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Commentaire des lectures du IIè dimanche de l'Avent - Année B
Jean-Baptiste, celui qui désigne une personne comme une bonne nouvelle, belle et joyeuse

La liturgie de la Parole de ce deuxième dimanche de l'Avent nous propose la figure de Jean-Baptiste parce qu'il fut l'homme envoyé par Dieu pour préparer le chemin à la venue imminente de Jésus et le désigner comme l'Agneau de Dieu, qui pardonne avec un amour infini. Pour apprendre quelque chose de ce Jean, je répondrai brièvement à trois questions à son sujet : « Où est-il allé, qu'a-t-il dit et fait pour accomplir sa mission ? ».

Il est allé dans le désert. Pour nous, aujourd'hui, cela signifie aller dans le « désert » de notre cœur et prier en se mettant à l'écoute de Dieu qui conduit l'âme aimée au désert et parle à son cœur (cf Osée 2). Le Précurseur du Christ, « la voix de celui qui crie dans le désert », prêche dans le désert de l'âme qui a soif de sens, d'amour et de paix.

Il a dit « convertissez-vous », en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés qui nous est donné quand nous le demandons après nous être repentis.

Il a fait ce geste : il a administré le baptême de conversion quand conversion signifie

Inversion, un retour en arrière, un retour à la relation précédente avec Dieu (celle d'avant le péché), prendre la route du retour, du retour chez soi comme l'a fait le Fils prodigue.

Aplanissement du chemin du cœur que le pardon purifie et ouvre de nouveau à l'Amour. Il ne s'agit pas d'une route physique, mais de la route du cœur. La route du cœur a deux entrées : la vue et l'ouïe. Plus pur est le regard et plus facilement Jésus, qui est Lumière de la Lumière, entre en chacun de nous, plus l'oreille est tendue et plus il est facile d'entendre la « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers » (Is 40,3). C'est d'abord cette voix qui arrive aux oreilles du cœur, ensuite, après la voix, ou mieux, en même temps que la voix, c'est la parole qui pénètre dans le cœur par le biais de l'ouïe.

Mais avec la naissance de Jésus, la Parole de Dieu peut être non seulement écoutée, mais aussi être vue (cf G. d'Igny) comme l'ont vue les bergers et les Rois Mages dans la grotte de Bethléem, les pénitents sur les rives du Jourdain, et comme nous pouvons la voir aujourd'hui dans la vie de communion fraternelle de ceux qui croient en Christ.

Toute la vie est un Avent

Comme je l'ai écrit plus haut, en ce deuxième dimanche de l'Avent, la liturgie de la Parole nous propose la figure du Précurseur Jean-Baptiste en s'inspirant de ce prophète du Feu.

Imitons Jean-Baptiste en vivant comme un Avent, comme une attente, notre vie tout entière et pas seulement la période qui précède Noël. En effet, le Précurseur vécut sa vie comme un témoin de l'Avent (cf saint Jean Chrysostome, Homélie 37,1-2 in Mt, PG 57, 419-421), comme une préparation à la rencontre avec Dieu et, quand Jésus arriva auprès de lui, il le désigna aux autres comme la bonne Nouvelle. Oui, bien sûr, parce que l'Évangile, la Bonne Nouvelle, c'est Jésus lui-même, comme le rappelle la troisième lecture de ce dimanche : «Commencement de l'Évangile1 qui est Jésus : le Christ, le Fils de Dieu » (Mc 1,1). L'Evangéliste saint Marc commence ainsi sa narration pour nous rappeler que la bonne nouvelle c'est le Christ. Lui, il est le centre de notre vie et Il attend seulement que chacun de nous lui ouvre la porte et qu'advienne le début de la vraie vie, pour nous aussi.

Le plus dramatique est que tout seuls nous apprenons seulement que nous devons mourir. La bonne nouvelle, c'est le Christ-Vie qui vainc la mort et dont l'Amour divin nous permet de vivre l'amour humain à jamais et saintement, c'est-à-dire en vérité.

L'Évangile, c'est Dieu qui vient en apportant l'amour, et tout ce qui est « non-amour » est « non-Dieu », est « non-vie » et, par conséquent, la mort. Dieu vient, Il parle au cœur humain. Voici ce qu'Il enseigne à ses prophètes : « parlez au cœur de Jérusalem, dites-lui qu'il n'y a plus de nuit » (Isaïe), mais il révèle aussi que Jésus est « le plus fort » puisqu'il est le seul qui parle au cœur avec tendresse et puissance tout en désaltérant l'homme de sa soif de justice (cf Malachie 3,1ss), de liberté (cf Isaïe 40,1-11) et de vie.

Mais comment pouvons-nous reconnaître le Christ quand il vient ?

En nous fondant sur l'exemple privilégié que nous offre la figure de Jean, il nous est donné de savoir comment rencontrer Dieu, comment reconnaître Jésus Christ, le Sauveur, l'Agneau qui enlève les péchés du monde, en le désignant comme Celui qui pardonne notre mal et nous donne le vrai sens de la vie et de la mort.

Contemplons donc brièvement la figure de Jean-Baptiste, fils de la vieillesse et du miracle. Il fut consacré avant sa naissance par la visite de Marie qui portait Jésus en son sein. Puis, à sa naissance, il fut consacré « Nazireo », c'est-à-dire pur. En grandissant, il ne se coupa jamais les cheveux, ne but jamais de vin, ni ne toucha aucune femme : il ne connut aucun autre amour que l'amour de Dieu. Encore jeune, il quitta la maison de ses parents et se cacha dans le désert. Là-bas, il vécut longtemps tout seul, sans maison, sans tente, sans rien d'autre que ce qu'il portait sur lui : une peau de chameau, une ceinture en cuir. En outre, barbe et cheveux longs, regard enflammé, voix forte, corps brûlé par le soleil du désert, âme brûlée et brûlante du désir du Royaume, il put annoncer le Feu de l'Amour… Ce « sauvage » fascinant apparaissait à qui allait le voir comme le dernier espoir d'un peuple égaré.

En contemplant cette grande figure, cette force dans la passion, on en vient spontanément à se demander d'où naît une vie intérieure si forte, si droite, si cohérente, toute donnée à Dieu et à Jésus pour préparer ses voies. La réponse est simple : de la relation avec Dieu, de la prière qui est le fil conducteur de toute son existence.

L'annonce de la naissance de Jean-Baptiste se fit dans un lieu de prière, le Temple de Jérusalem, ou plutôt elle advint quand Zacharie, son futur père, se trouvait à l'endroit le plus sacré du temple, le Saint des Saints, pour faire au Seigneur l'offrande de l'encens.

Même la naissance de Jean-Baptiste fut marquée par la prière : ce chant de joie, de louange et de remerciement que Zacharie éleva vers le Seigneur, le « Benedictus ». Ce chant sortit de la bouche et du cœur de Zacharie et l'Église le fait réciter tous les matins lors des Laudes pour exalter l'action de Dieu dans l'histoire et indiquer la mission de Jean, son fils : précéder (il est pour cela appelé le Précurseur) le Fils de Dieu qui s'est fait chair pour lui préparer le chemin et préparer le cœur du peuple à la rencontre avec le Seigneur.

L'existence entière du Précurseur de Jésus fut nourrie de sa relation avec Dieu, en particulier pendant la période passée dans le désert. Car s'il est vrai que le désert est le lieu de la tentation, il est vrai qu'il est le lieu où l'homme ressent sa propre pauvreté lorsqu'il est privé de soutien et de sécurité matérielle, et où il comprend que le seul point de repère solide reste Dieu Lui-même.

Jean-Baptiste ne fut pas seulement un homme de prière, en contact permanent avec Dieu, mais il fut aussi un guide à la prière comme moyen de renouer la relation avec Dieu en prêchant la conversion et en indiquant de la voix et du geste de la main : « Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde ». Il fut aussi un guide pour la prière quotidienne puisque les disciples de Jésus lui demandèrent : « Seigneur apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples » (cf Lc 11,1), et le Fils de Dieu leur enseigna le « Notre Père ».

Prier n'est pas du temps perdu ou dérobé à l'action. La prière est l'âme de chacune de nos actions, comme elle le fut pour Jean-Baptiste. La prière est du travail, parce que, comme le travail humain, sinon davantage, elle transforme les personnes et les choses. « La prière est un échange de vie : Dieu se fait homme et prend sur lui-même notre pauvreté, mais nous prenons de Lui tout ce qu'Il est » (Divo Barsotti). Dieu est Amour. Dieu est Parole. Lui le premier, adresse à l'homme une parole d'amour et nous pouvons « apprendre le cœur de Dieu dans la Parole de Dieu » (Saint Grégoire le Grand).

A l'exemple des Vierges consacrées qui le jour de leur consécration ont reçu le bréviaire, afin de prier tous les jours et tout au long de la journée, prenons la Parole pour nous adresser à Dieu, c'est une Parole chargée de tout ce que nous sommes et devenue chair en nous. (Cf rituel de la consécration des vierges, n° 27 : « en remettant le livre de la prière de l'Église, l'Evêque dit : Recevez le livre de la prière d l'Église. Ne cessez jamais de louer votre Dieu, ni d'intercéder pour le salut du monde »)

En se dédiant chaque jour à la lecture de la Parole, les Vierges consacrées en font le terrain fertile de la prière. Faisons de même.

En se mettant quotidiennement à l'écoute de la Parole, les Vierges consacrées habitent la Parole en vraies disciples. Au moins pour le temps de l'Avent, nous aussi accordons un peu de temps à l'écoute de la Parole afin qu'elle prenne chair en nous.

Apprenons de ces personnes comment imiter Jean-Baptiste : avec humilité. Comme le Précurseur mit en pratique ses paroles : « Il faut que le Christ grandisse et que moi je diminue », les consacrées font humblement cela, par leur vie elles désignent leur Epoux et elles se font petites pour Lui.

Apprenons de ces femmes consacrées à vivre en toute humilité la fête de l'Immaculée Conception qui se célèbre demain, 8 décembre. Le cœur immaculé de Marie est en parfait accord avec la miséricorde de Dieu qui nous connaît tous personnellement par notre nom, un par un, et nous appelle à resplendir de sa lumière. Et ceux qui sont les premiers aux yeux du monde, pour Dieu sont les derniers ; les petits, pour Dieu sont grands comme la Vierge.

A l'exemple de Marie, et par son intercession, « nettoyons » notre cœur de tout ce qui est imparfait et laissons-le libre pour le Christ qui descend parmi nous comme un « enfant ».

Lecture Patristique

Origène (+ 253)

Homélies sur saint Luc, 22, 1-4, SC 67, 300-302

Le messager qui prépare la route

Examinons comment l'avènement du Christ est proclamé, et d'abord ce qui est écrit au sujet de Jean: A travers le désert une voix crie: Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Ce qui suit concerne en propre le Seigneur notre Sauveur, car ce n'est pas par Jean Baptiste que tout ravin sera comblé, mais par le Seigneur notre Sauveur. Que chacun se considère soi-même, ce qu'il était avant de croire, et il découvrira qu'il a été une vallée basse, une vallée en pente rapide, plongeant vers les bas-fonds. Mais le Seigneur Jésus a envoyé l'Esprit Saint, son remplaçant. Alors toute vallée a été comblée, par les bonnes oeuvres et les fruits de l'Esprit Saint.

La charité ne laisse pas subsister en vous de vallée, si bien que, si vous possédez la paix, la patience et la bonté, non seulement vous cesserez d'être vallée, mais vous commencerez à être montagne de Dieu. Nous voyons se produire et s'accomplir chaque jour pour les païens cette parole: Tout ravin sera comblé, et pour le peuple d'Israël, qui est tombé de si haut: Toute colline et toute montagne seront abaissées (Lc 3,4-5). <>

C'est à la faute des fils d'Israël que les païens doivent le salut: Dieu voulait les rendre jaloux (Rm 11,11). Si vous dites que ces montagnes et ces collines qui ont été abattues sont les puissances ennemies qui se dressaient contre les hommes, vous ne vous tromperez pas. En effet, pour que les vallées en question soient comblées, il faut que les puissances ennemies, montagnes et collines, soient abaissées.

Mais voyons si une autre prophétie s'est accomplie à l'avènement du Christ. Car le texte poursuit: Les passages tortueux deviennent droits. Chacun de nous était tortueux, du moins s'il l'était et ne le reste plus aujourd'hui, car, par l'avènement du Christ qui s'est réalisé pour notre âme, tout ce qui était tortueux a été redressé. A quoi peut-il nous se rvir en effet, que le Christ soit venu jadis dans la chair, s'il n'est pas venu aussi jusqu'à notre âme? Prions pour que son avènement s'accomplisse chaque jour en nous, et que nous puissions dire: Je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi (Ga 2,20). <>

Donc Jésus mon Seigneur est venu; il a égalisé nos aspérités et converti en routes unies tout ce qui était chaotique, pour faire de nous un chemin sans danger de chute, un chemin facile et très pur, pour que Dieu le Père puisse progresser en nous et que le Seigneur Jésus Christ fasse en nous sa demeure et dise: Mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. (Jn 14,23).
1 Au ler siècle le mot évangile (du grec euangelion, bonne nouvelle) n'indiquait pas encore le genre littéraire dont l'œuvre de Marc constitue peut-être le premier exemple qui sera suivi des évangiles de Matthieu, Luc et Jean, mais il était déjà l'annonce de Jésus par les apôtres puis par la communauté chrétienne. Il est source de joie car il annonce le salut. Parlant de Jésus, il peut s'agir du sujet ou de l'objet de cette annonce.


Commémoration des fidèles défunts
1) Aie confiance en l'Amour
Aujourd'hui la liturgie de l'Église nous invite à faire mémoire des fidèles défunts dans une grande prière qui les rassemble tous dans nos pensées et dans nos souvenirs. Aujourd'hui nous devons prier le Seigneur pour qu'Il accueille dans son royaume de joie et de paix éternelles ceux qui ont quitté ce monde et sont passés dans l'éternité. Nos morts : parents, amis, connaissances, et les défunts de tous les temps qui pour nous n'ont pas de nom mais que Dieu connaît bien.

La prière pour les saintes âmes du purgatoire, particulièrement celles qui sont abandonnées et dont nous ne connaissons ni le nom ni l'existence. Les morts de toutes les guerres et de toutes les violences, les morts du passé, et ceux d'aujourd'hui : les morts de la route, les morts en mer, dans les hôpitaux, dans les maisons, dans les petites et les grandes villes, les morts naufragés et les victimes des épidémies, et, naturellement, ceux qui, ces derniers jours, ont laissé notre cœur profondément meurtri. Nous commémorons tous les morts, sans exclure personne, et nous élevons notre prière pour eux tous, afin que le Seigneur leur donne le repos éternel, la paix parfaite.

S'il est naturel qu'aujourd'hui nous nous souvenions plus particulièrement de nos chers défunts, et que au moment de la séparation nous ayons confié nos morts à l'amour et à l'éternité du Seigneur, il est tout aussi « naturel » de recevoir d'eux cet enseignement : que l'amour éternel de Dieu conserve dans son cœur ceux qu'Il aime après les avoir accueillis avec son pardon. Nos chers défunts nous rappellent qu'il ne faut pas perdre notre temps et notre peine dans la réalisation de nos ambitions et des choses éphémères, parce que tout passe, et seul l'amour demeure.

Le 2 novembre, ne l'oublions pas, n'est pas uniquement le jour où s'imposent à notre attention la fugacité et la brièveté de la vie qui marque douloureusement notre histoire humaine. C'est un jour consacré à la célébration de notre plus grande espérance si nous croyons réellement dans la foi pascale du Ressuscité. Le jour dédié à tous les défunts n'est donc pas une célébration de deuil. Si nous considérons la toute-puissance du Dieu-Amour qui ne laisse pas les morts dans leurs tombes parce qu'Il a lui-même fait mourir la mort en sortant ressuscité et glorieux du sépulcre, la mort chrétienne n'est pas un simple passage de l'âme d'un état dans un autre, mais elle réalise une rencontre individuelle avec Dieu-Amour qui sauve, apportant la confiance et l'espérance en la vie éternelle. Comme il est dit dans la préface de la messe des défunts : « La vie ne nous est pas enlevée, mais elle est transformée » par le pardon, comme c'est arrivé à Marmeladov, l'alcoolique que dépeint Dostoïevsky dans « Crime et Châtiment ». Marmeladov est un bon à rien, un alcoolique qui n'aime pas travailler. Son comportement a ruiné sa famille et sa fille, Sonia, a été obligée de se prostituer. Cet homme éprouve au plus profond de lui un sentiment aigu d'échec et de culpabilité. C'est un perdant. Un jour, dans un restaurant, ivre mort, il se lance dans un discours chaotique et, dans une sorte de vision, il parle du Jugement dernier qu'il résume ainsi : « Dieu appelle en premier lieu auprès de lui ceux qui ont vécu une vie irréprochable, sainte. Ce sont des personnes qui méritent de vivre auprès de Dieu, du moins selon un critère humain. Ensuite, il convoque ceux qui n'ont pas fait beaucoup de bien, les ivrognes comme lui, les drogués, ceux que nous, les bien-pensants, nous osons appeler « les méchants ». Donc, c'est nous qu'il convoquera ; « vous aussi approchez », dira-t-il, « approchez, vous les alcooliques, approchez, vous les faibles, approchez fils de la honte ! ». Et nous tous, nous approcherons, pleins de honte et nous nous tiendrons debout devant Lui. Et Lui dira : « vous êtes des porcs, faits à l'image de la Bête et marqués de son sceau, mais venez, vous aussi ! ».Et les sages et les personnes de bon sens diront : « Seigneur, pourquoi accueilles-tu ces hommes ? » Et il répondra : « pourquoi je les accueille, hommes bien-pensants, c'est parce qu'aucun d'eux n'a pensé être digne de cela».

Tout cela est-il possible ou est-ce seulement une façon superficielle de parler, à tort et à travers, comme le font les ivrognes ? Non seulement c'est possible, et cela se produit réellement, comme c'est arrivé à la femme adultère et à Marie-Madeleine, à Zachée comme à Pierre : tous ont remis leur souffrance au Christ, se sentant indignes, et tous ont été pardonnés. Comme le dit le psaume 26, « Le Seigneur est ma lumière et mon salut… Il est le rempart de ma vie… Je crie vers lui : pitié, réponds-moi ! C'est ta face, Seigneur, que je cherche… J'en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants ». Cela, parce que Jésus a vécu une agonie extrême, comme tant de malades que nous avons vus, en apparence sans aucun espoir, sur leur lit de mort. Parce qu'Il est mort comme l'homme, à cause de l'homme, pour l'homme, avec l'homme et devant l'homme. Cette foi s'unit à l'espérance qui, comme l'écrit Paul aux chrétiens de Rome, « ne trompe pas, car l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné» (Rm 5,5).

2) Les Défunts et les Saints, des personnes qui vivent dans la vérité de l'Amour

La proximité des dates célébrant la fête des Saints (1ernovembre) et la Commémoration des défunts (2 novembre) nous rappelle la mystérieuse vérité de la vie éternelle et le lien de fraternité qui nous unit à nos êtres chers qui sont passés sur l'autre rive.

Ce n'est pas par nostalgie du passé que nous nous rendons au cimetière, mais parce que nous gardons l'espérance d'un avenir de gloire et de joie. Donc, quand nous prions pour les défunts, eux, du ciel, nous tendent la main et nous assurent de leur présence intense et quotidienne, parce que nous aussi, nous marchons avec constance vers la vie qui n'a pas de fin.

C'est dans l'espérance que le chrétien perçoit et accueille sa fin sur terre, la mort. Sa foi en Jésus Christ ressuscité lui donne l'assurance que la mort n'est pas une défaite irréparable, mais le dramatique passage à la condition glorieuse avec son Seigneur. «Celui qui vient à moi, je ne le repousserai pas ». Nous ne sommes pas des étrangers pour Dieu, mais ses fils, ses héritiers, destinés à partager la résurrection de Jésus.

Un hymne des Laudes chante : « nous qui veillons de nuit, attentifs à la foi du monde, dans l'attente du retour du Christ, nous regardons vers la lumière ». Dans la nuit de la mort où tous pénètrent, une lumière nous est donnée, qui illumine la profondeur sacrée de notre cœur et dans la foi nous pouvons faire une expérience religieuse où se reflè#232;te la résurrection finale. Le Christ embrasse chaque instant de notre vie et Il nous fait comprendre et vivre que chaque moment renferme une abondance d'éternité, que chaque instant lié à Lui implique l'éternité.

A cette étreinte s'unissent les vierges consacrées dans le monde à qui est « confié le devoir de montrer que le Fils de Dieu fait homme est « l'objectif eschatologique vers quoi tend  toute chose», la splendeur face à laquelle tout autre lumière pâlit, l'infinie beauté qui, seule, peut satisfaire totalement le cœur de l'homme» (St Jean-Paul II, Exhortation apostolique Vita Consacrata n.16).

Le choix de la vie virginale est un rappel du caractère éphémère des réalités terrestres et l'anticipation des biens à venir. Elle rappelle à tous les fidèles l'exigence de marcher au milieu des événements du monde, toujours orientés vers la cité future et elle contribue, de façon exemplaire, à mettre en lumière la nature authentique de la vraie Église dont la caractéristique est d'être à la fois humaine et divine, visible mais dotée de réalités invisibles, brûlante dans l'action et adonnée à la contemplation, présente dans le monde et cependant toujours en pèlerinage.

A cette signification spirituelle et eschatologique de la condition virginale fait référence l'ancienne prière romaine de consécration du pontifical Romain attribuée à saint Léon le Grand : « Tu … as réservé à certaines de tes fidèles un don particulier prenant sa source à ta miséricorde. A la lumière de la sagesse éternelle tu leur as fait comprendre que, alors que demeuraient intacts la valeur et l'honneur des noces sanctifiées au début de ta bénédiction, selon ton dessein providentiel, il doit surgir des vierges qui, malgré leur renoncement au mariage, aspirent à posséder dans leur cœur la réalité de son mystère. Tu les appelles ainsi à réaliser, au-delà de l'union conjugale le lien sponsal avec le Christ dont les noces sont une image et un signe. (n.38).

De la consécration des vierges jaillit la grâce ecclésiale spécifique qui rend opérant le symbolisme originel de ce rite. Ainsi, le don de la virginité prophétique et eschatologique acquiert la valeur d'un ministère au service du peuple de Dieu et intègre les personnes consacrées dans le cœur de l'Église et du monde. (Conc. Vat. II, Const. Dogm. Sur l'Église, Lumen Gentium, n 42). Cet acte public et reconnu de l'alliance entre le Christ et les vierges consacrées, proclame à la face du monde la primauté et la fécondité du don de soi total et perpétuel avec une entière disponibilité aux exigences de la charité envers Dieu et envers le prochain.

Avec l'exemple et le témoignage de ces vierges consacrées qui vivent leur foi avec joie et zèle, qui chaque jour vivent dans l'amour, par l'amour, pour aimer, persévérons sur le chemin de la sainteté auquel nous sommes tous conviés. En cela, que tous les saints intercèdent pour nous et nous aident, eux qui sont tellement fascinés par la beauté de Dieu et par sa vérité parfaite qu'ils en sont transformés. Pour cette beauté, cette vérité et cet amour, ils furent prêts à renoncer à tout, jusqu'à eux-mêmes, et ils vécurent dans la louange à Dieu et dans le service humble et désintéressé du prochain.
Lecture Patristique
Saint Ambroise de Milan
Foi dans la résurrection des morts

Du livre sur la mort de son frère Satyre
(Lib. 2, 40.41.46.47.132.133; CSEL 73, 270-274, 323-324)



Nous voyons que la mort est un avantage, et la vie un tourment, si bien que Paul a pu dire : Pour moi, vivre c'est le Christ, et mourir est un avantage. Qu'est-ce que le Christ ? Rien d'autre que la mort du corps, et l'esprit qui donne la vie. Aussi mourons avec lui pour vivre avec lui. Nous devons chaque jour nous habituer et nous affectionner à la mort afin que notre âme apprenne, par cette séparation, à se détacher des désirs matériels. Notre âme établie dans les hauteurs, où les sensualités terrestres ne peuvent accéder pour l'engluer, accueillera l'image de la mort pour ne pas encourir le châtiment de la mort. En effet la loi de la chair est en lutte contre la loi de l'âme et cherche à l'entraîner dans l'erreur. Mais quel est le remède ? Qui me délivrera de ce corps de mort ? — La grâce de Dieu, par Jésus Christ, notre Seigneur.

Nous avons le médecin, adoptons le remède. Notre remède, c'est la grâce du Christ, et le corps de mort, c'est notre corps. Alors, soyons étrangers au corps pour ne pas être étrangers au Christ. Si nous sommes dans le corps, ne suivons pas ce qui vient du corps ; n'abandonnons pas les droits de la nature, mais préférons les dons de la grâce.

Qu'ajouter à cela ? Le monde a été racheté par la mort d'un seul. Car le Christ aurait pu ne pas mourir, s'il l'avait voulu. Mais il n'a pas jugé qu'il fallait fuir la mort comme inutile, car il ne pouvait mieux nous sauver que par sa mort. C'est pourquoi sa mort donne la vie à tous. Nous portons la marque de sa mort, nous annonçons sa mort par notre prière, nous proclamons sa mort par notre sacrifice. Sa mort est une victoire, sa mort est un mystère, le monde célèbre sa mort chaque année.

Que dire encore de cette mort, puisque l'exemple d'un Dieu nous prouve que la mort seule a recherché l'immortalité et que la mort s'est rachetée elle-même ? II ne faut pas s'attrister de la mort, puisqu'elle produit le salut de tous, il ne faut pas fuir la mort que le Fils de Dieu n'a pas dédaignée et n'a pas voulu fuir. 

La mort n'était pas naturelle, mais elle l'est devenue ; car, au commencement, Dieu n'a pas créé la mort : il nous l'a donnée comme un remède. L'homme, condamné pour sa désobéissance à un travail continuel et à une désolation insupportable, menait une vie devenue misérable. Il fallait mettre fin à ses malheurs, pour que la mort lui rende ce que sa vie avait perdu. L'immortalité serait un fardeau plutôt qu'un profit, sans le souffle de la grâce. 

L'âme a donc le pouvoir de quitter le labyrinthe de cette vie et la fange de ce corps, et de tendre vers l'assemblée du ciel, bien qu'il soit réservé aux saints d'y parvenir ; elle peut chanter la louange de Dieu dont le texte prophétique nous apprend qu'elle est chantée par des musiciens : Grandes et merveilleuses sont tes œuvres. Seigneur, Dieu tout-puissant : justes et véritables sont tes chemins. Roi des nations. Qui ne te craindrait, Seigneur, et ne glorifierait ton nom ? Car toi seul es saint. Toutes les nations viendront se prosterner devant toi. Et l'âme peut voir tes noces, Jésus, où ton épouse est conduite de la terre jusqu'aux cieux, sous les acclamations joyeuses de tous — car vers toi vient toute chair — ton épouse qui n'est plus exposée aux dangers du monde, mais unie à ton Esprit. 

C'est ce que le saint roi David a souhaité, plus que toute autre chose, pour lui-même, c'est ce qu'il a voulu voir et contempler : La seule chose que je demande au Seigneur, la seule que je cherche, c'est d'habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, et de découvrir la douceur du Seigneur.


Commentaire des lectures du XXIX Dimanche du Temps ordinaire - Année A, 19 octobre 2014
1) César et Dieu

L'Évangile d'aujourd'hui évoque la parole bien connue du Christ : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Phrase que l'on répète à tort et à travers quand on parle du rapport entre le christianisme et les institutions, plus largement le pouvoir politique. Pour ne pas réduire la méditation de l'évangile à une leçon, même brève, sur les rapports entre l'Église et l'État, je crois qu'il est bon d'expliquer dans quel contexte Jésus a prononcé cette phrase.

Bien qu'ayant une vision différente de l'occupation romaine au temps de la vie terrestre de Jésus, pharisiens et partisans d'Hérode veulent tous tendre un piège à Jésus. Quand un prophète devient dérangeant, il faut absolument essayer de le prendre en défaut et démontrer qu'il se contredit. D'où la question : « A ton avis, est-il permis oui ou non de payer l'impôt à César ? »

Si à cette question de savoir si pour les Juifs il est licite ou non de payer les impôts à Rome, Jésus avait répondu non, ils l'auraient dénoncé auprès des Romains comme ennemi et résistant, s'il avait répondu oui, ils auraient eu beau jeu de le dénoncer devant tout le monde comme collaborateur.

Jésus ne tombe pas dans le piège. Il choisit une autre voie que n'avaient prévue ni les pharisiens ni les partisans d'Hérode en posant leur question ambiguë, et il invite ses interlocuteurs à prendre une pièce de monnaie de l'impôt. Ceux-ci présentent la monnaie à l'effigie de Tibère César. Jésus demande alors s'il s'agit bien de l'effigie de César, puis il déclare ce que j'ai cité plus haut.

L'enseignement que l'on en tire habituellement, et à juste titre, est de confirmer la distinction entre l'Etat et l'Église et d'affirmer qu'il faut absolument savoir faire la part de ce qui revient à César et ce qui revient à Dieu. En tout état de cause c'est toujours à l'autorité suprême de Dieu que l'on recourt en toute circonstance. Le chrétien est celui qui est appelé à vivre en citoyen dans sa propre patrie, respectueux des lois de sa nation. Il paie ses impôts, intervient dans les assemblées, participe en tant que croyant à la vie politique, mais il sait que toute situation ne peut et ne doit s'en rapporter qu'à Dieu seul.

2) Dieu et son image

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». On interprète généralement ces paroles comme la distinction à établir entre l'Église et l'Etat. A bon droit, sans aucun doute. Toutefois, cette phrase nous entraîne plus loin et rappelle une vérité plus profonde sur l'homme. Car, si sur la monnaie est imprimée l'image de César, sur nous est « imprimée » l'image de Dieu, ou mieux, nous sommes faits à l'image et à la ressemblance de Dieu. Lorsque Jésus demande de qui est l'effigie gravée sur la monnaie et de qui il s'agit, ils répondent : « de César ». Jésus réplique : « rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».

Cette réponse surprend les auditeurs. En toute circonstance nous devons nous demander ce qui est à César et ce qui est à Dieu. Dans la réponse de Jésus ce qui appartient à César est parfaitement clair : c'est seulement la monnaie frappée à Rome sur laquelle est gravée l'image de l'empereur. Il fallait donc la rendre à son propriétaire.

L'Évangile va plus loin et dit de donner à Dieu ce qui est de Dieu. Mais qu'est-ce qui est de Dieu ? Le terme d' « image » qu'utilise Jésus à propos de la monnaie renvoie à la phrase placée justement au début de la Bible : « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa (Gn 1,27). Ce qui veut dire ce que Jésus a initié au temps de sa vie terrestre avec la création de l'homme reste vrai aujourd'hui. Au début de l'histoire du monde, Adam et Eve sont le fruit d'un acte d'amour de Dieu, faits à son image et à sa ressemblance et leur vie coïncidait avec leur relation au Créateur.

Déjà au IVe siècle, on lisait sous la plume d'un Auteur anonyme : « L'image de Dieu n'est pas imprimée sur l'or mais sur le genre humain. La monnaie de César est d'or, celle de Dieu est l'humanité… Par conséquent « donne ta richesse matérielle à César, mais réserve à Dieu l'unique innocence de ta conscience, là où Dieu est contemplé… En effet, César a voulu son image sur chaque monnaie, mais Dieu a choisi l'homme qu'Il a créé pour refléter sa gloire » (Anonyme, Oeuvre incomplète sur Matthieu, Homélie 42). Et saint Augustin a utilisé plusieurs fois cette référence dans ses homélies : « Si César exige sa propre image sur la monnaie, Dieu n'exigera-t-il pas que l'homme grave en lui-même l'image divine ? (En. in Ps. Ps 94,2). Et encore : « Comme l'on rend à César sa monnaie, ainsi rend-on à Dieu l'âme illuminée, reflet de la lumière de son visage… Christ, en effet, habite dans l'homme intérieur (Ibid., Ps 4,8).

Cette indication de Jésus ne peut se réduire au seul contexte politique. Le devoir de l'Église, dans ce cas, n'est pas de se limiter à rappeler aux hommes la juste distinction entre la sphère d'autorité de César et celle de Dieu, entre le monde politique et le monde religieux. Le devoir de l'Église, qui poursuit la mission de Jésus consiste essentiellement à parler de Dieu, à faire mémoire de sa souveraineté de Père, à rappeler à tous, et particulièrement aux chrétiens qui ont oublié leur propre identité, le droit de Dieu sur ce qui lui appartient, c'est-à-dire notre vie qui, en Lui, devient sainte, vraie. La vérité sur nous, comme sur tous les êtres humains, est que nous sommes avant tout fils de Dieu. Et que c'est à Dieu que nous appartenons. C'est là la racine de la liberté et de la dignité de l'homme qui doivent être défendues, soignées et restituées à chacun. Il s'agit donc de faire émerger, toujours plus claire, cette empreinte de Dieu qui a été façonnée au plus profond de tout être humain et qui le rend saint.

Il existe, en effet, une «sainteté» propre à chaque personne humaine, acquise non pas par mérite mais par don parce que chacun de nous a été créé à l'image de Dieu. Selon saint Irénée, le Verbe et l'Esprit sont les deux mains avec lesquelles l'homme fut modelé au début des temps et avec lesquelles il est aujourd'hui modelé à l'image de Dieu.

En tout temps, mais particulièrement au début de cette vie de sainteté, tout croyant n'a d'autre devoir que la docilité à l'action de l'Esprit Saint. Mais comment reconnaître l'action de l'Esprit Saint et lui faire place dans notre vie ? En gardant vivant en nous le saint désir de Dieu, avec persévérance, en accueillant la demande du Christ à chaque instant de notre vie. Sœur Élisabeth de la Trinité disait : « comme chaque instant est sérieux ! Il coûte le sang du Christ ! ».

Chaque instant coûte Dieu lui-même, parce que le prix du sang, c'est Dieu : nous le recevons à chaque instant, nous devons le recevoir. A chaque instant aussi, malheureusement, nous pouvons nous fermer à Lui et Le refuser. Et nous Le refusons dans la mesure où nous ne nous abandonnons pas à cette grâce. Nous Le refusons et nous nous fermons à Lui dans la mesure où nous ne sommes pas dociles à Lui, nous ne l'écoutons pas et nous ne L'accueillons pas en nous, nous ses disciples.

En tant que disciples de Jésus nous devons œuvrer pour qu'en chaque homme resplendisse cette icône (image) de Dieu qui est imprimée dans son cœur. Non seulement nous devons adorer Dieu, toujours présent dans notre âme, non seulement nous devons nous rendre compte que nous sommes temple vivant de Dieu, mais nous devons aussi nous rendre compte que tout ce que nous avons reçu de Lui doit être à chaque instant mu par Lui, utilisé par Lui, activé par Lui. Nous ne devons pas être uniquement le temple de Dieu, mais l'instrument de son action, parce que Dieu n'habite pas en nous de façon statique, inactive, parce que Dieu n'habite pas en nous seulement parce que nous l'adorons. Il habite en nous pour agir, et surtout pour nous transformer et nous rendre semblables à Lui dont nous sommes l'image.

Nous sommes invités à demander par la prière et l'action d'être rendus conformes à l'image du Fils de Dieu. Cette image est souvent abîmée, humiliée, brisée à cause de nos fautes personnelles ou par celles des autres. En nous abîmant nous-mêmes ou les autres, nous abîmons l'image de Dieu qui est nous, nous défigurons l'image que « les deux mains » créatives de Dieu ont réalisée. Aujourd'hui Jésus nous exhorte à « rendre» à Dieu ce qui lui appartient : tout et tout le monde, nous-mêmes ainsi que l'humanité et la création.

Mais nous ne devons pas oublier que de toutes les créatures, l'homme est le seul que Dieu a voulu pour Lui (Gaudium et spes, 12 ; Catéchisme de l'Église catholique 356), ou bien qu'il n'est pas une chose parmi les choses, mais un être doué de conscience personnelle et de libre décision. C'est une personne capable d'une relation avec Dieu et avec ses semblables. C'est là l'image-ressemblance avec Dieu : nous ne sommes pas une chose prise dans les lois du cosmos (pensez à l'évolution qui a mené à la présence de l'homme : les scientifiques parlent de trois milliards d'années) mais nous avons une conscience, une liberté, nous pouvons interpréter notre présence dans le monde en lui donnant un sens 1.

L'homme apparaît ainsi comme le sommet de la création, le point où le créé devient conscient et capable de répondre librement à Dieu, capable d'une relation 2.

Un Ordre de personnes qui vivent cette relation de communion sponsale avec Dieu et fraternelle avec les hommes est celui des Vierges consacrées dans le monde. A travers leur consécration, ces femmes témoignent à l'Église et au monde que l'être humain est le reflet de l'amour de Dieu et qu'il est appelé à être dans le monde visible un porte-parole de la gloire de Dieu et, dans un certain sens, une parole de Sa gloire.

Les Vierges manifestent et rendent publique la virginité parfaite de leur propre Mère, l'Église, et la sainteté de leurs liens étroits avec le Christ. De plus, ces femmes offrent un signe admirable de la sainteté florissante et de cette fécondité spirituelle propre à l'Église. A ce propos, les paroles de saint Cyprien sont magnifiques : «La virginité est une fleur qui bourgeonne dans l'Église, honneur et ornement de la grâce de l'Esprit Saint, nature joyeuse, œuvre intacte et non corrompue de louange et de gloire, image de Dieu qui reflète la sainteté du Seigneur, portion choisie du troupeau du Christ. L'Église se réjouit, dont la glorieuse fécondité fleurit en elles abondamment: plus grandit la foule de vierges, plus est grande la joie de la mère Église » (Cyprien, De habitu virginum, 3 : PL4, 443).

C'est de ceci que s'inspirent avec sagesse les expressions du célébrant dans le rite de consécration des vierges et dans les prières qui s'adressent au Seigneur (N° 24, rite de

1 Dans le second récit biblique de la création (Ge 2, 4a-25) l'homme (adam) est tiré de la poussière (adamah ) sur laquelle Dieu souffle son souffle de vie (neshamah) pour en faire un être vivant (nefesh). Ce qui fait la différence entre nous et les autres créatures, c'est l'esprit, notre capacité à être libres, à donner un sens au fait que nous existons.

2 La relation n'est pas un accessoire de la nature humaine, mais l'expression la plus accomplie de notre existence comme personne. Consécration des vierges) : « C'est en effet, ton esprit Saint qui suscite au milieu de ton peuple des hommes et des femmes conscients de la sainteté du mariage et capables pourtant de renoncer à cet état afin de s'attacher dès maintenant à la réalité qu'il préfigure : l'union du Christ et de l'Église ».

Lecture Patristique : Saint Laurent de Brindes (1559 - 1619)

22e dimanche après la Pentecôte, 2-5; Opera omnia, 8, 335.336.339-340.346.

Nous trouvons deux questions dans l'évangile d'aujourd'hui: la première a été posée au Christ par les pharisiens, la seconde aux pharisiens par le Christ. La leur est tout entière terrestre et inspirée par le diable, la sienne tout entière céleste et divine. Celle-là est un effet de l'ignorance et de la méchanceté, celle-ci procède de la sagesse et de la bonté parfaites: Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles? Eux répondent: De César. Il leur dit: Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22,20-21). Il faut rendre à chacun ce qui lui revient.

Voilà une parole vraiment pleine de sagesse et de science célestes. Car elle nous enseigne qu'il y a deux sortes de pouvoir, l'un terrestre et humain, l'autre céleste et divin.

Elle nous apprend que nous sommes tenus à une double obéissance, l'une aux lois humaines et l'autre aux lois divines. Qu'il nous faut payer à César le denier portant l'effigie et l'inscription de César, à Dieu ce qui a reçu le sceau de l'image et de la ressemblance divines: La lumière de ton visage a laissé sur nous ton empreinte, Seigneur (cf. Ps 4,7).

Nous sommes faits à l'image et à la ressemblance (Gn 1,26) de Dieu. Tu es homme, ô chrétien. Tu es donc la monnaie du trésor divin, un denier portant l'effigie et l'inscription de l'empereur divin. Dès lors, je demande avec le Christ: Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles? Tu réponds: "De Dieu." J'ajoute: "Pourquoi donc ne rends-tu pas à Dieu ce qui est à lui?"

Si nous voulons être réellement une image de Dieu, nous devons ressembler au Christ, puisqu'il est l'image de la bonté de Dieu et l'effigie exprimant son être (cf. He 1,3). Et Dieu a destiné ceux qu'il connaissait par avance à être l'image de son Fils (Rm 8,29). Le Christ a vraiment rendu à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Il a observé de la manière la plus parfaite les préceptes contenus dans les deux tables de la loi divine en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix (Ph 2,8), et il était orné au plus haut degré de toutes les vertus visibles et cachées.

L'évangile de ce jour met en évidence la prudence sans pareille du Christ, qui lui a fait éviter les pièges de ses ennemis par une réponse si sage et si habile. C'est là qu'apparaît également sa justice: elle inspire son enseignement quand il nous dit de rendre à chacun ce qui lui revient; elle montre qu'il voulut lui aussi s'acquitter de l'impôt, et qu'il paya deux drachmes pour lui-même et deux pour Pierre. C'est là que se manifeste la force d'âme qui le rendit capable d'enseigner ouvertement la vérité, de dire aux Juifs en colère, sans nullement les craindre, qu'il fallait payer les impôts à César.

Telle est la voie de Dieu que le Christ a enseignée avec droiture.

Ainsi ceux qui ressemblent au Christ par leur vie, leur conduite et leurs vertus se modelant sur lui, rendent vraiment visible l'image de Dieu. Le renouvellement de cette image divine s'accomplit par la parfaite justice: Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, à chacun ce qui lui revient.

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