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Commentaire des lectures de la messe du Xème dimanche du temps ordinaire - Année C - dimanche 5 juin 2016
1er Livre des Rois 17, 17-24; psaume 29; épître de saint Paul aux Galates 1, 11-19; évangile de Luc 7, 11-17
La compassion fait des miracles
1°) La mort est un sommeil dont la compassion du Christ nous réveille.

« Notre ami Lazare s’est endormi, mais je vais le réveiller. » (Jn 11, 11) – ainsi Jésus parle-t-il à ses disciples, en exprimant avec la métaphore du sommeil le point de vue de Dieu sur la mort physique.

Dieu la voit justement comme un sommeil dont on peut se réveiller. Le Fils de Dieu a démontré un pouvoir absolu à l’égard de la mort.

Cela se voit dans l’Évangile de Marc (5, 35-43) qui raconte la résurrection d’une jeune fille de 12 ans. Le Messie dit d’elle : « Elle n’est pas morte mais elle dort » (Mc 5, 39) et ceux qui étaient présents se moquèrent de lui pour cette phrase humainement absurde. Avec la troisième résurrection, celle du fils de la veuve de Naim, proposée par l’Évangile d’aujourd’hui (Lc 7, 11-17), le Christ nous enseigne non seulement que la mort du corps est un sommeil mais aussi que Dieu peut nous réveiller de ce sommeil à n’importe quel moment, ce qui est humainement impensable.

Dans chacun de ces trois « cas », on voit que la Seigneurie de Jésus sur la mort ne lui interdit pas d’éprouver une compassion sincère pour la douleur du détachement physique. « Le cœur du Rédempteur est divin et humain : en Lui Dieu et l’Homme se sont parfaitement rencontrés, sans séparation et sans confusion. » (Benoît XVI) Il est l’incarnation du Dieu qui est amour, la miséricorde du Dieu qui est Vie. « Mais la miséricorde de Jésus n’est pas seulement un sentiment, c’est une force qui donne la vie, qui ressuscite l’homme ! L’Évangile d’aujourd’hui nous le dit aussi, à travers l’épisode de la veuve de Naim. » (Pape François) Pour cela le Pape François enseigne que « la compassion est l’amour de Dieu pour l’homme, sa miséricorde, c’est à dire l’attitude de Dieu devant notre misère humaine, notre indigence, notre souffrance, notre angoisse. Le terme biblique de compassion rappelle les entrailles maternelles : la mère en effet éprouve une réaction bien à elle face à la douleur de ses enfants. » Et le fruit de cette compassion miséricordieuse est la Vie. Pour cela Jésus dit à la mère qui est veuve : « Ne pleure pas ! » et puis il appela le jeune homme mort et le réveilla comme d’un sommeil. (Cf. Lc 7, 13-15)

Ce qui me frappe le plus dans l’Évangile de ce dimanche, ce n’est pas tant le miracle de la résurrection d’un mort que le geste de profonde humanité que Jésus accomplit en se rapprochant avec une vraie et sincère compassion de cette veuve qui pleure son fils mort. Jésus est extraordinaire dans cette compassion (com – pâtir c’est à dire souffrir avec, éprouver la même douleur) qui le pousse à faire ce qui est en son pouvoir.

Nous n’avons pas ce pouvoir de ressusciter les morts, seulement Dieu peut le faire, mais nous pouvons avoir la même capacité de Jésus de compatir et de ne pas rester aveugle devant la pauvreté et la souffrance que nous rencontrons sur notre route. Il suffit d’accomplir avec compassion les œuvres de miséricorde à travers de petits gestes ordinaires. Par ces œuvres, nous pouvons rendre « miraculeuse » notre humanité, en la rendant «icône » (image) du Christ, vrai Dieu et vrai homme.

Si nous n’agissons pas à l’image du Christ, nous ne saurons jamais aimer. Jésus, le Seigneur de la vie, n’est pas seulement à admirer mais aussi à imiter.

Si nous pensions comme certains que conserver un cœur pur, digne de Dieu, signifie ne pas le mêler, ne pas le contaminer avec des affections humaines, alors la conséquence logique serait de se rendre insensible à la douleur des autres. Nous serions alors seulement capables d’une charité officielle, aride, sans âme mais non de la vraie charité du Christ, qui est affection et chaleur humaine.

2°) Des paroles qui surprennent.

Jésus surprenait quand il allait manger avec les pécheurs, quand il s’entretenait avec les enfants, quand il parlait avec les femmes et avec ceux qui étaient considérés comme loin de Dieu. Jésus surprend encore dans ce « com-pâtir » avec cette pauvre veuve qui a aussi perdu son fils. Il étonne aussi et surtout parce qu’il ose dire à cette femme : « Ne pleure pas. » Les pleurs de cette femme étaient provoqués par la douleur de la perte de son fils et à ce moment-là, pour elle, la douleur s’opposait à l’espérance. Pourtant le Christ, avant de ressusciter son fils, lui dit : « Ne pleure pas. » De mémoire d’homme, dans l’histoire de l’humanité, jamais personne n’a manifesté son émotion, sa tendresse compatissante en s’adressant à une personne seule parce que veuve et abandonnée par la mort de son fils unique en lui disant cette parole de consolation : « Femme, ne pleure pas. » Paroles qui non seulement sèchent les larmes mais qui les arrêtent aussi parce que prononcées par Celui qui est la Vie et qui donne la vie.

Trois paroles prononcées par Celui seul qui pouvait les prononcer en vérité. Par Celui seul qui pouvait vraiment rendre l’espérance à la douleur apparemment sans espérance, à la douleur de celui qui n’attend plus rien de bon de la vie. En outre, il ne faut pas oublier que la compassion du Christ est gratuite, non seulement parce que la mère veuve ne lui a rien demandé, mais aussi elle ne lui a rien demandé parce qu’aucune personne humaine ne peut mériter un tel miracle.

Grâce à cette intervention gratuite du Messie, le cortège funèbre se jette ainsi dans le cortège joyeux qui accompagne le Christ : les deux cortèges se fondent en une seule procession, en un fleuve d’eau de vie. L’affluent qui était destiné à mourir dans un marécage, conflue en un fleuve d’eau vive qui conduit à l’embouchure de la Vie.

Pour donner la vie, le Christ vainc la mort afin que tous ceux qui s’aiment restent proches et s’aiment dans son amour compatissant.

Il est la Vie revêtue de Miséricorde.

Il est la Vie qui se donne à nous sans réserve pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance.

Il est la Vie qu’aucune tombe ne peut retenir en elle. Il est la Vie qui annonce la Vérité qui libère, même de la mort. Il est la Vie qui ouvre devant nous des horizons infinis.

Il nous répète aujourd’hui ce qu’il a dit au jeune homme mort : « Lève-toi. »

« Lève-toi », la parole qui aujourd’hui arrive à notre cœur est celle-la même que Dieu a utilisée pour la création de l’homme et que Dieu a souvent répété par la suite dans la Bible non seulement pour soigner mais surtout pour appeler à Lui, pour que nous puissions vivre en communion avec Lui, parce que la vie qu’il donne est vocation de communion avec Lui et avec Ses frères et sœurs en humanité.

Aux vierges consacrées dans le monde, Jésus virginal dit : « Lève-toi ma bien-aimé, ma belle, et viens vite ! O ma colombe, au creux d’un rocher, au plus caché d’une falaise, fais-moi voir ton visage, fais-moi entendre ta voix ; car ta voix est douce et ton visage charmant. » Et la Vierge consacrée peut répondre toujours avec le Cantique des Cantiques : « Mon bien-aimé est à moi et je suis à lui ; pose-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras ; car l’amour est fort comme la mort : ses traits sont des traits de feu, une flamme divine ! Les grandes eaux ne pourront éteindre l’amour, ni les fleuves le submerger. Qui offrirait toutes les richesses de sa maison pour acheter l’amour ne recueillerait que mépris. » (Ct 2, 8-18.14.16a ; 8, 6-7a)

Au Christ époux qui les appelle en les invitant à se lever, les vierges consacrées se lèvent dans la foi, se pressent dans l’offrande, ouvrent leur cœur dans une adhésion complète et un abandon total.

L’amoureuse initiative du Christ réclame une réponse libre des personnes appelées. Une réponse positive qui présuppose toujours un consentement et une adhésion au projet que Dieu a pour chacune d’elles (mais cela vaut aussi pour chacun de nous). La réponse des vierges consacrées dans le monde témoigne que l’initiative d’amour du Seigneur doit être accueillie dans une attitude nuptiale et exclusive et c’est aussi un hommage reconnaissant à Dieu et une totale collaboration au plan de salut qu’Il poursuit dans l’histoire. (cf CEC n.2062.)

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)

Sermon 98, 1-3 (PL 38, 591-592)

Les miracles de notre Seigneur et Sauveur, Jésus Christ, font certainement impression sur tous les croyants qui les entendent raconter. Mais cette impression n’est pas la même pour tous. Les uns s’extasient devant ses miracles matériels, mais n’ont pas l’intelligence d’autres miracles plus grands encore. Les autres s’émerveillent bien davantage de voir s’accomplir aujourd’hui dans les âmes les miracles que le Christ a opérés dans les corps.

Que personne donc, s’il est chrétien, ne doute qu’aujourd’hui encore des morts ressuscitent. Tout homme, il est vrai, a des yeux qui lui permettent de voir un mort ressusciter, comme le fils de la veuve, dont parle l’évangile qui vient d’être lu. Quant à voir ressusciter des hommes morts spirituellement, tous n’en sont pas capables. Seuls le peuvent ceux qui sont déjà eux-mêmes ressuscites spirituellement. Ressusciter quelqu’un pour la vie éternelle est un miracle plus grand que de ressusciter quelqu’un qui est destiné à mourir une seconde fois.

La veuve, mère de ce jeune homme, s’est réjouie de sa résurrection. L’Église, notre mère, se réjouit de voir chaque jour des hommes ressusciter spirituellement. Lui, il était mort de la mort du corps; eux, de la mort de l’âme. Sa mort visible avait donné lieu à des lamentations publiques, puisque leur mort invisible n’a attiré ni l’attention ni les regards des hommes. Le seul à se soucier d’eux était celui qui les savait morts, et le seul qui les savait morts était celui qui pouvait leur rendre la vie.

Oui, vraiment, si le Seigneur n’était pas venu ressusciter les morts, l’Apôtre n’aurait pas pu dire: Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera (Ep 5,14).

Quand tu l’entends dire: Réveille-toi, ô toi qui dors, tu penses que quelqu’un est en train de dormir. Mais les mots suivants: Relève-toi d’entre les morts te font comprendre qu’il s’agit bien d’un mort. Des morts visibles aussi, on dit souvent qu’ils dorment. De toute évidence, ils dorment tous pour celui qui a le pouvoir de les réveiller.

Pour toi, un mort est réellement mort: tu as beau le secouer à ton gré, le pincer, mettre son corps en pièces, il ne se réveillera pas. Mais pour le Christ qui a dit au jeune homme: Lève-toi (Lc 7,17), celui-ci était en train de dormir, et il s’est levé aussitôt. Il est plus facile au Christ de faire lever un mort de sa tombe qu’à quiconque de réveiller un homme dans son lit.

En vérité, notre Seigneur Jésus Christ voulait que ses actions visibles soient également comprises dans leur sens spirituel. Or il n’opérait pas de miracles pour faire des miracles seulement, mais pour que ses oeuvres soient un sujet d’admiration pour ceux qui les voyaient, et une source de vérité pour ceux qui les comprenaient. Prenons un exemple. Celui qui voit dans un livre des lettres d’une belle écriture, mais ne sait pas lire, peut bien admirer la beauté des caractères et louer la dextérité du copiste: il ne sait pas ce que ces lettres signifient ni ce qu’elles représentent. Ainsi, il loue ce que voient ses yeux, mais son esprit ne saisit rien. Un autre, en revanche, loue l’habileté du scribe et comprend le sens des mots. Il voit, bien sûr, le texte que tous peuvent voir, mais en outre il peut le lire: ce qui est impossible au premier, qui ne l’a pas appris.

De même, parmi ceux qui ont vu les miracles du Christ, les uns n’ont pas compris ce qu’ils signifiaient, ni ce qu’ils enseignaient, d’une certaine manière, à ceux qui en avaient l’intelligence; ils n’ont fait qu’admirer de simples faits matériels. Les autres sont tombés en admiration devant ces prodiges et ont compris en outre ce qu’ils signifiaient. A l’école du Christ, nous devons leur ressembler.

 


Commentaire des lectures de la messe du XIème dimanche du temps ordinaire - Année C - dimanche 12 juin 2016
2e livre de Samuel 12, 7 – 10, 13 ; Psaume 31 ; épître de saint Paul aux Galates 2, 16.19-21 ; évangile de Luc 7, 36 – 8, 3
La logique du pardon
1) Une rencontre bouleversante.

Dans l’Évangile de ce XIème dimanche du Temps ordinaire, Saint Luc raconte l’épisode de l’invitation faite à Jésus par un pharisien à prendre un repas chez lui où arrive une pécheresse notoire. Elle n’est pas invitée et « ose » laver les pieds de Jésus avec des larmes et du parfum. Pour bien comprendre l’épisode, il faut se souvenir de « certaines habitudes » d’alors. Lorsqu’un riche accueillait un invité à sa propre table, il appelait tout d’abord un serviteur pour laver les pieds de l’invité car les sandales ne protégeaient pas de la poussière de la rue. Ensuite il l’embrassait et lui versait quelques gouttes d’huile parfumée sur la tête. De plus, il faut savoir que le banquet était public : tout le monde pouvait entrer et regarder.

Mettons-nous à la place d’un curieux qui entre ce jour-là dans la maison du pharisien Simon qui avait invité Jésus qui était désormais célèbre. Peut-être, comme Simon le pharisien, ce n’est pas l’admiration qui nous fait nous mouvoir vers Messie mais le désir d’ « étudier » de plus près cet homme considéré par beaucoup de gens comme un prophète, c’est-à-dire un envoyé de Dieu. Mais, pendant le banquet, une femme entra dans la salle de façon inattendue (or, en ce temps-là, seuls les hommes participaient à ce type de repas) ; et elle était avant tout connue comme une pécheresse (ainsi que l’Evangéliste l’appelle). Cette femme se jeta en larmes aux pieds du Christ. Jésus la laissa faire : il s’adressa ensuite au maître de la maison à qui il avait déjà lu dans ses pensées (« si celui-ci était un prophète, il pourrait savoir quel type de femme elle est et il ne lui permettrait pas de le toucher »). Il lui dit alors: « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante. Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait les lui rembourser, il en fit grâce à tous deux. Lequel des deux l’aimera davantage ? » Simon répondit : « Je suppose que c’est celui à qui on a fait grâce de la plus grande dette. – Tu as raison », lui dit Jésus ». (Lc 7,40-43).

Simon su donner la réponse juste au Christ mais c’est seulement la curiosité qui l’attirait. La pécheresse, sans nom, car elle nous représente tous, était attirée par le regard et les paroles de miséricorde qui émanaient du cœur de Jésus et qui illuminaient son esprit et réchauffaient son cœur. Le Rédempteur lui donnait la Paix, le Bien et la Joie qu’elle cherchait ; avant tout, elle pleura de douleur, et ensuite, de la joie du pardon.

Les larmes de cette femme furent comme l’eau du baptême, dans laquelle la pécheresse mourut et la créature nouvelle naquit. Elle présenta sa douleur au Christ qui la confirma dans son amour. L’amour naît du pardon et le pardon fait croître l’amour.

La rencontre avec le Christ bouleversa positivement la vie de cette pécheresse, ce qui peut également nous arriver si nous présentons notre douleur au Christ.

2) Une rencontre déconcertante, mais salvifique.

Je crois que si nous aussi, nous voulons être bouleversés par le pardon du Christ, nous devons avant tout nous laisser déconcerter par cet épisode sur lequel nous sommes en train de réfléchir. Nous l’avons écouté tant de fois et tout nous semble normal et évident. En effet, la façon dont cette femme manifeste sa douleur et son amour est déconcertante. Si le seul fait de délier ses cheveux devant des hommes était indécent jusqu’ à en mériter le divorce, selon certains textes rabbiniques, nous réussissons à comprendre combien le fait que Jésus se laissât laver les pieds par une femme qui en plus était une pécheresse connue, fut totalement déconcertant pour les personnes présentes. Jésus accepta tranquillement ces gestes, devant un public scandalisé. Ce que le pharisien et les autres invités considéraient comme un geste d’impureté légale analogue à celui de toucher un porc ou un cadavre, était considéré par Jésus comme un geste d’accueil, de communion avec l’humanité pécheresse : le salut accordé comme don de grâce.

Certes ce don inépuisable exige une réponse. Mais la réponse vient après, elle n’est pas la première parole, seulement la deuxième.

En effet, le salut vient de l’amour que Jésus nourrit pour nous et qui le pousse à donner sa vie pour nous. Le salut ne peut pas venir d’un devoir, le cas échéant les devoirs sont la réponse au fait que nous avons fait une rencontre dans notre vie, qu’une relation est née entre nous et Jésus et qu’à partir de ce moment-là, notre comportement a changé. Les paroles de Jésus à Simon, son invité pharisien qui en réalité ne L’a jamais vraiment accueilli, même s’il l’a fait entrer chez lui, sont en effet un appel à la primauté de la relation.

Et, qu’est-ce-qui arrive à travers cette relation créée par l’amour? Jésus le dit clairement : le pardon.

3) Relation avec le Christ.

Le pardon permet d’avoir une relation de communion avec le Christ. En effet, à quoi sert de prier (le verbe grec est traduit par « inviter » mais il signifie « prier ») Jésus de vouloir partager notre table si notre cœur est loin comme l’était celui de Siméon.

Ce pharisien s’arrête au seuil d’un vrai rapport de communion et reste prisonnier de sa justice d’homme qui se considère comme une bonne personne. Il se considère être sans péchés, donc les larmes ne coulent pas sur son visage. Il juge, en s’appuyant sur ses propres connaissances des Ecritures, guidé seulement par ses critères, ceux fondés sur des règles et des « préceptes d’hommes » qui ont la prétention de corriger ceux de Dieu. Simon reçoit le cadeau d’être à table avec Jésus, mais c’est une présence formelle avec un comportement de supériorité et suffisance qui lui font oublier les règles élémentaires de l’accueil. Il croit accomplir la loi et ses préceptes, mais il oublie l’essentiel qui est l’accueil d’un invité, avec les rites que tous les Juifs avaient l’habitude de faire envers les invités. Il n’a pas eu aucune attention envers le Christ, même pas le minimum.

Le comportement de la pécheresse de cette ville est bien différent et plus vrai. Elle savait qu’elle ne pouvait pas s’approcher de Jésus, « donc elle s’approcha pas à la tête mais aux pieds du Seigneur; elle qui avait suivi la route du vice, cherchait à suivre les traces laissées par les pieds saints du Seigneur. Elle commença à verser des larmes, qui sont comme le sang du cœur. Elle lava les pieds du Seigneur avec l’humble confession des propres péchés » (S. Augustin). Et du fond de sa douleur et de sa repentance, sa foi -le chemin qui l’avait conduite jusqu’ aux pieds de Jésus comme aux fonts baptismaux avec l’espoir que l’impossible d’une vie nouvelle puisse devenir possible- la poussa à se mettre à genoux devant Lui.

Jésus sait parfaitement « qui et quelle sorte de femme est celle qui est en train de Le toucher : c’est une pécheresse, comme Simon, mais à la différence de celui-ci, elle Le « touche » par amour : elle Le touche pour Lui livrer son péché. Elle le sait. Elle connait son indignité absolue. Ses péchés sont là, évidents, entre ses mains. C’est une douleur aigüe, qui lui transperce le cœur, une angoisse mortelle. Cette femme a touché la mort, maintenant elle touche la Vie.

4) Hospitalité du cœur.

La vraie hospitalité ne fut pas celle offerte à Jésus par Simon mais celle offerte par la pécheresse à Jésus et, donc par nous tous. Elle fut et est l’hospitalité du cœur. Elle naquit et naît de l’amour. Ce n’est pas un fait extérieur, de comportements mais de choix intérieurs dictés par l’amour. Les paroles de Siméon ouvrirent formellement la porte de sa maison au Sauveur, mais les larmes de cette femme pécheresse ouvrirent la porte du cœur.

Cette fois aussi, c’est Jésus qui prend l’initiative parce que l’amour de celui qui est pardonné vient après. Il est la réponse reconnaissante, il est le fruit de ce pardon offert de façon prévenante. Jésus nous pardonne et lorsque nous nous en apercevons, nous apprenons à l’aimer, à travers nos larmes de repentis. « Celui auquel on pardonne peu, aime peu » dit Jésus en bien indiquant l’ordre : en premier le pardon, ensuite la réponse d’amour.

Se souvenir de combien nous avons été pardonnés, nous aide à beaucoup aimer Jésus et à le suivre dans les larmes de notre repentir et la joie du cœur.

5) Un enseignement pour et par les Vierges consacrées dans le monde.

La vie de cette femme publique et pécheresse changea parce qu’elle se mit à genoux aux pieds de Jésus, en expérimentant le pardon et « la paix » dans laquelle « marcher » dans la vie nouvelle. Ce chemin de libération ne doit pas être uniquement fait pour passer du mal au bien mais pour persévérer jusqu’aux pieds du Christ sur la croix et dans le jardin où se trouvait le sépulcre et où, première parmi les croyants, Madeleine (rien n’interdit de penser que cette femme sans nom soit Marie Madeleine) rencontra le Seigneur ressuscité qui l’appela par son nom : Marie.

Une façon importante de persévérer aux pieds du Christ est celle des vierges consacrées dans le monde. Leur chasteté permet à ces femmes d’embrasser les pieds du Christ de manière sainte. Le verbe grec (katafileo) correspondant à ce baiser nous dit qu’il ne s’agit pas d’un baiser de courtoisie pour saluer ni d’un baiser passionné des amoureux ni celui du père poussé par le sang commun vers son fils. Le verbe grec katafileo (embrasser) dénote une dévotion sincère ou authentique (7,38.45; 15, 20 ; Act 20, 37). Ce verbe grec est utilisé aussi dans la parabole du père miséricordieux qui pardonne au fils perdu. C’est un baiser tendre de pardon. C’est le baiser d’un amour qui excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout: c’est le baiser d’un amour qui ne passe pas parce que c’est un amour éternel et divin. C’est l’amour de Dieu qui nous cherche, nous pardonne, et nous remplit de grâce et de joie.

La vie des vierges témoigne qu’en se donnant complètement à Dieu, (cf. rituel de consécration des vierges n° 24 : Regarde Seigneur, notre sœur : en réponse à ton appel, elle se donne tout entière à toi ; elle a remis entre tes mains sa décision de garder la chasteté et de se consacrer à toi pour toujours), on peut aimer le prochain de façon sincère et authentique en lui communiquant le pardon divin avec la pratique constante des œuvres de miséricorde.

Nous aussi aujourd’hui nous pouvons verser les larmes sur Jésus en le suppliant d’accorder la charité qui peut transformer notre amour limité en repentir au don et pardon qui dépasse le seuil de la mort et du péché : ce sont nos larmes sur les pieds du frère et de la sœur, parce qu’en chacun le Christ est vivant.

La virginité nous rend libre pour aimer d’un amour pur sans échange et nous fait livrer à l’autre gratuitement et sans mesure.

Lecture Patristique

Homélie d’un auteur syriaque anonyme (6e siècle)

Homélies anonymes sur la pécheresse, 1, 4.5.19 26.28

L’amour de Dieu, sorti à la recherche des pécheurs, nous est proclamé par une femme pécheresse. Car en appelant celle-ci, c’est notre race tout entière que le Christ invitait à l’amour; et en sa personne, ce sont tous les pécheurs qu’il attirait à son pardon. Il parlait à elle seule; mais il conviait à sa grâce la création tout entière. Personne d’autre ne l’a persuadé de lui donner la main pour qu’elle vienne au pardon. Seul son amour pour celle qu’il a modelée l’a persuadé, et sa grâce l’a prié pour l’oeuvre de ses mains.

Qui ne serait touché par la miséricorde du Christ, lui qui, pour sauver une pécheresse, accepta l’invitation d’un pharisien? A cause de celle qui est affamée de pardon, il veut lui-même avoir faim de la table de Simon le pharisien, alors que, sous l’apparence d’une table de pain, il avait préparé à la pécheresse une table de repentance.

Le pasteur est descendu du ciel vers la brebis perdue, pour reprendre, dans la maison de Simon, celle qu’avait enlevée le loup rusé. Chez Simon le pharisien, il a trouvé celle qu’il cherchait.

Quand elle voyait les pieds de Jésus, la pécheresse les regardait comme le symbole de son incarnation, et quand elle les saisissait, elle croyait saisir son Dieu pour ainsi dire au niveau de sa nature corporelle. Par ses paroles, elle le priait comme son Créateur. Car il est clair que ses paroles, quoique non écrites, se laissent deviner par ses gestes. Celle qui, de ses larmes, baigne les pieds de Jésus, les essuie avec ses cheveux, verse sur eux un parfum de grand prix, ne peut que dire des paroles correspondant à ses actes. C’est une prière qu’elle présente au Dieu fait chair: en lui apportant son humilité, elle témoigne de sa confiance en lui. Et par le dialogue qu’ils ont entre eux, elle apporte la preuve qu’il est réellement homme.

Telles furent donc les paroles adressées à Jésus par la pécheresse, quand elle se tenait à ses pieds. Lui, dans sa patience, les écoutait, et il proclamait par son silence la constance d e la femme. Par sa patience, il proclamait l’endurance de cette femme, et par sa bienveillance il approuvait son audace. Il montrait que c’était justice qu’elle obtienne de lui le pardon devant tous les invités. Il ne parla pas aussitôt, et, quand il parla, il ne dit qu’une parole. Mais, par cette parole, il détruisit les péchés, supprima les fautes, chassa l’iniquité, accorda le pardon, extirpa le péché, fit germer la justice. Son pardon apparut soudainement au-dedans de son âme et en chassa les ténèbres du péché: elle fut guérie, elle reprit sens et, avec la santé, recouvra la force. Car c’est ainsi que Jésus a coutume d’accorder ses dons: en plénitude. Il le fait aisément puisqu’il est le Dieu de l’univers.

Afin qu’il en soit ainsi pour toi, prends conscience que ton péché est grand, mais que désespérer de ton pardon, parce que ton péché te semble trop grand, c’est blasphémer contre Dieu et te faire du tort à toi-même. Car s’il a promis de pardonner tes péchés quel que soit leur nombre, vas-tu lui dire que tu ne peux pas le croire et lui déclarer: « Mon péché est trop grand pour que tu le pardonnes. Tu ne peux pas me guérir de mes maladies »? Là, arrête-toi et crie avec le prophète: J’ai péché contre toi, Seigneur (2S 12,13). Aussitôt il te répondra: « Moi, j’ai passé par-dessus ta faute; tu ne mourras pas. » A lui, la gloire par nous tous, dans les siècles. Amen.

 


Commentaire des lectures de la messe du XIIème dimanche du temps ordinaire - Année C - dimanche 19 juin 2016
livre du prophète Zacharie 12,10-11; 13,1; Psaume 62; épître de saint Paul aux Galates 3,26-29; évangile de Luc 9,18-24
Prier pour comprendre
1) Un événement ecclésial survenu dans un endroit « spirituel » : la prière.

Dans l’évangile d’aujourd’hui Jésus demande à ses disciples ce qu’ils pensent de Lui puis, après leur réponse, leur demande: « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? ». En son nom et celui de ses amis, Pierre répond: « Le Christ, le messie de Dieu » (Lc 9,20), car il a senti que Jésus, le Fils de l’homme, le Serviteur du Seigneur triomphe du mal parce qu’il n’en fait pas et le prend sur lui sans le décharger sur les autres. Jésus est le rédempteur. En Lui Dieu, qui est amour, s’est fait homme. Son sacrifice a racheté l’humanité, l’a délivrée de l’esclavage du mal, lui apportant une espérance raisonnable.

Quelle est la signification de cet échange? Pourquoi Jésus veut-il savoir ce que ses disciples pensent de lui? Le rédempteur veut que les disciples voient ce qui se cache au fond de leur esprit et de leur cœur et expriment leurs convictions. En même temps, Il sait que leur jugement ne sera pas seulement le leur, car sortira d’eux ce que Dieu a versé dans leur cœur par la grâce de la foi.

Ce dialogue révèle le mystère du début et de la maturation de la foi. Il y a d’abord la grâce de la révélation: Dieu amour se concède à l’homme et l’appelle à devenir Son ami. Puis arrive la demande de donner une réponse à cette vocation. Et enfin, la réponse de l’homme, une réponse qui devra désormais donner sens et forme à toute sa vie. Voilà ce qu’est la foi! C’est la réponse de l’homme, raisonnable et libre, à la parole du Dieu vivant.

Les questions que Jésus pose, les réponses que donnent les apôtres, puis Simon Pierre, à la fin, servent à vérifier la maturité de la foi de ceux qui sont les plus proches du Christ. Proches physiquement mais également spirituellement. A noter en effet que si Saint Marc et Saint Mathieu situent ce dialogue à Césarée de Philippe, l’endroit le plus loin que Jésus ait atteint lors de sa marche, loin de Jérusalem, saint Luc n’indique aucun lieu. Ou du moins, pas de lieu physique mais spirituel: la prière. L’évangéliste écrit en effet: « En ce jour-là, Jésus était en prière à l’écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : « Au dire des foules, qui suis-je ? » (Lc 9, 18).

C’est comme si saint Luc voulait nous apprendre que la prière est un « endroit » où l’on commence à comprendre quelque chose du Seigneur. L’endroit où nous sommes nous-mêmes, où nous commençons à comprendre quelque chose de la vérité. La prière, ce n’est pas tant là où l’on comprend quelque chose d’intellectuel mais là où a lieu l’expérience et la communion avec le Seigneur, le Seigneur et nous. Dans la prière nous revenons à notre milieu naturel, car la prière nous renvoie face à Dieu. Nous sommes à l‘image et la ressemblance de Dieu: devant Lui nous sommes nous-mêmes. La prière est donc l’endroit de notre vérité et de Dieu. La prière n’est pas étrangère à la vie, elle est la vie, c’est vivre devant Dieu avec simplicité et piété, attention et dévotion.

2) Notre réponse.

Aujourd’hui, deux mille ans plus tard, cette question « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » s’adresse à chacun de nous et le Christ prétend de chacun une réponse vécue. « Une réponse que l’on ne trouve pas dans les livres comme une formule mais dans l’expérience de celui qui suit vraiment Jésus, avec l’aide d’un « grand travailleur », l’Esprit Saint » (Pape François, 20 février 2014).

Pour pouvoir répondre comme Pierre, réponse que nous avons appris dans le catéchisme : « Tu es le Fils du Dieu vivant, tu es le Rédempteur, tu es le Seigneur! » (Ibid.), nous devons avoir en nous la même raison que saint Pierre, qui expliqua à une autre occasion: « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68), c’est-à-dire des paroles vraies qui expliquent et donnent la vie présente et éternelle. La réponse du premier des apôtres: « Tu es le Christ, le messie de Dieu », c’est-à-dire le vrai sens de l’histoire personnelle et de l’humanité, coïncida avec la reconnaissance du Christ comme seule et unique réponse possible du cheminement humain, de l’aventure humaine sur cette Terre.

Le Christ ne pose pas la question pour savoir ce que pensent de Lui les personnes et ses disciples, mais pour enseigner que la vie est une réponse à Dieu: une réponse personnelle. Et Pierre répond: «Tu es le Christ! ». C’est la bonne réponse mais pas une réponse facile. La réponse à la question « Qui est Jésus pour vous? » n’est pas une réponse qui tombe sous le sens, évidente, ni la manifestation de notre opinion sur le Christ.

Aujourd’hui Jésus nous demande comment notre rencontre avec Lui change notre vie, comment cette rencontre agit dans notre vie. Ce « oui » que nous lui adressons veut dire quelque chose d’important et qui change la vie. Nous le reconnaissons comme le Dieu vivant, comme le Dieu Amour qui se donne.

Pour pouvoir dire: « Tu es le Christ », il faut avoir senti la fausseté ou l’insuffisance des solutions terrestres. Il faut être simples, purs de cœur, et pauvres, pauvres jusqu’à souffrir de nostalgie pour Dieu, plein de miséricorde.

Notre réponse, comme celle de saint Pierre est une profession de foi. Avoir foi non pas en un des prophètes de l’Histoire, mais en Jésus Christ rédempteur, centre du monde et de l’histoire.

En professant sa foi, saint Pierre a « embrassé toutes choses, parce qu’il a exprimé la nature et le nom du Messie » (Saint Ambroise). Et, devant cette profession de foi, Jésus renouvelle à Saint Pierre et aux autres disciples son invitation à le suivre sur ce dur chemin d’amour jusqu’à la croix.

Le premier des apôtres s’oppose à ce que le Christ aille sur la croix. Bien entendu, il ne veut pas que Jésus meurt, parce qu’il l’aime. Alors il lui dit: « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas ! ». Il est sincère, car il aime vraiment Jésus, mais cet amour n’est pas le bon. Mais il lui en veut et le dit au Christ. Et Jésus que lui répond-il? Il ne lui dis pas « va-t’en, éloigne-toi de moi » mais « viens derrière moi » (qui est selon moi la traduction correcte de la phrase du Messie), autrement dit « suis-moi ».

L’aventure chrétienne c’est cela : aller derrière Lui, le Messie, qui exauce les désirs de l’homme. Le Christ qui triomphe du mal sans utiliser le mal (la domination, le pouvoir, le prestige) mais le bien, l’amour.

L’important c’est de comprendre, et de vivre cette très belle expérience : suivre le Seigneur de la vie, car notre vie c’est Lui: « Lui ma vie, parce qu’il m’a conquis par son amour » (Fil. 3). Lui le Pasteur de la vie.

A nous aussi, qui reconnaissons le Rédempteur come le Christ de Dieu, Jésus propose de le suivre chaque jour, et il rappelle que pour être ses disciples il nous faut prendre sur nous le pouvoir de sa croix, bien et substance de notre espérance.

Certes, il n’est pas facile d’accepter la croix que Jésus a portée sur ses épaules, comme signe de la puissance de son amour. Et, en un certain sens, on a peur de répondre à l’invitation du Christ: « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ».

Prendre la croix signifie s’engager pour vaincre le péché qui entrave notre marche vers Dieu, accueillir quotidiennement la volonté du Seigneur, renforcer sa foi surtout face aux problèmes, aux difficultés, face à la souffrance.

La sainte carmélite Sr Thérèse-Bénédicte de la Croix (Édith Stein) en témoigna à un moment de persécution. Du carmel de Cologne en 1938 elle écrivit: « Aujourd’hui je comprends… ce que veut dire être épouse du Seigneur sous le signe de la croix, Cependant il ne sera jamais possible de comprendre tout cela, parce que c’est un mystère… Plus il fait sombre autour de nous et plus nous devons ouvrir notre cœur à la lumière qui vient d’en haut ».

De nos jours, d’une façon « apparemment » moins dramatique qu’Edith Stein, les vierges consacrées dans le monde sont un témoignage de cette vie qui jaillit de la croix, car l’amour pour se donner « se perd », s’offre.

Le fait qu’elles suivent le Christ, qu’elles ont accepté son invitation à renoncer à elles-mêmes, montre qu’il est possible d’arrêter de penser à soi. Cela montre que l’amour n’est pas « se » mettre au centre mais l’Autre. L’amour n’est pas statique, il est extatique. Il tire de soi-même, met en relation et fait en sorte que nous nous apercevions de l’autre comme il est. C’est cela la vie et l’amour. L’Esprit saint, l’amour entre le Père et le Fils qui règne aussi parmi nous. Cet amour et la vie de Dieu. Dans le cas contraire règne la mort, on s’entretue.

La virginité c’est notre corps et nos cœurs crucifiés par amour, autrement dit donnés à Dieu sans réserves. Vivre virginalement veut dire s’offrir au Christ en portant chaque jour sa croix jusqu’à mourir et renaître en Lui, en s’abandonnant totalement à Lui. Chacun de nous a sa croix à porter chaque jour: cela signifie que tous les jours on meurt pour renaître. Cela veut dire que sur la croix y va l’homme vieux, égoïste, et qu’il y meurt, mais que naît une nouvelle personne, dont la vie est amour. Une vie donnée (crucifiée) par amour s’est pleinement épanouie. Comme Jésus.

En portant la Croix sur leurs épaules, ces femmes se sont engagées à devenir des porteuses de l’Esprit, des femmes spirituelles à l’état pur, capables de féconder dans l’humilité et en cachette la vie quotidienne avec la prière de louanges et d’intercession continue, et les œuvres de miséricorde spirituelle et matérielle.

C’est la raison pour laquelle le projet d’homélie de l’Evêque (rituel de consécration des vierges) s’achève par ces mots : « Grâce au fait d’être épouses du Christ, devenez mères dans l’esprit, en accomplissant la volonté du Père et en coopérant dans la charité afin que innombrables enfants soient engendrés ou redonnés à la vie de grâce » (n. 16 latin). A la suite de ces mots, l’Evêque invite la candidate au propositum pour la virginité en demandant : « Voulez-vous persévérer dans l’engagement de la sainte virginité et le service du Seigneur et de son Eglise jusqu’à la fin de votre vie ? ». (n.17 latin).

Traduction d’Océane Le Gall

Lecture Patristique: Saint Cyrille d’Alexandrie (+ 444)

Commentaire de l’évangile de Luc, 9, 5, 18.21 (PG 72, 645-652)

Un jour, Jésus priait à l’écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea: Pour la foule, qui suis-je (Lc 9,18)? Ainsi, en priant à l’écart, en compagnie des seuls disciples, le Sauveur et Seigneur du monde leur donnait l’exemple d’une vie sainte. Ce qu’il faisait là risquait pourtant de jeter le trouble dans l’esprit des disciples. En effet, ils le voyaient prier à la manière des hommes, alors que la veille il avait accompli sous leurs yeux des prodiges dignes d’un Dieu. Ils pouvaient donc se demander, avec de bonnes raisons: « Que devons-nous croire à son sujet? Est-il Dieu, ou bien homme? »

Jésus leur a donc posé cette question pour leur éviter d’être troublés par de semblables pensées. Comme il n’ignorait rien de ce qu’on répétait à son sujet en dehors de leur groupe, il voulait d’autant plus les détourner de l’opinion de la foule et faire naître en eux la foi droite. Il leur dit: Eh bien, pour la foule, qui suis-je?

Et Pierre encore s’élance le premier. Il se fait l’interprète de tout le groupe et prononce des paroles inspirées par l’amour de Dieu. Il proclame une juste confession de foi en Jésus, en le nommant le Christ de Dieu. Le disciple parle avec circonspection. A la vérité, il ne l’appelle pas seulement Christ, mais bien le Christ de Dieu.

De fait, un très grand nombre d’hommes ont été oints par Dieu, et, pour cette raison même, ont été appelés christs, en des sens différents. Certains, en effet, avaient reçu l’onction des rois, d’autres, l’onction des prophètes, et il en existe encore d’autres: nous-mêmes, qui avons obtenu notre délivrance par le Christ lui-même, notre Sauveur à tous, nous avons aussi reçu l’onction de l’Esprit Saint et nous portons le nom de christ. Il y a donc de très nombreux christs, appelés de ce nom par suite de l’onction, mais il n’y a qu’un seul et unique Christ de Dieu le Père.

Dès que le disciple eut fait cette profession de foi, le Seigneur leur défendit vivement de révéler à personne (qu’il était le Christ). Mais quoi? Les disciples n’auraient-ils pas dû plutôt aller l’annoncer de tous côtés? Telle était, en effet, la tâche de ceux qu’il avait désignés pour la mission. Mais, comme le dit la sainte Écriture, il y a un temps pour chaque chose (Qo 3,1). Avant de pouvoir annoncer le Christ, il fallait que surviennent d’autres événements prédits mais pas encore accomplis: c’était la croix, la passion, la mort corporelle, la résurrection d’entre les morts, ce grand miracle, vraiment inouï, attestant que l’Emmanuel est Dieu véritable et Fils de Dieu le Père par nature.

Il leur enjoignit donc d’entourer de silence le mystère, pour un temps, en attendant que tout le plan divin parvienne à son propre achèvement. Car, dès qu’il fut ressuscité d’entre les morts, il ordonna de révéler le mystère aux habitants de la terre entière, en offrant à tous la justification par la foi et la purification par le saint baptême. Il déclare en effet: Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit: et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 28,18-20).


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