la Sainte Famille, 30 décembre 2018,
la Mère de Dieu et Reine de la Paix, 1er janvier 2019,
L’Epiphanie, manifestation d’un Enfant confié à notre amour, 6 janvier 2019.
1) Une famille exemplaire, parce que sainte.
Avec Noel, l’avent est devenu une aventure. En se faisant chair, le Verbe de Dieu a planté sa demeure parmi nous ; et, comme Marie, Joseph, les bergers et les Roi Mages, nous avons pris la route de l’aventure chrétienne, de la mission, de communiquer tout ce qui nous est arrivé, tout ce que nous avons rencontré : le Verbe de Vie, de paix et de joie.
Communiquer ce qui nous est arrivé est entrer en communion avec les autres par notre présence, (cum = avec, munus = tâche, office, donc être unis dans une tâche commune, travailler ensemble, ou cum = avec et moenia = murs, vivre à l’intérieur des murs de la même ville, vivre ensemble). Cette communion fraternelle renouvelle le miracle de Sa Présence, renouvelle avec les autres l’évènement qu’Il a réalisé avec nous, avec les autres et avec les choses, avec tout : la paix. Dieu est la paix et est présent en ceux qui apportent la paix.
Aller à Bethleem a permis aux Bergers et aux Rois Mages non seulement de rencontrer le Fils de Dieu, mais de vivre comme en famille avec le Christ, en entrant dans cette « maison » provisoire de la Sainte Famille. Certes, au début, ils se sont arrêtés à l’entrée de cette pauvre demeure où la Sainte Famille se trouvait, puis ils se sont approchés du Christ. J’espère qu’ils L’ont touché, caressé et je suis certain que le Christ a pris demeure en eux. Ils L’ont donc apporté au monde : le petit monde des bergers et le grand monde des Rois.
Les Bergers et les Rois Mages ont quitté la Grotte non seulement parce qu’ils devaient reprendre leur vie quotidienne, banale, mais aussi pour continuer en missionnaires, le saint voyage, dans lequel Celui qui calcule les choses est un Autre. Consciemment ils s’étaient mis dans les mains tendues d’un Enfant, mains d’un Autre, « mains » de Dieu.
Pour adhérer à ce fait, à cette Présence, il faut partir en voyage. Partir de soi-même, plus que de partir de sa maison et laisser des personnes qui l’ont aimé. Il faut s’enraciner dans le Christ pour pouvoir s’étendre, comme des branches fleuries d’un arbre : plus il enfonce ses racines dans la terre, plus il s’élève dans le Ciel.
Se mettre en voyage : pourquoi? Pas seulement pour retourner à la maison ou dans les palais royaux, mais pour annoncer que la rencontre avec le Christ est un avancement : le nouveau né, l’Homme-Dieu ne détruit rien, il ne laisse aucune réalité de côté, il consacre tout, il révèle tout, il accomplit tout, il donne à tous les sentiments, à toutes les vocations une dimension infinie, incroyable, imprévisible, merveilleuse.
A cet effet, la Sainte Famille est un exemple splendide, simple et imitable : elle fut une vraie communauté missionnaire qui assume la tache missionnaire du Fils. En effet, La mission de Jésus-Christ devint la vocation de Marie et de Joseph qui mirent leur liberté à la disposition de leur Fils. Ces deux saints, unis dans le respect et dans l’amour d’une communion pure et féconde entreprirent le voyage de la vie avec le Christ et pour le Christ. Avec Lui et pour Lui ils allèrent de Nazareth (le jardin) à Bethléem (ville du pain), de Bethléem en Egypte, de l’Egypte à Nazareth : ils portèrent le Christ sur les chemins du monde et furent les premiers collaborateurs de la Rédemption.
Cette Sainte Famille était l’Arche de l’Alliance portée dans l’exode de la vie et était « une école de l’Evangile, où l’on apprend à observer, à écouter, à méditer, à pénétrer la signification si profonde et si mystérieuse de cette manifestation du Fils de Dieu si simple, humble et belle » (Paul VI, Discours à Nazareth, 5 janvier 1964), en vue de L’apporter ultérieurement dans le monde comme missionnaires de paix.
2) Une famille pas normale comme norme.
L’exceptionnalité de la Sainte Famille (une mère Vierge, un père adoptif et un fils qui est Dieu) ne doit pas sous-évaluer le fait qu’elle est et doit être, toujours plus, un exemple pour toutes les familles chrétiennes.
Il est évident que ce n’est pas une famille normale. Elle est justement proposée comme la norme de la vie d’un couple qui voit sa vie bouleversée par l’action de Dieu et par le délire des hommes. Elle est capable de se mettre à l’écart, réellement, sans chantages, sans soucis, pour se mettre au service de la mission d’amour et de paix de Jésus, en se donnant un plus grand projet : celui que Dieu a sur le monde.
Comme chaque mère, Marie serre fortement contre elle le petit nourrisson qui sent la chaleur et l’odeur de sa peau. Maintenant, dans la grotte, Joseph est serein, parce que s’il a été le témoin de cette naissance, survenue dans des conditions humainement humiliantes – première annonce du « dépouillement » (cf. Ph 2, 5-8) -, il fut aussi le témoin de l’adoration des bergers, arrivés sur le lieu de la naissance de Jésus après que l’ange leur eut apporté cette grande et heureuse nouvelle (cf. Lc 2, 15-16). Plus tard, il fut aussi le témoin de l’hommage rendu par les Rois Mages venus d’Orient (cf. Mt 2, 11).
Cette Aventure – faire naitre le Fils de Marie, son épouse, loin de la maison – a durement affecté Joseph. Après avoir écouté l’Ange en songe qui lui dit d’accueillir Marie et le fruit de ses entrailles, après cette tumultueuse nuit de Noël, pleine d’émotion et de signes, le jeune Joseph se sent confiant pour le futur. Ce que Joseph a vu et entendu est immense et le réconforte dans sa tâche de « gardien » paternel auquel est confiée toute la vie « privée » ou « cachée » de Jésus.
Après le long et douloureux séjour en Egypte, Marie et Joseph retournent à Nazareth, où Jésus grandit. Et c’est un Jésus adolescent qui s’éloigne de ses parents, pour aller parler avec les docteurs de Loi. Quelle tendresse voir deux parents en difficulté avec leur enfant qui, dans la logique humaine, dirions-nous, est en pleine crise d’adolescence, parce qu’Il conteste l’autorité de ses parents. En réalité le « garçon » Jésus affirmait l’autorité du Père et son appartenance à la Famille Divine.
Admirons la grande foi que Joseph et Marie ont eu pour reconnaître comme Fils de Dieu, l’Enfant qui grandissait dans la maison et qui était identique à tous les enfants du village.
La fête de la Sainte Famille nous pousse à voir les êtres chers de notre famille avec un regard de foi et de lumière, en reconnaissant le Mystère caché en les personnes qui vivent quotidiennement avec nous. Elles nous apprennent Dieu et nous font comprendre que l’héroïque peut devenir quotidien et que le quotidien peut devenir héroïque.
Que cette prière soit notre fréquente prière d’aujourd’hui : « Dieu, notre Créateur et Père, Tu as voulu que Ton Fils, engendré avant l’aurore du monde, devienne membre de l’humaine famille ; ravive en nous la vénération pour le don et le mystère de la vie, afin que les parents se sentent participants de la fécondité de Ton amour, et que les enfants croissent en sagesse, âge et grâce, en louant Ton saint Nom » (Collecte du dimanche 30 décembre 2012). Portons l’heureuse annonce: « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné ce nom : Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-éternel, Prince-de-paix”(Is 9,5).
3) Dieu est en ceux qui apportent la paix : Il est la Paix.
La paix, souvent offensée et attaquée, est un désir commun, parce que la paix est vie. Pour cette raison, je pense que le Pape Paul VI a voulu que la paix soit célébrée en tant que Journée Mondiale. La première fois où cette fête fut célébrée fut le 1er janvier 1967, jour de la Liturgie dédie à la célébration de la Vierge Marie, comme Mère de Dieu et mère des hommes.
Dans le sens biblique, la paix est par excellence le cadeau du Messie. Elle est le salut apporté par Jésus. Elle est notre réconciliation et pacification avec Dieu. La paix est aussi une valeur humaine à réaliser sur la plan social et politique. Elle enfonce ses racines dans le mystère du Christ (cfr Gaudium et Spes, chap. V) qui est l’« auteur du salut et le principe d’unité et de paix » (Lumen Gentium, n. 9). Il est donc évident que le chrétien doit contribuer aux efforts de l’humanité pour apporter la paix dans le monde.
La première façon d’être porteurs de paix est le sacrifice dont le fruit sur la terre est la paix. Donc essayons de faire des sacrifices et d’éduquer aux sacrifices. Je suis certain que les personnes de mon âge se souviennent de la manière dont nos mères ou le prêtre de notre paroisse nous apprenaient à faire chaque jour de l’Avent un petit sacrifice (un « fioretto » : le sacrifice était comparé à une fleur, et le petit sacrifice à une petite fleur, donc « fioretto ») afin que l’enfant Jésus puisse être installé plus confortablement dans la crèche et que la paille rigide ne le fasse pas trop souffrir. Nos mères et le prêtre, d’une façon peut-être un peu naïve, mais efficace, nous apprenaient que le vrai sens de la naissance de Dieu dans le monde était la pacification sur la terre par le sacrifice. L’histoire de l’Enfant de Bethléem est une histoire de sacrifice jusqu’au sacrifice de la Croix : sceau de paix.
La paix réalisée par le sacrifice est la manifestation (= épiphanie) évidente de ce projet de Dieu qui est la parfait communication de ce qu’il est : Amour qui se donne.
3) Epiphanie de paix.
L’Epiphanie célèbre trois manifestations divines : la manifestation aux Rois Mages, celle sur les rivages du Jourdain par le Baptême de Jésus et celle des noces de Cana.
Aujourd’hui la manifestation du Sauveur aux « païens », en la personne des Rois Mages est la plus soulignée. Ces personnes sages représentent notre vocation à la lumière du Ciel qu’ils fixaient jusqu’à faire pleurer les yeux du cœur. D’une foi généreuse, ils disent : « Nous avons vu Son Etoile et nous sommes venus… ». En laissant leur palais royaux et leurs certitudes, ces hommes sages ont suivi la « certitude » de l’étoile du Christ. Ils sont arrivés chez l’Enfant qui portait l’éternel Amour dans le monde pour toujours. Ils ne sont pas seulement arrivés chez le Christ, mais dans le Christ.
Lorsque les Rois Mages, ces pèlerins de Ciel arrivèrent à la Grotte, ils virent un nouveau né dans une crèche et prirent conscience que leur recherche était achevée. Leur mission commençait. Mais qu’ont-ils vu pour en être bouleversés d’étonnement ? Ils virent un enfant dans les bras de Sa mère qui a mis Dieu à notre portée grâce à son « oui » : « le voile » de l’humanité empêche à la luminosité infinie et éblouissante de nous rendre aveugles. Cette manifestation de Dieu est un mystère de miséricorde que personne ne pouvait humainement concevoir. Après l’avoir vu, adoré, et offert des dons, ces Rois quittèrent la Grotte. Ce ne fut pas un simple retour chez eux. La lumière qu’ils avaient contemplée était dans leur cœur : ils l’apportèrent dans le monde.
Aujourd’hui, la lumière de Bethléem continue de resplendir à travers les chrétiens dans le monde entier. St. Augustin rappelle à ceux qui l’ont accueillie: « Nous aussi, en reconnaissant le Christ comme notre roi et comme prêtre mort pour nous, nous l’avons honoré comme si nous Lui avions offert de l’or, de l’encens et de la myrrhe ; il ne nous manque que d’en témoigner, en prenant une route différente de celle que nous avons empruntée pour venir » (Sermo, 202. In Epiphania Domini, 3, 4).
Cette route est un chemin de justice et de paix, car il manifeste la lumière d’un Dieu qui nous montre son visage et qui apparaît dans la crèche de Bethléem. Lui Seul peut rendre le cœur humain ouvert à la paix et facteur de paix.
Bien sur, ceci vaut d’une façon particulière pour les vierges consacrées. L’Epiphanie, célébration de la manifestation du Seigneur, rappelle à chacune d’elles comment vivre leur vocation en réalisant l’engagement qu’elles ont assumé par la force de leur consécration.
Cette consécration ne les met pas immédiatement au service de quelques activités particulières, mais elle exige de leur part, un témoignage de vie parfaite. Elle exige d’elles un témoignage qui, selon les mêmes paroles de la formule de leur consécration, les rend révélatrices de Dieu le Père, qui « les appelle à rester à Sa présence come des anges devant Son visage » (Rituel de la Consécration des Vierge, n. 64), comme les Rois Mages devant Jésus que la Vierge Marie confie à leur amour. Que Dieu, voilé aux yeux des hommes, se dévoile, se manifeste par la sainteté de vie de Ses servantes consacrées.
Je propose deux conseils pratiques :
• Prière de Saint Bède le Vénérable :
“Aimons le Christ et observons avec persévérance ses commandements que nous avons commencés à suivre. Plus nous l’aimerons, plus nous mériterons d’être aimé du Père. Il nous accordera la grâce de son Amour immense pour l’éternité. Maintenant, Il nous accorde de croire et d’espérer. Alors, nous le verrons face à face et Il se manifestera à nous dans la gloire qu’Il avait déjà auprès du Père avant que le monde fut ». (Saint Bède le Vénérable, homélie 12).
• Prière de Saint-François pour la paix.
Seigneur,
Fais de moi un instrument de paix
Là où est la haine, que je mette l’amour
Là où est l’offense, que je mette le pardon
Là où est la discorde, que je mette l’union
Là où est l’erreur, que je mette la vérité
Là où est le doute, que je mette la foi
Là où est le désespoir, que je mette l’espérance
Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière
Là où est la tristesse, que je mette la joie
Ô Seigneur, fais que je ne cherche pas tant
À être consolé qu’à consoler
À être compris qu’à comprendre
À être aimé qu’à aimer
Car c’est en donnant que l’on reçoit
En pardonnant que l’on est pardonné
En mourant que l’on ressuscite une vie nouvelle
• Par ailleurs, la liturgie byzantine décrit les visiteurs de la crèche de cette façon :
Ils virent Marie qui est “l’hirondelle spirituelle qui apporte le printemps de la charité qui doit dissiper l’hiver athée. Elle est le nuage lumineux qui apporte la pluie spirituelle qui rafraichit la terre brûlée. Ses entrailles sont comme un paradis spirituel dans lesquelles le Plan Divin grandit.
Ils virent Jésus qui s’est rendu visible pour nous en naissant de la Vierge fille de Dieu. Porté sur les ailes des chérubins il vient habiter parmi nous d’une façon qui dépasse toute imagination, le Seigneur vivifiant vient selon la chair pour sauver le genre humain. Le Soleil qui resplendit jour et nuit vient d’une tendre Vierge pour illuminer tout ce qui se trouve sous le soleil »
Ils virent Joseph, gardien paternel de « Celui qui, emmailloté comme un enfant, tient dans ses mains l’univers » ; « Il est déposé dans une crèche mais elle est comme le trône incandescent du Verbe qui apparaît sous la forme d’un enfant ».
Le jour de Noël et le 6 janvier, nous avons accueilli la manifestation (= épiphanie) de Jésus aux bergers et aux sages, les Roi Mages qui étaient allés chez Lui. Ils L’avaient reconnu et adoré, en se mettant à genou et en Lui offrant des cadeaux.
Les bergers – je pense – Lui apportèrent en hommage des dons blancs : du lait, du fromage, de la laine et, pourquoi pas, un agneau pour honorer la splendeur « blanche » de Dieu. De pauvres cadeaux ? Un cadeau est toujours de grande valeur s’il est donné avec joie et amour, L’amour n’est pas mesuré par « combien » nous donnons, mais par combien d’amour nous mettons dans le cadeau.
Les Mages aussi suivirent cette « loi du don » (Mère Teresa de Calcutta) : ils montrèrent leur amour respectueux en offrant de l’or à l’enfant Jésus en tant que vrai Roi des Rois. Il Lui donnèrent de l’encens en L’honorant comme vrai Dieu. Enfin, en reconnaissant en Lui le vrai Homme, ils Lui donnèrent de la myrrhe qui était utilisée pour les défunts : prophétie dramatique du destin du nouveau-né, qui était venu au monde pour donner sa vie, totalement. L’Homme-Dieu est né pour se donner à nous. L’Eternité, dont la porte est ouverte par la Croix, nous est donnée avec un enfant, avec cet Enfant.
Aujourd’hui, la Liturgie nous propose de célébrer la manière avec laquelle Dieu-même vit la « loi du don », en validant par son témoignage divin celui des bergers et des rois Mages. De cette manière, il nous est donné de participer à une autre épiphanie (= manifestation) de Jésus : Maintenant, Il est la Paix envoyée, donnée et présente, alors que pendant des siècles et des siècles, elle avait été promise, différée, prophétisée. Dieu manifeste sa Paix dans l’humanité de Jésus, comblée de grâce et de miséricorde.
La manifestation célébrée aujourd’hui nous pousse à contempler et à faire nôtre au moins trois choses :
• L’humilité du Christ, Homme-Dieu qui va chez un homme, Jean, pour se faire baptiser en signe de pénitence et conversion. Lui est l’Agneau innocent qui porte humblement le péché du monde. Avec l’incarnation, le Fils de Dieu, qui est infinie puissance devient l’humble impuissance : un petit enfant. Mais, dans son Baptême, Jésus descend encore plus en bas : il se constitue quasi pécheur. Il entre dans l’eau en se constituant comme « pécheur public », « pénitent ». Il nous aime d’un amour infini et il n’hésite pas descendre dans le fond le plus abyssal de notre pauvreté, de notre humiliation, de notre péché.
La manifestation célébrée aujourd’hui nous pousse à contempler et à faire nôtre au moins trois choses :
• La solidarité du Christ : même s’Il est sans aucun péché, Il se met « dans la queue » avec ses frères les hommes pécheurs, pour partager leur souffrance et porter leur mal à leur place. Il prend sur Lui aussi le châtiment de chaque péché pour faire vivre chaque homme dans Sa vie, dans Sa sainteté. Rien ne montre plus la miséricorde divine que le fait qu’Il ait assumé notre misère-même. Et cette miséricorde n’est pas une faiblesse, elle est une passion d’amour qui récrée.
La manifestation célébrée aujourd’hui nous pousse à contempler et à faire nôtre au moins trois choses :
• Le témoignage de Dieu le Père : Il ouvre le ciel de Son Cœur, Il envoie Son doux Esprit, délicat comme une colombe, et Il dit : « Ceci est mon Fils, le Bien-Aimé, écoutez-Le ». Maintenant, les hommes n’ont plus d’excuses pour ne pas croire que Dieu se fait entendre et que Son témoignage est crédible. Les Evangiles nous parlent de deux événements où le Père reconnait Jésus comme Son Fils : dans le Baptême et pendant la Transfiguration. Jean le Baptiste et la foule assistèrent au témoignage paternel lié au Baptême : ils virent Jésus descendre dans l’eau parmi tous les pécheurs, comme s’il était un d’eux. Cette foule vit les cieux s’ouvrir, écouta les paroles prononcées par le Père pour indiquer son Fils bien-aimé et elle fut éduquée à reconnaître la grandeur de Dieu et Sa suprême humilité qui se dépouille de tout : Jésus a voulu se mettre au-dessous de nous pour nous conduire au Père.
2) Toute la vie du Christ est une épiphanie de paradis.
Dans l’événement du Baptême au Jourdain, nous trouvons en germe la vie entière de Jésus, qui amène le Ciel sur la Terre. Dans notre baptême également, il y a le germe de toute notre existence chrétienne qui est une existence de Paradis.
J’essaye de mieux m’expliquer : en se faisant solidaire de nous, le Christ nous a rendus un avec Lui : tous les êtres humains vivent dans le Fils. Le Père se communique à nous, les fils dans le Fils ; le Père nous donne son Esprit. Et si son Esprit est en nous, le Paradis est sur la terre et est ouvert pour nous et pour toute l’humanité. Le grand théologien Origène est allé encore plus loin et écrivit : « Voyant le Fils, la bienveillance du Père qui nous aime dans l’Aimé repose sur nous et nous sommes le Paradis de Dieu ». Donc le Baptême – celui du Christ et le nôtre – implique une mission de paradis :
• une mission à effectuer, comme dit le prophète Isaïe (cfr 1ère lecture de la Messe) dans la fermeté : « Il proclamera le droit avec fermeté », et dans la douceur : « Il ne brise pas le roseau froissé, il n’éteint pas la mèche qui faiblit».
• une mission qui ne parcourt pas les chemins de la violence orgueilleuse, mais ceux de l’humble délicatesse: « Il ne crie pas, il n’élève pas le ton, il ne fait pas entendre sa voix dans la rue».
• une mission qui donne espérance et salut aux malheureux : « Pour ouvrir les yeux des aveugles, pour extraire du cachot le prisonnier, et de la prison ceux qui habitent les ténèbres ».
• une mission, enfin, universelle: ses frontières sont la « terre » entière, « les nations», « les îles lointaines ».
Le Fils de Dieu est entré dans le monde non pas pour rester caché, mais, au contraire, pour se faire connaître et aimer, pour construire le monde nouveau et sauver l’homme. Même quand nous devenons mauvais, le Sauveur reste bon et pardonne nos méchancetés. Il ne veut pas détruire. Il aime reconstruire. Il est venu sur cette terre pour ouvrir le Paradis sur la terre avec sa bonté toute-puissante et inépuisable. Pour le Christ, sauver l’homme signifie le libérer du péché et des violentes misères qui en dérivent. Cela signifie aussi souder l’homme dans une communion avec Lui et avec les autres hommes de façon que le prochain devienne frère et sœur : ceci est une vie de paradis.
Nous ne devons pas oublier que ce salut ne concerne pas seulement la fin et l’au-delà de l’histoire : il la travaille de l’intérieur, il lui donne un sens. La vie éternelle est déjà commencée et germe sur la terre.
Le Royaume de Dieu est en chantier dans le cœur des hommes occupés à bâtir leur cité. Les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres, mais ils sont conscients d’être des pécheurs sauvés qui annoncent au monde que Jésus est le Seigneur. Par leur baptême, les chrétiens sont appelés à être le sel qui doit saler la terre, la lumière qui doit éclairer le monde, en apportant la joie du Paradis.
Le chrétien ne fuit pas du monde, il « travaille » pour le mettre de plus en plus dans les mains de Dieu, pour participer, de cœur et d’action, à la gestation du monde nouveau, où nous tous aurons une demeure stable et heureuse.
La dimension féminine de l’épiphanie
Nous tous sommes appelés à ce « travail » qui réalise de plus en plus l’épiphanie de Dieu dans le monde. Cependant, je crois de ne pas me tromper si j’affirme que les vierges consacrées sont appelées à vivre cette épiphanie d’une façon particulière :
En les rencontrant le 2 juin 1995, le futur Saint Jean-Paul II leur a dit : « Très chères Sœurs, Marie est votre mère, sœur et maîtresse. Apprenez d’elle à accomplir la volonté de Dieu et à accueillir Son projet de salut ; à en garder la parole et à la comparer avec les événements de la vie; à chanter Ses louanges pour Ses « grandes œuvres » en faveur de l’humanité ; à partager le mystère de la douleur ; à apporter le Christ aux hommes et à intercéder pour celui est dans le besoin.
Soyez comme Marie dans la salle des noces où l’on fait la fête et le Christ se manifeste à ses disciples comme Epoux messianique ; soyez comme Marie auprès de la Croix, où le Christ offre sa vie pour l’Eglise ; restez avec Marie dans le Cénacle, la maison de l’Esprit qui se répand comme le divin Amour dans l’Eglise Epouse ».(Saint Jean-Paul II, Discours aux Participantes au Congrès international de l’ORDO VIRIGINUM dans le 25ème anniversaire de la promulgation du Rite, 2 juin 1995, n° 8).
Donc, je crois que la présence de la vierge consacrée comme femme est très importante, particulièrement dans le contexte actuel. Partout elle vit, travaille, parle, sert et prie, elle témoigne de la dimension nuptiale de son existence donnée et offerte. Elle est capable d’accueillir le Christ dans sa totalité, en chantant les louanges de l’Epoux et en élargissant son cœur à chaque fils et fille jusqu’à se sentir « corps » de l’Eglise, en devenant l’épiphanie de son Epoux par le don sincère et total d’elle-même.
Lecture patristique
Saint Grégoire de Nazianze
Oratio 39 in Sancta Lumina, 14-16, 20
PG 36, 350-351, 354, 358-359
Le Christ est illuminé par le baptême, resplendissons avec lui ; il est plongé dans l’eau, descendons avec lui pour remonter avec lui.
Jean est en train de baptiser, et Jésus s’approche ; peut-être pour sanctifier celui qui va le baptiser ; certainement pour ensevelir tout entier le vieil Adam au fond de l’eau. Mais avant cela et en vue de cela, il sanctifie le Jourdain. Et comme il est esprit et chair, il veut pouvoir initier par l’eau et par l’Esprit.
Le Baptiste n’accepte pas de le baptiser. Jésus insiste. Mais : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi. Voilà comment la lampe s’adresse au soleil, la voix à la Parole, l’ami de l’Époux à l’Époux, le plus grand des enfants des femmes au premier-né de toute la création ; celui qui avait bondi dans le sein de sa mère à celui qui avait été adoré dans le sein de la sienne, le précurseur présent et futur à celui qui vient d’apparaître et qui réapparaîtra. C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi. Que Jean ajoute donc : et en me sacrifiant pour toi. Il savait en effet qu’il recevrait le baptême du martyre ; ou, comme Pierre, que ses pieds ne seraient pas seuls purifiés.
Mais voici Jésus qui remonte hors de l’eau. En effet, il porte le monde. Avec lui, il le fait monter ; il voit les cieux se déchirer et s’ouvrir, alors qu’Adam les avait fermés pour lui et sa descendance, quand il fut expulsé du paradis que défendait l’épée de feu.
Alors l’Esprit atteste sa divinité, car il accourt vers celui qui est de même nature. Une voix descend du ciel, pour rendre témoignage à celui qui en venait ; et, sous l’apparence d’une colombe, elle honore le corps, puisque Dieu, en se montrant sous une apparence corporelle, divinise aussi le corps. C’est ainsi que, bien des siècles auparavant, une colombe est venue annoncer la bonne nouvelle de la fin du déluge.
Pour nous, honorons aujourd’hui le baptême du Christ, et célébrons cette fête de façon irréprochable.
Soyez entièrement purifiés, et purifiez-vous encore. Car rien ne donne à Dieu autant de joie que le redressement et salut de l’homme : c’est à cela que tend tout ce discours tout ce mystère. Soyez comme des sources de lumière dans le monde, une force vitale pour les autres hommes. Comme des lumières parfaites secondant la grande Lumière, soyez initiés à la vie de lumière qui est au ciel ; soyez illuminés avec plus de clarté et d’éclat par la sainte Trinité, dont vous avez reçu maintenant, d’une façon restreinte, un seul rayon, venant de l’unique divinité, en Jésus Christ notre Seigneur, à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen.
Le fait que le premier miracle de Jésus soit dû à l’intercession de Sa Mère n’est pas un hasard. Ce premier miracle a le but de prolonger la joie des deux nouveaux époux, le jour où ils consacrent leur amour mutuel en présence de Jésus-Christ.
Ce récit est très connu. Jésus est invité, avec ses disciples, à un mariage dans une petite ville non loin de Nazareth : Cana de Galilée. Nous savons que la Vierge Mère, co-protagoniste de l’évènement était présente. En effet, vers la fin du repas nuptial, lorsque le vin vient à manquer, la Vierge est la première à s’en apercevoir. Avec courtoisie mais fermement, elle demande à son Fils d’intervenir pour résoudre cet inconvénient.
Il peut sembler curieux que Marie se préoccupe de quelque chose que le soi-disant bon sens considérerait si non superflu, du moins comme étant de peu d’importance. Cela semble excessif de faire appel à la toute-puissance de Dieu pour remédier au manque de vin, surtout lorsque la fête touche à sa fin. Mais la Vierge Mère est une femme sensible et concrète et elle sait l’importance des « petites » joies de la vie.
Le premier message de l’Evangile d’aujourd’hui est celui-ci : le premier miracle de Jésus, par l’intercession de Sa Mère, est un miracle de joie afin que la sérénité de la vie ne vienne pas à manquer, parce que cette vie se déroule sous les yeux du Père qui pourvoit, qui a créé le ciel et la terre et la multitude des choses et des êtres qu’ils contiennent : Dieu est d’une générosité étonnante. Il transforme en un vin de grande qualité l’eau contenue dans six amphores de 100 litres chacune. Six cents litres de très bon vin pour une fin de repas sont réellement un signe remarquable de la générosité du cœur de Dieu.
Mais il ne faut pas oublier que la première réponse de Jésus à la sollicitude de sa Mère semble un peu dure : « Que me veux-tu, Femme ? » – Cette appellation, « Femme », n’indique pas une prise de distance par rapport à sa Mère. Ce même « titre » sera utilisé par le Christ sur la Croix, quand il dira à sa Mère : « Femme, voici ton fils » pour lui confier l’apôtre Jean (et nous tous avec lui) -. Jésus ajoutera aussitôt : « Mon heure n’est pas encore arrivée ». Par son intercession pleine de tendresse, Marie, qui n’est pas indifférente à ce qui arrive aux jeunes époux, anticipe cette heure, l’Heure de la Passion. La Mère dit donc aux serviteurs : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ». Ce sont les dernières paroles de Marie que les Evangiles nous livrent. Ces dernières paroles, comme les premières (celles prononcées au moment de l’Annonciation et de sa visite à sa cousine Elisabeth) sont des paroles que la Vierge, Notre Mère, nous offre pour nous montrer le rapport juste et correct avec le Christ.
Qui sait si Marie a pressenti que cette référence à l’« Heure » caractérisait l’évènement de Cana comme un tableau festif avec, en arrière-plan, la Passion du Fils de Dieu ? A Cana l’eau est transformée en vin et, à Jérusalem, quand l’Heure sera arrivée, le vin sera « transformé » en sang.
Les noces de Cana sont le signe d’une autre alliance, la nouvelle alliance, qui sera scellée par la Croix et Marie deviendra la Femme de cette Alliance scellée par la croix.
Marie, dont la foi est un modèle pour nous, est amenée par son Fils à une foi plus adulte. Si la demande d’un miracle pouvait être la solution à l’embarras des époux et de leurs familles, le miracle accompli par Jésus est aussi une révélation plus grande. Il révèle qu’il est venu pour redonner à l’homme et à la femme la capacité d’être une famille vraie et joyeuse, une famille sainte. Il en est le fondement, le goût, la joie ; Il est comme le vin nouveau, conservé jusqu’à la fin. Pour cette raison, en ayant fait le miracle de l’eau transformé en vin, Jean dit que Jésus « manifesta sa gloire », parce que la « gloire de Dieu est l’homme vivant et la vie de l’homme est la vision de Dieu » (St Irénée) dans la joie immense et éternelle.
2) Une réponse positive grâce à Marie.
Saint Louis-Marie Grignon de Montfort affirmait: « Dieu a réuni toutes les eaux et les a appelées mer ; il a réuni toutes les grâces et les a appelées Marie ». Il n’est pas imaginable que la Mère de toutes les grâces puisse recevoir une réponse négative de la part de son Fils. La Vierge Mère n’a pas eu la moindre hésitation en disant aux serviteurs « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ». Elle sait très bien que la confiance totale en Jésus ne peut pas décevoir. Elle est l’évangile vivant, elle est l’experte de Dieu. Les mystères de la Rédemption lui ont été confiés. Humble servante de Dieu et librement docile à la Volonté de Dieu, Marie a écouté la Parole divine. Elle l’a accueillie dans son cœur et sous son cœur, et elle a porté du fruit. Elle a d’abord écouté Jésus. Elle a fait sa volonté. Maintenant Jésus l’écoute et fait sa volonté, opérant un miracle extraordinaire avant même que son heure ne soit arrivée.
Nous aussi, nous devons, avant tout, écouter le Seigneur, L’accueillir dans notre vie et porter du fruit. Nous devons être des évangélisateurs à travers les merveilles, dont nous sommes les témoins et les bénéficiaires. L’Evangile d’aujourd’hui ne nous livre pas seulement un récit de noces. L’apôtre Jean dit que, ce jour-là, Jésus « manifesta sa gloire et ses disciples crurent en Lui ».
La gloire indique l’être profond du Christ qui se révèle dans sa splendeur. Jésus commence à manifester qui Il est vraiment. Il est celui qui donne le meilleur vin. Il est l’Epoux qui doit venir, le Messie. Les noces de Cana rappellent les noces de Dieu avec son peuple, selon ce que les prophètes ont annoncé.
3) Un miracle dans l’autre.
Je ne pense pas m’éloigner d’une interprétation correcte de l’Evangile d’aujourd’hui si j’affirme que le miracle principal consiste dans la présence du Christ à Cana pour ces noces, où Il purifie, élève et sanctifie l’amour naturel entre un homme et une femme et l’enracine dans Son Amour. Le miracle de l’eau transformée en vin est un signe miraculeux, simple et stupéfiant de l’amour terrien transformé en amour céleste.
Le mystère (mot qui signifie aussi sacrement et lieu de rencontre avec Dieu) de Cana, premier des miracles chrétiens, doit nous pousser, comme les disciples, à croire pleinement en Jésus. En même temps, il doit nous donner une confiance filiale en Marie et nous encourager à L’imiter.
Comment imiter Marie? Comment parvenir à avoir la même confiance qu’elle dans le Christ ?
En étant, comme elle, conscient d’appartenir à Dieu et en vivant de foi, comme elle.
Avec et par foi[2], Marie a dit « oui » à l’Ange et a cru à l’annonce qu’elle serait la Mère de Dieu.
Avec et par foi amoureuse, elle est allée chez sa cousine Elisabeth, et a élevé son chant de louange au Très-Haut pour les merveilles réalisées en elle et en ceux qui s’abandonnent à Dieu avec confiance et espoir.
Avec et par foi joyeuse et trépidante, elle a donné naissance à son Fils unique.
Avec et par foi, elle a eu pleine confiance en Joseph son époux et a emmené Jésus en Egypte pour le sauver de la persécution d’Hérode.
Avec et par cette même foi, elle a accepté la vie publique de son Fils et l’a suivi jusqu’au Calvaire où elle est restée au pied de la Croix.
Avec et par foi, elle nous a accueillis comme ses enfants dans le Fils, nous qui étions coupables de la mort de son fils crucifié.
Imitons la Vierge Marie dans sa vie de foi, où prière et action sont intimement unies.
Marie est modèle de foi parce qu’elle est modèle de contemplation, d’amour priant. Alors, comme elle, nous aussi, contemplons Jésus. Avec amour qui se fait prière contemplative, regardons le Verbe fait chair lorsqu’il vagit, joue, travaille, prêche, meurt sur la croix et tue la mort par sa Résurrection resplendissante.
A l’exemple de la Vierge Mère, demandons des grâces « visibles » par les yeux du corps, comme celle de l’eau transformée en vin, et la Grâce « visible » par les yeux de la foi : Jésus Christ.
En cela, que les Vierges Consacrées soient notre soutien. Leur tâche principale est d’attirer tous les chrétiens à la contemplation et de leur enseigner la prière amoureuse : hommes et femmes, petits et grands.
C’est une grande tâche, pour les Vierges Consacrées, de cultiver la contemplation du Christ, Vérité vivante, et de la faire découvrir aux autres. Ainsi, le primat de la contemplation sur l’action, de l’être sur l’avoir sera de plus en plus reconnu.
En effet, la consécration des Vierges se situe essentiellement sur le plan de l’être et non pas du faire. Le ministère des Vierges Consacrées est surtout un « ministère contemplatif », « un ministère de la personne qui prie (Orante) à l’écoute de la Parole et un ministère de l’amour » (Liminaire du Rituel de la Consécration des Vierges, n° 1 et 2). En effet, les Vierges consacrées qui vivent dans le monde, sont signe et témoignage prophétique au sein du Peuple de Dieu. Pour partager la Grâce du Christ, elles se nourrissent du Corps du Christ, et alimentent leur vie par la méditation de la Parole et la prière assidue.
Lecture Patristique
Saint Maxime de Turin (+ vers 415)
Homélie 23
PL 57. 274-276
Le Fils de Dieu est donc allé aux noces pour sanctifier par sa présence bénie le mariage qu’il avait institué par une décision souveraine. Il est allé à des noces célébrées selon l’ancienne coutume, en vue de se choisir dans la société des païens une épouse qui resterait toujours vierge. Lui qui n’est pas né d’un mariage humain est allé aux noces. Il y est allé non point pour prendre part à un joyeux banquet, mais pour se révéler par un exploit vraiment admirable. Il est allé aux noces non pour boire des coupes de vin, mais pour en donner. Car, dès que les invités manquèrent de vin, la bienheureuse Marie lui dit: Ils n’ont pas de vin. Jésus apparemment contrarié lui répondit: Femme, que me veux-tu (Jn 2,3-4)?
De telles paroles sont, sans aucun doute, le signe d’un mécontentement. Elles s’expliquent pourtant, à mon avis, par le fait que la mère lui avait signalé d’une manière inattendue qu’on manquait d’une boisson matérielle, alors qu’il était venu offrir aux peuples de la terre entière le calice nouveau de l’éternel salut. En répondant: Mon heure n’est pas encore venue (Jn 2,4), il prophétisait certainement l’heure très glorieuse de sa passion, ou bien le vin de notre rédemption qui procurerait la vie à tous. Car Marie demandait une faveur temporelle, tandis que le Christ préparait une joie éternelle.
Le Seigneur très bon n’a toutefois pas hésité à accorder cette grâce moindre, alors que de grandes grâces étaient attendues. La bienheureuse Marie, parce qu’elle était véritablement la mère du Seigneur, voyait par la pensée ce qui allait arriver et connaissait d’avance la volonté du Seigneur. Aussi prit-elle bien soin d’avertir les serviteurs par ces mots: Faites tout ce qu’il vous dira (Jn 2,5). Sa sainte mère savait assurément que la parole de reproche tombée de la bouche de son fils, le Seigneur, ne cachait pas le ressentiment d’un homme en colère, mais contenait une mystérieuse compassion.
Alors, pour rassurer sa mère déconcertée par cette réprimande, le Seigneur révéla aussitôt son pouvoir souverain. Il dit aux serviteurs qui attendaient: Remplissez d’eau les cuves (Jn 2,7). Les serviteurs, dociles, s’empressèrent d’obéir. Et voici que d’une manière soudaine et merveilleuse, ces eaux commencèrent à recevoir de la force, à prendre de la couleur, à répandre une bonne odeur, à acquérir du goût, et en même temps à changer entièrement de nature. Et cette transformation des eaux en une autre substance a manifesté la présence de la puissance créatrice. Personne, en vérité, hormis celui qui a créé l’eau de rien, ne peut la transformer en une substance destinée à d’autres usages.
Il n’y a aucun doute, mes bien-aimés, que celui-là même qui a changé l’eau en vin, lui a donné aussi, à l’origine, la consistance de la neige et la dureté de la glace. Il l’a changée en sang pour les Égyptiens. Pour étancher la soif des Hébreux, il lui a ordonné de couler d’un dur rocher, dont il a fait jaillir, comme du sein d’une mère, une source nouvelle qui a fait vivre une multitude innombrable de peuples.
Tel fut, dit l’Écriture, le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui (Jn 2,11). La foi des disciples ne s’appliquait pas du tout à ce qui s’accomplissait sous leurs yeux, mais à ce que les yeux du corps ne peuvent voir. Ils ont cru, non que Jésus Christ était le fils d’une vierge, car ils le savaient, mais qu’il était aussi le Fils unique du Très-Haut, ce dont le miracle leur fournissait la preuve.
Voilà pourquoi, mes frères, nous devons croire, nous aussi, de tout notre cœur, que celui-là même que nous appelons le fils de l’homme, est également le Fils de Dieu. Puisqu’il était présent aux noces en tant qu’homme, et qu’il a changé l’eau en vin en tant que Dieu, croyons que non seulement il partage notre nature, mais aussi qu’il est par nature égal au Père, afin que notre Seigneur, dans sa bonté, veuille nous donner à boire, en raison de cette foi, le vin très pur de sa grâce.
[1] Situation du récit des noces Cana dans l’année liturgique : la fête de l’Épiphanie, c’est-à-dire la manifestation de Jésus-Christ, implique traditionnellement trois manifestations importantes de Jésus: la première est la visite des mages (célébrée il y a deux dimanches), la seconde est son baptême dans le Jourdain (célébré dimanche dernier), le troisième est le miracle de l’eau transformée en vin lors des noces de Cana. En l’année C, ces trois événements sont proposés en séquence dans les premiers dimanches de l’année. Nous célébrons donc ce dimanche le miracle du vin pendant le mariage à Cana.
C’est un récit un peu particulier. Le miracle de l’eau transformé en vin est présenté comme un signe qui manifeste la grandeur de Jésus et sa nature divine. Le signe nécessite de ne pas s’étendre sur lui-même mais d’aller immédiatement au-delà, au sens véhiculé par le signe lui-même. Cela se voit bien dans le récit des noces à Cana. Les détails qui encadrent le geste de Jésus s’effacent : nous sommes au mariage, mais nous ne parlons pas de la mariée, de façon seulement ébauchée du marié. On ne sait pas pourquoi le vin a manqué, les personnages principaux devraient en fait être les moins importants (les serviteurs et le maître de table). Cela a conduit les érudits à lire le texte au sens symbolique. Un miracle qui est au début du ministère de Jésus devient ainsi le prototype des signes, la clé de lecture de l’incarnation, de la prédication et de l’activité de Jésus au cours de sa vie terrestre.
[2] Confer Lettre de Saint Paul aux Hébreux, chapitre 11