Si le Christ s’est déjà manifesté à Bethléem aux bergers, pourquoi célébrer son épiphanie (mot grec qui veut dire manifestation) aux Rois Mages, aux Hébreux sur les rives du Jourdain, aux disciples de Jésus à Cana de Galilée? Parce que « le Seigneur conduit son troupeau spirituel d’une fête à l’autre » (Homélie d’un auteur syrien anonyme). « A la première fête, dans la grotte de Bethléem, la création a reçu le Créateur du sein de la Vierge, et à la fête du baptême l’épouse reçoit l’Époux du sein du baptême. A la première naissance, Il a été engendré par la Vierge, et à la fête d’aujourd’hui Il a été engendré par le baptême » (Ibid.).
Entre ces deux fêtes il y en a une autre: celle des Rois Mages. Comme les pasteurs appelés par l’ange à participer à la Gloire de Dieu et à la paix des hommes, les Mages, des spécialistes de l’astronomie, eux aussi, furent guidés par l’étoile pour participer à l’événement qui changea le cours de l’histoire et les destins de l’humanité et du monde.
De ces mystérieux personnages aussi, venus de loin, nous apprenons à connaître, aimer et adorer l’Enfant Jésus, Sauveur du monde entier. Ces païens ont commencé à connaître Jésus grâce aux étoiles, c’est-à-dire grâce à la sagesse humaine, par le biais de la raison.
Mais la raison, à elle toute seule, ne suffit pas à conduire les mages jusqu’à l’Enfant Jésus. Ils ont eu besoin des Ecritures, de la Révélation. Toutefois pour arriver jusqu’à Jésus, la Bible non plus ne suffit pas. Les scribes et les pharisiens, qui conservaient la Révélation, n’ont pas bougé pour aller connaître le Roi des rois. La connaissance ne suffit pas, il faut autre chose, Il faut le désir de rencontrer Jésus, être prêt, comme les rois mages, à courir le risque d’entreprendre un long voyage, avec pour seul guide dans la nuit une étoile. Hérode et les chefs d’Israël, eux qui avaient pourtant la Révélation et n’étaient pas loin d’Israël, ne s’étaient pas lancé à la recherche de Jésus. Au contraire, dès qu’ils surent que le Roi par excellence était né, ils ont cherché à l’éliminer.
Les Sages hommes d’Orient, poussés par leur désir de vérité, de lumière et de vie, ont quitté leurs beaux palais. Si les mages n’étaient pas partis, s’ils n’avaient pas quitté leurs palais pour aller loin de chez eux, ils n’auraient pas vu le Christ. « Tant que les mages demeurèrent dans leur pays, ils ne virent qu’une étoile, mais lorsqu’ils l’eurent quittée, ils méritèrent de voir le Soleil même de justice (Mt 3,20). Disons mieux: s’ils n’avaient pas entrepris généreusement leur voyage, ils n’auraient même pas vu l’Etoile » (cf. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur Matthieu, 7-8). Cette Etoile est la voie, et la voie c’est le Christ, parce qu’Il est l’Etoile. Là où est le Christ, il y a aussi l’étoile ; en effet, celui-ci est l’étoile brillante du matin. Il se manifeste par sa lueur » (Saint Ambroise de Milan, Commentaire sur l’Évangile selon saint Luc, II, 45).
Si, comme les rois mages, nous sommes des hommes « à la recherche » de quelque chose en plus, de la vraie lumière, de cette lumière capable de nous indiquer le chemin à parcourir, nous quitterons nos maisons et notre sécurité pour suivre cette étoile, qui ne conduit pas à la grande ville de Jérusalem, mais nous guide vers Bethléem, une petite ville. Pour nous faire trouver le Roi des rois, elle nous fait aller parmi les pauvres, parmi les simples. Les critères de Dieu ne sont pas ceux des hommes. Dieu ne se manifeste pas dans la puissance violente de ce monde, mais dans la puissance douce de son amour, un amour qui ne s’impose pas, mais se propose à notre liberté. Si nous l’accueillons, nous serons transformés, nous serons capables d’arriver jusqu’à Celui qui est l’Amour. Cet Amour se manifeste adulte sur les rives du Jourdain, demandant d’être baptisé.
La manifestation de Jésus Christ aux pécheurs repentis, qui allaient trouver Jean le Baptiste, a Dieu le Père pour témoin qui dit: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » (Mc 9,7) et cette invitation à l’écoute nous introduit dans la quotidienneté d’un rapport personnel avec le Christ, avec l’Agneau envoyé par le Père pour enlever les péchés du monde. En descendant dans les eaux du Jourdain, Jésus, l’Emmanuel, le Dieu toujours avec nous, montre comment il s’est uni à nous, pécheurs. Par son baptême, le Sauveur commence à se manifester aussi comme Celui qui est venu baptiser l’humanité dans l’Esprit Saint, lui apportant la vie en abondance, (cf. Jn 10,10), la vraie vie.
2) La troisième « épiphanie » : le miracle aux noces de Cana.
L’épisode des noces de Cana est un épisode surprenant pour différentes raisons. C’est en effet un fait raconté dans l’évangile de Jean, qui est l’évangile intérieur, spirituel, contemplatif et a l’air d’un miracle très matériel, qui transforme l’eau en vin pour ne pas gâcher un repas de noce. Certes, Jésus en accomplissant ce miracle entretient la simple joie humaine de deux époux le jour de leurs noces, mais il est étonnant que son disciple bien-aimé l’ait choisi comme premier miracle à raconter dans son Évangile. A moins que l’importance de cet épisode est dans le fait que saint Jean veut raconter les noces entre Jésus et les hommes et nous dire que le vin qui manque est celui du sacrifice d’amour de l’Epoux.
Le pape François nous enseigne: « En entamant son ministère public durant les noces de Cana, Jésus se manifeste comme l’époux du peuple de Dieu, annoncé par les prophètes, et nous révèle la profondeur de la relation qui nous unit à Lui: c’est une nouvelle Alliance d’amour. » (Audience générale du 8 juin 2016). Aux noces de Cana, on n’assiste donc pas seulement à un miracle mais à la manifestation (épiphanie) de Jésus comme Epoux. Il est l’Epoux attendu et « durant ces noces, Il lie ses disciples à Lui par une Alliance nouvelle et définitive. A Cana, les disciples de Jésus deviennent sa famille et à Cana naît la foi de l’Église » (Ibid.). Cette foi se fonde sur un acte d’amour attentif également au manque de vin et nous révèle que la vie chrétienne est la réponse à cet amour. L’Eglise est la famille sur laquelle Jésus fait rejaillir cet amour. L’Eglise qui conserve et donne cet amour sponsal à tous.
Le signe (nom que donne saint Jean aux miracles dans son évangile) accompli par Jésus à Cana de Galilée (Jn, 2,1-12) est une manifestation messianique, comme le Baptême au Jourdain et comme l’adoration des mages à Bethléem. Mais, alors qu’à la grotte ce sont des hommes qui rendaient manifeste la vérité de l’Enfant Jésus, et au Baptême le Père qui révèle la signification profonde du Christ, à Cana c’est Jésus lui-même qui se manifeste.
Le récit du miracle de Cana ne souligne pas beaucoup la puissance du Christ. Il insiste plutôt sur des détails comme l’abondance du vin (environ 600 litres), son excellente qualité, le fait même que celui-ci remplace l’eau préparée pour les ablutions rituelles[2]. Tant de caractéristiques proprement messianiques. Jésus est le Messie, la nouvelle Alliance et la nouvelle loi. Mais on remarque tout de suite un détail important. La messianité de Jésus renferme l’idée d’un changement: il y a quelque chose de vieux (l’eau) qui doit diminuer pour laisser la place à quelque chose de nouveau (le vin). La vieille Loi laisse la place à la nouvelle, qui est une loi de liberté (cf. Jc 1, 25; 2, 12), une loi de grâce et d’amour (Saint Thomas d’Aquin, Summa Theologica, I-II, q. 107, a.1). A cette loi, nouvelle et parfaite, adhèrent les disciples présents au miracle, qui les pousse à croire en Jésus Christ, et accepter son amour qui transforme. Aujourd’hui, un exemple actuel de cette façon de croire et de répondre à cet amour nous vient des vierges consacrées. Celles-ci l’aiment comme Lui-même désire être aimé, dans la concrétude de la vie: « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements » (Jn 14, 15; cf. 14, 21). Elles l’aiment en ayant en elles les mêmes dispositions que Lui (cf. Fil 2, 5), en partageant son mode de vie, fait d’humilité et de mansuétude, d’amour et de miséricorde, de service et de disponibilité, de tendresse et d’attention. De cette façon, elles qui sont « vierges pour le Christ », réalisent leur condition de « mère en esprit » (Rite de consécration des Vierges, n. 16). En effet, « Selon la doctrine des Pères, les vierges, en recevant du Seigneur « la consécration de la virginité », deviennent signe visible de la virginité de l’Eglise, un instrument de sa fertilité » (Saint Jean Paul II, Discours aux Participants au congrès international de l’“Ordo Virginum” pour les 25 ans de la promulgation du Rite, 2 juin 1995)
Lecture patristique: Saint Basile le Grand (+ 379)
Homélies sur Noël, 2 (PG 31, 1472-1476)
L’étoile vient de s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant. C’est pourquoi les mages, quand ils virent l’étoile, éprouvèrent une très grande joie (Mt 2,9-10). Accueillons, nous aussi, cette grande joie dans nos coeurs. Car c’est de la joie que les anges annoncent aux bergers. Adorons avec les mages, rendons gloire avec les bergers, dansons avec les anges! Il nous est né aujourd’hui un Sauveur, qui est le Messie, le Seigneur (Lc 2,11). C’est Dieu, le Seigneur, qui nous illumine (Ps 117,27), non pas sous la forme de Dieu, pour ne pas épouvanter notre faiblesse, mais sous la forme du serviteur, afin de donner la liberté à ceux qui étaient réduits en servitude. Qui donc a un coeur assez endormi, qui donc est assez ingrat pour ne pas se réjouir, exulter et rayonner devant un tel événement?
Cette fête est commune à toute la création: elle accorde à notre monde les biens qui sont au-delà du monde, elle envoie des archanges à Zacharie et à Marie, elle constitue des choeurs d’anges qui proclament: Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre, bienveillance aux hommes (Lc 1,14). Les étoiles accourent du haut du ciel, les mages quittent les nations païennes, la terre offre son accueil dans une grotte. Personne n’est indifférent, personne n’est ingrat. Nous-mêmes, fêtons le salut du monde, le jour de naissance de l’humanité. On ne peut plus dire maintenant: Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière (Gn 3,19), mais: Rattaché à l’homme céleste (cf. 1Co 15,48), tu seras élevé au ciel. On n’entendra plus dire: Tu enfanteras dans la souffrance, (Gn 3,16), car bienheureuse celle qui a enfanté l’Emmanuel, et les mamelles qui l’ont allaité. Un enfant nous est né, un fils nous a été donné, l’insigne du pouvoir est sur son épaule (Is 9,6).
Unissez-vous à ceux qui ont reçu avec joie le Seigneur venant du ciel. Pensez aux bergers pénétrés de sagesse, aux grands prêtres qui prophétisent, aux femmes remplies de joie, quand Marie est invitée par Gabriel à se réjouir, et que Jean tressaille dans les entrailles d’Elisabeth. Anne propageait la bonne nouvelle; Syméon tenait dans ses bras ce petit enfant dans lequel tous adoraient le Dieu de majesté. Bien loin de mépriser ce qu’ils voyaient, ils magnifiaient la grandeur de sa divinité. Car la vertu divine apparaissait à travers ce corps humain, comme la lumière à travers les vitres, resplendissante, pour ceux dont les yeux du coeur étaient purifiés.
Puissions-nous être trouvés avec eux, nous aussi, contemplant la gloire du Seigneur comme dans un miroir, et être nous-mêmes transfigurés de gloire en gloire (2Co 3,18), par la grâce et la tendresse miséricordieuse de notre Seigneur Jésus Christ: à lui la gloire et la puissance, pour les siècles des siècles. Amen.
NOTES
[1] Quand nous parlons d’ « épiphanie » nous entendons la manifestation de Jésus Christ à tous les gentils, représentés par les Roi Mages, qui se prosternèrent aux pieds de l’Enfant Roi et l’adorèrent. Toutefois, comme il est indiqué dans la liturgie des heures: « Aujourd’hui l’Eglise s’unit à son Epoux céleste, car dans le Jourdain le Christ a lavé ses péchés ; les Mages accourent avec des dons aux noces royales, et les invités se réjouissent en voyant l’eau transformée en vin » (Ant. au Benedictus de l’Epiphanie). Donc, en soi, la solennité de l’Epiphanie célèbre trois manifestations : celle à toute l’humanité représentée par les Rois Mages, celle aux Hébreux sur les rives du Jourdain, là où le Seigneur est baptisé et indiqué comme fils bien-aimé par le Père; et celle aux disciples par le biais du miracle de l’eau transformée en vin pendant les noces de Cana, qui sont un symbole des noces du Christ et de l’Eglise.
[2] « Il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des juifs ; chacune contenait deux à trois mesures (C’est-à-dire environ cent litres. Et Jésus dit à ceux qui servaient : Remplissez d’eau les jarres. Et ils les remplirent jusqu’au bord » (Jn 2, 6-7).
Après le temps de Noël qui s’est conclu avec la célébration des trois épiphanies de Jésus (à Bethléem avec les Rois Mages, sur les rives du Jourdain avec le Baptême, à Canaan avec le miracle des 600 litres d’eau transformée en vin), voici le temps ordinaire1 qui, dans le langage courant, évoque non seulement quotidienneté mais répétitivité et monotonie. Au contraire, avec sa liturgie, l’Eglise nous invite à vivre le temps ordinaire comme un prolongement quotidien2 – dans notre humanité, dans notre humble histoire de chaque jour – de ce que nous avons vécu à Noël.
Pour nous aider à prolonger dans notre vie ordinaire ce qui a été célébré dans le temps de Noël désormais terminé, l’Évangile d’aujourd’hui nous propose la rencontre entre Jean Baptiste et le Christ qui commence, au Jourdain, son travail quotidien de sauveur. En effet, Il nous sauve du péché en le prenant sur Lui : « Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29)3
Un jour qui se présentait comme un jour ordinaire, pendant son « travail quotidien » de prédicateur et de baptiseur, Jean vit parmi les personnes qui allaient chez lui, le Messie tant attendu. Il distingua en un homme dont il ne connaissait pas l’identité, quelque chose de vraiment exceptionnel. Il vit que l’Esprit de Dieu descendait comme colombe sur cet Homme, qu’Il restait sur Lui (cf Jn 1, 32). Il dit à voix haute « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».
Deux animaux doux et innocents, images de non-violence et de douceur, sont au coeur de cette révélation: l’agneau et la colombe.
Jésus est l’Agneau doux et innocent qui se laisse conduire à la mort (cf. Jr 11,19; Is 53,7), en s’offrant à Dieu pour le péché du monde. Cet Agneau qui est l’Aimé, le Bien aimé, est aussi le serviteur du Seigneur (cf. surtout Is 53, 5-6.13) qui prend sur son dos le péché du monde, pour l’enlever de nos épaules et l’effacer des yeux du Père duquel il invoque et obtient la miséricorde et le pardon.
L’Esprit Saint descend sur Jésus comme une colombe parce que l’esprit trouve son nid d’amour en Jésus. Demeurant en Jésus, cette colombe montre que l’amour du Père est établi en Jésus comme en une habitation permanente (cf. Mt 3,16; Mc 1,10; Lc 3,22). Avec les yeux du corps, Jean voit un « simple » homme qui allait chez lui, parmi d’autres hommes qui étaient des pécheurs repentis. Grâce à l’indication de l’Esprit, avec les yeux de l’esprit, le Baptiste reconnaît en son cousin Jésus : le Messie ; il l’indique à tous à haute voix comme l’Agneau de Dieu, en proclamant qu’il venait effacer le péché.
Mais pourquoi ce doux et innocent Agneau doit-il mourir ? De qui est-il victime ? De la colère de Dieu qui s’apaise seulement avec le sang des sacrifices ? De la justice de Dieu, celle qui exige qu’un innocent verse son sang pour payer les offenses ?
Dans l’Ancien Testament, comme le livre de l’Exode nous l’enseigne, le sang de l’agneau sur le jambage des maisons libéra le peuple juif de la mort, et, la viande de l’agneau, mangée au début de l’exode, devient une force pour le chemin d’Israël.
Dans le Nouveau Testament, l’Agneau de Dieu, le Fils qui s’est fait serviteur, le bon pasteur qui s’est fait agneau, se fait garant non plus et non seulement de la libération du peuple d’Israël, mais aussi du « monde » entier, de toute l’humanité.
L’Agneau de Dieu est victime de l’amour du Père pour l’humanité. Pour l’homme, Dieu sacrifie son Fils qui sacrifiera sa propre vie pour ses frères en humanité.
Cet Agneau qui conduit à la source de la vie, du bonheur et essuie chaque larme de nos yeux (cf. Ap 7,14-17), montre une obéissance et un amour qui vont jusqu’à La Croix. Il est le serviteur de Dieu qui prend sur Lui le péché du peuple. Effectivement, « quand le temps de la Miséricorde de Dieu arriva, l’Agneau vint sur la terre et porta le pardon, emportant le péché » (Saint-Augustin d’Hippone, Comment. In Ioan., 7, 5-6)
L’Agneau-Christ emporte le péché du monde parce qu’il est le Serviteur innocent par antonomase et il est solidaire avec les pécheurs. Même s’il est conscient de son innocence et de son origine divine, il ne prend pas de distances par rapport aux pécheurs, il se mélange avec eux et, aujourd’hui, avec nous.
2) Le Sacrifice de l’Agneau est un sacrifice de communion.
Jésus-Christ est l’Agneau immaculé et porte sur ses épaules la croix de nos péchés. Il monte sur la croix et s’immole comme un Agneau sur cette croix. Il porte sur ses épaules nos péchés, absolument tous, et, sur la croix, ils sont lavés par son sang, brûlés par le feu du Saint Esprit qui se propage avec son sang.
Ceci qui arrive sur la croix, arrive de nouveau mystérieusement dans le baptême et dans la confession sacramentelle, où le pouvoir de son sang enlève mes péchés.
Cette montée sur la croix se renouvelle sacramentellement à chaque Messe et puisque nous sommes baptisés, nous faisons un seul corps avec lui et comme son corps est sacrifié à la messe, nous aussi nous le sommes avec lui. C’est pour cela que dans la Messe, nous rendons grâce à Dieu, par Jésus Christ, l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, notre sauveur, qui nous enlève les ténèbres et les ombres de mort, en se donnant lui-même en personne dans la communion eucharistique.
Entrer en communion avec lui, communier, signifie devenir ce que (ou mieux Celui Qui) nous mangeons et renouveler cet acte d’abandon de nous-même et de notre péché Lui qui vient à nous comme un agneau pour le prendre sur Lui-même.
A chaque Messe, l’Eglise renouvelle le sacrifice rédempteur du Christ et, par un acte d’un amour intense, Jésus prend sur ses épaules le péché pour l’enlever de nos épaules. Ce n’est pas une expiation4 de sa part. La sienne n’est pas une expiation dans le sens juridique du terme qui est la chose la éloignée du concret de l’amour de Dieu. Son expiation s’unit au pardon qui est la caractéristique du Dieu de Jésus Christ. Le péché est donc enlevé non seulement parce qu’il est supprimé mais parce que l’Amour est introduit en l’homme.
Pour continuer à introduire cet amour en l’homme, la façon privilégiée est celle de la communion : Communier en assumant la chair de l’Agneau de Dieu qui s’est fait nourriture pour nous et entrer dans la communion avec la personne du Seigneur vivant. Cette communion, cet acte du « manger », est réellement une rencontre de deux personnes, c’est un « laisser pénétrer » par la vie de celui qui est le Seigneur, de celui qui est notre créateur et rédempteur. Le but de cette communion est l’assimilation de ma vie à la sienne, ma transformation et conformation à celui qui est Amour vivant.
Dans ce contexte, je désirerais rappeler l’importance du témoignage virginal en relation avec le mystère de l’Eucharistie. En effet, le mystère eucharistique manifeste un rapport intrinsèque avec la virginité consacrée qui est l’expression de la consécration exclusive de l’Eglise au Christ qui l’accueille comme son Epoux avec une fidélité radicale et féconde.
Dans l’Eucharistie, les vierges consacrées trouvent l’inspiration et l’aliment pour leur dévouement total au Christ. En anticipant les « noces de l’Agneau » (Ap 19,7.9), ces femmes consacrées dans le monde se confient complètement à l’Agneau eucharistique et témoignent qu’Il est le confort et la raison pour être, même aujourd’hui, signe de l’amour gratuit et fécond que Dieu a envers l’humanité.(cf rituel de consécration des vierges n°24 : Et toi, Dieu toujours fidèle, sois leur fierté, leur joie, leur amour ; sois pour elles consolation dans la peine, lumière dans le doute, recours dans l’injustice ; dans l’épreuve, sois leur patience, dans la pauvreté, sois leur patience, dans la pauvreté, leur richesse, dans la privation leur nourriture, dans la maladie leur guérison. »
Ces femmes témoignent que le Christ qui est la miséricorde de Dieu fait chair, nous transforme, en nous assimilant à Lui. Il nous rend capables de vivre selon sa même logique de donation et transfigure notre quotidien. Si nous avons besoin d’aide, Il est la force. Si nous avons peur de la mort, Il est la vie. Si nous désirons le ciel, Il est la vie. Si nous voulons fuir les ténèbres, Il est la lumière. Si nous cherchons la nourriture, Il est l’aliment « (cfr Saint-Ambroise).
Lecture Patristique
Saint Augustin d’Hippone
Homélie XVIII
1. L’homme est indolent et enclin à se perdre, non par la condition même de la nature, mais par une indolence volontaire. Voilà pourquoi elle a besoin de remontrances multipliées; et c’est pour cela que saint Paul, écrivant aux Philippiens, disait: «Il ne m’est pas pénible, et il vous est avantageux que je vous écrive les mêmes choses». (Ph 3,1) Quand une fois la terre a reçu la semence, elle porte aussitôt du fruit et n’a pas besoin de nouvelles semailles; mais il n’en est pas ainsi de notre âme: après y avoir souvent jeté la semence et l’avoir cultivée avec grand soin, on est trop heureux encore, si elle a reçu une seule fois la graine. En effet, ce qu’on dit ne s’imprime pas tout d’abord dans l’esprit, parce que le sol est très-dur, encombré d’épines, et que l’âme est entourée d’une multitude d’ennemis qui ne cherchent qu’à lui tendre des piéges et à arracher la semence. En second lieu, après que la semence est entrée et a jeté des racines, il faut les mêmes soins pour que la tige se fortifie, qu’elle croisse et porte son fruit et que rien ne l’en empêche. A l’égard des semences, on peut dire que l’épi une fois formé et parvenu à toute sa vigueur, n’a plus de peine à braver la nielle, la sécheresse, ni les autres dangers; mais à l’égard de la doctrine, il n’en est pas de même: même après que l’oeuvre est achevée, un orage qui survient, des difficultés, des troubles qui naissent, les embûches des méchants, une foule de tentations peuvent renverser tout l’édifice.
Ce n’est pas sans raison que nous disons tout ceci; mais, comme Jean-Baptiste répète les mêmes choses, c’est afin que vous ne le preniez pas pour un conteur importun. Il aurait bien voulu qu’il lui eût suffi de parler une fois pour se faire entendre; mais, s’apercevant que l’assoupissement où étaient plongés la plupart de ses auditeurs, les empêchait de comprendre sur-le-champ ce qu’il leur enseignait, il les réveille par ces répétitions; mais vous-mêmes, soyez attentifs, Jean-Baptiste a dit: «Celui qui vient après moi est avant moi». Et: «Je ne suis point digne moi-même de dénouer les cordons de ses souliers», et: «C’est lui qui vous baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu»; et qu’il «a vu le Saint-Esprit descendre comme une colombe et demeurer sur lui, et il a rendu témoignage qu’il est le Fils de Dieu». (Mt 3,11). Et personne n’y a fait attention, nul ne l’a interrogé ou lui a dit: Pourquoi dites-vous ceci, à quel sujet, pour quelle raison?
Il a dit encore: «Voilà l’agneau de Dieu, (183) qui ôte le péché du monde»: et ils n’en sont ni plus touchés, ni moins nonchalants. Voilà pourquoi il est dans l’obligation de répéter les mêmes choses, d’en user comme un laboureur qui voudrait amollir une terre dure et en friche à force de la remuer, de soulever par la parole comme avec la charrue leur esprit lourd et pesant, afin que la semence qu’il y jettera ensuite puisse pénétrer plus avant; voilà pourquoi il ne fait pas de longs discours, n’ayant en vue que de les amener à Jésus-Christ. Il savait bien que s’ils avaient une fois accueilli avec soumission sa parole, ils n’auraient plus besoin, à l’avenir, de son témoignage: comme effectivement il arriva. Car si les samaritains, aussitôt qu’ils l’ont entendu parler, disent à la femme qui le leur avait annoncé: «Ce n’est plus sur ce que vous nous avez dit que nous croyons en lui; car nous l’avons ouï nous-mêmes, et nous savons qu’il est le Christ, le Sauveur du monde» (Jn 4,42); des disciples devaient être encore plus promptement gagnés, comme véritablement ils le furent; puisque l’ayant suivi et entendu seulement un soir, ils ne retournèrent plus à Jean, mais s’attachèrent si fort à Jésus qu’ils en reçurent le ministère de leur premier Maître, et prêchèrent le nouveau. «André trouva», dit l’évangéliste, «son frère Simon et lui dit: Nous avons trouvé le Messie, c’est-à-dire le Christ». (Jn 1,41)
Ici, mes frères, je vous prie de considérer une chose avec moi; c’est que quand Jean-Baptiste disait: «Celui qui vient après moi est avant moi». Et: «Je ne suis pas digne de dénouer les cordons de ses souliers», il n’a gagné personne; mais que, lorsqu’il a parlé de l’incarnation et tenu un langage moins sublime, c’est précisément alors que les disciples l’ont suivi. Et ce n’est point là seulement à quoi vous devez vous arrêter; mais vous avez à observer encore qu’on n’attire point tant de gens lorsqu’on dit de Dieu des choses grandes et relevées, que lorsqu’on parle de sa clémence, de sa miséricorde, et de ce qui regarde le salut des auditeurs. En effet, ils ont ouï que Jésus ôtait le péché, et aussitôt ils sont accourus. S’il est possible de laver nos péchés et nos crimes, disaient-ils, pourquoi temporisons-nous? il y a quelqu’un ici qui sans peine et sans travail nous en délivrera; ne serait-il pas d’une extrême folie de remettre à un autre temps pour recevoir un si grand bienfait? Que les catéchumènes écoutent ceci, eux qui remettent leur salut, qui diffèrent de recevoir le baptême, jusqu’au dernier souffle de vie.
«Jean était encore là» (Jn 1,35), dit l’Ecriture, «et il dit: Voilà l’agneau de Dieu» (Jn 1,36). Jésus-Christ ne parle point, c’est Jean qui dit tout: l’Epoux a coutume de faire de même, il ne dit rien à l’épouse; mais il se présente et se tient dans le silence. D’autres l’annoncent et lui présentent l’épouse. Elle paraît et l’époux ne la prend pas lui-même, mais il la reçoit des mains d’un autre. Après qu’il l’a ainsi reçue d’autrui, il se l’attache si fortement qu’elle ne se souvient plus de ceux qu’elle a quittés pour le suivre. La même chose s’est passée à l’égard de Jésus-Christ. Il est venu pour épouser l’Eglise, il n’a rien dit lui-même, il n’a fait que se présenter. Jean, l’ami de l’époux, a mis dans sa main la main de l’épouse, en d’autres termes, les âmes des hommes persuadés par sa prédication; Jésus-Christ les ayant reçus, les a comblés de tant de biens, qu’ils ne sont plus retournés à celui qui les lui avait amenés.
2. C’est n’est point là seulement, mes frères, sur quoi vous devez porter votre attention: comme dans les noces, ce n’est pas l’épouse qui va trouver l’époux; mais l’époux qui court avec empressement vers l’épouse, fût-il lui-même fils de roi, et l’épouse fût-elle au contraire de basse condition, voire même une servante; ici de même la nature de l’homme n’est point montée au ciel, mais l’époux s’est lui-même abaissé jusqu’à cette vile et méprisable nature. Et après la célébration des noces, l’époux n’a pas permis qu’elle demeurât davantage ici-bas, mais l’ayant prise avec soi, il l’a menée dans la maison paternelle.
Mais pourquoi Jean-Baptiste ne tire-t-il pas ses disciples à l’écart, pour les instruire de ces grandes vérités, et les donner ensuite à Jésus-Christ? Pourquoi leur dit-il en public et en présence de tout le monde: «Voilà l’agneau de Dieu?» (Jn 1,36) C’est de peur que la chose ne parût concertée. Si ses disciples eussent été trouver Jésus-Christ à la suite d’exhortations particulières et comme pour lui faire plaisir, peut-être auraient-ils eu hâte de s’en aller mais s’étant au contraire portés à suivre Jésus-Christ sur ce qu’ils avaient publiquement ouï dire de lui, ils ont persévéré avec fermeté, et sont devenus de fidèles disciples; comme l’ayant suivi, non par complaisance pour leur [185] maître, mais pour leur propre utilité et leur avantage.
1) Conversion et Charité
Dimanche dernier, l’Évangile de Saint Matthieu nous a rappelé que Jésus est l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Ce dimanche, ce même évangéliste nous propose les premières paroles de la prédication de Jésus, Agneau sans tache qui a pris sur lui le péché, et qui dit: » Convertissez-vous (en grec « metanocite »), car le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt 4, 17).
Le verbe grec utilisé par Saint Matthieu a comme substantif « matanoia », c’est à dire « changement d’esprit » et indique que la pénitence est un profond et complet changement de l’esprit et du cœur sous l’influence de la parole de Dieu et dans la perspective du Royaume des Cieux.
Il ne faut pas non plus oublier que pénitence signifie aussi changement de vie en cohérence avec le changement du cœur. Si la pénitence est la conversion qui passe du cœur aux œuvres et donc à la vie entière du chrétien, on peut donc affirmer, sans se tromper, qu’il n’y a pas de vie chrétienne sans conversion.
A ce point, il est important de préciser que c’est la charité qui fait la vie chrétienne et que la charité est conversion, parce que tout notre être se tourne vers Dieu. Dans la conversion, notre cœur et notre esprit se tournent entièrement vers Dieu. « Conversio » veut dire se tourner. Qu’est-ce que cela signifie? Se tourner vers le Christ n’est pas tant un mouvement physique, c’est un mouvement spirituel du mal vers le bien, avec la ferme décision de vivre de Lui, en Lui et pour Lui.
Nous ne devons donc pas interpréter le commandement d’amour: « Convertissez-vous » seulement comme une invitation à nous repentir de nos propres péchés, il indique la nécessité de révolutionner notre vie. C’est comme si Jésus nous disait: « Changez de logique », « Changez de route, ne voyez-vous pas que celle où vous êtes est un chemin qui ne conduit pas à la vie mais à la mort? » C’est la proposition d’une opportunité: » Venez avec moi. Là où je suis, il y a la vie, celle qui est vraie et durable ».
C’est cela que le Rédempteur veut dire: « Changez de façon de penser et d’agir parce que le Royaume s’est fait proche. » Qu’est-ce que le Royaume des cieux ou de Dieu? C’est la vraie vie qui fleurit en toutes ses formes. Le royaume est de Dieu, mais il est pour les hommes que Dieu aime paternellement et éternellement, vraiment pour toujours.
Il faut garder présent que la conversion n’est pas faite une fois pour toute, c’est la vocation de toute une vie. On peut penser qu’une fois baptisé, dans la vie de communion avec le Christ, avec les sacrements, avec la célébration de l’Eucharistie, on arrive à la perfection donnée par le baptême et reconfirmée par l’Eucharistie et qu’on arrive à mettre en pratique le Discours sur la Montagne. Mais ce n’est pas ainsi. Seul le Christ lui-même accomplit vraiment et complètement le Discours sur la montagne. Nous, nous avons toujours besoin d’être lavés par le Christ et renouvelés par lui. Pour cela nous avons besoin de cette conversion permanente qui s’alimente à l’humilité de nous savoir pécheurs en chemin, jusqu’à ce qu’il nous tende la main définitivement et nous introduise à la vie éternelle. Nous devons vivre dans cette attitude d’humilité vécue jour après jour.
Du fait que nous nous sommes convertis à Jésus, qui est vérité et amour, nous devons le suivre toute notre vie et être témoin de son amour. Dieu est amour et la rencontre avec lui est la seule réponse possible aux inquiétudes du cœur humain ; un cœur qui est habité de l’espérance, qui ouvre déjà le présent au futur, tant et si bien que Saint Paul a écrit que « c’est dans l’espérance que nous avons été sauvés » (Rm 8, 24).
L’important est donc de faire grandir en nous le besoin de placer, en Dieu seul, notre unique espérance.
2) Conversion et vocation
La conversion n’est pas un chemin en arrière ou à reculons. La conversion est bien un retour à la maison mais à celle du ciel. Notre chemin de conversion nous conduit vers le haut. La conversion chrétienne n’est pas seulement morale (un pécheur qui retrouve le chemin du bien) ou religieuse (un athée qui vient à la foi en Dieu), mais c’est une conversion à la personne même du Christ, « soleil qui surgit d’en haut » et clé de voûte du destin humain. En se convertissant, c’est à dire en se tournant vers le Christ, survient la rencontre qui change intégralement toute notre façon de penser et de vivre. C’est une rencontre-conversion qui fait renaître d’en haut (cf Jn 3, 7) et qui nous fait comprendre que notre vocation est de suivre le Christ non pas tant pour faire de bonnes actions mais pour réaliser l’invitation du Fils de Dieu: « Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48).
Il y a trois niveaux de réponse à cette vocation-conversion à la perfection infinie de l’amour de Dieu:
« Aime ton prochain comme toi-même. »
« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
« Aimez-vous comme vous aime le Père céleste. »
Si nous prenons au sérieux l’invitation à la conversion évangélique qui nous est redite aujourd’hui, nous devons aimer comme le Christ nous le demande, en programmant notre vie quotidienne et en prenant les décisions concrètes qu’exige cet « aimer comme ».
De ces trois « comme », je souligne particulièrement aujourd’hui le troisième parce que notre vocation est principalement de nous tourner vers Dieu pour devenir comme Lui: « Retourne en toi. Et une fois rentré en toi, retourne-toi encore vers le haut: ne reste pas en toi. D’abord retourne en toi depuis le monde extérieur, et puis restitue-toi toi-même à celui qui t’a créé et qui t’a cherché toi qui était perdu; il t’a trouvé fugitif; il t’a converti à lui-même, toi qui lui avais tourné le dos. Retourne en toi, donc, et avance vers Celui qui t’a créé » (Saint Augustin d’Hippone, Discours 330, 3). Entreprise certainement impossible sans la grâce du Christ Rédempteur et de l’Esprit Sanctificateur: la parole de Dieu, les sacrements, la prière, le magistère de l’Église, les œuvres de charité, les conseils évangéliques, etc. Il s’agit finalement de devenir littéralement comme le Christ: « Réjouissons-nous et rendons grâce à Dieu: non seulement nous sommes devenus chrétiens, mais nous sommes devenus le Christ lui-même… Émerveillez-vous, réjouissez-vous: nous sommes devenus le Christ! Si le Christ est la tête et nous les membres, l’homme complet est Lui et nous (Id, Commentaire de l’Évangile de Jean 21, 8). »
3) La vocation des vierges consacrées
L’invitation à la conversion, c’est à dire notre vocation, est donc un appel à la sainteté, à devenir comme le Christ. Une fois compris cela, la réponse à cette invitation est de dire comme l’a fait la Sainte Vierge: » Me voici, qu’il soit fait selon ta parole ». Et comme l’ont fait les apôtres qui ont tout de suite abandonné leurs filets, leur bateau et leur famille pour le suivre (cf Mt 4, 20).
Leur « oui » à la vocation de Dieu a été précédé d’autres » Me voici » : celui fleuri sur les lèvres d’Abraham, de Moise, de Samuel, d’Isaïe etc. C’est comme quand on faisait l’appel à l’école et que chacun répondait rapidement en disant « présent! ».
Qu’a-t-il de mystérieux ce « Me voici » qui ouvre le cœur de Dieu, qui est la réponse suffisante à Dieu? Tout le reste, il s’en occupe lui, mais il veut d’abord entendre ce « Me voici » qui signifie : « Seigneur je suis là, je ne fuis pas ta présence, je suis disponible, je t’écoute, mon cœur est prêt » comme dit le psaume: « Mon cœur est prêt pour toi Seigneur ».
Chaque « Me voici » est un miracle de la grâce de Dieu, c’est la liberté qui mystérieusement s’ouvre à la grâce et aujourd’hui ce miracle est plus que jamais évident. Aujourd’hui le Seigneur appelle de façon plus que jamais ténue, mystérieuse et respectueuse et qu’un jeune homme ou qu’une jeune fille aient le courage de fermer les oreilles à toutes les attractions du monde et répondent « me voici » est un miracle que notre cœur, notre bouche et notre vie permettent à Dieu de faire.
Notre « Me voici », comme celui de tous les chrétiens, doit être joyeux, enthousiaste, émerveillé parce qu’il doit contenir la conscience d’avoir été choisi, d’avoir été repéré par Dieu, d’être l’objet d’une prédilection de Dieu.
Une façon actuelle de dire ce « Me voici » est celle des vierges consacrées dans le monde. Comme disait Saint Ambroise: « Les vierges consacrées sont dans le monde signe de vraie beauté ».
La beauté de la vie consacrée est aussi le thème de fond de l’Exhortation post-synodale Vita Consacrata, développée amplement en partant de l’icône de la Transfiguration. Saint Jean-Paul II écrivait: » Comme il est beau de rester avec toi Seigneur, de se dédier à toi, de concentrer de manière exclusive notre existence en toi! » En effet qui a reçu la grâce de cette communion d’amour spéciale avec le Christ, se sent comme emporté par sa splendeur. « Il est le plus beau parmi les fils de l’homme » (Ps 45/44; ibid n.15).
La forme de vie de l’Ordo Virginum est une forme de vie qui se développe désormais de façon continue dans plusieurs pays.
Sur cet Ordo, le CIC (Can 604) s’exprime clairement, ainsi que les textes liturgiques (le rite de la consécration) et ceux du magistère même récents qui en parlent. Aujourd’hui nous faisons référence à l’Exhortation apostolique déjà citée, qui selon moi décrit bien l’Ordo Virginum dans sa spécificité, en le plaçant tout de suite après la mention de la vie monastique, comme une forme pour ainsi dire germinale des expériences suivantes de vie religieuse et consacrée: » C’est un motif de joie et d’espérance de voir qu’aujourd’hui recommence à fleurir l’antique Ordre des vierges, attesté dans les communautés chrétiennes depuis les temps apostoliques. Consacrées par l’Évêque diocésain, elles acquièrent un lien particulier avec l’Église, au service de laquelle elles se dédient tout en restant dans le monde. Seule ou en communauté, elles constituent une image particulière et eschatologique de l’épouse céleste et de la vie future, quand l’Église vivra finalement en plénitude l’amour pour le Christ époux » (n. 7).
Le charisme de l’Ordo Virginum est un charisme très ancien. Il s’agit d’une tradition antique à ressusciter dans les réalités d’aujourd’hui, avec la même force et le même génie qu’aux origines. Nous ne sommes donc pas face à une réalité vague, générique, amorphe; elle a une identité bien précise, même si elle n’est pas facile à décrire dans ses particularités. Il s’agit certes d’un charisme à vivre avec simplicité et humilité, comme une voie ecclésiale (qui n’est pas unique) vers la sainteté, comme une existence offerte à Dieu dans un dévouement silencieux, gratuit et attentif.
Lecture patristique
Lansperge le Chartreux (+ 1539)
Sermon 5, Opera omnia, 3, 315-317
Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière (Is 9,1). Mes frères, nul n’ignore que nous sommes tous nés dans les ténèbres et que nous y avons vécu autrefois. Mais faisons en sorte de ne plus y rester, maintenant que le soleil de justice s’est levé pour nous.
Le Christ est donc venu illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et l’ombre de la mort, pour guider leurs pas dans le chemin de la paix. De quelles ténèbres parlons-nous? Tout ce qui se trouve dans notre intelligence, dans notre volonté ou dans notre mémoire, et qui n’est pas Dieu ou n’a pas sa source en Dieu, autrement dit tout ce qui en nous n’est pas à la gloire de Dieu et fait écran entre Dieu et l’âme, est ténèbres.
Aussi le Christ, ayant en lui la lumière, nous l’a-t-il apportée pour que nous puissions voir nos péchés et haïr nos ténèbres. Vraiment, la pauvreté qu’il a choisie quand il n’a pas trouvé de place à l’hôtellerie, est pour nous la lumière à laquelle nous pouvons connaître dès maintenant le bonheur des pauvres en esprit, à qui appartient le Royaume des cieux.
L’amour dont le Christ a témoigné en se consacrant à notre instruction et en s’exposant à endurer pour nous les épreuves, l’exil, la persécution, les blessures et la mort sur la croix, l’amour qui finalement l’a fait prier pour ses bourreaux, est pour nous la lumière grâce à laquelle nous pouvons apprendre à aimer aussi nos ennemis.
Elle est pour nous lumière, l’humilité avec laquelle il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur (Ph 2,7), et, refusant la gloire du monde, voulut naître dans une étable plutôt que dans un palais et subir une mort honteuse sur un gibet. Grâce à cette humilité nous pouvons savoir combien détestable est le péché d’un être de limon, un pauvre petit homme de rien, lorsqu’il s’enorgueillit, se glorifie et ne veut pas obéir, tandis que nous voyons le Dieu infini, humilié, méprisé et livré aux hommes.
Elle est aussi pour nous lumière, la douceur avec laquelle il a supporté la faim, la soif, le froid, les insultes, les coups et les blessures, lorsque comme un agneau il a été conduit à l’abattoir et comme une brebis devant le tondeur il n’a pas ouvert la bouche (Is 53,7). Grâce à cette douceur, en effet, nous voyons combien inutile est la colère, de même que la menace, nous consentons alors à souffrir et nous ne servons pas le Christ par routine. Grâce à elle, nous apprenons à connaître tout ce qui nous est demandé: pleurer nos péchés dans la soumission et le silence, et endurer patiemment la souffrance quand elle se présente. Car le Christ a enduré ses tourments avec tant de douceur et de patience, non pour des péchés qu’il n’a pas commis, mais pour ceux d’autrui.
Dès lors, frères très chers, réfléchissez à toutes les vertus que le Christ nous a enseignées par sa vie exemplaire, qu’il nous recommande par ses exhortations et qu’il nous donne la force d’imiter avec l’aide de sa grâce.