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Homélie prononcée à l'occasion des 50 ans de l'UNESCO - 29-30 mai 1997
Les deux passages de l'Écriture que nous venons d'entendre n'ont pas été choisis à dessein pour cette messe ; ce sont les lectures du jour. Je n'aurais jamais osé vous les proposer au cours de cette messe, en ce cinquantième anniversaire de la fondation du Centre International pour l'UNESCO. Vos travaux veulent répondre à cette question ambitieuse : « Dans les changements de la société mondiale, que devient l'être humain ? ».
Permettez-moi, non pas d'ajouter ma part à vos réflexions auxquelles je n'ai pas eu la chance de participer, mais de recueillir deux leçons de ces deux lectures.
La première : l'auteur de cet écrit de Sagesse médite ici sur la particularité du peuple élu d'Israël, de Sion, de Jérusalem. Et pourtant notre lecture commence par cette phrase : "Prends pitié de nous, Maître, Dieu du monde entier - Dieu de l'univers - regarde : répands la crainte de ton Nom (la crainte du Nom n'a pas le sens que ce mot a couramment en français ; elle définit un attitude religieuse de vénération qui est à l'opposé de la peur devant un tyran ou devant une force écrasante). Répands la crainte de ton Nom sur toutes les nations "païennes" (ajoute la traduction pour les distinguer d'Israël). Qu'elles te reconnaissent, comme nous-mêmes avons reconnu que toi seul es Dieu, Seigneur".
Et voici le dernier verset de cette lecture : "Exauce, Seigneur, la prière de tes serviteurs, selon ta bienveillance en faveur de ton peuple ; et tous les habitants de la terre reconnaîtront que tu es le Seigneur, le Dieu des siècles".
Ainsi, le sentiment le plus particulariste - nous parlerions aujourd'hui d'identité ethnique, religieuse ou nationale - porte une vraie vision universaliste.
L'universalisme est aujourd'hui une notion familière qui ne surprend plus. Votre mission vous a appris à considérer l'humanité comme un tout.
Mais cela n'était pas évident au temps où la Siracide écrivait cette prière.
L'universalisme, nous le savons, est souvent le masque de l'impérialisme. Aussi aurions-nous tendance à suspecter cette prière. Elle demande que tous les hommes reconnaissent Dieu, ou plutôt que Dieu se fasse connaître de tous. N'exprime-t-elle pas le désir qu'une religion particulière l'emporte sur les autres religions ?
Telle n'est pas l'attitude du Sage qui prononce cette prière : il est dans la détresse de la défaite et de l'exil ; il n'a aucun moyen de puissance : le peuple pour lequel il prie est écrasé et dispersé ; aucune armée, aucun pouvoir ne peuvent lui être de quelque secours. Le Sage supplie Dieu que la grâce faite à son peuple délivre l'humanité entière. Il demande à Dieu de se faire connaître de tous, d'ouvrir le cœur de chacun pour qu'il reconnaissent en Lui le Créateur et Père de tous. Ainsi seulement chaque homme découvrira la vraie grandeur et la dignité de tout homme.
Cette prière, dans sa simplicité, éclaire non seulement la vocation personne ne de chaque homme, mais aussi sa responsabilité à l'égard de l'humanité entière. Pour le Sage, la condition humaine ne peut se comprendre en dehors du mystère de Dieu dont nous avons eu la grâce de recevoir la lumière.
Dire cela, ce n'est pas proclamer une supériorité, mais réclamer une grâce. Non pas pour nous ni pour notre triomphe, mais pour la dignité et le bonheur de tous les êtres humains. Même si nous ne faisons cette prière que dans l'intimité de l'Église, elle est non seulement légitime mais, bien plus, nécessaire. Elle doit inspirer en profondeur nos désirs.
Il est grand temps que, chrétiens, nous réfléchissions au fondement irrécusable de l'universalisme. Il est aujourd'hui redouté quand il prend la figure de la mondialisation : cette crainte fantasmatique laisse ressurgir les particularismes comme autant de négations de l'universalisme.
La vision du monde proposée par la Révélation respecte la diversité des peuples et des cultures. Elle leur permet de communier au plus profond de ce qui forme la condition humaine, c'est-à-dire sa dignité divine et sa vocation commune.
La deuxième lecture, l'Évangile, nous pousse à demander au Christ de nous enseigner comme il le fait pour les apôtres. Ce passage du chapitre dixième de saint Marc s'inscrit dans la Montée de Jésus à Jérusalem.
Deux disciples, parmi les privilégiés - Jacques et Jean -les plus connus, les plus intime du Seigneur, réclament de participer au pouvoir suprême dont ils créditent Jésus le Messie : "Que nous siégions, l'un à ta droite, l'autre à ta gauche, dans ta gloire".
Jésus les renvoie, en termes voilés, au mystère de sa Passion, à la pure gratuité par laquelle Dieu donne de siéger à la droit et à la gauche du Christ ; sans expliquer ce que cela peut signifier.
Les dix autres, ayant entendu ces propos, s'indignent contre les deux fils de Zébédée et viennent protester auprès de Jésus, non pas contre le fait qu'ils aient réclamé ce poste, mais 'lu ils en aient réclamé l'exclusivité !
C'est la jalousie qui éclate de façon naïve comme une ambition de partager ce pouvoir.
Jésus démasque cette ambition en l'identifiant à l'exercice du pouvoir chez les païens, c'est-à-dire chez ceux qui ne sont pas le peuple de Dieu, ni les enfants du Royaume. Car la distinction entre le peuple d'Israël et les nations païennes n'est pas ethnique ou culturelle, elle tient à la Révélation de Dieu. Par l'acte de Dieu un peuple est constitué dans sa particularité, non pour se réclamer de Dieu comme d'une identité ; mais pour connaître Dieu, l'adorer et le servir : sa seule raison d'être. Dieu fait de ce peuple son témoin pour que les païens connaissent cette même dignité des enfants de Dieu et non pas pour qu'ils appartiennent au peuple d'Israël. Nous sommes exactement à l'opposé de tout ethnocentrisme ou de tout impérialisme.
"Dans les nations païennes, dit Jésus, les grands font sentir leur pouvoir, commandent en maîtres". Un autre évangéliste ajoute : "Il se font appeler "bienfaiteurs", évergètes" (Le 22, 25). "Qu'il n'en soit pas ainsi parmi vous. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut être le premier sera l'esclave de tous".
Si nous arrêtions là notre méditation, nous serions mis devant une conduite probablement impossible à imiter. Comment pourrait-elle être proposée aux hommes de responsabilité dont vous faites partie ?
Comment ceux qui exercent un pouvoir, fût-il culturel, pourraient-ils inverser à ce point les éléments de l'action, les facteurs de décision ? Même si votre mission est avant tout de conseil et de suggestion, même si vous ne participez pas directement aux décisions politiques, vous travaillez cependant à ce qu'elles soient prises et acceptées ; et certaines des résolutions auxquelles vous œuvrez et que vous favorisez peuvent recevoir une valeur contraignante dans la mesure où elles sont décidées par les États ; vous disposez d'un budget, vous exercez un pouvoir.
Suffirait-il alors d'appliquer ces paroles de Jésus à votre vie personnelle, de vous purifier intérieurement de toute ambition ou de toute volonté de puissance ou de tout orgueil ? Mais vous savez bien qu'il y aurait en votre conduite comme une dérobade aux propos de Jésus.
S'agirait-il seulement de la subversion anarchique et mystique des principes d'autorité, de hiérarchie ? Les disciples de Jésus auraient-ils pour mission de renverser l'ordre social ? Premier, dernier ; dernier, premier.
Dans notre réflexion, j'ai laissé de côté deux passages.
Tout d'abord, saint Marc introduit ces propos de Jésus par cette mise en situation : "Jésus prend les Douze avec lui et leur annonce sa Passion".
Ils ne comprennent pas. Ils ne peuvent même pas imaginer ce dont parle Jésus. Leur incompréhension révèle leur refus et provoque leur demande de pouvoir. Parce que Jésus a parlé de sa Passion, Jacques et Jean s'approchent de lui et lui disent : "Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande". Comme si l'exemple du Christ Serviteur suscitait en nous je ne sais quel bouleversement intérieur, faisait surgir ce qu'il y a de caché en nous.
Jésus conclut par cette affirmation : "Celui qui veut être le premier sera l'esclave de tous : car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude". Jésus, en peu de mots, citant par allusion les poèmes du Serviteur en Isaïe, donne le sens de subversion, de cette inversion, de cette Passion, de ce mystère d'abaissement. Il s'agit ni plus ni moins de la délivrance et du salut donnés à l'humanité.
Pourquoi nous faire le serviteur des autres ? Nous ne pouvons répondre qu'en étant unis au Christ qui se fait notre Serviteur. Ce n'est pas une règle de conduite conforme à la sagesse humaine, ni non plus le fruit d'une réflexion sur le pouvoir. Vous ne pourriez pas donner cette consigne aux chefs d'État, aux puissants de ce monde, ni leur conseiller de prendre à la lettre cette manière d'agir.
Le Christ se fait notre serviteur ; Fils de Dieu, il entre dans la condition de l'homme et prend sur lui tout le poids de sa détresse, de son péché, de sa souffrance, de sa mort et du mal, pour l'en délivrer et pour le faire entrer dans la vie de Dieu.
Ce n'est pas une réflexion sur le pouvoir. L'expérience nous a montré, hélas !, qu'il ne suffit pas de le subvertir pour délivrer les hommes de la tyrannie : souvenez-vous de la dictature au prolétariat ! Dans la Passion de Jésus, le péché de l'homme nous est dévoilé ; le don de l'amour qui nous en libère nous est révélé.
Quel est le rôle des chrétiens dans cette tâche humaine dont nous sommes nécessairement solidaires ? Par le chemin intérieur de la foi, suivre le Christ dans le mystère de sa Passion par amour pour lui, par amour pour nos frères et participer ainsi à sa puissance de délivrance. Le Christ ressuscité donne le courage à ceux qui doivent se battre, d'aller jusqu'au bout du combat ; à ceux qui doivent pardonner, d'aller jusqu'au bout de la miséricorde ; à ceux qui doivent donner la vie, d'aller jusqu'au bout du refus de la mort ; à ceux qui doivent délivrer, d'aller jusqu'au bout du témoignage rendu à la liberté ; à ceux qui doivent parler, de refuser jusqu'au bout le mensonge en rendant témoignage à la vérité.
Nous accueillons le mystère du Christ qui no ut unit à sa vie et nous en témoignons par la force de l'Esprit Saint : là est tout notre savoir-faire.
Voilà les quelques pensées que je voulais partager avec vous en ce deux passages que l'Écriture nous propose.
Dans cette Eucharistie, avec les évêques et les prêtres présents, nous offrons l'unique Sacrifice qui sauve le monde. Nous tous faisons offrande de nous-mêmes dans le Christ et le Christ s'offre en nous. Nous demandons à Dieu de reconnaître dans l'offrande de son Église celle de son Fils.
Telle est notre foi : qu'elle soit pour tous consolation et espérance.


Homélie prononcée à Notre-Dame de Paris le Dimanche 21 décembre 1997
Avez-vous été frappés en préparant cette messe de la convergence entre ce passage de la lettre aux Hébreux et l'évangile de la Visitation ?
L'épître aux Hébreux décrit ce que fait le Verbe de Dieu, le Fils éternel du Père en venant dans ce monde, mettant dans la bouche du Christ les paroles du psaume 79: "Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté". C'est un acte d'amour, de don et d'obéissance que le Fils unique de Dieu fait chair accomplit en notre humanité ; cette offrande est le véritable sacrifice d'une volonté qui se tourne vers Dieu, libérant l'homme de son péché et de la mort.
En même temps, c'est un combat dont nous savons qu'il s'achève dans le mystère de la croix et de la résurrection du Seigneur.
En parallèle à cette description si belle du mystère de la venue du Christ en ce monde, la liturgie de ce dimanche nous présente le chemin de Marie : après l'Annonciation, elle se hâte vers les montagnes de Judée pour rendre visite à sa cousine Élisabeth, la "stérile" qui a conçu. Pourquoi cette hâte ? Pour voir le signe que Dieu lui donne par la voix de l'ange.
Si Dieu donne un signe, il faut courir non pour le vérifier, mais pour l'accueillir comme une grâce ; tels les bergers de Bethléem, la nuit de Noël, se hâteront de "trouver le nouveau-né couché dans la mangeoire", signe qu'un Sauveur leur est né. Le signe lui-même est une parole de Dieu.
Il ne s'agit pas de vérification de l'identité de Dieu, mais de sa Révélation. Dieu est Dieu, l'Unique ; nous en parlons en tremblant car nous sommes pécheurs et indignes de lui ; mais c'est lui qui se révèle à nous et il nous révèle à nous-mêmes en nous donnant part au mystère de sa vie ; il vient à nous. Le refus de l'homme ou endurcissement du cœur consiste à ne même plus vouloir accueillir les signes de Dieu, ou à en réclamer d'autres que celui du Christ mort et ressuscité.
Marie, elle qui accueille le don de Dieu, est l'exemple même de la foi ; Élisabeth le dit en une béatitude : "Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part de Dieu".
Croire à la parole de Dieu, ce n'est pas seulement croire sur parole. C'est beaucoup plus. Car la parole de Dieu est la manifestation même de Dieu. C'est donc reconnaître Dieu et consentir à lui. Dieu lui-même se donne en sa parole. Et Marie reçoit la Parole qui se fait chair en son sein, Parole de Dieu qui devient notre frère, Verbe éternel qui prend notre humanité.

Comment comprendre ce chemin de foi, chemin de l'Incarnation et de la Rédemption ?
Nous nous figurons trop souvent que la foi est d'abord une certaine force de conviction, plus ou moins subjective. Si la foi n'est qu'une manière d'être convaincu, alors, à l'heure du doute, des questions, des difficultés on déclare : "Je n'ai pas la foi". Ce n'est pas ainsi que le Seigneur Jésus mesure la foi des hommes ; les Douze, il les appelle à plusieurs reprises "Hommes de peu de foi" et il s'exclame devant la femme cananéenne : "Jamais je n'ai vu une telle foi en Israël !"
La foi consiste à s'appuyer sur Dieu que l'on ne voit pas, à accueillir le don de Dieu, même dans l'obscurité et la contradiction. Car "rien n'est impossible à Dieu" dit à Marie l'ange de l'Annonciation, comme Dieu l'avait dit à Abraham pour la naissance d'Isaac. Lorsque Dieu lui demandera de l'offrir en sacrifice, Abraham n'obéira pas mécaniquement ! Mais, contre toute évidence humaine, dans la foi que Dieu ne peut pas vouloir la mort de l'enfant unique, le fils de la promesse, il fait confiance à Dieu parce que Dieu est Dieu. Dieu tient parole, il est la vérité.
Ainsi Marie en son chemin - de la Vierge de l'Annonciation à la Pieta debout au pied de la croix qui recevra dans ses bras le corps mort de son Fils - Marie dans un même acte de foi accueille la Parole de Dieu avec son inévidence.
La foi est un don de Dieu qui nous oblige à nous convertir, à nous retourner, à sortir de nous-mêmes pour nous fier à Dieu seul.
Le sacrifice qui nous libère et nous obtient une telle foi, c'est celui de Jésus lui-même, le Fils unique venu en notre chair pour faire la volonté du Père. L'Église ne porte pas ce Fils de Dieu comme Marie a porté en elle l'enfant, sans voix. La présence en nous de l'Esprit sans cesse nous donne la force de croire parce que nous sommes aimés, et d'aimer parce que nous recevons la force de croire.
Ainsi enfantés comme enfants de Dieu, nous accédons à la condition filiale et nous pouvons trouver notre vie dans ce chemin de foi.
Hâtons-nous d'aller au-devant des signes que Dieu nous donne, de les accueillir et d'annoncer cette Parole de vie pour que nos frères en vivent.


Homélie prononcée à Notre-Dame de Paris le Samedi 24 octobre 1998 pour la consécration des vierges
L'Évangile du Seigneur que nous venons d'entendre est une lumière pour vous en ce jour. Dans cette parabole, Jésus campe deux personnages.
Le pharisien n'est pas un hypocrite ; il veut être parfait et pour cela, il accepte d'être "séparé" d'une certaine façon. En ce sens, c'est une vocation dont les traits majeurs se retrouvent sous d'autres formes tout au long de l'histoire spirituelle de nos deux millénaires. Cet homme prie.
L'autre est un publicain, c'est-à-dire en situation de rupture avec l'Alliance. En effet, celui qui exerce le métier de collecteur d'impôts est sanctionné par l'exclusion : ramasser de l'argent n'est pas compatible avec la vocation à la sainteté du peuple de Dieu ; du moins, en ce temps-là ! Lui aussi, il prie.
Quelle est la prière du pharisien ? Il s'adresse à Dieu, mais il se désigne comme le sujet de l'action : "Je te rends grâce". Certes ! Dans la préface et la prière eucharistique, nous dirons bien à Dieu que nous lui rendons grâce. Mais lui, il centre sur lui-même son action de grâce ; il ne fait que se parler à lui-même devant Dieu. C'est une grande grâce de savoir qu'il faut vivre dans la justice, ne pas être adultère, ne pas dérober ni être avide de biens.
Certes, c'est une grâce de s'accepter différent au nom de l'Évangile, même si cela provoque la critique et le rejet. Jésus lui-même nous l'annonce : "Heureux êtes-vous lorsqu'on dira toute sorte de mal de vous à cause de moi ... Malheureux si l'on dit toute sorte de bien de vous, car c'est ainsi que leurs pères traitaient les faux prophètes ... ". Qui veut suivre le Christ partagera nécessairement la solitude de la Passion.
Il est exact que le pharisien n'est pas comme le publicain. Il jeûne deux fois la semaine, c'est beaucoup ; il paie la dîme de tout ce qu'il acquiert, c'est positif.
Pourtant, je le répète, devant Dieu il n'a parlé que de lui-même. Bien plus, la grâce qu'il a reçue d'observer les commandements, il se l'attribue. Or, chacun des commandements est un don précieux de Dieu ; il n'est compréhensible et ne trouve sa force qu'en n'étant jamais séparé du Donateur. Ce pharisien parle des commandements, mais non de Dieu qui appelle et donne, en un geste d'amour, la sainteté de la loi.
Par sa prière, il se replie totalement sur lui-même ; il est fermé à Dieu dont il fait le simple témoin, si je puis dire, de cette solitude spirituelle qui n'aboutit qu'à une stérilité. Pourquoi ? Non pas parce que l'observance de la loi en serait la source, mais parce que vouloir ainsi prier et agir en oubliant Dieu, c'est manquer gravement aux commandements que le Christ résume par cette phrase du Deutéronome : "Écoute, Israël : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces, par dessus toutes choses". Tu aimeras !
Quelle est, à l'opposé, l'attitude du publicain ?
Il n'ose pas lever les yeux, il se bat la poitrine comme un pécheur, il ne demande rien d'autre que la miséricorde de Dieu : "Aie pitié du pécheur que je suis !". Pécheur, ce n'est pas le regard du pharisien qui le désigne ainsi, mais le regard même de Dieu qu'il n'ose pas regarder. Et ce regard de Dieu sur lui, au lieu de l'enfermer dans la condamnation, le touche au cœur, lui fait reconnaître l'immensité de la grâce qu'il reçoit et dont il se sait indigne.
Jésus conclut : "Celui-là descendit dans sa maison rendu juste" (pardonné, rendu saint); "celui-ci non".

En ce moment, la grâce que vous recevez, recevez-la comme le signe d'un amour confondant dont vous êtes indignes. Dire cela, ce n'est pas se recroqueviller ou se mettre dans une situation psychologiquement malsaine ; mais c'est commencer d'avoir cette attitude profonde d'émerveillement à laquelle vous êtes appelées et dont le Magnificat de la Vierge Marie est la plus haute et la plus belle expression. Émerveillement devant la grandeur de l'amour dont Dieu nous aime, dont il aime son Église. Émerveillement qu'il ait daigné nous choisir pour y être, le servir et servir nos frères.
Le sentiment de notre indignité n'est pas celui d'un être qui ne se sentirait jamais à sa place, puisque notre place est celle à laquelle Dieu nous met. C'est le sentiment de celui qui sait que l'amour confondant dont il est l'objet et dont il doit être le témoin, déborde de toutes parts ce qu'il peut donner, dire, faire, et même le peu d'amour dont il est capable d'aimer.
Ainsi, que la grâce qui vous est faite soit pour vous une source de sainteté. Puissiez-vous entrer justifiées en votre demeure ; mais justifiées par la grâce toute gratuite que Dieu vous accorde.
Je vous invite à prolonger la lecture de l'Évangile de ce soir et à méditer la suite de ce chapitre 18 de saint Luc. Retenez la parole de Jésus après l'épisode des tout petits qui lui sont présentés : "Celui qui n'accueille pas le Royaume de Dieu comme un petit enfant n'y entrera pas". Comprenez bien qu'il faut être prêt à recevoir le règne de Dieu comme une grâce de vie qui nous donne d'exister et de naître d'En Haut.
Vous entendrez ensuite la question de l'homme riche au Christ : "Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? ... Les commandements, je les ai observés dès ma jeunesse ..." et la réponse de Jésus : "Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et suis-moi !".
L'homme s'en alla tout triste. Et le Seigneur conclut la discussion avec les disciples par ces mots : "Ce qui est impossible pour les hommes est possible pour Dieu". À Pierre qui s'inquiète : "Mais, alors nous ? ...", il donne cette parole de consolation : "Amen, je vous le déclare, personne n'aura laissé maison, femme, frères, parents ou enfants à cause du Royaume de Dieu, qui ne reçoive beaucoup plus en ce temps-ci et, dans le monde à venir, la vie éternelle".
Ce chapitre 18 de saint Luc est comme le chemin providentiel que le Seigneur Jésus vous ouvre par sa Parole en ce jour de votre consécration : grâce gratuite, grâce mariale, grâce ecclésiale où votre vie, désormais dans le secret de votre cœur, accomplit le mystère de don par lequel le Christ veut construire son Église.


HOMÉLIE DU CARDINAL JEAN-MARIE LUSTIGER. ARCHEVÊQUE DE PARIS, LÉGAT DU PAPE JEAN-PAUL II POUR LA CLOTÛRE DE L'ANNÉE JUBILAIRE DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE AU BURUNDI (Gitega, dimanche 22 novembre 1998)
Chers Amis, Frères et Sœurs,
Il y a douze ans, en 1986, vous m'avez invité à fêter l'Assomption de la
Vierge Marie.
Il y a douze ans, le 14 Août, je célébrais la messe dans la cathédrale de
Gitega ; je me souviens du profond recueillement de la foule. J'en ai été très impressionné et ému.
Je me souviens, il y a douze ans, de la messe du 15 Août à Mugera.
Une foule immense, venue de toutes les collines, priait dans la joie, avec la confiance des enfants envers leur Père des cieux.
Votre Église était, alors, privée de bien des libertés !
En priant avec vous la Vierge Marie, j'ai été témoin de la foi de votre peuple.
Je vous ai dit que votre foi serait plus forte que toutes les persécutions, plus forte que toutes les épreuves.
Aujourd'hui, je viens à nouveau vous rendre visite au nom du Pape, pour le centième anniversaire des premiers baptêmes célébrés dans votre pays, pour l'anniversaire de votre naissance chrétienne.
Depuis douze ans, que d'épreuves cruelles et tragiques se sont abattues sur vous !
Les autres nations du monde - en Afrique, en Europe et ailleurs - semblent vous oublier et vous abandonner.
Je me souviens qu'il y a douze ans, vous m'avez traité comme un ami et un frère dans le Christ.
C'est pourquoi j'ai voulu que, pendant tout ce temps, vous soyez présents dans la prière de l'Église de Paris.
Chaque vendredi saint, dans la cathédrale Notre-Dame, j'ai demandé que les enfants de votre peuple résidant à Paris viennent accompagner de leurs tambours la célébration de la Passion du Christ.
Ce jour-là, leurs battements éveillent nos cœurs à votre souffrance, lorsque nous prions le Christ Rédempteur des hommes.
Aujourd'hui, je demande à Dieu de pouvoir un jour faire retentir non vos tambours de deuil, mais ceux de l'allégresse dans la joie de Pâques.
Nous venons d'entendre l'Évangile de la fête du Christ-Roi.
Il nous montre le Seigneur Jésus sur son trône, c'est-à-dire sur la croix où il est cloué. Deux criminels sont crucifiés avec lui, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche.

Le gouverneur Pilate a condamné Jésus à mort. Et pourtant, Pilate est persuadé que Jésus n'a pas commis de crime qui mérite la peine de mort.
Beaucoup de gens dans la foule savent que Jésus n'a fait aucun mal et que cette condamnation est injuste.
Mais, tous ont peur d'être arrêtés à leur tour et exécutés.
Les apôtres se sont cachés ou bien ils se tiennent à distance.
L'un d'eux, Judas, a trahi Jésus et l'a dénoncé.

Dans cet évangile, quelle est la première parole que Jésus prononce sur la croix ? La voici : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font ».
Alors que les hommes l'ont condamné à mort, c'est lui, Jésus, le Fils de Dieu, qui demande le pardon pour tous les hommes au Père des cieux :
Le pardon des faux témoins qui l'ont accusé et dénoncé, le pardon de ceux qui l'ont frappé et humilié, le pardon du gouverneur qui l'a condamné, le pardon des soldats qui le crucifient, le pardon de tous ceux qui se taisent par peur.
Pourquoi Jésus dit-il : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font » ?
Parce qu'il veut délivrer tous les hommes de leurs péchés ; parce qu'il prend sur lui toutes nos fautes.
Il les porte sur ses épaules en portant sa croix, comme un homme porte un fardeau trop lourd.
Il les porte par amour pour nous, pour nous rendre libres. Mais aussi, pour nous donner la force d'aimer et de pardonner, comme Dieu nous pardonne et nous aime.
Car, il nous est très difficile, voire impossible, de pardonner à un coupable. Saint Paul nous le rappelle : « C'est à peine si quelqu'un voudrait mourir pour un homme juste ; peut-être pour un homme de bien accepterait-on de mourir.
Mais en ceci Dieu prouve son amour envers nous : le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs » (Romains 5, 7-8)
Mais « ce qui est impossible aux hommes, est possible à Dieu » nous dit Jésus (Luc 18, 27).
Sur la croix, Jésus agit comme le Roi de tous les hommes, amis ou ennemis. Et, comme le dira l'Écriture (Apocalypse 7, 9), le Roi des hommes « venant de toutes nations, tribus, peuples et langues ».
Car, tous ont péché. Nous avons tous péché.
Tous sont aimés. Dieu nous aime tous.
Dieu veut nous donner la force d'accomplir ce qui est impossible aux hommes.
Souvenez-vous de ce qui s'est passé le 30 avril 1997 à l'aube, dans le dortoir du séminaire de Buta : Quarante de vos enfants - toutes ethnies confondues - sont restés unis comme des frères et ont préféré mourir ensemble, plutôt que de se dénoncer les uns les autres.
Certains ont rendu l'âme en priant pour les assassins avec ces paroles : « Seigneur, pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu'ils font ».
C'est là le plus haut exemple de grandeur humaine et d'amour pour le prochain qu'il est possible de donner sur cette terre, en suivant Jésus.
On nous a raconté en France bien d'autres exemples aussi admirables donnés par de nombreux chrétiens de votre pays.
Ensemble, remercions Dieu pour ce témoignage extraordinaire que vos enfants, vos parents, vos amis ont rendu à la puissance de l'amour du Christ.
Conservez précieusement leur souvenir. Ils ont des « martyrs de la charité » et de la foi ; ils sont un exemple pour les chrétiens du monde entier et pour tous les hommes.
Ils prient pour vous avec la Vierge Marie et tous les saints.
Au nom du Seigneur Jésus Christ, au nom de toute l'Église, je dis merci à l'Église du Burundi de les avoir enfantés.

Maintenant, mes frères, mes amis, écoutons la suite de l'Évangile.
Les soldats prennent les vêtements de Jésus ; ils se les partagent en les tirant au sort.
Pour nous, Jésus accepte d'être dépouillé de tout.

Il y avait beaucoup de témoins.
L'Évangile nous dit : le peuple restait là, à regarder.
Oui, le peuple ne dit rien, ne fait rien, n'ose pas protester.
Et pourtant, l'évangéliste lui donne déjà la nom de « peuple », « peuple de Dieu », c'est-à-dire le nom qui est le nôtre comme Église.
L'évangéliste ne les accuse pas de lâcheté. Il dit que ce peuple muet regarde Jésus : il voit la souffrance de Jésus.
Il voit dans le souffrance de Jésus et dans cette injustice le secret de l'amour que Dieu nous porte. Le cœur du peuple muet est touché.
Il voit Jésus qui donne sa vie pour nous donner la vie.

Le peuple, donc, se tait ; mais il reste là.
Les chefs, eux, nous dit l'évangéliste, et des soldats insultent et défient
Jésus crucifié ; ils se moquent de son enseignement : « Il en a sauvé d'autres ; qu'il se sauve lui-même s'il est le Messie de Dieu ». « Sauve-toi toi-même », toi qui nous enseignes l'amour.

Maintenant, levons les yeux vers Jésus et regardons les deux criminels qui sont crucifiés avec lui, à sa droite et à sa gauche.
- Le premier criminel reprend les insultes et les défis des chefs et des soldats : « N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même et nous aussi ! ».
Cet homme est cloué à sa croix, comme Jésus. Il ne peut plus bouger. Il va bientôt mourir. Il ne peut plus rien faire, sinon parler.
Il se sert de sa parole comme d'une arme. Car ce qu'il dit est plein de haine et de violence contre Jésus.
À l'avance, Jésus lui a répondu dans sa prière : « Père, pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu'ils font ».
Car si Dieu nous a donné la parole, à nous les êtres humains, c'est pour qu'elle nous serve à nous reconnaître comme des frères, à nous expliquer, à nous dire des paroles de paix et de pardon, à nous comprendre, à nous aimer.
S'il nous a donné la parole, c'est pour qu'elle nous serve à nous réunir, même lorsque cela nous paraît impossible.
Car la parole des hommes est habitée par la parole de Dieu. Dieu a parlé le premier à l' homme en l'appelant par son nom et en lui donnant ses commandements d'amour.
Ainsi, c'est Dieu qui a appris à parler à l'homme.
La parole humaine vient de Dieu ; elle n'est pas seulement le cri de la faim, de la colère, de la peur ou du désir.
La parole humaine est une réponse à la parole de Dieu.
La parole est donnée à l'homme pour qu'il accueille ses frères humains et échange avec eux le pardon, la paix, la bénédiction.
La parole est donné à l'homme pour prier avec Jésus le Père des cieux, pour lui demander l'Esprit Saint, l'Esprit d'amour.
Écoutons, maintenant, le deuxième criminel.
Il parle au premier criminel, son frère crucifié comme lui : « Tu n'as même pas la crainte de Dieu, toi qui subis la même peine ! »
Et il l'invite à faire la vérité sur les crimes qu'il a commis, à reconnaître ses péchés.
Car, sans vérité, il n'est pas possible de vivre en respectant notre dignité d'homme.
Le second criminel déclare : « Pour nous, c'est juste : nous recevons ce que nos actes ont mérité ; mais, lui, n'a rien fait de mal ! »
En regardant Jésus innocent, il reconnaît sa faute ; alors qu'il a déjà entendu Jésus prier : « Père, pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu'ils font ».
Puis, humblement, il supplie Jésus : « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ».
Et Jésus lui dit la plus belle parole qu'un homme puisse entendre : « Aujourd'hui, tu seras avec moi dans le Paradis » C'est-à-dire : « Là où je vais, je te prends avec moi auprès du Père des cieux. »
Cette parole de Jésus - « Aujourd'hui, tu seras avec moi dans le Paradis » - était présente dans le cœur et sur les lèvres de vos enfants, les quarante séminaristes de Buta, au moment où ils offraient leur vie.
Les témoins rapportent qu'au moment d'être assassinés, ils demeuraient dans une paix étonnante et dans la prière confiante.
Le 15 Août dernier, à Mugera, vos évêques, portant dans leur cœur toutes vos souffrances, se sont prosternés sur le sol, au début de la messe, au nom de tout votre peuple, en signe de pénitence.
Ils priaient, comme priait cet homme crucifié avec Jésus et que Jésus prend avec lui. Ils priaient avec vous. Ils priaient pour vous.

Mes frères, mes amis,
Vous avez traversé de très grandes souffrances que personne ne peut imaginer. Vous souffrez encore. Vous redoutez de nouvelles épreuves.
Pourtant, déjà, vous avez découvert le chemin du Salut pour vous-mêmes, pour tout votre peuple, pour l'Afrique, pour le monde entier.
Vous savez le prix qu'il faut payer pour que tout homme reconnaisse la dignité de chaque autre homme et la respecte.
Vous avez déjà, dans ce drame, découvert la force de l'amour et du pardon.
Comme le Pape Jean Paul II me l'a demandé, je vous confie à la prière de la Vierge Marie et je vous dis à nouveau l'affection, pleine de reconnaissance et d'admiration, de toute l'Église ; en ce centenaire des premiers baptêmes célébrés dans le pays des mille collines.
Remerciez Dieu : il vous donnera la force nécessaire pour travailler à l'avenir de votre peuple, avec le courage de la foi, avec l'audace de l'amour, avec le bonheur de l'espérance.
Amen.


Homélie prononcée lors de la Messe de Minuit du 24 décembre 1998 à Notre-Dame de Paris
Noël : un rendez-vous du bonheur. Pourquoi ?
Est-ce, parce que, dans ce monde si dur, Noël apporte enfin un instant de paix et d'espérance, un moment de pardon et de joie ?
Noël, ne serait-ce donc qu'une pause chaotique de nos existences, une halte dans les conflits des peuples ?
Car bientôt il y aura deux mille ans que ce chant a retenti dans la nuit : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes, car Dieu les aime.
Et depuis deux mille ans, les cris de guerre n'ont cessé de recouvrir cette annonce de paix.
Noël, est-ce seulement le temps d'une larme de tendresse, le temps d'un sourire de nostalgie ?
En vérité, il y a plusieurs Noëls.
Le Noël de Marie est enveloppé de silence. Elle porte en elle le Don de Dieu, l'Enfant qui va venir au monde. Elle sait que l'impossible lui est advenu ; car Tout est possible à Dieu. Elle se tait et elle prie.
Le Noël des bergers retentit d'une prodigieuse Parole. La Bonne Nouvelle leur annonce une grande joie pour tout le peuple : aujourd'hui, un Sauveur vous est né. Il est le Messie, le Seigneur.
Et notre Noël, en cette année qui précède le troisième millénaire de sa naissance ?
Pesons bien les mots.
Ce Sauveur est-il né pour nous, encore ? Aujourd'hui l'humanité est fatiguée des hommes providentiels ; ils déçoivent les peuples qu'ils prétendent sauver. L'humanité est lassée de voir mourir ses espérances. L'humanité, chargée de trop d'expérience, est devenue sceptique.
De quoi sauverait l'Enfant-Roi de Bethléem ? Vous hésitez à répondre ?
Peut-être voudriez-vous seulement être délivrés de ce qui vous blesse ou vous révolte, de ce qui vous fait peine et vous dégrade, de ce qui s'oppose à ce que vous soyez heureux.
Oui, heureux. Heureux de la vie. Heureux de l'amour partagé, heureux de la souffrance écartée, heureux de la paix qui repousse toute menace, et d'abord celle de la mort, pourtant inéluctable.
Heureux tout court.
Et puis, après ?
Dans la nuit de Bethléem, nous pourrions découvrir qu'il y a infiniment plus en nous : une faim insatiable d'une vie plus grande que cette vie ; une soif que rien ne peut éteindre d'un amour plus grand que notre pouvoir d'aimer. Il y a en nous le désir de rencontrer Celui que nous ne connaissons pas : Dieu. Oui, Dieu ; rencontrer Dieu.
Et, pourtant, lui, nous connaît : Dieu lui-même, pour qui nous sommes faits parce qu'Il nous a faits. Dieu est notre Père. Il veut nous faire entrer dans sa joie : Paix aux hommes, car Dieu les aime. Tel est le message que nous adresse le silence de cette Mère et de son enfant.
L'ange dit aux bergers : Vous trouverez ce nourrisson emmailloté, posé dans une mangeoire et cela sera pour vous « le » signe qu'un Sauveur vous est né.
Le signe, Seulement ? Les bergers n'ont pas besoin d'en savoir davantage ; et peut-être, nous, non plus, ce soir.
Quelque temps après, lorsque Marie ira présenter l'Enfant au Temple, à Jérusalem, Syméon, cet homme âgé, ce prophète, voyant l'Enfant, le prend dans ses bras et bénit Dieu en disant : Je vois de mes yeux le salut, le Sauveur. Il ajoute pour Marie que cet Enfant sera un signe pour beaucoup, un signe de contradiction ; il dévoilera le secret des cœurs.
Pour nous aussi, ce Noël est un signe.
Un signe nous invite toujours à aller plus loin : sur un chemin à parcourir, vers un évènement qui va venir, dans une pensée et un sentiment encore à découvrir.
Noël, de siècle en siècle, tant que dure ce monde, est un signe pour les hommes. C'est l'Enfant qui nous fait signe. Il nous appelle à sortir de notre sommeil.
Il nous faut donc aller plus loin.
Il faut que cet Enfant, Parole de Dieu faite chair, grandisse de sa stature d'homme, qu'il marche devant nous pour nous tracer le chemin de la paix.
Il faut que nous ouvrions nos oreilles à sa parole, lorsqu'il nous dit d'aimer comme il nous aime, lorsqu'il nous dit de pardonner comme Dieu pardonne nos refus les plus obscurs. Il faut que nous le suivions, que nous marchions derrière lui, pour travailler avec lui à la délivrance de tous nos frères.
Il faut qu'à notre tour, comme Marie, nous croyions que Dieu peut accomplir ce qui nous paraît impossible : par ce Fils, Dieu nous donne la vie plus forte que la mort et fait de nous ses enfants, car Il nous aime et nous donne le pouvoir de l'aimer et de nous aimer les uns les autres, comme il nous aime.
Bon Noël à tous.

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