En ce troisième dimanche, appelé aussi dimanche de la joie et de l’espérance pour la venue imminente du Rédempteur, la liturgie nous invite à nous réjouir, car les prophéties sont en train de se réaliser: le Messie qui va naître est, vraiment le Fils de Dieu annoncé. Noël approche et le Christ, source d’amour et de joie, est va naitre pour nous sauver et nous faire vivre dans la vérité, dans l’amour et dans la paix.
L’ »évangile », c’est-à-dire la « bonne et heureuse nouvelle », est une annonce de joie pour tout le monde et l’Église n’est pas un refuge pour des gens tristes. L’Église est la maison de la joie parce qu’elle est la maison de la charité. Et même ceux qui sont tristes y trouvent la joie, la vraie joie, la joie d’être aimé.
Le pape François écrit dans Evangelii Gaudium: « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus-Christ, la joie naît et renaît toujours.
Le grand risque du monde actuel, avec son offre de consommation multiple et oppressante, est une tristesse individualiste qui jaillit du cœur confortable et avare, de la recherche malade des plaisirs superficiels, de la conscience isolée. Lorsque la vie intérieure se ferme dans ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, la voix de Dieu n’est plus entendue, la douce joie de son amour n’est plus appréciée, l’enthousiasme de fais le bien. Même les croyants courent ce risque. Beaucoup y tombent et deviennent des gens irrités, mécontents et sans vie « .
Bien sûr, celle de l’Évangile n’est pas n’importe quelle joie. La joie de l’Évangile trouve sa raison dans le fait de faire expérience que nous sommes accueillis et aimés par Dieu.
Comme le prophète Isaïe nous le rappelle aujourd’hui, Dieu est celui qui vient nous sauver, et il aide surtout ceux qui ont perdu leur cœur. Sa venue parmi nous nous donne rend forts, nous rend stables, nous donne du courage, nous fait réjouir et fait fleurir le désert et la steppe, c’est-à-dire notre vie quand elle devient aride. Et cette vraie joie reste aussi dans l’épreuve, car ce n’est pas une joie superficielle, mais elle descend dans les profondeurs de la personne qui se confie à Dieu et qui se confie en Lui. La vraie joie ne vient pas des choses, de l’avoir. D’une part, elle nait de la rencontre, de la relation avec les autres, et elle nait de notre expérience d’être accepté, compris, aimé et accepté. D’autre part, elle nait quand nous comprenons et aimons, quand nous acceptons et aimons. Ce n’est pas dans l’intérêt d’un moment, mais parce que l’autre est une personne. « La joie naît de la gratuité de la rencontre » (Pape François)
2) La joie du don de charité
L’Avent a pour but de préparer les chrétiens, à Noël, parce que le Christ vient là où il est attendu, désiré et aimé.
Cette attente, qu’il faut vivre avec « vigilance » et « discernement » (cf. les précédents dimanches de l’Avent), doit se faire « dans la « joie » parce que la venue du Dieu de la joie qui ne finit jamais est imminente.
Alors que la fête de Noël approche, la liturgie de la messe de ce dimanche nous invite à la joie : dans la première lecture, les images et les descriptions entraînent toute chose et tout le monde – y compris nous-mêmes – dans l’attente de quelque chose de beau de la part du Seigneur qui en est le protagoniste et qui intervient dans l’histoire pour devenir lui-même la route que son peuple peut et doit parcourir pour rentrer chez lui.
Dieu ne nous laisse jamais seuls, il nous libère de nos peurs, de nos angoisses, de nos doutes, il entre dans notre histoire, il vient chez nous, en apportant la paix et en se faisant chemin sûr sous nos pas. Par lui, la vie des hommes est guérie : les aveugles voient, les sourds entendent, les muets parlent, le désert refleurit et ce chemin, « on l’appellera la voie sacrée » (cf. Première lecture, Is. 35,8).
Nous avons là la clé de lecture de Noël : Noël est espérance et joie. Suivons l’exemple de nos enfants qui attendent les cadeaux dans une joyeuse espérance : ils sont le symbole de l’attente, qui est satisfaite, qui remplit de joie : c’est la joie qui vient de l’expérience d’être aimé, parce que Jésus nous est donné.
Ce don de l’autre monde nous fait comprendre que la joie chrétienne n’est pas seulement humaine, terrestre : elle est spirituelle, comme nous le rappelle le début de l’antienne de l’Introït de ce dimanche : Gaudete in Domino (Réjouissez-vous dans le Seigneur). Si nous nous réjouissons dans le Seigneur, nous trouverons la vraie joie. Il existe donc une joie spirituelle qui a pour objet l’amour non pas des choses créées, mais de Dieu. Cette joie spirituelle ne vient pas de nous, mais de l’Esprit-Saint. À ce niveau, la joie est surnaturelle, profonde, durable. La joie spirituelle dépend de l’amour de Dieu, de la charité divine. Cette joie-là n’est pas fragile comme la joie humaine ; elle est forte, certaine, toujours fiable, inébranlable.
En ce troisième dimanche de l’Avent « romain », la liturgie nous offre la possibilité de faire l’expérience de la joie surnaturelle. Comment cela ? Saint Paul dit : « Réjouissez-vous dans le Seigneur car il est proche ». De même que nous éprouvons de la joie lorsque nous nous trouvons en présence de la personne aimée, ainsi nous avons de quoi nous réjouir, précisément parce que, dans deux semaines, « le bien-aimé de notre cœur » viendra, comme le dit l’épouse du Cantique des cantiques. Il sortira comme l’époux de son enclos, de la chambre nuptiale et viendra habiter au milieu de nous.
Il y a un autre motif à la joie spirituelle : c’est notre participation à la bonté de Dieu. Mais aucune participation à Dieu ne serait possible si Dieu lui-même n’en avait pris l’initiative en bâtissant un pont pour combler l’abîme qui sépare l’homme de Dieu. Dans l’Incarnation, le Fils de Dieu a pris sur lui notre nature humaine, précisément pour nous donner la possibilité de participer à sa vie de charité divine, maintenant et à jamais. Voilà le motif de la plus grande joie qui soit : le bien-aimé de notre cœur est proche : il vient pour rester avec nous pour toujours et nous permet de demeurer avec lui, maintenant et à jamais.
La joie humaine est vraiment très belle, mais très souvent elle est mêlée à de la tristesse. La joie dans le Seigneur, elle, ne diminue jamais.
3) Le précurseur et martyr de la joie
La joie véritable, celle du cœur, celle qui dure toujours, est la rencontre avec le Seigneur. Jean-Baptiste est parvenu à la rencontre pleine et définitive avec le Seigneur, à travers le grand amour du martyre. C’est pourquoi le troisième dimanche de l’Avent nous propose la figure et l’exemple du précurseur de l’amour.
Lorsque Jésus est allé sur les bords du Jourdain pour se faire baptiser, cet homme qui s’était retiré volontairement dans le désert, où il était la voix de la Parole, a reconnu Jésus et a dit de lui : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». Et il a certainement été joyeux, parce que l’Ami était là. Mais une fois en prison, ce désert où il avait été mis malgré lui, Jean veut savoir si Jésus est l’Ami tant attendu et il demande à ses disciples d’interroger le Christ : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne nouvelle est annoncée aux pauvres ; et heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi ! ». Et le Baptiste, lui qui, dans l’obscurité du sein de sa mère Elisabeth, avait tressailli de joie en présence de Jésus dans le sein de Marie, lui qui courait devant le Christ (Précurseur signifie « celui qui court en avant ») pour préparer la route de la Voie, ne s’est pas scandalisé, mais il a accepté le martyre en devenant le protomartyr (c’est-à-dire le premier témoin) de la charité du Sauveur. Comme Isaïe autrefois, dans la première lecture, Jésus dit que quelque chose est déjà en train de se produire ou est déjà arrivé : les aveugles qui retrouvent la vue, les muets qui parlent, les malades qui sont guéris sont le signe que le Royaume de Dieu est déjà présent au milieu de nous, que ce n’est pas quelque chose qui doit encore advenir. C’est un fait présent. Dans l’obscurité d’une prison, le Baptiste a entrevu la lumière et sa mort a été la fissure dramatique qui l’a fait entrer dans la lumière.
Et nous sommes appelés à participer à cet événement, avec la constance qui réconforte le cœur. La seconde lecture, de la Lettre de saint Jacques, est une invitation à se mettre dans l’état d’esprit de l’agriculteur, qui ne regarde pas ce qu’il est en train de faire, mais le but dans lequel il travaille. Ce paysan a confiance que la semence qu’il a été mise en terre et dont on s’occupe avec constance, donnera son fruit en temps voulu. Nous aussi, nous devons savoir attendre le bon moment, nous devons savoir attendre et prendre soin des choses dans la perspective d’un bien plus grand, mais non immédiat, auquel nous devons nous préparer.
Dans sa prison, Jean le Baptiste a eu une épreuve de foi qui l’a purifié et l’a rapproché davantage encore du cœur de Dieu. En effet, inspiré par Dieu, Jean avait annoncé la venue du Messie. Le Messie était réellement venu dans le monde. Mais comme toujours, Dieu s’était réservé un espace de nouveauté et de liberté que Jean ne connaissait pas : « la Bonne nouvelle est annoncée aux pauvres ; et heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi ! ». Jean n’a pas trébuché, mais il a incliné la tête, il a renoncé à sa tête parce que les pensées de Dieu ne sont pas celles de l’homme (« Vos pensées ne sont pas mes pensées, et mes voies ne sont pas vos voies » (Is. 55,8), et il a cru.
Celui qui se met en chemin à la recherche de Dieu doit toujours s’attendre à quelque surprise : Dieu ne sera jamais comme nous nous y attendons ; c’est pourquoi on ne rencontre Dieu que dans l’humilité de la foi, en se laissant conduire par lui sur des voies que nous ne pouvons imaginer. Il en a été ainsi pour Jean, il en est de même pour chacun de nous. Il a été martyr et il a vécu dans la joie, parce qu’il était certain de la présence du Sauveur dans sa vie et dans celle de son peuple.
Les vierges consacrées sont appelées, à travers leur vocation à la virginité, à un martyre (c’est-à-dire un témoignage) semblable à celui du Précurseur, qui a su diminuer pour laisser grandir le Christ (cf. Jn 3,30). Leur appartenance totale au Christ à travers un amour indivisible témoigne que la vie est joyeuse et féconde (cf. Rite de la consécration des vierges, n.36 : Envoi), lorsque tout notre être, âme et corps, est au service de l’amour qui ne veut rien pour soi et qui donne tout dans la joie. Dans une attitude sponsale, elles restent chastement auprès du Christ et elles partagent avec lui la passion d’attirer à la vérité leurs frères et sœurs en humanité.
Lecture spirituelle. Saint Thomas d’Aquin.
Somme théologique IIa-IIae.
Question 28. La joie.
Il faut maintenant étudier les effets qui découlent de l’acte principal de la charité, qui est la dilection : d’abord les effets intérieurs, qui sont la joie (Q. 28), la paix (Q. 29) et la miséricorde (Q. 30), ensuite les effets extérieurs (Q. 31-33)
ARTICLE 1: La joie est-elle un effet de la charité?
Objections:
1. Il ne semble pas, car l’absence de ce qu’on aime produit de la tristesse plutôt que de la joie. Mais Dieu, que nous aimons par la charité, est loin de nous, tant que nous sommes en cette vie. Comme dit S. Paul (2 Co 5, 6): » Aussi longtemps que nous sommes dans notre corps, nous sommes loin du Seigneur. » Donc la charité produit en nous de la tristesse plutôt que de la joie.
2. C’est surtout par la charité que nous méritons la béatitude. Mais parmi ce qui nous obtient ce résultat, on doit compter les larmes, selon cette parole en S. Matthieu (5, 5): Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. » Or les larmes expriment la tristesse. Celle-ci est donc plus que la joie un effet de la charité.
3. La charité, on l’a montré, est une vertu distincte de l’espérance. Or c’est de cette vertu que procède la joie selon S. Paul (Rm 12, 12): » Soyez joyeux dans l’espérance. » La joie n’est donc pas un effet de la charité.
En sens contraire, pour S. Paul (Rm 5, 5), » l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné « . Or la joie est produite en nous par cet Esprit, selon une autre parole de l’Apôtre (Rm 14, 17): » Le règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture et de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit. » Par conséquent la charité aussi est cause de joie.
Réponse:
Comme nous l’avons dit en traitant des passions, et la joie et la tristesse procèdent de l’amour, mais pour des motifs opposés. La joie est causée par l’amour, ou bien parce que celui que nous aimons est présent, ou bien encore parce que lui-même est en possession de son bien propre, et le conserve. Ce second motif concerne surtout l’amour de bienveillance qui nous rend joyeux du bien-être de notre ami, même en son absence. – A l’opposé, l’amour engendre la tristesse, soit parce que celui qu’on aime est absent, soit encore parce que celui à qui nous voulons du bien est privé de son bien ou accablé de quelque mal.
Or, par la charité, c’est Dieu qu’on aime, Dieu dont le bien est immuable, puisqu’il n’est en personne son propre bien. Et du seul fait qu’il est aimé, il est dans celui qu’il aime par le plus noble de ses effets, selon la parole de S. Jean (1 Jn 4, 16): » Celui qui demeure dans la charité, demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. » C’est pourquoi la joie spirituelle qui vient de Dieu est causée par la charité.
Solutions:
1. Aussi longtemps que nous habitons ce corps, on dit que nous sommes loin du Seigneur, si l’on nous compare à ceux qui sont en sa présence et jouissent ainsi de sa vision; car, déclare également S. Paul au même endroit, » nous cheminons dans la foi et non dans la claire vision « . Mais Dieu, même en cette vie, est présent à ceux qui l’aiment, par la grâce qui le fait habiter en eux.
2. Les larmes qui méritent la béatitude viennent de ce qui s’oppose à celle-ci. C’est donc pour la même raison que ces larmes et la joie spirituelle de Dieu proviennent de la charité; car c’est pour une même raison qu’on se réjouit d’un bien, et qu’on s’attriste de ce qui s’y oppose.
3. La joie spirituelle qui a Dieu pour objet peut avoir deux formes, suivant qu’on se réjouit du bien divin en lui-même, ou de ce même bien pour autant qu’on y participe. La première de ces joies est la meilleure et a sa source primordiale dans la charité; mais une seconde joie provient aussi de l’espérance, par laquelle nous attendons de jouir du bien divin. Toutefois, même cette jouissance parfaite ou imparfaite ne sera obtenue qu’à proportion de notre charité.
Seulement deux jours séparent ce quatrième dimanche de l’Avent de Noël. Après-demain soir, nous nous réunirons pour célébrer le grand mystère de l’amour infini qui ne cesse pas de nous étonner : Dieu s’est fait Fils de l’Homme pour que nous devenions fils de Dieu.
Pour nous aider à bien accueillir le Messie, la liturgie d’aujourd’hui nous offre l’exemple de saint Joseph. Comme lui, nous devons accueillir le Dieu fait homme qui vient à nous comme un don fait en Marie, la Vierge Mère. Comme Joseph, nous devons « simplement » l’accepter.
En faisant la narration des faits qui ont précédé la naissance de Jésus, l’Evangile d’aujourd’hui nous aide à apprendre le « comment » mis en acte par Joseph pour accueillir le don de Dieu et pour le vivre comme une vocation et non comme un problème.
Dans son récit, l’évangéliste Matthieu n’explique pas quelles étaient les pensées de saint Joseph, mais nous dit l’essentiel sur le Gardien et protecteur du Rédempteur. Ce saint du silence (les Evangiles n’enregistrent aucune de ses paroles et face au fait étonnant de la maternité de Marie, il ne dénonce pas son épouse pour infidélité. Il est silencieux parce qu’il croit en sa pureté innocente), il essaie de faire la volonté de Dieu et il est prêt à renoncer radicalement à ne pas accueillir dans sa maison sa femme légitime qui avait fasciné son esprit et son cœur. En fait, au lieu de faire valoir ses droits en tant qu’homme marié, Joseph choisit une solution qui représente un énorme sacrifice pour lui. Et l’évangile dit : « Puisqu’il était un homme juste et qu’il ne voulait pas l’accuser publiquement, il pensait la répudier en secret » (Mt 1,19).
Cette brève phrase résume un véritable drame intérieur, si l’on pense à l’amour que Joseph avait pour Marie. Mais même dans une telle circonstance, Joseph a l’intention de faire la volonté de Dieu et décide, sûrement avec une grande douleur, de renvoyer Marie en secret. Ce verset doit être médité avec une profonde attention, pour comprendre quelle a été l’épreuve que Joseph a dû endurer dans les jours qui ont précédé la naissance de Jésus. Une épreuve semblable à celle du sacrifice d’Abraham, quand Dieu lui a demandé son fils Isaac (cf. Gn 22) : renoncer à la chose la plus précieuse, la personne la plus aimée.
Mais, comme dans le cas d’Abraham, le Seigneur intervient : il a trouvé la foi qui cherche et ouvre un chemin différent, un chemin d’amour et de bonheur : « Joseph, n’aie pas peur de prendre Marie, ton épouse, avec toi. Car l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint » (Mt 1, 20).
Le récit évangélique de ce dimanche nous montre toute la grandeur d’esprit de saint Joseph. Il suivait son bon plan de vie, mais Dieu lui a réservé un autre plan, une plus grande mission. Joseph était un homme qui écoutait toujours la voix de Dieu, il était un homme attentif aux messages qui lui venaient du fond du cœur et d’en Haut. Il n’a pas persisté à poursuivre son projet de vie, il n’a pas laissé le ressentiment empoisonner son âme, mais il était prêt à se rendre disponible à la nouveauté qui, d’une manière déconcertante, lui était présentée. C’est vrai, c’était un homme bien. En lui il n’y avait pas de la haine, et il ne laissait pas le ressentiment empoisonner son âme. Au contraire de nous qui haïssons, qui détestons aussi au point tel que le ressentiment empoisonne nos âmes. Et ça fait mal. Ne le permettons jamais, à l’exemple de l’époux de Marie.
Joseph devint ainsi encore plus libre et plus grand. En acceptant le plan du Seigneur, Joseph se trouve pleinement au-delà de lui-même. Sa liberté de renoncer à ce qui est à lui, de posséder sa propre existence et sa pleine disponibilité intérieure à la volonté de Dieu nous interpelle et nous montre le chemin. Si, comme saint Joseph, nous acceptons le Christ, l’Evangile vivant, nous faisons l’expérience que l’Evangile ne détruit rien. L’Évangile ne laisse pas de côté toute réalité, consacre tout, révèle tout, révèle tout, accomplit tout, donne à la vie une dimension infinie, merveilleuse et joyeuse.
En ce dimanche, préparons-nous à accueillir Jésus comme un enfant, comme saint Joseph l’a fait. Le prix qu’il reçut fut l’amour de Marie et de Jésus, devenant son père putatif (il vaudrait mieux dire : légal) et le vicaire sur terre du Père céleste.
Mais gardons Marie et Joseph ensemble. Ainsi, d’un seul regard, nous contemplons la Vierge Mère, la femme pleine de grâce qui a eu le courage de se confier totalement à la Parole de Dieu, et Joseph, l’homme fidèle et juste qui a préféré croire au Seigneur au lieu d’écouter les voix du doute et de la fierté humaine. Avec eux, nous marchons ensemble vers la crèche, avec eux nous construisons la crèche pour déposer le Christ, Don de Dieu, Vérité qui sauve nos vies.
2) L’Ange porta l’annonce à Joseph.
L’évangile de ce dimanche nous parle de l’annonce à Joseph, père légal de Jésus, qui naît parce que aussi cet artisan de Nazareth a dit « oui » et a donné une demeure sûre où le Verbe d’Amour incarné puisse être l’Emmanuel. Il y a une relation étroite entre l’annonce faite à Marie et celle faite à Joseph. En apparaissant en rêve à cet homme juste, l’Ange l’introduit dans le mystère de la maternité virginale de Marie : cette jeune femme, qui selon la loi est son « épouse », est devenue mère par l’œuvre du Saint Esprit en restant vierge.
L’Ange s’adresse à Joseph comme « l’époux de Marie », à celui qui le temps venu devra imposer le nom de « Jésus » au Fils qui naitra de la Vierge Marie de Nazareth mariée à lui. Il s’adresse donc à Joseph, lui confiant les devoirs d’un père terrien envers le Fils de Marie : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi, Marie, ton épouse. L’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint. Elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus[01], car c’ est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » ( Mt 1,20-21).
La réponse du saint Menuisier (Charpentier) de Nazareth à l’Ange ne fut pas donnée avec des paroles, mais avec l’obéissance active (factice) : « Joseph fit ce que l’Ange lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse » (Mt 1,24). Il prit soin de Marie avec amour et se consacra à l’éducation de Jésus avec joie (cf. St Irénée, Adversus Haereses, IV,23,1: S.Ch.100/2, 692-694). Il n’apparait pas que Jésus ait suivi une école particulière, mais a eu, outre que Marie, trois maîtres qui furent plus grands que les maîtres diplômés : Joseph travailleur, la Nature, et la Sainte Ecriture.
N’oublions pas que Jésus fut un travailleur et fils légal d’un travailleur. Il ne faut pas oublier que Jésus naquit pauvre et vécut parmi des personnes qui travaillaient avec leurs propres mains, qui gagnaient leur pain avec l’ oeuvre de leurs mains. Mains qui bénirent les enfants, les pauvres, acquittèrent les pécheurs et guérirent les malades. Mains qui, avant d’être tâchées de son sang versé pour nous, furent mouillées de sueur et sentirent la douleur de la fatigue. Mains qui, savaient la force qu’il fallait pour enfoncer les clous, Mains qui sont « le paysage du cœur » (B. Jean-Paul II).
N’oublions pas la Nature qui nous apprend Dieu en nous montrant toute sa splendeur. Si nous étudions le livre de la Nature, nous perçevons en elle l’empreinte de Dieu. Notre prière devient contemplation du Créateur et nous disons : « Sois bénis, Seigneur, dans le firmament, digne de louanges et de gloire dans les siècles » (Dn 3,56). A travers cette prière le chrétien exprime toute sa gratitude non seulement pour le don de la création mais aussi parce qu’il se voit comme un destinataire de l’attention paternelle de Dieu, qui dans le Christ a élevé l’homme à la dignité de Fils. Une attention paternelle qui fait voir au Christ avec un nouveau regard et en fait savourer la beauté, dans laquelle on entrevoit – comme en filigrane – l’Amour de Dieu.
N’oublions pas la Sainte Ecriture, qui, pour Jésus, fut une alimentation évidente, par la quelle Il répondit au diable qui le tentait : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de chaque parole qui sort de la bouche de Dieu ». La Parole de Dieu s’entrecroise (entrelace) avec l’Eucharistie, comme Origène écrit : « Nous lisons les Saintes Ecritures. Je pense que l’Evangile est le corps du Christ; je pense que les Saintes Ecritures sont leur enseignement. Et quand il dit : » qui ne mange pas ma chair et ne boit pas mon sang » (Jn 6,53). Bien que ces paroles doivent s’entendre aussi du Mystère eucharistique, toutefois le corps du Christ et le sang du Christ sont vraiment la parole de l’Ecriture, ils sont l’enseignement de Dieu. Lorsque nous nous rendons au Mystère eucharistique, s’il en tombe une mie, nous nous sentons perdus. Et nous courrons un grand danger lorsque pensons à d’autres choses, lorsque nous sommes en train d’écouter Parole de Dieu et la Parole de Dieu et la chair du Christ et son sang sont versée dans nos oreilles »[02].
3) L’Emmanuel est un miracle d’obéissance.
Face au prodige de la conception virginale, Saint-Mathieu met en relief les paroles de la prophétie d’Isaïe et l’obéissance de Joseph, homme juste. Dans son contexte originel le texte d’Isaïe 7,14 fait référence à la naissance du fils du Roi Acaz, un signe que sa maison aurait eu un futur.
L’évangéliste l’utilise pour indiquer avant tout, la virginité[03] de Marie. En second lieu, le texte lui fournit le nom Emmanuel, Dieu avec nous, qui réaffirme l’identité du Fils de Dieu et introduit l’idée de la présence constante de Jésus auprès des siens qui sera explicitée par le Ressuscité au moment de l’ascension au ciel (voir Mt 28,20). L’apôtre Paul dira plus tard : « Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous? » (Rm 8,22).
Grâce à l’obéissance de la foi de Joseph et de Marie, grâce à leur accueil de la parole que Dieu leur a adressé à travers son Ange, ils accueillirent chez eux l’Emmanuel, le Dieu avec nous.
Joseph, comme Marie s’ouvrit au don de Dieu pour que Dieu puisse faire naître dans l’histoire le salut promis. Joseph prit avec lui Marie, son épouse, et avec elle la mission de donner chair à la Parole de Dieu. En réalité le récit de l’évangile se termine avec le v. 25 où Saint Mathieu affirme : « Mais il n’eut pas de rapports avec elle ; elle enfanta un fils, auquel il donna le nom de Jésus ».
En Joseph nous avons donne l’exemple d’un homme de foi qui écoute et met en pratique la Parole de Dieu (cfr Mt 7,24). En accueillant la Parole de Dieu, il entre à faire partie de la famille divine, comme nous l’assure Jean : « Mais tous ceux qui l’ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1,12).
Les vierges consacrées, à l’exemple de Marie, accueillent la Parole de Dieu en obéissant avec amour virginal. Dans un monde, du moins dans monde chrétien, où la chasteté est admirée même si pas toujours comprise, dans un monde où l’obéissance est méprisée, ces femmes sont appelées à montrer que l’obéissance c’est de dire « oui » à Dieu, comme a fait Joseph, comme a fait Marie. Leur obéissance est conjugale et un geste de liberté et d’amour. L’obéissance est appropriée à l’amour du Christ, qui ne nous donne pas quelque chose mais nous donne lui-même, comme Epoux de l’Eglise.
L’obéissance convient à l’Amour parce qu’il est partage de l’invisible, participation créée à la perfection de Dieu, démesure de Dieu dans la mesure de l’homme. La vocation obéissante des vierges consacrées est l’empressement à accueillir l’action de Dieu, qui ai aimé sur toute chose et toute personne.
L’obéissance est la réponse de la personne consacrée qui, au contact priant de la Parole incarnée, découvre la volonté particulière de Dieu sur sa vie, la ratifie et fait expérience que la paix humaine est dans la volonté di Dieu (« in tua volontà è nostra pace » – Dante Alighieri).
Lecture Patristique
Saint Augustin d’Hippone
Sermon 51, PL 38, 338.
“Pourquoi le fils de la virginité de Marie ne serait-il pas reçu comme un fils par le chaste Joseph? Il est chaste mari comme elle est chaste épouse: pourquoi ne serait-il point père, tout vierge qu’il est, de même que Marie a mérité d’être mère sans cesser d’être vierge? Celui donc qui prétend qu’on ne doit point donner à Joseph le nom de père, parce qu’il n’a pas engendré de fils, cherche dans la génération des enfants la satisfaction de la concupiscence, et non la tendresse de l’affection. Joseph réalisait bien plus parfaitement dans son coeur ce que d’autres désirent accomplir d’une manière charnelle.” … “Sachant qu’il n’était pour rien dans le mystère de Marie, il devait normalement la considérer comme infidèle. Mais parce qu’il était “juste” et qu’il ne voulait pas la diffamer, il résolut de la renvoyer en secret.
Époux, le trouble s’empare de lui ; mais “juste” il ne sévit pas. Considérez la “justice” profonde de Joseph. S’il épargnait son épouse, ce n’était pas par le désir de vivre avec elle. Beaucoup, en effet, inspirés par un amour charnel, pardonnent à leurs épouses infidèles, désireux qu’ils sont, malgré leur faute, de les conserver, pour satisfaire ainsi leur propre désir. Cet homme juste, lui, ne veut point conserver son épouse; son affection n’a donc rien de charnel. Il ne veut pas non plus la punir: c’est l’effet d’un sentiment de miséricorde. Admirez le caractère de ce “juste”: c’est tout-à-fait avec raison qu’il a été choisi comme témoin de la virginité de son épouse.”
NOTES
[01] « Jésus » était un prénom connu parmi les Israelites et quelque fois était donné aux fils. Mais en ce cas il s’agit du Fils qui – selon la promesse divine – accomplira pleinement la signification de ce nom : Jésus – Yehossua’ qui signifie : Dieu sauve.
[02] Origène, Homélie sur le livre des Psaumes 74.
[03] Saint Mattieu utilise la traduction des LXX, qui utilise parthénos (vierge) pour indiquer le terme hébreux « alma » qui signifie jeune femme.
Dans la nuit du monde, que l’Avent a éclairée dans l’attente active de la plénitude des temps, Jésus, le Fils de Dieu, vient sur Terre et donne lumière aux yeux de l’esprit et du cœur. La Parole se fait chair qui est maintenant non seulement audible, mais également visible. Le Verbe de Dieu qui naît dans le monde, est « rencontrable ». Nous sommes appelés à grandir dans la foi que Dieu s’est fait homme. Nous sommes appelés à Le voir fait homme dans une grotte et à Le voir sous les traits d’un enfant sans défense même à l’égard de lui-même. Nous sommes invités à célébrer cette manifestation de l’Amour de Dieu qui, aujourd’hui, s’est fait chair à travers le « oui » de notre cœur.
Noël est si plein de mystère que la Liturgie nous propose trois Messes [01] pour le célébrer, en nous faisant vivre saintement trois moment de stupeur et de joie de l’Église pour la naissance du Sauveur.
Le premier moment est la Messe de la Nuit, qui commence par le chant d’introït : « Le Seigneur m’a dit : tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré » (Ps 2,7).
C’est le moment du Père, dont la volonté bonne et amoureuse « utilise » le ciel et la terre, et la volonté des hommes, pour faire naître à Bethléem (qui veut dire : Cité du Pain) le Pain des Anges et le donner aux hommes comme vraie nourriture de vie.
C’est le moment de la mère bénie, Marie, qui, lors de sa première rencontre avec le Fils, l’enveloppe dans des pauvres langes et prend soin de lui avec de simples gestes. Son travail de mère est un acte de culte au Créateur, qui s’est incarné et doit être lavé et habillé, comme tout nouveau-né. L’endroit misérable de la grotte n’attriste pas Marie. Le Père se charge d’organiser la fête de la naissance de son Fils dans le temps et envoie une kyrielle d’Anges en fête qui entonnent: « Gloire à Dieu dans le plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime [tous] ».
C’est un tout petit fait, minuscule, qu’aucun texte historique de l’époque, aucune chronique, n’enregistre. C’est pourtant le fait qui a changé le monde. C’est vraiment comme ça : Dieu est devenu roi de cette terre en se faisant enfant et le Père qui est au ciel, à travers les anges, invite les hommes à faire la fête, car « est né le Seigneur ». Et quel est le signe de ce fait « exceptionnel » ? Un enfant emmailloté dans des langes et couché dans une mangeoire. Rien de spécial. Un enfant qui, comme tous les enfants langés ne peut pas bouger et qui est là comme enchainé dans les bandes qui l’enveloppent. Grâce à Dieu, les bergers crurent à la parole des Anges.
2) La Messe de l’Aurore : la fête de la Terre.
En effet, quand les Anges remontèrent au ciel et se furent éloignés, les bergers s’exclamèrent : « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, et que le Seigneur nous a fait connaître. Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent que ce que leur avaient dit les Anges était vrai » (cf. Lc 2, 15-20). Les bergers partirent, virent ce signe indiqué par le Ciel et crûrent. Ils crûrent car, du fait extraordinaire des Anges chantant au ciel, ils surent passer au fait ordinaire et modeste d’une grotte. Ces pauvres hommes furent capables de faire comme le Seigneur qui s’est fait enfant. Comme Dieu qui, dans le haut des cieux avait pris le même chemin d’humilité, ils se mirent eux aussi à le parcourir. En effet pour trouver Dieu il faut faire comme Lui: « descendre » vers nos frères pauvres, souffrants, assoiffés, nus, malades et prisonniers: c’est là, avec l’incarnation, qu’est maintenant sa place. Il s’identifia à toutes ces personnes et continue à s’identifier à eux. Telle est aujourd’hui la grande joie qui nous est annoncée: Dieu nous a envoyé le Sauveur. Et si, d’un côté, nous sommes tous pauvres de vie et enchaînés à la nécessité d’être sauvés, de l’autre, en ce Noël – mais pas seulement aujourd’hui – nous sommes envoyés aux pauvres et aux enchainés, car nous participons à ce Salut, une joie à partager.
La fête du ciel, là où les anges chantent la gloire de Dieu et la paix pour les hommes sur la terre commence à être une fête de la terre, là où de pauvres bergers ont la grâce de voir l’Enfant divin et sa Mère, pleine de douceur. Les bergers sont les premiers témoins extérieurs et les premiers à avoir eu la joie de participer à cette fête du salut que Dieu, plein de miséricorde, a donnée. Sur eux, et grâce à eux, brille sur nous aussi aujourd’hui la lumière, car est né pour nous le Seigneur ; Dieu Tout puissant est son nom, Prince de la paix, Père de l’éternité: son règne n’aura pas de fin (cf. Antienne d’introït à la Messe de l’Aurore).
La deuxième Messe de Noël, appelée Messe de l’Aurore, célèbre la première manifestation du Verbe à l’humanité représentée sous les traits de bergers qui se mirent à adorer la parole « abrégée » [02] dans un enfant enveloppé dans ses langes. Les bergers acceptèrent l’Enfant Jésus comme « l’unique cœur de leur cœur » (Saint Pio de Pietrelcina) et trouvèrent en lui réconfort et soutien: leur joie était comble. Et à peine eurent-ils aperçu, dans le peu de lumière de l’étable, une Femme jeune et belle, en train de contempler en silence son fils, et virent l’enfant qui venait d’ouvrir ses yeux à la lumière du monde, ce petit corps délicat, cette bouche qui n’avait pas encore mangé, leur cœur se remplirent de tendresse, leur esprit s’ouvrit et ils crûrent. Heureux qu’aujourd’hui se sont ouverts les cieux et que l’homme n’est plus un vagabond sur les routes du monde : il a trouvé le chemin de la vérité et de la vraie vie.
Pour eux s’avéra la phrase du Prologue de Saint Jean: « tous ceux qui l’ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu… » (Jn 1, 12). Voici comment Saint Grégoire de Nazianze commente ce grand événement de Noël, moment où le Verbe assume la chair de l’homme: « L’homme assume maintenant sa vraie dimension, car il n’est vraiment homme qu’en Dieu. Existe-t-il une présence en Dieu plus forte que la filiation divine? En ce moment précis, le Roi en exil remet pied sur la terre, préparée pour lui et l’homme retrouve en même temps sa « place », sa vraie demeure, sa vraie terre : Dieu »
3) la Messe du Jour: la Fête de la lumière.
Le troisième moment célébré par l’Eglise dans la troisième Messe, appelée Messe du Jour, est la naissance éternelle du Fils de Dieu dans le sein de son Père. A minuit, la liturgie nous fait célébrer le Dieu – homme qui naît du sein de la Vierge dans une étable. A l’aurore, nous faisons mémoire de l’Enfant Dieu qui naît dans le cœur des bergers, c’est-à-dire nous pauvres êtres humains. Dans cette troisième célébration l’Eglise commémore une naissance bien plus merveilleuse que les deux autres, une naissance dont la lumière éblouit les regards des Anges, et qui est elle-même le témoignage éternel de la sublime fécondité de notre Dieu. Le Fils de Marie est aussi le Fils de Dieu ; notre devoir est de proclamer aujourd’hui la gloire de cette indescriptible génération de Dieu : il est Dieu, né de Dieu,Lumière, né de la Lumière, par Dieu.
Si dans la Messe de la Nuit nous avons remercié à la fois le Père et la Vierge Marie et dans la Messe de l’Aurore nous avons été invités à imiter les bergers, dans la Messe du Jour nous célébrons le Christ qui est la Lumière: celui-ci illumina le cosmos dans la création, façonna l’homme dans la lumière la plus sublime de l’intellect et à l’image de Dieu, afin que l’homme devienne toute lumière, en se divinisant avec la foi et avec les œuvres qui plaisent à Dieu, et arrive au jour éternel, qui ne connaît pas de nuit.
Saint Jérôme disait que pour le saint, le rêve aussi est prière. Saint Grégoire de Nazianze (voir la lecture patristique proposée à la fin de ces réflexions) veut que son sommeil soit court, pour ne pas manquer trop longtemps de faire écho au chœur pérenne des anges qui louent constamment en hymne à Dieu; au contraire, il veut que quand son corps dorme, son âme veille et converse avec le Père, avec le Fils et avec le Saint Esprit : avec Dieu.
C’est à cette vigilante prière que les Vierges consacrées se consacrent tout particulièrement. Ces personnes sont des élues qui ont répondu promptement au Seigneur et à qui Il a dit avec amour: « Je t’épouserai dans la justice et la droiture, dans l’amour et la tendresse, je t ‘épouserai dans la fidélité et tu connaitras le Seigneur ». L’épouse qui « connaît », qui aime et se sent aimée n’est pas seulement vigilante et trépidante quand elle est dans l’attente de son Epoux, comme les vierges sages du célèbre passage évangélique. Avec la lampe ardente de l’amour et une bonne réserve d’huile, qui signifie persévérance, vigilance et promptitude dans l’écoute, la Vierge consacrée veille chaque jour avec le Christ, porte la lumière du Christ au monde et rappelle à tous le sens du mystère d’aujourd’hui: « Cette lumière véritable, qui éclaire tout homme venant en ce monde, (cf. Jn 1,9) voici qu’elle vient. Soyons-en tous illuminés, mes frères, soyons-en tous resplendissants. Que nul d’entre nous ne demeure, comme un étranger, à l’écart de cette lumière. » (Saint Sophrone, évêque: Discours 3, sur l’«Hypapante» 6,7; PG 87, 3,3291-3293).
Lecture Patristique
Saint Grégoire de Nazianze,
Carmi autobiographiques, XXXII,
PG, XXXVII, 511-513.
Nous te bénissons en cette heure,
ô mon Christ, Verbe de Dieu,
lumière de la lumière sans commencement,
dispensateur de l’Esprit.
Nous Te bénissons, triple lumière
de la gloire indivise.
Tu as vaincu les ténèbres
et produit la lumière
afin de tout créer en elle.
Tu as donné consistance à la matière
en y façonnant le visage du monde
et la forme de sa beauté.
Tu as éclairé l’esprit de l’homme
en lui donnant raison et sagesse.
Partout se retrouve
le reflet de la lumière éternelle,
pour que, dans la lumière,
l’homme découvre la splendeur
et tout entier devienne lumière.
Tu as éclairé le ciel
de lumière diaprées.
A la nuit et au jour,
Tu as commandé d’alterner en paix,
leur donnant comme règle
une fraternelle amitié.
La nuit met un terme
aux labeurs de notre corps,
le jour nous éveille au travail,
aux affaires qui nous préoccupent.
Mais nous fuyons les ténèbres,
vers le Jour sans déclin nous nous hâtons,
vers le Jour qui jamais ne connaîtra
la tristesse du crépuscule.
Accorde à mes paupières
un sommeil léger,
pour que ma voix
ne reste pas longtemps muette.
Ta Création veillera
pour psalmodier avec les Anges.
Que mon sommeil toujours
soit habité de Ta présence.
Que la nuit ne retienne rien
des souillures du jour passé.
Que les folies de la nuit
ne viennent point peupler mes songes.
Même séparé du corps,
l’esprit, ô Dieu, Te chante :
Père et Fils
et Saint-Esprit,
à Toi honneur, gloire et puissance,
dans les siècles des siècles.
Amen. »
LECTURE SPIRITUELLE
Voici ce qu’un des plus anciens biographes, Thomas de Celano, raconte de Saint François d’Assise quand celui-ci réalisa la première crèche du monde. La scène se déroule à Greccio (Ombrie – Italie), dans la nuit du 25 décembre 1223.
« Il y avait dans cette terre un homme appelé Jean, de bonne réputation et de vie encore meilleure, et il était très cherau bienheureux François, car, bien que noble et honoré dans sa région, il estimait plus la noblesse de l’esprit que celle de la chair. Environ deux semaines avant la fête de la Nativité, le Bienheureux François, comme il le faisait souvent, l’appela auprès de lui et lui dit: « Si tu veux que nous célébrions la naissance de Jésus à Greccio, va devant, et prépare ce que je te dis: je voudrais représenter l’enfant né à Bethléem, et en quelque sorte voir avec les yeux du corps les difficultés où il s’est trouvé par le manque des choses nécessaires à un nouveau-né, comment il était couché dans une crèche et comme il gisait sur la paille entre le bœuf et l’âne».
A peine l’eut-il entendu, le fidèle et pieux ami s’en alla avec diligence à l’endroit désigné pour préparer tout ce qu’il fallait, selon le dessein exposé par le Saint.
Puis vint le jour de la joie, le temps de l’allégresse! Pour l’occasion, on avait appelé de nombreux frères de divers endroits; des hommes et des femmes arrivaient festoyants des maisons de la région, apportant chacun selon ses moyens, des bougies et des torches pour illuminer cette nuit, où brillait dans le ciel l’Etoile qui illumine tous les jours et les temps. François arriva enfin: il voit que tout est préparé en conformité avec son souhait, et il est rayonnant de joie. Là, on arrange la crèche, on apporte le foin et on amène le bœuf et l’âne. Dans cette scène émouvante, on voit briller la simplicité évangélique, faire l’éloge de la pauvreté, recommander l’humilité. Greccio est devenu comme un nouveau Bethléem.
Cette nuit est claire comme en plein jour et douce aux hommes et aux bêtes! Les gens affluent et se réjouissent d’une joie jamais goûtée avant, en face du mystère nouveau. La forêt résonne de voix, et les rochers imposants font écho aux refrains joyeux. Les frères chantent les louanges à l’Éternel, et nuit entière semble un tressaillement de joie.
Le Saint est là, en extase devant la crèche, l’esprit vibrant de componction et d’ineffable joie. Alors le prêtre célèbre solennellement l’Eucharistie sur la crèche, et il savoure une consolation jamais goûtée auparavant.
François s’est revêtu des parements diaconaux, parce qu’il est diacre, et il chante d’une voix sonore le saint Evangile: cette voix forte et douce, limpide et sonore, capture tous les désirs du ciel. Ensuite, il parle aux gens et avec des mots très doux, il rappelle le Roi nouveau-né pauvre et la petite ville de Bethléem. Souvent, quand il voulait désigner Jésus-Christ, rempli de la ferveur d’un amour céleste, il l’appelait «l’Enfant de Bethléem», et ce nom de «Bethléem», il le prononçait remplissant sa bouche d’amour tendre et même plus, en produisant un bruit comme le bêlement d’une brebis. Et chaque fois qu’il disait «l’Enfant de Bethléem» ou «Jésus», il passait sa langue sur ses lèvres, comme pour essayer de garder toute la douceur de ces mots.
Là se manifestent en abondance les dons du Tout-Puissant, et l’un des présents, un homme bon, a une vision extraordinaire. Il lui semble que l’Enfant Jésus gît sans vie dans la crèche, et François s’approche de lui et le réveille de cette espèce de profond sommeil. La vision prodigieuse ne s’écartait pas des faits, parce que, par les mérites du saint, l’enfant Jésus était ressuscité dans le cœur de beaucoup, qui l’avait oublié, et le souvenir de lui restait profondément gravé dans leur mémoire. Après la veillée solennelle, chacun rentra chez soi plein de joie inexprimable ».
NOTES
[01] Les Sacramentaires de Gélase et de Grégoire le Grand renvoient aux trois Messes de Noël. Mais au début du Vème siècle, il n’y avait qu’une seule messe, celle du jour, qui était célébrée à Saint-Pierre. En effet l’institution de la Messe de minuit date de la fin du Vème siècle. Pour expliquer le pourquoi de ces trois Messes, Mgr Prosper Guéranger, OSB, écrivait que celles-ci « servaient » à célébrer trois Naissances : « Pourquoi trois naissances ? Il naît, cette nuit, de la Vierge bénie ; il naît, par sa grâce, dans les cœurs des bergers qui sont les primeurs de toute la chrétienté ; il naîtra éternellement du sein de son Père, dans la splendeur des Saints : cette triple naissance doit être honorée par un triple hommage ».
[02] « Dieu a rendu brève sa Parole, il l’a abrégée » (Is 10,23; Rom 9,28). Une citation biblique que Benoît XVI, au Noël 2006, commentera de la façon suivante: « Les Pères l’interprétaient dans un double sens. Le Fils lui-même est la Parole, le Logos; la Parole éternelle s’est faite petite – si petite qu’elle peut entrer dans une mangeoire. Elle s’est faite enfant, afin que la Parole devienne pour nous saisissable. Ainsi, Dieu nous enseigne à aimer les petits. ».