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Homélie pour la Messe célébrée à l'occasion de la journée mondiale de prière pour et avec les malades - 11 février 1996
En entendant cette page d'Évangile, nous ne pouvons pas dire que le Seigneur mette des coussins sous les coudes des pécheurs ni qu'il y aille par quatre chemins ! En vérité, ces paroles de Jésus ne correspondent pas à l'image vague et globale que nous nous faisons de l'Évangile. Certes, non sans raison, nous retenons un mystère d'amour qui va chercher l'homme en sa plus extrême faiblesse : par exemple, la pécheresse qui tombe en pleurs aux pieds de Jésus ou la femme adultère que Jésus sauve de la lapidation. Mais ces épisodes, nous ne les comprenons pas totalement. Et lorsque, Jésus prend la peine de nous parler en nous montrant, noir sur blanc, quelle est la conduite des enfants de lumière, ses paroles passent difficilement dans notre cœur.

Jésus a commencé par proclamer qu'il est venu accomplir la Loi et les Prophètes, c'est-à-dire la parole même de son Père.
Il l'accomplit en plénitude lorsqu'il obéit Jusqu'au don de sa vie à l'amour que le Père lui donne. Cette parfaite remise de son existence au Père par amour pour nous, pécheurs, qu'il appelle à la sainteté et à la vie, culmine dans sa Passion.
Mais il ajoute : "Si votre justice - votre sainteté - ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux". Cette phrase. nous n'en mesurons pas toute la portée. Jésus reproche parfois aux scribes et aux pharisiens de ne pas aller jusqu'au bout des exigences de Dieu. Et pourtant, la sainteté de leur conduite surpasse de loin ce que nous oserions dire à un monde paganisé.
La justice, plus forte, plus haute, plus grande, ne se contente pas de l'accomplissement extérieur de la volonté de Dieu, mais se soucie de son accomplissement intérieur dans l'offrande du cœur c'est-à-dire de notre liberté et de notre amour. Je vous invite à reprendre et méditer cet enseignement de Jésus dans le Sermon sur la Montagne, au chapitre cinquième de l'évangile selon Saint Matthieu.

Réfléchissons maintenant à notre réaction de recul devant les paroles de Jésus que nous venons d'entendre. Beaucoup sont choqués peut-être, se sentent jugés, voire condamnés. N'attendons-nous pas de Jésus ce que nous appelons, nous, de l'indulgence, alors que nous avons affaire à une exigence, à trop d'exigence, nous semble-t-il ?
De l'indulgence signifierait fermer les yeux, être gentil, ne pas faire de remarques dures ou alors les accompagner d'un clin d'œil sous-entendant : Voilà ce que je dis, mais faites ce que vous pouvez ? Ainsi, ferait preuve. d'indulgence le contrôleur qui ne fait pas payer une amende ou ferme les yeux. Peut-être parce qu'il lui en coûte d'être sévère ou qu'il se dit : "Ces pauvres gens ! Ce n'est qu'un règlement ! Il n'y va pas de notre vie". L'indulgence que nous réclamons signifierait non l'amour, mais l'indifférence : "Après tout, faites comme il vous plaira ; votre vie m'indiffère".
L'exigence du Christ, l'exigence du Père des cieux est-elle, au contraire, l'exigence dure de celui qui impose des règles exorbitantes ?
Non : cette exigence nous prend au sérieux, elle nous fait découvrir ce que nous sommes en vérité, ce que nous sommes capables de faire parce que Dieu nous appelle à le faire. Nous ne sommes pas des sujets de Dieu comme nous sommes des usagers du chemin de fer ! Dieu est notre Père, notre Créateur et nous sommes créés à son image et à sa ressemblance ; nous sommes faits pour être saints comme lui est saint, pour aimer comme lui nous aime.
Rappeler son exigence, c'est non seulement nous prendre au sérieux, mais nous révéler qui nous sommes. Pourquoi Jésus nous propose-t-il une exigence si haute, presque impossible à accomplir ? Si l'indulgence humaine n'est qu'indifférence, l'exigence divine est espérance : espérance en ce que Dieu a mis en nous et que nous sommes en vérité, que nous n'avons peut-être pas encore découvert nous-mêmes. Nous ne croyons pas à ce que Dieu a fait de nous ; nous n'avons pas encore reconnu notre vraie dignité.
Je pourrais dire au Christ : Seigneur, tu me demandes de faire cela, tu m'en crois capable ; pour qui donc me prends-tu ?
Tu te trompes ! - Tu es mon frère, ma sœur, me répondrait Jésus.
Tu es un enfant de Dieu. Mon exigence est l'espérance de celui qui voit, qui sait et qui t'appelle à devenir ce que tu es déjà dans l'amour de Dieu.

À cette exigence qui est espérance et qui vient du Christ, il faut joindre deux réalités : le pardon et la vérité. Car le pardon n'est pas l'indulgence, c'est un acte d'amour qui ne peut s'opérer que dans la vérité.
Bien sûr, nous manquons à cette exigence ; nous nous sentons incapables de l'accomplir. Mais au lieu de nous justifier. laissons l'amour faire la lumière au fond de nous-mêmes et nous accorder la joie non seulement d'un "bon, pour cette fois, je passe, ça ira", mais d'un "je t'aime et je veux te donner la force de mon amour ; je te pardonne c'est-à-dire je te plonge à nouveau dans cette dignité première que tu as reçue du sang de mon Fils versé par amour pour toi ; je te donne mon Esprit : je te rends la plénitude de vie dont tu peux vivre et dont tu vivras, je l'espère" Pardon véritable qui ne peut venir que de Dieu et qui nous met dans la vérité. Il évite que nous nous cachions devant Dieu et que nous nous mentions à nous-mêmes. Pardon qui, de la part de Jésus, est aussi compassion. Lorsque je lui dis : Seigneur, comment ferais-je cela ? Il me répond : Dans ma Passion, je prends ta peine et ton péché, parce que je t'aime. Ma souffrance n'est pas un reproche que je te fais, je ne te dis pas cela pour que tu te sentes coupable. Ma Passion est ta force. Tes péchés que je porte et qui percent mes mains, c'est la part que je prends à tes douleurs et la force que je veux te donner en retour.
Dès lors, nous sommes livrés à la vérité qui nous rend libres. Le mystère chrétien en sa plénitude peut, en nous dévoilant notre vraie dignité d'enfants de Dieu, nous rappeler une telle exigence et nous appeler à l'accomplir avec le Christ, dans le Christ.

Marie, au pied de la Croix, la première de nous tous, s'unit à la Passion de son Fils pour enfanter les enfants que Dieu suscite par la puissance de son Esprit et donne à son Église. Elle devient le "mère de miséricorde", la "mère du bel Amour", amour qui purifie, transfigure et sans cesse relève. Parce qu'elle les vit avec son Fils et qu'elle nous invite à les vivre avec lui et avec elle, Marie nous permet de comprendre que ces exigences, loin de l'idée absurde d'un diktat porté par un juge inexorable ou un tyran, ne sont que tendresse. Elle nous aide, priant "pour nous, pauvres pécheurs", à avancer hardiment dans une voie qui nous semble impossible, mais qui est vraiment praticable avec la puissance de Dieu.
Le chrétien, pécheur sans cesse pardonné, n'est pas un hypocrite ; il est un être qu'habite l'espérance ; il peut donc la transmettre à d'autres. Il ne se résigne pas à vivre au rabais ; il ne se contente pas d'une existence avilie. Sans cesse porté par l'intercession maternelle de la Vierge, hissé par le Christ au sommet de son amour, il partage avec lui ce mystère de compassion pour ses propres péchés et pour les péchés du monde.
En ce jour où nous prions pour et avec les malades, certains parmi eux n'ont pas la possibilité de faire savoir qu'ils offrent secrètement leur épreuve, leurs souffrances, leur amour, leur "passion". Je dis "passion" parce qu'ils s'identifient à l'amour du Christ pour tous les hommes.
Voici que ces frères et sœurs, souvent oubliés ou méconnus, à l'horizon limité par le déclin des forces ou les épreuves de leur chair nu de leur âme, sont aux premières lignes de ce mystère marial que nous célébrons aujourd'hui. Dans leur faiblesse, c'est la force de Dieu et de son amour qui est donnée au corps du Christ tout entier, à l'Église.
Ce que j'évoque aujourd'hui n'est pas une chimère. Comme prêtre, comme évêque, je peux vous dire combien de personnes ont été arrachées à l'abîme par cette puissance d'aimer. Elles se croyaient elles-mêmes perdues dans le gouffre de la drogue, du péché, du mépris, de l'avilissement de toute espèce. Mais l'amour a été assez fort pour les remettre debout.
Mes frères, voilà comment la parole si pure et si belle du Christ Seigneur, nous pouvons et devons aujourd'hui l'entendre dans la compassion de Notre-Dame de Lourdes qui dit à Bernadette : "Faites pénitence, retournez votre cœur, laissez l'amour plein de miséricorde vous toucher. Le Christ vous fait découvrir quel regard d'espérance il porte sur vous ; il vous donne son pardon.".
"Partagez ma compassion" nous dit la mère du Christ, la mère de
Dieu, la mère de l'Église, notre Mère.


Homélie prononcée le 11 octobre 1996 à Notre-Dame de Paris pour une ordination épiscopale
APÔTRES DE L'UNIQUE BERGER
Frères et sœurs, mes chers amis,
Il nous faut rendre grâce pour ce jour : nous célébrons la fondation de l'Église à Paris, en la fête de saint Deny, - son premier évêque -, des saints Rustique et Eleuthère - ses deux compagnons, l'un prêtre, l'autre diacre -, et, avec eux, des laïcs, tous martyrs ; ils semèrent la semence de la foi dans la terre parisienne.
Les premiers mots de l'Évangile (Jn 10, 11-18) que nous venons d'entendre nous plongent tous - évêques, prêtres, diacres - dans une envie éperdue de fuir.
Lorsque Jésus dit : « Je suis le vrai Pasteur, le bon Pasteur », nous savons bien qu'il l'est, lui. Et lui seul : il est notre Berger, l'unique Berger notre unique Prêtre. Dans cette parabole, il oppose au vrai Berger le mercenaire. Et nous ne voulons pas être des mercenaires, Dieu nous en garde !
Alors, quelle place y a-t-il pour nous entre l'unique et vrai Berger et l'usurpateur qui n'est pas le vrai Berger ? Que venons- nous faire ici ?
Prenez courage ! Nous sommes des envoyés de l'unique et vrai Berger. Des envoyés, non pas des employés ; car l'employé travaille pour un salaire ; il n'est pas tenu de donner à son maître autre chose que ce qui est convenu dans le contrat : un peu de son temps, un peu de ses forces. Même si le Christ utilise le langage de la récompense et la comparaison du salaire, il nous désigne d'un autre nom. Nous ? Oui, nous les "apôtres" ce qui veut dire les "envoyés". Comme le dit le Seigneur : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8).
Évêques, nous succédons aux Apôtres par une chaîne ininterrompue d'imposition des mains ; évêques, nous avons part au ministère des Douze.
Cette certitude est capitale pour vous, prêtres, mes frères dans le sacerdoce. Car vous avez part au sacerdoce apostolique de l'évêque, pour lui permettre de l'accomplir au service du peuple qui lui est confié. Vous partagez très exactement la mission dont nous recevons la responsabilité première et dont nous sommes les garants. Il en va de même pour les diacres.
Avec reconnaissance, nous remercions Dieu à votre sujet, prêtres, mes frères : vous ne vous êtes pas dérobés devant l'appel de l'Église qui vous a fait entendre l'appel du Christ ; vous avez répondu : « Me voici » au Seigneur qui vous a envoyés et qui agit par vous selon la grandeur de son amour.
C'est de lui et de lui seul qu'il est ici question et de personne d'autre. Nous sommes ses envoyés ; nous ne sommes que ses envoyés. Il nous demandera des comptes ; nous les lui rendrons dans l'action de grâce pour ses merveilles.
Conscients de notre faiblesse, nous le servons en ses frères qu'il nous confie pour que l'Église, telle qu'il la veut, accomplisse sa mission.

1. Mission d'enseigner « Mes brebis écoutent MA voix »
À deux reprises, Jésus affirme : « Mes brebis écoutent ma voix ». Cette reconnaissance authentifie à la fois le vrai Pasteur et ses brebis.
En va-t-il de même pour nous, les envoyés du Pasteur ? Aucun prêtre, aucun évêque n'oserait l'affirmer. Et pourtant, notre désir le plus sincère est bien d'annoncer l'Évangile, de faire connaître le Christ et son amour. Souvent nous sommes tentés de parler de lui à la manière humaine, comme d'un tiers, absent ou muet. Implicitement nous nous disons : « La manière dont Jésus sera entendu, compris, écouté dépendra de la manière dont je saurai me faire entendre, me faire écouter. Il faut que je trouve les paroles justes, les mots qui touchent, je dois utiliser toutes les ressources de la communication, les recettes les plus efficaces ».
Certes, nous savons tous distinguer une parole ennuyeuse d'une parole qui pique l'attention.
« Elles écoutent MA voix » dit Jésus. Dans le bredouillis de nos paroles, c'est donc la voix de l'unique Pasteur qui se fait entendre aux oreilles de ceux qu'il aime et qui déjà le savent.
Qui déjà le savent, non pas parce qu'ils seraient d'avance convaincus, mais parce que la parole de Dieu les touche au cœur en ce moment-là, parce que le Berger véritable les retrouve en cet instant-là. Cette brebis que l'on croyait perdue, la voilà saisie, portée par l'unique Pasteur de nos âmes.
Lorsque vous aurez à remplir la mission d'enseigner, rappelez-vous cette parole de Jésus pour y puiser courage, force, fidélité : « Elles écoutent MA voix ». SA voix et non pas la nôtre. Voilà pourquoi nous devons sans cesse nous poser la question : « Et moi, est-ce SA voix que j'écoute ? Je n'ai pas à le faire parler : dans la prière, dans la remise de ma vie, il me faut lui demander la fidélité à sa parole pour qu'il parle, lui, par les pauvres mots de ma bouche ».
Miracle de cette parole : ses destinataires ne sont pas seulement ceux qui nous sont connus.
Jésus dit : « j'ai d'autres brebis ; elles écouteront ma voix (au futur). Il y aura un seul Troupeau et un seul Pasteur ». L'annonce de l'Évangile est missionnaire par la force du Christ qui agit en son Église : par ses envoyés, il y fait retentir SA parole.
Ne sommes-nous, alors, que des relais, à peine des haut-parleurs ? Quel est notre rôle ? Un rôle nécessaire, une place providentielle dans le dessein de Dieu, le Christ nous le dit. Car cette parole doit retentir vivante aux oreilles des hommes, par la bouche des hommes que l'Esprit de Jésus a consacrés pour cette mission ... Parole vivante, telle « une épée qui pénètre jusqu'à la jointure de l'âme et de l'esprit » (He 4, 12), faisant la vérité, bouleversant les cœurs.
Nous devons l'accomplir en demeurant nous-mêmes vulnérables et fidèles à celle Parole.
Nous avons la responsabilité d'authentifier cette parole de vérité qui traverse le monde.
C'est pour cela que le Christ fait de nous ses envoyés. Par la charge d'enseigner, il nous revient d'aider tous les fidèles à reconnaître avec une infaillible sûreté la parole du Christ que l'Esprit Saint murmure sans cesse au cœur des hommes et fait retentir par son Église.
Les hommes à qui nous nous adressons pourront alors reconnaître ce qui dans leurs pensées et leurs ambitions, est le fruit de l'Esprit de Dieu qui les appelle, ou au contraire, est le produit de leurs désirs, fussent-ils religieux, ou des errances indéfinies de l'esprit humain.
L'Église a reçu de son Seigneur le pouvoir de reconnaître et d'attester avec certitude SA voix.
L'Esprit Saint lui en donne infailliblement la grâce par le ministère des Apôtres et de leurs successeurs.

2. Mission de sanctifier « Ma vie pour les brebis »
Voilà ce qui distingue le vrai Berger du mercenaire. Voilà le Signe de la vérité. Jésus se l'applique à lui-même : « Je donne ma vie pour mes brebis ». Il se dessaisit de sa vie. C'est l'acte sacerdotal par excellence. Jésus l'exprime, ici, en termes de "connaissance mutuelle" : « Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père ». Dans le même Évangile (Jn 15, 13), il le nomme aussi « amour »: « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime ».
Le sacrifice qui nous est demandé n'est pas la destruction de nous-mêmes, mais le don, preuve suprême de l'amour. Envoyés par le Christ, nous devons le suivre. Étrangement - ou mieux, providentiellement ! - là où il nous envoie, il nous précède par le don de l'Esprit, comme il nous a précédés par le don de sa vie.
La couleur liturgique du martyre - le rouge - marque l'acte de fondation de l'Église de Paris.
Tous, de quelque façon, nous devons non pas en perdre le souffle dans un délire romantique, mais aimer jusqu'au don de tout ce que nous sommes.
Car nous savons que Dieu lui-même par son Christ nous guide dans ce chemin. Le désintéressement, l'attention véritable à autrui en sont les premières étapes qui nous mèneront jusqu'au don sans réserve de nous-mêmes.
Nous participons à l'acte sacerdotal du Christ Jésus dans le sacrifice de la Pâque, l'acte libérateur par excellence, dont l'Eucharistie est le vivant mémorial. Nous recevons la mission de la célébrer pour l'Église. Dieu, en son fils, se fait la chair et le sang de notre vie. Le Christ nous donne en partage son Corps et son Sang.
Par le don de l'Esprit, il permet que son sacrifice devienne le nôtre et que notre sacrifice - le sacrifice de son Église - soit saisi totalement en celui de Son Fils.
Acte sacerdotal du Christ : source de la sainteté, Source de notre foi en la puissance de sanctification de l'Esprit en ce monde. Notre ministère fait de nous les témoins - souvent peinés, tantôt lassés et même blasés, tantôt écœurés et même révoltés, - de l'accumulation des souffrances, des faiblesses, des péchés des misères. Mais ces sentiments éprouvés dans l'accomplissement, jour après jour, de la tâche que Dieu nous demande (vous les connaissez bien, et les plus anciens parmi nous les connaissent mieux encore) sont brûlés dans l'acte sacerdotal de l'amour, dans ce feu ardent que Jésus est venu allumer sur la terre.
Nous sommes les prêtres du Christ ; il nous revient donc dans l'Eucharistie de les recueillir tous et de les assumer dans un acte de pardon et de résurrection, dans l'espérance de la vie qui ne finit pas et qui s'accomplit en Dieu.
En effet, l'amour et la sainteté du Christ sont à l'œuvre dans une multitude d'hommes et de femmes que le monde ignore : au gré des confidences, des rencontres, par la grâce de notre ministère, célébrant les sacrements dont nous sommes les ministres, nous entrevoyons la splendeur, encore cachée, de la sainteté des disciples de Jésus, connue de Dieu seul. Cette puissance de sainteté fait lever toute la pâte humaine ; elle rend l'espérance à ceux-là mêmes qui ne connaissent pas l'espérance.
La force rédemptrice du pardon se fraie sans cesse un chemin dans la haine des hommes ; elle brise les chaînes des oppressions et du mensonge ; elle ouvre la porte à la vérité suprême qui donne aux hommes la liberté et atteste leur dignité. Elle ne "fabrique" pas des héros trop sûrs d'eux-mêmes, mais dans des hommes et des femmes, humbles et accablés des mêmes faiblesses que les autres, elle fait croître les fruits de l'amour de Dieu ; en des êtres blessés et perdus, elle fait briller la gratuité de la Vie donnée par Dieu.
Ainsi, par cette mission de sanctification, vous garderez ouverte la source de l'espérance parmi les hommes.

3. Mission de gouverner « Que je les conduise avec les autres »
Enfin, apôtres, envoyés de l'unique Berger, votre mission est une mission apostolique, sacerdotale en vue de la constitution du peuple de Dieu et de son rassemblement en Église. C'est la mission de gouverner - mission de l'unique Pasteur du Troupeau - à laquelle nous avons part.
Face à l'adversité, l'action du mercenaire a pour première conséquence que les brebis se dispersent, alors qu'il faut les rassembler. Pour nous aujourd'hui, l'image du troupeau n'est pas valorisante, Mais faire face au loup, aux voleurs, aux brigands, selon les expressions de Jésus, c'est faire face au danger, à la tentation, à là pour, au mal.
Pour que les frères aimés du Christ, au lieu de se disperser dans la division qui renie l'amour, entendent, voient, découvrent la présence de l'unique Pasteur qui nous a envoyés. Cette tâche, vous le comprendrez de plus en plus, est une mission proprement ecclésiale,
Ce corps que nous formons m'émerveille toujours. Limage du corps est magnifiquement juste : peut-être plus juste que celle de l'édifice, scripturaires toutes les deux et employées par Jésus lui-même. Ce corps vivant ne cesse de grandir ; il ne mourra jamais puisqu'il a en lui le principe de la vie éternelle.
Mais chacun de nous ne peut agir que comme membre de ce corps.
• D'abord, la mission des successeurs des Apôtres.
Rassemblés ici, évêques que vous connaissez (vos amis, vos frères, vos compagnons), nous avons été ordonnés par d'autres évêques. Par l'imposition de nos mains et notre commune prière, vous serez agrégés au corps épiscopal qui, depuis le collège dés Douze, n'a cessé d'exister et de vivre par ordination transmise. Et cette transmission, par la grâce de Dieu nous en avons la foi, se poursuivra tant que durera ce monde.
Aucun de nous n'est évêque pour son propre compte ; il n'est évêque que participant à cette mission du corps épiscopal. Nous désignons cette caractéristique par le mot, souvent banalisé, de "collégialité". Il ne désigne pas un mode de gouvernement, mais la grâce donnée au corps épiscopal dont chacun porte la responsabilité, dont aucun ne peut s'emparer à la place des autres. Le Pape, successeur de Pierre, reçoit personnellement la suprême autorité : pour veiller à la communion du collège des évêques, dans la foi et la charité, premier des évêques, il en est le garant.
• Ensuite, vous, mes frères prêtres. Chacun a reçu sa part au ministère apostolique pour exercer cette mission. Nous la partageons alors même qu'elle nous est si personnelle et que nous devrons en rendre compte personnellement.
Il est difficile de le comprendre de l'extérieur, surtout dans une société où certains exercent leur profession de façon libérale, à leur compte. Pour nous, ne joue ni la loi du groupe, ni la loi de la foule. Nous formons par la grâce de Dieu un corps qui n'a de cohérence qu'organique ; il est constitué de personnes singulièrement appelées, chacune par son nom, mais rassemblée, dans la communion de l'amour par le lien de la charité et par la force de l'Esprit qui habite en nous.
Quelle grande merveille ! ce pouvoir de gouverner n'est en rien une autorité abusive, mais une responsabilité que vous portez devant le Christ, responsabilité de la communion de la charité entre tous ceux qui vous sont confiés.
Pour l'accomplir, vous serez obligés de donner voire vie. Pour l'accomplir, vous serez obligés de recevoir des coups. Mais, vous le savez, ce n'est pas là une perspective tragique ; c'est, au contraire, une Béatitude. Celle que Jésus nous invite à vivre : « Que le premier se fasse le dernier et le serviteur de tous ».
Le Seigneur vous en donnera la grâce et la joie.
• Maintenant, frères et sœurs, pardonne-moi de m'être adressé exclusivement à Michel et à Éric, et aussi à ceux qui partagent leur mission. Mais vous l'avez bien compris : leur parlant, je vous parlais puisque nous avons médité ensemble le mystère du sacerdoce unique du Christ qui donne à tous les baptisés d'exercer selon la grâce reçue, l'offrande sacerdotale du Fils de Dieu fait homme.


Homélie prononcée le 24 mai 1997 pour une ordination épiscopale
1. Pour faire d'un prêtre un évêque
Nous venons d'entendre la lecture de l'acte officiel par lequel le Pape désigne Maurice de Germiny pour être évêque de Blois. Mgr le Nonce en a donné l'attestation ; le Collège des consulteurs qui assure la gestion du diocèse en l'absence de l'évêque, l'a reçu devant nous. Les formalités juridiques ont été accomplies.
Pourquoi cette notification solennelle ne suffirait-elle pas, comme ce serait le cas pour n'importe quelle responsabilité civile ?
Dieu me garde de minimiser cet acte par lequel le Pape exerce son ministère ! Plus que d'autres diocèses, vous en connaissez l'importance, vous qui, il y a deux siècles, receviez l'Abbé Grégoire. Mais cet acte nécessaire pour donner la juridiction ne fait pas d'un prêtre un évêque. Il faut que Maurice de Germiny reçoive la consécration épiscopale, le premier des trois degrés du sacrement de l'Ordre.
Beaucoup parmi vous n'ont jamais participé à l'ordination d'un évêque. Mgr Cuminal avait été consacré pour le service d'un autre diocèse avant que le Pape ne vous l'envoie. En découvrant la signification de cette liturgie, vous en saisirez l'importance pour toute l'Église.

Sous le signe des noces de Cana
Les Blésois fêtent aujourd'hui Notre Dame des Aydes.
Que Marie, Mère de l'Église, veille sur votre diocèse et votre évêque. En raison de cette fête, nous venons d'entendre le récit des noces de Cana qui éclaire d'un jour surprenant ce que nous sommes en train de vivre.
De cette noce, évoquée au début de son Évangile, saint Jean tire la leçon suivante : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C'était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui ».
Le premier signe que fait le Messie est révélation et prophétie. Il est destiné aux disciples. Cette noce dont les mariés n'en demandaient peut-être pas tant ! - une noce de village, comme les autres, dans une petite bourgade -, devient pour Marie, pour les disciples la prophétie de ce qu'ils vont vivre, la prophétie de l'Église.

Comme Marie veille sur l'Église
Qui intervient dans cette scène ?
Vous avez d'un côté la noce. Nous n'en savons rien, ni qui est le marié, ni qui est la mariée... Le maître du festin - nous pourrions dire le maître d'hôtel - ne joue ici qu'un rôle pratique. Mais voici les serviteurs : eux sont très importants ; ils vont d'abord écouter Marie, puis obéir à Jésus.
De l'autre côté, Marie, « la mère de Jésus était là » et aussi Jésus et ses disciples.
Le "signe", comme dit saint Jean, se déploie sur trois registres :
-la noce d'abord. Là, tout se joue entre Marie, Jésus et les serviteurs. Les disciples ne sont que témoins.
- la foi des disciples, ensuite. L'événement et sa force de révélation changent la relation entre Jésus et ses disciples. Ceux-ci perçoivent quelque chose de la splendeur divine qui habite en Jésus ; ils voient et ils croient.
- enfin, ce que ce signe prophétise de l'Église ; essayons de le comprendre.
Remarquez le rôle maternel de Marie. Elle veille sur la noce comme elle veillera sur l'Église, sur l'humanité.
Ainsi que Jésus crucifié le dit au disciple aimé : « Voici la mère » (Jn 19, 27).
L'image de la noce a servi aux prophètes pour exprimer la relation, l'alliance de Dieu avec l'humanité. À l'accomplissement de l'histoire, elle annonce la joie sans fin, la plénitude de vie reçues de Dieu. Pour les disciples, pour Marie, pour Jésus, ce symbolisme est clair, immédiat ; il l'est moins pour nous. Oui, pour eux, la force symbolique de ce moment est évidente.

Le rôle des serviteurs
Marie, parce que "l'Heure est venue" - l'heure du salut de l'humanité - demande au Christ de faire couler en abondance le vin des noces messianiques, jusqu'à la fin des temps et l'achèvement de l'humanité. Quelle consigne a-t-elle donnée ? « Faites tout ce qu'il vous dira ».
En tout cela, c'est Jésus qui agit et lui seul, sur la demande de Marie. Marie prie, conseille, supplie, intercède. Elle est la figure de l'Église quand l'Église agit comme Église.
Que font les serviteurs ? Ils sont les mains de Jésus, je dirais presque les manœuvres de Jésus. Lui, ne bouge pas ; il ne va pas puiser l'eau, remplir les jarres, faire la distribution. Ce rôle des serviteurs que les disciples observent sera celui des Apôtres à qui le Christ Grand-Prêtre confiera sa mission après sa résurrection. C'est donc aussi le rôle du collège des évêques, successeurs des douze Apôtres de Jésus : pour que se constitue et vive son Église. C'est le rôle que reçoit votre évêque.
Voilà le cœur de ce que nous sommes en train de vivre.
2. Pour verser le vin des noces messianiques
Le cœur de ce que nous sommes en train de vivre, d'une certaine façon, demeure caché ; non pas énigme, mais mystère de grâce, c'est-à-dire réalité tellement haute et forte et grande que les mots de l'homme ne peuvent la décrire, que les yeux de l'homme ne peuvent la voir. Pourtant, elle est donnée en signe, comme en sacrement, telle une œuvre d'art qui signifie infiniment plus que ce qu'on peut en dire. Riche non pas d'un sens masqué qui serait épuisé en étant décrypté, mais riche d'une réalité qu'elle n'enferme pas et, au contraire, dévoile.

Le secret de l'Église : le Christ lui-même agissant
Cette réalité, ce cœur, c'est le Christ lui-même agissant en ses serviteurs des noces de Cana. Là réside tout le mystère de l'Église. Celle-ci peut être observée, à bon droit par ceux qui ne partagent pas notre foi, comme toute autre forme de la vie sociale. Ils décriront son organisation et sa hiérarchie, ses rites et ses symboles, ses conflits et leur résolution, ses croissances et ses décroissances, ses variations selon les cultures et les modes. Cet inventaire, fort utile au demeurant, ne livre pas l'âme, la réalité vitale, le secret de sa vie et de sa fécondité.
Le secret, je le répète, c'est le Christ lui-même. Vous le savez, vous, chrétiens. Baptisés, vous n'êtes pas des adhérents à l'Église. On ne reçoit pas le baptême comme la carte d'un parti ou une nationalité. Le nouveau baptisé, plongé dans la mort et la résurrection du Christ, devient membre du Christ, chair de sa chair et ne fait plus qu'un avec lui. Voilà pourquoi il est uni à tous ceux que Dieu a donnés à son Fils : frères et sœurs innombrables, les vivants et les morts, et qui appartiennent eux aussi au Corps du Christ, Pour que, eux en Lui et Lui en eux, ils versent à ce monde le vin des noces messianiques.
Baptisés, nous sommes donc tous les serviteurs de Celui qui s'est fait notre Serviteur.

Garant et témoin de la Parole
Cher Maurice, vous allez être consacré évêque, successeur des Apôtres. Vous poursuivrez leur mission : elle est entièrement au service de la mission de l'Église, peuple que Dieu s'est acquis.
Vous la partagerez avec les prêtres qui vous sont confiés pour votre ministère : ceux qui déjà sont là, vous entourent et forment le presbyterium de ce diocèse ; ceux que, je l'espère, vous ordonnerez et qui viendront les rejoindre. Vous la partagerez aussi avec les diacres.
Quelle est donc cette mission ? Envoyé par le Christ Jésus dans le monde, l'évêque a la charge d'annoncer l'Évangile à ceux qui l'ont déjà reçu, comme à ceux qui l'ignorent.
Cette annonce de l'Évangile et de la puissance du Vivant à « ceux qui sont assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort (Lc l, 79) est une œuvre d'amour dont l'évêque est le premier responsable. Nous parlons souvent de l'effort missionnaire, de l'apostolat : ces mots, à force d'être utilisés, sont devenus une monnaie quelque peu dévaluée. Nous réduisons ce qu'ils signifient à ce que nous savons faire, à nos capacités de relation, à nos méthodes et industries.
Si nous voulons comprendre ce que nous faisons, il nous faut comprendre ce que Jésus fait par nous.
Quand nous annonçons l'Évangile, c'est Jésus qui s'adresse aux « hommes que Dieu aime » (Le 2, 14).
L'Esprit Saint agit en celui qui parle comme en celui qui écoute ; il éveille à la foi, L'évêque est le garant et le témoin de cette parole divine.

Intendant de la sainteté de Dieu par les sacrements
Dieu vous donne de succéder aux Apôtres. Cette responsabilité qui dépasse toute force humaine ne peut s'exercer que dans la communion pleine et docile au Christ lui-même. Par vous, il veut faire entendre sa Parole. Ceux qui la reçoivent y trouvent une saveur que vous n'y avez pas mise : ils goûtent le vin des noces messianiques.
C'est un miracle que tout apôtre connaît : qu'il suscite en vous joie et action de grâce d'en devenir le garant pour l'Église de Dieu qui vous est confiée.
Vous connaissez une autre dimension de votre charge : sanctifier le peuple de Dieu, être l'intendant de la sainteté de Dieu répandue par les sacrements.
L'amour infini du Christ offre la grâce de la nouvelle naissance du Baptême. Il propose aux hommes de changer leur vie, de mourir au mal et à la mort pour entrer dans la Vie et être à leur tour témoins de la Vie par le don de l'Esprit.
Cet amour infini du Christ est partagé dans l'Eucharistie.
Cet amour infini du Christ sans cesse pardonne les péchés, les refus d'aimer à ceux qui, dans leur pauvreté, demandent le sacrement de la Réconciliation.
3. Pour conduire vers le Père
Par votre ministère Dieu veut répandre dans le cœur des fidèles l'Esprit qui transfigure la vie des hommes. le Christ appelle ses disciples à vivre selon un idéal inaccessible à notre faiblesse. lorsque Jésus répond : « Impossible aux hommes, mais à Dieu tout est possible » (Lc 18, 27), il nous assure que c'est Dieu qui est lui-même notre force pour désirer et vouloir suivre le Christ et pour aller avec lui jusqu'au bout.
C'est Dieu qui nous donne même le goût de l'aimer.

Prier au nom de l'Église
Le Christ vous confie la charge, cher Maurice, de verser aux chrétiens, aux invités de la noce et à la multitude le Vin nouveau du Royaume. Ainsi pourront-ils devenir parfaits, comme est « parfait notre Père des cieux » (Mt 5, 48). Il vous faudra pour cela prier au nom de l'Église entière et pour elle qui doit "crier vers Dieu et intercéder jour et nuit » dit l'Évangile (Lc 18, 7).
Cette prière empêche ce monde de succomber sous ses blessures ; elle lui fait recevoir le meilleur dont les hommes sont capables. Puisque Dieu les appelle, puisque l'amour leur est donné comme une grâce, puisque leur est révélée la stature véritable de l'homme créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, racheté par le Christ pour devenir enfant de Dieu.
Puisque, désormais, l'Esprit Saint, tel un feu, ne cesse d'embraser le cœur des hommes et des femmes qui veulent vivre de cet amour, partager ce pardon, bénir Dieu pour la Vie qu'il nous donne : Il fait de nous ses enfants et, les uns pour les autres, des frères et des sœurs dans le Christ.

Rassembler dans la communion de l'amour
Enfin, vous recevez la charge que vous confie Jésus, le vrai Pasteur, de conduire vers Dieu, le Père, le peuple qui lui appartient. Par vous, il doit sans cesse être rassemblé dans la communion de l'Amour qui est la véritable définition de l'unité.
Non pas un amour rêvé, car celui-ci est un amour illusoire ; il s'imagine sans blessure et invulnérable. En fait, souvent les relations - amoureuses, amicales, civiques, etc. - sont irrémédiablement atteintes, voire brisées par ce qui, apparemment ou réellement, leur fait offense, voire les renie. le pardon est la chose la plus rare qui soit et souvent impossible pour les forces humaines.
Et pourtant, l'amour du Christ dont nous témoignons n'est pas une utopie. la charité est d'abord miséricorde que nous nous donnons les uns aux autres, car chacun se reconnaît comme l'ayant reçue de Dieu. le Seigneur ne cesse de nous le faire dire et demander dans le Notre Père. Cet amour miséricordieux n'est pas une comédie ; il est une force qui sans relâche guérit, retourne, refait vivre, ressuscite, réunit.
De cela aussi, cher Maurice, vous êtes responsable, puisque vous êtes pour votre Église le signe de l'unité.
Non seulement l'unité dans un groupe déterminé, favorisé par le climat, la nature ou les circonstances. Mais l'unité entre tous ceux qui se présentent et sont appelés par Dieu à partager la même grâce. Et encore, l'unité de l'Église entière. Cette mission vous unira plus étroitement au Christ en sa Passion.
L'Église en sa diversité immense de peuples, nations, langues, cultures, est présente dans cette Église particulière - votre diocèse - par le ministère de l'évêque. Et elle ne subsiste que dans ces Églises particulières qui, elles-mêmes, ne sont l'Église qu'en raison de la communion de chacune avec toutes.

Car l'unité vient de l'Esprit
La logique politique ne parvient pas à comprendre la réalité de cette communion dans l'amour. Pensons à l'Europe, à la concorde entre les continents. L'Église semble vouloir sauter à pieds joints par dessus des difficultés insurmontables.
L'événement de la Pentecôte le montre : loin d'être un obstacle, la diversité, la pluralité est précisément le moyen de la communion. la Parole divine se fait entendre dans la multiplicité des langues. Car l'unité vient de l'Esprit qui nous rassemble : les particularités cependant sont respectées et valorisées en raison même de l'amour qui veut nous réunir et nous faire nous pardonner.
Puisse cette mission, cher Maurice, avec la grâce de ce sacrement que vous allez recevoir par la prière de tous les évêques ici rassemblés, par l'imposition des mains et l'onction sur votre front, être pour vous un appel plus pressant et plus puissant à marcher comme disciple derrière le Christ, notre Maître.
Qu'il vous accorde la joie de la partager, la grâce de la donner, la paix de savoir en témoigner.

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