Le chapitre 9 de Saint Luc, dont la dernière partie nous est proposée par la liturgie de la Messe d’aujourd’hui, rapportent quelques moments importants de la vie du Christ qu’il est utile de rappeler.
Je les évoque rapidement.
Avant tout, Jésus envoie en mission les Douze Apôtres. Ils ont écouté et accueilli sa prédication et donc à leur tour ils peuvent la diffuser (cf Lc 9, 1-6). A leur retour, il les implique dans la multiplication des pains qui n’est pas seulement une anticipation symbolique de l’Eucharistie, mais aussi une vraie et profonde révélation de Jésus et de son existence ainsi qu’une vraie révélation de l’acte eucharistique. Pour l’évangéliste Saint Luc, la distribution des pains, la dernière Cène et la cène d’Emmaüs sont les piliers qui manifestent la logique de l’existence de Jésus: une vie qui se donne. (cf ibid. 9, 10-17)
Puis Pierre reconnaît Jésus comme le Christ, le Messie attendu par le peuple d’Israël (cf ibid. 9, 18-21). Et c’est un moment très important parce que Jésus est reconnu comme le Christ de Dieu. Cependant comme pour le comprendre pleinement, la mort et la résurrection sont nécessaires, Jésus commence à annoncer aux siens son propre destin de passion (cf ibid. 9, 22-23). C’est une vocation qui demande certains renoncements. Qui veut suivre Jésus doit comme Lui renoncer à sa propre vie, pour la retrouver ensuite (cf ibid. 9, 23-26).
Ensuite, pour soutenir ses Apôtres sur ce chemin, Jésus donne un « avant goût » de sa gloire future à ses trois Apôtres préférés: c’est la Transfiguration (cf ibid. 9, 28-36). Descendu de la montagne, il révèle encore une fois sa puissance contre le malin (guérison du garçon épileptique: ibid 9, 37-43) et annonce à nouveau sa passion et sa mort (cf ibid. 9, 43-45), mais les disciples ne comprennent pas et se mettent à discuter pour savoir lequel d’entre eux est le plus grand (cf ibid 9, 43-45).
Et nous voici à la fin du chapitre 9. Cet extrait (v. 51-62), lu pendant la liturgie de ce dimanche, décrit la ferme décision du Christ d’accomplir son exode en se rendant à Jérusalem et donne trois réponses à la façon dont le disciple doit suivre le Maître.
Il vaut la peine de noter que dans cette partie définitive de l’exode du Christ vers le Père, les gestes de miséricorde, les miracles et les enseignements continuent.
2) Les exigences d’un chemin à la suite du Christ.
Jésus prend la route vers Jérusalem où – avec lucidité, courage et décision – il va donner sa vie pour ceux qui le tuent (cf ibid. 9, 51). Le fils de Dieu chemine résolument vers Jérusalem, il tourne son visage, ferme et décidé (en effet le texte grec utilise cette expression : » Son visage devenu de pierre », qui a été traduite par « Jésus prit la ferme décision ») vers sa Pâques de libération pour nous. C’est un chemin fait non sans grande fatigue mais avec fermeté, et c’est un libre chemin de liberté.
Le Christ nous a libérés pour nous donner la liberté des enfants de Dieu. Pour être libre, derrière Jésus, il faut cheminer selon l’Esprit en observant les commandements que Dieu nous a donnés par amour. Les dix commandements ne sont pas un hymne au « non », ils sont un « oui ». Un « oui » à Dieu, un « oui » à l’amour, et si je dis « oui » à l’amour, je dis « non » au non-amour, mais le « non » est une conséquence de ce « oui » qui vient de Dieu et qui nous fait aimer.
Redécouvrons et mettons en pratique les Dix Paroles de Dieu (en grec « logoi » qui est presque toujours traduit par « commandement » mais qui littéralement signifie « parole »). Disons « oui » à ces « dix voies d’amour » perfectionnées par le Christ, pour défendre l’homme et le guider vers la vraie liberté.
Ensuite si nous voulons vivre avec plénitude ces « voies », il ne nous reste qu’à suivre le Christ dans son exode à Jérusalem qui n’est pas seulement la Jérusalem de la Terre Sainte mais aussi celle du Ciel.
Suivre le Christ comporte au moins trois caractéristiques.
La première caractéristique est celle du détachement ou du rapport vrai avec les biens matériels.
En effet dans l’évangile d’aujourd’hui, nous voyons un homme qui, le long de cette route vers la liberté, demande à Jésus de pouvoir le suivre. Cet homme est déjà conscient du fait que suivre le Christ implique une vie itinérante: « Je te suivrai partout où tu iras. » (Ibid. 9, 57). Mais il y a quelque chose d’autre qu’il doit savoir: ce n’est pas simplement la pauvreté matérielle qui nous est demandée, ni simplement la fatigue d’une vie itinérante. Le premier don que Jésus nous fait si nous le suivons dans la pauvreté, c’est celui de la liberté par rapport aux choses: si nous voulons les posséder, elles nous possèdent, si nous en faisons la finalité de notre vie, nous sommes utilisés comme leur moyen de production. Si en revanche elles ne sont pas la fin mais un moyen, nous pouvons les utiliser et elles deviennent utiles. Elles sont utiles pour avoir une vie humaine qui est une vie de fils et de frères. C’est une vie de communion, alors que trop souvent on lutte même jusqu’à la mort. La première condition pour suivre le Christ, c’est d’être une personne libre, le premier don que Dieu veut nous faire, c’est la pauvreté spirituelle. Et si quelqu’un est appelé, même la pauvreté matérielle est un grand don de Dieu. Cette pauvreté signifie que nous ne sommes pas ce que nous possédons, sinon nous nous identifions avec les choses qui deviennent notre dieu ou pour être plus précis, nos idoles, l’objectif à cause duquel nous détruisons les autres et à la fin nous mêmes.
La seconde caractéristique concerne le rapport avec les autres et le fait que rien ne soit mis avant Dieu.
Devant la demande de Jésus: « Suis-moi » pour vivre dans la lumière et dans l’amour, le deuxième homme de l’Évangile d’aujourd’hui demande un délai. La réponse de Jésus est catégorique: « Laisse les morts enterrer leurs morts. » (Ibid. 9, 59-60). Certainement il s’agit d’un langage paradoxale. Il n’est pas question d’enterrer ou non ses proches. Il est question de se rendre compte qu’il y a là quelque chose de nouveau qui fait perdre son éclat à tout le reste.
J’espère ne pas me tromper si j’affirme que c’est une invitation à la chasteté à laquelle nous sommes tous appelés: aucune personne, aucun devoir, aucune affection n’est absolu. Seul Dieu, que nous n’avons jamais vu, est absolu. Tout le reste est relatif et surtout ne doit jamais être possédé. Cette relation d’amour réciproque, c’est à dire cet amour même que Dieu a pour nous, amour gratuit fait de don, est le même amour que nous avons pour l’autre, fait de don réciproque et de pardon.
Si la première caractéristique pour suivre le Christ est le détachement par rapport aux choses et la deuxième le détachement par rapport aux personnes, la troisième est le détachement par rapport à soi-même qui n’est pas réductible à l’histoire passée. L’être humain est construction de demande, désir d’infini, ouverture à la promesse de Dieu.
En effet dans le troisième dialogue, nous lisons qu’un autre inconnu est disposé à suivre Jésus mais il demande le temps de saluer les gens de sa maison. Le verbe grec signifie saluer et laisser. Jésus répond avec une espèce de proverbe. « Quiconque met la main à la charrue et puis regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu. » Si le paysan veut labourer, il va droit, il ne peut se permettre de regarder en arrière. En d’autres mots, suivre le Christ ne supporte ni délais, ni distractions, ni nostalgie. Dit de façon synthétique, suivre le Christ est un choix de liberté qui provient du détachement des choses et des personnes ainsi que de la confiance en Dieu.
3) Suivre le Christ pour les vierges consacrées dans le monde.
Nous comprenons avec l’esprit mais aussi avec le cœur que suivre Jésus signifie donc s’enraciner dans sa parole et accueillir sa personne de Messie et de Fils de Dieu sans réserve, sans mettre avant Lui nos pensées et nos affections familiales.
A cet égard, les vierges consacrées dans le monde témoignent qu’aucune affection ne vient avant Dieu. C’est la chasteté de l’âme et du corps, leur être « épouse » d’un Dieu à aimer de manière absolue. A la première place, il y a Dieu. Se tourner en arrière est regret, hésitation. Le choix pour le Christ est une conversion continue que la virginité rend constante et transforme en offrande, en sacrifice qui plaît à Dieu.
Suivre Jésus virginalement veut dire le suivre inconditionnellement. Suivre le Christ exige une fidélité et un amour qui mettent toujours Dieu et son Royaume à la première place. Le résultat est une vie féconde et joyeuse. En effet le Rédempteur a dit: « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. En effet qui veut sauver sa vie, la perdra; mais qui perd sa vie à cause de moi la sauvera » (Lc 9, 23-24). Suivre le Christ est donc un chemin de croix non parce que la douleur et la mort doivent être l’aboutissement ultime de la vie mais parce que, comme pour le Christ, mystique grain de blé tombé dans la terre, de cette mort rédemptrice doit naître une vie nouvelle. Cf rituel de consécration de vierges, n° 17 du rituel latin, traduction libre : « Voulez-vous embrasser la suite du Christ proposée dans l’Évangile de manière que votre vie donne un témoignage significatif de charité et qu’elle soit un signe manifeste du Royaume future ? »
Ainsi chaque sacrifice fait pour suivre le Fils de Dieu, ne signale pas simplement un chemin de mortification stérile, mais ouvre la vie à une existence qui se renouvelle sans cesse dans la grâce et rend la personne capable de parcourir le chemin de la liberté la plus vraie, celle qui nous est donnée dans le Christ. Les personnes consacrées nous en donnent le témoignage de façon particulière pour que tous les chrétiens puissent répondre à cette vocation: « Vous, frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement que cette liberté ne donne aucune prise à la chair! Mais, par l’amour, mettez-vous au service les uns des autres… Écoutez-moi: marchez sous l’impulsion de l’Esprit… »
La vocation de chacun de nous d’aller à la suite du Christ est vocation à la liberté authentique, qui est don du Père dans le Fils par l’intermédiaire du Saint Esprit, lequel illumine et conduit à la plénitude de la vie.
Lecture Patristique: Saint Hilaire (+ 367)
Commentaire sur les psaumes, Ps 139, 12 (CSEL 22, 784-785)
Sûr d’être protégé au jour du combat, le Christ fait aussi cette prière: Seigneur, n’accorde rien au pécheur à l’encontre de mon désir (cf. Ps 139,9). Lui qui a dit: Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé (Jn 6,38), est également pressé de réaliser la tâche entreprise par obéissance, non sans toutefois nous rappeler qu’il peut exercer librement sa volonté.
Il veut, en vérité, ce qu’a voulu le Père. Par ces paroles: Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé, Jésus montre, en effet, qui est celui qui l’a envoyé et à qui il obéit, sans pourtant supprimer son vouloir propre. Il aspire donc à accomplir toutes les volontés de son Père. Il s’empresse aussi de réaliser tout ce que lui-même désire voir accompli dans sa passion, de peur qu’un pécheur ne prenne les devants pour le déjouer.
Il a ardemment désiré (Lc 22,15) manger la Pâque avec ses disciples. Il a célébré à la hâte le repas de la Pâque. Désirant boire le calice de sa passion, il a dit: Est-ce que je vais refuser la coupe que mon Père m’a donné à boire (Jn 10,11)? Quand les hommes qui le cherchaient se présentèrent pour se saisir de lui et demandèrent qui était Jésus, il s’avança de lui-même. Sachant qu’il devait boire la coupe de vinaigre, il demanda à la boire et, aussitôt après y avoir bu et après avoir ainsi mené à bonne fin son grand dessein, il dit: Tout est accompli (Jn 19,30), mettant dans ces mots toute sa joie de voir réalisé ce qu’il désirait tellement.
Dans les psaumes, le Christ avait souvent prié pour que sa vie soit préservée du glaive. Il avait annoncé qu’aucun de ses os ne serait brisé. Il avait prédit que sa tunique serait tirée au sort (Ps 21).
Il prie pour que tout cela se réalise selon son désir, afin que l’on croie en l’accomplissement des prophéties. Il ne veut pas que les pécheurs aient la possibilité d’agir sur un de ces événements, ni d’empêcher la célébration de la Pâque si ardemment désirée, ou qu’ils n’osent pas lui présenter la coupe de sa passion. Car la première réponse que le Sauveur avait adressée aux pécheurs venus l’arrêter, les avait tous terrassés.
Il ne faut pas que manque le vinaigre qui doit lui être offert, que le soldat lui perce le côté avant qu’il ne rende l’esprit, ni qu’il trouve dans la lenteur de sa mort un motif pour lui briser les os.
Il veut qu’aucune prophétie ne soit retranchée, et que rien de ce qu’il attend ne soit laissé au bon plaisir du pécheur. Il veut que s’accomplissent en lui tous les événements annoncés dans les prophéties et que lui-même désire. Et il prie pour leur réalisation, non qu’ils puissent ne pas s’accomplir, mais afin que les hommes comprennent que ces prophéties le concernaient.
L’évangile de dimanche dernier nous a rappelé que nous avons été appelés à être des vrais disciples du Christ en mettant le Rédempteur au-dessus de toute affection et de toute joie. Aujourd’hui, nous sommes appelés à vivre la communion avec Lui non pas comme un refuge ou comme une fuite du monde, mais comme une mission et un devoir, pour collaborer avec Lui. Son devoir devient notre mission.
Cette mission ne s’adresse pas seulement à quelques-uns mais à tous les disciples de Jésus, c’est à dire à nous tous.
Donc, nous sommes tous appelés à être des missionnaires pour porter la Bonne et heureuse nouvelle de la présence d’un Dieu qui s’est fait un de nous pour nous faire comme Lui, riche de miséricorde. La miséricorde de Dieu arrive aux hommes à travers le témoignage de ceux qui l’ont connue et expérimentée dans leur propre personne.
Le Christ appelle pour envoyer porter cette annonce de vérité, de charité et d’espérance. La mission de Jésus est de sauver le monde avec un amour que nous ne connaissions pas précédemment : celui de sauver tout le monde sans exclusion et avec un amour vrai. Cette annonce ne consiste pas à enseigner en premier lieu la vérité et des doctrines mais consiste à annoncer une Présence qu’il est possible de rencontrer, qui fait vivre, agir et penser d’une façon nouvelle : en frères et sœurs.
En effet, les mots « missionnaire » et « apôtre » dérivent l’un du latin et l’autre du grec. Ils signifient « mandaté », « envoyé ». Chacun de nous est « envoyé » aux frères et sœurs. Donc, la dimension missionnaire, apostolique, est essentielle pour chaque chrétien et se réalise en suivant le Christ et en allant vers le prochain.
C’est pourquoi, lorsque nous disons que l’Eglise est apostolique, nous ne voulons pas dire seulement qu’elle est fondée sur les apôtres, mais que c’est à partir de cette graine (des apôtres d’il y a 2000 ans) que la plante s’est développée. S’il est vrai que la mission est l’aspect fondamental de l’Eglise, il est aussi vrai qu’elle est un aspect fondamental de chacun de nous. En effet, en tant que enfants de Dieu, nous sommes appelés à témoigner notre « être fils et filles » en devenant des frères et des soeurs avec tous les autres sur les routes du monde.
2) Pèlerins donc Missionnaires.
Une des caractéristiques de l’Evangéliste de Luc est de décrire le Christ dans une attitude de pèlerin qui n’est pas réductible à celle d’un voyageur, parce que pour Lui le chemin n’est pas seulement un moyen pour arriver à une destination, mais une façon d’être, de vivre, typique de celui qui sait que la terre n’est pas sa demeure stable.
Le Chrétien est un voyageur qui devient pèlerin avec le Christ qui enseigne que notre vie est un chemin avec Lui, pour apprendre à se donner par amour, comme Lui l’a fait, Lui qui est le chemin et la joie.
Le pape François aussi nous invite sur ce chemin: « toujours en chemin avec cette vertu qui est une pèlerine : la joie ! ». Cette Vertu nous rend crédibles et exprime l’expérience de miséricorde et d’appartenance au Dieu vrai et amoureux.
Dans ce chemin, nous pouvons être guidés par deux phrases du Nouveau Testament :
La première est celle de Jésus qui se définit « chemin » : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6).
La seconde est celle qui définit les chrétiens qui sont appelés « ceux du chemin » (tou odòs) (Ac 9, 2), ce qui est traduit par : « ceux qui suivent la doctrine du Christ ». « Ceux du chemin » est le premier nom qui a été donné aux disciples du Christ : ce sont ceux qui sont en route pour suivre ce nouveau Maître qui a été tué d’une façon honteuse mais qui est ressuscité. Le chemin chrétien est donc une route (le Christ) à parcourir en ayant un objectif fixe : celui de suivre le Christ et de se conformer à Lui. La finalité devient un parcours : suivre le Christ est le chemin. C’est vivre la vie avec le cœur qui marche, qui va vers Dieu avec les pas intérieurs de la prière et porte la charité aux autres.
A cet égard, S. Grégoire le Grand écrit: « Notre Seigneur et Sauveur, frères très chers, parfois nous instruit par des paroles, parfois par des faits. Ses actions deviennent des préceptes quand tacitement, avec ce qu’il fait, il nous indique ce que nous devons faire. Voilà qu’il envoie ses disciples prêcher deux par deux. Parce que « deux » sont les préceptes de la charité : la charité vers Dieu et la charité vers le prochain, et pour qu’il y ait l’amour, il faut au moins deux personnes. L’amour que quelqu’un a pour soi-même, personne ne l’appelle charité ; il doit être dirigé vers un autre, pour qu’il soit appelé charité. Le Seigneur envoie ses disciples deux par deux pour nous faire comprendre que, si quelqu’un n’a pas d’amour pour les autre,, il ne doit pas se mettre à prêcher » (Hom., 17, 1 – 4.7 s).
3) Vierges et pèlerines.
Les personnes qui, d’une façon spéciale, font leurs la spiritualité de la vie comme un chemin, comme un pèlerinage, sont les vierges consacrées dans le monde.
La virginité est la modalité propre au Christ d’aimer et, ces femmes témoignent qu’il est possible de répondre à l’amour du Christ avec le don total de soi-même. En effet, le vrai amour n’est pas de donner des choses, des biens matériels, mais de se donner soi-même. L’amour vrai pour Dieu consiste à L’aimer pour ce qu’Il est et pas pour ce qu’Il a.
La virginité est aussi la modalité d’aimer de Marie : elle a été la première à être heureuse non pas pour ce qu’elle faisait mais parce ce qu’elle était certaine que son nom était inscrit dans le cœur de Dieu qui avait regardé son humble servante
Comme la Vierge Marie, Mère du Chemin et Arche de l’Alliance, a marché sur les monts de Judée pour porter Jésus et sa joie à sa cousine Elisabeth, sur les routes de l’exil pour sauver le Fils de Dieu, sur le chemin du Calvaire pour devenir notre Mère, ainsi les vierges consacrées vivent en portant Jésus dans le monde, à travers leur vie vécue simplement et chastement.
Comme Marie porta au monde le Christ sous son cœur, les vierges consacrées aussi portent au monde l’évangile et le salut du Christ qu’elles portent dans leur cœur.
C’est un cœur dédié à Lui seul et à son Règne. Pour ce Règne de Dieu, il faut des personnes qui, le cœur rempli de Dieu, se consacrent à la venue de ce Règne. La virginité consacrée est toujours missionnaire et ne concerne pas seulement les consacrés qui vont vers des Terres lointaines pour annoncer l’Évangile mais concernent toutes les vierges.
Comme pour la Vierge Marie, la virginité ne signifie pas stérilité, mais, au contraire, fécondité maximale. De cette façon, ces femmes consacrées montrent qu’il peut y avoir une fécondité sur un plan différent de la fécondité physique.
La première fois que la virginité apparait dans l’histoire du salut, elle est associée à la naissance d’un enfant: « Voici, la Vierge concevra et enfantera un enfant….. » (Is 7, 14). La tradition de l’Eglise a saisi ce lien en associant constamment le titre de vierge à celui de mère. Marie est la Vierge Mère; l’Eglise est vierge et mère. « Un est le Père de tous, un aussi le Verbe de tous, un et identique est le Saint Esprit et une seule est la vierge mère : ainsi j’aime appeler l’Eglise » (S. Clément d’Alexandrie). Enfin chaque âme et, en particulier, chaque âme consacrée est vierge et mère : « Chaque âme croyante, épouse du Verbe de Dieu, mère, fille et sœur du Christ est considérée, à sa manière, vierge et féconde » (Ibid.).
Les personnes consacrées se rappellent que s’il est vrai que le chemin-pèlerinage de Jésus a été son amour jusqu’à la fin, il est aussi vrai que le chemin-pèlerinage en suivant Jésus est celui de l’amour nuptial.
Le rite de consécration des vierges est appelé dans le dictionnaire de liturgie, « consécration matrimoniale à Jésus Christ ». C’est la raison pour laquelle chacune de ces femmes est appelée « Sponsa Christi »
Il est vrai que chaque personne chrétienne est épouse du Christ, mais il est demandé aux vierges consacrées de l’être d’une façon éminente. Elles doivent vivre et témoigner l’union « nuptiale » avec Jésus Christ d’une manière religieuse, chaste, dévouée et totale. La virginité consacrée leur permet d’être des fenêtres transparentes entre l’Eglise et le monde, en laissant passer la vraie lumière de l’amour miséricordieux.
Lecture patristique: Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)
Sermon 101, 1-211 (PL 38, 605-607, 610)
L’évangile qui vient d’être lu nous invite à nous interroger sur la moisson dont le Seigneur a dit: La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson (Lc 10,2). Alors, aux douze disciples auxquels il avait donné le nom d’Apôtres, il en adjoignit soixante-douze autres. Puis il les envoya tous, comme ses paroles l’indiquent, à une moisson déjà préparée.
Quelle était donc cette moisson? Certainement pas la moisson des païens, puisque chez eux rien n’avait été semé. Il nous faut donc l’entendre du peuple juif. C’est pour cette moisson-là qu’est venu le maître de la moisson, et il y a envoyé ses moissonneurs. Quant aux païens, il leur a envoyé des semeurs, non des moissonneurs. Sachons donc que la moisson était faite chez les Juifs et les semailles chez les païens. Le Seigneur avait choisi ses Apôtres dans cette moisson, où le grain était mûr et prêt à être coupé, car les prophètes l’y avaient semé. Quel plaisir de parcourir du regard la terre que Dieu cultive! Quel délice de contempler ses dons et les ouvriers qui travaillent dans son champ!
Vous pouvez y observer deux moissons, l’une qui est en cours, l’autre, encore à faire; celle-ci chez les païens, celle-là chez les Juifs. Prouvons ce que nous venons de dire en nous appuyant simplement sur la divine Écriture, celle du maître de la moisson. Voici. Nous savons qu’il est dit dans le passage que nous venons d’entendre: La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.
Il est bien dans mon propos de vous montrer que la moisson a rapport aux peuples parmi lesquels les prophètes ont prêché. Ce sont eux en effet qui étaient les semeurs, afin que les Apôtres puissent être les moissonneurs.
Pour germer et grandir, le blé avait dû être semé par les prophètes; arrivé à maturité, il attendait que les Apôtres viennent le moissonner.
Le Seigneur n’a-t-il pas déclaré alors à ses disciples: Vous dites que l’été est encore loin. Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson (Jn 4,35). Il a dit encore: D’autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux (Jn 4,38). Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et les prophètes ont pris de la peine. Ils ont peiné pour semer le grain. A son avènement, le Seigneur a trouvé la moisson mûre. Et il a envoyé les moissonneurs avec la faux de l’Évangile.
Les prédicateurs de l’Évangile ne saluent personne en chemin. Ils ne veulent rien faire d’autre qu’annoncer la Bonne Nouvelle par amour de leurs frères. Qu’ils entrent dans les maisons et qu’ils disent: Paix à cette maison (Lc 10,5). Ils ne se bornent pas à en parler, mais ils répandent la paix dont ils sont remplis. Ils proclament la paix et la possèdent. <> Celui qui est rempli de paix salue en disant: Paix à cette maison. S’il y a là un ami de la paix, la paix du messager ira reposer sur lui (Lc 10,6).
Dans le passage de l’évangile d’aujourd’hui un docteur de la Loi demande à Jésus: « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » (Lc 10,25). Le Messie répond à l’homme en le renvoyant à ce que dit la Sainte Ecriture, qu’il connaît si bien. Alors l’érudit de la Loi, puisant dedans, répond avec exactitude: « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » (Lc 10,27: cf. Dt 6,5 et Lv 19,18).
Le malaise de cet homme est si grand après avoir posé une question dont il connaissait bien la réponse – au point de mettre ensemble deux versets de deux livres de l’Ancien testament (le Deutéronome et le Lévite) – qu’il demande: « Et qui est mon prochain ? ». Jésus lui répond en lui racontant la parabole du Samaritain, où je pense qu’il lui enseigne avant tout que le prochain est Dieu, proche de nous et miséricordieux. N’oublions pas que Jésus a commencé sa mission on disant précisément que le « royaume des cieux est proche ».
Par conséquent, si le rédempteur est le bon Samaritain, chacun de nous est cet homme à moitié mort jeté sur le bord d’une route.
Donc, le premier enseignement à tirer de l’Évangile du jour c’est que le Christ en prenant soin de nous avec compassion, nous soigne avec amour. L’amour guérit. Nous comprenons que la vie est amour et que pour avoir la vie il faut aimer.
Le second enseignement nous dit comment il est possible d’aimer: en imitant le Christ bon Samaritain, comme Lui –et avec Lui- en étant proches de nos frères et sœurs en humanité, en les regardant avec une compassion qui devient secours, aide, remède.
La parabole du bon Samaritain révèle donc le vrai visage de l’amour, une révélation qui passe par la miséricorde et la compassion.
2) Le Samaritain.
Rappelons-nous de ce que nous lisons dans les évangiles : que Jésus était l’objet d’accusations de la part de ses adversaires. Ils l’accusaient d’être un diable, un gros mangeur et gros buveur, mais aussi un Samaritain, c’est-à-dire un hérétique. Jésus s’est défendu de ces accusations mais pas de celle d’être un Samaritain. Justement parce qu’il cherchait probablement à s’identifier au bon Samaritain dont parle aujourd’hui la parabole. Les Pères de l’Eglise (Saint Jérôme, saint Ambroise, saint Augustin et tant d’autres) ont interprété cette parabole comme une description des relations qui unissent Dieu aux hommes, une illustration de Sa proximité avec une humanité blessée et abandonnée pour la conduire vers le salut.
En l’homme qui descend de Jérusalem à Jéricho, détroussé par des bandits, les Pères de l’Eglise reconnaissent la figure d’Adam, autrement dit l’humanité expulsée du Paradis terrestre à cause du péché. Sous les traits des brigands ils voient le tentateur qui cherche à diviser l’homme de Dieu, en lui arrachant ses habits, autrement dit en le dépouillant de ses liens d’amitié avec Dieu et en l’abandonnant à moitié mort sur le bord de la vie, symbolisé par la route. Et puis il y a le prêtre et le lévite, qui représentent à leurs yeux l’insuffisance de l’ancienne loi pour notre salut.
Ce salut est porté à son accomplissement par « le Samaritain » Jésus Christ, notre sauveur. Partant lui aussi, comme nous, de Jérusalem, Il nous rejoint et soigne nos blessures, notre péché avec l’huile de la grâce et le vin de l’Esprit.
Enfin, pour les pères de l’Eglise, l’auberge représente l’Eglise, et l’aubergiste les pasteurs de l’Eglise, qui prennent soin du blessé. Cette activité pastorale de miséricorde passe aussi par deux pièces d’argent. Toujours selon les Pères de l’Eglise, ces pièces renvoient aux Saintes Ecritures et aux sacrements qui nous aident à marcher vers le salut.
3) Suivre le Christ, Samaritain de l’humanité.
Nous sommes tous appelés à suivre le Christ en parcourant la voie qui mène au salut, et chemin faisant, fait de nous des Samaritains comme lui.
Jésus montre qu’il est possible d’exercer un amour plein de compassion, en devenant les Samaritains des temps modernes. Mais pour l’Imiter dans cet amour partagé, nous devons avant tout nous convertir à Lui, le Seigneur notre Dieu, de tout notre cœur et de toute notre âme. Ainsi ferons-nous l’expérience de la proximité de Dieu qui soigne et guérit avec amour et tendresse.
Posons-nous la question: « Qui est mon prochain », se traduisant littéralement par : « Et qui est proche de moi ? » que l’on peut, selon moi, paraphraser de la façon suivante : « Et moi qui m’aime ? Pour que je puisse aimer, si on m’aime ». Jésus répond en s’indiquant lui-même comme celui qui nous aime et prend soin de nous. Bref, le Sauveur se décrit en racontant la parabole du bon Samaritain, et conclut par un « va et fais la même chose ».
Laissons donc le Christ venir à notre rencontre, et avec Lui soyons les « prochains » de ceux que la vie a marginalisés, a grièvement blessés. En cela, le Pape François, qui se préoccupe pour les réfugiés, nous offre une belle leçon. L’amour du Christ, et nous avec lui, le pousse à « être proche ». Dieu est amour. L’amour est le sceau divin de Dieu en l’homme. En aimant nous réalisons ce que nous sommes. Mais, hélas, l’amour peut être mal compris, et source de tant de malentendus. Pour éviter ces malentendus et bien vivre cet amour, il faut nous mettre à l’école de saint Ignace de Loyola. Ce grand saint décomposait le mot « amour » en trois termes: louange, révérence, service
– La louange naît de l’expérience libératrice opérée par Dieu comme il est décrit par exemple dans le Psaume 86: « Je te rends grâce de tout mon coeur, Seigneur mon Dieu, toujours je rendrai gloire à ton nom ; il est grand, ton amour pour moi : tu m’as tiré de l’abîme des morts » (v. 12-13). La louange naît dans notre cœur ouvert, qui nous permet de voir – malgré tous les problèmes – la beauté de la création et la bonté que Dieu y met. Louer veut dire exprimer la joie que l’autre soit « un autre », autrement dit différent de nous ; aimer l’autre ce n’est pas vouloir le posséder, mais être plein de joie de sa présence à nos côtés. Donc nous lui rendons gloire, heureux qu’il soit ce qu’il est, et non qu’il soit à nous. Et tout ce qui lui arrive de bon, nous enchante bien plus que si cela nous arrivait à nous.
– La révérence, ici, renvoie au respect et à la dévotion. C’est l’amour vécu purement et humblement, dans la conscience que l’autre vaut plus que nous. Si nous aimons vraiment, elle ou lui est notre vie. Pas un outil qui nous appartient. La révérence nous fait aller près de l’autre comme lorsque nous allons recevoir le Corps du Christ Eucharistie.
– Le service c’est l’amour vécu dans la concrétude, en étant « proches » de quiconque a besoin d’aide. Le Samaritain prend en effet sur lui la condition d’un inconnu, que les brigands ont laissé à moitié mort sur le bord de la route; alors qu’un prêtre et un lévite étaient passés par là pensant qu’au contact du sang, sur la base d’un précepte, ils auraient été contaminés. La parabole doit donc nous inciter à changer de mentalité selon la logique du Christ, qui est la logique de la charité: Dieu est amour, et lui rendre un culte signifie servir nos frères avec un amour sincère et généreux.
Cette logique de la charité, ce regard et cette attention envers les autres, n’est possible que si nous sommes pleins du Christ, car notre instinct nous pousse d’abord, à « posséder » l’autre, à s’imposer.
C’est pourquoi la virginité, qui n’est rien d’autre que le sommet de la charité, est si importante (Raison pour laquelle M. Teresa de Calcutta fit mettre trois bandes bleues sur le voile de ses sœurs. Ces trois bandes symbolisent les trois vœux: pauvreté, obéissance et chasteté. Cette dernière est symbolisée par une bande plus large représentative de l’amour total rendu à Dieu, qui comprend l’amour du prochain), et a comme effet la joie, parce qu’elle nous permet d’ « affirmer » l’autre, de le voir inséré dans une optique éternelle, de le regarder comme Dieu le regarde.
4) Les Vierges consacrées et le Samaritain.
Pour regarder et aimer son prochain en Dieu, donc selon son destin, il y a un sacrifice à faire: sacrifier la réaction immédiate, de plaisir ou de déplaisir, de sympathie ou d’antipathie.
Toutefois, le sacrifice serait incompréhensible et, selon moi impossible, sans le Christ comme point de référence. En définitive, le sacrifice chrétien c’est accepter une Présence qui vient avant nous et qui est infiniment grande. Vivre le sacrifice implique que l’on affirme l’autre avant de penser à nous affirmer nous-mêmes, au prix même de notre vie.
Nous sommes tous appelés à participer au sacrifice que Jésus a fait pour sauver le monde. Concrètement, et tout particulièrement ceux qui sont appelés à vivre la virginité, ont pour tâche de témoigner à l’Eglise et au monde entier que Jésus Christ est l’unique chose pour laquelle il vaut la peine de vivre. La raison pour laquelle il est juste de donner toute sa vie. Bref, la vocation à la virginité c’est être appelés à être un exemple idéal pour toute la communauté. A rappeler à tout le peuple de Dieu que le Christ est ce pourquoi il vaut la peine de se marier, de travailler, de vivre, mourir, manger, veiller et dormir.
Les vierges consacrées, en donnant à Jésus tout leur amour et Lui consacrant leur propre corps et tous les sentiments de leur cœur, vivent une chasteté parfaite. La virginité est une force puissante d’amour pour être des saintes dans l’amour de Dieu et servir l’humanité. Elle permet à ces femmes d’être fécondes en sainteté, contemplation et œuvres de miséricorde (cf. Vita consecrata, n. 88).
Lecture Patristique: Origène (+ 253)
Homélies sur l’évangile de Luc, 34, 3 7-9 (GCS 9, 201 202 204-205)
D’après un ancien qui voulait interpréter la parabole du bon Samaritain, l’homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho représente Adam, Jérusalem le paradis, Jéricho le monde, les brigands les forces hostiles, le prêtre la Loi, le lévite les prophètes, le Samaritain le Christ.
Par ailleurs, les blessures symbolisent la désobéissance, la monture le corps du Seigneur, et le « pandochium », c’est-à-dire l’auberge accueillant tous ceux qui veulent y entrer, est l’image de l’Église. En outre, les deux deniers représentent le Père et le Fils, l’aubergiste le chef de l’Église qui a charge de l’administrer. Et la promesse de revenir, faite par le Samaritain, figure, selon cet interprète, le second avènement du Seigneur.
Le Samaritain avait de l’huile dont l’Écriture dit: Que l’huile fasse briller le visage (Ps 103,15), le visage de celui dont il avait pris soin, assurément. Pour calmer l’inflammation des plaies, il les nettoya avec de l’huile et aussi avec du vin mêlé de quelque substance amère. Puis il chargea le blessé sur sa monture, c’est-à-dire sur son propre corps, puisqu’il a daigné assumer la condition de l’homme.
Ce Samaritain porte nos péchés (Mt 8,17) et souffre pour nous. Il porte le moribond et le conduit dans une auberge, c’est-à-dire dans l’Église. Celle-ci est ouverte à tous, elle ne refuse son secours à personne et tous y sont invités par Jésus: Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos (Mt 11,28).
Après y avoir conduit le blessé, le Samaritain ne part pas aussitôt, mais demeure toute la journée dans l’hôtellerie auprès du moribond. Il soigne ses blessures non seulement le jour, mais encore la nuit, l’entourant de toute sa sollicitude empressée.
Voulant partir le matin, il prélève sur son argent deux pièces d’argent (Lc 10,35) et en gratifie l’aubergiste, qui est certainement l’ange de l’Eglise. Puis il commande de soigner avec diligence et de ramener à la santé celui à qui il a lui-même prodigué aussi ses soins pendant un temps trop court.
Les deux deniers représentent, à mon avis, la connaissance du Père et du Fils et la connaissance du mystère que voici: le Père est dans le Fils et le Fils est dans le Père. C’est là le salaire donné à l’ange pour qu’il soigne avec un plus grand empressement l’homme qui lui a été confié. L’aubergiste reçoit en outre la promesse que tout ce qu’il dépensera de son bien pour la guérison du blessé lui sera aussitôt remboursé.
Vraiment ce gardien des âmes s’est montré plus proche des hommes que la Loi et les Prophètes en faisant preuve de bonté (Lc 10,37) envers celui qui était tombé dans les mains des bandits et il s’est montré son prochain (Lc 10,36) moins en paroles qu’en actes.
Il nous est donc possible, en suivant cette parole: Soyez mes imitateurs comme je le suis moi-même du Christ (1Co 11,1), d’imiter le Christ et d’avoir pitié de ceux qui sont tombés dans les mains des bandits, de nous approcher d’eux, de verser de l’huile et du vin sur leurs plaies et de les ban der, de les charger sur notre propre monture et de porter leurs fardeaux. Aussi, pour nous y exhorter, le Fils de Dieu a-t-il dit en s’adressant à nous tous, plus encore qu’au docteur de la Loi: Va, et toi aussi, fais de même (Lc 10,37). Et si nous le faisons, nous obtiendrons la vie éternelle dans le Christ Jésus, à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen (1P 4,11).