. Comment ne pas penser à cette femme, petite et fragile, qui 

était la Bienheureuse Mère Teresa de Calcutta? Sa vie a été celle d'une Reine qui suivait le Christ. 

Tous ont rendu hommage à cette Reine sans sceptres, sans couronnes, mais qui a été rendue belle par les pauvres qu'elle a aimés. Et nous, nous savons qu'en chacun de ces pauvres, elle a aimé Jésus. Faisons de même.

Lecture Patristique

ORIGENE, TRAITE SUR LA PRIÈRE

« Que ton règne vienne »
Comme l'a dit notre Seigneur et Sauveur, le règne de Dieu vient sans qu'on puisse le remarquer. On ne dira pas : Le voilà, il est ici, ou bien : Il est là. Car voilà que le règne de Dieu est au-dedans de vous. Et en effet, elle est tout près de nous, cette Parole, elle est dans notre bouche et dans notre cœur. En ce cas, il est évident que celui qui prie pour que vienne le règne de Dieu a raison de prier pour que ce règne de Dieu germe, porte du fruit et s'accomplisse en lui. Chez tous les saints en lesquels Dieu règne et qui obéissent à ses ordres spirituelles, il habite comme dans une cité bien organisée. Le Père est présent en lui et le Christ règne avec le Père dans cette âme parfaite, selon sa parole : Nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. 

Le règne de Dieu qui est en nous, alors que nous progressons toujours, parviendra à sa perfection lorsque la parole l'Apôtre s'accomplira : le Christ, après avoir soumis ses ennemis, remettra son pouvoir royal à Dieu le Père afin que Dieu soit tout en tous. C'est pourquoi, priant sans cesse et avec des dispositions divinisées par le Verbe, nous disons : Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton Règne vienne. 

À propos du règne de Dieu, il faut encore remarquer ceci : Comme il n'y a pas d'union entre la justice et l'impiété, entre la lumière et les ténèbres, entre le Christ et Bélial, le règne du péché est inconciliable avec le règne de Dieu. Si donc nous voulons que Dieu règne sur nous, que jamais le péché ne règne dans notre corps mortel. Mais faisons mourir nos membres qui appartiennent à la terre, et portons les fruits de l'Esprit. Ainsi, comme dans un paradis spirituel, le Seigneur se promènera en nous, régnant seul sur nous, avec son Christ. Celui-ci trônera en nous, à la droite de la puissance spirituelle, que nous désirons recevoir, jusqu'à ce que tous ses ennemis qui sont en nous deviennent l'escabeau de ses pieds, et que soit chassée loin de nous toute principauté, puissance et souveraineté.

Tout cela peut arriver en chacun de nous jusqu'à ce que soit détruit le dernier ennemi, la mort, et que le Christ dise en nous : Mort, où est ton dard venimeux ? Enfer, où est ta victoire ? Dès maintenant donc, que ce qui est périssable en nous devienne saint et impérissable ; que ce qui est mortel après la destruction, revête l'immortalité du Père. Ainsi Dieu régnera sur nous et nous serons déjà dans le bonheur de la nouvelle naissance et de la résurrection.

(1) Cette fête a été placée le dernier dimanche de l'année liturgique, de façon très opportune, pour mettre en évidence le fait que Jésus-Christ est le Seigneur du temps et qu'on trouve ne Lui l'achèvement du dessein entier de la création et la rédemption.
(2) Tomáš Špidlík, né le 17 décembre 1919 à Boskovice en Moravie (République tchèque) et mort le 16 avril 2010 à Rome, est un prêtre jésuite tchèque, théologien et professeur de patristique et spiritualité orientale et auteur spirituel de renom. 

En 1992, il fonde le Centre Aletti (à Rome), un centre jésuite pour l'étude de la tradition de l'Orient chrétien en relation aux problèmes du monde contemporain. Il y résidera jusqu'à la fin de sa vie. Le centre, grâce entre autres à son atelier de mosaïque religieuse, est un lieu important de contacts entre l'Orient catholique et orthodoxe. Il fut créé cardinal de l'Église catholique romaine en 2003.


Commentaire des lectures de la Pentecôte - Année A
1) La fête de l'Église

La Pentecôte est mystère d'amour et de communion vécue, de consolation durable et de joie partagée.

C'est la joie par la Présence du Christ parmi nous.

C'est la joie par la certitude que le Maître, le Seigneur est vivant, qu'Il est avec les Siens, d'hier et d'aujourd'hui, de toujours, et qu'Il leur/nous donne son Esprit, guide dans la connaissance de la Vérité[1], qui les/nous rend vraiment libres et les/nous fait vivre dans la paix.

Partageons cette joie et célébrons aujourd'hui la grande fête de la Pentecôte, dont la liturgie nous fait revivre la naissance de l'Église. « Nous pouvons dire que l'Église a eu son début solennel avec la venue du Saint Esprit » (Benoît XVI). Aujourd'hui, c'est la fête de l'Église ; c'est notre fête ; c'est la fête du Saint Esprit ; la fête de Dieu-Amour. « Invoquons-Le. Bénissons-Le. Vivons-Le. Répandons-Le » (Paul VI).

Avant de monter au ciel, Jésus avait ordonné à ses disciples de ne rien faire seuls, mais de rester ensemble, en communauté, et d'attendre le don du Saint Esprit. C'est ainsi que l'Église naissante se réunit, petit groupe de croyants avec Marie et avec les apôtres qui, en attendant, étaient redevenus douze après s'être adjoints Matthias. Et ainsi, cinquante jours après Pâques, le Saint Esprit descendit sur la communauté des disciples - «unanimes, assidus dans la prière » - rassemblés « avec Marie, la mère de Jésus » et avec les douze apôtres (cf. Ac. 1,14 ; 2,1).

La concorde est la condition du don du Saint Esprit et la prière est la condition de la concorde. Mais une autre condition s'impose pour recevoir ce don, c'est la nécessité de rester vigilants, dans l'attente du Seigneur.

Nous donnons souvent la priorité à l'activité, à une œuvre qui nous engage jusqu'à la limite de nos forces et parfois même au-delà. Or nous serions plus libres, joyeux et féconds si nous consacrions plus de temps à la Parole de Dieu, dans laquelle se déploient notre volonté et notre action.

Certes, le Seigneur a besoin de notre action et de notre dévouement, mais nous, nous avons besoin de sa présence. Nous devons apprendre le courage de « l'inactivité » et l'humilité de l'attente de la Parole et de Ses Paroles. Écouter en silence et dans la communion la parole de Dieu vaut mieux que bien des paroles humaines ; et les moments de prière seront plus fructueux que beaucoup de nos actions.

2) Le don de l'Esprit et la certitude du cœur

Pendant la passion du Christ les Apôtres se sont enfuis. Dès que la nouvelle de la Résurrection s'est répandue, les disciples ne voulurent pas y croire. Il fallut quarante jours pour que Jésus ressuscité puisse les ramener à la surface de la vie, faisant naître dans leur esprit la confiance et la certitude. La Pentecôte a signé leur naissance : les langues de feu les secouèrent et, en ce matin de Paradis, tout devint clair pour eux. Vraiment tout : la nature et la mission du Christ, les persécutions et le martyre qui les attendaient pour accomplir leur mission de fondation de l'Église. Leur cœur brûla d'une certitude, d'une douceur et d'une joie immenses. L'Esprit agit toujours de cette façon dans nos cœurs, avec une douce force et une forte douceur. Il est, avant tout, Esprit de Vérité et la vérité est de voir clair dans les choses et en nous, avoir la certitude que Dieu nous aime, que nous pouvons l'aimer et trouver refuge en Lui. 

Le Saint Esprit, qui a transformé les Apôtres en un instant, continue de nous transformer dans l'Église, nous, têtes dures et cœur fermé : il suffit de Lui ouvrir la porte de notre cœur. Alors Il entre avec le Fils et le Père et fait de nous la demeure de Dieu, qui est, Lui-même, la demeure de l'homme et de toute l'humanité.

Loin de Dieu, l'humanité se cherche, elle tente d'obtenir son salut par la satisfaction de l'égoïsme propre à chacun, elle tombe dans une opposition radicale où plus personne ne comprend son voisin. Et sans la compréhension, même l'égoïsme est insatisfait.

Le « Saint Esprit » crée la compréhension parce que c'est l'amour qui vient de la croix, du don total de Jésus Christ. Sans s'attarder à parler dans le détail des enseignements doctrinaux et pratiques de la Pentecôte, je me contenterai de rappeler la formule avancée par saint Augustin pour tenter de résumer l'histoire de la Pentecôte : l'histoire du monde, affirme saint Augustin, consiste en une lutte entre deux amours distincts : l'amour de soi jusqu'à la haine de Dieu et l'amour de Dieu jusqu'à l'abandon de soi. Mais cet amour de Dieu est la rédemption du monde et de soi.

Dès l'aube du jour de la Résurrection, Jésus donna un nom à ce soi : Marie. C'est le salut de « l'homme » : Dieu appelle chaque être humain par son nom. Dieu nous connaît de toute éternité. Nous ne sommes pas les fils du hasard et du chaos, nous sommes les fils de l'Amour. C'est dans l'Esprit que Dieu nous aime et c'est dans l'Esprit que nous l'aimons. C'est pourquoi notre vie est cette relation d'amour dans laquelle nous sommes appelés et nous répondons, dans laquelle nous L'appelons et Il répond à chacun de nous, et nous devenons, dans l'Église et avec elle, lieu de rencontre avec le Verbe et temple de l'Esprit.

3)Témoignage d'unité et de pardon
Dans la première lecture de la messe d'aujourd'hui, saint Luc décrit la venue de l'Esprit en utilisant les symboles classiques qui accompagnent l'action de Dieu : le vent, le tremblement de terre et le feu. Mais dans sa narration vient s'ajouter un symbole : les langues se divisent et se posent sur chacun des assistants, de sorte qu'ils « se mirent à parler dans d'autres langues ». Avec ceci, le devoir d'unité et d'universalité auquel l'Esprit appelle son Église devient clair. L'auteur sacré souligne longuement que la foule accourue était composée d'hommes et de femmes de différentes nationalités (2,19-11). Et il ajoute : « chacun les entendait parler dans sa propre langue » (2,8). C'est dire que l'Esprit n'a pas sa langue propre, qu'Il n'est pas lié à une langue et une culture particulière, mais qu'Il s'exprime à travers toutes les langues. Avec la venue de l'Esprit à la Pentecôte et la naissance de la communauté chrétienne, commence pour l'humanité une nouvelle histoire, inverse de celle de la tour de Babel.

Dans l'histoire de la Genèse (11, 1-9) on lit que les hommes ont cherché à égaler Dieu en menant une conquête personnelle plutôt qu'en L'accueillant comme un don. C'est l'éternelle tentation de l'homme de vouloir construire une ville sans Dieu et de chercher le salut en soi-même. Or, sans Dieu, l'homme ne trouve que la confusion et la dispersion. A Babel, les hommes de même langue ne se comprennent plus. A la Pentecôte, au contraire, les hommes de langues et de cultures différentes s'assemblent et se comprennent. Le devoir que l'Esprit confie à son Église est celui d'imprimer à l'histoire de l'humanité un mouvement de réunification dans l'Esprit, dans la liberté et autour de Dieu.

L'Esprit transforme un groupe de personnes apeurées, enfermées dans le Cénacle en témoins conscients et courageux. Il ouvre les disciples au monde et leur donne le courage de s'avancer en public, en racontant à tous « les grandes œuvres de Dieu ». Cependant il ne faut pas oublier que Jésus Ressuscité donne l'Esprit en vue de la mission, mais aussi en vue du pardon des péchés. En effet, Jean l'évangéliste établit une relation étroite entre l'Esprit, la communauté des disciples et le pardon.

Dans l'Église, lieu de la fête et du pardon (Jean Vanier), les vierges consacrées ont une place particulière. Même vivant dans le monde, elles vivent de la prière de louange à Dieu et intercession pour qu'Il accorde son pardon au monde. Elles témoignent que le don total de soi à Dieu ne consiste pas à se confier à quelque chose, mais à Quelqu'un, et que dans la foi qui transforme le cœur, il est possible d'accueillir, chaque jour, Dieu présent en elles (et en nous) avec son Esprit : «L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm, 5,5). Leur existence vécue de façon conjugale avec le Christ témoigne de la tendresse, de la fidélité et de la miséricorde. Leur vie et leur mission est d'accueillir Dieu pour en faire don au monde.

La qualité d'épouse du Christ donne à la personnalité de la femme un développement affectif considérable et fait valoir l'aspect positif de la virginité parce qu'elle est un renoncement dans l'unique but d'une plénitude d'ordre supérieur. Par ailleurs, l'engagement virginal est destiné, selon le dessein de Dieu, à susciter une fécondité spirituelle. L'appel est un don de Dieu fait à quelqu'un en particulier : « ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis » (Jn 15,16), qui devient un don de la personne humaine à travers la consécration à la virginité : « Sous l'impulsion de l'Esprit Saint, les Vierges consacrées vouent à Dieu leur chasteté pour un plus grand amour du Christ et une grande disponibilité à tous. Elles s'adonnent en effet à la prière, à la pénitence, au service de leurs frères et au travail apostolique, suivant leur état et leur charisme respectif » (Préliminaire n°2 du Rite de la consécration des Vierges).
Pour les vierges qui suivent le chemin ouvert par la Vierge, l'amour virginal consacré au Christ est source de maternité spirituelle. Il est très surprenant de constater que, pour exprimer sa paternité spirituelle, saint Paul ait utilisé une image exclusivement féminine : celle de l'accouchement dans la douleur : « Mes petits enfants, écrit-il aux Galates (4,19), que, dans la douleur, j'enfante à nouveau »[2].

 NOTES
[1] Chez saint Jean, le sens du mot « vérité » signifie la réalité divine aussi bien que la connaissance de cette réalité. L'interprétation traditionnelle, catholique particulièrement, a pris « la vérité » surtout au sens dogmatique. L'Esprit guide l'Église à travers les conciles, le Magistère et la Tradition. C'est là un aspect important de l'action de l'Esprit de Vérité –le plus important, dirions-nous – mais pas le seul. C'est un aspect plus personnel que nous devons prendre en considération : l'Esprit Saint nous introduit à la vie véritable du Christ. Pour saint Irénée, l'Esprit Saint est notre « communion avec Dieu », et pour saint Basile, « l'Esprit fait de nous les amis intimes de Dieu ».

[2] On rappellera que pour montrer la fécondité de la souffrance, Jésus lui-même a utilisé la comparaison avec la femme qui accouche : Il faisait ainsi comprendre à ses disciples quels fruits pouvait produire leur participation à sa passion (Je 16,21). Ceci signifie que les images féminines sont les mieux adaptées pour exprimer la fécondité spirituelle des hommes aussi bien que des femmes.


Commentaire des lectures de la solennité de l'Ascension - Année A
1) L'ascension n'est pas un abandon, mais un Adieu
Le passage de l'Évangile proposé aujourd'hui par la liturgie romaine se termine par cette phrase du Christ: « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde ». (Mt 28,20). Dans une réaction immédiate et inspirée qui relèverait de ce que l'on appelle le bon sens, on aurait envie de dire qu'il est un peu paradoxal de choisir cette affirmation de Jésus pour son Ascension au ciel. L'ascension au ciel de Jésus est une manifestation du mystère de la Croix qui le conduit sur le trône de gloire, abîme de l'impérieuse et débordante tendresse du Seigneur « cloué » par amour pour ses frères et élevé par le Père. L'ascension révèle le mystère de l'homme-Dieu. Nous savons d'où vient Jésus car nous voyons où il va : il vient du Père et retourne au Père. Notre vie n'est pas suspendue dans le vide: Dieu est notre commencement et notre fin. En montant au ciel, Ressuscité, il nous emmène dans son cœur pour nous mettre dans le cœur du Père.

Par son ascension Jésus disparaît de notre vue, mais ne nous laisse par orphelins. Il nous ouvre le chemin du retour à la maison. 

Cette maison, ce paradis avait vécu la fuite d'Adam, mais l'histoire continua et se conclut avec le Christ, le nouvel Adam qui retourne au Père. Il est le Fils unique qui, devenu homme, s'est fait le Fils aîné de tant de frères. Après une longue Passion, Lui, le chef, est sorti à la lumière. Cette histoire continue encore: c'est la naissance progressive de son corps, qui est formé de tous les hommes, ses frères. Son ascension au paradis est un tourbillon qui nous prend avec lui dans la gloire. 

Quand Saint Luc décrit l'ascension dans son Évangile, il répète quatre fois que les disciples fixaient le ciel. Ils regardaient le ciel car là se trouvait celui qui les aime. Là où se trouve le trésor, là se trouve aussi le cœur. Chacun va là où se trouve déjà son cœur. Sans saint désir, notre cœur reste immobile, comme mort. Si nous regardons en haut, vers les étoiles avec Marie, Étoile de la Mer, nous avons une indication sur terre. Ça n'est pas un cordon ombilical qui lie, mais la boussole que, dans la liberté, fait marcher vers le haut.

Donc l' « ascension au ciel » n'est pas une fête avant de partir ailleurs, c'est un « àdieu »: c'est la fête de l'élévation du Christ, qui évoque l'installation de l'homme crucifié dans la royauté de Dieu sur le monde. C‘est une fête parce que Jésus nous a précédés pour nous préparer une demeure. C'est donc que pour nous aussi il y a une place dans le royaume paternel et que les paroles de Tertullien « Consolez-vous, chair et sang : en Jèsus Christ vous avez pris possession du ciel et du royaume de Dieu ! » (De car. Chr. 7), sont profondément vraies et actuelles.

Le Christ est Celui qui, en s'incarnant, a uni le ciel et la terre. Il a réalisé l'unité des extrêmes : entre la pauvreté de l'homme et l'infini de Dieu. Le ciel n'est donc pas un endroit lointain, au-dessus et au-delà des étoiles les plus lointaines, c'est quelque chose de beaucoup plus audacieux et plus grand: c'est trouver la place de l'homme en Dieu qui a son fondement dans la compénétration d'humanité et de divinité qui habite l'homme Jésus crucifié et élevé. Le Christ, l'homme qui est en Dieu, est en même temps l'être perpétuel ouvert de Dieu pour l'homme.

Jésus Christ, « l'homme qui est en Dieu, est en même temps l'être perpétuel ouvert de Dieu pour l'homme. Il est donc ce que nous appelons « ciel », car le ciel n'est pas un espace, mais une personne, la personne de celui dans lequel Dieu et homme sont inséparablement unis. E nous approchons du ciel, ou plutôt, entrons dans le ciel, dans la mesure où nous approchons de Jésus et entrons en lui. » (J. Ratzinger, Prédication pour l'Ascension 1975).
Si nous considérons cet événement dans cette optique nous pouvons comprendre ce que saint Luc écrit à la fin de son Évangile, quand il raconte qu'après l'Ascension les disciples retournèrent à Jérusalem « en grande joie » (24,52). S'il s'était agi d'un détachement, ces hommes du Christ n'auraient pas pu être « en grande joie ». Pour eux l'ascension et la résurrection étaient un même événement: ils avaient la certitude que le Crucifié vivait, que la mort qui sépare l'homme de Dieu était vaincue, et que les portes de la vraie vie avaient été ouvertes pour toujours. Donc pour eux l'ascension n'avait pas cette signification erronée que nous lui donnons habituellement, c'est-à-dire celui d'une absence temporaire du Christ dans le monde. Elle renvoyait plutôt à une forme de présence unique et définitive de Jésus, grâce à Sa participation à la puissance royale de Dieu.

La résurrection et le retour du Christ sont liés entre eux, et il est clair que dans la résurrection de Jésus, grâce à laquelle il est aujourd'hui parmi les siens, son retour a déjà commencé.

Les chrétiens d'hier et d'aujourd'hui, ne doivent donc pas se fixer sur l'avenir et se préoccuper de faire des hypothèses concernant le retour du Christ. Ils doivent, et nous avec eux, ne pas perdre de vue qu'Il n'a jamais cessé d'être présent. Ou mieux, par eux et par nous, Il veut devenir de plus en plus présent : le don de l'Esprit et le devoir de la prédication, celui du témoignage et de la mission jusqu'aux extrémités de la terre, sont la façon pour le Christ d'être déjà présent aujourd'hui.

2) Témoins de joie
La fête de l'élévation du Christ, que nous commémorons aujourd'hui, est donc une grande solennité et la joie est sa note caractéristique. Dieu a de la place pour l'homme: à cette annonce il doit nous arriver comme aux disciples qui, de la montagne de l'Ascension, retournèrent chez eux « en grande joie ».

Dans la première lecture de la Liturgie d'aujourd'hui, saint Luc raconte la vraie histoire de l'Ascension en une seule ligne (Actes 1,9): « ils le virent s'élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée ». Il préfère s'arrêter sur les disciples qui demandent au Seigneur: « Est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? ». Jésus les réprimande. Le temps est dans les mains de Dieu. Et cette certitude doit suffire: le reste n'est que vaine curiosité.
L'important est une autre chose: « vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. ». Le devoir des disciples est de témoigner partout leur Seigneur. Ce ne sont pas les peuples qui arrivent à Jérusalem, mais les disciples qui sont envoyés vers les peuples. Et il n'y a pas de frontières, de lieux interdits, de peuples ou d'hommes auxquels le Seigneur ne saurait être témoigné.

Ce témoignage doit être fait dans la joie du Christ crucifié et ressuscité, la joie de la certitude d'un Dieu proche, toujours. Pour avoir cette joie nous devons donc toucher la Croix et celle-ci nous touchera, guérissant notre mal, nous faisant entrer dans la joie de la Résurrection, montant au ciel avec nous dans son cœur.

L'Ascension doit être vécue par chacun de nous comme une invitation à être des témoins de l'Évangile
De la joie qui pénètre le cœur et le réconforte,
De la joie qui ne diminuera pas car personne ne peut nous l'enlever (cf. Jn 16,22),
De la « joie missionnaire, sur laquelle veillent les trois sœurs qui l'entourent, la protègent, la défendent : sœur pauvreté, sœur fidélité et sœur obéissance » (Pape François).

La joie, en effet, est un élément central de l'expérience chrétienne et elle a une grande force d'attraction, car dans un monde souvent empreint de tristesse et d'inquiétudes, elle est un témoignage important de la beauté et de la fiabilité de la foi chrétienne. 

Les Vierges consacrées dans le monde, qui appartiennent à l'Ordo Virginum, sont appelées à témoigner leur joie de n'appartenir qu'au Christ. En les rencontrant le 15 mai 2008, le pape émérite Benoît XVI leur a dit : « Soyez des témoins de l'attente vigilante et active de la joie, de la paix, qui est propre à qui s'abandonne à l'amour de Dieu. Soyez présentes dans le monde et cependant en pèlerinage vers le Royaume. La vierge consacrée s'identifie en effet avec cette épouse qui, avec l'Esprit, invoque la venue du Seigneur: ”L'Esprit et l'épouse disent "viens"! (Ap 22, 17) ». 

La bienheureuse Mère Teresa de Calcutta ha vécu ainsi et parmi les belles choses qu'elle a dites sur la joie, voici ces paroles: « Nous attendons avec impatience le paradis, où il y a Dieu, mais il est en notre pouvoir d'être au paradis dès ici-bas, et dès ce moment-ci. Être heureux avec Dieu signifie: aimer comme Lui, aider comme Lui, donner comme Lui, servir comme Lui » (La joie du don, Paris, Seuil, 1975).

Lecture patristique: Homélie de saint Grégoire Le Grand

Prononcée devant le peuple dans la basilique du bienheureux Pierre, apôtre, le jour de l'Ascension le 24 mai 591


1. En ce temps-là, Jésus apparut aux Onze pendant qu'ils étaient à table ; et il leur reprocha leur incrédulité et leur dureté de cœur, parce qu'ils n'avaient pas cru ceux qui l'avaient vu ressuscité. Et il leur dit : « Allez dans le monde entier ; prêchez l'Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné. Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons, ils parleront de nouvelles langues, ils prendront en main des serpents, et s'ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera aucun mal. Ils imposeront les mains sur les malades, et ceux-ci seront guéris. »
Après leur avoir ainsi parlé, le Seigneur Jésus s'éleva au ciel ; et il siège à la droite de Dieu. Pour eux, ils s'en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur travaillant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l'accompagnaient.

Le retard qu'ont mis les disciples à croire en la Résurrection du Seigneur n'a pas tant été de leur part une infirmité que pour nous, si j'ose dire, le gage de notre future fermeté. En effet, à cause de leur doute, cette Résurrection a été démontrée par des preuves nombreuses ; et découvrant ces preuves à la lecture, c'est par les doutes mêmes des disciples que nous sommes affermis. Marie-Madeleine, qui a cru plus vite, m'a été moins utile que Thomas, qui a douté longtemps. Car lui, dans son doute, a touché les cicatrices des plaies, ôtant ainsi de notre cœur la plaie du doute.

Pour mieux nous persuader que le Seigneur est vraiment ressuscité, il nous faut noter ce que Luc rapporte : « Comme il était à table avec eux, il leur recommanda de ne pas s'éloigner de Jérusalem. » (Ac 1, 4). Et un peu après : « Tandis qu'ils le regardaient, il fut élevé, et une nuée le déroba à leurs yeux. » (Ac 1, 9). Observez ces paroles, remarquez bien le mystère : « Comme il était à table avec eux… il fut élevé. » Il mange et il monte : il se nourrit pour faire connaître qu'il a une chair véritable.
Quant à Marc, il rappelle qu'avant de monter au ciel, le Seigneur a repris ses disciples pour leur dureté de cœur et leur incrédulité. Nous devons considérer ici que si le Seigneur a choisi, pour réprimander ses disciples, le moment où il les quittait corporellement, c'est afin de graver plus profondément dans le cœur de ses auditeurs les paroles qu'il prononçait en partant.

Écoutons ce qu'il demande aux disciples après leur avoir reproché leur dureté : « Allez dans le monde entier ; prêchez l'Évangile à toute créature. »

2. Fallait-il donc, mes frères, prêcher le Saint Évangile à des objets inanimés, ou à des animaux sans raison, pour que le Seigneur dise ainsi à ses disciples : « Prêchez à toute créature. » Non, bien sûr ! C'est l'homme qu'on désigne par l'expression « toute créature ». Car si les pierres existent, elles ne vivent pourtant pas, et elles n'ont pas de sensations. Si les herbes et les arbres existent, s'ils vivent même, ils n'ont cependant pas de sensations ; ils vivent, dis-je, non par un souffle animal, mais par une force végétale, puisque Paul affirme : « Insensé ! Ce que tu sèmes ne reprend pas vie s'il ne meurt auparavant. » (1 Co 15, 36). Ce qui meurt pour reprendre vie, vit donc. Ainsi, les pierres existent, mais elles ne vivent pas. Les arbres existent, ils vivent, mais ils n'ont pas de sensations ; les animaux sans raison existent, ils vivent, ils ont des sensations, mais ils ne peuvent juger. Les anges, eux, existent, ils vivent, ils ont des sensations et ils peuvent juger.

Or, l'homme possède en lui quelque chose de chacune de ces créatures : être lui est commun avec les pierres, vivre avec les arbres, avoir des sensations avec les animaux, comprendre avec les anges. Si donc l'homme a quelque chose de commun avec toute créature, il est en quelque manière toute créature. Par conséquent, prêcher l'Évangile au seul homme, c'est le prêcher à toute créature, puisque c'est l'enseigner à celui pour qui tout sur terre a été créé, et à qui rien de ce qui existe n'est étranger, du fait qu'il présente quelque similitude avec tout le reste.

L'expression « toute créature » peut aussi désigner toutes les nations païennes. En effet, si le Seigneur avait commencé par dire : « N'allez pas vers les païens » (Mt 10, 5), il ordonne maintenant : « Prêchez à toute créature. » La prédication des apôtres, que les Juifs avaient d'abord repoussée, nous est ainsi venue en aide, dès lors que ces orgueilleux, en la rejetant, ont témoigné de leur damnation. Et quand le Christ, qui est la Vérité, envoie les disciples prêcher, il ne fait rien d'autre que d'y répandre la semence dans le monde. Il n'envoie que quelques graines en semences, pour recueillir en retour les fruits de moissons abondantes issus de notre foi. Car une si grande moisson de fidèles n'aurait pu lever sur le monde entier, si la main du Seigneur n'avait fait venir, sur la terre des intelligences, ces graines de choix que sèment les prédicateurs.

3. Le texte poursuit : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné. » Peut-être chacun se dit-il en lui-même : « Moi, maintenant, j'ai cru, et donc je serai sauvé. » Il dit vrai, si sa foi inclut les œuvres. Car une foi véritable exige qu'on ne contredise pas dans sa conduite ce qu'on affirme par ses paroles. C'est pourquoi Paul déclare à propos de certains faux fidèles : « Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le renient par leurs actes. » (Tt 1, 16). Et Jean : « Celui qui dit connaître Dieu, mais ne garde pas ses commandements, est un menteur. » (1 Jn 2, 4). Puisqu'il en est ainsi, c'est en examinant notre vie que nous devons vérifier la vérité de notre foi. En effet, nous ne sommes vraiment croyants que si nous accomplissons en nos œuvres ce que nous promettons en nos paroles.

Le jour de notre baptême, nous avons promis de renoncer à toutes les œuvres et à toutes les séductions de l'antique ennemi. Que chacun d'entre vous se considère donc lui-même avec les yeux de l'esprit : si après le baptême, il garde ce qu'il avait promis avant le baptême, qu'il soit certain d'être un [vrai] croyant, et qu'il se réjouisse. Mais s'il est tombé en commettant de mauvaises actions ou en désirant les séductions de ce monde, il n'a pas gardé ce qu'il avait promis. Voyons s'il sait pleurer maintenant ses égarements. Car devant le Juge miséricordieux, celui qui revient à la vérité ne passe pas pour un menteur, même après avoir menti : le Dieu tout-puissant, en recevant volontiers notre pénitence, couvre lui-même nos égarements par sa sentence.

4. Le texte poursuit : « Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons, ils parleront de nouvelles langues, ils prendront en main des serpents, et s'ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera aucun mal. Ils imposeront les mains sur les malades, et ceux-ci seront guéris. » Cela, mes frères, vous ne le faites pas ; est-ce à dire que vous ne croyez pas ? Non, bien sûr ! Ces signes ont été nécessaires au début de l'Église. La foi, pour croître, devait alors en être nourrie. Nous aussi, quand nous plantons des arbres, nous leur versons de l'eau jusqu'à ce que nous ayons constaté qu'ils ont repris ; mais une fois leurs racines fixées en terre, nous cessons de les arroser. D'où le mot de Paul : « Les langues sont un signe, non pour les croyants, mais pour les incroyants. » (1 Co 14, 22) 

A propos de ces signes et de ces manifestations, il nous reste quelque chose à considérer de plus près : c'est que la sainte Église opère spirituellement chaque jour ce qu'elle opérait corporellement par les apôtres en leur temps. En effet, que font les prêtres de l'Église quand ils exorcisent les fidèles en leur imposant les mains, et qu'ils interdisent aux esprits malins d'habiter dans leur âme ? Que font-ils, sinon chasser les démons ? Et que font les fidèles lorsque délaissant les paroles mondaines de leur vie passée, ils proclament les saints mystères et chantent tant qu'ils peuvent les louanges et la puissance de leur Créateur ? Que font-ils, sinon parler de nouvelles langues ? Et ne prennent-ils pas en main des serpents quand ils enlèvent le mal du cœur des autres en les exhortant au bien ? Et lorsqu'ils entendent des conseils empoisonnés sans se laisser pourtant entraîner à de mauvaises actions, n'est-ce pas là boire un breuvage mortel, mais sans qu'il leur fasse de mal ? Et que font les hommes qui, dès qu'ils voient leur prochain faiblir dans l'accomplissement des bonnes actions, volent à son secours de toutes leurs forces, et raffermissent par l'exemple de leurs œuvres la vie de ceux dont le comportement devenait chancelant ? Que font-ils, sinon imposer les mains sur les malades pour qu'ils soient guéris ?

Ces miracles sont d'ailleurs d'autant plus grands qu'ils sont spirituels, d'autant plus grands que ce ne sont pas des corps, mais des âmes qu'ils régénèrent. Et ces signes-là, frères très chers, vous-mêmes, en vous plaçant sous la gouverne de Dieu, vous pouvez les accomplir si vous le voulez. Les signes extérieurs ne peuvent obtenir la vie à ceux qui les opèrent. Car si ces miracles corporels manifestent parfois la sainteté, ils ne la font pas exister. Au contraire, les miracles spirituels, qui se réalisent dans l'âme, ne manifestent pas au-dehors la vertu de notre vie, mais ils font exister cette vertu. Si même des gens mauvais sont capables des premiers, seuls les bons peuvent jouir du fruit des seconds.

D'où ce mot de la Vérité à propos de certains hommes : « Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en votre nom que nous avons prophétisé, en votre nom que nous avons chassé les démons, et en votre nom que nous avons fait beaucoup de miracles ? Alors je leur affirmerai avec assurance : Je ne vous connais pas ; éloignez-vous de moi, artisans d'iniquité. » (Mt 7, 22-23). N'aimez donc pas, frères très chers, ces signes que les réprouvés peuvent eux aussi réaliser. Mais aimez ceux dont nous venons de parler, les miracles de charité et de piété, qui sont d'autant plus sûrs qu'ils sont cachés, et d'autant mieux récompensés du Seigneur qu'ils sont moins glorifiés des hommes.

5. Le texte poursuit : « Après leur avoir ainsi parlé, le Seigneur Jésus s'éleva au ciel ; et il siège à la droite de Dieu. » Nous savons par l'Ancien Testament qu'Elie a été ravi au ciel (cf. 2 R 2, 11). Mais outre le ciel aérien, il y a le ciel éthéré [1]. Le ciel aérien est proche de la terre : ainsi, nous parlons des oiseaux du ciel, parce que nous les voyons voler dans les airs. Or c'est dans ce ciel aérien qu'Elie a été élevé pour être conduit soudainement dans une région secrète de la terre, où il vit dans un grand repos de la chair et de l'esprit jusqu'à ce qu'il revienne à la fin du monde et acquitte sa dette envers la mort. S'il a en effet remis sa mort à plus tard, il n'y a pas échappé. Notre Rédempteur, au contraire, n'ayant pas remis sa mort à plus tard, en a été vainqueur ; il a détruit la mort en ressuscitant, et manifesté la gloire de sa Résurrection en montant au ciel.

Il faut encore noter qu'Elie, d'après ce que nous lisons, est monté au ciel dans un char : cela montrait bien que n'étant qu'un homme [2], il avait besoin d'une aide extérieure. Ces secours et les signes qui nous les révèlent sont le fait des anges : Elie, appesanti qu'il était par la faiblesse de sa nature, ne pouvait monter par lui-même au ciel, fût-ce le ciel aérien. Quant à notre Rédempteur, on ne lit pas qu'il fut élevé par un char ou par les anges : celui qui avait tout créé n'avait besoin que de sa propre puissance pour se voir porté au-dessus de tout. Il s'en retournait là où il était déjà ; il s'en revenait de là où il demeurait, puisque lors même qu'il montait au ciel par son humanité, il contenait à la fois la terre et le ciel par sa divinité.

6. De même que Joseph, vendu par ses frères, a figuré la vente de notre Rédempteur, Enoch, transporté (cf. Gn 5, 24), et Elie, élevé au ciel aérien, ont symbolisé l'Ascension du Seigneur. Ainsi, le Seigneur eut des précurseurs et des témoins de son Ascension, l'un avant la Loi, l'autre sous la Loi, pour que vînt un jour celui qui serait capable de pénétrer vraiment dans les cieux. D'où l'ordre qui existe entre l'élévation du premier et celle du second, lesquelles se distinguent par une certaine gradation. Car on nous rapporte qu'Enoch fut transporté, et Elie élevé au ciel, pour que vînt ensuite celui qui, sans être ni transporté ni élevé, pénétrerait dans le ciel éthéré par sa propre puissance.

Par le transfert de ces deux serviteurs qui symbolisaient son Ascension, puis en montant lui-même au ciel, le Seigneur a voulu aussi manifester qu'il allait nous accorder, à nous qui croyons en lui, la pureté de la chair, et faire croître par son aide la vertu de chasteté à mesure que les temps se développeraient. Enoch eut en effet une épouse et des fils. Par contre, on ne lit nulle part qu'Elie ait eu une épouse et des fils. Mesurez donc par quels degrés la sainte pureté s'est accrue, d'après ce que ces serviteurs transportés et le Seigneur en personne dans son Ascension nous font voir clairement : Enoch, qui fut engendré par une union charnelle, et qui engendra de la même manière, fut transporté ; Elie, qui fut engendré par une union charnelle, mais qui n'engendra pas lui-même de cette façon, fut enlevé ; quant au Seigneur, qui n'engendra pas ni ne fut engendré par une union charnelle, il s'éleva au ciel [par sa propre puissance].

7. Il nous faut aussi considérer pourquoi Marc affirme : « Il siège à la droite de Dieu », alors qu'Etienne dit : « Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu. » (Ac 7, 56). Pourquoi Etienne assure-t-il le voir debout, alors que Marc le voit assis ? Mais vous le savez, mes frères : siéger convient à celui qui juge, se tenir debout, à celui qui combat ou qui vient au secours. Puisque notre Rédempteur, élevé au ciel, juge dès à présent toutes choses, et qu'à la fin des temps il viendra en Juge universel, Marc nous le représente siégeant après son élévation, puisqu'au terme, après avoir été glorifié en son Ascension, il apparaîtra en Juge. Etienne, lui, en proie aux souffrances du combat, vit debout celui qui le soutenait : pour qu'il pût triompher de l'incroyance de ses persécuteurs sur la terre, Dieu combattit pour lui du haut du Ciel en le secondant de sa grâce.

8. Le texte poursuit : « Pour eux, ils s'en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur travaillant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l'accompagnaient. » Que devons-nous considérer en cela, que devons-nous en confier à notre mémoire, sinon que l'ordre du Seigneur fut suivi d'obéissance, et l'obéissance de miracles ?
Mais puisque Dieu nous a guidé pour parcourir avec vous ce passage d'Évangile en l'expliquant brièvement, il ne nous reste plus qu'à vous faire part de quelques considérations sur la grande solennité [d'aujourd'hui].

9. Il faut d'abord nous demander pourquoi nous ne lisons pas [dans l'Évangile] que les anges apparus après la naissance du Seigneur se fussent montrés vêtus de blanc, alors que nous le lisons de ceux envoyés lors de son Ascension, comme le dit l'Écriture : « Tandis qu'ils le regardaient, il fut élevé, et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils avaient leurs regards fixés vers le ciel pendant qu'il s'éloignait, voici que deux hommes parurent auprès d'eux, vêtus de blanc. » (Ac 1, 9-10). Les vêtements blancs manifestent au-dehors la joie et la fête de l'esprit. Pourquoi donc les anges n'apparurent-ils pas vêtus de blanc après la naissance du Seigneur, mais vêtus de blanc lors de son Ascension, sinon parce que l'entrée au Ciel du Dieu fait homme a constitué pour les anges une grande fête ? Si par la naissance du Seigneur, la divinité semblait abaissée, par son Ascension, l'humanité a été glorifiée. Or des vêtements blancs conviennent mieux à une glorification qu'à un abaissement. Les anges devaient donc se montrer vêtus de blanc au moment où le Seigneur montait [au ciel], puisque celui qui dans sa naissance était apparu comme un Dieu abaissé se manifestait dans son Ascension comme un homme glorieusement élevé.

10. Mais en cette solennité, frères très chers, il nous faut considérer avant tout que le décret qui nous condamnait a été aujourd'hui abrogé, et abolie la sentence qui nous vouait à la corruption. Car cette même nature à qui il avait été dit : « Tu es terre, et dans la terre tu iras » (Gn 3, 19), est aujourd'hui montée au ciel. C'est en vue de cette élévation de notre chair que le bienheureux Job, parlant du Seigneur d'une manière figurée, le nomme un oiseau. Considérant que le peuple juif ne comprendrait pas le mystère de l'Ascension, Job déclare à propos du manque de foi de ce peuple : « Il n'a pas reconnu la route de l'oiseau. » (Jb 28, 7). C'est à juste titre que le Seigneur a été appelé « oiseau », puisque son corps de chair s'est élancé vers l'éther. Celui qui n'a pas cru à l'Ascension du Seigneur au ciel n'a pas reconnu la route de cet oiseau.

C'est de la fête d'aujourd'hui que le psalmiste affirme : « Ta magnificence s'est élevée au-dessus des cieux. » (Ps 8, 2). Et encore : « Dieu est monté au milieu d'une grande joie, le Seigneur au son de la trompette. » (Ps 47, 6). Et enfin : « Montant sur les hauteurs, il a emmené en captivité notre nature captive ; il a offert des dons aux hommes. » (Ps 68, 19). Oui, montant sur les hauteurs, il a emmené en captivité notre nature captive, puisqu'il a détruit notre corruption par la puissance de son incorruptibilité. Il a également offert des dons aux hommes : ayant envoyé du Ciel l'Esprit, il a accordé à l'un une parole de sagesse, à un autre une parole de science, à un autre le pouvoir d'opérer des miracles, à un autre le don des guérisons, à un autre la diversité des langues, à un autre l'interprétation de la parole (cf. 1 Co 12, 8-10). Il a donc bien offert des dons aux hommes.

C'est aussi de cette glorieuse Ascension que [le prophète] Habacuc a dit : « Le soleil s'est élevé, et la lune s'est maintenue à sa place. » (Ha 3, 11, d'après les Septante). En effet, que désigne le prophète par le terme de soleil, sinon le Seigneur, et par le terme de lune, sinon l'Église ? Tant que le Seigneur ne s'était pas encore élevé dans les cieux, sa sainte Église était paralysée par la crainte des oppositions du monde, tandis qu'après avoir été fortifiée par son Ascension, elle s'est mise à prêcher ouvertement ce qu'elle avait cru en secret. Le soleil s'est donc élevé, et la lune s'est maintenue à sa place, puisque le Seigneur ayant atteint le Ciel, l'autorité de la prédication de sa sainte Église s'en est accrue d'autant.
Au sujet encore de l'Ascension, Salomon prête à cette Église la parole suivante : « Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes et franchissant les collines. » (Ct 2, 8).

Considérant les points saillants des grandes œuvres du Seigneur, l'Église dit : « Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes. » Car le Seigneur, en venant pour nous racheter, a exécuté, si je puis dire, des bonds. Voulez-vous les connaître, ces bonds, frères très chers ? Du Ciel il est venu dans le sein [de la Vierge], du sein [de la Vierge] dans la crèche, de la crèche sur la croix, de la croix au sépulcre, et du sépulcre il est retourné au Ciel. Voilà les bonds que la Vérité manifestée dans la chair a accomplis en notre faveur, pour nous faire courir à sa suite, car « le Seigneur s'est élancé joyeux comme un géant pour parcourir sa voie » (Ps 19, 6), afin que nous puissions lui dire de tout notre cœur : « Entraîne-nous après toi, et nous courrons à l'odeur de tes parfums. » (Ct 1, 4)

11. Il nous faut donc, frères très chers, suivre le Seigneur par le cœur là où nous croyons qu'il est monté par le corps. Fuyons les désirs terrestres, et que rien parmi les choses d'ici-bas ne puisse désormais nous séduire, nous qui avons un Père dans les cieux. Considérons bien que celui qui s'est élevé au ciel tout pacifique sera terrible lors de son retour, et que tout ce qu'il nous a commandé avec douceur, il l'exigera alors avec rigueur. Faisons donc tous grand cas du temps qui nous est accordé pour faire pénitence ; prenons soin de notre âme tant que c'est possible. Car notre Rédempteur reviendra nous juger d'autant plus sévèrement qu'il se sera montré plus patient avant le jugement.

Souciez-vous donc de ces choses, mes frères, et ressassez-les en toute sincérité. Bien que votre âme soit encore ballottée par le remous des affaires, jetez pourtant dès maintenant l'ancre de votre espérance dans la patrie éternelle3 ; affermissez l'orientation de votre esprit dans la vraie lumière. Le Seigneur est monté au ciel, ainsi que nous venons de l'entendre ; méditons donc sans cesse ce que nous croyons. Et si nous sommes encore retenus ici-bas par l'infirmité de notre corps, suivons cependant notre Dieu à pas d'amour. Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui nous a donné un tel désir, ne le laissera pas sans réponse, lui qui, étant Dieu, vit et règne avec Dieu le Père dans l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.
Amen.

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