Commentaire de la solennité de Noël
La crèche vivante, c'est nous
Un anonyme a écrit : “Notre corps est la crèche vivante là où nous sommes appelés à vivre et à travailler. Nos jambes sont comme celles des animaux qui ont réchauffé Jésus la nuit de sa naissance. Notre ventre est comme celui de Marie qui a écouté Jésus et l'a fait grandir. Nos bras sont comme ceux de Joseph qui ont bercé, soulevé, embrassé Jésus et ont travaillé pour Lui. Notre voix est comme celle des anges pour louer le Verbe qui s'est fait chair. Nos yeux sont comme ceux de tous ceux qui, la nuit, l'ont vu dans la mangeoire. Nos oreilles sont comme celles des bergers qui, stupéfaits, ont entendu le chant des anges provenant du ciel. Notre intelligence est comme celle des Rois Mages qui ont suivi l'étoile jusqu'à la “maison” de Jésus : la grotte. Notre cœur est comme la mangeoire qui a accueilli l'Eternel qui s'est fait petit et pauvre comme l'un de nous”.
Allons donc à la crèche pour devenir nous aussi et toujours davantage la crèche vivante qui révèle l'Homme et Dieu : cet homme que nous ne sommes pas encore mais que nous sommes appelés à être ; ce Dieu qui ne peut se manifester que dans une humanité diaphane qui fait passer à travers elle cet Amour qui n'est qu'Amour.
Si nous allons à la crèche, c'est parce que Noël est le centre de l'Histoire universelle. C'est en référence à Noël que se fait le compte des siècles.
Si nous allons à la crèche, c'est parce que notre naissance, notre dignité, notre grandeur et notre liberté se trouvent dans la naissance du Christ.
Si nous allons à la crèche, c'est parce que Dieu s'y révèle non plus comme un patron qui nous domine, qui revendique des droits sur nous, mais comme un doux Amour qui veut se cacher en nous et qui ne cesse pas de nous attendre parce que la “seule” chose qu'il peut toujours faire, est de nous aimer.
Noël : un fait, non pas une émotion et encore moins une fable
Pour la Messe de la nuit et du matin, la liturgie de Noël propose le récit de la naissance de Jésus selon Luc (2, 1-20). Durant la Messe du jour, les affirmations du prologue (introduction) de l'Évangile de saint Jean sur l'origine divine du Verbe, ne sont pas une fin en soi, mais elles sont nécessaires pour comprendre l'incarnation, pour comprendre Jésus dans son rôle de révélateur. Le coeur du prologue (introduction) se trouve dans l'affirmation : « Le Verbe s'est fait chair » (1,14).
Le récit de saint Luc commence par un encadrement historique : date, lieu, personne et causes immédiates du fait.
Dans la nuit de ce jour de Noël, l'Amour naît du ventre de Marie, incarné dans la chair de l'homme. La naissance de Jésus est un événement historique, advenu en un temps et en un lieu précis. Lorsque l'annonce en est faite aux bergers, ils se dirent entre eux : “Allons à Bethléem et voyons ce qui est arrivé et que le Seigneur nous a fait connaître” (Lc 2,15).
Les bergers de Bethléem se dirent l'un à l'autre “ allons au-delà” voir l'Enfant. Il s'agit justement de “traverser” la nuit et le cœur, d'aller au-delà, d'oser le pas qui va plus loin, la “traversée”, par laquelle nous sortons de nos habitudes de pensée et de vie et nous dépassons le monde purement matériel pour rejoindre l'essentiel.
Enfin, aller au-delà signifie changer notre relation délétère au temps et aux hommes. Les bergers se précipitent. Une sainte curiosité et une sainte joie les poussent. Chez nous, il est peut-être très rare que nous nous précipitions pour les choses de Dieu. Aujourd'hui, Dieu ne fait pas partie de la réalité urgente. Comme nous le pensons et le disons, les choses de Dieu peuvent attendre. Il est pourtant la Réalité la plus importante, l'Unique qui, en fin de compte, soit vraiment importante.
Lorsqu'après la traversée ils arrivèrent à la grotte, que virent les bergers?
Un nouveau-né enveloppé dans des langes et déposé dans la mangeoire comme l'avaient annoncé les Anges! C'est la merveille de Noël : c'est un enfant qui a comme trône une mangeoire, et comme palais royal une grotte, qui est proclamé Seigneur, Prince de la paix, Messie et Sauveur. La grande simplicité de la première crèche surprend. Le détail le plus frappant est l'absence de tout caractère merveilleux dans la grotte. Les bergers sont bien sûr, éblouis et impressionnés par la gloire de Dieu, mais le signe qu'ils reçoivent des Anges est simplement : “Vous trouverez un nouveau-né enveloppé dans des langes et couché dans la mangeoire”. Et lorsqu'ils arrivèrent à Bethléem, ils ne virent rien d'autre qu'“un nouveau-né déposé dans la mangeoire”.
La merveille de Noël, elle est là. Sans la révélation des anges, nous ne comprendrions pas que cet enfant déposé dans une mangeoire est le Seigneur. C'est la merveille de Noël : celui qui est proclamé Seigneur, Messie et Sauveur, c'est un enfant enveloppé dans des langes et déposé dans une mangeoire.
Sans l'enfant déposé dans la mangeoire, nous ne comprendrions pas que la gloire du vrai Dieu est différente de la gloire de l'homme. La gloire de Dieu est la vie de l'homme dans la paix (cf. Saint Irénée): “Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et paix sur la terre aux hommes que Dieu aime”. La paix entre les hommes est la transcription terrestre de ce qui advient au ciel. Grâce à Noël, nous pouvons vraiment faire nôtre le chant des anges annonçant qu'au plus haut des cieux il y a la gloire et que sur terre entre les hommes, il y a la paix. Alors, si l'on veut rendre gloire à Dieu, il faut construire la paix.
Identifions-nous aux bergers qui furent les premiers adorateurs du Corps du Verbe de Dieu incarné. Allons jusqu'à l'enfant Jésus avec la même foi que les bergers qui crurent immédiatement à l'Ange, imitons-les dans l'humble générosité qui les a poussés à offrir le peu qu'ils avaient : “le lait et le linge de laine blanche”. Suivons-les dans leur sincère amour du Christ : lorsqu'ils ont dû rentrer chez eux, auprès de leurs troupeaux, ils ont laissé leur cœur à Bethléem, – ce cœur que l'enfant Jésus leur rendit enrichi d'amour et ainsi ils purent cheminer sur la voie de la vie, car la pensée ne suffit pas pour avancer dans la vie, c'est l'amour qui pousse en avant, au-delà.
“Le Verbe s'est fait chair” (Jn 1, 14) à Bethléem
En se faisant chair, le Verbe de Dieu s'est fait visible : Verbe qui non seulement s'écoute, mais se vit et fait vivre. “Chair” signifie aussi que le Verbe ne s'est pas soustrait à l'opacité de l'histoire, mais, au contraire, qu'il y est entré en y participant. Le Verbe de Dieu se communique à l'homme grâce à un profond partage de l'expérience, en s'insérant dans les contradictions de l'homme : dans sa mort et dans sa souffrance, dans ses questions et dans ses défaites. Ainsi, Jésus est vraiment un Dieu parmi nous, compagnon de notre existence. Jésus Christ est l'événement par lequel l'alliance voulue par Dieu avec chacun de nous s'accomplit sous nos yeux de manière exemplaire.
Cela aussi est la beauté du Noël de Bethléem.
Bethléem ! Dans la langue hébraïque, la ville où, selon l'Écriture, Jésus est né, signifie “la maison du pain”. C'est là, donc que naquit le Messie qui a dit de lui-même : “Je suis le pain de vie” (Jn 6, 35-48).
A Bethléem est né Celui qui, dans le signe du pain rompu, a laissé le mémorial de sa Pâque. L'adoration de l'Enfant Jésus dans cette sainte nuit continue dans l'adoration eucharistique. Nous adorons le Seigneur, qui s'est fait Chair pour sauver notre chair, qui s'est fait Pain vivant pour donner la vie à chaque être humain. Nous reconnaissons, comme notre Dieu unique, ce fragile Enfant sans défense couché dans la crèche. “Dans la plénitude des temps, tu t'es fait homme parmi les hommes pour unir la fin au commencement, c'est-à-dire l'homme à Dieu” (Cf. St. Irénée, Adv. haer., IV, 20,4). Dans le Fils de la Vierge, “enveloppé dans les langes” et déposé “dans une mangeoire” (Lc 2,12), nous reconnaissons et nous adorons “le Pain descendu du ciel” (Jn 6, 41-51), le Rédempteur venu sur terre pour donner la vie au monde.
A Bethléem, Marie a donné la vie à la Vie
Nous aussi, en ce Noël, nous nous disons les uns aux autres : allons – ou plutôt, retournons – à Bethléem. Retournons à la simplicité et à la pureté des origines ; redécouvrons le berceau dans lequel nous sommes nés. Nous nous sommes trop éloignés de Bethléem : notre foi s'est surchargée de raisonnements compliqués et quelquefois obscurs qui détonnent avec le spectacle de cet “enfant dans la mangeoire”.
Concrètement, que signifie pour nous aujourd'hui aller à Bethléem?
Il ne suffit pas d'aller à la crèche de l'Église ou à celle que nous avons faite à la maison où il y a une cabane et de contempler le mystère de l'Enfant Jésus avec tout près de Marie, Joseph, le bœuf, l'âne, les bergers et les Rois Mages. Nous devons faire en sorte que tout ce que nous sommes et que ce nous avons, serve pour apporter aux hommes, et en particulier aux pauvres, l'heureuse annonce de ce mystère de joie et de paix.
Ce mystère est un fait qui continue, non un conte pour les enfants. La mémoire vient au secours de la foi, mais plus que la mémoire, c'est le fait de voir comment le Seigneur entre à tout moment dans notre monde pour demeurer auprès de nous qui est notre secours.
Tous les jours, il y a un pauvre “Christ” qui s'arrête près de nous, qui descend dans notre pauvreté et accepte notre hospitalité.
Tous les jours, pour celui qui croit, c'est Noël.
Christ naît aussi aujourd'hui. Allons le voir !
Que pouvons-nous lui dire? Tout puisque un enfant n'intimide personne. Même les mendiants parlent aux enfants qu'ils rencontrent dans la rue : même les gens qui ne savent pas ou n'osent pas parler à n'importe qui, ne craignent pas de s'adresser à un enfant. Un enfant comprend toutes les langues.
Que pouvons-nous lui demander ? Tout. Ou plutôt, rien : demandons-lui « seulement » de demeurer auprès de nous. Il peut encore nous arriver d'être mauvais, mais s'Il demeure auprès de nous, le mal est vaincu et notre cœur se sentira mieux. Aujourd'hui il y a déjà quelque chose de nouveau : Lui.
Concrètement, aujourd'hui, comment pouvons-nous quitter la crèche qui abrite l'Enfant Jésus?
En imitant les bergers qui s'en sont retournés à leurs brebis et à leurs maisons (c'est-à-dire à la vie quotidienne), en glorifiant Dieu et en Le louant pour tout ce qu'ils avaient vu et entendu. Nous sommes appelés aujourd'hui à faire de même : à glorifier Dieu pour la parole que nous avons entendue, pour le pain qu'Il nous partage aujourd'hui, pour la joie qui a été multipliée dans nos cœurs. Nous sommes appelés, en rentrant chez nous, à dire aux autres ce que nous avons appris non d'un enfant mais de cet Enfant à qui, à Bethléem, Marie a donné le jour. Une jeune femme a donné le jour à la Lumière qui entre dans le monde pour rester avec nous, toujours, comme nous l'enseigne saint Jean l'Evangéliste quand il raconte le Noël du Verbe : “Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous”.
Concrètement, comment pouvons-nous être la demeure du Christ?
En imitant la Vierge. Si nous voulons dire oui à Dieu comme elle le fit, cela veut dire qu'au fond de nos cœurs, il y a au moins un peu de générosité encore vive. Comme la Vierge Marie nous voulons que Dieu demeure toujours en nous et ceci arrive chaque fois qu'humblement, silencieusement, nous accueillons le Christ au plus profond de notre cœur.
En regardant la Crèche et en voyant l'Enfant confié à Marie, je comprends pourquoi le Tout-Puissant s'est fait enfant : pourquoi la toute-puissance se vêt de la plus grande impuissance en se faisant “protéger” par une humble femme, et demande à tous, et a besoin de tout, même d'une misérable étable, de l'haleine d'un bœuf et d'un âne, d'un peu de paille, d'une grotte qui est la maison de Celui qui descend auprès de nous. La Crèche est l'école qui confond les savants et dépose les puissants, qui apporte la paix avec l'amour qui fait vivre, parce que la force de Dieu est une force « faible » qui n'a pas besoin de la violence. La charité de Dieu est si grande qu'elle n'a pas besoin de la force pour s'imposer.
Dans la crèche, Marie devient l'ostensoir qui montre l'amour de Jésus. Les vierges consacrées dans le monde, et nous avec elles, sont appelées à être le berceau du véritable Adam, où le monde entier est mis au monde dans la communion divine. “J'espère ardemment toutefois que la “spiritualité de la communion” évoquée par saint Jean-Paul II, devienne réalité et que vous soyez en première ligne pour accueillir “le grand défi qui s'annonce” en ce nouveau millénaire : faire de l'Église la maison et l'école de la communion” (Pape François, Lettre à l'occasion de l'Année de la Vie consacrée, novembre 2014). (cf rituel de consécration des vierges, renvoi n°36 : L'évêque prie « Que Jésus Notre Seigneur, fidèle époux de celles qui lui sont consacrées, vous donne, par sa Parole, une vie heureuse et féconde »)
Lecture Patristique
Des “Discours” de saint Léon- le- Grand
( Disc. 1 pour Noël, 1-3 ; Pl 54, 190-193)
Reconnais, chrétien, ta dignité! Très chers, notre Sauveur, est naît aujourd'hui : réjouissons-nous! Il n'y a pas de place pour la tristesse en ce jour où naît la vie, une vie qui détruit la peur de la mort et donne la joie de la promesse éternelle. Nul n'est exclu de cette félicité : la cause de la joie est commune à tous parce que notre Seigneur, vainqueur du péché et de la mort, n'ayant trouvé personne libérée de la faute, est venu pour la libération de tous.
Qu'exulte le saint, puisqu'il s'avance vers la récompense; que se réjouisse le pécheur, puisque le pardon lui est offert ; que reprenne courage le païen, puisqu'il est appelé à la vie. Le Fils de Dieu, en fait, rejoint la plénitude des temps que l'impénétrable dessein divin avait disposé, voulant réconcilier la nature humaine avec son Créateur, l'assuma lui-même de manière que le diable, porteur de la mort, fut vaincu par cette nature même qu'il avait rendu esclave.
Ainsi à la naissance du Seigneur les anges chantent en exultant : “Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu'Il aime” (Lc 2,14). Ceux-là voient que la céleste Jérusalem est formée par tous les peuples du monde. Combien l'humanité dans sa misère ne doit-elle pas se réjouir de cet œuvre ineffable de l'Amour divin, duquel les anges jouissent dans leur hauteur !
O très chers, rendons grâce à Dieu le Père par son Fils dans l'Esprit Saint, puisque dans l'infinie Miséricorde avec laquelle Il nous a aimé, Il a eu pitié de nous, “et tandis que nous étions morts à cause de nos pêchés, il nous revivre avec le Christ” (cf. Eph. 2,5) pour que nous soyons en lui une créature nouvelle, une nouvelle œuvre de ses mains.
Renonçons donc “au vieil homme avec la conduite d'antan” (Eph. 4, 22) et, puisque nous sommes participants de la génération du Christ, nous renonçons aux œuvres de la chaire. Reconnais, chrétiens, ta dignité et, rendu participant de la nature divine, refuse de retourner à l'abjection d'un temps avec une conduite indigne.
Rappelle-toi qui est ton Chef et de quel Corps tu es membre. Souviens-toi qu'arraché à la puissance des ténèbres, tu as été conduit dans la lumière du Règne de Dieu. Avec le sacrement du baptême, tu es devenu le temple de l'Esprit Saint ! Ne mets pas en fuite un hôte aussi illustre avec un comportement réprouvable et ne te soumets pas de nouveau à l'esclavage du démon. Souviens-toi que le que le prix payé pour ton rachat est le sang du Christ.
Commentaire des lectures du Baptême de Jésus - Année B
Le Baptême du Christ, épiphanie de la Trinité
1) Le Baptême de Jésus et notre baptême
Ce dimanche, nous célébrons le fait que Jésus a été baptisé par Jean le Baptiste dans les eaux du Jourdain en Terre Sainte. Ce Jean appelle les pécheurs à se laver dans la rivière avant de faire pénitence. Jésus vient à Jean pour se faire baptiser: "Il avoue donc être pécheur?". Certainement, non.
Alors, pourquoi le Christ, l'Innocent, est-il allé au Jourdain pour se faire baptiser?
A cette question, nous pouvons répondre avec saint Jérôme: «le Sauveur fut baptisé par Jean pour trois raisons. Premièrement, parce que, étant né homme Il doit, comme les autres, respecter la loi dans la justice et l'humilité. Deuxièmement, pour démontrer l'efficacité du baptême de Jean en se faisant baptiser. Troisièmement pour montrer, en sanctifiant les eaux du Jourdain par la descente de la colombe, l'avènement de l'Esprit Saint dans le baptême des croyants » (Jérôme, Commentaire sur Matthieu 1,3,13).
Mais ceci entraîne une autre question. Pourquoi célébrer et vivre ce mystère du Baptême de Jésus?
Pour exprimer notre gratitude à Jésus. Dans son baptême, le Christ, le Sans-péché, a pris sur Lui tous nos péchés et, en montrant la proximité de Dieu dans l'itinéraire de conversion de l'homme, Il marqua sa solidarité avec nous et nous racheta. La valeur rédemptrice vient du fait que Jésus, sans péché, s'est fait, par pur amour, solidaire des coupables et ainsi a transformé, de l'intérieur, leur situation. En effet, quand une situation catastrophique comme celle qu'a provoquée le péché est assumée en faveur des pécheurs par pur amour, alors elle ne s'inscrit plus dans l'opposition à Dieu, mais, au contraire, dans la docilité à l'amour qui vient de Dieu (cf. Gal 1,4), et elle devient ainsi source de bénédiction.
Cet acte d'extraordinaire humilité a été dicté par la volonté d'établir avec chacun de nous une pleine communion, par le désir d'établir une véritable solidarité avec nous, avec notre condition.
Cet acte de Jésus a anticipé la Croix, l'acceptation de la mort pour nos péchés et pour ceux de toute l'humanité. Jésus prend sur ses épaules le fardeau de la culpabilité de l'humanité tout entière. Il commence sa mission en se mettant à la place des pécheurs, dans la perspective de la croix.
C'est cet acte d'abaissement par lequel Jésus a voulu se conformer totalement au plan d'amour de Dieu le Père.
Dès lors, nous pourrions peut-être reformuler ainsi les questions que nous venons de poser : «Pourquoi donc le Père a-t-il voulu cela? Pourquoi a-t-il envoyé son Fils unique dans le monde comme l'Agneau qui prend sur Lui les péchés du monde (cf. Jn 01:29)? On pourrait répondre: pour donner à l'humanité la vie de Dieu, son Esprit d'amour, afin que chaque homme puisse se désaltérer à cette source de salut inépuisable. C'est pour cela que les parents chrétiens portent le plus tôt possible leurs enfants sur les fonds baptismaux, sachant que la vie qu'ils leur ont transmise appelle une plénitude, un salut que Dieu seul peut donner. Et de cette manière les parents se font les collaborateurs de Dieu en transmettant à leurs enfants non seulement la vie physique mais aussi la vie spirituelle.
2) Notre baptême
Certes, le baptême de Jésus fut un baptême différent de celui que nous avons reçu, enfant ou adulte, mais il est en relation profonde avec lui. Au fond, tout le mystère du Christ dans le monde peut se résumer à ce mot «baptême», qui signifie «immersion» en grec. Le Fils de Dieu qui partage depuis toujours avec le Père et l'Esprit Saint la plénitude de la vie, a été "immergé" dans notre réalité de pécheurs, pour nous faire participer à sa propre vie: il s'est incarné, il est né comme nous, il a grandi comme nous et, à l'âge adulte, il a dévoilé sa mission en commençant précisément par le "baptême de conversion» pratiqué par Jean-Baptiste. Son premier acte public, que nous racontent les Évangiles, fut de descendre au Jourdain, parmi les pécheurs pénitents, afin de recevoir le baptême. Naturellement Jean était réticent, mais Jésus insista, parce que c'était la volonté du Père (cf. Mt 3,13-15).
Pour conclure, à la question : « Alors, que cela signifie pour nous de vivre cette fête du Baptême de Jésus? », on répond: « Cela signifie vivre dans le baptême de Jésus jusqu'à ce qu'il ait tout pris de chacun de nous et nous ait tout donné ». Et comment prend-Il tout de nous? A travers notre baptême.
Donc, depuis que Jésus-Christ, le Fils unique du Père s'est fait baptiser, le ciel est vraiment ouvert et continue à s'ouvrir, et nous pouvons confier chaque nouvelle vie qui éclot ou qui, une fois adulte, veut s'immerger dans le vrai Dieu, entre les mains de Celui qui est plus puissant que les puissances obscures du mal. C'est bien cela que signifie le Baptême: nous rendons à Dieu ce qui est venu de Lui.
Le Baptême, en effet, est plus qu'un lavement, une purification. C'est plus qu'entrer dans une communauté. C'est une nouvelle naissance. C'est un nouveau commencement de la vie. Dans le Baptême nous nous donnons au Christ. Il nous assume en Lui, afin que nous ne vivions plus pour nous-mêmes, mais par Lui, avec Lui et en Lui; afin que nous vivions avec Lui, nous et tous les autres. Dans le Baptême nous nous abandonnons, nous déposons notre vie entre ses mains, de sorte que l'on peut dire avec saint Paul: «Ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Gal 2,20)
Le Baptême implique cette nouveauté: notre vie appartient au Christ, non plus à nous. Mais c'est précisément pour cela que nous ne sommes pas seuls, même dans la mort, mais nous sommes avec Lui qui vit éternellement. Accueillis par le Christ dans son amour, nous sommes libérés de la peur et nous vivons dans l'amour et par l'amour de Celui qui est la Vie.
3) Le baptême de l'Auteur du Baptême
Le passage de l'Évangile proposé ce dimanche qui rappelle le baptême du Seigneur, s'ouvre avec deux affirmations de Jean-Baptiste: «Après moi vient Celui qui est plus fort que moi: je vous baptise dans l'eau, mais il vous baptisera dans l'Esprit-Saint» (Mc 1,7-8). La prédication de Jean-Baptiste tend essentiellement à attirer l'attention sur Jésus. Dans son extrême simplicité (voir note 1), le récit du baptême de Jésus est riche de significations importantes.
D'abord, Jésus - en Marc 1, 7-11 - est présenté dans la double dimension de son mystère: l'homme d'humble origine (« il vint de Nazareth en Galilée ») et le Fils bien-aimé de Dieu.
Deuxièmement, les cieux ouverts, l'Esprit qui descend, la voix céleste, tout converge pour nous révéler que, avec la manifestation de Jésus sur les rives du Jourdain, les temps messianiques sont arrivés. L'invocation affligée d'Isaïe 63,19 (« Ah, si tu déchirais les cieux et si tu descendais! ») a été entendue: après être resté très longtemps fermé et silencieux, le ciel s'ouvre à nouveau, l'Esprit de Dieu est de retour parmi le peuple et la parole du Seigneur retentit de nouveau.
Dans le Baptême c'est le mouvement de Noël qui se répète : Dieu descend encore, il entre en chacun de nous, il naît en nous afin que nous naissions en Dieu et le Christ devient le centre de toute la vie chrétienne. C'est cette vérité dont les vierges consacrées dans le monde sont appelées à témoigner d'une manière particulière.
En effet, par l'acceptation de leur vocation particulière elles portent à son aboutissement la vocation chrétienne reçue au baptême et elles vivent leur condition de femme comme une offrande totale à Dieu.
Dans le parcours de leur maturation humaine et spirituelle, la consécration dans l'Ordo Virginum leur offre une façon de vivre en plénitude leur humanité, que le baptême avait greffée en Christ.
Avec ce mode de vie elles développent leur originalité personnelle comme un don pour soi et pour les autres. Leur vie totalement dédiée à Dieu devient exemple de la relation à soi-même, aux autres, à Dieu, dans l'Église, dans un contexte social et culturel donné.
Dans le rite de la consécration, les vierges consacrées, appelées par Dieu le Père dans un projet d'amour (Instruction « Repartir du Christ », n° 18, de la congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique), reçoivent une "nouvelle onction spirituelle" (Ordo consecrationis Virginum, n°16- pris dans le texte original latin) qui les enracine dans la consécration baptismale. Avec la célébration de la consécration, ces femmes font l'expérience d'un nouveau mode de participation à la vie de la Trinité, dans laquelle le baptême les avait déjà ancrées et Dieu les soutient de jour en jour dans la fidélité.
Lecture patristique : Saint Jérôme, Commentaire sur Marc, l
BAPTÊME DU SEIGNEUR
"Après moi, c'est Celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie des ses chaussures" (Mc 1,7). Nous sommes confrontés à une grande épreuve d'humilité: c'est comme s'il avait dit ne pas être digne d'être un serviteur du Seigneur ...
«Je vous baptise avec de l'eau» (Mc 1,8), je suis seulement un serviteur : il est créateur et Seigneur, je vous offre l'eau, sont une créature et je vous offre une chose créée: qu'il n'était pas créé, et offre quelque chose de incréé. Je vous baptise avec de l'eau, je vous offre quelque chose d'invisible. Je suis visible, je vous donne l'eau visible; Lui qui est invisible, donne l'Esprit invisible.
«Et il arriva que, dans ces jours, Jésus vint de Nazareth en Galilée» (Mc 1,9). Observez la connexion et le sens des mots. L'évangéliste ne dit pas, le Christ est venu, ni le Fils de Dieu, mais Jésus est venu. Certains peuvent se demander pourquoi il n'a pas dit qu'il était le Christ? Je parle à la chair: évidemment Dieu est toujours saint et n'a pas besoin de la sanctification, mais maintenant nous parlons du Christ selon la chair. Alors il n'était pas encore baptisé et n'avait pas encore été oint par l'Esprit Saint. Personne ne doit être choqué: Je parle à la chair, je parle selon la forme du serviteur qu'il avait engagé, que je parle de Celui qui est venu au baptême presque comme un pécheur. Donc, se faisant je ne divise pas le Christ, comme si une personne était le Christ, une autre Jésus et un autre le Fils de Dieu: mais je veux dire que, en dépit d'être un et étant toujours le même, cependant, nous a paru différente en fonction des différents moments.
«Jésus de Nazareth en Galilée», dit Marc. Considérez le mystère. D'abord, les Judéens et les habitants de Jérusalem sont arrivés auprès de Jean Baptiste: notre Seigneur, qui a initié le baptême de l'Évangile et les sacrements de l'Évangile changé dans les sacrements de la loi, n'est pas venu de Judée, ni de Jérusalem, mais des gens de la Galilée. Jésus, en fait, vient de Nazareth en Galilée. Nazara signifie fleur: cela signifie que Jésus provient de la fleur.
"Il a été baptisé par Jean dans le Jourdain» (Mc 1,9). C'est un grand acte de miséricorde: Il est baptisé comme un pécheur, Lui qui n'avait pas commis de péché. Dans le baptême du Seigneur tous les péchés sont pardonnés, mais, dans un sens, le baptême du Seigneur, avant la vraie rémission des péchés qui se déroule dans le sang du Christ, dans le mystère de la Trinité.
"Et maintenant, sortant de l'eau, il vit les cieux ouverts" (Mc 1,10). Tout ce qui a été écrit, il a été écrit pour nous : avant de recevoir le baptême nous avons les yeux fermés et nous ne voyons pas le ciel. "Il vit l'Esprit comme une colombe descendre et s'arrêter sur Lui. Et une voix vient du ciel:« Tu es mon Fils bien-aimé, en qui j'ai trouvé mon plaisir » (Mc 1,10-11). Jésus-Christ a été baptisé par Jean, l'Esprit Saint descend sous la forme d'une colombe et le Père du ciel rend son témoignage. Regarde Ariano, regarde ou hérétique: aussi dans le baptême de Jésus est le mystère de la Trinité. Jésus est baptisé, l'Esprit descend comme une colombe, et le Père parle du ciel.
"Il a vu les cieux ouverts», écrit Marc. Donc, en disant "Il voit" montre que les autres ne voient pas: pas tous en fait peuvent voir les cieux ouverts. En fait, Ezéchiel dit, au début de son livre (Ez 1,2), "Et c'est arrivé - dit-il - que pendant que j'étais assis le long du fleuve Cabar parmi les déportés, vis le ciel ouvert". J'ai vu, dit, alors que d'autres ne voient pas. Et vous ne croiriez pas que les cieux s'ouvrent si simplement : nous-mêmes que nous sommes assis ici, nous voyons les cieux ouverts ou fermés selon nos mérites. La pleine foi voit les cieux ouverts, la foi hésitante les voit fermés.
Conférence patristique Saint Éphrem (+ 373) homélie
Hymne 14, 6-8.14.36-37.47-50; éd. lamy 1, 116.118.124.126.128.
Celui de qui vient tout baptême est venu au baptême et s'est manifesté au Jourdain. Jean le vit et retint sa main en suppliant: "Comment, Seigneur, veux-tu être baptisé, toi qui sanctifies tout par ton baptême? C'est à toi qu'appartient le vrai baptême, d'où découle toute sainteté parfaite."
Le Seigneur répondit: "Je le veux: approche et baptise-moi, pour que ma volonté s'accomplisse. Tu ne peux résister à ma volonté; je serai baptisé par toi, car je le veux. Tu trembles et, contre ma volonté, tu ne considères pas ce que j'ai demandé. Or le baptême m'appartient; accomplis l'oeuvre à laquelle tu as été appelé. Les eaux sont sanctifiées par mon baptême, c'est de moi qu'elles reçoivent le feu et l'Esprit. Si je ne reçois pas le baptême, elles n'auront pas le pouvoir d'engendrer des enfants immortels. Il faut absolument que tu me baptises sans discuter, comme je l'ordonne. Je t'ai baptisé dans le sein de ta mère, baptise-moi dans le Jourdain."
Saint Jean Baptiste répond: "Je suis un serviteur bien pauvre. Toi qui libères tous les hommes, aie pitié de moi! Je ne suis pas digne de défaire la courroie de tes sandales (cf. Mc 1,7). Qui me rendra digne de toucher ta tête sublime? J'obéis, Seigneur, à ta parole. Oui, viens vers le baptême où ton amour te pousse. L'homme qui n'est que poussière admire, avec un souverain respect, qu'il soit parvenu à cette dignité d'imposer la main à celui qui l'a modelé."
Les armées célestes restaient silencieuses; l'Époux très saint descendit dans le Jourdain; baptisé, il en remonta aussitôt et sa lumière rayonna sur le monde.
Les portes du ciel s'ouvrirent et la voix du Père se fit entendre: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour (Mt 3,17). Allons, tous les peuples, adorez-le!
Les assistants demeuraient stupéfaits d'avoir vu l'Esprit descendre pour rendre témoignage (cf. Jn 1,32-34) au Christ. Gloire, Seigneur, à ton Épiphanie, qui nous réjouit tous! Dans ta manifestation, c'est le monde entier qui a resplendi.
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NOTES
(1) En effet, le Père rend témoignage au Fils, l'Esprit Saint sous forme d'une colombe descend du ciel, le Fils incline sa tête immaculée pour recevoir le baptême afin de se manifester à l'homme comme rédempteur de l'esclavage du péché. « Quel grand mystère que ce baptême céleste! Le Père parle du haut du ciel, le Fils apparaît sur la terre, l'Esprit saint se manifeste sous la forme d'une colombe : de fait, on ne peut pas parler de vrai baptême ni de véritable rémission des péchés sans vérité de la Trinité, pas plus qu'on ne peut remettre les péchés si l'on ne croit pas à la Trinité parfaite. » (Chromace d'Aquilée, Discours 34, 1-3).
(2) Tous les évangélistes nous ont transmis l'événement (Mt 3,13-17; Mc 1,9-11; Lc3,21-22; Jn 1,29-34). Relisons le texte de Marc (1,9-10): “En ces jours-là Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. A l'instant où il remontait de l'eau, il vit les cieux se déchirer et l'Esprit, comme une colombe, descendre, sur lui”. Jésus était venu au Jourdain de Nazareth où il avait passé les années de sa vie “cachée”. Avant sa venue, il avait été annoncé par Jean qui, au Jourdain, exhortait à un “baptême de pénitence” et annonçait “Celui qui est plus fort que moi vient après moi et je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la lanière de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés d'eau, mais lui vous baptisera d'Esprit Saint” (Mc 1,7-8). On était désormais au seuil de l'ère messianique. Avec la prédication de Jean s'achevait la longue préparation qui s'était déroulée tout au long de l'alliance antique, et de l'histoire humaine pourrait-on dire, que raconte par l' Écriture Sainte. Jean sentait la grandeur de ce moment décisif qu'il interprétait comme le début d'une nouvelle création dans laquelle il découvrait la présence de l'Esprit qui planait sur la première création (Jn 1,2). Il savait, et il le confessait, qu'il était un simple annonciateur, précurseur et ministre de celui qui devait venir “baptiser d'Esprit Saint”.
Commentaire des lectures du 4ème dimanche de l'Avent - Année B
1) Le temps du «Oui»
La liturgie des dimanches précédents a attiré l'attention sur la personne de Jean le Baptiste, le Précurseur. Aujourd'hui c'est Marie, Sa Mère qu'Il nous a donnée et qui est proposée comme l'exemple de l'attente du Christ, pour l'accueillir dans notre vie, dans notre chair.
Il est donc important de comprendre l'attitude de la Vierge envers celui qui vient s'établir parmi nous, qui se fait chair pour sauver notre chair, parce que nous aussi nous concevons concrètement le « Verbe » de Dieu. Avec son « fiat » (= oui), Marie a conçu Jésus en son sein, avec notre « fiat », nous, nous le concevons dans notre cœur. Apprends-nous, Marie de l'Annonciation, à dire la belle parole : «Oui, fiat, Seigneur, que ta volonté soit faite » (1).
Le « oui », le « fiat » de la Vierge n'a pas été prononcé par un cœur fermé, engourdi, mais par un cœur disposé à la concentration et à la veille. Même prononcé par une humble et très jeune femme, ce « oui » sponsal a été l'expression d'un cœur simple et profond. Marie est la mère de Dieu non seulement parce qu'elle a donné physiquement la vie à Jésus, mais parce que, avant de Le concevoir dans ses entrailles, elle L'a écouté avec l'oreille et conçu dans son cœur. Elle est mère parce qu'elle écoute et accueille le Fils et le laisse vivre tel qu'Il est, et non pas parce qu'elle Le porte en elle et lui donne le jour (2).
Le « oui » de Marie a été l'expression de la liberté de cette Vierge pure, féconde et consciente d'appartenir à une histoire, à une grande histoire, qui apportait Dieu au monde.
Un fait est historique non seulement parce qu'il advient dans le temps mais parce qu'il se produit dans un lieu. Le temps est indiqué de cette façon : « Élisabeth était au sixième mois de la conception de saint Jean-Baptiste ». Cet épisode précède celui dont parle l'Évangile de ce jour. Or, au sixième mois, on n'est pas complet. Le Baptiste représente l'Ancien Testament et la promesse. On remarquera que l'Annonciation fait s'accomplir la promesse avec quelque anticipation.
Et quand se réalise-t-elle ? Au sixième mois, lorsqu'elle n'est pas encore mûre. Ce qui, pour moi, signifie que la réalisation d'une promesse ne dépend pas uniquement de Dieu. Dieu a bien fait la promesse, il pourrait même la réaliser sur-le-champ. En fait, il la réalise au sixième mois, il attend seulement que quelqu'un dise « oui, qu'il me soit fait selon ta Parole, j'accueille la Parole ». En somme, depuis toujours, Dieu est « Oui » pour l'homme. Quand, finalement, nous aussi nous disons « Oui », comme l'a fait la Vierge, c'est alors qu'elle s'accomplit. Nous devenons nous aussi des personnes mûres, complètes, lorsque nous disons oui à Dieu. Alors n'attendons pas demain pour dire « Oui ».
Normalement, nous pensons au lendemain, dans l'espoir de jours meilleurs. Le seul temps que nous connaissons, c'est le présent. Le présent est le seul moment où nous touchons à l'éternité : le passé n'est plus là, le futur n'est pas encore là. Ce que nous sommes en train de vivre, c'est le temps de l'écoute. Nous ne devons pas en attendre de meilleur, faute de quoi nous passons la moitié de notre vie à penser au futur et l'autre moitié à regretter le passé, de sorte que nous ne vivons jamais. Dieu, Lui, est « présent » (3) sa proposition arrive « maintenant ». Pas pour hier, pas pour demain, mais pour aujourd'hui. Dans l'Évangile de Luc, Évangile de l'aujourd'hui, rappelons-nous les premiers mots de Jésus : « Aujourd'hui s'accomplit cette parole ».
2) Le lieu et les personnages du Oui
En cette journée du Oui, il est aussi nécessaire de comprendre où il a été prononcé, en ce lieu que l'évangéliste Luc présente volontairement en opposition avec l'histoire précédente de Jean-Baptiste. L'annonce de la naissance du Baptiste advient dans le temple de Jérusalem : elle est faite à un prêtre qui est en train de remplir ses fonctions et, pour ainsi dire, comme il est officiellement prescrit par la loi, en conformité avec le culte, avec le lieu et avec les offices juifs.
L'annonce de la naissance du Messie est faite à Marie, une femme qui vit dans un petit village banal d'une Galilée pratiquement païenne, Nazareth, qui pour nous, aujourd'hui, signifie le lieu de la vie quotidienne. Comme pour nous enseigner que le lieu de la Parole est là où nous vivons quotidiennement. C'est dans notre vie de tous les jours que nous pouvons et devons vivre en fils de Dieu, et écouter la Parole. On pourra ensuite aller dans les sanctuaires, dans les basiliques et dans les lieux où l'on se réunit nombreux parce que cela nous rappelle à une vie de communion dans l'Église. Mais l'important, c'est le «maintenant et ici»: le présent et la vie quotidienne. C'est là que chaque jour, la parole se fait chair, comme dans le quotidien de Marie, devenue le « lieu » d'accueil , là que débute la vie nouvelle. Cette vie n'a pas commencé dans le temple, mais dans l'humanité simple de Jésus, devenu le vrai temple, la tente de la rencontre.
Après avoir considéré le « lieu » où Dieu aime révéler son amour : la pauvre maison de l'humble Marie, regardons les personnages de cette annonce.
Commençons par l'Ange Gabriel dont le nom signifie « puissance de Dieu », qui s'adresse à Marie, qui, avec son « oui », portera du fruit par la puissance de la grâce de Dieu.
La salutation de l'Ange à Marie est « Réjouis-toi, pleine de Grâce » que l'on pourrait paraphraser ainsi: «Sois dans la joie, toi, femme aimée de Dieu gratuitement et pour toujours ». La Vierge est appelée pour une mission, mais elle est d'abord invitée à se réjouir, elle est délivrée de l'inquiétude parce que le Seigneur « est avec elle » pour la sauver, elle et l'humanité tout entière.
Regardons maintenant Marie avec les yeux du cœur, elle qui se définit comme « servante » et que l'Ange de Dieu définit pleine de grâce. Grâce et service : dans ces deux mots réside toute la compréhension chrétienne de l'existence. Le don reçu continue à se faire don. Marie reste troublée par les paroles de l'Ange, non qu'elle ne comprenne pas ou qu'elle ait peur, mais son trouble vient de l'émotion produite par la rencontre avec Dieu, qui, à travers l'Ange, lui dit que « aimée gratuitement par Dieu » est devenu son nouveau nom.
Quand Dieu aime quelqu'un pour en faire un instrument de salut, non seulement Il l'appelle par son nom mais Il lui donne un nouveau nom, à même d'exprimer concrètement son identité et sa vocation. Pour Marie, ce nouveau nom est «pleine de grâce», c'est-à-dire «aimée gratuitement et pour toujours par Dieu » : il révèle immédiatement la gratuité et la fidélité de l'amour de Dieu, racine de toute compréhension exacte de Dieu, de l'homme et du monde. De cette racine, Marie est l'icône lumineuse et transparente. Et ceci est déjà l'heureuse nouvelle du miracle de Noël, qui est d#233;sormais imminent.
«Accepter, accueillir le miracle de Noël, c'est accepter que Marie soit réellement la « Mère de Dieu et la « Vierge Mère » : cela n'a rien à voir avec la sexualité, ni avec l'amour humain. Le sens est tout autre. Nous, nous savons bien que la vie que nous donnons, que nous transmettons, est une vie vouée à la mort. Il fallait une intervention de Dieu, il fallait que la chaîne des naissances vouées à la mort soit brisée pour que surgisse avec Jésus un vivant totalement vivant, un vivant qui ne serait plus à l'intérieur de la mort comme nous, mais qui se serait volontairement laissé saisir par elle pour la détruire. La virginité féconde de Marie, tout comme les apparitions du Ressuscité à portes closes, font apparaître cette vie plus vivante que la nôtre, une matérialité transfigurée (4).
L'exemple de Marie qui donne la vie au totalement vivant est aujourd'hui offert de manière particulièrement édifiante par les Vierges consacrées. Dans la virginité librement choisie, ces femmes s'affirment comme des personnes arrivées à maturité et aptes à la vie. En même temps elles réalisent la valeur personnelle de leur propre féminité, en devenant « un don sincère et total» au Christ, Rédempteur de l'homme et Epoux des âmes. La disposition sponsale naturelle de la personnalité féminine trouve une réponse dans la virginité ainsi envisagée. La femme, appelée « depuis le commencement » à être aimée et à aimer, trouve dans la vocation à la virginité, avant tout le Christ comme le Rédempteur qui « aima jusqu'au bout » par le don total de soi. Et elle répond à ce don par « le don sincère » de toute sa vie (cf. saint Jean-Paul II, Mulieris dignitatem, 34).
Les Vierges consacrées dans le monde nous montrent comment il est possible de suivre l'exemple fécond de Marie, en vivant comme elle la grâce de la simplicité. En effet, elles témoignent, humblement, que nous ne devons pas chercher à penser de grandes choses, encore moins à les faire, parce que notre présomption nous rend ridicules, mais, comme la Vierge, nous devons reconnaître et accepter la présence du Verbe de Dieu en nous.(Rituel de consécration des vierges , n° 17 : l'Evêque interroges les candidates :
«Voulez-vous persévérer toute votre vie dans votre résolution de virginité consacrée au service du Seigneur et de son Église » ? la candidate : « Oui, je le veux » « Voulez-vous être consacrée au Seigneur Jésus-Christ, le Fils du Très-Haut, et le reconnaître comme votre époux ? » « Oui, je le veux »)
Prions la Vierge pour qu'il nous arrive ce qui lui est arrivé. Demandons au Seigneur que son Amour prenne comme une fleur dans la fragilité de notre chair.
Efforçons-nous d'imiter le comportement de Marie de Nazareth qui nous montre que « l'être passe avant le faire, et qu'il convient de laisser faire Dieu pour être réellement comme Lui nous veut. C'est Lui qui fait en nous tant de merveilles. Marie est réceptive, pas passive. Comme physiquement, elle reçoit la puissance de l'Esprit Saint et donne ensuite chair et sang au Fils de Dieu qui croît en elle, spirituellement elle accueille la grâce et Lui répond par la foi » (pape François, Angélus, 8 décembre 2014).
Lecture Patristique : Homélie de Saint Bède, le Vénérable (+ 735) Homélies pour l'avent, 3; CCL 122, 14-17.
Frères très chers, l'évangile qui est lu aujourd'hui met en valeur la naissance de notre salut. En effet, il nous raconte l'envoi par Dieu d'un ange du ciel chargé d'annoncer à la Vierge la naissance inouïe, dans la chair, du Fils de Dieu, par lequel nous pourrions rejeter notre vieillerie coupable, et être renouvelés au point d'être comptés parmi les fils de Dieu. Donc, pour que nous puissions obtenir les dons du salut promis, écoutons d'une oreille attentive le récit de son origine.
L'ange Gabriel, dit l'Évangile, fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph; et le nom de la jeune fille était Marie (Lc 1,26-27).Ce qui est dit de la maison de David ne concerne pas seulement Joseph, mais aussi Marie. Car la Loi prescrivait que chacun devait épouser une femme de sa tribu et de sa famille, au témoignage de l'Apôtre, qui écrit à Timothée: Souviens-toi de Jésus Christ, le descendant de David: il est ressuscité d'entre les morts, voilà mon évangile (2Tm 2,8).
Le Seigneur est véritablement issu de la descendance de David parce que sa mère vierge a réellement pris naissance de la souche de David. L'ange entra chez elle et dit: Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père (Lc 1,30-32).
Le trône de David désigne ici le pouvoir sur le peuple d'Israël, que David gouverna en son temps avec un zèle plein de foi, en obéissant aux ordres du Seigneur et en bénéficiant de son secours. Donc le Seigneur a donné à notre Rédempteur le trône de David son père, quand il décida de le faire s'incarner dans la race de David.
Ce peuple, que David dirigea par son pouvoir temporel, le Christ va l'entraîner par une grâce spirituelle vers le royaume éternel dont l'Apôtre dit: Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, il nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé (Col 1,13).Il régnera pour toujours sur la maison de Jacob (Lc 1,33). La maison de Jacob désigne l'Église universelle qui, par la foi et le témoignage rendus au Christ, se rattache à la destinée des Patriarches, soit chez ceux qui ont tiré leur origine charnelle de leur souche, soit chez ceux qui, nés charnellement d'une autre nation, sont renés dans le Christ, par le baptême dans l'Esprit.
C'est sur cette maison de Jacob qu'il régnera éternellement: et son règne n'aura pas de fin (Lc 1,33). Oui, il règne sur elle dans la vie présente, lorsqu'il gouverne le coeur des élus où il habite, par leur foi et leur amour envers lui; et il les gouverne par sa continuelle protection, pour leur faire parvenir les dons de la rétribution céleste; il règne dans l'avenir, lorsque, une fois achevé l'état de l'exil temporel, il les introduit dans le séjour de la patrie céleste. Et là, ils se réjouissent de ce que sa présence visible leur rappelle continuellement qu'ils n'ont rien à faire d'autre que de chanter ses louanges.
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NOTES
1 Quand il nous arrive de réciter le chapelet, nous répétons cinquante fois de suite ce qui est au centre de l'Évangile de ce dimanche. De même que les cloches sonnent trois fois par jour ; de retour d'Orient, saint François d'Assise les avait introduites, précisément pour rappeler l'Annonciation : l'Incarnation du Verbe, le oui de Marie, se trouve au début, au milieu, et à la fin de la journée.
2 A ce propos, rappelons-nous ceux qui disent à Jésus : « Ta mère et tes frères sont dehors, qui te cherchent », Jésus leur répond : « Qui sont ma mère et mes frères ? Ce sont ceux qui écoutent la Parole et qui la mettent en pratique ». Marie est Sa mère parce qu'elle écoute la Parole et qu'elle la met en pratique ; et à une femme qui dit à Jésus : « Heureux le ventre qui t'a porté et le sein qui t'a allaité », Il répond : « Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la Parole et qui la mettent en pratique ». Marie apparaît donc comme l'exemple de celui qui écoute et qui, à travers ce qu'il écoute, met en pratique ce qu'il écoute.
3 Entre autres, quand le Seigneur dit : « à chaque jour suffit sa peine », certes, ses paroles nourrissent notre vie spirituelle, mais bien plus, vivre le présent est aussi une question de santé mentale. Au lieu de cela, nous vivons en pensant à l'avenir, dans l'inquiétude, suspendus au vide de l'incertitude, et en pensant au passé, immergés dans les regrets et les frustrations.
4 Olivier Clément, La mère de Dieu, un éclairage orthodoxe , in Jean Comby, (ed), théologie, histoire et piété mariale. Actes du colloque de la faculté de théologie de Lyon, 1-3 octobre 1996, Lyon, Profac (1997),209-221.