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Commentaire des lectures de la messe du IVème dimanche du temps ordinaire - Année A - dimanche 18 décembre 2016
Isaïe 7, 10-14; Psaume 23; Epître de saint Paul aux Romains 1, 1-7, Matthieu 1, 18-24
Les deux maisons du « oui », de l’ « Amen » et du « Fiat »
Les deux maisons du « oui », de l' »Amen » et du « Fiat »:

celle de Marie et celle de Joseph, père légal de Jésus, le fils de Marie

1.Un modèle d’attente: Joseph

Lors du premier dimanche de l’Avent, la liturgie nous a invités à vivre intensément l’attente de l’Attendu, comme l’a vécue la Sainte Vierge, sans laisser notre cœur s’endormir appesanti par nos diverses préoccupations.

Lors du second dimanche de ce temps d’attente, nous avons été invités à vivre une conversion permanente. Pour accueillir la Parole et non pas les bavardages, il faut savoir écouter et accueillir la Parole avec un esprit et un cœur transformés par notre conversion.

Le troisième dimanche, en nous faisant réfléchir sur l’expérience douloureuse de la prison et du doute vécue par Saint Jean Baptiste, nous a enseigné qu’il faut être fidèle à la Parole sinon elle reste lettre morte et elle n’est certainement plus Esprit et Vie. Cette parole est Vie et source de joie.

Lors du quatrième dimanche de l’Avent, alors que les précédents dimanches nous avaient demandé de vivre l’Avent comme Jean le Baptiste et la Sainte Vierge avaient vécu l’attente du Christ, la liturgie nous propose un troisième modèle pour vivre l’Avent : celui de Saint Joseph.

Ce dimanche, l’Église nous demande donc de vivre les quelques jours qui nous séparent de Noël, comme saint Joseph a vécu les jours qui se sont écoulés de la nuit pleine de peur où il reçut – en rêve – l’annonce que la vie avait germé en Marie sa fiancée, à la nuit pleine de joie où le Fils de Dieu naquit dans la grotte de Bethléem.

La trajectoire que Joseph nous indique est claire : de l’écoute de la Parole annoncée dans un rêve par un ange, à l’abandon confiant à la volonté de Dieu qui lui demande d’être le gardien du Rédempteur qui va naître.

Humainement parlant, Joseph est grand parce que connaissant et aimant véritablement Marie, il s’incline devant la conception qui se fait en Marie, il ne discute pas sur les causes de cette grossesse inexpliquée et il choisit la voie humainement la plus miséricordieuse : il défend la dignité de Marie en renonçant à un refus public- usage de l’époque qui aurait condamné Marie au mépris de tous – et la congédie « en silence ».

Divinement parlant, Joseph est grand parce que quand Dieu lui-même l’illumine sur la vraie identité du Fils de Marie, conçu non d’un homme mais de l’Esprit Saint, Joseph revient sur sa décision (c’est à dire se convertit) et « il la prend avec lui comme son épouse ». Il se convertit en changeant sa façon de raisonner. Cette conversion de l’Esprit implique un changement de vie. Pour être le gardien du Rédempteur, il vécut l’attente de sa naissance non en attendant une idée mais une personne. Pour lui, Noël, ce fut recevoir la visite d’une personne, ce fut une rencontre qui changea sa vie. Il organisa sa vie pour garder la Vie et la donner au monde.

Demandons humblement la grâce de pouvoir imiter le père légal de Jésus. N’oublions pas cependant que l’adjectif « légal » dérive du substantif « loi » mais c’est la loi de la charité. Contemplons avec étonnement et imitons avec ténacité la foi active de Saint Joseph et son total abandon à ce que le Seigneur lui demande de faire devant le mystère de la conception et de la naissance de Jésus : être le père « légal » de Jésus. Cette expression est plus correcte que celle de « père putatif ». En effet Saint Joseph n’est pas seulement père parce que l’opinion commune le retient tel. Il est réellement père. Certes comme l’a bien écrit saint Augustin : « Joseph est père non par vertu de la chair mais par vertu de la charité. »

2.Les trois oui

Réfléchissons maintenant sur la phrase finale de l’Évangile d’aujourd’hui : « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse » (Mt. 1, 14).

L’époux de Marie dit oui à Dieu non pas en parlant mais en agissant. En silence, le charpentier de Nazareth accepta et remplit la tâche de chef de famille qui protégea la croissance du Christ dans le monde. Il est l’homme à qui Dieu a confié son Fils pour le garder et le protéger et il y est arrivé par une simple séquence logique et pratique à laquelle il s’est toujours tenu : la parole qu’il avait écoutée, il l’a toujours immédiatement mise en pratique, accomplie, incarnée.

Il est le père légal du Christ parce qu’il a vécu une paternité à l’égard de Jésus qui s’est exprimée concrètement en remplissant le rôle de « gardien du Rédempteur » (Saint Jean-Paul II) et en faisant de sa vie « un service, un sacrifice au mystère de l’incarnation et à la mission rédemptrice qui y est liée ; en usant de l’autorité légale qui lui revenait sur la sainte famille pour en faire un don total de soi, de sa vie, de son travail ; en ayant converti sa vocation humaine à l’amour domestique en une oblation surhumaine de soi, de son cœur et de toute sa capacité à aimer mise au service du Messie germé dans sa maison. » (Paul VI, Enseignements IV;1966, p110).

Grâce au « oui » silencieux de Joseph, Marie, la femme du « oui » total à Dieu eut une maison où le Verbe de Dieu, qui avait dit « oui », devint l’Emmanuel, le Dieu avec nous, pour nous et en nous. Comme dit Saint Paul, dans le Christ, il n’y a pas eu le « oui » et le « non » : mais seulement le « oui ». (cf. 2 Co 1, 18-19). A Gethsémanie, rappelons-nous l’acte d’abandon de Jésus à la volonté du Père : « Que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se fasse, Père » (cf. Lc 22, 42). Le psaume 39 nous fait prier : « Tu ne voulais ni sacrifice ni oblation : tu m’as donné un corps ; alors j’ai dit : Voici je viens. » et dans la Lettre aux Hébreux « Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation ; mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit : Voici, je viens, car c’est de moi qu’il est question dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté » (10, 4-10).

3.Le oui des Vierges consacrées dans le monde : un oui à l’intérieur de trois oui

Nous désirons tous être comme Marie et Joseph et devenir avec eux la maison du Christ. Nous sommes tous appelés à être les témoins de la Parole qui ne frappe pas seulement l’ouïe mais aussi les cœurs en les ouvrant et en y demeurant de façon stable.

Et si maintenant on me demandait de quelle « utilité » est la dévotion à Saint Joseph pour les vierges consacrées qui avec leur « oui » s’engagent à être des témoins particuliers de la fécondité de la Parole, je répondrais qu’elle les aide à vivre dans l’humilité de la place que le Père a choisie pour elles.(rituel de consécration des vierges, n° 36 : « Que Jésus Notre Seigneur, fidèle époux de celles qui Lui sont consacrées vous donne, par sa Parole, une vie heureuse et féconde ».

A travers le sacrifice total de lui-même, Joseph exprime son généreux amour envers la Mère de Dieu en lui faisant le don conjugal de lui-même de façon virginale. Bien que décidé à se retirer pour ne pas faire obstacle au plan de Dieu qui était en train de se réaliser en elle, par ordre direct d’un ange, il la garde avec lui et il respecte son appartenance exclusive à Dieu.

En outre, la virginité imite la façon dont Joseph a vécu son affection envers Jésus et la Sainte Vierge et anticipe la façon accomplie de vivre les affections dans la vie éternelle. De là jaillit la manière de vivre la maternité et la paternité pour qui se consacre à Dieu. Mais on ne doit jamais oublier que pour générer, il faut avoir été généré et que pour être père et mère, il faut non seulement avoir été un enfant mais l’être encore. Être enfanté dans l’amour nous rend à notre tour capable de transmettre et de donner la vie. De là l’importance de vivre une effective appartenance à l’Église dont Saint Joseph est le Patron.

Sur l’exemple de Jésus, Marie et Joseph, nous aussi, disons notre « oui ». Alors notre vie sera transfigurée de la miséricorde de Dieu.

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone, Sermon 51

ANALYSE.- Après avoir félicité ses auditeurs de ce qu’ils ont préféré au spectacle profane le spectacle de la vérité évangélique, et après avoir plaint ceux que l’attachement aux divertissements publics retient éloignés de l’Église, saint Augustin aborde le sujet qu’il a promis de traiter le jour de Noël. Il s’agit d’expliquer pourquoi Jésus-Christ est né miraculeusement de Marie et pourquoi néanmoins sa double généalogie est la généalogie de Joseph.

I. Pour relever le courage et l’honneur du sexe qui nous a perdus, il convenait que Jésus-Christ naquit d’une femme. Comment savoir qu’il est né d’une femme? Par le témoignage de l’Église universelle et par le témoignage de l’Évangile; car si l’on rencontre des difficultés dans l’Évangile, elles s’évanouissent bientôt quand on croit avec une hum soumission. Or l’Évangile rapporte expressément, non-seulement que le Fils de Dieu a pris chair dans la race de David et d’Abraham mais encore qu’il est né miraculeusement de la vierge Marie. En vain objecte-t-on que l’Évangile est dans l’erreur lorsqu’il rapporte le nombre des générations. Son calcul n’est pas erroné, et ce qu’il a d’étonnant figure d’une manière admirable comment le Sauveur convertissant les hommes devait être la pierre angulaire qui réunirait entre eux les Juifs et les païens devenus chrétiens.

II. Pourquoi la généalogie du Sauveur est-elle celle de Joseph et non celle de Marie? – C’est que Joseph est le père de Jésus-Christ. Ainsi l’enseigne l’Évangile à plusieurs reprises; ainsi le veut son titre véritable d’époux de Marie; ainsi l’exige la filiation adoptive. Si maintenant les Évangélistes attribuent deux pères à Joseph, c’est qu’il arrivait souvent chez les Juifs qu’un fils portait même temps le nom de son père légal et le nom de son père réel. Si d’un autre coté saint Matthieu compte les générations descendant, tandis que saisit Luc les énumère en remontant, si l’un en compte quarante et l’autre soixante dix-sept, c’est dans un but mystérieux, c’est pour faire connaître que le Fils de Dieu est descendu parmi nous pour se charger de nos péchés et qu’il est remonté vers son Père après les avoir effacés.

511 Dieu a excité l’attente de votre charité, qu’il daigne la remplir. Nous comptons, il est vrai que ce que nous allons vous adresser ne vient pas de nous mais de Lui; nous disons cependant avec beaucoup plus de raison que l’Apôtre dans son humilité, que «nous portons ce trésor dans vases d’argile, afin que la grandeur appartienne à la puissance de Dieu et ne vienne pas nous (1).» Je le vois, vous vous souvenez de notre engagement; c’est en Dieu que nous l’avons contracté, et c’est par lui que nous l’accomplissons. Nous le prions en vous promettant, et c’est lui qui nous donne de nous acquitter aujourd’hui. Votre charité n’a pas oublié que le matin de la Nativité du Seigneur, nous avons ajourné la solution de la question qui avait été proposée. C’est qu’en effet beaucoup de ceux qu’importune la parole de Dieu célébraient avec nous la solennité exigée par ce grand jour. Mais aujourd’hui il n’y a, je crois, que ceux qui désirent l’entendre, et nous ne parlons ni à des coeurs sourds ni à des âmes dégoûtées. Le désir que je vois en vous est de plus une prière en ma faveur.

Un autre motif m’encourage: le jour des jeux publics a emporté d’ici un grand nombre de malheureux, pour le salut desquels nous vous recommandons une sollicitude aussi empressée que la nôtre: priez Dieu avec ferveur pour eux, car appliqués comme ils sont- aux spectacles de la chair, ils ne connaissent point encore les doux spectacles de la vérité. Je sais et je sais avec certitude qu’à votre société appartiennent plusieurs de ceux qui nous délaissent aujourd’hui. Ils déchirent ainsi ce qu’ils ont cousu; car, les hommes changent et en bien et en mal: nous éprouvons chaque jour la joie et la tristesse de ces vicissitudes: joie, quand ils se corrigent; tristesse, quand ils se perdent. Aussi le Seigneur n’assure pas le salut à celui qui commence: «celui qui persévèrera jusqu’à la fin, dit-il, celui-là sera sauvé (2).»

512 Mais était-il possible que Notre-Seigneur Jésus-Christ, que le Fils de Dieu, qui a daigné se faire en même temps fils de l’homme, nous accordât rien de plus admirable, rien de plus magnifique, que de faire entrer dans son bercail, non-seulement les spectateurs de ces jeux frivoles, mais encore ceux qui s’y donnent en spectacle? Car il poursuit pour les sauver ét les amis des gladiateurs et les gladiateurs eux-mêmes. Lui-même d’ailleurs n’a-t-il pas été donné en spectacle? Apprends de quelle manière. Il a dit, il a prédit longtemps auparavant, il a annoncé, comme si la chose était déjà accomplie, il a dit expressément dans un psaume: «Ils ont creusé mes mains et mes pieds, ils ont compté tous mes os.» Voilà comment il a été donné en spectacle, ses os mêmes ont été comptés. Il exprime plus clairement encore cette idée de spectacle: «Ils m’ont regardé, dit-il, ils m’ont considéré attentivement (3).» Spectacle de dérision, car on n’avait pour lui, même en ce moment, aucune bienveillance, on ne montrait que de la fureur. Ainsi voulut-il que dès l’origine ses martyrs fussent également livrés en spectacle. «Nous sommes en spectacle, dit l’Apôtre, au monde, aux anges et aux hommes (4).»

Or il y a pour cette dernière sorte de spectacles deux espèces de spectateurs; les spectateurs charnels et les spectateurs spirituels. Les spectateurs charnels regardent comme des misérables ces martyrs qui sont exposés aux bêtes, qui périssent ta tête tranchée ou consumés par la flamme; ils les détestent, et les ont en horreur. Les autres spectateurs, comme les saints anges eux-mêmes, considèrent moins leurs chairs en lambeaux qu’ils n’admirent l’intègre vigueur de leur foi. Quel spectacle en effet pour les yeux du coeur qu’une âme montre ce que vous préférez invincible dans un corps en ruine! Ce sont ces spectacles que vous contemplez volontiers lorsqu’on en lit les actes dans l’Eglise; car vous n’y entendriez rien si vous n’y voyiez rien; et aujourd’hui par conséquent vous ne renoncez point, aux spectacles vous montrez ceux que vous préférez.

Que Dieu donc voies accorde la grâce de rendre compte avec bonté de vos spectacles pieux, à ces amis que vous plaignez aujourd’hui d’avoir couru à l’amphithéâtre et d’avoir refusé de venir à l’église; qu’ils commencent à mépriser ces jeux profanes dont l’amour les rend méprisables eux-mêmes, et qu’avec vous ils aiment ce Dieu dont ne peut rougir aucun de ceux qui l’aiment, car l’aimer c’est aimer l’invincible. Qu’avec vous ils aiment le Christ, le Christ qui a voulu paraître vaincu pour vaincre l’univers. Ne voyons-nous pas aujourd’hui, mes frères, qu’il l’a vaincu en effet? Il a soumis toutes les puissances; sans soldat superbe et avec sa croix chargée d’outrages, il a courbé les rois sous son joug; il n’a point fait sang avec le glaive, il est resté attaché à la croix et en souffrant dans son corps il a triomphé des âmes. Ses membres s’élevaient sur le gibet et sous ce gibet il abaissait les coeurs. Et quel diamant brille avec plus d’éclat sur le diadème, que la croix du Christ sur le front des monarques? Non, en vous attachant à lui, vous n’avez jamais à rougir.

Combien reviennent de l’amphithéâtre, vaincus parce que sont vaincus ceux pour qui ils se sont pris d’une folle passion? Ne seraient-ils pas plus vaincus encore si leurs partisans triomphaient? Ils seraient alors livrés à une vaine joie, ils s’abandonneraient au plaisir inspiré par leur passion insensée. Aussi sont-ils défaits au moment même où ils courent au théâtre. Combien n’y en a-t-il pas, mes frères, qui aujourd’hui ont hésité de savoir s’ils iraient là ou s’ils viendraient ici? Ceux d’entre eux qui dans ce moment de doute ont regardé le Christ et sont accourus à l’Eglise, ont triomphé, non pas d’un homme quelconque mais du diable même, le plus méchant ennemi du genre humain. Ceux au contraire qui ont alors préféré courir au théâtre, ont été vaincus au lieu d’être vainqueurs avec les premiers. Or si ceux-ci ont vaincu, c’est en Celui qui a dit: «Réjouissez-vous, car j’ai vaincu le monde (5).» Il est en effet comme le général qui s’est laissé attaquer pour former le soldat au combat.

1. 2Co 4,7

2. Mt 10,22

3. Ps 21,17-18

4. 1Co 4,8

5. Jn 16, 33

 


Commentaire des lectures de la messe de minuit - Année A - samedi 24 décembre 2016
Isaïe 9,1-6; psaume 95; Tite 2,11-14; Lc 2,1-14
Un Noël de vie à Bethléem, qui est l’Église
1. Il est né à Bethléem, allons nous agenouiller

Dans la messe de minuit et dans celle du matin, la liturgie de Noël propose le récit de la naissance de Jésus selon saint Luc[1], qui rapporte l’annonce de l’ange aux bergers : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur » (Lc 2, 11).

Aujourd’hui, 25 décembre 2016, pour nous « est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David ». Cette ville est Bethléem et, comme le firent les bergers dès qu’ils eurent entendu l’annonce angélique, c’est là que nous devons nous hâter de nous rendre.

Aujourd’hui, comme dans la sainte nuit d’il y a plus de 2000 ans, ceci est le signe qui est donné : « un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12). C’est un signe qui frappe par sa totale simplicité. Ce qui surprend, c’est l’absence de tout trait merveilleux. Les bergers, et nous avec eux, sont bien sûr à la fois enveloppés et apeurés par la gloire de Dieu, mais le signe qu’ils reçoivent est simplement : « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (id). Et quand ils arrivent à Bethléem, ils ne voient rien d’autre qu’un humble nouveau-né dans une pauvre crèche. La merveille de Noël est là. Sans la révélation des anges, nous ne comprendrions pas que ce nouveau-né couché dans une mangeoire est le Seigneur. Et sans l’enfant couché dans la mangeoire, nous ne comprendrions pas que la gloire du vrai Dieu est différente de la gloire de l’homme.

L’amour tout-puissant est « sous la forme d’un petit enfant. La toute-puissance comme non-puissance. Non-puissance comme l’amour, qui dépasse tout, qui donne un sens à tout » (Saint Jean-Paul II, homélie du 24 décembre 1985). Dieu s’est fait petit enfant pour que nous puissions le comprendre, l’accueillir, l’aimer.

Ce tout-petit nous demande d’être aimé : révérons-le comme le Seigneur des anges, mais aimons-le comme un tendre nouveau-né. Craignons-le comme le Seigneur de la puissance, mais aimons-le emmailloté de langes. Respectons-le comme le roi du ciel, mais aimons-le dans la mangeoire qui est le trône et l’autel.

Aimons-le en nous mettant à genoux et cherchons à percevoir dans ses yeux rieurs de petit enfant les yeux émus du Crucifié et ceux, lumineux, du Ressuscité, en priant : « Seigneur, notre Dieu, accorde-nous de nous réjouir en célébrant par ces mystères la naissance de notre Seigneur Jésus-Christ, en méritant par une digne conduite, de parvenir à la communion avec lui » (Lit. Mes.). Il est le Pain de Vie qui naît à Bethléem, qui veut dire en hébreu « maison du pain ».

« Cette maison du Pain est aujourd’hui l’Église, où se donne le corps du Christ, le vrai pain. La mangeoire de Bethléem est l’autel dans l’église. C’est ici que se nourrissent les créatures du Christ. Les langes sont le voile du sacrement. Ici, sous les espèces du pain et du vin, il y a le vrai corps et sang du Christ. Dans ce sacrement, nous croyons qu’il y a le Christ véritable, mais enveloppé de langes c’est-à-dire invisible. Nous n’avons pas de signe aussi grand et évident de la nativité du Christ que le corps que nous mangeons et le sang que nous buvons tous les jours en nous approchant de l’autel : tous les jours, nous voyons s’immoler celui qui est né une seule fois pour nous de la Vierge Marie. Hâtons-nous donc, frères, vers cette crèche du Seigneur ; mais avant, dans la mesure du possible, préparons-nous avec sa grâce à cette rencontre pour que tous les jours et pendant toute notre vie « d’un cœur pur, avec une conscience droite et une foi sincère » (2 Cor 6,6), nous puissions chanter avec les anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes qu’il aime » (Lc 2,14) » (Aelred de Rievaulx, Discours 2 pour Noël).

2.Humilité de Noël

Sans la révélation apportée avec joie et humilité par les anges, nous ne comprendrions pas que l’enfant couché dans une mangeoire est le Seigneur. Et sans l’enfant couché dans la mangeoire, nous ne comprendrions pas que la gloire du vrai Dieu est différente de la gloire de l’homme.

Cette gloire se manifeste dans l’humilité et elle est comprise par l’humilité. C’est pourquoi l’évangile nous demande d’imiter l’humilité des bergers qui, reconnaissant dans un pauvre enfant encore sans parole le Logos, la Parole, le sens plénier de leur vie, l’adorent comme le roi des rois qui avait pourtant comme trône une pauvre mangeoire. Et c’est pour cela que nous devons imiter l’humilité des anges qui, dans la nuit étoilée et bénie, chantaient : « Gloire au plus haut du ciel et sur la terre paix aux hommes qu’il aime ».

Selon saint Bernard de Clairvaux, les anges sont insérés vitalement dans le plan salvifique réalisé par le Christ. Non seulement parce qu’ils acceptent ce dessein rédempteur et qu’ils y collaborent activement par leur amour total et inconditionnel.

À bien y réfléchir, dès l’incarnation de son Verbe, Dieu s’est « servi » des anges pour préparer les hommes au grand événement de la venue de son Fils sur la terre. Même après l’incarnation du Verbe, pendant sa passion, sa mort et sa résurrection, les anges furent présents et actifs. Et quand Jésus reviendra dans la gloire à la fin des temps, les anges seront encore là pour annoncer son avènement final.

À ce point-ci, m’inspirant encore de saint Bernard, je fais une précision sur la relation des anges avec le Christ. Celui-ci est Dieu, par conséquent les anges lui sont soumis, mais le Fils de Dieu a pris la faiblesse humaine et, en tant qu’homme, il leur est inférieur. On voit là leur humilité : ils servent le Verbe y compris en tant qu’homme, ils se soumettent à sa seigneurie, même humaine, parce que dans cet événement se réalise, se concrétise et se concentre la volonté supérieure de Dieu le Père. Ainsi en a voulu le Père et ils accueillent sa très haute volonté, se prosternant devant l’enfant qui naît à Bethléem. Jésus et un petit enfant, un homme en tout égal à nous excepté le péché, par conséquent un être faible, fragile, comparé à eux qui sont de purs esprits, toutefois dans cette chair humaine, subsiste le Verbe éternel de Dieu, leur Seigneur. Pour cette raison, ils s’inclinent, ils l’adorent, ils se prosternent et chantent sa gloire, ils le servent avec grande disponibilité et humilité. Faisons de même, parce que l’humilité du Christ est servie par l’humilité des anges et des bergers, en premier, puis arriveront les humbles rois mages.

Noël est un mystère d’humilité et il est bon qu’il soit intérieur, qu’il soit célébré dans le silence du cœur humble, dans la conscience qui se fait attentive et pensive. Et il est intérieur et rénovateur s’il nous fait saisir le discours qu’en entrant dans le monde, Jésus a prononcé non par des mots mais par les faits. Quel discours ? Celui de l’humilité ; c’est là la leçon fondamentale du mystère de Dieu fait homme et c’est là le premier médicament dont nous ayons besoin (cf. S. Augustin d’Hippone, De Trin. 8, 5, 7, P.L. 42, 952). C’est de cette racine que la vie bonne peut renaître.

L’invitation à l’humilité sera plus tard répétée par le Christ adulte quand il dira : « si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux » (Mt 18, 3).

Aujourd’hui, je paraphraserais cette phrase ainsi : « Si vous ne devenez pas comme ce petit enfant, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux ».

3.Humilité et virginité

Les bergers ont compris avec leur cœur que, dans l’enfant qu’ils voyaient dans la grotte, la promesse du prophète Isaïe était devenue réalité : « un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir » (Is 9,5 – I Lecture de la Messe de la Nuit).

L’ange de Dieu nous invite nous aussi à nous mettre en chemin avec notre cœur pour voir l’enfant couché dans la mangeoire. Pour nous aussi, le signe de Dieu est la simplicité. Le signe de Dieu est le petit enfant. Le signe de Dieu est qu’il s’est fait petit pour nous. C’est cela sa manière de régner : en aimant et en se laissant aimer avec une humble simplicité.

De nous, Dieu ne veut rien d’autre que notre amour. À travers cette charité, nous apprenons à entrer dans ses sentiments, dans sa pensée et dans sa volonté ; nous apprenons à vivre avec Jésus et à pratiquer avec lui aussi l’humilité du renoncement qui fait partie de l’essence de l’amour. « Ou l’amour chrétien est humble ou ce n’est pas l’amour de Dieu » (pape François, 8 avril 2013).

Une manière significative de vivre cet humble amour est celui des vierges consacrées dans le monde. Ces femmes se tiennent à côté du Christ, à l’exemple de Marie vierge et mère en l’imitant particulièrement, elle dont le cœur et l’esprit sont pleinement humbles. C’est en raison de son humilité unique que Dieu demanda le « oui » de cette jeune femme, pour réaliser son dessein d’amour et de miséricorde.

La virginité de Marie est unique et incomparable, mais les vierges consacrées dans le monde témoignent que sa signification spirituelle concerne tous les chrétiens. Les personnes vierges montrent que celui qui se confie profondément et humblement à l’amour de Dieu accueille Jésus en lui et le donne au monde dans un Noël quotidien.

Dans leur vie cachée, elles accueillent aussi et surtout l’enseignement de la grande humilité d’un Maître qui ne parle pas encore mais qui est vraiment leur Tout.

Traduction de Zenit, Constance Roques

 

Lecture Patristique: Théodote d’Ancyre (+ après 438)

Homélies pour Noël, 1, PG 77, 1360 1361

Le Seigneur de tous est venu, s’est fait pauvre

Le Seigneur de tous est venu sous la forme de l’esclave, revêtu de pauvreté, comme un chasseur qui ne veut pas effaroucher son gibier. Il choisit pour naître un village obscur dans une région inconnue. Il naît d’une vierge qui est pauvre et il adopte tout ce qui est pauvre, afin de partir sans bruit à la chasse du salut de l’homme. Car s’il était né dans la gloire et les richesses, les incroyants diraient assurément que le monde a été transformé par ses largesses. S’il avait choisi pour naître la grande ville de Rome, ils attribueraient à la puissance de ses concitoyens les changements de l’univers. S’il avait été fils d’empereur, on aurait expliqué ses bienfaits par sa puissance. S’il avait été fils d’un sénateur, on aurait attribué à ses lois les progrès réalisés.

Or, qu’a-t-il fait? Uniquement des actions pauvres et banales, tout ce qui était modeste et ignoré du plus grand nombre, afin que le monde sache que la divinité seule a réorganisé le monde. C’est pour cela qu’il a choisi une mère pauvre, et une patrie plus pauvre encore. Il n’avait aucune ressource, et cette indigence nous est signalée par la crèche. Car, puisqu’on n’avait pas de lit pour coucher le Seigneur, on le mit dans une mangeoire et ce manque du nécessaire devint une glorieuse annonce prophétique. Car il est déposé dans une mangeoire pour annoncer qu’il sera la nourriture de ceux qui ne savent pas parler élégamment. Le Verbe de Dieu attirait à lui les riches et les pauvres, les hommes éloquents et ceux qui s’expriment avec difficulté, puisqu’il vit dans la pauvreté, lui qui couche dans une mangeoire. Voilà comment l’indigence devient une prophétie, comment la pauvreté de celui qui pour nous s’est fait chair (Jn 1,14) a montré à tous combien il est accessible.

Car personne n’a manqué de confiance pour avoir été intimidé par les richesses inouïes du Christ; personne n’a été empêché de l’aborder par la hauteur de son pouvoir. Il est apparu banal et pauvre, lui qui s’est offert à tous pour leur salut. Car dans la crèche, c’est le Verbe de Dieu qui se présente au moyen du corps, afin que l’ignorant aussi bien que l’intellectuel puisse accéder à cet aliment qui nous sauve. Et c’est peut-être cela aussi que le prophète proclamait à l’avance quand il disait, en dévoilant le mystère de cette crèche: Le boeuf connaît son propriétaire, et l’âne la crèche de son maître. Israël ne me connaît pas, mon peuple ne comprend pas (Is 1,3).

Il s’est fait pauvre à notre profit, lui qui était riche en raison de sa divinité, afin de rendre le salut facilement accessible à tous. C’est ce que voulait dire saint Paul: Lui qui était riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riche par sa pauvreté (2Co 8,9). Et qui donc était ce riche? Et de quoi était-il riche, et comment celui-là est-il devenu pauvre à cause de nous? Dites-le-moi: qui donc, quand il était riche, est devenu pauvre de ma pauvreté? C’est Dieu, dit saint Paul, qui était riche par sa création. Donc Dieu même s’est fait pauvre, adoptant la pauvreté de celui qui devenait visible. Car lui-même est riche de sa divinité, et en même temps s’est fait pauvre pour nous.

[01] “En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.

Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » (Lc 2, 1 – 15, Évangile de la Messe de la nuit, Lc 15 – 20, Évangile de la Messe de l’aurore)

 


Commentaire des lectures du dimanche 1er janvier 2017
Nm 6, 22-27; Ps 66; Gal 4,4-7; Lc 2,16-21
Notre Dame, Mère de Dieu et de la Paix
1) Bénie par le Fruit béni

Il y a huit jours, nous avons célébré la naissance, à Bethléem, du Fils de Dieu qui “s’est fait enfant pour nous faire devenir hommes” (Saint Ambroise). Aujourd’hui, une semaine après la naissance de Jésus, la liturgie nous invite à célébrer la Vierge Marie en tant que Mère de Dieu : celle « qui a donné à la lumière le Roi qui gouverne le ciel et la terre pour les siècles éternellement » (Antienne d’entrée de la Messe d’aujourd’hui). La liturgie nous fait méditer aujourd’hui sur le Verbe fait homme, et répète qu’il est né de la Vierge. Il est le « fruit béni des entrailles » de cette Vierge qui trouva en ce « fruit » tout ce qu’Ève avait désiré en mangeant le fruit mais qu’elle ne trouva pas. En fait, dans son fruit, Ève désira trois choses que le diable lui avait faussement promises, c’est-à-dire de 1) devenir comme Dieu et être conscient du bien et du mal, 2) d’avoir le plaisir parce que ce fruit était « bon à manger », 3) d’avoir la beauté parce que ce fruit était si beau à voir.

En mangeant le fruit défendu, Ève a enfreint l’image et la ressemblance à Dieu. Dans le fruit béni de son sein, Marie, et avec elle tous les chrétiens, a trouvé ce que Ève cherchait : l’union à Dieu à travers le Christ et la ressemblance avec Lui. Ève cherchait le plaisir et la joie, mais elle a trouvé la douleur et la nudité. Dans le fruit du sein de la Vierge nous trouvons grâce et salut : celui qui mangera ce fruit aura la vie éternelle.

Ève cherchait la beauté qui passe et prit un fruit de la mort, Marie a donné à l’humanité le fruit le plus beau que les anges contempleront : il est le plus beau parmi les fils des hommes (cf. Ps 44,3.) parce qu’il est la splendeur de la gloire du Père (Hb 1,3). Jésus, le Seigneur.

Donc « cherchons dans le fruit de la Bienheureuse Vierge ce que nous désirons parce que c’est cela le fruit béni par Dieu. La Vierge est donc bénie mais son fruit, Jésus, est encore plus béni » (Saint Thomas d’Aquin, Commentaire au ‘Je vous salue Marie’).

2) Les langes du Christ

Il est vrai qu’aujourd’hui, octave de Noël, on célèbre la fête de « Marie, Mère de Dieu », mais on ne peut oublier qu’aujourd’hui c’est aussi le 1er janvier. Une nouvelle année solaire commence donc. C’est est un temps « supplémentaire » que la Providence nous donne dans le contexte du salut inauguré par le Rédempteur il y a 2017 ans.

Même si les lectures bibliques de la Messe d’aujourd’hui mettent l’accent sur le « Fils de Marie » et sur le « Nom du Seigneur » au lieu de Marie, la solennité d’aujourd’hui est dédiée à la Vierge Mère de Dieu, pour souligner que le Verbe « sans temps » est entré dans le temps par l’intermédiaire de Marie. L’apôtre Paul le rappelle en affirmant que Jésus est « né d’une femme” (cf. Gal 4,4 – IIème lecture d’aujourd’hui).

Le titre « Mère de Dieu » souligne la mission unique de la Vierge sainte dans l’histoire du salut : mission qui est à la base du culte et de la dévotion que le peuple chrétien lui réserve. Notre Dame n’a pas reçu le don de Dieu uniquement pour elle-même, mais pour le donner au monde : dans sa virginité féconde, Dieu a donné aux hommes les biens du salut éternel, comme dit la Collecte : « Dieu qui dans la virginité féconde de Marie as donné aux hommes les biens du salut éternel, fais que nous expérimentions son intercession parce qu’à travers elle nous avons reçu l’auteur de la vie, le Christ, ton fils ».

Dans la liturgie d’aujourd’hui, c’est humblement que domine la figure de Marie, vraie Mère de Jésus, Homme-Dieu. La solennité d’aujourd’hui ne célèbre pas une idée abstraite, mais un mystère et un fait historique : Jésus-Christ, personne divine, né de la Vierge Marie qui est sa vraie Mère.

Cette Mère enveloppe le Fils avec des langes et cet Enfant, ce “nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (cf. Lc 2, 12) est le signe donné par les anges aux bergers pour reconnaître le Roi des Rois. Partis rapidement, les bergers arrivèrent à la grotte de Bethléem et trouvèrent l’enfant emmailloté non seulement par des langes blancs mais ils trouvèrent Marie et Joseph, les personnes blanches de pureté qui, d’amour pur, emmaillotaient et réchauffaient le Nouveau Né.

Noël, mystère de la joie : mystère de l’Incarnation, de la génération miraculeuse d’un Dieu qui choisit de révéler son visage aux hommes non par l’embrassade d’un immense ciel orné par des étoiles splendides, mais entre les bras d’une jeune femme pure, gardée par un homme pur : Joseph.

Avec les yeux de Saint Joseph regardons Marie, la Vierge Mère, qui est la première à croire, et la première à voir le miracle né dans et de sa chair : son corps est la seconde nature -la nature humaine- du Christ et son ventre est le premier trône du Roi des rois, puis viendra la mangeoire, puis la croix : aujourd’hui nous.

Avec les yeux de Marie, contemplons le Fils de Dieu né homme pour l’homme et confié aux soins de sa mère. Elle vit avec les yeux posés sur le Christ et fait trésor de chacun de ses gestes. A l’école du regard de Marie, surpris par la joie, nous pouvons cueillir par le cœur ce que nos yeux et notre esprit seuls ne parvient ni à percevoir, ni à contenir.

Avec les yeux des bergers, surpris par la joie, nous regardons le fait que la paix pour tous est née et gardée par la tendresse de la Mère de Dieu : Marie a donné au monde le Prince de la Paix, Jésus le Rédempteur de l’humanité.

Notre paix, le Christ, est entre les bras d’une mère : Marie, une de nous. La Paix, Jésus, né d’une femme, est le don de Noël par excellence mis dans nos bras. Lui est le visage de la Paix qui rayonne par nos visages, mendiants la paix.

Mendions cette paix de la Vierge Marie et nous l’aurons, comme l’eurent les pasteurs qui « allèrent, sans tarder, et trouvèrent Marie et Joseph et l’enfant, couché dans la crèche » (Lc 2, 16). Ces pauvres bergers, mendiants de Dieu dans un enfant, rencontrèrent le Prince de la Paix dans l’enfant-Jésus qui faisait d’eux des témoins de la joie de se sentir aimés et capables d’aimer, « artisans » de paix, de la paix qui nait de l’expérience d’être aimé. Demandons à Marie, Mère de Dieu, de nous aider à accueillir son Enfant et, en Lui, la vraie paix.

Comme les bergers, essayons d’être mendiants du Ciel, affamés d’amour, assoiffés de paix, rendons-nous à Bethléem et mettons-nous à genoux devant la crèche, qui montre Dieu qui devient Enfant de paix et une Mère, qui nous l’offre. Cette Vierge Mère fait naître de nuit l’Enfant parce que l’amour est toujours un don qui fait naître le jour. Elle donna le jour à la Lumière. Marie reflète avec beaucoup de splendeur la Lumière qui est descendue sur la terre. Que cette Lumière nous conduise sur les chemins de la paix, parce que « la lumière de Jésus est une lumière douce, une lumière tranquille, c’est une lumière de paix, c’est comme la lumière de la nuit de Noël : sans prétentions » (Pape François).

3) Maternité1 et virginité de Lumière et de Paix

Cette douce et humble lumière du Christ est portée aujourd’hui de façon particulière par les Vierges consacrées dans le monde. Grâce au don d’elles-mêmes au Christ, elles vivent par et pour amour de Dieu et des autres. Les consacrées irradient la même lumière que leur Epoux apporte au monde. Leur vie vécue humblement rappelle « le premier amour avec lequel le Seigneur Jésus Christ a réchauffé votre cœur » (Benoît XVI). Ces femmes qui s’offrent complètement dans la virginité, s’offrent corps et âme pour être avec le Christ et se mettre, comme Lui, au service de Dieu et des frères. Leur chemin est un chemin continu avec le Christ, rencontré aujourd’hui à Bethlehem, puis sur les terres de la Terre Sainte dans le cœur jusqu’au Calvaire, pour être avec Lui, instruments de Sa paix.

Lecture Patristique

Saint Athanase

Lettre à Épictète

PG 26, 1-58, 1062, 1066

En Marie, Dieu s’est vraiment fait homme.

Le Verbe a pris en charge la descendance d’Abraham, c’est pourquoi il devait se faire en tous points semblable à ses frères et prendre un corps pareil au nôtre. Aussi Marie est-elle vraiment nécessaire pour qu’il prenne ce corps en elle et l’offre en notre faveur comme étant le sien. L’Écriture rappelle son enfantement et dit : Elle emmaillota son fils ; le sein qui l’allaita a été déclaré bienheureux, et l’on a considéré qu’il est né d’elle comme pour l’offrande d’un sacrifice. Gabriel le lui avait annoncé en termes soigneusement choisis. Il n’a pas dit, de façon banale : « Celui qui va naître en toi » pour ne pas faire croire que ce serait un corps extérieur introduit du dehors ; il a dit : Celui qui va naître de toi, pour inviter à croire que celui qui allait naître sortirait d’elle.

Tout cela s’est fait ainsi pour que le Verbe, en assumant notre nature et en l’offrant en sacrifice, la fasse totalement sienne. Il a voulu nous revêtir ensuite de sa propre nature, ce qui permet à saint Paul de dire : Il faut que cet être corruptible revête l’incorruptibilité, que cet être mortel revête l’immortalité. Cela ne s’est pas fait de façon fictive comme certains hérétiques l’ont encore imaginé : jamais de la vie ! Le Sauveur est devenu vraiment homme, et le salut de l’homme tout entier est venu de là. Notre salut n’est pas une apparence, il n’est pas pour le corps seul, mais pour l’homme tout entier, âme et corps, et ce salut est venu du Verbe lui-même.

Ce qui est venu de Marie était donc humain par nature, selon les Écritures, et le corps du Seigneur était un vrai corps ; oui, un vrai corps, puisqu’il était identique au nôtre, car Marie est notre sœur, puisque nous descendons tous d’Adam.

Bien entendu, le Verbe ne s’est pas transformé en chair ; il seulement pris notre nature ; le mot de saint Jean : le Verbe s’est fait chair ne signifie pas autre chose, ainsi qu’on peut le voir à des expressions analogues, par exemple chez saint Paul : le Christ s’est fait malédiction pour nous.

L’union du Verbe à la nature n’ajoute rien à la Trinité, tandis que le corps humain a reçu un grand avantage de sa communion et de son unité avec le Verbe : de mortel il est devenu immortel, de purement humain il est devenu spirituel et lui qui vient de la terre, il franchit les portes du ciel.

Certes, même après que le Verbe a pris un corps en Marie, la Trinité demeure la Trinité, sans addition ni diminution. Elle est toujours parfaite : dans la Trinité on reconnaît l’unique divinité, et c’est ainsi que dans l’Eglise on proclame un seul Dieu, le Père du Verbe.

Les temps sont accomplis :

Aujourd’hui naît d’une femme,

celui qui nous rend fils de Dieu.

Son visage brille sur nous

et son Esprit pénètre nos cœurs.

1 Comment ne pas penser au sanctuaire du Puy-en-Velay (France) ? Selon la tradition, l’origine du sanctuaire est contemporaine de la proclamation solennelle de la maternité divine de Marie par le concile d’Ephèse (431).
Le Puy semble donc un lieu majeur choisi très tôt par Marie pour rendre visible et concrète en Europe sa maternité divine. La prière que nous aimons spécialement au Puy est l’Angelus où, trois fois par jour, avec Marie, nous accueillons dans la joie, la venue du Fils de Dieu parmi nous. Nous chantons aussi très souvent le Salve Regina. En 1998, l’UNESCO l’a inscrit au patrimoine mondial de l’humanité en raison de son rayonnement sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle (Un des premiers pèlerins connus est Godescalc, évêque du Puy, parti en pèlerinage en 951).


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