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Commentaire des lectures de la messe du Ier dimanche du temps ordinaire - Année A - dimanche 27 novembre 2016
Isaïe 2, 1-5; Psaume121; Romains 13, 11-14; Matthieu 24, 37- 44
Le temps de l’Avent est un temps d’attente vigilante et joyeuse
Les prophéties accomplies

1) La vigilance et autres dispositions.

Aujourd’hui commence le temps de l’Avent[1] qui prépare la fête de la naissance de Jésus à Bethléem. Ce bref temps liturgique, d’un peu moins de 30 jours, retrace la longue étendue des siècles écoulés dans l’attente du Rédempteur jusqu’à la plénitude des temps.

La liturgie nous aide à vivre ce temps de grâce :

Avec vigilance, c’est à dire avec l’engagement intense et convaincu de qui fait confiance à l’amour miséricordieux de Dieu et se prépare à la rencontre avec le Christ Sauveur.

Avec la conversion du cœur, parce que sans un cœur tourné vers Dieu, l’attente, l’espérance et la joie pour la venue du Messie ne sont pas possibles.

Avec un cœur de pauvre, non pas tant pauvre au sens économique qu’au sens biblique[2] de celui qui fait pleinement confiance à Dieu et s’appuie sur lui.

Avec foi, vertu qui nous soutient pour accueillir, comme Marie, le Fils de Dieu fait chair pour notre salut.

Avec espérance qui est l’attente confiante d’un bien à venir absolument bon (cf Saint Thomas d’Aquin III Sent, d. 26, q. 2, a. 1, ad 3).

Avec piété dans la pratique de la prière qui est pendant l’Avent une affectueuse invocation à celui qui est attendu: Viens Seigneur Jésus.

Avec joie, expression d’une attente joyeuse parce que celui qui est attendu viendra certainement. Dieu est fidèle.

J’ai placé en premier la vigilance, l’attention – c’est à dire la tension à la présence imminente du Christ – parce qu’en ce premier dimanche de préparation à la venue du Fils de l’homme dans notre vie, nous sommes invités à être vigilants. En effet la liturgie d’aujourd’hui nous propose un passage de l’Évangile dans lequel le Christ nous demande d’être attentifs aux événements pour découvrir en eux l’heure de la venue du Fils de l’homme. Le Rédempteur, pour illustrer la manière dont nous devons être attentifs aux événements, recourt d’abord à l’épisode du déluge universel à l’époque de Noé, puis se compare à un voleur qui vient dans la nuit et enfin à un maître de maison qui ne surveille pas son habitation.

Le fait de ne pas connaître le jour et l’heure de la venue du Christ doit nous convaincre de la nécessité de veiller toujours, d’être toujours prêts pour que toute notre vie soit tendue vers cette heure et ce jour. Nous devons arriver préparés à cette rencontre avec le Rédempteur, pour ne pas être pris par surprise mais prêts à accueillir Dieu qui vient sans prévenir, qui arrive quand on s’y attend le moins.

La vigilance est donc l’attitude avec laquelle nous devons vivre chaque fragment de notre vie personnelle et commune comme étant immensément précieux, ou mieux, comme étant le seul à notre disposition parce que c’est le moment présent. Quand on demanda à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, alors qu’elle était sur le point de mourir, si elle n’avait pas peur du voleur qu’elle était sur le point de rejoindre, elle répondit qu’elle l’attendait avec désir et amour. Cette sainte nous donne un exemple de sérénité vigilante dans la charité, de grande ouverture à Dieu, d’intense attente et d’adhésion à lui. La prière d’ouverture de la messe d’aujourd’hui résume bien tout cela: « O Dieu, Père miséricordieux, qui pour réunir les peuples dans ton royaume a envoyé ton Fils unique, maître de vérité et source de réconciliation, réveille en nous un esprit vigilant pour que nous marchions sur tes chemins de liberté et d’amour jusqu’à te contempler dans la gloire éternelle. Par notre Seigneur Jésus Christ. » (Collecte du premier dimanche de l’Avent – année A)

2) La conversion dans la joie.

L’Avent est le temps pendant lequel L’Église célèbre la joyeuse attente du messie ainsi que la forte et véritable certitude de l’Avent du Royaume de Dieu, qui est justice, paix et joie, sans rapport avec le boire et le manger (cf Rm 14, 17). Mais c’est seulement en retournant vers le Seigneur de tout notre cœur, dans l’attente de sa venue et de son retour, que ce Royaume de paix, de justice et de joie s’instaurera en nous et dans le monde.

La vigilance réclame la conversion pour lutter contre la somnolence, l’inattention et l’oubli. Il faut rappeler cependant que la personne vigilante ne désigne pas, comme c’est en revanche habituellement le cas dans le monde grec, la personne qui est éveillée, qui rassemble toutes ses forces et qui trouve en elle-même tout le courage nécessaire pour affronter la nuit et l’éventuel ennemi. Dans le monde biblique, vigilant désigne celui qui est éveillé, qui fait confiance à Dieu et qui s’agrippe à lui, qui s’abandonne à lui. La parole vigilante ne dit donc pas directement quelque chose à faire mais plutôt une façon de vivre et de regarder.

L’hymne de l’Avent: « Levez les yeux vers le ciel » nous fait chanter que « le salut de Dieu est proche » et nous commande : « Réveillez l’attente dans votre cœur pour accueillir le Roi de gloire ». L’impératif de regarder avec un cœur éveillé, c’est à dire avec attention et perspicacité implique la lucidité de ne pas se laisser tromper par les apparences ainsi que la clairvoyance qui nous permettra de reconnaître dans une grotte l’Enfant, « messager de paix », qui « apporte au monde le sourire de Dieu ».

Pour être bibliquement et chrétiennement vigilant, une conversion du cœur et des « yeux » est donc nécessaire. En effet sans une profonde conversion, il n’est pas possible de vivre l’attente, l’espérance et la joie pour la venue du Seigneur. L’esprit de conversion, propre à l’Avent, a des tonalités différentes de celles que réclame le Carême, même si dans ces deux périodes liturgiques, nous sommes invités à pratiquer plus intensément la prière, le jeune et l’aumône (=miséricorde). La substance essentielle est toujours la même mais, alors que le carême est marqué par l’austérité du pardon des péchés, l’Avent est marqué par la joie de la venue du Seigneur.

A cet égard le pape François enseigne. » L’Avent est un temps de joie parce qu’il nous fait revivre l’attente de l’événement le plus joyeux de l’histoire: la naissance du Fils de Dieu de la Vierge Marie. Savoir que Dieu n’est pas loin, mais proche, qu’il n’est pas indifférent mais compatissant, qu’il n’est pas étranger mais Père miséricordieux et qu’il nous suit amoureusement dans le respect de notre liberté: tout cela est le motif d’une joie profonde que les événements quotidiens ne peuvent altérer » (18 décembre 2015).

L’Avent est le temps de l’attente du Dieu éternel qui se fait présence d’amour dans le monde. Et c’est justement pour cette raison qu’il est de façon particulière le temps de la joie, d’une joie intériorisée, qu’aucune souffrance ne peut effacer. La joie parce que Dieu s’est fait enfant. Cette joie, invisiblement présente en nous, nous encourage à continuer notre chemin avec confiance.

L’Avent est par excellence le temps de l’espérance pendant lequel ceux qui croient au Christ sont invités à rester dans une attente vigilante et active, alimentée par la prière et par l’engagement actif et quotidien de l’amour.

Un exemple quotidien de vie dans l’attente du Christ dans une charité active nous vient des vierges consacrées dans le monde. En cela elles suivent l’invitation du pape émérite Benoît XVI:

« Que votre vie soit un témoignage particulier de charité et signe visible du Royaume à venir » (RCV, 30). Faites en sorte que votre personne irradie toujours la dignité du fait d’être épouse du Christ, exprime la nouveauté de l’existence chrétienne, et l’attente sereine de la vie future. Ainsi, par votre vie droite, vous pourrez être des étoiles qui orientent le chemin du monde. Le choix de la vie virginale, en effet, est un rappel du caractère transitoire des réalités terrestres et une anticipation des biens à venir. Soyez des témoins de l’attente vigilante et active de la joie, de la paix, qui est propre à qui s’abandonne à l’amour de Dieu. Soyez présentes dans le monde et cependant en pèlerinage vers le Royaume. La vierge consacrée s’identifie en effet avec cette épouse qui, avec l’Esprit, invoque la venue du Seigneur: « L’Esprit et l’épouse disent « viens »! » (Ap 22, 17).

(Discours au congrès de l' »Ordo Virginum » sur le thème: « Virginité consacrée dans le monde: un don pour l’Église et dans l’Église » 15 mai 2008, n.6).

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Lecture patristique de saint Paschase Radbert ( 790 – 865)

Commentaire sur l’évangile de Matthieu (11, 24)

(PL 120, 799-800)

Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l’heure (Mt 25,13). Bien que le Seigneur parle ainsi pour tous, il s’adresse uniquement à ses contemporains, comme dans beaucoup d’autres de ses discours qu’on lit dans l’Écriture. Pourtant, ces paroles concernent tous les hommes parce que, pour chacun d’eux, le dernier jour arrivera ainsi que la fin du monde, quand il devra quitter cette vie. Il est donc nécessaire que chacun en sorte comme s’il devait être jugé ce jour-là. C’est pourquoi tout homme doit veiller à ne pas se laisser égarer, mais à rester vigilant, afin que le jour du Seigneur, quand il viendra, ne le prenne pas au dépourvu. Car celui que le dernier jour de sa vie trouvera sans préparation, serait encore trouvé sans préparation au dernier jour du monde. Je ne pense donc nullement que les Apôtres aient cru que le Seigneur viendrait juger le monde pendant leur vie; et pourtant, qui douterait qu’ils aient été attentifs à ne pas se laisser égarer, à veiller et à observer tous les conseils, donnés à tous, pour qu’ils soient trouvés préparés?

C’est pourquoi il faut toujours tenir compte d’un double avènement du Christ: l’un quand il viendra, et que nous devrons rendre compte de tout ce que nous aurons fait; l’autre, quotidien, quand il visite sans cesse notre conscience, et qu’il vient à nous afin de nous trouver prêts lors de son avènement. A quoi me sert, en effet, de connaître le jour du jugement, lorsque je suis conscient de tant de péchés? De savoir si le Seigneur vient, et s’il ne vient pas d’abord dans mon coeur et ne revient pas dans mon esprit, si le Christ ne vit pas et ne parle pas en moi?

Alors, oui, il m’est bon que le Christ vienne à moi, si avant tout il vit en moi et moi en lui. Alors pour moi, c’est comme si le second avènement s’était déjà produit, puisque la disparition du monde s’est réalisée en moi, parce que je puis dire d’une certaine manière: Le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde (Ga 6,14).

Réfléchissez encore à cette parole de Jésus: Beaucoup viendront en mon nom (Mt 24,5). Seul l’Antéchrist s’empare de ce nom, bien que ce soit mensonger; de même il présente son corps, mais sans le Verbe de vérité, et sans en avoir la sagesse. Dans aucun passage de l’Écriture, vous ne trouverez que le Seigneur ait déclaré: « Moi, je suis le Christ ». Car il lui suffisait de montrer qu’il l’était, par ses enseignements et ses miracles, parce que l’oeuvre du Père était en lui. L’enseignement de sa parole et sa puissance criaient: « Moi, je suis le Christ », plus fort que si des milliers de voix l’avaient crié.

Je ne sais donc pas si vous pourrez trouver qu’il l’a dit en paroles, mais il l’a montré en accomplissant les oeuvres du Père (Jn 5,36) et en donnant un enseignement imprégné de piété filiale. Les faux messies en étant dépourvus, ils ne pouvaient employer que leurs discours pour soutenir leurs prétentions mensongères.

***

[1]L’Avent a quatre dimanches pour le rite romain et six pour le rite ambrosien. Cette année nous sommes dans l’année A selon le cycle liturgique triennal et nous serons accompagnés de l’évangile de Matthieu. Certaines caractéristiques de cet évangile sont l’amplitude avec laquelle sont retranscrits les enseignements de Jésus (les fameux discours, comme celui de la montagne), et l’attention au rapport Loi-Évangile (l’Évangile est la « nouvelle Loi »). Il est considéré comme l’Évangile le plus « ecclésiastique » par le récit du primat de Pierre et par l’utilisation du terme Église, en grec « Ecclesia » (du verbe ekkalein qui veut dire convoquer, dont le substantif est justement ecclesia= convocation, assemblée) qui ne se rencontre pas dans les trois autres évangiles de Marc, Luc et Jean.

[2] Ce pauvre – parmi les « anawim » comme les appelle la Bible en hébreu -, est le doux et l’humble, dont les principales dispositions sont l’humilité, la crainte de Dieu et la foi.

 


Commentaire des lectures de la messe du IIème dimanche du temps ordinaire - Année A - dimanche 4 décembre 2016
Is 11,1-10 ; Ps 71 ; Rm 15,4-9 ; Mt 3,1-12
Conversion : chemin en avant, don et réponse
L’entrée du Messie

1. Attente de Dieu et conversion

En ce second dimanche de l’Avent, la liturgie nous invite à la conversion qui est nécessaire pour accueillir le Royaume des cieux[1] qui s’approche : « Convertissez-vous parce que le Royaume des cieux est proche » (Mt 3,1). Ce Royaume des cieux est Jésus lui-même, par conséquent le « proche » est le Fils de Dieu qui se fait chair dans le sein d’une femme et qui porte le salut à toute l’humanité. Ce salut apporté par le Christ et attendu par nous est justice, joie, paix, amour, vérité, bienveillance, solidarité, fraternité, rectitude, bonté.

Puisque la venue de Dieu dans notre vie est imminente, Jean le Baptiste nous demande avec énergie de nous consacrer à la pénitence qui purifie le cœur, l’ouvre à l’espérance et le rend capable de la rencontre avec Jésus qui vient dans le monde.

Mais il faut garder présent à l’esprit le fait que l’invitation à la conversion en faisant pénitence ne veut pas seulement dire vivre, pendant l’Avent, avec un style de vie plus sobre, avec une prière plus fréquente et une charité plus généreuse. La conversion appelle à un changement intérieur qui commence par la reconnaissance et la confession de son péché. En effet, se convertir indique un changement de l’esprit et du comportement et exige de reconnaître que l’on n’est pas digne que Dieu vienne habiter chez nous.

Il faut aussi garder à l’esprit le fait que la première conversion consiste dans la foi[2], qui n’est pas seulement adhésion au contenu d’un message, mais adhésion à une Personne, qui nous demande de venir dans notre vie et d’être accueillie. La conversion est donc un changement radical et profond de l’homme. Elle n’implique pas seulement un changement moral mais un changement théologique, c’est-à-dire une manière nouvelle de penser Dieu et de vivre en lui. C’est une orientation nouvelle de toute notre personne : esprit et cœur, pensée et action.

D’un côté, cette orientation au Royaume des cieux se situe dans la ligne des prophètes qui entendaient le concret de la conversion dans le détachement radical de tout ce qui jusque là avait une valeur. De l’autre, il va au-delà et montre que la conversion est le fait de se tourner vers le Royaume des cieux, vers une nouveauté qui se présente de façon imminente avec ses exigences et ses perspectives. Il s’agit de donner un tournant décisif à sa vie en l’orientant dans une nouvelle direction : le Royaume des cieux fonde et définit la conversion, et non une série d’efforts humains.

Pour que cette conversion arrive, faisons nôtre la prière que fait le prêtre au début de la messe d’aujourd’hui : « Dieu des vivants, suscite en nous le désir d’une conversion pour que, renouvelés par ton Saint Esprit, nous sachions appliquer dans toute relation humaine la justice, la douceur et la paix que l’incarnation de ton Verbe a fait germer sur la terre. Par notre Seigneur Jésus-Christ notre Seigneur » (Collecte du IIème dimanche de l’Avent, Année A). Alors se réalisera le vœu de saint Paul : « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers ; que votre esprit, votre âme et votre corps, soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, Celui qui vous appelle : tout cela, il le fera » (1 Th 5,23-24).

2. Conversion du haut des étoiles et conversion vers le haut

En ce dimanche, nous sommes appelés à aller spirituellement dans le désert, parce que l’Évangile d’aujourd’hui nous fait écouter la « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. » (Mt 3,3-4). Saint Jean-Baptiste, la voix qui annonce la Parole, est présenté comme un ascète du désert, qui porte des vêtements rugueux, qui a une ceinture de cuir autour des reins et se nourrit d’insectes. Mais s’il ne nous est pas demandé d’être des ascètes vivant la même vie dans le désert, il nous est demandé que notre conversion soit évangélique comme la sienne.

Cette conversion a au moins trois caractéristiques :

La première est la radicalité. La conversion n’est pas un changement extérieur ou partiel, mais une réorientation totale de tout l’être de l’homme. Il s’agit d’un véritable passage de l’égoïsme à l’amour, de l’attitude de tout garder pour soi au don de soi.

La seconde caractéristique est la religiosité : ce n’est pas en se confrontant à lui-même que l’homme découvre la mesure et la direction de son propre changement mais en se référant à Dieu. La première conversion (dans le sens étymologique de se tourner vers pour être avec) n’est pas celle de la personne humaine vers Dieu mais celle de Dieu vers chaque être humain. C’est un mouvement de grâce qui rend possible le changement de l’homme et en offre le modèle. Dans la nuit et dans la solitude d’une grotte, le printemps de l’humanité va arriver : le Fils de Dieu qui se fait pèlerin du haut des étoiles.

La troisième caractéristique de la conversion évangélique est sa profonde humanité. Se convertir signifie rentrer à la maison, se réapproprier son humanité intégrale, retrouver son identité de fils, comme cela se produit dans la parabole du fils prodigue.

Beaucoup de gens pensent de façon non évangélique que la conversion est comme une perte de ce qui est humain ; et, ce faisant, ils pensent que la personne humaine s’épanouit, si elle ne se convertit pas au Christ. C’est le contraire : en se convertissant, l’homme ne se perd pas mais retrouve son identité en se libérant des aliénations qui le fascinent mais le détruisent.

La conversion est un chemin constant vers le Christ pour renouveler continuellement notre « conduite céleste » par le moyen d’un nouveau désir du ciel. Changeons donc nos cœurs en le rendant différent, avec le saint désir du Christ ; ainsi le ciel (le Christ) y trouvera plus d’espace.

Si nous voulons que la vie croisse, fleurisse et parvienne à maturation, pour déchirer, un jour, le voile de la caducité, alors, le plus important est que cette vie enfonce ses racines toujours plus profondément. Si nous voulons que la plénitude de Dieu nous remplisse de grâces, il est fondamental que notre cœur s’élargisse toujours plus, pour contenir toujours plus.

La conduite chrétienne, et donc pleinement humaine, devient plus parfaite quand elle jaillit d’un désir du ciel plus robuste : « Visite-nous, Seigneur, dans la paix : nos cœurs déborderont de joie » (cf. antienne du Magnificat, premières vêpres du IIème dimanche de l’Avent).

Cette demande « Visite-nous, Seigneur Jésus » doit être faite par tous les chrétiens et les vierges consacrées dans le monde, par le don total de soi au Christ, nous en donne un bel exemple, grand et généreux. Elle sont conscientes que l’époux cherche sa bien-aimée et elles veillent en son attente et font leur ce passage du Cantique des cantiques : « La voix de mon bien-aimé ! C’est lui, il vient… Il bondit sur les montagnes, il court sur les collines, mon bien-aimé, pareil à la gazelle, au faon de la biche. Le voici, c’est lui qui se tient derrière notre mur : il regarde aux fenêtres, guette par le treillage. » (2,8-9). « Je dors, mais mon cœur veille… C’est la voix de mon bien-aimé ! Il frappe ! LUI – Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe » (5,2). « Je suis à mon bien-aimé, mon bien-aimé est à moi » (6,3).

Par leur consécration, ces femmes vierges montrent qu’il est possible, et que c’est source de joie, d’accueillir le Christ comme un hôte doucement attendu, comme l’époux à qui consacrer à jamais sa fidélité. Elles nous montrent avec humilité qu’il est possible de garder toujours allumées les lampes, en attendant avec amour la venue du Sauveur.(cf rituel de consécration des Vierges N° 28 : « Veillez car vous ne savez ni le jour ni l’heure. Conservez avec soin la lumière de l’Évangile, et soyez prêtes à aller à la rencontre de l’Epoux qui vient ».)

À leur exemple, je souhaite que, pas seulement en ce temps de l’Avent, nous cherchions tous à être toujours attentifs à la voix du Christ et à l’aimer par-dessus tout.

Lecture Patristique

Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)

Sermon 109, 1; PL 38, 636

Nous venons d’entendre l’évangile où Jésus critique ceux qui savaient reconnaître l’aspect du ciel, mais n’étaient pas capables de découvrir le temps où il était urgent de croire au Royaume des cieux (cf. Lc 12,54). C’est aux Juifs qu’il disait cela, mais cette parole parvient jusqu’à nous. Or le Seigneur Jésus Christ lui-même a commencé ainsi sa prédication: Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche (Mt 4,17). Jean Baptiste, son précurseur, avait commencé de la même façon: Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche (Mt 3,2). Et maintenant le Seigneur les blâme parce qu’ils ne veulent pas se convertir alors que le Royaume des cieux est proche, ce Royaume des cieux dont il dit lui-même qu’il ne vient pas de manière visible (Lc 17,20), et aussi qu’il est au milieu de vous (Lc 17,21).

Que chacun ait donc la prudence d’accepter les avertissements de notre Maître, pour ne pas laisser échapper le temps de sa miséricorde, ce temps qui se déroule maintenant, pendant lequel il épargne encore le genre humain. Car, si l’homme est épargné, c’est pour qu’il se convertisse, et que personne ne soit condamné.

C’est à Dieu de savoir quand viendra la fin du monde: quoi qu’il en soit, c’est maintenant le temps de la foi. La fin du monde trouvera-t-elle ici-bas l’un d’entre nous? Je l’ignore, et il est probable que non.

Pour chacun de nous le temps est proche, parce que nous sommes mortels. Nous marchons au milieu des dangers. Si nous étions de verre, nous les redouterions moins. Quoi de plus fragile qu’un récipient de verre? Pourtant on le conserve et il dure des siècles. Car on redoute pour lui une chute, mais non pas la vieillesse ni la fièvre. Nous sommes donc plus fragiles et plus faibles, et cette fragilité nous fait craindre chaque jour tous les accidents qui sont constants dans la vie des hommes. Et s’il n’y a pas d’accidents, il y a le temps qui marche. L’homme évite les heurts, évite-t-il la dernière heure? Il évite ce qui vient de l’extérieur, peut-il chasser ce qui naît au-dedans de lui? Parfois n’importe quelle maladie le domine subitement. Enfin, l’homme aurait-il été épargné toute sa vie, lorsqu’à la fin la vieillesse est venue, il n’y a plus de délai.

***

[1] « Royaume des cieux » est une expression typique de saint Matthieu qui l’emploie trente-trois fois dans son Évangile. C’est une façon de parler juive qui, en signe de respect, substitue « cieux » au nom de Dieu. L’expression « Royaume des cieux » indique que Dieu se révèlera à tous les hommes et avec grande puissance : la puissance de l’Amour qui se donne et ne domine pas.

[2] Saint Thomas d’Aquin, Summa Theologica, I-IIae, q.113,a.4.

 


Commentaire des lectures de la messe du IIIème dimanche du temps ordinaire - Année A - dimanche 11 décembre 2016
Isaïe 35,1-6.8.10; Psaume 145; Jacques 5,7-10; Matthieu 11, 2-11
Joie pour le Dieu proche
Le Précurseur

1) Joie pour le Dieu proche.

L’Évangile est joie, c’est une joyeuse et bonne nouvelle de Dieu qui naît parmi nous pour rester toujours avec nous : Il est l’Emanuel, qui donne aux pauvres non seulement quelque chose mais qui se donne lui-même. L’évangile est message de joie. Pour cela, même si tout l’Avent est le temps de l’attente et de joie, ce dimanche est le dimanche de la joie.

Voyons comment la liturgie d’aujourd’hui nous présente cette joie de l’attente qui deviendra à Noël la félicité pour la possession d’un bien connu et aimé[1] : Jésus Christ.

Déjà dans l’antienne d’entrée de la Messe, l’Eglise nous invite à être toujours heureux, en utilisant les mots de Saint-Paul « Gaudete in Domino semper – réjouissez-vous dans le Seigneur, toujours »(Phil 4.4) [2].

Ensuite, dans la prière du début de la messe d’aujourd’hui, le prêtre présente notre désir de joie en priant ainsi : « Regarde, Père, ton peuple qui attend avec foi le Noël du Seigneur, et fait nous célébrer le grand mystère du salut avec une exultation renouvelée » (Collecte du 3ème dimanche de l’Avent).

Cette prière est suivie de la première lecture de la messe où Isaïe affirme : « Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu » (Is 35,1s). Le prophète Isaïe propose cet hymne à la joie parce que le peuple d’Israël a été libéré de l’esclavage.

Le Psaume 145, ensuite, décrit toute la miséricorde de Dieu vers les besogneux et les marginaux. C’est une hymne de louange à la Providence du Seigneur : « Le Seigneur est fidèle, il rend justice aux opprimés, donne du pain aux affamés, libère les prisonniers. Il redonne la vue aux aveugles, relève celui qui est tombé, aime les justes, protège les étrangers. Il soutient l’orphelin et la veuve, il règne pour toujours de génération en génération ».

Ces expressions, nous les retrouvons dans la 3e lecture, celle de l’Évangile.

Dans cette 3ème lecture, Jésus enseigne l’Évangile de la joie non en proposant un discours mais en attirant l’attention sur le fait qu’avec Lui « les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l’évangile est annoncé aux pauvres » (Mt 11,2-5).

Jésus fait tant de miracles qui sont le signe de sa bonté, de sa tendresse, de son amour, de son salut pour toujours : de sa joie !

2) Jean le Précurseur et annonciateur de la joie.

Personne n’est exclu de la joie que nous attendons toujours plus intensément. Mais chacun de nous sait que ceci n’est pas une attente toujours facile. C’est pour cela que la lettre de Jacques (2ème lecture) parle de la patience du paysan. La personne patiente est celle qui, comme le paysan, attend le fruit se son travail jusqu’au temps opportun qu’il ne lui revient pas de déterminer. La personne patiente est celle qui ne se laisse pas abattre par les adversités mais qui reste ferme et solide dans son espérance « obstinée ».

Si nous revenons à l’Évangile d’aujourd’hui, nous voyons que, après avoir indiqué les oeuvres sur lesquelles il faut réfléchir et sur base desquelles il est possible donner un jugement sur Lui, le Rédempteur exprime sa pensée sur Jean le Précurseur. Il le fait en s’adressant à la foule. La grandeur de Jean ne consiste pas seulement dans l’austérité de sa vie et dans la force de son caractère. Elle est plutôt dans le fait d’avoir accepté le devoir de courir devant le Messie pour lui préparer le terrain. Le fait que Jean est envoyé pour appeler à la conversion et pour indiquer l’arrivée du Messie le qualifie de messager de joie.

Jean le Baptiste est venu rendre témoignage à Jésus et à la joie qu’il apporte. Comment peut-on ne pas être dans la joie si Jean nous indique le Christ comme l’agneau qui manifeste l’amour de Dieu avec la miséricorde?

Le Baptiste « permit » à Jésus de descendre dans l’eau du Jourdan pour accomplir toute justice (cf. Mt 3,15), nous permettons à Dieu d’être l’Amour qui descend dans notre cœur pour accomplir en nous cette justice.

Jean, depuis petit et même encore avant de naître, indiqua la présence de Jésus tressaillant de joie dans le ventre de sa maman Elisabeth. Adulte, il devint petit pour que le Christ grandisse (cf. Jn 3,30). Nous aussi, devenons petits et laissons le Christ naître et grandir en nous, en dilatant notre coeur.

Alors nous serons dans la joie et cette joie nous rendra évidente la présence du Sauveur, comme il arriva à Jean le Précurseur.

Alors nous serons des témoins du Seigneur que nous attendons et que nous cherchons à aimer et à incarner, le Seigneur qui est réellement le Dieu aimant de la vie et le donneur de joie.

3) Témoins de la joie.

Dans l’Évangile de ce dimanche, face aux envoyés de Jean le Baptiste qui demandent à Jésus s’Il est le Messie, Jésus répond en disant ce qu’il fait : les miracles. Ces actions stupéfiantes parlent de son origine en Dieu : de sa mission rédemptrice. C’est Lui le Messie attendu, il n’y a rien aucun d’autre à attendre, parce que sa vie est un hymne à la charité, à la solidarité sur le mode parfait et définitif. Il ne faut pas attendre d’autre consolateur des affligés, d’autre samaritain qui soigne l’infortuné le long du chemin. Jésus assume la souffrance humaine, intervient avec ses pouvoirs pour sauver celui qui se trouve dans le besoin et porter dans le monde la joie évangélique.

Les saints continuent cette oeuvre du Christ. L’exemple plus récent est celui de Sainte Thérèse de Calcutta.

Cette missionnaire de la Charité et mère des pauvres est un très beau et actuel témoin de cette joie évangélique, qui naît d’un fait, d’un évènement de libération. Cette Sainte a été en contact avec la misère, la dégradation humaine, la mort, en vivant chaque jour parmi les plus pauvres des pauvres. Son âme a connu l’épreuve de la nuit obscure de la foi, et pourtant elle a donné à tous le sourire de Dieu. Elle-même exprime son expérience de joie de cette façon : « Nous attendons avec impatience le paradis, là où est Dieu, mais il est de notre pouvoir rester au paradis ici-bas et à partir de maintenant. Etre heureux avec Dieu signifie : aimer comme Lui, aider comme Lui, donner comme Lui, servir comme Lui » (La joie de se donner aux autres, Milan 1987, p 143).

De cette mère des pauvres nous apprenons que la joie entre dans le coeur de celui qui se met au service ses petits et des pauvres. Dieu prend sa demeure en Celui qui aime de cette façon et son âme est dans la joie. Si, au contraire, on fait de la joie une idole, on se trompe de chemin et il est vraiment difficile de trouver la joie dont Jésus parle et que nous recevons dans la rencontre avec Jésus. C’est ce que nous enseigne Pape François en écrivant : « La joie de l’Évangile remplit le cœur et la vie entière de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par Lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ, la joie naît et renaît toujours « . ( Es.Ap. Evangelii gaudium,1).

Un autre exemple actuel, contemporain de vie dépensée dans la joie du Christ attendu et accueilli avec joie nous vient des vierges consacrées dans le monde. Grâce à la virginité offerte pour le règne de Dieu, ces femmes instaurent un rapport d’amour personnel et exclusif avec le Christ. Le renoncement à l’amour humain (eros) pour vivre dans l’amour de Dieu (agape) témoigne que, pour elles, le Christ est tout. La joie est l’expérience d’être aimé, c’est pourquoi la joie de la vierge consacrée est le Christ : « Ceci sera la joie des vierges du Christ, joie à propos du Christ, joie en le Christ, joie avec le Christ, joie suivant le Christ, joie par le Christ, joie à cause du Christ » (Saint-Augustin d’Hippone, De virginitate, 27: PL 40, 411).

Cette joie est promise par l’évêque pendant le rite de la consécration : « Le Christ, Fils de la Vierge et époux des vierges, sera votre joie et couronne sur la terre, jusqu’à ce qu’il vous conduise aux noces éternelles dans son règne, là où en chantant le chant nouveau vous suivrez l’Agneau partout où il aille » (RCV 27) et « Recevez l’anneau des noces mystiques avec le Christ et gardez intègre la fidélité à votre époux, pour que vous soyez accueillies dans la joie de la fête éternelle » (RCV 40).

 

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone

Sermon 66

ANALYSE. – Après avoir rappelé les éloges que Jean avait faits de Jésus et les témoignages que Jésus avait rendus à Jean, saint Augustin se demande comment et pourquoi le Précurseur envoya vers le Sauveur deux de ses disciples pour lui demander s’il était le Messie. En doutait-il après l’avoir montré comme tel au peuple d’Israël? Il n’en doutait pas, mais il voulait confirmer les siens dans la foi à Jésus-Christ. – Recommandation en faveur des pauvres.

1.La lecture du saint Évangile a soulevé devant nous une question relative à Jean-Baptiste. Que le Seigneur nous accorde de la résoudre à vos yeux comme il l’a résolue aux nôtres.

Le Christ, vous l’avez entendu, a rendu témoignage à Jean, et il l’a loué jusqu’à dire de lui que nul ne l’a surpassé parmi les enfants des femmes. Mais au dessus de lui était le fils de la Vierge. Et de combien au dessus? Le héraut nous dira lui-même quelle distance entre lui et le Juge qu’il annonce. Sans doute Jean a devancé le Christ par sa naissance et ses prédications; mais il l’a devancé pour le servir et non pour se préférer en lui. Tous les officiers du juge ne le précédent-il pas? Ils lui sont inférieurs, quoiqu’ils marchent devant lui. Or, quel témoignage Jean n’a-t-il pas rendu au Christ? Il est allé jusqu’à proclamer qu’il n’était pas digne de dénouer la courroie de sa chaussure. Quoi encore? «Nous avons, dit-il, reçu de sa plénitude (2).» II se donnait comme un flambeau allumé à sa lumière; aussi se prosternait-il à ses pieds; il craignait en s’élevant de s’éteindre au souffle de l’orgueil. Il était si grand qu’on le prenait pour le Christ, et que si lui-même n’eût publié qu’il ne l’était point, l’erreur se serait accréditée et on aurait cru qu’il Pétait. Quel homme humble! Le peuple lui rendait de tels hommages, et il les dédaignait. On se trompait sur la nature de sa grandeur, et il s’abaissait davantage. Ah! c’est que rempli du Verbe de Dieu, il ne voulait point de l’élévation que confère la parole des hommes.

2.Voilà ce que Jean dit du Christ; mais le Christ, que dit-il de Jean? Nous l’avons entendu tout à l’heure. «Il commença à dire de Jean à la multitude: Qu’êtes-vous allés voir dans le désert? Un roseau agité par le vent?» Assurément non, Jean en effet ne flottait pas à tout vent de doctrine. «Mais qu’êtes-vous allés voir? Un prophète? Oui, et plus qu’un prophète. Pourquoi plus qu’un prophète? Les prophètes ont prédit le futur avènement du Seigneur; ils ont désiré de le voir et ne l’ont pas vu; mais Jean a obtenu ce qu’ils ont vainement cherché. Il a vu le Seigneur, il l’a vu, il l’a montré du doigt en s’écriant: «Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui efface le péché du monde (1),» le voici. – Déjà le Christ était venu, mais on ne le connaissait pas; de là les fausses idées répandues sur Jean. Voici Celui que les prophètes ont désiré de voir, Celui qu’ils ont prédit, Celui que figurait la Loi. «Voici l’Agneau de Dieu, voici Celui qui ôte le péché du monde.» Tel est le témoignage glorieux rendu par lui au Seigneur.

Et de son côté: «Parmi les enfants des femmes, dit le Seigneur, il ne s’en est point élevé de plus grand que Jean-Baptiste. Mais Celui qui vient après lui dans le royaume des cieux est plus grand que lui;» par l’âge il vient après lui, par sa majesté il est plus grand que lui.

1. Mt 11,2-11

2. Jn 1,16

3. Jn 1,29

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[1] S. Thomas d’Aquino, Summa Theologiae, I-IIæ, q. 31, a. 3.

[2] C’est grâce à cette antienne que ce dimanche a pris le nome de dimanche “Gaudete” c’est à dire « réjouissez-vous, car le Messie est vraiment proche.


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