Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

Commentaire des lectures de l'Épiphanie, 4 janvier 2015
1) Trois questions et un conte pour comprendre l'Épiphanie :

Avec la fête de l'Épiphanie[1] les fêtes de Noël trouvent leur achèvement, qui donne au mystère de l'Incarnation la nouvelle perspective d'universalité du salut, sa signification la plus consolante d'espoir infini. En effet, à la question : « A qui Dieu veut-il faire connaître son Fils Incarné? » La réponse qui nous est proposée aujourd'hui est : « A tous ». Mais alors, « pourquoi n'est-t-il pas reconnu par tous ? » Parce qu'il ne suffit pas de savoir ce que l'Écriture dit sur le Messie pour croire en Jésus. C'est ce qui arriva aux prêtres interrogés par Hérode sur la naissance du Messie. Ils donnèrent la réponse juste mais n'allèrent pas à la grotte de Bethléem. Ils ne pouvaient même pas le rencontrer car ils Le voyaient comme un ennemi potentiel, comme Hérode qui voulait savoir où Jésus était né pour l'éliminer.

Comme les pasteurs et les gens simples à Noël, seuls les Rois Mages - et aujourd'hui ceux qui ont la même attitude - trouvent Jésus qui se manifeste comme l'objectif de leur voyage (Épiphanie signifie manifestation). Mettons-nous en route nous aussi, ainsi nous éviterons de ne pas le rencontrer et de ne pas l'accueillir, tandis que des étrangers viendront de loin pour nous demander où le Roi est né.

Qu'avaient en commun les Pasteurs et les Rois Mages ? Le désir du salut, reconnu dans un Enfant à qui les premiers donnèrent du lait et de la laine et les seconds de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Mais surtout ils se donnèrent eux-mêmes, en s'agenouillant et en adorant.

Aujourd'hui nous sommes appelés à avoir la même attitude de chercheurs de l'Infini et d'adorateurs de la Vérité qui se manifeste dans cet amour d'Enfant. Dieu ne se manifeste pas comme un enfant, Il est cet Enfant, qui manifeste le cœur du Père, qui nous le donne pour qu'il devienne nourriture pour notre chemin, médicament pour nos faiblesses, ami de notre conversation.

Cet enfant grandira, sera un jeune homme, adulte, sera Maître et accomplira des miracles, sera moqué, refusé, abandonné, enterré, ressuscitera des morts, à nouveau et éternellement vivant : en tout cela, Il est « épiphanie » dans laquelle Dieu se manifeste. C'est ce Dieu, que comme les Rois Mages, nous adorons.

Mais chaque être humain est, dans un certain sens, Épiphanie de Dieu. Dieu a décidé de se révéler en se « cachant » dans chaque homme. Cet écrivain anonyme nous le rappelle et nous invite à chercher et trouver des traces du visage de Dieu dans le visage des frères :

« Il était une fois un moine appelé Épiphane. Un jour il découvrit un don qu'il ne pensait pas posséder : il savait écrire de belles icônes. Il voulait absolument peindre le visage de Jésus. Mais où trouver un modèle qui exprime, à la fois, la souffrance et la joie, la mort et la résurrection, la divinité et l'humanité ?

Épiphane se mit alors en voyage. Il parcourut la France, l'Italie, l'Allemagne, l'Espagne, examinant chaque visage. Rien : le visage qui pouvait représenter le Christ n'existait pas. Fatigué, il s'endormit en répétant les paroles du psaume : « Je cherche ton visage, Seigneur, montre-moi ton visage! ». Il fit un rêve.

Un Ange lui apparut, il le ramena auprès des personnes rencontrées et pour chaque personne il lui indiqua un détail qui rendait ce visage semblable à celui de Jésus : la joie d'un amoureux, l'innocence d'un enfant, la force d'un paysan, la souffrance d'un malade, la peur d'un condamné, la tendresse d'une mère, la consternation d'un orphelin, l'espoir d'un jeune, la joie d'un clown, la miséricorde d'un confesseur, le mystère du visage bandé d'un lépreux... Et alors, Épiphane comprit et retourna dans son couvent. Il se mit au travail et l'icône fut prête en peu de temps. Il la présenta à son abbé. Celui-ci fut surpris: elle était merveilleuse. Il voulut savoir qui était le modèle dont il s'était servi parce qu'il désirait le montrer aux autres artistes du monastère. Le moine répondit « personne, père, ne m'a servi de modèle, parce que personne n'est comme le Christ mais le Christ est semblable à tous. Tu ne trouves pas le Christ dans le visage d'un seul homme, mais tu trouves des fragments du visage du Christ en chaque homme. »

2) Un chemin idéal cohérent

Les Rois Mages sont un modèle pour nous non seulement parce qu'ils furent des chercheurs de l'Infini, mais parce qu'ils l'ont trouvé en sachant le reconnaître dans un enfant, ou plutôt, dans cet Enfant. Ils ont été très grands dans leur fidélité au signe fragile d'une étoile, sans se laisser conditionner par la nostalgie des palais qu'ils avaient quittés (cf T.S. Eliot). Ils surent continuer la recherche de l'Exceptionnel, de l'Extraordinaire sur les chemins du quotidien.

Ces trois marcheurs ne se sont pas contentés des richesses et de leur sagesse. Ils ne voulaient pas seulement savoir beaucoup de choses, mais ils voulaient savoir l'essentiel. Ils ont senti leur cœur vibrer et se sont déplacés, en accrochant à une étoile le grognement de leurs animaux élevés dans les étables d'Orient.

« Où se trouve le Roi des Juifs qui est né ? » Ils choisirent le risque de l'inconnu à la sécurité des calculs, pour aller trouver un enfant : « la recherche de la Vérité était, pour les Rois Mages, plus importante que la dérision du monde en apparence intelligent » (Benoît XVI).

Dans leurs humbles pas, l'écho de mille voix résonne, de voix qui chantaient et disaient que tout ceci était pure folie. Le risque de la folie ou la sécurité de l'ignorance : les Rois Mages préfèrent le fragile chemin du ciel à la carte habituelle tracée par les hommes. Ils se sont servi de leur intelligence et de leur sagesse d'une façon qui pouvait apparaître humainement absurde et peu scientifique et se sont dirigés vers Bethléem. Ils ont échangé la sécurité de leurs habitudes avec le risque d'un voyage périlleux qui devint un pèlerinage.

En effet, le pèlerin n'a pas comme but un lieu touristique, mais un lieu sacré: un Temple où se trouve Dieu. Paul Claudel l'a bien compris « les choses ne sont plus le mobilier de notre prison mais de notre temple », où l'Enfant Jésus rendit sacré même la paille. La grotte, la paille devenue un lit, les habits nécessaires et essentiels pour le voyage en Judée deviennent sacrés, se transfigurent autour du noyau essentiel du mystère de l'Incarnation dans une naissance.

L'Épiphanie n'est pas seulement la manifestation de Jésus Christ, Fils de Dieu incarné et Rédempteur de toute l'humanité mais elle est aussi la solennité de l'adoration et de la donation.

Le texte de l'Évangile d'aujourd'hui nous rappelle l'arrivée des Rois Mages à la grotte de Bethléem et les trois actions importantes de ces rois devant le Roi des juifs : prostration, adoration et donation.

Prostration : c'est l'attitude d'humble révérence envers une autorité morale et spirituelle. Jésus est reconnu, par les sages de son temps, comme l'autorité morale et religieuse à laquelle se confronter.

Adoration : c'est l'autre action que font les Rois Mages devant Jésus. Ils adorent la divinité. Les païens adoraient les idoles. Dans un moment dramatique, les Juifs se construisirent un veau en or et l'adorèrent pendant que Moïse était sur le Mont Sinaï avec Dieu. L'homme se construit toujours des fausses idoles et les travaille comme une solution possible à ses propres problèmes existentiels.

Aujourd'hui encore, les idoles fascinent, celles du succès, du bien-être, de la carrière, du pouvoir économique, militaire, politique et religieux et tant d'autres qui poussent l'homme à offenser et à détruire d'autres hommes pour arriver à leurs buts. Au contraire, les Rois Mages adorent le Dieu vivant qui, en cet enfant, pauvre, humble, dans cette crèche, attire avec juste raison toute leur attention et leur prière.

Donation : là où sont la bonté dans le cœur et l'ouverture à l'autre, il y a aussi presqu'instinctivement le don de soi à celui qui se trouve en face. Ici les Rois Mages se trouvent en face du Roi des juifs et lui offrent trois dons, de l'or, de l'encens et de la myrrhe, pour faire ressortir sa royauté, sa mission, sa mort et sa résurrection. A travers ces dons, se trouve une signification spécifique qui peut être attribuée à l'Enfant Jésus, ce Fils de Dieu et Rédempteur de l'humanité. De plus, comme je l'ai mentionné ci -dessus, ils se donnent eux-mêmes.

Voilà la fête de l'Épiphanie qui ouvre indirectement sur une autre fête liturgique plus importante de l'Église catholique : la Pâques de Jésus qui s'est donné lui-même, complètement. Nous serons sages comme les Mages si, en prenant Jésus comme Chemin, nous prenons le chemin de la foi, le chemin de la conversion, le chemin de l'amour.

Un exemple spécial de ce chemin d'amour est donné par les Vierges Consacrées dans le monde.

Toute leur vie appartient au Seigneur. Par la consécration, elles se sont mises à la disposition de Dieu sans aucune réserve, de façon à ce que toute leur vie exprime prostration, adoration et donation pure et pleine à Dieu. La vie d'une personne consacrée dans le monde témoigne que l'on peut vivre du Christ à chaque instant et vivre dans l'espérance qui vient de la grotte de Bethléem. A ce propos, ce qui est affirmé dans l'Exhortation post-synodale Vita consecrata est éclairant. « Celui qui veille pour attendre l'accomplissement des promesses du Christ est en mesure de communiquer l'espérance à ses frères et sœurs, souvent découragés et pessimistes face à l'avenir. Son espérance se fonde sur la promesse de Dieu que contient la Parole révélée : l'histoire des hommes avance vers "le ciel nouveau et la terre nouvelle" (Ap 21, 1). » (Vita consecrata, n. 27). (cf rituel de consécration des vierges n° 21 : l'Evêque prie : « Écoute, Seigneur, ton Église en prière : Dans ton amour, prends pitié de celle que tu as appelée ; conduis-la dans la voie du salut, pour qu'elle désire ce qui te plaît et soit toujours vigilante pour l'accomplir » et n° 24 : « Accorde Seigneur, ton soutien et la protection à celle qui se tient devant toi et qui attend de sa consécration un surcroit d'espérance et de force ».)

Lecture Patristique
SAINT LÉON LE GRAND
SERMON 3 POUR L'ÉPIPHANIE
1-3. 5; PL 54, 240-244

Dans tout l'univers, le Seigneur a fait connaître son salut.

La miséricordieuse providence de Dieu a voulu, à la fin des temps, venir au secours du monde en détresse. Elle décida que le salut de toutes les nations se ferait dans le Christ.

C'est à propos de ces nations que le saint patriarche Abraham, autrefois, reçut la promesse d'une descendance innombrable, engendrée non par la chair, mais par la foi ; aussi est-elle comparée à la multitude des étoiles, car on doit attendre du père de toutes les nations une postérité non pas terrestre, mais céleste.

Que l'universalité des nations entre donc dans la famille des patriarches ; que les fils de la promesse reçoivent la bénédiction en appartenant à la race d'Abraham, ce qui les fait renoncer à leur filiation charnelle. En la personne des trois mages, que tous les peuples adorent le Créateur de l'univers ; et que Dieu ne soit plus connu seulement en Judée, mais sur la terre entière afin que partout, comme en Israël, son nom soit grand.

Mes bien-aimés, instruits par les mystères de la grâce divine, célébrons dans la joie de l'Esprit le jour de nos débuts et le premier appel des nations. Rendons grâce au Dieu de miséricorde qui, selon saint Paul, nous a rendus capables d'avoir part, dans la lumière, à l'héritage du peuple saint ; qui nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, et nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé. Ainsi que l'annonça le prophète Isaïe : le peuple des nations, qui vivait dans les ténèbres, a vu se lever une grande lumière, et sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre, une lumière a resplendi. Le même prophète a dit à ce sujet : les nations qui ne te connaissaient pas t'invoqueront ; et les peuples qui t'ignoraient accourront vers toi. Ce jour-là, Abraham l'a vu, et il s'est réjoui lorsqu'il découvrit que les fils de sa foi seraient bénis dans sa descendance, c'est-à-dire dans le Christ ; lorsqu'il aperçut dans la foi qu'il serait le père de toutes les nations ; il rendait gloire à Dieu, car il était pleinement convaincu que Dieu a la puissance d'accomplir ce qu'il a promis.

Ce jour-là, David le chantait dans les psaumes : Toutes les nations, toutes celles que tu as faites, viendront t'adorer, Seigneur, et rendre gloire à ton nom. Et encore : Le Seigneur a fait connaître son salut, aux yeux des païens révélé sa justice.

Nous savons bien que tout cela s'est réalisé quand une étoile guida les trois mages, appelés de leur lointain pays, pour leur faire connaître et adorer le Roi du ciel et de la terre. Cette étoile nous invite toujours à suivre cet exemple d'obéissance et à nous soumettre, autant que nous le pouvons, à cette grâce qui attire tous les hommes vers le Christ.

Dans cette recherche, mes bien-aimés, vous devez tous vous entraider afin de parvenir au royaume de Dieu par la foi droite et les bonnes actions, et d'y resplendir comme des fils de lumière ; par Jésus Christ notre Seigneur, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.

[1] Épiphanie vient d'un mot grec qui signifie “manifestation”


Commentaire des lectures du XXVIIe dimanche du temps ordinaire – Année A – 5 octobre 2014
Le fruit c'est l'amour

Le passage de l'évangile d'aujourd'hui s'ouvre sur l'image de la vigne, très fréquente dans l'Ancien Testament, toujours pour parler du royaume de Dieu, ou de son peuple, ou également de la femme aimée. Le lien avec la première lecture est évident, ce « cantique de la vigne » d'Isaïe (5,1-7) qui décrit poétiquement tous les soins et l'attention que Dieu porte à son peuple. De ce peuple tant aimé, Dieu attend des fruits que pourtant le peuple ne lui donne pas.

Dans cette parabole Jésus reprend quelques phrases du « cantique de la vigne » dans lequel ce grand prophète décrit, en profondeur, l'histoire du peuple d'Israël que Dieu entoure d'un amour fidèle. On y voit l'amour persistant de Dieu auquel répond la trahison non moins persistante de son peuple. Dieu attendait du raisin de qualité, mais il n'en eut que du mauvais (Is 5,2). Dieu en attendait la justice, et c'est l'oppression. Il en attendait le droit, et c'est l'injustice (Is, 5,7).

Dans ce cantique, Isaïe dit que cette histoire ne peut continuer indéfiniment. Il faut un jugement (Is, 5,3). Il ne reste plus que le châtiment : la vigne sera écrasée, elle ne sera plus cultivée et il y poussera des ronces et des épines. Mais la punition de Dieu n'est jamais pour toujours. Ses menaces visent à convertir, pas à détruire.

Toujours dans cette parabole, Jésus précise que la question qui se pose n'est pas la production de fruits plus ou moins bons, mais la volonté des vignerons de s'approprier la vigne de leur Patron. Ils ne veulent pas reconnaître leur patron en tant que tel. C'est là leur péché. Ils se comportent comme si la vigne leur appartenait. Et lorsqu'ils tuent le Fils 1 du Patron, ils disent clairement qu'ils veulent se faire héritiers et patrons. Mais en refusant l'autorité de Dieu, ils rejettent la pierre angulaire, la seule capable de tenir le monde debout. Si Dieu n'est pas reconnu, le monde ne tient pas debout, la société humaine vole en éclats.

En nous plaçant dans la logique amère et violente des vignerons, nous répétons ces paroles insensées et brutales : « Celui-ci est l'héritier, venez, tuons-le et c'est nous qui aurons l'héritage ». En obéissant à cette injonction brutale et vulgaire, nous contribuons à perpétrer les vendanges de sang qui incendient le monde.

Si à la question du Christ : « Que fera le patron de la vigne après le massacre de son fils ? » notre réponse était semblable à la solution des Juifs, nous devrions recevoir une punition exemplaire, il viendrait de nouveaux vignerons, de nouveaux impôts, mais le monde ne changerait pas. Cette justice-là nous ramènerait en arrière, avant le délit, en conservant le cycle immuable du « prendre » et du « donner », et plus précisément du « demander trop ».

Jésus, par sa réponse, gonfle notre cœur d'espérance : l'histoire finira bien, la vigne produira en abondance, le Patron ne perdra pas ses jours en vengeances éternelles. Le royaume de Dieu appartiendra à un peuple qui en produira les fruits, c'est-à-dire l'amour, et qui en deviendra la pierre d'angle, garante d'un amour solide.

Si nous sommes appelés en tant que pierres vives à être l'Église vivante du Christ, en tant que sarments nous devons faire corps avec lui, qui est la vie, pour vivre dans l'amour et de l'amour, aimant le Seigneur et nous laissant aimer de Lui.

Dieu ne renonce jamais et Il nous offre un nouveau moyen pour arriver à un amour libre, irrévocable, pour arriver au fruit de cet amour, au vrai raisin : Il envoie son Fils qui se fait homme. Dieu devient alors la racine de la vigne, il devient la vigne et dès lors, la vigne devient indestructible. Ce peuple de Dieu ne peut être détruit parce que Dieu lui-même y est entré, Il s'est implanté dans cette terre. Le nouveau peuple de Dieu est réellement ancré en Dieu lui-même, qui se fait homme et nous appelle ainsi à être en lui la nouvelle vigne. Il nous appelle à demeurer en Lui.

La joie de l'amour

Quelle est la raison d'être de la vigne ? C'est de donner du fruit, de faire le don précieux du raisin, du bon vin.

Le vin est un symbole, il exprime la joie de l'amour. Le Seigneur s'est choisi un peuple pour répondre à son amour. Cette image de la vigne prend donc le sens de noces. La vigne exprime l'idée que Dieu recherche l'amour de sa créature, il veut entrer dans une relation d'amour, dans une relation sponsale avec le monde à travers le peuple qu'il a élu.

Malheureusement l'histoire de ce peuple de Dieu est une histoire d'infidélités : au lieu de raisin précieux, il ne produit que des petites choses « immangeables ». Au lieu de rester dans la communion de l'amour, l'homme se retire dans son égoïsme, il veut avoir lui-même tout à lui, il veut avoir Dieu pour lui seul, il veut avoir le monde pour lui seul. Dès lors, la vigne est dévastée, le sanglier sort du bois, tous ses ennemis arrivent, et la vigne devient un désert.

La Volonté de Dieu n'est pas celle d'un patron qui veut se faire payer le loyer, qui exige la condamnation de celui qui a tué son Fils. Il ne veut pas d'une vigne qui donne des grappes rouges de sang et amères de larmes, mais des grappes d'amour mûries au soleil de sa vérité et gonflées de la lumière de son amour qui jaillisse du cœur de son Fils. Ce Fils, mort sur la croix, de « pierre écartée par les constructeurs » devient « pierre angulaire », la base de tout.

Que pouvait-il faire de plus, le Seigneur ? Dieu a aimé jusqu'à ce point extrême : Il a tant aimé le monde qu'Il a envoyé son Fils, en le livrant à la mort sur la croix. Comme le dit St Paul : sur la croix, Jésus « m'a aimé et s'est donné totalement pour moi ». Voilà l'œuvre admirable du Seigneur. La résurrection du Christ devient la base et le début de toute vie nouvelle. C'est la revanche de l'amour, sa victoire.

Pour comprendre cette logique divine, nous devons pleurer non pas sur notre infertilité de sarments détachés de la vigne, mais plutôt sur le souvenir de l'amour divin que nous trahissons. Les tendresses de Dieu, ses soins si doux de divin Amoureux, sont la source de notre vraie joie.

Nous le remercions du plus profond de notre cœur lui qui dit : « je suis la vigne et vous êtes les sarments que je rends fertiles » et nous lui demandons humblement de nous accorder la grâce de rester toujours unis à lui dans l'éternel mystère de la mort et de la résurrection, dans l'oblation de notre personne au Père.

Les Vierges consacrées dans le monde ont offert et renouvelé cette oblation de leur personne en « sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu » (Rm 12,1). Elle leur donne de rester soudées au Christ comme des sarments à la vigne et leur relation avec le Christ est le secret de leur fécondité spirituelle.

Ces femmes consacrées dans le monde sont en union avec le Christ, proches de leurs frères et sœurs en humanité. L'humanité est le lieu où Jésus nous envoie pour être comme lui « chez notre Père »2.

Ces femmes sont appelées à témoigner de façon particulière de la richesse des fruits que donne l'union avec Jésus et comme lui, dans la maison du Père, dans sa volonté, dans son dessein salvifique d'amour. En travaillant et en vivant dans le monde, elles sont appelées à vivre et à témoigner de l'harmonie entre la vie intérieure et la vie dans le monde. L'habitude de vivre avec le Seigneur les pousse à aller au-delà de ce qu'elles sont pour s'ouvrir à la dimension de l'amour. Les paroles émouvantes de Jésus : « Demeurez en moi… demeurez en mon amour ! » (Jn 15,7.9), sont la clé pour construire la spiritualité authentique de la femme consacrée : de l'Amour qu'elles reçoivent à l'amour qu'elles donnent.

Avec l'appel à la virginité, le Seigneur ne les enlève à personne : plus croît leur union à Lui, plus croissent les ressources du don de soi à leurs frères, ressources d'un amour qui atteint les personnes même à travers les voies mystérieuses de l'esprit.

L'appartenance à Dieu se transforme toujours en don à notre prochain.

Par ailleurs, la virginité ne prive pas la femme de ses caractéristiques propres d'épouse et de mère. C'est avec un cœur d'épouse que la femme consacrée s'adresse à ses frères. S'il n'en était pas ainsi, il en serait comme d'un sarment détaché de la vigne. Paul dit : « C'est de Dieu que vient notre capacité » (2 Co 3,5).

C'est avec un cœur de mère que la femme consacrée vit la maternité spirituelle sous des formes multiples. Dans sa vie consacrée la femme, selon ses capacités propres, exprime une « sollicitude maternelle à l'égard des êtres humains, spécialement pour les plus démunis, les malades, les personnes handicapées, les abandonnés, les orphelins, les vieillards, les enfants, les jeunes, les prisonniers et d'une façon générale, les personnes marginales. La consacrée retrouve ainsi l'Epoux, différent et unique dans tous et dans chacun, selon Ses propres paroles : « Chaque fois que vous l'avez fait à un de ces plus petits (…), c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25,40). (St Jean-Paul II, Mulieris dignitatem, 21).

Comme pour Marie, la maternité nous vient comme un don et quelque chose de nouveau commence. C'est la réponse de Dieu à un amour gratuit que lui-même a suscité « pour ne pas priver ce monde d'un rayon de la beauté divine qui illumine le chemin de l'existence humaine. » (Exhoratation apostolique Vita Consacrata, 109).

Lecture Patristique

Saint Basile le Grand ( + 379)

Porter du fruit

Homélies sur l'Hexaéméron, 5, 6

(version remaniée de SC 27, 304-307)

Il te suffit de regarder la vigne avec intelligence pour te souvenir de ta nature. Tu te rappelles évidemment la comparaison faite par le Seigneur quand il dit qu'il est lui-même la vigne et son Père, le vigneron. Chacun de nous avons été greffés par la foi sur l'Église, et le Seigneur nous appelle des sarments, il nous exhorte à porter beaucoup de fruits, de peur que notre stérilité ne nous fasse condamner et livrer au feu. Il ne cesse, en toutes occasions, de comparer les âmes humaines à des vignes. Mon bien-aimé avait une vigne, dit-il, sur un coteau, en un lieu fertile (Is 5,1), et: J'ai planté une vigne, je l'ai entourée d'une haie (cf. Mt 21,33). Ce sont évidemment les âmes humaines que Jésus appelle sa vigne, elles qu'il a entourées comme d'une clôture, de la sécurité que donnent ses commandements et de la garde de ses anges, car l'ange du Seigneur campera autour de ceux qui le craignent (Ps 33,8). Ensuite il a planté autour de nous une sorte de palissade en établissant dans l'Église premièrement des Apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement des docteurs.

En outre, par les exemples des saints hommes d'autrefois, il élève nos pensées sans les laisser tomber à terre où elles mériteraient d'être foulées aux pieds. Il veut que les embrassements de la charité, comme les vrilles d'une vigne, nous attachent à notre prochain et nous fassent reposer sur lui afin qu'en gardant constamment notre élan vers le ciel, nous nous élevions comme des vignes grimpantes jusqu'aux plus hautes cimes.

Il nous demande encore de consentir à être sarclés. Or une âme est sarclée quand elle écarte d'elle les soucis du monde qui sont un fardeau pour nos coeurs. Ainsi celui qui écarte de soi l'amour charnel et l'attachement aux richesses, ou qui tient pour détestable et méprisable la passion pour cette misérable gloriole, a, pour ainsi dire, été sarclé, et il respire de nouveau, débarrassé du fardeau inutile des pensées terrestres.

Mais, pour rester dans la ligne de la parabole, il ne nous faut pas produire que du bois, c'est-à-dire vivre avec ostentation, ni rechercher la louange de ceux du dehors: il nous faut porter du fruit en réservant nos oeuvres pour les montrer au vrai vigneron.

1 Il ne faut pas s'étonner de ces agissements qui illustrent avec réalisme une situation fréquente à l'époque de Jésus, et même plus tard, jusqu'aux années 70 environ. Les collines de Galilée constituaient en grande partie des grandes propriétés appartenant à des propriétaires étrangers qui les louaient à des privés ou même à des groupes de fermiers. Ceux-ci devaient, aux termes d'un contrat, donner une partie de la récolte à leur patron qui, vivant au loin, envoyait généralement ses représentants pour l'encaisser. Il arrivait même que, profitant de l'absence du propriétaire, les paysans se révoltent, refusant d'honorer leur contrat ; bien pire, ils pouvaient en arriver à des actes de violence envers les administrateurs envoyés par des personnes puissantes certes, mais trop éloignées d'eux. Dans l'histoire racontée par Jésus, en raison des échecs répétés des administrateurs, le patron en vient à envoyer son propre fils, son héritier, confiant dans son autorité. Mais les vignerons se montrent encore plus agressifs et le tuent. Ici aussi il existe un fond de vérité : selon le droit de l'époque, une propriété dont le propriétaire mourait sans héritier, revenait au premier occupant.

2 Cette expression traduit littéralement le texte grec du verset bien connu de Luc : « Ne savez-vous pas qu'il me faut être chez mon Père ? »


Commentaire des lectures de la solennité de la Sainte Famille Année B - 28 décembre 2014
 1) la Sainte Famille, la vraie famille

La liturgie nous propose de célébrer la Sainte Famille comme modèle pour toutes les familles humaines, pas seulement les chrétiennes. En ce moment de grande crise d'identité des familles, surtout en occident, avec des séparations, des divorces et des cohabitations de tout genre, proposer cette famille singulière de Nazareth à l'attention de nos familles signifie " redécouvrir la vocation et la mission de la famille, de chaque famille. Et, comme c'est arrivé pendant ces trente ans à Nazareth, cela peut nous arriver aussi : faire que l'amour devienne normal et non la haine, faire que l'amour fraternel devienne habituel, non pas l'indifférence ou l' hostilité"( Pape François, Audience générale du 17 décembre 2014).

La Sainte Famille de Nazareth montre ce qui est le début et le centre de chaque vraie famille : Jésus Christ. La famille du Christ était sainte parce qu'elle était la Sienne, parce qu'elle L'accueillit et Le donna au monde. Nos familles sont appelées à faire de même. Si l'on est enraciné en Lui qui a vécu en elle, on peut comprendre et vivre les grands biens que sont le mariage, la famille, le don de la vie. On comprendra aussi le grand danger que représente pour l'homme et pour sa dignité leur dégradation dans les institutions civiles.

Je crois qu'il peut être utile de commencer par l'épisode raconté par Saint Marc, au chapitre 3, là où on dit à Jésus :" voici, ta mère, tes frères et tes sœurs sont là, dehors, qui te cherchent ", ce à quoi Jésus répond :" qui est ma mère et qui sont mes frères?"

Tournant les yeux vers ceux qui étaient assis autour de lui, il dit :" voilà ma mère et mes frères! Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère"(Mc 3,31-35). C'est comme si Jésus Christ disait : " ma famille est toute là. Je n'ai pas d'autre famille. Les liens du sang ne comptent pas s'ils ne sont pas confirmés dans l'esprit. Mes frères sont les pauvres qui pleurent, messœurs sont les femmes qui ont dit oui à l' Amour qui a purifié et élevé l' amour".




Jésus ne méprisait pas sa mère, Saint-Joseph, son père légal, et sa parenté. Il ne reniait pas la mère qui L'a conçu et dont Il était le fruit : il voulait dire qu' il n' appartenait pas seulement à la «petite» Sainte famille de Nazareth, mais à Sa mission de Sauveur de la " grande" famille humaine. Dieu vient reconstruire le vrai sens de la famille humaine, la vocation de chaque homme qui est celle de fils et de frère. Dieu réunit sa famille pour enseigner à être vraiment membres d'une famille, parce qu' il veut nous libérer de la tentation de la solitude. Dieu sait qu'il n'est pas bon pour l'homme d'être seul. Dieu lui-même ne veut pas être seul. C'est la raison pour laquelle il engendre une famille " pour tout le monde" comme chante Siméon.

2) Pélerins à Nazareth

Comme le Pape François l'a récemment proposé à chaque famille, à chaque maman, à chaque papa, à chaque enfant, faisons un pèlerinage spirituel à Nazareth pour remplir notre propre esprit des sublimes vertus de Marie, l'humble servante du Seigneur, de Joseph, l'homme juste, le menuisier, le Gardien de la Sainte Famille et de Jésus, le Fils de Dieu, qui leur était soumis et grandissait en âge, en sagesse et en grâce.

La liturgie d'aujourd'hui nous présente une méditation centrée sur le Christ, qui intéresse particulièrement les familles chrétiennes : il nous présente le mystère de la vie de l'enfant Jésus avec ses parents.

Le passage de l'évangile d'aujourd'hui nous présente un cadre familial qui nous fait particulièrement bien comprendre le mystère du Sauveur. Nous sommes au moment de la présentation du Seigneur au temple; et celui qui attend ce grand événement, c'est Siméon, qui occupe aujourd'hui la scène principale de l'évangile de la Sainte Famille. Le vieux Siméon reconnaît en Jésus le vrai Sauveur, Celui que l'on attend, et il est heureux que le Seigneur lui ait permis de vivre ce jour. C'est l'homme de la gratitude, mais aussi de la prophétie, du courage et de l'absence de toute peur surtout celle de la mort dont il entrevoit dans l'Enfant Jésus le futur vainqueur. Ce Saint Homme de Dieu, qui avait attendu pendant des années la venue du messie, peut quitter la terre heureux, pour rencontrer pour toujours le Seigneur dans l'éternité.

Dans nos familles, il faut éduquer au sens de l'éternel et de la communion. Les enfants grandissent en observant comment vivent les adultes. C' est pourquoi éduquer les enfants signifie les faire participer à la réalité de la communion de leur père et de leur mère qui leur ont donné la vie. Éduquer les enfants signifie les introduire dans la vie en leur apprenant la gratitude.

 3) Un protagoniste oublié

La Sainte Famille n'était pas une famille sans problèmes. Marie et Joseph ont partagé la condition de ce fils déconcertant, le suivant pas à pas dans la révélation de son mystère. C'est pour toute leur disponibilité qu'ils méritent notre admiration. Il n'est pas simple de devoir veiller sur le Fils de Dieu, de fuir en Egypte, de rentrer dans sa patrie et de vivre à Nazareth, un village de banlieue pour les Juifs, de voir grandir Jésus en sagesse et en grâce alors qu'il menait une vie ordinaire etsans manifestations exceptionnelles jusqu' à l' âge 30 ans.

Nous voudrions en savoir davantage sur la vie de cette famille extraordinaire; dans le fond, saint Luc en dit assez pour nous permettre d'en tracer la physionomie. Même si elle est extraordinaire sous bien des aspects, c'est une famille comme toutes les autres, avec ses joies, ses peines, ses secrets : elle mène une vie de foi, elle éprouve la joie de voir naître et grandir un enfant sain et fort, elle est touchée par des prophéties qui annoncent un avenir difficile. Dans toutes les familles, les années ne s'écoulent pas toujours tranquillement; tôt ou tard surgissent les problèmes, les souffrances, les préoccupations, d'autant plus douloureuses qu'elles viennent d'un manque d'amour. La Famille de Nazareth a affronté les joies et les difficultés de la vie sous la conduite et la protection de Saint Joseph.

Il est important de comprendre la grandeur de cet homme unique qu' était l' époux de Marie et que l'on a souvent réduit au rôle de pourvoyeur de biens matériels, comme si, dans la Sainte Famille , il n'avait eu comme fonction " extérieure " que celle de l'homme à qui on confie les tâches sans importance et qui n' exigent pas les plus grandes vertus. En effet, si l'on se met dans la situation dans laquelle se trouvait Marie lorsqu' elle portait en son sein la vie naissante du Fils de Dieu, si on la considère d'un point de vue légal, cette situation est choquante pour Joseph, parce que, d'un point de vue humain et légal, sa fiancée aurait dû être punie comme adultère et donc lapidée.

Comment Joseph a-t-il pu admettre que Marie fût innocente? Or lui n'a eu aucun doute. Son amour pour la Vierge n'a pas été blessé. Il a voulu protéger sa réputation, aussi pour ne lui faire courir aucun risque vital. Joseph croit fermement à l'Ange et prend avec lui Marie, pour qu'elle ne coure plus aucun risque. Elle et son enfant ont besoin de lui, Joseph, qui, par amour sponsal accepte de rester vierge lui aussi pour que Celui qui est en Marie par l'opération de l'Esprit Saint, naisse, grandisse et sauve le monde. L'annonce de l'Ange : " N'aie pas peur de prendre Marie comme épouse" est le sceau de Dieu pour ce mariage unique, au cœur de l'amour humain leplus profond, le plus authentique, le plus divin. Et bien, un homme capable d'une telle grandeur appartient à la race des géants, des saints. Joseph accepte de vivre virginalement son amour pour ne pas infliger la moindre blessure à sa bienaimée. Le mariage de Marie et Joseph a permis au Christ d'entrer dans le monde honorablement, il a permis au Christ de vivre la vie cachée de Nazareth bien protégé, en grandissant en grâce et sagesse. A Nazareth, Joseph, Marie et Jésus ont vécu héroïquement leur vie quotidienne afin que l'héroïque se fasse quotidien et que nous puissions, nous aussi, les imiter dans notre quotidien.

Joseph s'est engagé tout entier dans son œuvre de rédemption du Fils de Marie : il a donné à Dieu toute la tendresse et tout son cœur, en sacrifiant son amour.

Que l'on soit parents par le mariage ou que l'on soit père et mère spirituellement, l'exemple de la Sainte Famille nous demande d'être prêts au sacrifice qui rendra la vie vraie.

Je prie Saint-Joseph, qui est le gardien et le protecteur des Vierges, comme le fut Marie, qu'il obtienne pour les vierges consacrées dans le monde de savoir faire fructifier les richesses de leur cœur pour qu'elles persévèrent dans la vie de la sainteté par le don total de soi au Seigneur quinous aime d'un amour infini, patient et tendre.(cf rituel de consécration des vierges, n° 24 : L'évêque prie : C'est en effet, ton Esprit Saint qui suscite au milieu de ton peuple des hommes et des femmes conscients de la grandeur et de la sainteté du mariage , et capables pourtant de renoncer à cet état afin de s'attacher dès maintenant, à la réalité qu'il préfigure : l'union du Christ et de l'Église….Elles ont choisi d'aimer Celui qui est l'Epoux de l'Église et le Fils de la Vierge Mère).


Lecture Patristique

Saint Augustin, Eveque

Sermon 51, 17-19
Observez dans quelles circonstances. Notre-Seigneur était âgé de douze ans, de douze ans comme homme; car en tant que Dieu il est au dessus et en dehors de tous les temps; et il resta séparé d'eux dans le temple, discutant avec les docteurs qui admiraient sa doctrine. Au sortir de Jérusalem ses parents le cherchèrent dans leur compagnie, c'est-à-dire parmi ceux qui marchaient avec eux ; et ne le trouvant point, ils rentrèrent tout alarmés dans Jérusalem, et le trouvèrent discutant dans le temple avec les anciens, quoiqu'il ne fût, comme j'ai dit, âgé que de douze ans. Qui pourrait néanmoins s'en étonner? Le Verbe de Dieu ne garde jamais le silence, quoiqu'on ne l'entende pas toujours. On le découvre donc dans le temple et sa mère lui dit : « Pourquoi avez-vous agi de la sorte envers nous? Votre père et moi nous vous «cherchions dans l'affliction. — Ignoriez-vous, reprit-il, que je dois être occupé des intérêts de mon Père (1) ? » Il répondit ainsi comme étant le Fils de Dieu et dans le temple de Dieu. Ce temple en effet n'était par le temple de Joseph, mais le temple de Dieu.

Donc, objectera quelqu'un, il ne dit point qu'il était le fils de Joseph. — Écoutez avec un peu plus de patience; mes frères, car nous avons peu de temps et il faut achever ce discours. Marie ayant dit : « Votre père et moi nous vous cherchions dans l'affliction, » il répliqua : « Ignoriez-vous que je dois être occupé des affaires de mon Père ? » Il ne voulait pas laisser croire que tout en étant leur fils il n'était pas en même temps le Fils de Dieu; car il est et il est toujours le Fils de Dieu, créateur de ses parents mêmes. Mais fils de l'homme dans le temps et né miraculeusement d'une vierge, il avait néanmoins un père et une mère. Comment le prouver ? Marie l'a déjà dit: « Votre père et moi nous vous cherchions dans l'affliction. »

En vue surtout de l'instruction des femmes, de nos sueurs, ne passons point sous silence, mes frères, cette sainte modestie de la Vierge Marie. Elle avait donné le jour au Christ, un ange était venu vers elle et lui avait dit : « Tu vas concevoir dans ton sein et tu enfanteras un fils. Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-Haut (2). » Elle avait mérité de donner le jour au Fils du Très-Haut, et elle était si humble! Même en se nommant elle ne se préférait pas à son mari, elle ne disait pas : moi et votre père, mais : « votre père et moi. » Elle ne considère point sa dignité de mère, mais l'ordre du mariage. Ah! Jésus-Christ est trop humble pour avoir enseigné l'orgueil à sa mère. « Votre père et moi nous vous cherchions dans les larmes. — Votre père, et moi » ensuite; car l'homme est le chef de la femme (3). Combien moins doivent s'enorgueillir les autres femmes! Si ce nom a été donné à Marie, ce n'est point qu'elle ait perdu sa virginité, c'est pour suivre l'usage de sa nation. L'Apôtre a dit de Jésus-Christ Notre-Seigneur qu' « il est né d'une femme (4); » mais sans se mettre en contradiction avec notre foi, qui professe hautement qu'il est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie, car elle conçut Vierge, Vierge elle enfanta et elle demeura Vierge. La langue hébraïque, en effet, donne le nom de femme à toutes les personnes du sexe. En voici une preuve manifeste; c'est que la première femme, tirée par Dieu du côté d'Adam, portait ce nom avant de s'unir avec l'homme, ce qui n'arriva qu'après leur expulsion du paradis. L'Écriture dit expressément : « Dieu en forma la femme (5). »

Ainsi donc, lorsqu'en répondant : « Je devais m'occuper des affaires de mon Père, » Jésus-Christ Notre-Seigneur indique que Dieu est son Père, il ne nie pas que Joseph le soit aussi.

1. Luc, II, 42, 49.

2. Luc, I, 31, 32. 

3. Ephée. V, 23.

4. Galat. IV, 4.

5. Gen. II, 22.

suivant