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Commentaire des lectures du dimanche 29 janvier 2017, IVème Dimanche du Temps ordinaire – Année A
Soph. 2,3; 3,12-13; Ps 145; 1Cor 1,26-31; Mt 5,1-12
La loi de la joie
1) La loi des Béatitudes.

L’évangile d’aujourd’hui nous propose les béatitudes, si connues, si citées et commentées que nous risquons de croire que nous les connaissons déjà et de ne pas avoir besoin de les relire, de méditer à nouveau dessus pour mieux les comprendre et les appliquer.

Le premier mot prononcé par Jésus dans son discours de la Montagne est : « Heureux 1 » (Mt 5, 2). Tel le nouveau Moïse, le Messie a gravi la montagne et du haut de sa chaire, donné la loi qui désigne la joie comme un devoir pour le chrétien. En effet les Béatitudes dans l’évangile de saint Matthieu, répondent au Décalogue du Livre de l’exode. La première alliance nouée entre Dieu et le peuple d’Israël fut ratifiée par le don de la Loi et l’acceptation par Israël de cette volonté divine. La Nouvelle Alliance aussi commence par la loi, mais sa loi sont les Béatitudes2 et elle est ratifiée par notre « oui », « fiat », « amen », grâce auquel en nous, en premier lieu, en Marie, la joie s’est incarnée et a établi sa demeure entre nous et en nous.

La loi chrétienne, les commandements de Dieu, les préceptes de l’Eglise, tous se réalisent dans le fait même que nous portons en nous la joie, qui est Jésus-Christ, cette joie qui vient de ce que nous avons Dieu en nous, que nous sommes non seulement aimés et croyons en l’amour, mais que nous répondons à cet amour en nous donnant pleinement au Seigneur. Voilà ce qu’est le bonheur : aimer parce qu’on est aimé.

La Loi de l’Ancien Testament est totalement portée par le don de la « Loi des Béatitudes » du Nouveau Testament. Ce don nous fait comprendre effectivement que l’unique loi du chrétien ne peut être que la joie, à partir du moment où toutes les Béatitudes commencent toujours par le même mot: « heureux ». « Heureux » parce que pauvres, « heureux » parce que doux, « heureux » parce que purs de coeur, « heureux » les persécutés: de toute façon, toujours « heureux ». Les Béatitudes sont les lois que le Christ a données pour nous indiquer la vocation des fidèles associés à la gloire de sa Passion et de sa Résurrection. Les Béatitudes « éclairent les actions et les attitudes caractéristiques de la vie chrétienne ; elles sont les promesses paradoxales qui soutiennent l’espérance dans les tribulations ; elles annoncent les bénédictions et les récompenses déjà obscurément acquises aux disciples ; elles sont inaugurées dans la vie de la Vierge Marie et de tous les saints » (CCC 1717).

Les Béatitudes sont la promesse d’une vie pleine et d’une loi qui indique un programme de vie heureux. Toutefois on ne saurait penser que ces béatitudes sont exemptes d’épreuves et souffrances, comme un « bien être » purement terrestre. On doit les voir comme une possibilité d’expérimenter que ce que l’on est, ou ce que l’on vit, a un sens (c’est-à-dire une direction et une signification), donne la « conviction », « une raison » selon laquelle la vie vaut la peine d’être vécue. Se rappeler aussi que ce bonheur est mesurable à la fin du parcours entrepris, parce que durant notre cheminement il est présent, mais il arrive que les épreuves, les souffrances, la passion, le contredisent.

Vivre les Béatitudes c’est vivre comme le Christ, mais c’est difficile, en effet le christianisme « n’est pas facile, mais heureux » (Paul VI).

2) Portrait du Christ et le nôtre.

Les béatitudes ne sont pas seulement la nouvelle loi que le Christ promulgue. Celles-ci « dépeignent le visage de Jésus-Christ et en décrivent la charité » (CCC 1717), faisant ressortir les traits de sa figure et mettant en évidence sa manière de penser et d’agir que nous devons faire nôtre avec amour.

D’un côté, les béatitudes sont un portrait du Fils de Dieu venu parmi nous, de l’autre, elles décrivent les caractéristiques du disciple qui, dans les pas du Maître, par la force de l’Esprit, vit l’imitation de son Seigneur, en se laissant habiter par Lui. Donc, nous mettons en pratique les béatitudes pour devenir des hommes neufs par le biais de la grâce qui nous vient de Jésus: en elles nous reconnaissons le projet et le parcours de sainteté selon l’évangile, parce que le saint n’est que l’homme nouveau rendu tel par le Christ.

Ce que le Christ exige n’est pas seulement d’être des saints, parfaits en amour (« Vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » – Mt 5, 48), mais d’être des « bienheureux », heureux dans notre perfection, car la sainteté et le bonheur sont indissociables.

Mais si la béatitude suppose la perfection, qu’est-ce que la perfection?

C’est la présence de Dieu dans notre cœur, Dieu à qui nous avons dit « oui ».

C’est vivre la vie de Dieu, qui se donne à chacun de nous.

Par conséquent, il est important que chacun de nous prenne conscience de ce don que nous avons reçu. Et, dans la mesure où nous en aurons pris conscience, où nous aurons vraiment foi en ce don, nous serons en mesure alors de faire tout autant l’expérience de cette joie d’être aimés.

Mais cette joie n’est pas seulement décrite dans l’Évangile du jour. Toute la liturgie de la Parole de ce dimanche met l’accent sur ce thème, partant en premier lieu de la béatitude de la pauvreté, comme on le voit dans le refrain du psaume responsorial, dans la lecture du livre de Sophonie, et dans le passage de la première lettre aux corinthiens, dans laquelle Paul affirme que Dieu se sert de ceux qui ne comptent pas pour confondre le monde. « Heureux le pauvre » implique certainement une invitation à mettre les pauvres au centre de l’attention. Le pauvre d’esprit est celui qui a confiance en Dieu, attend de Dieu, pose sa confiance uniquement en Lui. Comme l’entend saint Matthieu, la pauvreté ne peut se réduire à un abstrait détachement général des biens. C’est l’attitude concrète et publique, dont les béatitudes suivantes déterminent son contenu: la construction de la paix, la faim de justice, la miséricorde, la limpidité intérieure. Des attitudes toutes concrètes et actives. Bien que mettant au premier plan les attitudes intérieures et spirituelles, saint Mathieu n’oublie pas d’inviter à un engagement concret et courageux pour la justice et la paix.

La loi chrétienne est donc : être contents, être heureux dans l’amour reçu et partagé dans un esprit de pauvreté.

Avec cette description existentielle proposée comme loi, le Rédempteur répond au désir inné de bonheur, qui est d’origine divine. Dieu l’a mis dans le cœur de l’homme pour l’attirer vers Lui, car Lui seul peut le combler. « Il est certain que nous voulons tous vivre heureux ; et dans tout le genre humain, il ne se trouve qui n’approuve cette proposition, avant même qu’on ait fini de l’exprimer (Saint Augustin, De moribus ecclesiae catholicae, 1, 3, 4: PL 32, 1312). « Comment donc vous chercher, ô mon Dieu ? Quand je vous cherche, vous, mon Dieu, c’est le bonheur que je cherche. Ah ! Puissé-je vous chercher pour que vive mon âme ! Car mon corps vit de mon âme, et mon âme vit de vous ! ” (Saint Augustin, Conf., 10, 20, 29).

« Seul Dieu peut assouvir » (Saint Thomas d’Aquin, Expositio in symb. Ap. 1). C’est pourquoi il est juste et bon de reconnaitre que la joie des béatitudes trouve son fondement dans la certitude d’un meilleur avenir, en communion avec Dieu et comme don de Dieu, et en même temps dans la joyeuse découverte que dès à présent il est possible de goûter à une nouvelle façon de vivre.

3) Les béatitudes et la vie consacrée dans le monde.

Le monde fonde la joie sur les biens possédés, sur le succès, ou sur toute autre chose de ce type. Jésus Christ, Lui, avec l’Évangile de la joie, nous invite à fonder notre joie sur Son amour et en l’imitant. En assumant ses traits paradoxaux d’homme vrai, parce que pauvre, doux, humble, en pleurs, affamé et assoiffé de justice, miséricordieux, pur de cœur, artisan de paix, persécuté pour la justice (cf. Mt. 5, 3 – 10)

Une façon significative d’imiter le Christ et de mettre en pratique les béatitudes est celui des vierges consacrées dans le monde. En se donnant pleinement, ces femmes témoignent qu’il est possible d’être heureux sans se laisser fasciner par les choses du monde tout en y vivant. Devant les choses humaines nous sommes comme les grecs de l’antiquité devant la Méduse: pétrifiés ! Nous restons nous aussi pétrifiés et n’avons plus la capacité de croire, d’aller jusqu’à Dieu. Les choses terrestres ont un pouvoir de séduction; non seulement elles nous arrachent à Dieu, mais nous paralysent, nous empêche d’accéder à Lui, nous empêchent de faire une vraie expérience de ce qui est notre vraie richesse : Dieu ! Ces consacrées nous rappellent que Dieu seul peut assouvir (Saint Thomas d’Aquin, Expositio in symb. Ap. 1), que Dieu seul suffit (Sainte Thérèse d’Avila3), que notre corps vit de notre âme et notre âme vit de Dieu, qu’en Le cherchant nous cherchons le bonheur (Cf. Saint Augustin, Confessions, 10, 20, 29). Et en trouvant Dieu, nous trouvons le vrai et l’éternel bonheur (P. Olivier Marie). Bonheur que l’evêque invoque sur la consacrée de la manière suivante : « et toi, Dieu toujours fidèle, sois leur fierté, leur joie, leur amour ; » Rituel de consécration des vierges n°24


Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone

Sermon 53

1. La solennité de cette vierge sainte qui a rendu témoignage au Christ et qui a mérité que le Christ lui rendit témoignage, qui a été immolée en public et couronnée en secret, est pour nous un avertissement. Elle nous dit d’entretenir votre charité de ce discours évangélique où le Sauveur vient de nous faire connaître les voies diverses qui conduisent à la vie bienheureuse. Il n’est personne qui n’aspire à cette vie; on ne peut trouver personne qui ne veuille être heureux. Ah! si seulement on désirait mériter la récompense avec autant d’ardeur qu’on soupire après la récompense elle-même! Qui ne prend son essor quand on lui dit: Tu seras bienheureux? Il devrait donc entendre avec plaisir aussi à quelle condition il le sera. Doit-on refuser le combat lorsqu’on cherche la victoire? La vue de (254) la récompense ne devrait-elle pas enflammer le coeur pour le travail qui l’obtient? A plus tard ce que nous demandons; mais c’est maintenant qu’il nous est commandé de mériter ce que nous obtiendrons plus tard.

Commence à rappeler les divines paroles, les commandements et les récompenses évangéliques. – «Bienheureux les pauvres de gré, parce qu’à eux appartient le royaume des cieux. – Tu posséderas plus tard ce royaume des cieux; sois maintenant pauvre de gré. Veux-tu réellement posséder plus tard ce magnifique royaume? Vois quel esprit t’anime et sois pauvre de gré. Mais qu’est-ce qu’être pauvre de gré? Demandes-tu peut-être. Aucun orgueilleux n’est pauvre de gré; le pauvre de gré est donc l’homme humble. Le royaume des cieux est haut placé; mais «quiconque s’humilie s’élèvera» jusques là (Lc 14,2).

2. Considère ce qui suit: «Bienheureux ceux qui sont doux, car ils auront la terre pour héritage.» Tu veux posséder la terre? Prends garde d’être possédé par elle. Tu la posséderas si tu es doux; tu en seras possédé si tu ne l’es pas. Mais en entendant qu’on t’offre comme récompense la possession de la terre, n’ouvre pas des mains avares pour t’en emparer dès aujourd’hui, aux dépens même de ton voisin; ne sois pas le jouet de l’erreur. Posséder la terre, c’est s’attacher intimement à Celui qui a fait le ciel et la terre. La douceur en effet consiste à ne pas résister à son Dieu, à l’aimer et non pas soi dans le bien que l’on fait; et dans le mal que l’on souffre justement, à ne pas lui en vouloir mais à s’en vouloir à soi-même. Il n’y a pas un léger mérite de lui plaire en se déplaisant et de se déplaire en lui plaisant.

3. Troisième béatitude: «Bienheureux ceux qui pleurent; car ils seront consolés.» Les pleurs désignent le travail, et la consolation, la récompense. Quelles sont, hélas! les consolations de ceux qui pleurent d’une manière charnelle? Aussi importunes que redoutables; car en essuyant leurs larmes, ils craignent toujours d’en verser de nouvelles. Un père, par exemple, se désole d’avoir perdu son fils, la naissance d’un autre le réjouit; celui-ci remplace celui qui n’est plus, mais il est pour lui un sujet de crainte comme le premier a été un sujet de tristesse, et il ne trouve dans aucun d’eux consolation véritable. La vraie consolation sera de recevoir ce qu’on ne pourra perdre, et on mérite d’en jouir plus tard, lorsque maintenant on gémit d’être en exil.

4. Quatrième devoir et quatrième récompense: «Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.» Tu veux être rassasié? Comment le seras-tu? Si tu aspires au rassasiement du corps, une fois les aliments digérés, tu ressentiras de nouveau le tourment de la faim; car il est dit: «Quiconque boira de cette eau, aura soif encore (Jn 4,13).» Quand un topique étendu sur une plaie parvient à la guérir, toute douleur disparaît, mais la nourriture ne chasse la faim et ne restaure que pour un moment; car la faim succède au rassasiement; et en vain applique-t-on chaque jour le remède de la nourriture, il ne cicatrise point la faiblesse. Ayons donc faim et soif de la justice; c’est le moyen d’en être un jour rassasiés, car notre rassasiement viendra de ce qui maintenant provoque en nous et la faim et la soif. Que notre âme en ait faim et soif; pour elle aussi il y a une nourriture et il y a un breuvage. «Je suis, dit le Seigneur, le pain descendu du ciel (Jn 6,41).» Voilà le pain destiné à apaiser ta faim. Désire aussi le breuvage qui étanchera ta soif: «En vous,» Seigneur, «est la source de vie (Ps 35,10).»

5. Autre maxime: «Bienheureux les miséricordieux, car Dieu leur fera miséricorde.» Fais-la et on la fera; fais-la envers un autre et on la fera envers toi. Tu es à la fois riche et pauvre, riche des biens temporels, pauvre des biens éternels. Tu entends un homme mendier. Tu mendies toi-même auprès de Dieu. On te demande, et tu demandes. Ce que tu feras envers ton solliciteur, Dieu le fera envers le sien. Plein d’un côté et vide de l’autre, remplis de ta plénitude le vide des pauvres, et le tien sera rempli de la plénitude de Dieu.

6. Nous lisons encore: «Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu.» Telle est la fin de notre amour; mais c’est une fin qui nous perfectionne et non une fin qui nous détruit. On finit un repas et on finit un vêtement; un repas, quand on a consumé la nourriture; un vêtement, quand on achève de le coudre. Ici et là on achève; ici de consumer, et là de perfectionner. Quels que soient maintenant nos actes et nos vertus, nos efforts et les louables et innocentes aspirations de notre coeur, une fois que nous verrons Dieu nous serons entièrement satisfaits. Que pourrait chercher encore celui qui possède Dieu, et de quoi se contenterait celui à qui Dieu ne suffit pas? Ce que nous voulons, ce que nous cherchons, ce que nous ambitionnons, c’est de voir Dieu. Et qui n’aurait ce désir?

Mais considère ces paroles: «Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu.» Donc, afin de le voir, prépare ton coeur. Pour me servir d’une comparaison toute matérielle, à quoi bon désirer voir le soleil à son lever, si les yeux sont fermés par la maladie? Qu’on les guérisse et ils seront heureux de voir la lumière; s’ils restent malades, elle fera leur tourment. De même tu ne pourras voir sans la pureté du coeur, ce que ne sauraient contempler que les coeurs purs. Tu seras repoussé, éloigné, tu ne pourras jouir. «Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu.»

Combien de fois déjà le Sauveur a-t-il répété ce mot Bienheureux? Quelles causes a-t-il assignées à la béatitude? Quelles oeuvres et quels salaires, quels mérites et quelles récompenses a-t-il énumérés? Jamais jusqu’alors il n’avait dit: «Ils verront Dieu. – Bienheureux les pauvres de gré, car le royaume des cieux est à eux. Bienheureux ceux qui sont doux, car ils auront la terre en héritage. Bienheureux ceux qui pleurent; ils seront consolés. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice; «ils seront rassasiés. Bienheureux les miséricordieux; ils obtiendront miséricorde.» Il n’a pas encore été dit: «Ils verront Dieu.» Nous arrivons aux coeurs purs; c’est à eux qu’est promise la vue de Dieu, et ce n’est pas sans motif, car ils ont des yeux pour voir Dieu. C’est de ces yeux que parle l’Apôtre quand il dit: «Les yeux éclairés de votre coeur.» Ep 1,18 Maintenant donc ces yeux, parce qu’ils sont faibles, sont éclairés par la foi; devenus plus tard vigoureux, ils seront éclairés par la réalité même. «Tant que nous sommes dans ce corps, nous voyageons loin du Seigneur; car nous marchons dans la foi et non dans la claire vue (2Co 5,6-7).» Et tant que nous marchons ainsi dans la foi, que dit de nous l’Ecriture? Que «maintenant nous voyons à travers un miroir, en énigme, et qu’alors ce sera face à face (1Co 13,12).»

1 La traduction par l’adjectif « heureux » du mot grec « makárioi » d’où vient également l’expression italienne « magari » ne rend pas tout à fait le sens de cet adjectif en grec. « Heureux » ne doit pas être compris comme un simple adjectif, mais comme une invitation au bonheur, à une vie pleine, à la conscience d’une joie que rien ni personne ne peut voler ou éteindre (cf. Jn 16,23). « Heureux » vaut aussi pour « bénis » (cf. Mt 25,34), par opposition aux « malheurs » (cf. Mt 23,13-32; Lc 6,24-26), mais indique quelque chose qui n’est pas seulement une action de Dieu qui rend justes et saufs le jour du jugement (cf. Ps 1,1; 41,2), mais qui, déjà à l’époque, donne un sens, une espérance consciente et joyeuse à qui ce mot s’adresse.

2 Les Béatitudes sont présentées fréquemment comme l’antithèse néotestamentaire au Décalogue, comme, pour ainsi dire, la plus haute éthique chrétienne vis-à-vis des commandements de l’Ancien Testament. Cette interprétation déforme complètement le sens des paroles de Jésus. Pour Jésus, la validité du Décalogue est un acquis (cf. Par ex., Mc 10,19; Lc 16,17); le Discours de la montagne reprend les commandements de la Seconde Table et les approfondit, ne les abolit pas (cf. Mt 5,21-48); cela s’opposerait diamétralement au principe fondamental affirmé dans ce discours sur le Décalogue: « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. » (Mt 5,17s). En tout cas il est important de souligner que Jésus n’entend pas abolir le Décalogue, au contraire il le renforce.

3 La prière complète de Sainte Thérèse d’Avila est: « Que rien ne te trouble que rien ne t’épouvante. Tout passe, Dieu ne change pas, la patience obtient tout ; celui qui possède Dieu ne manque de rien: Dieu seul suffit ! Que ton désir soit de voir Dieu; ta crainte, de le perdre; ta douleur, de ne pas le posséder; ta joie, de ce qui peut te conduire à lui, et tu vivras dans une grande paix ».

 


Commentaire des lectures du dimanche 5 février 2017, Vème Dimanche du Temps ordinaire – Année A
Is 58,7-10; Ps 111; 1Cor 2,1-5; Mt 5,13-16
Sel et Lumière
1) Le sel de la terre, la lumière2 du monde est Jésus et nous avec Lui.

Dans l’évangile de ce dimanche, le Christ dit à ses disciples de toujours : « Vous êtes le sel de la terre … Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,13 et 14). Avec ces mots, Jésus ne nous invite pas à nous efforcer de devenir sel et lumière, il nous révèle ce que nous sommes. Il ne nous dit pas ce que nous devons faire, il nous rappelle ce que nous sommes déjà : sel et lumière. Comme l’agir suit l’être, prenons donc conscience que nous sommes comme le sel qui conserve et donne des saveurs, et comme la lumière qui illumine, donne confiance et réchauffe. Nous avons le devoir de donner une nouvelle « saveur » au monde et de le préserver de la corruption, avec la sagesse de Dieu qui resplendit pleinement sur le visage du Fils parce qu’Il est la vraie lumière qui illumine chaque homme (Jn 1,9).

En disant : « Vous êtes le sel de la terre », Jésus nous explique que toute la nature humaine corrompue par le péché est devenue insipide, mais que par l’intermédiaire de notre ministère de témoignage, la grâce du Saint Esprit règnera et conservera le monde. C’est pour cela que le Rédempteur nous apprend les vertus des Béatitudes, celles qui sont les plus nécessaires, les plus efficaces pour nous qui voulons lui ressembler.

Celui qui est doux, humble, miséricordieux et juste, ne conserve pas en lui les bonnes œuvres qu’il a réalisées, mais il tient à ce que ces sources ruissellent aussi pour le bien des autres. Celui qui a le cœur pur, qui est facteur de paix, qui souffre de la persécution pour la vérité, voilà la personne qui consacre sa vie pour le bien de tous. Si nous nous répandons comme le sel, nous donnons de la saveur à la vie du monde, nous construisons une culture de la vie et une civilité de l’amour.

En disant : « Vous êtes la lumière du monde », le Christ nous apprend qu’unis à lui, nous pouvons diffuser, au milieu des ténèbres de l’indifférence et de l’égoïsme, la lumière de l’amour de Dieu, vrai sagesse qui donne une signification à l’existence et à l’action des hommes. A cet enseignement sur le fait que nous sommes lumière, Jésus ajoute ces paroles : « Une ville qui se trouve sur un mont ne peut rester cachée, on ne peut non plus allumer une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier de façon à ce qu’elle illumine tous ceux qui sont à la maison. Ainsi, votre lumière resplendira devant les hommes pour qu’ils voient vos bonnes œuvres et rendent la gloire à Notre Père qui est aux cieux » (Mt 5,15-16).

2) Œuvres de lumière.

S’il est vrai que, dans notre lumière, les hommes trouvent le Christ, lumière de vie et vérité parfaite, il est aussi vrai que nous sommes lumière non pas avec la doctrine et les paroles mais avant tout avec les œuvres que notre lumière resplendit dans le monde.

Pour faire ceci, nous ne devons pas avoir de qualités dons particulières, nous devons « prêcher » avec nos œuvres. Il n’y aurait pas de non-croyant si nous étions des chrétiens comme il se doit.

Saint-François de Sales disait : « ne parle pas de Dieu à celui qui ne te le demande pas. Mais vis de façon à ce que, tôt ou tard, il te le demande ».

C’est comme cela : ce sont nos œuvres qui rallument la demande et convainquent. Dans ce monde, nous serons sel de la terre et lumière du monde. De cette façon, nous serons de vrais missionnaires même sans dire une parole. Le pape François enseigne ceci: « Nous tous baptisés, nous sommes des disciples missionnaires et sommes appelés à devenir un évangile vivant dans le monde : avec une vie, nous porterons la lumière du Christ avec le témoignage d’une charité véritable ».

Pour celui qui est plutôt appelé à prêcher avec la parole, une loi s’impose : celle de mettre en pratique ce qu’il prêche aux autres. Saint-Jean Chrysostome disait : « Les élèves observent la conduite des maîtres et, s’ils voient qu’eux aussi sont atteints par les mêmes défauts ou même, par des défauts qui sont pires, comment pourront-ils admirer le Christianisme ? ». Et il ajoutait : « Lorsque je cherche en toi les signes pour te reconnaître chrétien, je trouve les signes opposés. Si je voulais juger celui que tu es par les lieux que tu fréquentes, par les personnes corrompues avec lesquelles tu te trouves, par tes paroles inutiles et pas sérieuses, je dirais que je n’ai rien pour te reconnaitre comme chrétien ». Justement, Saint-François de Sales se demandait : « Quelle différence existe entre l’Évangile et la vie d’un saint? ». Lui-même répondait : « C’est la même différence qui existe entre une symphonie écrite sur une partition et une symphonie jouée ». C’est comme cela : dans la vie d’un saint ou, au moins, d’un chrétien fervent, nous apprenons comment on met en pratique l’Évangile. Nous tous, entre autres, nous devons nous efforcer d’être cette « symphonie jouée » pour tous les frères que nous rencontrerons sur notre chemin.
Nous sommes donc appelés à être le sel de la terre et la lumière du monde, en accomplissant les bonnes œuvres. A ce point, il est tout à fait normal de se demander en quoi consistent les bonnes œuvres dont Jésus parle dans l’évangile d’aujourd’hui.

Pour les bonnes œuvres, il ne faut pas penser uniquement aux œuvres de miséricorde qui doivent être toujours présentes comme les vertus. Pour être concret, je rappelle brièvement quelles sont les vertus et quels sont les vices capitaux.

Avant tout je fais la liste des vertus théologales: foi, espoir et charité. Les vertus cardinales sont : justice, prudence, force et tempérance. Il ne faut pas négliger les vertus qui se trouvent dans les béatitudes : patience, pureté, humilité, douceur, simplicité ou pauvreté d’esprit. Cela vaut la peine de rappeler aussi les sept vices capitaux : orgueil, paresse, luxure, colère, gourmandise, envie et avarice.

Chaque fois que nous nous laissons influencer par ces vices, nous donnons un faux témoignage et nous éloignons notre prochain de la vérité. Si, au contraire, nous exercerons les vertus et accomplirons de bonnes œuvres, nous serons la lumière qui illumine, nous serons le sel qui donne le goût.

L’important est de ne pas rester à la surface de nous-mêmes, mais d’aller vers le cœur où se trouvent une poignée de sel et une étincelle de lumière. En vivant selon l’Évangile, cette étincelle allume la lampe et notre lumière resplendit parmi nos bonnes œuvres.

Et faisons cela avec humilité en sachant que le sel de la terre, la lumière du monde est Jésus. Notre personne sera lumière et sel si – grâce à une bonne vie- elle parlera de Lui et le moins possible d’elle-même.

3) Les vierges consacrées dans le monde : femmes d’œuvres de lumière.

Pour le Christ, nos bonnes œuvres sont œuvres de lumière. Ce sont les œuvres faites par les pauvres, par les purs, par les simples. Lorsque nous suivons le commandement de l’amour comme règle de vie, alors, nous sommes le sel et la lumière pour ceux que nous rencontrons. Là où nous nous aimons, là où la charité vit dans la vérité, là le sel qui donne la saveur à la vie est propagé.

Là où il y a l’amour au Christ et pour le Christ, là où il existe une vie de communion, là il y a la lumière qui combat l’obscurité, là se trouve une lampe qui donne la lumière.


C’est l’amour, le « sel de la terre et la lumière du monde ». C’est l’amour qui donne la saveur et la lumière à la vie, c’est l’amour le cœur de la sagesse et le chemin de l’annonciation de l’évangile de la joie. C’est l’amour qui nous appelle à partager, pour être et pour témoigner.

L’amour de Dieu est comparable au sel et à la lumière. Il faut donc en prendre soin. Un exemple de la façon dont cet amour est cultivé nous vient des vierges consacrées dans le monde. Saint -Augustin dit : « Etre amoureux de Dieu est l’histoire de l’amour la plus grande. Le chercher est l’aventure la plus grande. Le trouver est la réalisation humaine la plus grande. Le partager est la mission de celui á qui cet amour est consacré.

Avec leur vie consacrée et chaste, ces femmes témoignent humblement que l’amour du Christ est partie intégrante de la vie et comparable au sel et à la lumière. Dans le Christ leur vie est remplie de lumière : lumière de foi qui illumine le cœur et rafraîchit la mémoire, lumière de l’amour fécond qui réchauffe. A travers leur vie, elles sont quotidiennement des lampes qui resplendissent la lumière du Christ dans le monde. Ces femmes consacrées ne portent pas seulement la lampe des vierges prudentes, elles sont des lampes allumées, vigilantes qui, pour resplendir, ont l’huile de la fidélité dans l’amour et la persévérance pour les bonnes œuvres.
Avec un courage humble, ces femmes ont accepté l’appel que Dieu leur a proposé. Dans son omnipotence et tendresse, Dieu les appelle à être saintes dans la virginité vécue dans le monde. Cela serait stupide de se vanter d’un tel appel, car c’est un signe de responsabilité de l’accueillir, en témoignant qu’il est possible de vivre une vie tissée de lumière déjà sur cette terre.(cf rituel de consécration des vierges, n° 28 : « Veillez, car vous ne savez ni le jour, ni l’heure. Conservez avec soin la lumière de l’Évangile ».)

Lecture patristique

Saint Jean Chrysostome (+ 407)

Catéchèses baptismales 4, 18-21 33

SC 50, 192-193 199

Nous avons revêtu le Christ une fois pour toutes, et nous sommes devenus dignes de l’avoir comme hôte. Si nous le voulons, nous pourrons donc, sans dire un seul mot, en menant simplement une vie parfaite, révéler à tous la puissance qui habite en nous. C’est bien de cela que parle le Christ, quand il dit: Que votre lumière brille devant les hommes: alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux (Mt 5,16). Cette lumière n’atteint pas les sens corporels, mais elle illumine l’âme et l’esprit de ceux qui la voient; elle dissipe les ténèbres du mal et dispose tous ceux qui la reçoivent à briller de leur propre lumière et à prendre la vertu pour modèle.

Que votre lumière brille devant les hommes. Le Christ dit justement devant les hommes. Il veut dire: « Que votre lumière soit si vive qu’elle vous éclaire et brille également devant les hommes, car ils ont besoin de son aide! » La lumière naturelle permet de chasser les ténèbres pour voir le chemin à parcourir et aller droit devant soi sur une route ordinaire. Il en est de même pour la lumière spirituelle provenant d’une conduite exemplaire: elle éclaire ceux qui ont les yeux de leur esprit obscurcis par l’erreur et qui sont incapables d’apercevoir nettement le chemin de la vertu; elle ôte la chassie des yeux de leur intelligence; elle les met sur la bonne voie et leur permet de suivre désormais le chemin de la vertu.

Alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. Autrement dit: que votre vertu, que la discipline rigoureuse de votre conduite et de votre pratique des bonnes oeuvres éveillent en ceux qui vous voient le désir de glorifier le Maître universel. Que chacun de vous ait à coeur, je vous en prie, de mener une vie si parfaite qu’elle entraîne tous ceux qui la voient à chanter la louange du Maître.

Par votre conduite exemplaire, attirez sur vous la grâce de l’Esprit, si bien que vous deviendrez inexpugnables. Ainsi l’Église se réjouira et exultera de votre progrès; notre Maître à tous sera glorifié et tous nous deviendrons dignes du Royaume des cieux, par la grâce, la miséricorde et l’amour du Fils unique de Dieu, notre Seigneur Jésus Christ, à qui soient, avec le Père et le Saint-Esprit, gloire, puissance, honneur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

Catéchèses baptismales 4, 18-21 33, SC 50, 192-193 199

Nous avons revêtu le Christ une fois pour toutes, et nous sommes devenus dignes de l’avoir comme hôte. Si nous le voulons, nous pourrons donc, sans dire un seul mot, en menant simplement une vie parfaite, révéler à tous la puissance qui habite en nous. <> C’est bien de cela que parle le Christ, quand il dit: Que votre lumière brille devant les hommes: alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux (Mt 5,16). Cette lumière n’atteint pas les sens corporels, mais elle illumine l’âme et l’esprit de ceux qui la voient; elle dissipe les ténèbres du mal et dispose tous ceux qui la reçoivent à briller de leur propre lumière et à prendre la vertu pour modèle.

Que votre lumière brille devant les hommes. Le Christ dit justement devant les hommes. Il veut dire: « Que votre lumière soit si vive qu’elle vous éclaire et brille également devant les hommes, car ils ont besoin de son aide! » La lumière naturelle permet de chasser les ténèbres pour voir le chemin à parcourir et aller droit devant soi sur une route ordinaire. Il en est de même pour la lumière spirituelle provenant d’une conduite exemplaire: elle éclaire ceux qui ont les yeux de leur esprit obscurcis par l’erreur et qui sont incapables d’apercevoir nettement le chemin de la vertu; elle ôte la chassie des yeux de leur intelligence; elle les met sur la bonne voie et leur permet de suivre désormais le chemin de la vertu.

Alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. Autrement dit: que votre vertu, que la discipline rigoureuse de votre conduite et de votre pratique des bonnes oeuvres éveillent en ceux qui vous voient le désir de glorifier le Maître universel. Que chacun de vous ait à coeur, je vous en prie, de mener une vie si parfaite qu’elle entraîne tous ceux qui la voient à chanter la louange du Maître.

Par votre conduite exemplaire, attirez sur vous la grâce de l’Esprit, si bien que vous deviendrez inexpugnables. Ainsi l’Église se réjouira et exultera de votre progrès; notre Maître à tous sera glorifié et tous nous deviendrons dignes du Royaume des cieux, par la grâce, la miséricorde et l’amour du Fils unique de Dieu, notre Seigneur Jésus Christ, à qui soient, avec le Père et le Saint-Esprit, gloire, puissance, honneur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

1 Le SEL, que l’on utilise normalement sur la nourriture pour les rendre plus savoureux mais aussi pour les conserver, a ces significations symboliques surtout dans le monde biblique: 1. Le sel de l’alliance et de la solidarité. Dans l’Orient Ancien il existait un pacte du sel, synonyme d’alliance inviolable. 2. Le sel de l’amour. « Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix entre vous » (Mc 9,50). 3. Le sel de la vie. Au Moyen-Orient on frictionne le nouveau-né avec du sel pour lui donner vigueur et vitalité (Ez. 16,4) mais également pour éloigner les esprits du mal de son existence. 4. Le sel du savoir. Nous aussi pour indiquer une personne sans intelligence nous disons qu’elle est « insipide ». Mettre le sel de l’intelligence, de la réflexion dans ses propres paroles signifie devenir des personnes capables de conseiller, de soutenir, de conforter et de guider les autres (Col 4,6). 5. Le sel de la mort. L’eau salée ne désaltère pas, le sel versé sur une blessure, brûle, les étendues de sel de la Mer Morte ne permettent pas la vie. Dans l’antiquité en Orient, chez les Grecs comme chez les Romains, quand on voulait qu’une ville conquise et rasée au sol soit considérée comme morte à jamais, on versait du sel sur ses ruines. 6. Le sel de la malédiction. Dans la Bible, la « malédiction du sel » est souvent citée: Dt 29,22; Ger 17,6. 7. Le sel de la purification. Les victimes, lors des sacrifices, étaient couvertes de sel pour devenir pures.

2 LA LUMIERE, qui éclaire et réchauffe, a ces significations : 1. Elle est la première créature que Dieu désire créer: « Que la Lumière soit ». 2. Dieu lui-même est Lumière: « Dieu est lumière, en lui il n’y a pas de ténèbres » (1Jn 1,5). 3. La Parole de Dieu est lumière: « Sa parole est une lampe à nos pieds » (Ps 109,105). 4. Jésus lui-même se proclame la vraie lumière du monde venu éclairer chaque homme (Jn 1,5; 8,12). 5. Lumière source de vie: le monde immense dans une pérenne obscurité mourrait, comme meurt une plante.


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