Dans cette multitude, il n’y a pas seulement les saints officiellement reconnus, mais les défunts baptisés de chaque époque et nation, qui se sont efforcés d’accomplir avec amour et fidélité la volonté divine. Nous ne connaissons pas le visage ni même le nom de la plupart d’entre eux, mais avec les yeux de la foi, nous les voyons resplendir, tels des astres emplis de gloire, dans le firmament de Dieu.
Aujourd’hui, l’Église fête sa dignité de « mère des saints, image de la cité céleste », et manifeste sa beauté d’épouse immaculée du Christ, source et modèle de toute sainteté. Elle ne manque certes pas de fils contestataires et rebelles, mais c’est dans les saints qu’elle reconnaît ses traits caractéristiques, et c’est précisément en eux qu’elle goûte sa joie la plus profonde.
L’auteur du Livre de l’Apocalypse les décrit comme « une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue » (Ap 7, 9). Ce peuple comprend les saints de l’Ancien Testament, à partir d’Abel le juste et du fidèle Patriarche Abraham, ceux du Nouveau Testament, les nombreux martyrs du début du christianisme, les bienheureux et saints des siècles successifs, jusqu’aux témoins du Christ de notre époque. Il sont tous unis par la volonté d’incarner l’Évangile dans leur existence, sous l’impulsion de l’éternel animateur du Peuple de Dieu qu’est l’Esprit Saint.
Célébrons ces deux jours en reconnaissants notre besoin de la miséricorde de Dieu, en allant à Messe et en méditant ce que le Catéchisme de l’Eglise Catholique dit à propos de la communion des saints et de celle des défunts :
CEC 957 La communion avec les saints
» Nous ne vénérons pas seulement au titre de leur exemple la mémoire des habitants du Ciel ; nous cherchons bien davantage par là à renforcer l’union de toute l’Église dans l’Esprit grâce à l’exercice de la charité fraternelle. Car tout comme la communion entre les chrétiens de la terre nous approche de plus près du Christ, ainsi la communauté avec les saints nous unit au Christ de qui découlent, comme de leur chef, toute grâce et la vie du Peuple de Dieu lui-même » (Vatican II, Lumen Gentium 50) : Le Christ, nous l’adorons, parce qu’il est le fils de Dieu ; quant aux martyrs, nous les aimons comme disciples et imitateurs du Seigneur, et c’est juste, à cause de leur dévotion incomparable envers leur roi et maître ; puissions-nous, nous aussi, être leurs compagnons et leurs condisciples (S. Polycarpe, mart. 17).
CEC 958 La communion avec les défunts
» Reconnaissant dès l’abord cette communion qui existe à l’intérieur de tout le corps mystique de Jésus-Christ, l’Église en ses membres qui cheminent sur terre a entouré de beaucoup de piété la mémoire des défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant aussi pour eux ses suffrages ; car ‘la pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse’ (2 M 12, 45) » (Lumen Gentium 50). Notre prière pour eux peut non seulement les aider mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur.
CEC 959 Dans l’unique famille de Dieu
» Lorsque la charité mutuelle et la louange unanime de la Très Sainte Trinité nous font communier les uns aux autres, nous tous, fils de Dieu qui ne faisons dans le Christ qu’une seule famille, nous répondons à la vocation profonde de l’Église » (LG 51).
En bref
CEC 960 L’Église est » communion des saints « : cette expression désigne d’abord les » choses saintes » (sancta), et avant tout l’Eucharistie, par laquelle » est représentée et réalisée l’unité des fidèles qui, dans le Christ, forment un seul Corps » (Lumen Gentium 3).
CEC 961 Ce terme désigne aussi la communion des » personnes saintes « (sancti) dans le Christ qui est » mort pour tous « , de sorte que ce que chacun fait ou souffre dans et pour le Christ porte du fruit pour tous.
CEC 962 » Nous croyons à la communion de tous les fidèles du Christ, de ceux qui sont pèlerins sur la terre, des défunts qui achèvent leur purification, des bienheureux du ciel, tous ensemble formant une seule Église, et nous croyons que dans cette communion l’amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à l’écoute de nos prières » (SPF 30).
Le passage de l’Évangile de ce dimanche parle de la vie au-delà de la mort, en nous narrant une question surprenante que les Sadducéens [1] posent à Jésus ; sa réponse est encore bien plus surprenante.
Certains sadducéens se rapprochent du Messie dans le Temple car ils veulent faire dire au Christ quelque chose qui leur permet, sinon de le condamner, mais du moins de le gêner. Ils Lui demandent : « S’il y a la résurrection, qu’est-ce qui arrive dans ce cas-là ? ». Ils Lui présentent un cas hypothétique et invraisemblable où sept frères épousent l’un après la mort de l’autre, la même femme pour suivre la loi du lévirat [2] qui prescrivait au beau-frère de prendre comme épouse la femme du frère décédé sans enfants.
Dans ce cas improbable, les Saducéens essayaient de démontrer que l’idée de la résurrection[3] était absurde et étrangère à l’Ecriture. En présentant l’hypothèse paradoxale de la femme épousée sept fois, c’était comme dire que l’existence de la résurrection conduisait à des complications inadmissibles. Donc, ils étaient certains ridiculiser n’importe quelle réponse de Jésus, s’il avait affirmé l’existence de la résurrection qui était pour eux une idée ridicule et étrangère à l’Ecriture : c’était une sorte de superstition populaire.
Jésus répond à la question des Saducéens : « Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui » (Lc 20, 34 – 38).
Pour bien comprendre la réponse de Jésus, il faut rappeler que, dans l’Ancien Testament, la certitude d’une vie future qui dépasse le seuil de la mort et assure un destin heureux et lumineux à l’homme, n’avait pas encore atteint la maturité et la force qui aura dans le Nouveau Testament. Dans l’Évangile, cela devient clair grâce à la révélation du Christ, confortée par sa propre résurrection, trois jours après sa mort sur la Croix.
Jésus parle d’une vie au-delà de la mort, une vie dans laquelle le juste est en pleine communion avec Dieu, le Dieu des vivants dont Moïse avait déjà parlé (cfr. Ex. 3,6). Ce verset de l’Exode, qui fait partie du Pentateuque et était reconnu par les Sadducéens comme livre inspiré, ne parle pas directement de la résurrection du Seigneur en tant que Dieu des vivants. Ce faisant, Jésus conduit la discussion à la racine, c’est-à-dire à la conception du Dieu vivant et sa fidélité: si Dieu aime l’homme, il ne peut pas l’abandonner au pouvoir de la mort.
Le pouvoir de l’homme sur l’homme est une domination qui donne souvent la mort aux vivants, celui de Dieu est service, qui toujours donne la vie aux morts. Jésus enseigne que les ressuscités sont fils de Dieu qui participent pleinement à la vie divine. Nous ne pouvons pas nous imaginer comment cette vie sera, mais il est certain que ce sera une vie pleine, dans la joie de l’amour réciproque. Notre Dieu n’est pas un Dieu des morts, mais des vivants. Il est au service de la vie, Il est la vie. La mort n’est pas le dernier mot sur tout et tout le monde, et Dieu est un Père qui aime et donne à ses enfants la vie à jamais. Il ne tue pas ses enfants. Il les aime tellement que, pour leur donner la vie, il a envoyé son Fils Jésus, qui a donné sa vie pour eux.
2) Une vie et un amour à partager pour l’éternité
Les Sadducéens, malheureusement, ne sont pas les seuls à ne pas croire en la résurrection. Hier comme aujourd’hui, beaucoup de monde, chrétiens et non chrétiens, se demandent quel est le sens de la résurrection. Comme les non-croyants, nous, les chrétiens, disons souvent : « L’important, c’est la santé ». L’important est de prolonger la vie dans la façon la plus décente possible. Et au lieu de nous poser la question d’une bonne vie, nous discutons sur la bonne mort (en effet, « euthanasie » signifie bonne mort).
Evidemment, dans cette perspective où la mort est un fait à affronter d’une façon la moins douloureuse possible, il est très difficile d’accepter la révélation de la résurrection. Par contre, la résurrection est thème fondamental. La résurrection est le principe de la vie chrétienne. C’est si vrai que les Apôtres dirent – lorsqu’ils ont dû choisir quelqu’un à la place de Judas Iscariote – : « Prenons un qui avec nous a été témoin de la résurrection ». Et dans la lettre aux Corinthiens, Saint Paul écrit « Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu » (ch 15, 14). Sans la résurrection, le Christianisme n’a aucune valeur. Avec la résurrection -la résurrection de la chair- donc,[4] (le terme « chair désigne l’homme dans sa condition de faiblesse et de mortalité, cfr Gn 6, 3 ; Ps 56,5 ; Is 40,6), tout Christianisme est debout ou sinon, il s’effondre, au-delà de toutes sucreries, tout romantisme sur la bonté et sur l’amour.
Les paroles du Christ aux Sadducéens sont claires : « Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui » (Lc 20, 37-28) et donc, ceci ne sont pas morts. S’ils sont à Dieu : ils sont vivants.
Dieu est Vie, il est le Dieu qui donne la vie, il est le Dieu qui aime la vie et le Fils de Dieu nous dit clairement que la vie vient de Dieu : “tout le monde vit pour lui”. Tout d’abord, ce n’est pas pour la peur de la mort que nous, les croyants du Christ, « attendons la vie éternelle ». Nous l’attendons parce que nous avons appris de Dieu que la vie nait de Dieu et que Lui seul donne de vivre. Nous avons compris que Dieu ne sera pas absent au moment de notre mort parce qu’il est à l’origine de notre naissance et de celle de chaque nouvel enfant.
Celui qui a voulu Abraham, Isaac, Jacob et chacun de nous, ne peut pas nous avoir mis au monde, à la lumière du monde, pour nous envoyer dans les ténèbres de la mort. Il ne nous a pas fait naitre pour nous faire mourir. Il est le Dieu des vivants, non pas des enfants morts.
3) Résurrection et virginité
En conclusion de ces réflexions sur la rencontre des Sadducéens avec le Christ, je voudrais souligner que le débat de Jésus avec ces hébreux a pour thème la résurrection, mais il nous offre aussi un enseignement sur la virginité.
Le Messie enseigne que les ressuscités ne prennent ni femme ni mari. Cela implique que l’état final de l’humanité est l’état virginal, au sens où le rapport exclusif entre homme et femme, avec ses significations d’unité et fécondité, n’a plus de raison d’exister dans une phase conclusive de l’histoire. Quand « Dieu sera tout en tous » (cfr 1 Cor 15, 28), il y aura un seul amour et il sera l’amour trinitaire. Lorsque le rapport exclusif entre homme et femme aura cessé, l’amour trinitaire que les ressuscités expérimenteront sera un amour virginal.
Alors, nous comprenons mieux la valeur de la vie des vierges consacrées dans le monde : ces femmes sont un « signe » qui indique ce que sera la vie de tous les jours dans le Ciel. (cf rituel de consécration des vierges n° 24)
Ces femmes consacrées témoignent qu’accueillir le Christ comme Seigneur de façon pleine et exclusive veut dire témoigner concrètement la vérité du prologue de Saint Jean : « à tous ceux qui l’ont reçu, (Jésus) a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu », « enfants de la résurrection » dans le Fils qui a vaincu la mort. Ces femmes montrent dans une façon spéciale que les chrétiens participent désormais de la nature et de la vie divine, et elles sont ici en ce temps et en ce monde « jugées dignes d’un autre monde et de la résurrection des morts ». Elles vivent chaque relation de façon différente, céleste parce qu’« elles sont pareilles aux anges ». Dans l’Eglise qui est le monde sauvé, les vierges représentent le témoignage et le signe de l’état de la résurrection finale, où on ne prend pas ni femme ni mari, comme les mariés sont le signe du Christ époux de l’Eglise et les prêtres sont signes de la présence efficace du Christ pasteur.
Lecture patristique
Homélie du IIe siècle: « Dans sa miséricorde, Dieu nous ressuscite »
Il faut que nous regardions Jésus Christ ainsi que nous regardons Dieu: comme le juge des vivants et des morts, et il ne faut pas que nous estimions médiocrement notre salut. Car si nous estimons médiocrement le Christ, c’est que nous espérons aussi des réalités médiocres. Ceux qui accordent peu de valeur à ce qu’ils ont appris là-dessus sont en état de péché; et nous aussi, nous péchons, si nous ne savons pas à partir de quel lieu, par qui et pour quelle destination nous avons été appelés, si nous ne savons pas tout ce que le Christ a accepté de souffrir à cause de nous.
Que lui donnerions-nous en retour? Quel fruit qui soit digne de celui qu’il nous a donné? Quelle dette nous avons envers lui! Il nous a gratifiés de la lumière, comme un père il nous a déclarés ses fils, il nous a sauvés quand nous périssions. Quelle louange assez grande pourrions-nous lui donner? Comment le payer de retour pour toutes ses largesses? Notre esprit était si débile que nous adorions des pierres, du bois, de l’or, de l’argent et du bronze façonnés par les hommes, et toute notre vie n’était rien d’autre qu’une mort. Nous étions donc plongés dans l’aveuglement, notre vue était remplie de ténèbres, et voilà que nous avons retrouvé la vue, nous avons écarté, par son bon vouloir, le nuage qui nous enveloppait.
Car il a eu pitié de nous, sa tendresse s’est émue et il nous a sauvés, lorsqu’il a vu que nous étions dans l’égarement, que nous allions à notre perte et que nous n’avions aucun espoir d’être sauvés en dehors de lui. Car il nous a appelés alors que nous n’existions pas et il a voulu nous faire passer du néant à l’être !
Réjouis-toi, stérile, toi qui n’enfantais pas, éclate en cris de joie, toi qui n’as pas connu les douleurs , car plus nombreux sont les enfants de la délaissée que les enfants de celle qui a un époux. Ces paroles: Réjouis-toi, stérile, toi qui n’enfantais pas, s’adressent à nous; car c’est notre Eglise qui était stérile, avant que des enfants lui fussent donnés. Ces paroles: Pousse des cris de joie, toi qui n’as pas connu les douleurs, signifient les prières que nous devons, avec simplicité faire monter vers Dieu pour ne pas succomber, comme les femmes qui sont dans les douleurs. Ces paroles: car plus nombreux sont les enfants de la délaissée que les enfants de celle qui a un époux, voici ce qu’elles signifient: notre peuple paraissait délaissé par le Seigneur; mais maintenant que nous sommes croyants, nous sommes plus nombreux que ceux qui semblaient posséder Dieu.
Il est dit, dans un autre passage de l’Écriture : Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. Cela signifie que le Seigneur cherche ceux qui se perdent, voilà ceux qu’il faut sauver. C’est en effet une oeuvre grande et admirable d’affermir non pas les édifices solides, mais ceux qui s’écroulent. C’est ainsi que le Christ a voulu sauver ce qui était perdu, et qu’il a été le salut de beaucoup, lui qui est venu et qui nous a appelés alors que déjà nous étions perdus.
***
NOTES
[1]Le parti des sadducéens se réclamait de Sadoc dont les descendants étaient les seuls reconnus prêtres légitimes (cf. Ez 44,15). Ils concentraient leurs propres actions dans le temple et en politique et jouissaient de peu de considération parmi les gens (par opposition aux Pharisiens). En théologie, ils étaient conservateurs: ils n’acceptaient pas la tradition orale et étaient littéralement soumis à l’autorité du Pentateuque (littéralement: 5 livres, qui sont attribués à Moïse: Genèse, Exode, Nombres, Lévitique et Deutéronome). Étant donné que ces 5 livres ne parlent pas de la résurrection, les Sadducéens la contestent. Ils sont disparus de l’histoire d’Israël, quand le Temple de Jérusalem a été détruit (70 d.C.).
[2] Les Sadducéens rappellent l’institution du lévirat, prévue par Dt 25,5 à 10. C’était une pratique courante à d’autres peuples de l’ancien Orient (Assyriens, Hittites) et était partie de la loi d’Israël. Nous la trouvons appliquée dans la Genèse 38,8 et Dt 3,9; 4.12. A la base de cette loi, vous pouvez voir le fort désir de survivre dans les enfants et donner une continuité à la famille et à la lignée. Notez l’importance et la validité accordée à cette généalogie de substitution: le fils né de l’union avec la belle-sœur veuve est légalement considéré comme l’enfant du défunt et pas du père charnel.
[3] La question de la résurrection était d’actualité. En fait, seulement à partir du deuxième siècle avant le Christ (avec les faits racontés dans les Livres des Maccabées), la foi dans la résurrection personnelle se répandit en Israël.
[4] La “résurrection de la chair” signifie que, après la mort, il n’y aura pas seulement la vie de l’âme immortelle, mais que nos « corps mortels » aussi (Rm, 8, 11) reprendront la vie (Catéchisme de l’Eglise Catholique, n. 990).
1) Réfléchir à la fin du monde pour connaître sa fin dernière
En ce dernier dimanche de l’année liturgique, qui rythme notre vie, l’Eglise nous fait méditer sur la fin de tout, pour donner le départ au « Tout », qui est la Vie éternelle.
La Parole de Dieu nous invite aujourd’hui à méditer sur les réalités ultimes, pour pouvoir connaitre et comprendre les signes des temps avec un regard de foi sur le monde et sur notre vie, et nous préparer avec confiance à la rencontre finale avec l’amour de Dieu. En effet, qui a une confiance amoureuse en Dieu est capable de persévérer et mérite la vie à jamais.
Dans le passage de l’évangile d’aujourd’hui le Messie nous enseigne à vivre avec une confiance et un témoignage persévérants, découvrant de plus en plus que « ce que tu n’as pu recevoir aussitôt à cause de ta faiblesse, tu le reçois à d’autres moments grâce à ta persévérance.» (cf. St Ephrem le Syrien (306 – 373), tiré du Diatessaron, IV siècle.).
En parlant de guerres, révolutions, famines, persécutions et d’autres événements tristes, le Christ n’entend pas affoler les disciples d’hier et ceux d’aujourd’hui. Il veut enseigner que les difficultés de la vie, petites ou grandes qu’elles soient, sont des occasions pour devenir plus forts, dans sa foi et en espérance.
D’une part, tenir bon, persévérer, dans l’attente du Christ, est notre Fin ultime. C’est la méthode pour accueillir l’Attendu et comme ça qu’il établira sa demeure parmi nous: Lui c’est l’Emmanuel, Dieu avec nous – toujours. D’autre part, le temps qui nous sépare de la fin pour toujours rester avec la Fin dernière est le temps du témoignage. Pendant cette période, nous expérimentons la proximité de Dieu et son amour, qui n’abandonne jamais ses disciples, mais reste près d’eux pour leur dire aussi quel langage tenir face aux persécuteurs (cf. Lc 21,15).
Jésus nous encourage à Lui rester fidèles jusqu’à la fin. Attendons de Le rencontrer avec persévérance, tenons bon. Il transformera nos difficultés, nos peurs et angoisses, voire celles de la mort, en une glorieuse résurrection.
2) Deux témoins de persévérance
Des saints qui sont des exemples de persévérance et des témoins d’une vraie attente, il y en a beaucoup. J’en choisis deux : Saint Jean, le précurseur, et la Vierge Marie, car ils sont les deux piliers du portail que Jésus a passé pour entrer dans notre histoire.
Tous les deux n’attendaient pas quelque chose mais quelqu’un. Ils ne cherchaient pas à discerner des faits plus ou moins apocalyptiques pour décider que faire dans un avenir plus ou moins proche: ils attendaient rien de moins que Dieu. Ils n’attendaient pas de meilleurs jours, ni une vague utopie, ni un héros, mais attendaient vraiment Dieu.
Saint Jean Baptiste attendait tout simplement Dieu, ce Dieu qui venait mettre de l’ordre, juger et sauver. Le précurseur était un homme décidé à tout, jusqu’à la fin. Il n’eut aucun scrupule à appeler les chefs du peuple « race de vipères » et à reprocher au roi Hérode tous ses méfaits. Il n’eut peur ni de la prison ni de la décapitation. Il persévéra a être « tout simplement » une voix qui résonne dans le désert et à travers chaque chose, même au travers d’oreilles bouchées. Jean Baptiste fut un vrai témoin, qui a indiqué avec persévérance la présence de l’Agneau de Dieu et scella cette indication en donnant sa vie. Celui-ci montre comment on doit témoigner, c’est-à-dire comment être des martyrs – Il est un modèle pour tous les chrétiens (laïcs, religieux/ses, prêtres et évêques) – comment être des missionnaires du Christ: personne ne doit s’annoncer soi-même, ni remplacer la Parole par des bavardages, nous devons tous être uniquement la voix de Celui qui grandit parmi nous, qui est toujours plus grand que nous.
La Vierge Marie aussi attendait Dieu. Elle sait ce que l’ange lui a dit: « le Saint que tu portes sera appelé Fils du Très-Haut ; et son règne n’aura pas de fin » (Lc 1, 31 ss). Mais son attente n’est pas comme celle de Jean le Baptiste qui attendait « l’inimaginable », qui avançait avec le feu, la cognée et la pelle à vanner. Elle attendait un petit enfant. Mais pour une maman, un enfant qui est Dieu n’est-ce pas quelque chose d’inimaginable? Cet enfant ne viendra-t-il pas « jeter un feu sur la terre »? Et une épée ne transpercera-t-elle pas le cœur de la mère? Mais la Vierge Marie attendit avec persévérance, l’accueillit en elle et donna à l’humanité (à chacun de nous) Quelqu’un de « doux et humble de cœur », qui ne « fera pas entendre sa voix sur les places publiques et n’éteindra pas la mèche qui faiblit » (Mt 11, 29, 12, 19 s). Marie persévéra aussi dans sa marche aux côtés du Christ, de Nazareth où elle le conçut par œuvre du Saint Esprit, à Jérusalem où Jésus émit l’Esprit et recréa le monde.
Notre Mère céleste est donc, pour nous, un modèle d’excellence, qui nous montre comment nous pouvons et devons témoigner.
La fin des temps et les signes terribles qui l’indiquent nous épouvantent, non seulement parce qu’ils sont terrifiants mais aussi parce qu’ils nous annoncent la fin inexorable du monde.
Que faire? « Se convertir et faire pénitence » nous dit Jean le Baptiste. « Porter le Christ en nous pour les autres » nous dit la mère de Dieu. Nous devons passer du « moi » au « tu », à Dieu. Passer d’un comportement stérile et égoïste à un comportement amoureux et fécond pour les autres, en suivant le Christ, l’Emmanuel avec nous et pour vous.
3) L’exemple des vierges consacrées dans le monde
Voici maintenant une brève réflexion sur comment les vierges consacrées dans le monde peuvent nous servir d’exemples pour suivre Jean Baptiste et la Vierge Marie.
A l’école de saint Jean, ces femmes consacrées apprennent non pas à parler du Christ mais à l’indiquer en appliquant quotidiennement la phrase: « Je dois me faire petite si je veux qu’il grandisse ». Les vierges consacrées montrent que le Précurseur n’invite pas seulement à un style de vie sobre mais aussi à un changement intérieur, grâce auquel ont accueille la lumière de Celui qui est « le plus grand » et s’est fait petit, le « plus fort » et s’est fait faible.
A l’école de Marie, les consacrées apprennent à vivre la virginité comme un désir intense, une vie féconde intense. Grâce à leur consécration, le miracle de la maternité virginal de la Mère de Dieu se reproduit.
Voici comment l’Eglise décrit dans le Pontifical romain, pour la consécration des Vierges,(voir aussi prière de consécration des vierges n° 24) cette « race sainte » qui fleurit à partir de l’incarnation de Dieu et la grâce du baptême: « Tout en protégeant la bénédiction nuptiale, qui découle de l’état matrimonial, il doit y avoir des âmes plus nobles qui renoncent à la communauté physique de l’homme et de la femme, et tendent au mystère que le mariage contient pour donner tout leur amour au mystère indiqué par le mariage, en se consacrant à Celui qui est époux et fils de la virginité éternelle ».
Mais nous avons là le grand mystère de l’Eglise: l’union entre « divinité » et « humanité » dans le sein de la Vierge. C’est pourquoi l’Eglise bénit les vierges dans les prières de consécration en disant ceci: « Que le créateur du ciel et de la terre vous bénisse, Lui qui a daigné vous choisir pour la communion avec la bienheureuse Marie, Mère de notre Seigneur Jésus-Christ ». Sa vie est tout simplement un modèle. « Que l’image, oui, de la virginité soit pour vous la vie de Marie, d’où se réfléchit, tel un miroir, la beauté de la chasteté et la règle de toute vertu » (Saint Ambroise, De Virginibus, II, 2, 6, PL 16, 108). Si l’Eglise veut rester ce qu’elle est, « la Vierge, qu’elle soit vierge » (Saint Augustin, Discours 1,8). Il doit y avoir ces « âmes nobles qui imitent dans leur corps ce qui se passa en Marie et anticipent ce que l’Eglise, sauvée, recevra dans la gloire.
Traduction d’Océane Le Gall
Lecture Patristique: saint Augustin d’Hippone
Sermon sur le Psaume 95 : « Une terre nouvelle, où habitera la justice »
Tous les arbres des forêts bondiront de joie devant la face du Seigneur, car il vient, car il vient pour juger la terre. Il est venu une première fois, et il viendra. La première fois, sa parole a résonné dans l’Évangile : Désormais, vous verrez le Fils de l’homme venir sur les nuées. Pourquoi désormais? Est-ce que le Fils de l’homme ne viendra pas plus tard, lorsque se lamenteront toutes les tribus de la terre? Il est d’abord venu en la personne de ses prédicateurs et c’est ainsi qu’il a rempli toute la terre. Ne résistons pas au premier avènement si nous ne voulons pas redouter le second.
Que doit donc faire le chrétien? User du monde, ne pas servir le monde. En quoi cela consiste-t-il? A posséder, comme si l’on ne possédait pas. C’est ce que dit saint Paul : D’ailleurs, frères, le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme ; ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui se réjouissent, comme s’ils ne se réjouissaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui usent de ce monde, comme s’ils n’en usaient pas, car elle passe, la figure de ce monde. Je veux que vous soyez libres de tout souci. Celui qui est libre de tout souci attend avec sécurité la venue de son Seigneur. Car est-ce qu’on aime le Seigneur, lorsqu’on redoute sa venue? Mes frères, est-ce que nous n’avons pas honte? Nous aimons, et nous redoutons sa venue! Aimons-nous vraiment, ou est-ce nous n’aimons pas davantage nos péchés? Nous haïrons nos péchés eux-mêmes, et nous aimerons celui qui va venir pour punir les péchés. Il viendra, que nous le voulions ou non. Ce n’est pas parce qu’il ne vient pas maintenant qu’il ne viendra pas. Il viendra, et tu ne sais pas quand. Et s’il te trouve prêt, cela n’a pas d’inconvénient pour toi que tu ne le saches pas.
Et tous les arbres des forêts bondiront de joie. Il est venu première fois, et il viendra pour juger la terre. Il trouvera bondissant de joie ceux qui ont cru à son premier avènement, car il vient.
Il jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité. Quelle justice et quelle vérité? Il rassemblera auprès de lui ses élus pour le jugement, et les autres, il les séparera, car il mettra ceux-ci à sa droite, et ceux-là à sa gauche.
Qu’y aura-t-il de plus juste, de plus vrai que cela: ils n’attendront pas du juge la miséricorde, ceux qui n’ont pas voulu exercer la miséricorde avant la venue du juge. Ceux qui ont voulu exercer la miséricorde seront jugés avec miséricorde. Car il dira à ceux qu’il aura mis à sa droite: Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Et il leur attribue des actes de miséricorde : J’avais faim, et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire, et toute la suite.
Ceux qu’il a placés à sa gauche, qu’est-ce qu’il leur reproche? De n’avoir pas voulu exercer la miséricorde. Et où iront-ils? Allez au feu éternel. Cette sentence funeste suscitera un grand gémissement. Mais que dit un autre psaume ? Jamais on n’oubliera le juste. Il ne craint pas une sentence funeste. Quelle est cette sentence funeste? Allez au feu éternel, préparé pour le démon et ses anges. Celui qui se réjouira d’une sentence favorable ne craindra pas une sentence funeste. Voilà la justice, voilà la vérité.
Parce que tu es injuste, le juge ne sera pas juste? Parce que tu es menteur, la vérité ne sera pas véridique? Mais si tu veux rencontrer un juge miséricordieux, sois miséricordieux avant qu’il vienne. Pardonne, si l’on t’a offensé. Donne les biens que tu possèdes en abondance. Et avec quoi donneras-tu, sinon avec ce que tu tiens de lui? Si tu donnais de ton bien, ce serait de la générosité. Puisque tu donnes ce que tu tiens de lui, c’est de la restitution. Que possèdes-tu que tu n’aies reçu ? Voilà les sacrifices qui sont très agréables à Dieu: miséricorde, humilité, reconnaissance, paix, charité. Si c’est cela que nous apportons, nous attendrons avec assurance l’avènement du juge, lui qui jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité.
L’année liturgique se conclut avec la célébration du Christ, Roi de l’univers. En cette année 2016, la solennité de Christ Roi tombe le dimanche 20 novembre, jour conclusif de l’année du jubilé de la miséricorde amoureuse qui nous donne la lumière, maintenant et pour l’éternité.
Grâce à la liturgie, nous avons commencé notre chemin de cœur à Nazareth avec la Vierge Marie qui attendait le Messie annoncé par l’Ange ; ensuite, spirituellement, nous avons parcouru avec le sauveur les chemins de la Terre Sainte. A la fin du chemin liturgique annuel, nous arrivons aujourd’hui à Jérusalem et nous sommes mis devant la croix sur laquelle Jésus meurt.
Pour fêter le Christ, roi de l’univers, certains peuvent s’étonner qu’aujourd’hui, l’Eglise ne nous propose pas l’histoire d’une théophanie (manifestation de Dieu) resplendissante : celle de la Transfiguration, par exemple. La liturgie nous invite à contempler Jésus sur la croix. Sur ce « trône » paradoxal, le Roi des rois exerce son pouvoir en sauvant un larron repenti.
Nous sommes invités à comprendre que la royauté de Jésus Christ a pour centre le mystère de sa mort et résurrection. Lorsque Jésus est mis sur la Croix, les chefs des juifs se moquent de lui : « Si tu es le Roi des Juifs, sauve toi-même » (Lc 23,37). En réalité, Jésus, le Fils de Dieu, s’est offert librement à sa passion et la Croix est le signe paradoxal de sa royauté qui consiste en la Victoire de la volonté d’amour de Dieu Père sur la désobéissance du péché. De ce trône de bois simple et sec, le Christ règne en exerçant son pouvoir d’amour miséricordieux. De La Croix qui soutient le monde, Il règne et gouverne avec l’amour miséricordieux.
C’est en s’offrant lui-même dans le sacrifice d’expiation que Jésus devient le Roi universel, lorsqu’ Il déclarera, en apparaissant aux Apôtres après la Résurrection : « tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28,18).
Mais en quoi consiste la royauté de Jésus ? Son règne est un « règne éternel et universel, règne de vérité et de vie, de sainteté et de grâce, d’amour et de paix » (Préface de la Messe du Christ Roi).
Nous aurons accès à ce règne en regardant Jésus sur La Croix comme le larron repenti. Cet homme a su reconnaître la vérité de Dieu dans un homme crucifié et fut sauvé pour toujours : Le Christ est Dieu, Il est grâce, Il est miséricorde et Il est mort pour que chacun de nous puisse vivre.
S’il est important de comprendre que la royauté du Christ resplendit dans son « obstination » à nous aimer, dans son refus d’utiliser sa puissance pour se sauver Lui-même, en donnant Sa vie et en nous donnant la vraie vie, il est encore plus important de comprendre que Jésus est le Roi de la vérité. Il est le roi de l’univers parce qu’il est la vérité, qu’Il fait entrer dans la vérité qui lui rend témoignage.
Pour Jésus qui se définit: Vérité, Vie et Chemin (Jn 14,16), la vérité est la seule chose qui compte, comme il répondit à Pilate : « C’est toi qui le dis, moi je suis le roi. C’est pour çela que je suis né et pour cela que je suis venu dans le monde : pour témoigner de la vérité. Celui qui est dans la vérité, écoute ma voix » (Jn18,37). Et cette affirmation ne contredit pas l’importance de l’amour. Vérité et amour ne sont pas en contradiction ; plutôt : elles s’alimentent réciproquement. La vérité sans l’amour peut devenir brutale et l’amour sans la vérité peut devenir banal. « Dans le dialogue de Jésus avec Pilate, il est évident qu’il n’existe aucune fracture entre l’annonce de Jésus en Galilée – le règne de Dieu – et ses discours à Jérusalem. Le centre du message jusqu’à la croix, jusqu’ à l’inscription sur la croix – est le règne de Dieu, la royauté nouvelle que Jésus représente. Le centre de tout est la vérité. La royauté annoncée par Jésus dans les paraboles est, en fait, la royauté de la vérité. L’érection de cette royauté, en tant que vraie libération de l’homme est ce qui intéresse » (Joseph Ratzinger – Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Paris 2011, p. 218).
2) Vrai Roi d’un monde nouveau.
Le pouvoir royal du Christ n’est pas comme celui des rois et des puissants de ce monde. C’est le pouvoir divin de donner la vie éternelle, de libérer du mal, de battre la domination de la mort. C’est le pouvoir de l’Amour qui pour s’imposer n’a pas besoin de la force brutale mais de celle de la tendresse, qui sait reconnaître le bien du mal, attendrir un cœur dur, apporter la paix dans le conflit le plus âpre, allumer l’espérance dans le noir le plus total. Ce Règne de la Grâce ne s’impose jamais, il se propose et respecte toujours notre liberté. Le Christ est venu « rendre le témoignage à la vérité » (Jn 18,37).
Vraiment, la royauté de Jésus n’a rien à partager avec le concept de royauté que nous, les hommes, nous avons. Nous sommes habitués à appeler « grands » ceux qui savent s’imposer avec « visibilité » dans la politique, dans l’économie, dans la vie sociale, et ceux qui souvent veulent s’imposer, étonner et dominer.
Le Règne de Jésus n’est pas de ce monde. Pourquoi ? Parce que la vérité est celle-ci : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle» (Jn 3,16).
Donc, l’important est d’accepter la Croix et de la reconnaître comme trône de vérité et de compassion. Le Christ compatît « avec » nous (au sens littéral du terme latin com-patire, c’est à dire souffrir avec) et sa compassion ne fut pas une émotion exprimée seulement avec les larmes. Jésus ne pleura pas seulement sur notre douleur et sur notre péché ; mais il l’éloigna de manière définitive sur la Croix lorsqu’ il prît sur lui, comme un agneau, comme un bouc émissaire, la faute du monde : il fit de notre passion la sienne. Jésus est « Roi mais sa puissance est la puissance de Dieu qui fait face au mal du monde, le péché qui défigure le visage de l’homme. Jésus prend sur lui le mal, la saleté, le péché du monde, notre péché et le lave avec son sang, avec la miséricorde, avec l’amour de Dieu » (Pape François, Angelus du 14 novembre 2015).
L’Agneau de Dieu Immaculé qui enlève le péché du monde donne un témoignage constant à la vérité : à la vérité de l’Amour divin.
Le monde qui se moque du Christ : « Si tu es Roi, descends de la Croix, sauve-toi toi-même » est vaincu avec la Croix. « Ayez confiance, moi, j’ai vaincu le monde » et donc « Je suis roi. Mais le monde n’a pas été vaincu à partir de l’intérieur du monde mais bien du haut du trône qui a été élevé au-dessus du monde. Jésus introduit la « Seigneurie » de Dieu dans le monde, en son intérieur : dans le cœur des hommes : en particulier des pauvres, des enfants, des miséricordieux, des doux, des persécutés : dans les cœurs purs. Par Lui, l’amour de Dieu a pris demeure sur la terre.
3) Un message trop haut et trop loin ?
Ce message du Christ Roi qui sert la vérité et l’amour à travers le don total de soi, peut être perçu comme quelque chose de lointain et de très haut que nous, pauvres êtres humains, ne pouvons pas saisir. Le Christianisme semble être une doctrine non réaliste, non adaptée à ce monde. Mais le Rédempteur a dit : « Je suis venu dans le monde pour témoigner de la vérité et chacun qui croit en la vérité écoute ma voix ». Chacun et pas seulement ceux qui ont étudié la théologie ou le catéchisme. Le Christ Roi a une façon de se rendre compréhensible à chacun : en se faisant rencontre avec chaque être humain à condition que son cœur – même de façon inconsciente – s’unisse à Lui. Chaque être humain peut rencontrer le Christ et écouter sa voix. Les chrétiens n’en ont pas le monopole, ils ont le devoir de continuer à témoigner de la vérité et de l’amour qu’ils ont expérimentés en eux de façon explicite et consciente, devant le monde
Un exemple particulier de rendre ce témoignage est celui des vierges consacrées dans le monde. Avec leur don total d’elles-mêmes, ces femmes témoignent que le Règne du Christ commence au plus profond de la conscience des chrétiens, mais pour être authentique, ce règne doit investir la vie quotidienne dans toutes les petites et grandes activités, en un mouvement vers l’extérieur. La dimension spirituelle intérieure ne s’oppose pas au faire. La première appelle nécessairement le second.
Ces vierges consacrées, aimantes de la vie spirituelle, témoignent de l’efficacité matérielle de l’union avec Dieu, c’est à dire du règne du Christ auquel on adhère intérieurement, mais auquel on doit travailler dans le monde, extérieurement. La prière n’est pas du temps perdu et les problèmes de la vie quotidienne ne se résolvent pas en épargnant du temps et l’effort consacré à la prière. La grâce nécessaire à la réalisation de ces objectifs sociaux qui demandent beaucoup d’efforts et de sacrifices, ne peut pas être complètement indépendante de la foi en Jésus Christ, Roi de l’univers.
En se consacrant, elles ont choisi définitivement et exclusivement le Christ, Epoux et vérité de leur vie. Ce choix ne garantit pas le succès selon les critères du monde mais assure cette paix et cette joie que seul Lui peut donner. L’expérience de ces femmes le démontre que – au nom du Christ, au nom de la vérité et de la justice – elles ont su s’opposer aux flatteries des pouvoirs terrestres avec leurs masques différents, jusqu’à sceller, avec le don total d’elles-mêmes, leur fidélité, pour collaborer à la construction du Royaume d’amour et de vérité de leur Epoux.(cf n° 17 du rituel de consécration des vierges : « Voulez-vous suivre le Christ selon l’Évangile de telle sorte que votre vie apparaisse comme un témoignage d’amour et le signe du Royaume à venir ? »)
Lecture Patristique
Saint Augustin d’Hippone
Traité 115
« C’est pourquoi Pilate lui dit: Tu es donc roi? Jésus répondit: Tu le dis, oui, je suis roi ». Il ne craignit pas d’avouer qu’il était roi. Mais par ces mots: « Tu le dis », il conserve toute sa liberté. Il ne nie pas qu’il soit roi (car il est roi d’un royaume qui n’est pas de ce monde) et il n’avoue pas qu’il soit roi d’un royaume qui passe pour être de ce monde. C’est ce que pensait celui qui disait: « Donc tu es roi », et à qui il fut répondu: « Tu le dis, oui, je suis roi ». Notre-Seigneur emploie ces mots. « Tu le dis », comme pour dire: Tu es un homme charnel et tu parles d’après les sentiments de la chair.
Notre-Seigneur ajoute ensuite: « Je suis né et je suis venu au monde pour rendre témoignage à la vérité ». Le pronom dont se sert le texte latin: in hoc natus sum, ne doit pas s’entendre en ce sens: Je suis né dans -cette chose; mais bien: Je suis né pour cela, tout comme il est dit: « C’est pour cela que je suis venu dans le monde ». Dans le texte grec il n’y a aucune ambiguïté. Par là il a manifestement voulu, en cet endroit, rappeler cette naissance temporelle par laquelle, après s’être incarné, il est venu dans le monde, et non pas cette naissance sans commencement par laquelle il était le Dieu par qui le
1. Mt 13,38 Mt 13,41. – 2. Jn 15,19. – 3 Col 1,13.
Père a créé le monde. Il dit donc qu’il est né et qu’il est venu en ce monde, qu’il est né d’une Vierge pour cela, c’est-à-dire pour cette fin, pour rendre témoignage à la vérité. Mais comme la foi n’appartient pas à tous (1), il ajoute: « Quiconque est de la vérité, entend ma voix », c’est-à-dire l’entend intérieurement; c’est-à-dire encore, obéit à ma voix; c’est la même chose que s’il disait: Croit en moi. Quand Jésus-Christ rend témoignage à la vérité, il se rend évidemment témoignage à lui-même; c’est lui, en effet, qui a dit: « Je suis la vérité (2) », et en un autre endroit il dit: « Moi, je rends témoignage de moi-même (3) ». Par ces autres paroles: « Quiconque est de la vérité, entend ma voix », il nous fait souvenir de la grâce par laquelle il nous appelle selon son bon plaisir. C’est de ce bon plaisir que l’Apôtre nous dit: « Nous savons qu’à ceux qui aiment Dieu, toutes choses tournent à bien, à ceux qui ont été appelés selon la volonté de Dieu (4) », selon la volonté de Celui qui appelle, et non pas de ceux qui sont appelés. Ceci est plus clairement exprimé en un autre endroit: « Collaborez à l’Évangile selon la puissance de Dieu qui nous sauve et noua appelle par sa sainte vocation, non d’après nos oeuvres, mais d’après sa volonté et sa grâce (5) ». Si nous supposons qu’il s’agisse de la nature dans laquelle nous avons été créés, comme la vérité nous a tous créés, qui est-ce qui ne serait pas de la vérité? Mais ce n’est pas à tous que la vérité a donné d’entendre la vérité, c’est-à-dire d’obéir à la vérité et de croire à la vérité; et cela sans aucun mérite antécédent, de peur que la grâce ne soit plus une grâce. Si Notre-Seigneur avait dit: Quiconque entend ma voix est de la vérité; alors celui-là serait regardé comme étant de la vérité, qui obtempérerait à la vérité. Mais il n’a pas parlé ainsi; il a dit: « Quiconque est de la vérité, entend ma voix ». Par conséquent, il n’est pas de la vérité, parce qu’il entend sa voix.; mais il entend sa voix, parce qu’il est de la vérité, c’est-à-dire parce que ce don lui a été accordé par la vérité. Qu’est-ce que cela veut dire? Rien que ceci: Il croit en Jésus-Christ par un don de Jésus-Christ.
2. 2Th 3,2. – 2. Jn 14,6. – 3. Jn 8,18. – 4. Rm 8,18. – 5. 2Tm 1,8-9.