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23 octobre 1977; Lecture : Isaïe 60,1-6; Romains 10,9-18; Matthieu 28,16-20.
Les Missions, Dimanche des missions
Vision universaliste du Règne de Dieu

Dans le monde, il n’y a plus que ténèbres et confusion. Il suffit d’observer le contexte de notre patrie quand s’éteint la Lumière de Dieu. Qu’est-ce qui reste? Séquestrations, haines, tortures, violences et ce triste panorama, quand Dieu ne visite plus Jérusalem. C’est ce que nous pouvons dire de tous les peuples lorsqu’ils sont abandonnés par Dieu, parce que les hommes ne se sont pas montrés dignes de sa Présence. Tout devient confus, ténèbres, peur et terreur. Il est nécessaire que Dieu vienne les illuminer. C’est cela, la mission. Mission est un mot d’origine latine qui signifie envoie (mittere, envoyer) parce que c’est l’envoi de Dieu à son Fils.

Et quand son Fils envoyé a racheté le monde et lui a enseigné sa doctrine, Il retourne au Père, et depuis là, le Père et le Fils nous envoient l’Esprit Saint. De sorte que l’Église est le produit d’un double envoi, d’une double mission qui trouve son origine dans le cœur de Dieu, l’envoi de son Verbe fait chair, Jésus-Christ, notre Rédempteur que Dieu a voulu comme tête du genre humain.
« Quand Je serai élevé, tout sera attiré à moi, » dit le Christ. Et quand Il termine son labeur pastoral avec un petit groupe en Terre Sainte, Il s’en va mais Il leur dit (cf. Mt 28,16-20) : « Je vous enverrai l’Esprit qui vous enseignera la vérité et vous conduira par tous les chemins du monde. Ainsi comme mon Père m’a envoyé ainsi je vous envoie avec la force de mon Esprit. Allez donc, par le monde entier, par tous les chemins, par tous les temps et enseignez à tous les hommes ce que Je vous ai enseigné et enseignez-leur à garder aussi les préceptes que je vous ai enseignés. Celui qui les acceptera se sauvera et celui qui ne les acceptera pas se condamnera. »

C’est cela, la grande mission : l’Envoyé du Père c’est le Fils et l’Envoyé du Père et du Fils, c’est l’Esprit Saint comme l’Église est l’envoyée du Christ. « Ainsi comme mon Père m’a envoyé, Je vous envoie ». Missionnaires, envoyés. 23/10/77, p.289, I-II.

Qu’est-ce qui s’est alors produit dans le monde? Il commence à sentir une lumière comme celle qu’Isaïe (60,1-6) prophétisa. Les ténèbres n’existent plus. Les peuples qui accepteront cette lumière du Christ vont se sentir frères. Dans le message de Paul VI sur l’évangélisation des peuples dans le monde actuel, il dit : « Quelques hommes acceptent ce message du Christ; ils s’unissent en communauté et ils se sentent inquiets pour apporter ce même message à tous. »

J’ai le bonheur d’être le missionnaire de cette communauté, mais vous, en recevant ce message, vous ne devez pas le garder uniquement pour vous, égoïstement dans votre cœur, dans votre famille, dans votre communauté. Je sais que ici et ailleurs, pour m’avoir écouté à la radio, surgissent de nombreuses communautés. Lorsque j’ai fini de parler, ces communautés se mettent à analyser ce que j’ai dit, s’évangélisant en approfondissant ce message et en prenant des consignes pour apporter cette même lumière à leur canton, à leurs frères.

C’est pourquoi l’Église souffre quand elle rencontre des obstacles à cette lumière, lorsqu’on suspecte sa mission, lorsqu’on cherche à la confondre avec des messages de subversion et de révolution. Ce que nous prêchons, c’est la Lumière de Dieu dont les êtres humains ont besoin. Le subversif, le révolutionnaire, éteignent la lumière de Dieu, en ne laissant pas circuler le message du Christ, l’amour; en échange ils sèment la haine et la violence. Mais je sens une joie intime par le fait que la communauté de l’archidiocèse s’évangélise, qu’elle reçoit le don du Fils, de l’Esprit Saint au travers de son Église qui continue de lui parler. L’Église n’est pas une colonisatrice. L’Église est inspiratrice des valeurs qui existent sous toutes les latitudes de la Terre. 23/10/77, p.290, I-II.

Ah, si les gouvernements comprenaient que l’Église ne vient pas leur faire une compétition politique, pour leur enlever leurs paysans, leurs gens. En aucune manière elle vient pour nuire à son pouvoir politique, à son pouvoir sociologique, à toutes ses techniques; elle ne vient pas lui enlever ses compétences, mais elle vient leur donner un sens chrétien pour que tous soient meilleurs, les gouvernants comme les gouvernés. Parce que, par le message de l’Évangile, l’Église prêche la véritable paix, la véritable justice, celle qu’on ne veut pas entendre; et c’est pour cela qu’on calomnie l’Église – comme on calomnia le Christ – non parce qu’Il prêchait la subversion mais parce qu’Il voulait un ordre meilleur et plus juste. L’Église ne fait pas autre chose dans ces missions que de valoriser l’humain. 23/10/77, p.291, I-II.

2) La conversion du cœur

Mais dans la seconde lecture, saint Paul dit aux Romains (10,9-18) qu’il ne sert à rien de leur enseigner si les cœurs ne se convertissent pas. Saint Paul écrit dans le contexte où a été entendue cette prédication. Nous dirions qu’il prêche à la nation salvadorienne où tous l’ont entendu. « N’auraient-ils pas entendu? » dit saint Paul (10,18) : « Et pourtant leur voix a retenti par toute la Terre et leur parole jusqu’aux extrémités du monde. » Mais ce qui se produit c’est qu’ils ne veulent pas croire dans leur cœur. C’est pourquoi l’organisation de structures extérieures ne suffisent pas nous dit Medellín.

Tant que ce continent ne pourra pas compter sur des hommes nouveaux, nous n’aurons pas un ordre nouveau. Il est nécessaire de croire, nous dit saint Paul, parce que c’est seulement la foi en Dieu qui sauve. La libération que l’Église enseigne se fonde sur cette foi en Dieu. Les hommes ne vont pas vous apporter la libération. Détrompons-nous. La libération ne peut venir que de Dieu, mais elle compte sur la conversion du cœur de l’homme. Que Dieu nous offre sa Rédemption, sa Libération, un monde meilleur, ne sert à rien si ceux qui sont chargés de construire ce monde sur la Terre, ne veulent pas collaborer avec ce Dieu. 23/10/77, p.291, I-II.

3) La mission de l’Église

La mission que le Christ nous apporta et l’Esprit après lui, demeure vivante aujourd’hui en 1977, malgré que vingt siècles aient passé et cela, grâce à l’Église qui est le Corps du Christ dans l’Histoire, comme j’ai intitulé ma seconde lettre pastorale. L’Église est l’envoyée du Christ aux Salvadoriens et de l’Esprit Saint aux hommes et aux femmes de tous les temps. Aujourd’hui j’aimerais savoir ce que dirait le Christ aux Salvadoriens, riches et pauvres, gouvernants et gouvernés. Nous n’avons pas à interpréter littéralement l’Évangile d’il y a vingt siècles, sinon que l’Évangile du Christ s’applique aux circonstances de chaque époque. La fidélité à cet Évangile, à cette mission, est ce qui constitue le perpétuel savoir-faire de la mission de l’Église. Comme vient de le dire le Pape (Paul VI), il ne s’agit pas d’apporter le message du Christ à des régions toujours plus éloignées géographiquement, sinon d’imprégner de l’Évangile du Christ, les cultures et les industries modernes des hommes d’aujourd’hui.

Qu’on apporte une inspiration chrétienne à l’éducation, à tous ceux qui vont construire ce monde. Faisons en sorte que ce ne soit plus l’ancienne civilisation de l’avoir qui prévale. L’homme d’aujourd’hui ne vaut pas par ce qu’il possède mais par ce qu’il est. Et l’homme est, dans la mesure où il est chrétien; parce que tout homme se réalise dans la mesure où il le fait selon le modèle du Fils de l’homme, le Christ Notre Seigneur. 23/10/77, p.293, I-II.


Trente-et-unième dimanche du temps ordinaire; 30 octobre 1977; Lectures : Sagesse 11,23-12,2; II Thessaloniciens 1,11-2,2; Luc 19,1-10.
Les Signes des temps
En plus de la lecture de la Bible qui est la Parole de Dieu, un chrétien fidèle à cette Parole doit lire aussi les signes des temps, les événements, pour les éclairer de cette Parole.

La politique ne m’importe pas. Ce qui m’importe c’est que le pasteur qui vit où est la souffrance,( et j’y ai été, je me suis rendu présent dans tous les lieux où il y a de la douleur et de la souffrance,) que le pasteur, oui, apporte la Parole de la consolation à ceux qui souffrent; qu’il soit là pour exprimer nos condoléances à la famille qui souffre comme je l’ai exprimé également à la famille de la vendeuse qui mourut au cours de ces événements sanglants; j’envoie également ces condoléances aujourd’hui aux familles des policiers décédés. Pour l’Église il n’existe pas de catégories distinctes. Il n’existe que la souffrance et elle se doit exprimer cette douleur peu importe où elle se rencontre. Comme j’ai été auprès de la famille du ministre Borgonovo, comme j’ai été auprès de la douleur des paysans, je pense que c’est la voix de l’Église, une parole de condoléances dans la douleur. Je voudrais qu’elle soit également une parole de dénonciation du crime. Quand se terminera cette vague de sang et de tourments pour notre patrie?

Je voudrais aussi que ma parole soit, en ces funérailles, une parole d’appui aux justes revendications de notre peuple. Les justes revendications, dis-je. Quel péché y a-t-il à ce qu’un pauvre cueilleur de café, de canne à sucre ou de coton, demande, avec la faim au ventre, huit cuillères de soupe, un œuf, un repas qui prolonge à peine les énergies qu’il dépense pour aider à faire ces cueillettes qui rendent le pays heureux et qui sont l’œuvre de Dieu, pour le bonheur de tous?

Ainsi, comme ce télégramme d’un planteur de cannes à sucre qui me fit souffrir et qui dit : « L’archevêque ignore ce que nous devons dépenser. C’est pourquoi il réclame pour les travailleurs. » Je reconnais que ce n’est pas en tant que technicien que je parle, que je ne sais pas ce qu’il en coûte, ni combien les travailleurs doivent être rémunérés. Mais comme pasteur, au nom de Dieu qui a créé les choses, je dis aux propriétaires terriens, à ceux qui travaillent et aux gouvernements d’être justes, d’écouter la clameur du peuple. Ce n’est ni par le sang, ni par la violence que nous allons changer les conditions économiques, sociales et politiques qui doivent être analysées, pour qu’il n’y ait plus de semaines de tragédies et de douleurs. Il est nécessaire qu’on s’entende à temps.

Cela fait déjà trop longtemps que le peuple attend et je crois qu’il est juste d’étudier le problème à fond avec des techniciens. Il faut éviter de dilapider les fonds de l’État, éviter de donner une autre destinée aux produits de notre terre; il faut les employer pour ce pourquoi Dieu les a créés, pour le bien-être de toute la communauté, avec la justice et le respect à la propriété privée et à tout ce que l’Église défend également. Que ce soit toujours comme saint Paul (II Tes 1,11-2,2) le dit : « Pour sauver du péché la création qui gémit dans l’attente de la libération des fils de Dieu. »

L’Église ne peut taire ici une parole d’espérance, une parole de l’au-delà. La lutte revendicatrice des droits à la terre ne doit pas oublier qu’il y a un Dieu qui juge et qu’il y a une mort qui nous situe par-delà l’Histoire; qu’il existe un ciel et un enfer; qu’il existe une justice de Dieu, ce qu’on appelle la vision eschatologique de l’Église. Je voudrais semer en ces heures de tragédie, de sang, de douleur, cette vision d’espérance, de l’au-delà, non comme un opium du peuple, comme l’affirme le communisme en critiquant l’Église, mais comme un stimulant pour que, sur cette Terre, nous soyons plus justes. Nous devons savoir que Dieu va demander des comptes aux uns et aux autres. C’est de cette espérance que je voudrais remplir le cœur de ceux qui ont été victimes de la violence en ces jours. 30/10/77, p.295-297, I-II.


01 novembre 1977; Lectures : Apocalypse 7,2-4.9-14; I Jean 3,1-3; Matthieu 5,10-12a.
Les Chemins des Béatitudes, La Toussaint
Je viens pour vous dire le message clair de l’Église, en cette atmosphère où la persécution, l’outrage et la grossièreté des uns envers les autres sont marqués de sang et d’humiliation. Ne confondez pas ce langage, ce message d’espoir et de foi de l’Église avec le discours subversif, avec le langage politique de la mauvaise foi de ceux qui luttent pour le pouvoir, de ceux qui se disputent les richesses de la Terre en oubliant les espérances du Ciel, de ceux qui ont mis leurs illusions dans leurs propriétés, dans leurs capitaux, dans leur pouvoir. Frères, il ne faut pas confondre le message de l’Église avec ces idolâtries. Ces idolâtres et ceux qui les servent, n’ont rien à craindre de ce message clair et limpide que l’Église prêche.

Aucun autre jour, que ce 1er novembre, Jour de la Toussaint et veille du Jour des Défunts, ne m’apparaît plus opportun pour vous dire ce clair message de l’Église, pour vous rappeler la fin de la vie humaine : tout se termine, et seule demeure la joie d’avoir été fidèle à la Loi du Seigneur, d’avoir aimé son prochain, de s’être donné pour lui, en générosité, en amour, en service, et de ne pas s’être servi de la vie pour offenser la dignité et les droits de l’homme, afin qu’à l’heure de notre mort nous puissions nous présenter devant le tribunal de Dieu et recevoir de ces lèvres divines et infaillibles, l’accueil que nous nous serons mérité.

« Venez à Moi, bénis de mon Père, possédez le Royaume des Cieux, parce que vous avez été charitables, parce que vous n’avez pas été grossiers, parce que tout ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à Moi que vous l’avez fait. C’est Moi que vous avez frappé quand vous torturiez, c’est Moi que vous avez tué quand vous commettiez ce crime, c’est Moi aussi que vous avez servi avec amour quand vous me défendiez en vous exposant pour Moi, quand vous enseigniez le catéchisme aux enfants, quand vous avez soigné les malades, quand vous avez donné aux nécessiteux par amour. Tu te trompais en croyant que tu faisais autre chose. C’est Moi que tu servais.

C’est le langage clair de l’Église, s’il vous plait, ne le confondez pas. Je voudrais vous dire, frères, en ce Jour des Défunts, le langage sublime dont nous parle le père Grande, don Manuel Solorzano et l’enfant Nelson Rutilio Remus depuis leur tombeau. Quel est leur message? Il est que tout se termine; le temporel se termine dans la tombe, le temporel… Mais c’est alors que débute l’éternel. Mais ce dernier doit être recueilli également dans le temporel. Dans les choses de la Terre, nous devons savoir reconnaître que dès ici, sur Terre, commence le Règne des Cieux. 01/11/77, p.300, I-II.

La Libération que prêche l’Église

Je me souviens très bien qu’aux funérailles du père Grande, en citant les pensées de Paul VI dans son exhortation Evangelii Nuntiandi, d’avoir dit que les hommes comme ceux-ci, sont ceux que l’Église offre en modèle pour la libération du monde actuel; que le monde doit lutter pour cette libération des esclavages et surtout du péché. Cette libération que l’Église annonce possède trois caractéristiques que je retrouve chez le père Grande et chez les libérateurs authentiques qui, comme celui-ci, s’impliquent dans la lutte libératrice de notre peuple.

Plan de l’homélie :

1) Une inspiration de foi
2) Une inspiration d’amour
3) Une doctrine sociale de l’Église fondée sur les bases de sa prudence et de son action

1) Une inspiration de foi

Ces trois choses font du chrétien d’aujourd’hui le véritable libérateur de son peuple, en autant que sa lutte s’éclaire de la foi. Qu’est-ce d’autre que ce jour de la Toussaint? Une foi qui s’ouvre à l’horizon où se donnent ceux qui luttent proprement, illuminés par la foi, pour faire un peuple plus digne, pour libérer l’homme des esclavages, de l’analphabétisme, de la faim, de la misère où vit la majorité de notre peuple. L’Église ne peut demeurer indifférente à tant de douleurs, à tant d’injustices et à cette lutte. Mais elle doit garder ses yeux centrés sur la foi. C’est uniquement à partir des Béatitudes, de l’espérance de ce Ciel, illuminés par la foi, que les chrétiens véritables collaboreront au message authentique de l’Église. Puisse Dieu, frères, faire en sorte que vous ne vous laissiez pas confondre par ces autres idéologies, par l’athéisme, par une lutte terrestre qui ne consiste qu’à acquérir des pouvoirs politiques. Que votre lutte mette surtout son espérance dans la grande récompense que le Christ nous a révélée aujourd’hui (cf. Mt 5,10-12a) : Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent maintenant dans la faim, la pauvreté, la misère, l’exclusion, parce qu’ils seront consolés. Heureux les libérateurs qui ne mettent pas leur force dans les armes, dans les séquestrations, dans la violence ou dans l’argent, mais qui savent que la libération vient de Dieu, vient de la conjugaison merveilleuse du pouvoir libérateur de Dieu et de l’effort chrétien des êtres humains. Qu’ils se convertissent, qu’ils n’adorent plus l’idole de la richesse, ni le pouvoir politique car ils sont capables de tout pour le maintenir. Qu’ils se convertissent pour qu’ensemble, unis aux travailleurs, aux pauvres, pauvres et riches, patrons et ouvriers, propriétaires et paysans, nous construisions ce monde nouveau d’espoir chrétien. 01/11/77, p.302, I-II.

2) Une inspiration d’amour

Et bientôt nous aurons, frères, non seulement la lumière de la foi mais aussi l’inspiration de l’Amour. Le véritable libérateur chrétien, celui qui jouira un jour de la patrie du Ciel, sera celui qui lutte sur Terre avec la puissance de la justice, avec l’inspiration de l’amour. Ne haïssez point, ne tuez pas, ne faites pas le mal, mais aimez et espérez en ce Dieu qui est le Dieu de l’amour et qui entend la clameur de son peuple. Son heure viendra pour donner à ce monde l’amour qui lui fait tant défaut. Depuis la tombe du père Grande, nous élevons au Ciel cette requête : Seigneur envoie ton Amour à cette Terre. Toi qui apportas le feu pour qu’il enflamme le cœur des hommes, vois combien il y a de matérialisme, combien il y a d’égoïsme, combien existe l’envie. Seigneur que ton amour brûle toutes ces ordures qui existent dans le cœur humain; sanctifie-nous parce que la sainteté que nous célébrons en ce moment, Jour de la Toussaint, est compatible avec le travail de chacun dans son propre devoir, dans sa propre vocation : moi comme évêque, les autres comme prêtres, comme religieuses, comme catéchistes, journaliers, travailleurs; ce qui fait en sorte que chacun réalise sa tâche d’amour en servant son prochain par amour de Dieu. 01/11/77, p.303, I-II.

3) Une doctrine sociale de l’Église fondée sur les bases de sa prudence et de son action

Mais aussi, en plus de cette inspiration de foi et d’amour, il doit connaître la doctrine sociale de l’Église. L’archidiocèse a publié un feuillet dans lequel sont contenues les orientations sociales à la lumière du magistère des pontifes et de l’Évangile. Je le recommande, surtout à ceux qui se préoccupent des problèmes sociaux. Étudiez la doctrine sociale de l’Église et voyez comme elle sait conjuguer le respect des droits et aussi, les exigences des devoirs.

Maintenant, frères, personne ne se sanctifie s’il n’entre pas dans ces exigences de l’Évangile à l’heure actuelle. C’est pourquoi, ne craignez pas les conservateurs, surtout ceux qui ne veulent pas entendre parler de la question sociale, des thèmes épineux dont le monde d’aujourd’hui a besoin. Ne craignez pas ceux qui disent qu’en parlant de ces choses nous devenons communistes ou subversifs. Nous ne sommes que des chrétiens qui extrayons de l’Évangile les solutions qui conviennent aux problèmes, qu’aujourd’hui, en cette heure, l’humanité et notre peuple ont besoin. C’est par là que nous marchons; par la pauvreté en esprit, par la lutte pour la justice, par les artisans de paix. Les chemins des Béatitudes sont aujourd’hui des chemins très dangereux et c’est pour cela qu’il y a peu de gens qui s’y aventurent. N’ayons pas peur. Poursuivons ce chemin qui, un jour, nous amènera à notre mort. Que les saints en ce Ciel prient pour nous, pour que nous participions à la gloire du Christ Ressuscité.

Célébrons cette Eucharistie. L’Église de El Paisnal s’est convertie ce matin en une cathédrale, parce que la cathédrale est là où est l’évêque qui est le centre de l’unité de tout le diocèse. Là où il élève l’hostie et le calice qui sont le Christ, signe de l’unité de tout un peuple et de tout l’archidiocèse pour demander à Dieu, qu’en échange du sacrifice de ce Christ sur l’autel, auquel s’unissent tous les sacrifices de tous ceux qui travaillent pour le Règne de Dieu, Il nous bénisse et nous sanctifie de cette sainteté moderne des chrétiens engagés dans les problèmes actuels. Les heures difficiles importent peu, parce que, pour nous également, si nous sommes fidèles, sonnera la voix de l’Apocalypse, que nous venons de chanter comme liturgie de la Parole (7,14) : « Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve : ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. 01/11/77, p.303-304, I-II.


Trente-deuxième dimanche du temps ordinaire; 6 novembre 1977; Lectures : II Maccabées 7,1-2)9-14; Corinthiens 2,15-3,5; Luc 20,27-38.
L’Église eschatologique
La parole « eschatologique » signifie la science des choses ultimes; elle évoque que l’Église indique à l’être humain, au peuple, les choses dernières ou ultimes, sa destinée. Vers où est-ce que je marche, en tant qu’homme, en tant que patrie, que communauté. L’eschatologique constitue dans la théologie actuelle un des thèmes les plus importants. Et, je dirai, frères, que l’eschatologie, cette science, ce savoir, cette expérience, cette espérance des choses dernières que le chrétien porte en lui, donne à notre Église une dynamique très originale, une dynamique d’espérance qui ne peut naître que d’une très grande foi. […]

S’il n’existe rien d’autre que le Christ, nous avons l’obligation de nous unir dans son message, tuant en nous l’égoïsme, une manière personnelle de penser, pour présenter la foi unique, dans le Christ, formant le seul troupeau qui sauvera le monde entier. Ainsi également, si cette perspective universelle nous est nécessaire pour nous unir davantage, je crois que l’autre dynamique, que l’autre force qui puisse nous unir intimement, c’est cette perspective eschatologique. Nous savons que nous marchons tous vers la même destinée, que nous sommes tous les passagers d’un même navire, qu’un même phare nous illumine de sa lumière qui attire notre embarcation au travers des tempêtes du temps et de la vie.
L’eschatologie est comme une boussole posée sur notre navire pour que nous puissions voir si nous naviguons dans la bonne direction et c’est pourquoi ces lectures nous parlent de cet au-delà, nous parlent de la Résurrection. 06/11/77, p.308-309, I-II.

La Résurrection

Lisez le chapitre sept du Second Livre des Maccabées. Vous avez une théologie du martyre, une théologie dont notre peuple a bien besoin aujourd’hui. La théologie du témoignage fidèle à la Loi de Dieu avant d’obéir à ceux qui profanent la Loi du Seigneur, les droits du Seigneur. Si nous retirons de ce texte, l’ensemble des réponses des sept fils – certains étaient plus âgés que les autres, nous arrivons à la conclusion que dans la pensée d’Israël, cette idée primait : à savoir : qu’il faut obéir à la loi de Dieu, même lorsque cela suppose le risque de mourir. Quel principe plus valeureux! Mais il était associé à une grande espérance contenue dans ce second principe : celui qu’ils auront mutilé, auquel ils coupèrent la langue, les bras et qu’ils dépecèrent, sera ressuscité par la loi de Dieu avec tous ses membres et cette vie, où on lui enlève les pouvoirs de la Terre, lui sera rendue, glorifiée par le Seigneur. Les bourreaux aussi ressusciteront, dit la Bible, mais non pas pour recevoir la gloire, mais le châtiment mérité, l’ignominie, s’ils ne se repentent pas de leur péché.

Cette théologie nous conduit également à cette réflexion : ce n’est pas que les martyrs soient des saints et les autres les mauvais. Les Maccabées disent ceci également (2 M 7,18-19) : « Ne te fais pas de vaine illusion; c’est à cause de nous-mêmes que nous souffrons cela, ayant péché envers notre propre Dieu. Mais toi, ne t’imagine pas que tu seras impuni après avoir entrepris de faire la guerre à Dieu. » Dieu punit les péchés de ses fils au moyen des fouets; mais tandis que ses fils, châtiés par la Providence de Dieu, recevront la gloire et les récompenses pour leur correction, ceux qui servirent des fouets aux fils de Dieu, s’ils ne se sont pas repentis de leurs crimes, seront jetés à l’ignominie éternelle. 06/11/77, p.310, I-II.

Le Christ et la Résurrection

Quelle théologie plus belle! C’est celle que nous allons expliquer dans l’Évangile (Lc 20,27-38) qui nous présente ce curieux exemple des sept maris. Toutes ces lois temporelles du mariage. Le mariage lui-même possède un sens relatif à l’histoire, un sens temporel. Il est nécessaire cependant que l’homme et la femme aient des enfants sur cette Terre où il est nécessaire de conserver le genre humain, mais dans la résurrection où ils seront immortels, les relations sexuelles n’entreront plus en considération. Le mariage n’existera pas. Tous seront comme des anges de Dieu. Naturellement, les corps ressuscités existeront avec tous leurs membres, mais la raison des fonctions de ces membres corporels, se transformera. Lisez vous-mêmes ces chapitres de saint Paul aux Corinthiens (2,15-3,5) où il leur dit que c’est une chose le corps qui meurt et que l’on enterre, et une autre, le corps qui ressuscite pour la vie éternelle; c’est un corps spirituel. Dans le ciel, la nécessité sexuelle de la chair qu’exigent les lois de la procréation, n’existera plus. Il n’y aura plus de nécessité.

Nous allons ici tirer une belle conséquence de cela. Cette homélie nous donne l’opportunité de voir les aberrations de ceux qui abusent des plaisirs sexuels : la contraception, l’homosexualité, les relations pré- maritales, l’avortement, la prostitution; tout cela c’est mettre uniquement ses fonctions corporelles au service du plaisir, de l’égoïsme. Toutes ces choses, Dieu nous les a données pour des fins très grandes. C’est ici qu’apparaît l’eschatologique, la finalité de toutes choses. Si devant les relations humaines nous pensions toujours à la finalité de notre existence, le désordre de l’explosion démographique n’existerait pas parce que ce n’est pas à l’intérieur du mariage qu’il se produit, sinon, précisément, à l’extérieur de celui-ci.

Le machisme, l’homme qui fait et abandonne des enfants un peu partout, c’est ce qui est responsable de l’explosion démographique au Salvador. Si le mariage était ordonné, si tout le pays avait des familles ordonnées, nous ne connaîtrions pas ce phénomène terrible des enfants sans père, enfants qui ne sont que le fruit du plaisir d’un moment de relation sexuelle. 06/11/77, p.310-311, I-II.

Le temporel et l’éternel

Si nous tenions compte de la relativité du temporel, ceux qui sont au pouvoir n’en abuseraient pas, mais ils en useraient pour le bien commun. Nous prendrions conscience qu’il existe un jugement de Dieu qui va demander des comptes aux gouvernants et aux gouvernés sur l’usage de leurs facultés. Et si nous savions à quel point le veau d’or n’est rien d’autre qu’une idole qui va disparaître! Et lorsque nous mourrons, nous nous en irons les mains vides de tous ces biens temporels. Si nous tenions compte de l’eschatologie dans notre usage de l’argent, dans les relations entre patrons et ouvriers, dans le traitement des cueilleurs, si l’eschatologie éclairait toutes ces relations, comme apparaîtraient relatives toutes ces choses temporelles!

L’argent, les plaisirs, le pouvoir sont relatifs. Le mariage lui-même, qui semble si stable, est relatif comme l’est le célibat sacerdotal et religieux. Si nous, les prêtres, avons accepté de renoncer au mariage, nous nous devons de demeurer fidèles parce qu’il faut rendre témoignage, au milieu des gens mariés, de la valeur relative des relations sexuelles. Les hommes et les femmes célibataires, ceux qui ne se marient pas et qui vivent leur célibat dans la chasteté, rendent déjà témoignage de ce que sera l’Autre Vie. Nous serons comme des anges nous dit le Christ dans l’Évangile d’aujourd’hui (Lc 20,27-38). Ils ne mourront pas, ils seront éternels. Ils n’auront plus besoin des choses de la chair.

Puisse Dieu, frères, faire en sorte que vous m’ayez compris afin qu’un souffle de spiritualité soit la meilleure réponse à tant de problèmes que vivent ceux qui ont fait du sexe le centre de leur vie, le centre de leurs préoccupations. Ce n’est pas le sexe qui est le principal dans le mariage. C’est la formation mutuelle où l’on se prépare à être un jour des anges dans le Ciel, en se sanctifiant , époux, épouses et enfants, dans l’utilisation chaste et honnête, et selon la Loi de Dieu, de cette institution qui se nomme le mariage. C’est pourquoi, frères, comme centre de cette eschatologie, saint Paul dans son épître aux Thessaloniciens, pose le Christ, Notre Seigneur, comme l’explication du christianisme. 06/11/77, p.311-312, I-II.

La Personne du Christ

Le christianisme n’est pas un ensemble de vérités dans lesquelles il faut croire, de lois qu’il faut accomplir, d’interdictions. Le résultat de ceci serait très répugnant. Le christianisme est une personne, qui m’a tant aimé, qu’Il réclame mon amour. Le christianisme c’est le Christ. À la lumière du Christ, comme le mariage s’élève chastement! À la lumière du Christ, comme se comprend l’eschatologie! Un Frère plus grand m’attend; plus encore, Il marche déjà avec moi. Parce que nous parlons d’eschatologie, j’aimerais graver cette autre idée dans votre esprit : l’eschatologie n’est pas seulement ce que nous espérons, c’est ce que nous avons déjà quand nous avons la foi du Christ dans le cœur. N’attendons pas de mourir pour être heureux. Nous sommes déjà heureux lorsque nous possédons le Règne de Dieu pour donner à l’Histoire son sens ultime. Le sens final de l’Histoire, le sens relatif de toutes les choses, c’est le Christ qui nous le donne. Instaurez toutes choses en Jésus-Christ. Seul celui qui est déjà attaché au Christ, peut être eschatologique. Le jeune, le couple, l’ancien, le malade, celui qui accomplit son devoir ou souffre une peine, s’il le vit uni intimement au Christ, Roi des Siècles, est déjà dans l’eschatologie. C’est pour cela que dans l’Église, est classique ce mouvement qui s’exprime par ces paroles, comme le pendule d’une horloge : « Toujours, jamais, déjà mais pas encore. »

C’est cela, le christianisme. C’est pourquoi nous devons vivre déjà comme si nous étions au Ciel; mais pas encore, parce que, ce que nous sommes n’a pas encore été manifesté. Par ailleurs, nous sentons déjà que notre engagement avec ce Christ s’incarne dans ce peuple que nous devons servir et pour qui nous devons donner notre vie, même si nous ne voyons pas encore la gloire que nous portons cachée en nous. Tous ceux qui sont actuellement dans la grâce de Dieu et qui vont s’approcher pour recevoir la communion, vivent déjà dans le Règne de Dieu; mais cela ne se voit pas encore; mais cela est déjà présent dans leur cœur. C’est ce que nous appelons l’eschatologie présente. Celle-ci possède deux moments : un présent et un futur. Le présent, c’est ce que vivent les gens de foi, d’espérance. Dans l’exclusion, dans la pauvreté, dans l’humiliation, dans la torture, l’homme vit déjà ce Ciel, cette espérance. Et si je meurs ici, ce n’est rien d’autre que le vase de terre qui s’est brisé pour laisser entrer la splendide lumière qui illumine toute ma vie.

Frères, vivons cette eschatologie. Vivons dès maintenant dans le Règne des cieux. Et ce dernier sera notre force de sorte que nous voudrons l’imprimer profondément dans le cœur de tous. Ne désespérons pas, ne cherchons pas des solutions de violence, ne haïssons pas, ne tuons pas. Je vous ai dit quel est le langage de ma prédication. Un langage qui veut semer l’espérance, qui dénonce, oui, les injustices de la Terre, les abus du pouvoir, mais jamais avec la haine, mais avec amour, appelant à la conversion, pour que tous vivent déjà ce moment eschatologique qui est l’âme et l’essence de cette Église, animée par l’Esprit de Dieu, qui vit et qui règne pour les siècles des siècles. 06/11/77, p.312-313, I-II.


Trente-troisième dimanche du temps ordinaire; 13 novembre 1977 : Lectures : Malachie 4,1-2a; II Thessaloniciens 3,7-12; Luc 21,5-19.
La Perspective éternelle
Journée de la Paix

Paul VI nous dit : « La violence peut provenir de personnes ou de groupes dédiés à une frénésie de domination (le pouvoir) ou à une frénésie de consommation (l’avoir) - la soif de posséder, la convoitise, l’avarice - frénésies qui tendent indubitablement à limiter ou à supprimer la vie des autres personnes ou des sociétés humaines (racisme, génocide) et inclusivement l’imposition par la force d’une structure politique ou économique injuste et discriminatoire. »

Ce sont là les paroles du Saint-Siège. Ce ne sont pas des paroles démagogiques de l’évêque de San Salvador. Ce ne sont pas des paroles subversives des évêques du continent réunis à Medellín. Ce que firent les évêques à Medellín, ce fut de donner un nom à ce que vient de décrire la parole du Saint-Siège. Les évêques à Medellín dirent : « Il existe une injustice, une violence institutionnalisée, une soif, une frénésie pour le pouvoir, une frénésie de maintenir le pouvoir, de maintenir l’économie, et ils sont capables, dans leur soif pour se maintenir, d’outrager des vies et la société entière. » C’est cette violence que l’on nomme la violence institutionnalisée. Contre cette violence il n’est pas surprenant que surgisse la violence insurrectionnelle, et ce qu’affirme le Vatican dans son communiqué : « La violence peut se caractériser aussi par la manière de réagir de ceux qui sont ou se croient opprimés, et dont l’aspiration à la vie et la justice en arrive à exploser. Violence des faibles, de ceux qui sont privés des droits les plus fondamentaux. » Deux formes de violence existent : celle qui opprime d’en haut, politiquement et économiquement, et celle qui réagit contre cette violence. « Ces deux aspects, poursuit le Vatican, peuvent être difficiles à distinguer car l’injustice peut être réciproque. » Dans les deux cas, il peut y avoir de l’injustice.

« Évidemment, dans le premier cas, l’injustice qui existe en est une d’oppression, de répression, de vouloir posséder plus, de vouloir être puissant, au prix de la répression des plus faibles. « évidemment, dans le premier cas cela vaut, mais dans le second, c’est souvent le cas également. » Jamais je ne défendrai, ni aucun catholique ne peut défendre la violence injuste, même si cela provient du plus opprimé. Il existera toujours une injustice si nous transgressons la Loi de Dieu. Et le communiqué se termine en disant : « Le péché s’introduit et il tend à mettre des notes diaboliques dans les relations de personnes en conflit : haine, trahison, cruauté, torture, négligence envers les innocents, représailles. » Dans les deux violences, le démon introduit le péché. Et si l’Église parle contre l’une et l’autre, ce n’est pas parce qu’elle est du côté des riches ou des pauvres, des puissants et des faibles. Elle est du côté du Christ, qui lutte contre le péché, peu importe où se trouve le péché, que ce soit dans le pouvoir, dans la richesse ou également chez les pauvres opprimés. Le péché est contre Dieu, et la violence qui se souille du péché est une violence que l’Église ne peut tolérer. 13/11/77, p.315-316, I-II.

Nécessité du dialogue

Tous ceux qui ont dit que j’incite à la violence, jusqu’à encourager à tuer des gens, sont des calomniateurs, et j’ai le droit de les amener devant les tribunaux pour calomnies; chose que, s’il est nécessaire, je ferai.

Cela coïncide avec cette pensée de Léon XIII dans Rerum Novarum. Sans aucun doute, nous affirmons que tous les efforts que les humains font seraient vains s’ils n’écoutent pas l’Église, et cela pour quatre raisons : « L’Église est celle qui tire de l’Évangile la doctrine nécessaire pour régler les contentieux ou à tout le moins, pour leur enlever toute aspérité et les rendre ainsi plus doux. » C’est la première raison pour laquelle l’Église doit être présente dans ces situations de conflits, parce qu’elle est celle qui porte l’Évangile et à partir de celui-ci, elle sort les raisons qui peuvent régler ou atténuer les conflits, afin qu’ils ne se terminent pas en violence ou en haine.

Seconde raison : Parce que l’Église « travaille non seulement à instruire l’entendement, mais à diriger par ses préceptes, la vie et les coutumes de tous et de chacun. » Le ministre, les ouvriers, les paysans, nous tous, si nous sommes vraiment des catholiques ou des croyants en Jésus-Christ, à tout le moins, nous savons qu’il existe une idéologie et une morale auxquelles nous devons obéir individuellement et collectivement. Et l’Église est celle qui enseigne cette doctrine et cette morale.

Troisième raison : « L’Église fait la promotion, dans plusieurs institutions indispensables, de l’amélioration de la situation des prolétaires. » Si nous avions le temps ici, nous ferions une grande liste des œuvres que l’Église réalise dans les quartiers populaires, parmi les pauvres, chez les ouvriers et les paysans. C’est la gloire de l’Église d’être présente à cette promotion humaine. Et c’est précisément pour cela qu’on la critique et la calomnie et que circule autant de désinformation sur son compte. Mais, mes frères, je suis très fier d’appartenir à cette Église qui est en train d’éveiller la conscience paysanne et ouvrière, non pour en faire des subversifs (nous avons déjà dit que la violence pécheresse n’est pas bonne), mais pour que le peuple sache être le sujet de son propre destin, qu’il ne soit plus une masse endormie. Que ce soit des hommes et des femmes qui sachent penser, qui sachent exiger. C’est cela, la gloire de l’Église, et en aucune manière elle n’a honte lorsqu’on cherche à la confondre avec d’autres idéologies, parce que nous voyons bien qu’il s’agit là de calomnies, qu’on veut faire de la fumée pour confondre et discréditer ce rôle promoteur de l’Église.

En quatrième lieu : « L’Église est présente parce qu’elle unit les pensées et les efforts de toutes les classes pour trouver remède aux nécessités des ouvriers, pour qu’on croie qu’on doive employer équitablement le poids de la loi et qu’on doive l’accepter et que cette loi doit être appliquée avec discernement », c’est-à-dire avec justice. Que les lois ne soient pas seulement les porte-parole d’une classe dirigeante qui n’entend pas le travailleur, mais qu’elles écoutent l’un et l’autre. L’Église dit que les lois justes proviennent de Dieu et pour qu’elles soient observées par les travailleurs et par les patrons, elles doivent correspondre à la définition de saint Thomas d’Aquin : « C’est une ordonnance de la raison de celui qui détient le pouvoir en fonction du bien commun. » Tant qu’une loi ne remplit pas ces conditions, elle n’est pas une loi, c’est de la partialité. 13/11/77, p.317-318, I-II.

La Perspective éternelle

Le sens eschatologique de l’Église signifie l’ultime, la finalité de l’Histoire et de l’homme vers où marche cette société. Cette finalité est irrationnelle. Comment peuvent vivre les humains sans la foi? Comment peuvent s’organiser les hommes et les femmes, seulement pour les choses de la Terre, sans posséder une finalité eschatologique? C’est pourquoi l’Église parle dans les conflits. C’est pourquoi elle a une parole efficace dans les situations les plus difficiles de la Terre, parce qu’elle ne perd jamais de vue sa perspective éternelle. Pourquoi ont été créés les hommes? Pourquoi s’organisent les pays? Pourquoi s’organisent les communautés? C’est pourquoi Paul VI, parlant de la libération de l’homme, appelle les libérateurs à ne pas perdre de vue cette perspective eschatologique, parce que c’est elle qui donne force et originalité à la participation de l’Église au sein des forces libératrices.

C’est à partir de cette perspective que l’Église se définit. Elle ne se confond pas avec des motifs libérateurs de la Terre. C’est pourquoi il est ridicule de dire que les prêtres sont communistes. Il est ridicule de dire que les catéchistes qui prêchent la doctrine de l’Église sont devenus marxistes. À ce qui est athée, matériel, l’Église ne peut correspondre. Naturellement, à partir de la perspective terrestre, où règnent le péché et l’injustice, on peut confondre les revendications du communisme, des organisations ouvrières, des paysans et de l’Église, mais celle-ci conserve son regard toujours bien haut pour voir la fin vers laquelle est dirigée cette libération. À quoi cela servirait-il que les cueilleurs gagnent beaucoup d’argent si cela était destiné aux tavernes et aux bordels, comme cela se produit malheureusement trop souvent?

À quoi servirait-il de prêcher la promotion humaine si cette promotion ne visait qu’à avoir plus d’argent? À quoi cela servirait-il d’aller à l’université, de gagner plus, frénésie de l’avoir, comme nous en fait part le document que je vous ai lu aujourd’hui? Plusieurs n’étudient et ne travaillent que pour cela, pour avoir plus d’argent. Ils ont perdu la vision eschatologique. 13/11/77, p.319, I-II.

Le Jour du Seigneur

Aujourd’hui, la première lecture nous parle du prophète Malachie. (4,1-2a). Une Parole qui, chez les prophètes, est classique; c’est le Jour du Seigneur. Cela se passe avant l’exil à Babylone, comme un jour de châtiment : « Ce peuple abuse; il a oublié l’Alliance avec le Seigneur. Il y a des injustices. Les puissants abusent de leur pouvoir, les riches exploitent le pauvre. Le Jour du Seigneur viendra. » Et quand arriva le jour de la déportation des Israélites à Babylone, tous furent amenés : les rois puissants et le peuple; Le Jour du Seigneur était arrivé. Alors, les prophètes donnèrent un nouveau sens au Jour du Seigneur. Ce sera l’espérance du jour du retour à la Terre promise. Et Dieu, par le moyen de ses prophètes, visita le peuple opprimé, souffrant comme en Égypte ou à Babylone, semant l’espérance; et le peuple retourna à Jérusalem.

Le temple était comme le symbole de ce Dieu qui secourt dans les épreuves. Le Jour du Seigneur était un jour d’espérance; c’était un jour de justice. Il accomplit la justice. C’est ce que signifiait, au fond, l’expression biblique : « Le Jour du Seigneur viendra. » Nous ne devons pas craindre le jour de notre mort. Nous devons l’espérer comme l’espérait saint François d’Assise, si nous avons vécu avec le sens de l’exilé à Babylone, comme celui qui espérait la libération en Égypte, attendant la Rédemption éternelle de ce Christ qui ne peut mourir. C’est le Jour du Seigneur qu’annoncent les lectures d’aujourd’hui (Mal 4,1-2; 2 Tes 3,7-12; Lc 21,5-19). » 13/11/77, p.319-320, I-II.

La Seconde Venue du Christ

La Seconde Venue du Christ, c’est le Christ qui viendra juger les vivants et les morts, comme le proclame notre credo. Observez la double perspective de l’Évangile et des prophéties bibliques, en parallèle avec les faits historiques que nous vivons actuellement et qui nous font remonter au but ultime de l’Histoire, à la mort de chacun d’entre nous, à la fin de notre existence. Cela se nomme l’eschatologie. Et cette espérance du Jour du Seigneur, la théologie l’appelle la Parousie; l’espérance de la seconde venue du Christ.

Le Christ reviendra. C’est la difficulté du christianisme : vivre entre les deux venues du Christ. Il est venu humble. Il s’est fait enfant pour souffrir, pour sauver le monde. Il ressuscita et Il vit actuellement dans son Église, mais d’une manière invisible. Cette Église, comme l’épouse dont le mari est au loin, soupire pour Lui. L’Église vit cette espérance. Vous allez le dire vous-mêmes, voix de l’Église, lorsque j’élèverai l’Hostie, qui est le Christ encore caché, et vous dites : « C’est le mystère de la foi »; c’est notre espérance, ce Christ qui nous enseigne et que nous ne voyons pas. Alors le peuple proclame, comme l’épouse amoureuse, « Nous annonçons ta mort et nous proclamons ta résurrection, » c’est-à-dire, Viens Seigneur Jésus.

Viens, c’est le cri qui fait vivre l’Église. Viens, c’est l’espérance du cœur. Bienheureux ceux qui peuvent dire qu’ils espèrent, comme la comparaison suivante que fit le Christ : Un gardien qui surveille une maison la nuit, attendant que son patron revienne d’une fête, ne dort pas; il demeure aux aguets. C’est ainsi que doit être la vie chrétienne. On prêchait si intensément cette seconde venue du Christ dans les premiers temps de l’Église, que plusieurs en vinrent à penser qu’elle était toute proche; mais l’Évangile de saint Luc (21,8-9), où le Christ lui-même nous parle, nous détrompe : « Prenez garde à ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront en prenant mon nom; ils diront : « C’est moi » et « le moment est arrivé »; ne les suivez pas. Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne soyez pas effrayés. Car il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin » et, Il continue en annonçant les persécutions.

C’est cela, le difficile du christianisme : Quand viendra le Seigneur? Quand l’épouse aimée qui soupire dans l’espoir de vivre dans le bonheur auprès de son époux, va-t-elle réaliser son idéal? Pas avant que cette heure ne soit arrivée. Saint Paul dénonce cette même erreur dans la communauté de Thessalonique comme on le voit dans ses deux épîtres aux Thessaloniciens. Ce sont deux épîtres de la Bible qui contiennent la meilleure doctrine sur l’eschatologie parce que l’erreur que saint Paul tente de corriger, c’est que le retour du Seigneur n’est pas si proche qu’on le croit et qu’il existe beaucoup de tromperies. C’est ce qui l’amène à prononcer ces dures paroles (2 Tes 3,10) : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. » 13/11/77, p.320-321, I-II.

Les Devoirs Temporels

Observez ici comment l’Église, espérant son Ciel, n’oublie pas la Terre. Proclamez la nécessité du travail et du juste salaire au travailleur, parce que nous ignorons combien de temps va durer cette antichambre de cette attente, de ce Ciel. Celui qui, avec une espérance du Ciel, néglige ses devoirs temporels, dit le Concile Vatican II, offense Dieu, ne fait pas le bien à son prochain et met en danger son propre Salut. Les paresseux n’entreront pas au Ciel.

Ceux qui ne se promeuvent pas et ne travaillent pas, n’entreront pas dans ce Règne de la diligence de l’amour, parce que la première charité, c’est de ne pas être un poids pour les autres. Saint Paul disait : « Prenez exemple sur moi qui, comme apôtre, pourrait vous exiger un salaire afin de me dédier uniquement à la prédication.
Regardez, je travaille. » Saint Paul travaillait, il était tisserand. Lorsqu’il ne prêchait pas, il tissait, fabriquant des tissus pour les vendre, et avec cet argent, il se nourrissait et faisait la charité. Il n’était à la charge de personne. C’est pourquoi l’Église n’enseigne pas la subversion. Une manifestation qui n’aurait pas comme objet la revendication de choses justes, mais qui aurait simplement pour but de faire le mal, l’Église le réprouverait.

Mes frères, l’Église, en ce temps d’espérance, maintient en alerte ses chrétiens, en alerte parce que le Jour du Seigneur viendra lorsque nous nous y attendrons le moins. Nous ignorons si ce sera pour demain ou pour plus tard, dans plusieurs années ou dans plusieurs siècles. L’Évangile est rempli de ces surprises, comme le voleur qui arrive lorsqu’on ne l’attend plus, comme les vierges qui s’endormirent et quand arriva le mari, leurs lampes s’étaient éteintes. « Vigilance - leur dit le Christ - parce qu’on ignore le jour et l’heure. » Que faisons-nous pendant ce temps?

Pendant ce temps, mes frères, le travail, comme disait saint Paul. Le travail intime de chacun qui est, comme le Christ nous enseigne : « Vivre fidèle au Règne de Dieu. » Et si pour cela nous devons souffrir la persécution, qu’il est bon de nous rappeler ces paroles du Christ à l’archidiocèse de San Salvador (Lc 21,12-13) : « Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et on vous persécutera; on vous livrera, on vous mettra en prison; on vous traînera devant des rois et des gouverneurs à cause de mon nom. Cela vous donnera l’occasion de rendre témoignage. » 13/11/77, p.321-322, I-II.

La Persécution

Lorsqu’on accuse l’archevêque de prononcer des sermons subversifs, lorsqu’on a le front de dire que, par sa faute, on a tué deux policiers dans le cimetière, lorsqu’on accuse l’Église de violence, nous connaissons déjà les deux classes de violence. Les plus violents ne sont-ils pas ceux qui tentent de maintenir cette violence institutionnalisée et qui cherchent à discréditer la voix de l’Église qui n’est pas d’accord avec eux? N’utilisent-ils pas ces mêmes calomnies dont font usage ceux qui appartiennent au groupe des violents?

« J’ai enseigné publiquement, disait le Christ, demandez à ceux qui m’ont entendu ». Jamais je n’ai dit une parole de violence. Grâce à Dieu, l’Esprit du Seigneur m’aide à dire ce que je dois dire et je me sens la conscience tranquille en disant ce que je dois dire.
L’Esprit de Dieu me souffle, véritablement, comme le dit l’Évangile (Lc 21,12-13) d’aujourd’hui, les paroles qui doivent être dites. Il est naturel que l’interférence humaine, mes défauts, mes erreurs, mes limites, peuvent prêter à de fausses pensées, à des paroles peut-être dissonantes. Qu’en pensez-vous mes frères? Ayez la charité de me corriger. Dites-moi ce qu’il vous semble. Dialoguons, comme nous l’avons fait si souvent. Et grâce à Dieu, puis-je être davantage fidèle à la pensée que je dois transmettre, celle de notre Seigneur. 13/11/77, p.322-323, I-II.

Pierre d’assise

Mes frères, vous vous demandez si votre christianisme est authentique? Voilà en quoi consiste la pierre d’assise : Avec qui suis-je bien? Qui est-ce qui vous critique? Qui est-ce qui vous félicite? Vous reconnaîtrez ici ce que le Christ a dit un jour : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais la division; et il y aura des divisions jusque dans les familles, » parce que certains désirent vivre plus commodément, selon les principes de ce monde, du pouvoir et de l’argent, et d’autres, en échange, ont compris l’appel du Christ et doivent refuser tout ce qui ne peut être juste en ce monde. 13/11/77, p.323, I-II.

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