Au début du carême le prêtre impose les cendres à tous ceux qui viennent à la messe. Ce rite des cendres sur la tête ou sur le front des fidèles a une triple signification. Premièrement, il rappelle la fragilité et la faiblesse de l’homme, façonné avec la poussière du sol. Deuxièmement, il est le signe extérieur de celui qui se repent de ses mauvaises actions et décide de prendre un nouveau chemin pour aller vers le Seigneur. Troisièmement, il indique que notre pauvre personne est le fruit d’une Rencontre « cuisante ». Le chrétien passe dans le feu ardent de l’Amour du Sauveur, et devient, oui, de la « cendre », mais une cendre purificatrice et féconde pour le monde, une cendre d’où sort la chaleur du Créateur.
Le carême n’est donc pas seulement « souffrance » d’avoir commis des péchés, n’est pas seulement « effort » ascétique pour affiner les facultés de l’esprit, mais « redécouvrir » que « nous avons reçu gratuitement et donnons gratuitement aux autres ».
« Le carême nous aide à comprendre d’une manière singulière que la vie est rachetée en lui. Par le Saint-Esprit, il renouvelle notre vie et nous rend participants de la vie même de Dieu qui nous introduit dans son intimité et nous fait goûter son amour pour nous » (Saint Jean-Paul II).
Le carême est un chemin qui conduit vers une destination sûre : la Pâque de la Résurrection, la victoire du Christ sur la mort.
Le carême est aussi « temps de miséricorde qui nous adresse un appel pressant à la conversion: le chrétien est appelé à revenir à Dieu « de tout son cœur » (Jl 2,12), pour ne pas se contenter d’une vie médiocre, mais grandir dans l’amitié avec le Seigneur. Jésus est l’ami fidèle qui ne nous abandonne jamais, car même lorsque nous péchons, il attend patiemment notre retour à Lui et, par cette attente, il manifeste sa volonté de pardon » (Pape François, Message pour le Carême 2017).
1) De la miséricorde à la miséricorde
Il est important de rappeler que la perfection de notre condition de chrétien ne se réalise pas si nous disons « nous avons tout abandonné », mais si nous disons au Christ : « Nous avons tout abandonné et T’avons suivi ». L’Eglise nous apprend à suivre Jésus en nous faisant passer chaque année par le Mercredi des cendres, le carême et la semaine sainte. Durant cette marche, nos cœurs se purifient et la joie de Pâques n’apparaît donc pas à des personnes aveuglées par les incrustations du péché mais à des personnes ouvertes à Lui, notre vie, que nous pouvons voir parce que « les cœurs purs voient Dieu » (Mt 5,8).
Les juifs sortirent autrefois de l’esclavage de l’Egypte et mirent quarante ans pour arriver à la Terre Promise, nous – chaque année – nous progressons dans notre marche de carême, car obtenir la victoire sur nous-même consiste à quitter l’Egypte de notre péché pour vivre uniquement dans l’amour du Christ et pour le Christ. Aidés par le jeûne, par la prière et par l’aumône durant le carême nous vivons l’expérience particulière de la miséricorde de Dieu qui « efface, lave et purifie » (Ps 50, 3-4) nous pécheurs et nous transforme en une créature nouvelle avec un esprit, une langue, des lèvres, un cœur, transfigurés (cf. Id vv 14-19). C’est avec un cœur pur comme celui des enfants qu’en cette période de Pâques nous pourrons comprendre et vivre l’antienne d’ouverture du dimanche de la miséricorde: « Comme des enfants nouveaux nés ont soif du lait qui les nourrit, soyez avides du lait pur de la Parole, afin qu’il vous fasse grandir pour le salut ». Ce dimanche, que l’on appelait jadis in Albis[1], on l’appelle aujourd’hui dimanche de la miséricorde[2]. Saint Jean-Paul II en décida ainsi en s’inspirant de sainte Faustine Kowalska, qui avait écrit: « Nos péchés seraient-ils noirs comme la nuit, la Miséricorde de Dieu est plus forte que notre misère. Une seule chose est nécessaire: que le pécheur entrouvre, ne serait-ce qu’un peu, les portes de son cœur … Dieu fera le reste … Tout commence par la miséricorde de Dieu et se termine par Sa miséricorde ».
1) Le carême : temps de miséricorde et chemin de conversion
Le Carême est un moment spécial de miséricorde qui dure quarante jours. L’Eglise nous demande de le vivre comme un cheminement spirituel de conversion pour bien nous préparer à Pâques. Il s’agit essentiellement de suivre Jésus qui se dirige résolument vers la Croix, point d’orgue de sa mission de salut et la clef qui ouvre à la Résurrection.
Le carême est un chemin de miséricorde reçu et partagé, non seulement parce qu’on fait ce qui nous est conseillé de faire en cette période – prière, jeûne et aumône – mais parce que ces actes nous enracinent en Dieu, nous convertit à Lui d’un cœur contrit et d’un corps mortifié. En effet, s’il est vrai que c’est le cœur de pierre de l’homme qui veut le mal, il est vrai aussi que, souvent, son corps l’aide à le commettre. D’un autre côté, nous êtres humains nous sommes faits de l’un et de l’autre, et devons unir les deux dans l’hommage que nous rendons à Dieu. Le corps participera ou aux joies de l’éternité ou aux tourments de l’enfer. Il n’y a donc pas de vie chrétienne complète, ni d’expiation valable, si dans l’une et dans l’autre le corps ne s’associe pas à l’âme.
Rappelons naturellement que le principe de la vraie pénitence est dans le cœur. L’Évangile nous l’enseigne en nous parlant du fils prodigue, de la pécheresse, de Zachée le publicain et de saint Pierre. Il faut donc que le cœur abandonne à jamais le péché, que celui-ci provoque en lui une souffrance profonde, qu’il le déteste et fuie les occasions.
Pour indiquer cette disposition du cœur, la Bible utilise un mot qui est entré dans le langage chrétien et décrit très bien l’état de la personne humaine sincèrement repentie de ses péchés: c’est la Conversion. Pendant le carême, nous sommes invités à nous exercer dans la pénitence du cœur et à la considérer comme le fondement essentiel de tous les actes propres à cette sainte période. Mais cette conversion resterait illusoire si on n’ajoutait pas l’hommage du corps aux sentiments intérieurs qu’elle inspire. Le Sauveur, sur la montagne, ne se contente pas de pleurer sur nos péchés : il les expie en souffrant de tout son corps ; et l’Eglise, son infaillible interprète, nous prévient que la pénitence de notre cœur ne sera pas accueillie, si nous ne l’accompagnons pas de la stricte observance de l’abstinence et du jeûne.
2) Carême: pèlerinage vers et avec le Christ, source de miséricorde
Le carême est une période privilégiée, par laquelle l’Eglise nous conduit vers Celui qui est la source de la miséricorde. C’est un pèlerinage où Lui-même nous accompagne à travers le désert de notre pauvreté, nous soutenant dans notre marche vers la joie vivante de Pâques. Mais ce cheminement n’est pas sans épreuves, et c’est pourquoi la liturgie du premier dimanche de Pâques nous fait méditer sur les tentations que le Christ affronta dans le désert.
Comme Moïse, comme le peuple d’Israël, Jésus a lui aussi sa traversée du désert pour mettre à l’épreuve sa fidélité, pour donner des bases solides à sa propre action.
Mais alors que le peuple d’Israël dans le désert n’a pas su résister à la fatigue et à la tentation et a plusieurs fois manqué de fidélité à Dieu, Jésus, Lui, surmonte les trois tentations : celle du pain (Comment parler de Dieu à ceux qui ont tout en abondance ? Comment parler de Dieu à ceux qui ressentent la faim ?), celle du prestige (prestige de la science, de l’argent, d’une conduite morale irrépréhensible, de faire bonne figure, du nom, de l’honneur), celle du pouvoir (là où deux personnes se rencontrent, ressort une relation de pouvoir).
Ces épreuves sont maquillées en promesse, pour détacher le Fils du Père. Par trois fois, le diable dit à Jésus : « Si tu es le Fils de Dieu, fais… » Et par trois fois, Lui, il répond: « Mon Père ». Fidèle à l’amour du Père le Christ résiste aux trois formes d’une seule et même tentation : celle d’une vie construite de façon autonome comme celle du premier Adam (« vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal … ») et une vie de confidence et obéissance à Dieu, celle du second Adam. Jésus dit ici: « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte », et au Gethsémani il dira: « Que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne » (Lc 22,42).
Imitons Jésus dans cet amour au Père et ce chemin se transformera en marche derrière Lui, le Rédempteur. Pour marcher à sa suite, nous avons l’exemple de personnages évangéliques que saint Grégoire de Nazianze décrit ainsi:
« Si tu es pareil à Simon de Cyrène, prends la croix et suit Le Christ.
Si tu es pareil au voleur suspendu à la croix, fait comme le bon voleur et reconnaît ton Dieu avec honnêteté, qui t’attendait dans l’épreuve. Il a été compté avec les pécheurs pour toi et pour ton péché, et pour que tu deviennes juste pour lui.
Si tu es pareil à Joseph d’Arimathie, réclame le corps à celui qui l’a crucifié, prends ce corps et fait ainsi tienne l’expiation du monde.
Si tu es pareil à Nicodème, l’adorateur nocturne de Dieu, enterre son corps et oint-le avec les onguents rituels, autrement dit en l’entourant de ton culte et de ton adoration.
Et si tu es pareil à une des Marie, laisse couler tes larmes le matin. Fais que tu sois la première à voir la pierre roulée sur le côté, va à la rencontre des anges et de Jésus lui-même. Voilà ce que veut dire participer à la Pâque du Christ, en vivant bien le Carême ».
En voulant continuer cette liste avec des personnes non présentes dans lEévangile, mais qui vivent évangéliquement, je me permets d’ajouter: « Si tu es vierge consacrée, sois comme une des vierges prudentes qui attendaient l’Epoux avec abondance d’huile (qui indique la fidélité et la persévérance), pour que la lampe d’amour ne s’éteigne pas ». La vierge qui se consacre au Rédempteur se met définitivement sur un chemin de conversion, c’est-à-dire en condition d’union constante avec le Christ Epoux et font partie de l’Ordre des vierges. (cf. canon 604§ 1 : les vierges « épousent mystiquement le Christ Fils de Dieu et sont vouées au service de l’Église » ) Avec la consécration, l’appartenance au Christ, qui avait commencé avec le baptême, prend une physionomie d’absolu, d’amour indivis, car le cœur de la consacrée est désormais incapable de se satisfaire de n’importe quel autre amour. Le Christ est le vrai trésor, caché, la perle précieuse, et pour l’avoir celui qui l’a trouvée va vendre tout ce qu’il possède ses biens et l’achète (cf. Mt 13, 44- 46). A Dieu qui lui dit: « Ne crains pas, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi » (cf. Is 43, 1), la vierge consacrée dit : « Me voici ». Et sa vie devient féconde comme celle de la Vierge Marie, Mère du Christ et de l’humanité entière.
Avant la Lecture patristique, Mgr Follo propose cette prière pour le Carême
« Rendez-moi, Seigneur Dieu, obéissant sans contradiction, pauvre sans défection, chaste sans corruption, patient sans protestation, humble sans fiction, joyeux sans dissipation, sérieux sans abattement, retenu sans rigidité, actif sans légèreté, animé de votre crainte sans désespoir, véridique sans duplicité, faisant le bien sans présomption, reprenant le prochain sans hauteur, l’édifiant de parole et d’exemple sans simulation. »
Saint Thomas d’Aquin
Lecture Patristique: Saint Grégoire de Nazianze (329 – 389)
Discours 40, 10 (PG 36, 370-371)
Le baptisé, tenté comme le Christ
Si le persécuteur et le tentateur de la lumière vient t’assaillir après le baptême, – et certes il le fera, car il a bien assailli le Verbe, mon Dieu, dissimulé sous le voile de la chair, cette lumière cachée par son humanité visible, – tu as de quoi le vaincre! Ne redoute pas le combat. Oppose-lui l’eau du baptême, oppose-lui cet esprit en qui s’éteignent les traits enflammés du Mauvais.
Si celui-ci te montre la pauvreté, – car il n’a pas hésité à la montrer au Christ lui-même – et si, te montrant la faim qui te menace, il te demande que les pierres deviennent du pain, dépiste ses intentions. Enseigne-lui ce qu’il ignore, oppose-lui cette Parole de vie qui est le Pain envoyé du ciel pour donner la vie au monde.
S’il t’attaque par les pièges de la vaine gloire – comme il l’a fait pour lui, en l’élevant sur le pinacle du Temple et en lui disant: Jette-toi en bas (Mt 4,6) pour donner une preuve de sa divinité -, ne te laisse pas abaisser par l’élévation de l’esprit. Car si cette épreuve le met en échec, il ne s’arrêtera pas pour autant. Il est insatiable, il attaque sur tous les fronts. Il flatte, avec une apparence de bénignité, mais il finit par le mal. C’est là sa stratégie. En outre, cet usurpateur est versé dans les Écritures. D’où ce refrain: Il est écrit, dit-il, au sujet du pain; il est écrit au sujet des anges. Car il est écrit, dit-il, qu’il a donné pour toi des ordres à ses anges, ils te porteront sur leurs mains (Mt 4,6). O sophiste du mal! Comment as-tu supprimé ce qui suit? Car cela, je le comprends parfaitement, même si tu l’as caché: que je marcherai sur l’aspic et le basilic, qui te représentent; que je foulerai aux pieds serpents et scorpions, car je serai entouré et protégé par la Trinité.
S’il t’attaque par la cupidité en te montrant en un moment, d’un seul coup d’oeil, tous les royaumes comme s’ils lui appartenaient, en exigeant que tu l’adores, méprise-le comme le pauvre qu’il est. Dis-lui, encouragé par le sceau du baptême: « Moi aussi, je suis une image de Dieu, mais je n’ai pas, comme toi, été précipité de ma gloire céleste à cause de mon orgueil. J’ai revêtu le Christ. Par le baptême, le Christ m’appartient. C’est à toi de m’adorer. »
A ces paroles, crois-moi, il s’en ira, vaincu et humilié par ceux que le Christ a illuminés, comme il l’a été par le Christ, lumière primordiale.
Tels sont les bienfaits qu’apporté le bain du baptême à ceux qui reconnaissent sa force; voilà le festin qu’il propose à ceux qui souffrent d’une faim méritoire.
NOTES
[01] Le Dimanche in Albis (sous-entendu deponendis, appelé Dimanche in Albis Depositis dans le rite ambrosien, littéralement: « le dimanche où les vêtements blancs sont déposés ») est lié au rite du baptême: les nouveaux baptisés reçoivent et portent un vêtement blanc, signe de la vie divine qu’ils viennent de recevoir; les adultes baptisés pendant la Vigile pascale, le portent ensuite pendant toute la semaine de l’Octave de Pâques, jusqu’au dimanche suivant, qui est donc le dimanche où sont déposés les vêtements blancs.
[02] Ce dimanche a été proclamé fête de la Miséricorde divine par le pape Saint Jean-Paul II en 2000. Le culte de la Miséricorde divine est lié à sainte Faustine Kowalska, la mystique polonaise canonisée pendant l’Année sainte de l’An 2000, pour qui Jean Paul II avait une grande dévotion, comme en témoigne son encyclique Dives in Misericordia, écrite en 1980 et consacrée donc à la Miséricorde divine.
Dimanche dernier, la liturgie du carême nous a fait revivre le mystère des 3 tentations du Christ dans le désert et de sa victoire.
En ce 2ème Dimanche de Carême, il nous est demandé de comprendre que revivre le mystère de la vie du Christ par la conversion, c’est à dire en s’unissant au Rédempteur, nouveau Moïse, est un exode de libération. C’est une sorte de « voyage-retour » de l’exil en Egypte à la Terre Sainte. Un « voyage-retour », plus spirituel que physique qui va de l’exil du mensonge et du mal, causé par le pêché, à la vérité et à la bonté de la Maison du Père, prodigue en miséricorde.
Dans l’épisode de la Transfiguration, Jésus est présenté comme le nouveau Moïse qui rencontre Dieu « sur une haute montagne » (Mt 17,1) avec le visage qui « resplendit comme le soleil » (Mt 17, 2) dans une « nuée lumineuse » (Mt 17, 5).
Même Moïse rencontre Dieu dans une nuée sur le Mont Sinaï (v. Ex 24, 15-18), le visage rayonnant (v. Ex 34, 29-35).
Moïse était l’instrument et le collaborateur de Dieu dans la libération du peuple juif. Jésus-Christ ne se limite pas à libérer mais en plus il transfigure le peuple des repentis (ou rachetés).
Dans l’histoire du christianisme occidental, on pense plus souvent au Salut en termes de libération que de transfiguration. En réalité, la libération portée par Jésus se réalise vraiment seulement dans la transfiguration.
Jésus laisse l’être humain à ses faiblesses, ses souffrances, sa solitude et à sa mort, mais il transfigure tout cela en le prenant sur lui-même. Et en faisant de la condition humaine la plus pauvre le symbole même de la proximité de Dieu avec le monde.
Sur le Mont Tabor Jésus se transfigure : les vêtements blancs et le visage rayonnant du Fils de Dieu nous indiquent que Jésus, même s’il marche vers la Croix, est en réalité le Seigneur, le Ressuscité.
La « Via Crucis » que Jésus parcourt cache derrière elle un sens de Pâques car il s’agit en réalité d’une « Via Lucis ».
La Transfiguration que nous célébrons aujourd’hui c’est une avance généreuse mais fugace : il reste encore à parcourir le chemin de la Croix.
A cette occasion en effet les apôtres Pierre, Jacques et Jean sont appelés à voir à l’avance la gloire de Dieu, ce qui leur permettra de tenir devant le drame de la faiblesse du Christ emprisonné dans le Gethsémani et crucifié sur le Mont du Calvaire.
La gloire du Fils Unique de Dieu, l’Aimé du Père, avait été comme voilée, cachée dans le mystère de son incarnation. Le Christ n’a pas considéré sa condition d’égalité avec le Père comme un trésor à entretenir, mais il s’est lui-même humilié (v. Phil 2). Dans la Transfiguration, cette gloire investit avec toute sa vigueur l’humble humanité du Christ et la comble de la splendeur de sa divinité. En dévoilant son visage rayonnant comme le soleil, plein de grâce et de vérité, aux trois disciples « privilégiés », Jésus les prépare au drame de la mort qui anticipe la résurrection.
Le fait de la Transfiguration, qui dévoile l’identité de Jésus et le résultat final et positif de son chemin, n’est pas seulement le moyen pour faire face à la passion et à la mort du Salvateur. Ce fait révèle aussi l’identité du disciple et le chemin que doit parcourir celui qui veut suivre le Christ. Même le chemin du disciple vise la croix et la résurrection.
La parole de Dieu d’aujourd’hui nous amène dans une nouvelle dimension de notre participation au mystère du Christ : le fait de revivre le mystère du Christ nous amène à renier nous-mêmes, notre égoïsme, mais aussi à être transfigurés dans le Christ et comme le Christ.
En ce dimanche, deuxième étape du chemin de pénitence, l’Évangile nous révèle le mystère de la transfiguration du Christ ainsi que de notre propre transfiguration. En effet, la Transfiguration est un événement qui nous concerne tous : non seulement parce que nous devons assister à la Gloire du Fils de Dieu ressuscité de la mort mais aussi parce que nous sommes « un seul » avec le Christ. Et sa gloire nous investit tous, en transformant notre corps, notre âme et surtout notre esprit.
A raison, la théologie orthodoxe enseigne qu’avec la Transfiguration rien ne change dans le Christ. Ce qui change est le regard des apôtres qui voient enfin celui que le Christ a toujours été : le Fils de Dieu.
Aujourd’hui l’Eglise, en célébrant le mystère de la Transfiguration du Seigneur, nous montre le but de notre chemin de pénitence. Par la Transfiguration en effet « on trouve un fondement à l’espoir de la Sainte Eglise, pour faire en sorte que le corps du Christ entier puisse connaître la transformation qu’il lui serait donnée, et les membres puissent être sûrs de participer de la même beauté qui avait brillé dans le visage » (S. Léon le Grand, Sermon, 38,3.4).
2) La Transfiguration de nous tous : nous participons de la beauté du Christ
Cela soulève une question : « Comment pouvons-nous nous transfigurer comme le Christ et faire rayonner en nous sa beauté ? ». La réponse nous est donnée par Saint Paul dans la deuxième lecture de ce Dimanche. L’Apôtre des Nations nous apprend que notre transfiguration dans le Christ est possible « en vertu du pouvoir qu’il a d’assujettir toutes les choses ». Le Christ exerce sur chacun d’entre nous le pouvoir qu’il possède de nous faire à sa forme en nous renvoyant le Saint-Esprit. Celui-ci est la force intime qui, habitant en nous, nous transfigure dans le Christ. Nous invoquons le Saint-Esprit pour qu’il remplisse nos cœurs et éloigne de nous tout ce qui nous empêche d’être pleinement transfigurés dans le Christ.
Il ne faut pas oublier que notre correspondance, c’est-à-dire le consentement de notre liberté à l’acte transfigurant, est nécessaire. Comme le disait déjà Saint Augustin : « Celui qui t’a créé sans toi, ne te sauvera pas sans toi ».
Il ne faut pas oublier non plus de contempler le « grand sacrement », c’est-à-dire celui de Jésus Christ notre Seigneur qui se transfigure, alors qu’il est défiguré pendant la passion. Jésus Christ est le « grand sacrement » pas seulement car il donne le salut, mais parce-que, premièrement, il est la splendeur du Père dans notre humanité.
Ensuite nous contemplons la beauté rayonnante du Christ avec un regard spirituel, en analysant ce verset de Saint Jean de la Croix : « allons-nous voir en ta beauté ». C’est ainsi que ce Saint explique son verset : « Si vous me changez en votre beauté, je vous verrai en votre beauté, et vous me verrez aussi en votre beauté; vous vous verrez vous-mêmes en moi dans votre beauté, et je me verrai moi-même en vous dans votre beauté : de cette sorte il semblera que dans votre beauté je serai vous-même, et que vous serez moi-même; il semblera que votre beauté sera la mienne, et que la mienne sera la vôtre ; et que dans votre beauté je serai une même chose avec vous, et que vous serez une même chose avec moi » (Jean de la Croix, Cantique Spirituel, 35/3).
3) Transfigurées par l’amour
Jésus est « le plus beau fils de l’homme » (Ps 44,3), mais il est aussi, mystérieusement, celui qui « n’avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards » (Ex 53,2).
Pourquoi est-il raisonnable de regarder le Christ crucifié ? Car la Croix nous montre que la vraie beauté est l’amour de Dieu qui « sait transfigurer même le mystère obscur de la mort dans la lumière irradiante de la résurrection » (Pope émérite Benoît XVI). Pour accéder à la vie éternelle il faut donc écouter Jésus et le suivre sur le chemin de la croix.
L’écouter comme l’écouta la Vierge Marie, qui a offert sa chair à la Parole de Dieu.
Suivant l’exemple de la Mère du Rédempteur, les vierges consacrées dans le monde disent oui à Dieu en offrant leur corps comme un temple pur, comme abris pour l’Epoux Jésus et « sa (du Christ) pleine adhésion à la volonté du Père rend son humanité transparente à la gloire de Dieu, qui est Amour que tout transfigure » (Pape François). Le rituel de consécration des vierges ajoute aussi à travers la prière de l’Evêque n°11 : « Dieu qui as inspiré à nos sœurs le désir de garder la virginité, daigne achever en elles ton œuvre (de Transfiguration). Pour que leur offrande soit parfaite, donne leur de rester fidèles jusqu’au bout. » Ces vierges nous servent d’exemple dans l’écoute de la Parole de Dieu, gardée dans la Bible. La vie de ces femmes est aussi un témoignage de comment on peut écouter de Dieu dans les faits de la vie et essayer de lire en ceux-là le dessin de la Providence. Elles démontrent que leur amour virginal au Christ ne les éloigne pas du monde, mais les encourage à L’écouter parmi les frères et les sœurs en humanité, en particulier parmi les enfants et les pauvres que Jésus demande aux chrétiens d’aimer concrètement.
En conclusion, ces vierges nous montrent qu’écouter le Christ et suivre sa voix d’Epoux est la voie royale, la seule, qui conduit à la plénitude de l’amour. Amour qui transfigure et rend heureux pour toujours.
Lecture Patristique: Saint Léon le Grand (+ 461)
Sermon 51, 3-4 (CCL 138 A, 290-300)
Le Seigneur découvre sa gloire devant les témoins qu’il a choisis, et il éclaire d’une telle splendeur cette forme corporelle qu’il a en commun avec les autres hommes que son visage a l’éclat du soleil et que ses vêtements sont aussi blancs que la neige.
Par cette transfiguration il voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la croix et, en leur révélant toute la splendeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa Passion volontaire ne bouleversent leur foi.
Mais, il ne prévoyait pas moins de fonder l’espérance de l’Église, en faisant découvrir à tout le Corps du Christ quelle transformation lui serait accordée; ses membres se promettraient de partager l’honneur qui avait resplendi dans leur chef.
Le Seigneur lui-même avait déclaré à ce sujet, lorsqu’il parlait de la majesté de son avènement: Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père (Mt 13,43). Et l’apôtre saint Paul atteste lui aussi: J’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que le Seigneur va bientôt révéler en nous (Rm 8,18). Et encore: Vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ qui est votre vie, alors, vous aussi vous paraîtrez avec lui en pleine gloire (Col 3,3-4).
Cependant, pour confirmer les Apôtres et les introduire dans une complète connaissance, un autre enseignement s’est ajouté à ce miracle. En effet, Moïse et Élie, c’est-à-dire la Loi et les Prophètes, apparurent en train de s’entretenir avec le Seigneur. Ainsi, par la réunion de ces cinq hommes s’accomplirait de façon certaine la prescription: Toute parole est garantie par la présence de deux ou trois témoins (Dt 19,15).
Qu’y a-t-il donc de mieux établi, de plus solide que cette parole? La trompette de l’Ancien Testament et celle du Nouveau s’accordent à la proclamer; et tout ce qui en a témoigné jadis s’accorde avec l’enseignement de l’Évangile.
Les écrits de l’une et l’autre Alliance, en effet, se garantissent mutuellement; celui que les signes préfiguratifs avaient promis sous le voile des mystères est montré comme manifeste et évident par la splendeur de la gloire présente. Comme l’a dit saint Jean, en effet: Après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ (Jn 1,17). En lui s’est accomplie la promesse des figures prophétiques comme la valeur des préceptes de la Loi, puisque sa présence enseigne la vérité de la prophétie, et que sa grâce rend praticables les commandements.
Que la foi de tous s’affermisse avec la prédication de l’Évangile, et que personne n’ait honte de la croix du Christ, par laquelle le monde a été racheté.
Que personne donc ne craigne de souffrir pour la justice, ni ne mette en doute la récompense promise; car c’est par le labeur qu’on parvient au repos, par la mort qu’on parvient à la vie. Puisque le Christ a accepté toute la faiblesse de notre pauvreté, si nous persévérons à le confesser et à l’aimer, nous sommes vainqueurs de ce qu’il a vaincu et nous recevons ce qu’il a promis. Qu’il s’agisse de pratiquer les commandements ou de supporter l’adversité, la voix du Père que nous avons entendue tout à l’heure doit retentir sans cesse à nos oreilles: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour; écoutez-le! (Mt 17,5).
Pour IIIème dimanche de Carême, comme plus tard pour les IVème et Vème dimanche de Carême, l’Eglise nous ne propose pas l’Évangile selon Mattieu mais trois passages tirés de l’Évangile selon Saint Jean où on retrouve le récit des trois rencontres de Jésus :
1. Celle de la Samaritaine qui arrive au puits de Jacob et qui reçoit, comme don, l’eau qui désaltère pour toujours;
2. Celle de l’aveugle de naissance qui reçoit la lumière des yeux et celle du cœur;
3. Celle de l’ami Lazare que le Christ ressuscite.
La rencontre de chacune de ces trois personnes met en évidence (en lumière) certains aspects de la personne de Jésus, Fils de Dieu, qui donne la vie, en désaltérant avec l’eau « spirituelle », en donnant la lumière pour voir Dieu et pas seulement les choses, en donnant la vie à l’ami, ce qui veut dire à chacun de nous.
1. Notre soif
Puisque Dieu est amour, Il a soif d’aimer et d’être aimé; l’homme, sa créature, a soif d’être aimé et d’aimer. Cette soif porte, aujourd’hui, le Christ à demander à la femme Samaritaine : « Donne-moi à boire » (cfr Jn 4,7). Le Fils de Dieu vient à nous comme un mendiant, il a besoin de ce que nous pouvons lui donner : « La chose la plus grande dans l’amour de Dieu n’est pas le fait qu’il nous aime, mais le fait qu’il nous demande notre amour, comme s’il ne pouvait se passer de ce que nous lui pouvons donner. Lui qui est infini, lui qui est éternel, lui qui est suffisant à lui-même, il est fatigué et se repose au bord d’un puits » (Don Divo Barsotti). La Samaritaine représente l’humanité entière, et sa soif d’amour ne peut pas être assouvie par aucun homme (la Samaritaine en a eu six).
Nous cherchons à imaginer la scène de l’Évangile d’aujourd’hui : vers midi une femme va chercher de l’eau au puits de Jacob, qui se trouve à côté du village où elle habite, et dans quelques minutes, elle aboutit à la foi que la rencontre avec le Christ suscite. Jésus est là au puits à l’attendre et exprime lui aussi son désir. Cela veut dire que la foi nait de la rencontre de ces deux désirs profonds qui « dialoguent » entre eux. La soif du Christ révèle le secret de la soif de cette femme qui nous représente tous.
Pourquoi cette femme arrive-t-elle à la foi et pourquoi y arrive-t-elle si rapidement?
Parce qu’elle accepte de dialoguer avec le Christ qui l’attend au bord d’un puits. Parce qu’elle arrive au puits, où elle va tous les jours parce que son corps a soif tous les jours. Toutefois, la Samaritaine a aussi soif et surtout soif d’amour et elle ne la trouve ni dans l’amour exacerbé ni en changeant continuellement d’amour (avec cinq hommes déjà quittés, celui avec elle vit maintenant, le Christ se présente, en étant lui le « septième »)
Parce qu’elle n’y arrive pas seulement assoiffée d’eau qui désaltère le corps mais aussi de celle qui éteint la soif de vérité, d’amour et de justice. Cette soif « spirituelle » – devant Jésus qui lui dit « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit :
‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »
(Jn 4, 10) – porte cette femme à mendier en disant « Seigneur, donne-moi de cette eau » (Jn 4, 15).
Cette femme ne représente pas seulement l’humanité vivante au temps de la vie terrestre du Christ. Elle représente aussi toute l’humanité de toujours, dont la soif est bien exprimée par ces mots : » Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau (Ps 63, 2).
La soif de l’homme ne s’est pas éteinte ni en ce temps-là ni à jamais : elle est inextinguible. En chaque être humain se trouve la question essentielle du sens (à entendre comme signification, direction et goût de la vie) et ouverture à l’Infini. A cette demande d’infini, le monde répond avec une infinité des choses qui ne comblent jamais le cœur de l’homme qui veut l’infini, parce qu’il est capable de Dieu. A cet égard, le Catéchisme de l’Eglise Catholique, au Chapitre I qui a pour titre : L’homme est « capable » de Dieu, souligne le fait que le désir (cela veut dire la soif) de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme, parce que l’homme a été créé par Dieu et pour Dieu; et Dieu ne cesse d’attirer à Lui l’homme, et en Dieu seulement l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il cherche sans arrêt. Le sens de la vie humaine consiste dans sa vocation à la communion avec Dieu, source de joie.
Si nous demandions à tous ceux qui ne connaissent encore le Christ, à ceux qui ne l’ont pas encore rencontré, aussi à ceux qui ne veulent pas le chercher, beaucoup d’entre eux répondraient qu’ils sont contents de leur sort. Ils vont chercher l’eau, mais ils n’ont pas besoin de Dieu. Ils vont au puits pour chercher l’eau pour le corps, mais ils ne se rendent pas compte d’avoir eux aussi soif d’une autre eau. La présence du Christ révèle à l’âme son vide que seulement l’amour infini de Dieu peut combler. A cet égard, je cite le bienheureux Charles de Foucauld qui, dans une de ses méditations, parle de la tristesse dans laquelle les passions terrestres le laissaient quand, encore athée, il croyait étouffer dans les transgressions cette soif de Dieu qui est vraiment propre à l’homme.
2. La soif du Christ.
Pour répondre à cette soif profonde que notre esprit a, le Christ met une seule condition pour qu’il puisse se donner, il demande une « aumône » : que nous lui offrions de l’eau pour sa soif. L’eau qu’il demande à recevoir de la part de la Samaritaine, est une aumône grâce à laquelle notre main et notre cœur s’ouvrent et puissent ainsi recevoir beaucoup plus, infiniment plus.
Inspiré par une peinture de Duccio de Boninsegna qui dépeint Jésus assis sur le bord d’un puits, qui est à vrai dire un font baptismal1 en marbre, solide, et la femme Samaritaine avec une cruche d’argile fragile sur la tête, en équilibre précaire, je peux écrire que Jésus a besoin de la cruche de chacun de nous pour la mettre dans le puits, c’est-à-dire qu’Il a besoin de notre liberté, de notre amour libre, qu’Il rachète.
Le chemin spirituel de la Samaritaine nous est proposé aujourd’hui. Il est un itinéraire, que chacun de nous est appelé à redécouvrir et à parcourir constamment. Nous aussi, qui sommes baptisés, nous sommes toujours en chemin pour devenir de vrais chrétiens, et cet épisode évangélique est une incitation à redécouvrir l’importance et le sens de notre vie chrétienne, le vrai désir de Dieu qui vit en nous.
En nous proposant aujourd’hui l’Évangile de la femme Samaritaine, l’Eglise veut nous emmener à professer notre foi en Christ – comme cette femme l’a fait – en allant annoncer et témoigner à nos frères la joie de la rencontre avec Lui et les merveilles que son amour accomplit dans nos vies.
La foi naît de la rencontre avec Jésus, reconnu et accueilli comme un sauveur, qui révèle le visage de Dieu. Une fois que le Seigneur a gagné le cœur de la femme Samaritaine, sa vie est transformée et elle court sans délai pour communiquer la bonne nouvelle aux gens. Saint-Augustin disait que Dieu a soif de notre soif de Lui. C’est-à-dire : Dieu désire être désiré.
Plus l’être humain se détourne de Dieu et plus Lui le poursuit de son amour miséricordieux. Donc, aujourd’hui, l’Évangile nous invite à revoir notre relation avec Jésus, à chercher son visage sans relâche. « C’est le désir qui creuse nos cœurs»2 (saint Augustin). Il les élargit, les rend plus grands. C’est «le désir qui rend plus profond le cœur et la «vie d’un bon chrétien consiste en un saint désir »3 (Id.).
Un bon témoignage d’une bonne vie chrétienne est celui des vierges consacrées dans le monde, qui mortifient leur soif d’amour humain pour boire seulement l’eau de la vie qui coule du Christ, et pour étancher Sa soif.
La virginité consacrée « n’est pas manque de désir, mais intensité du désir» (Sainte Thérèse d’Avila) et c’est une vocation qui exprime comment il est possible vivre une vie qui est abreuvée seulement par « l’eau » de Dieu. Cette vie donnée et, donc, féconde doit être vécue avec une attitude de foi et de joie spirituelle, nourrie par la prière. Elle est à vivre avec un détachement de la vie de couple, mais aussi des sympathies qui sont trop limitées, pour diriger toutes les énergies (y compris les énergies affectives) vers la communion avec le Christ et avec ceux qui deviennent proches à cause de lui. (cf rituel de consécration des vierges, N°24 : « comment un être de chair pourrait-il en effet, maîtriser les appels de la nature, renoncer librement au mariage et s’affranchir des contraintes de toutes sortes, si tu n’allumes ce désir Seigneur, si tu n’alimentes cette flamme et si ta puissance ne l’entretient ?… C’est en effet ton esprit Saint qui suscite au milieu de ton peuple des hommes et des femmes conscients de la grandeur et de la sainteté du mariage et capable de renoncer à cet état afin de s’attacher dès maintenant à la réalité qu’il préfigure : l’union du Christ et de l’Eglise »).
La personne qui vit la virginité consacrée est un don précieux pour l’Eglise: en fait, elle témoigne de la présence initiale du royaume de Dieu et l’espérance sûre de son achèvement. La virginité rend plus disponible au service. Enfin n’oublions pas que la virginité ne contredit pas la dignité du mariage, mais la présuppose, la confirme, la défend contre des interprétations réductrices. Elle rappelle aux mariés qui doivent vivre le mariage comme une anticipation et une figure de la parfaite communion avec Dieu Le « Toi» que tout le monde cherche, est en fin de compte Dieu : l’autre conjoint ne peut pas satisfaire son désir illimité d’amour. Les vraies noces sont celles avec Dieu.
Lecture Patristique
Saint Augustin (353 – 430)
Commentaire sur l’évangile de Jean, 15, 6-7
CCL 36, 152-153
Jésus, fatigué par la route, s’était assis au bord du puits. Il était environ midi (Jn 4,6). Voilà que commencent les mystères. Car ce n’est pas pour rien que Jésus est fatigué; ce n’est pas pour rien, qu’est fatiguée la Force de Dieu; ce n’est pas pour rien qu’est fatigué celui qui refait les forces des fatigués; ce n’est pas sans raison qu’est fatigué celui dont l’absence cause nos fatigues, dont la présence nous fortifie. Jésus cependant est fatigué, et il est fatigué par la route; il s’assied, et il s’assied au bord du puits, et c’est à midi qu’il s’assied, fatigué. Tout cela suggère quelque chose, veut indiquer quelque chose; tout cela nous rend attentifs, nous exhorte à frapper. Qu’il nous ouvre donc lui-même, à nous comme à vous, celui qui a daigné nous exhorter en disant: Frappez, et il vous sera ouvert (Mt 7,7). C’est pour toi que Jésus est fatigué par la route. Nous trouvons Jésus, qui est la Force même, et nous trouvons Jésus qui est faible, fort et faible. Fort, car au commencement le Verbe était, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu; il était au commencement auprès de Dieu (Jn 1,1-2). Voulez-vous voir à quel point ce Fils de Dieu est fort? Par lui tout s’est fait, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui (Jn 1,3), et il a tout fait sans effort. Qu’y a-t-il donc de plus fort que celui par qui tout a été fait sans effort?
Veux-tu connaître sa faiblesse? Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous (Jn 1,14). La force du Christ t’a créé, la faiblesse du Christ t’a recréé. La force du Christ a fait exister ce qui n’existait pas, la faiblesse du Christ a empêché de périr ce qui existait. Il nous a créés par sa force, il est venu nous chercher par sa faiblesse.
Ainsi donc Jésus est faible, lui qui est fatigué par la route. La route, c’est la chair, assumée pour nous. Quelle route, en effet, parcourt-il, celui qui est partout, celui qui n’est absent nulle part? Où va-t-il, ou bien d’où vient-il? N’est-ce pas en ce sens qu’il vient pour nous, et qu’il a assumé la forme d’une chair visible? Parce qu’il a daigné venir à nous maintenant pour apparaître en ayant assumé la forme de serviteur, cette assomption de la chair, voilà quelle route il a prise. Aussi, cette fatigue de la route est-elle autre chose que la fatigue produite par la chair? Jésus est faible dans la chair, mais toi, ne sois pas faible, sois fort dans sa faiblesse, car la faiblesse de Dieu est plus forte que l’homme (1Co 1,25).
1 C’est pour son rappel au baptême que le passage d’aujourd’hui a été choisi parce que le carême, surtout dans les siècles passés, était pour les catéchumènes la période de préparation au baptême dispensé à Pâques.
2 Desiderium sinum cordis.
3 Vita boni christiani sanctum desiderium est.