Fête de sainte Catherine d’Alexandrie, 25 novembre 1977.
L’Église persécutée
Frères, nous ne devons pas être étonnés lorsque l’on parle de l’Église persécutée. Plusieurs se scandalisent et disent que nous exagérons, qu’il n’y a pas de persécution dans l’Église … Mais c’est là sa caractéristique historique d’être sans cesse persécutée. Sa doctrine va à l’encontre de l’immoralité; elle dénonce les abus, elle enseigne toujours le bien en attaquant le mal. C’est une doctrine fondée par le Christ pour sanctifier les cœurs, pour rénover les sociétés. Et naturellement, lorsque dans cette société, en son cœur, existe le péché, qu’il y a l’égoïsme, la pourriture, l’envie et l’avarice, alors, le péché saute, comme le serpent lorsque l’on tente de l’écraser, et il persécute celui qui tente d’anéantir le mal. C’est pourquoi, lorsque l’Église est persécutée, c’est le signe qu’elle accomplit sa mission. Elle chasse le péché du monde, et naturellement, le monde se lève contre la bonté de l’Église pour la rejeter, la calomnier, la diffamer et la discréditer de la même manière que cela se passe actuellement. Vous lisez les journaux, ces espaces payés dans lesquels on insinue que l’Église est responsable du malaise actuel. La télévision, la radio… Quelle campagne plus infernale contre l’Église! C’est le péché qui surgit contre le Règne de Dieu qui essaie de s’implanter.
C’était ainsi à l’époque de Catherine d’Alexandrie, lorsque la simplicité de l’Évangile, des paraboles, enseignait la bonté des cœurs et réclamait la conversion des pécheurs. Naturellement, l’Empire romain, l’empereur Maxime, qui selon la théorie des empereurs, était un dieu vivant, voulait être adoré en tant que tel. Les chrétiens ne pouvaient adorer d’autres dieux que l’unique Dieu véritable et lorsque qu’un gouvernement, peu importe son nom - mais à cette époque il s’agissait de l’empereur Maxime - voulait être adoré, l’Église, la catholique disait : « Non. Nous n’avons qu’un unique Seigneur, un Dieu, Christ notre Seigneur. » Alors les faux dieux persécutaient ceux qui ne les adoraient pas. C’est ainsi que ces persécutions atteignirent leur sommet, que surgit cette glorieuse multitude d’hommes et de femmes qu’on nomme les martyrs.
Une de ces femmes martyres est notre patronne, chers frères d’Apopa. Sainte Catherine était sage de cette sagesse de son environnement chrétien, car profondément chrétienne, elle ne pouvait échapper à cette persécution. Elle fut amenée devant les tribunaux. Elle fut flattée, parce qu’en premier la persécution cherche à plaire, à domestiquer, et lorsque quelqu’un se soumet devant ces flatteries, il n’est plus nécessaire de le persécuter; il est déjà vaincu. C’est pourquoi, faites bien attention, chers frères, ne vous laissez pas séduire. Lorsque la flatterie vient du péché, lorsqu’il s’agit de ne pas déranger, de ne pas faire d’efforts, d’être bien, de s’installer commodément sur la Terre, cela est mal, parce qu’alors celui-là s’est également fait persécuteur.
Catherine ne se laissa pas domestiquer par les flatteries. Commença alors la seconde étape, les menaces… Des menaces terribles et, d’une manière très subtile, la discussion scientifique. Observez bien comment Dieu entre dans le cœur humain par ses propres chemins : par la sagesse parmi les sages, par la simplicité parmi les simples. Catherine était sage, très intelligente. Dieu entra en elle par la voie de la sagesse, et son martyrologue nous raconte que l’empereur lui dit : « Va discuter avec les sages de l’Empire. » Et on l’amena devant les philosophes qui étaient les conseillers, les sages d’Alexandrie.
Catherine se retrouva donc au milieu de ces sages qui tentèrent de faire objection à ses croyances…Ces sages qui tentèrent de lui arracher de l’esprit l’idée de Dieu, qui tentèrent de tourner au ridicule sa croyance en un Christ qui est Dieu et homme en même temps… Ces sages qui tentèrent de lui enlever sa foi en une Église qui prétendait durer jusqu’à la consommation des siècles. Et ils lui dirent : « Ne vois-tu pas que tout cela est ridicule, qu’il n’existe pas de plus grande sagesse que la science des hommes? Et encore,… que l’Empire t’offre de grands avantages si tu renonces à ce credo ridicule des chrétiens. »
Catherine répondit à chacun de ses adversaires, et elle les convainquit. La tradition nous raconte qu’au lieu de la convaincre de renier le christianisme, elle convainquit les sages de se faire chrétiens. Observez comment est la sagesse de Dieu… Comment est la science lorsque Dieu l’illumine et lorsque les hommes l’écoutent avec la bonne volonté dont vous faites preuve si aimablement en l’écoutant. J’espère que personne ne m’écoute dans l’idée de voir en quoi je me trompe pour ensuite donner une mauvaise information. Faites bien attention parce que celui qui vient écouter la Parole de Dieu avec méchanceté, avec la malice d’espionner, est déjà en train de pervertir son cœur et Dieu peut le punir en le rejetant, en ne l’admettant pas dans cette connaissance de la science divine. 25/11/77, p.339-340, I-II.
Chacun porte la Parole
C’est une parole qui dit tout : l’évangélisation, c’est-à-dire, apporter l’Évangile au foyer, au peuple, partout. De quelle manière? Avec la force de la Parole et avec le témoignage de la vie. Ce sont là les deux grands instruments de l’évangélisation. La force de la Parole. La Parole est force. La Parole, lorsqu’elle n’est pas mensonge, porte la force de la vérité. C’est pourquoi il y a tant de paroles qui n’ont pas de force dans notre patrie, parce que ce sont des paroles mensongères; ce sont des paroles qui ont perdu leur raison d’être. Oui la Parole existe lorsqu’elle se fait le véhicule de la Vérité; alors la Parole est force. La Parole est force lorsqu’elle porte une doctrine qui provient de Dieu, qui apporte la Parole du Règne de Dieu.
Mais comment cette doctrine est-elle vraie? C’est la doctrine que le Christ apporta : qu’il n’y a qu’un seul Dieu, un Dieu qui nous a créés, et que ce Dieu envoya son Fils pour sauver le monde; qu’il n’existe pas de Salut en dehors du Christ notre Rédempteur, et que cette Rédemption du Christ est une Rédemption que nous attendons non seulement après notre mort, mais c’est une Rédemption qui opère déjà dans cette vie. Et la Parole qui en dérange plusieurs, la Libération, est une réalité de la Rédemption du Christ. La Libération signifie la Rédemption des hommes, non seulement après la mort mais dès ici-bas, pour leur dire : « Conformez-vous pendant que vous vivez. »
Non, c’est une Libération qui est une Rédemption qui veut libérer l’être humain de tant d’esclavages. Esclavage de l’analphabétisme. Esclavage de la faim parce qu’on n’a pas le nécessaire pour s’acheter de la nourriture. Esclavage du manque d’habitation… Ne pas avoir un endroit décent où vivre. Esclavage, misère, tout cela va ensemble. Et lorsque l’Église prêche que le Christ est venu racheter les hommes et que par cette force de Rédemption il ne doit plus exister d’esclavage sur la Terre, l’Église ne prêche pas la subversion, ni ne fait de la politique, ni n’est communiste. L’Église prêche la véritable Rédemption du Christ qui ne veut pas d’esclaves, qui veut que les hommes et les femmes soient rachetés, que riches et pauvres, nous nous aimions comme des frères, que la Libération doit atteindre toutes les situations afin qu’il n’existe plus aucun esclavage en ce monde. Aucun homme ne doit être l’esclave d’un autre ni du péché du monde. C’est cela, le contenu de la Révélation, de cette doctrine, de cette évangélisation. Et l’Église continue de prêcher que ce Règne de Dieu qu’enseigne l’évangélisation, veut arriver à former la communauté. 25/11/77, p.342-343, I-II.
L’Évangélisation forme la communauté
Frères, si l’évangélisation ne se termine pas en formant une communauté, elle n’est pas complète. L’évangélisation qui s’accomplit dans la communauté signifie que celui qui croit en Jésus-Christ et en sa Rédemption, qui croit en Dieu, au Salut éternel et temporel, doit partager sa foi avec d’autres gens. Ces gens qui croient à la même chose, forment la communauté : communauté de foi, communauté d’amour, communauté de rachetés. C’est ce que fait l’Église sur la Terre. C’est pourquoi, mes frères, lorsqu’il est question de disperser les communautés, lorsqu’on sème la terreur parmi ceux qui prêchent la Parole de Dieu et parmi ceux qui se réunissent pour la méditer, on persécute l’Église. Nous avons le droit de nous réunir pour nous compléter les uns les autres, pour nous aider dans notre réflexion communautaire, pour que notre foi grandisse, pour que notre adoration de Dieu soit plus profonde et plus authentique. Faire communauté c’est un commandement du Christ : « Allez prêcher l’Évangile, réunissez tous ceux qui partagent la même foi. » C’est cela, l’Église : la réunion, la convocation de tous ceux qui croient en un seul Dieu et en un Christ Rédempteur. Et cette communauté manifeste que le Christ est sa vie et qu’Il réalise au sein de cette communauté, des gestes qui rendent présente sa Rédemption au milieu de nous. C’est ce que nous appelons les sacrements. 25/11/77, p.343, I-II.
Le Christ avec nous
Bienheureux le peuple, la communauté, qui se réunit pour écouter son évêque, écouter son prêtre, parce qu’en ce moment, il s’alimente non pas d’une parole d’homme, mais de la Parole de Dieu.
[…] Frères, l’Église est le Christ présent sur la Terre. Lorsque Catherine d’Alexandrie appartenait à cette communauté d’Alexandrie, elle savait qu’elle s’alimentait d’une doctrine qui donne une vie éternelle. Et sa mémoire demeurera pour toujours, parce que tous ceux qui s’alimentent de la Parole éternelle, immortalisent aussi leur âme. 25/11/77, p.344, I-II.
22-25 novembre 1979.
Retraite des catéchistes et des responsables des communautés du néo-catéchuménat à l’Institut Girardi
Je me réjouis qu’en notre patrie, concrètement dans ces deux diocèses, cette impulsion de l’Esprit Saint fleurit. Je rends grâce au Seigneur en votre nom pour avoir été choisi pour cela en notre pays : la rénovation de quelque chose qui appartient intimement à l’Évangélisation, mais qui, à cause des vicissitudes de l’histoire, s’était perdue. Parmi les rénovations qu’a apportées le Concile Vatican II est celle de donner au Catéchuménat son rang d’honneur qu’il a toujours eu dans l’évangélisation.
De sorte que pour vous laisser un message de ma visite, je vous invite à vivre cette catéchèse, ce catéchuménat dans le sens que l’Église le propose. Vous savez qu’il y a deux ans, a eu lieu à Rome un Synode des évêques précisément sur la Catéchèse. Et aujourd’hui, le Pape a publié le résultat de cette consultation synodale dans un document sur la catéchèse. Je crois que pour vous, il s’agit d’un document de premier ordre que vous devez assimiler. Le Pape dit que le sens de la catéchèse suppose ces connexions.
Plan de l’homélie :
1) Catéchèse et Kérygme
2) Catéchèse et Sacrement
3) Catéchèse et Communauté
1) Catéchèse et Kérygme
Le Kérygme est, comme vous le savez, la première annonce du message du Christ qui entre dans le cœur d’un homme et parvient à le convertir de sorte qu’il se livre au Christ. C’est la première annonce, le « viens et suis moi » de Jésus. Mais cette première ferveur ne suffit pas; elle doit être aussitôt suivie de la catéchèse qui forme cette foi qu’a suscitée le baptême et qui met à la suite de Jésus. Les évêques, réunis à Rome, dirent qu’en leur pays - et parmi ceux-ci, les nôtres d’Amérique latine - s’est perdu ce lien catéchétique entre ce premier appel perçu par l’homme, qui se met alors à la suite du Christ et qui, ensuite, par la catéchèse, s’efforce de connaître davantage Jésus-Christ à travers son message. C’est ce que doit être la catéchèse, le Catéchuménat.
C’est ce qu’on propose, puisque plusieurs furent baptisés sans recevoir le Catéchuménat qui est la préparation à suivre Jésus. Plusieurs ont vécu sans jamais avoir entendu le Kérygme, même en ayant reçu le baptême. Nous vivons une vie païenne. Il est nécessaire et urgent de répondre à cet appel qui n’a pas été entendu avant et qui maintenant, avec un catéchuménat bien fait, permet cette rencontre véritable avec le Christ. Nous n’allons pas nier cette triste réalité qu’un grand nombre de baptisés n’ont jamais entendu le Kérygme. Ils ont été baptisés seulement par un rite, par une coutume. C’est pourquoi nous insistons tant, dans notre diocèse, sur la nécessité de préparer, par des entretiens pré-baptismaux, ce grand sacrement et qu’on n’aille pas imaginer qu’on puisse faire le catéchuménat après le baptême. Mais, grâce à Dieu, nous parvenons à récupérer quelque chose qui devrait se faire dans le sens contraire (Le catéchuménat avant le baptême). Il n’est jamais trop tard pour connaître le Seigneur et pour tenter de réparer par une vie plus fervente, ce que l’on ne fit pas avant. Nous ne l’avions pas suivi, nous ne l’avions pas connu, nous n’avions pas entendu le Kérygme. Mais maintenant le catéchuménat donne cette opportunité au catéchumène qui doit suivre le Kérygme; il le favorise d’ une formation à ce sujet.
Je crois que le mouvement du Catéchuménat remplit parfaitement cette tâche qui est de suppléer à cette première annonce de l’Évangile à laquelle nous n’avions pas accordé l’attention nécessaire lors de la formation systématique par la catéchèse. 25/11/79, p.8, VIII.
2) Catéchèse et Sacrement
C’est également quelque chose que nous devons amplifier de toute urgence dans notre pastorale, dans notre évangélisation. La pratique de recevoir les sacrements sans catéchèse présente un ritualisme vide. Pour combien le baptême n’est rien de plus qu’une cérémonie sociale, rechercher des parrains, préparation de la fête. Pour peu de gens le baptême signifie l’incorporation de l’enfant, de l’homme, à la vie du Christ, à sa mort et à sa résurrection. Et il en est de même pour les autres sacrements. Combien se marient sans connaître tout le sens profond de l’union du Christ avec l’Église qui se fait présent dans l’union de l’homme et de la femme dans le mariage.
La catéchèse annonce comment vivre le sacrement parce qu’une catéchèse sans sacrement ne serait qu’une spéculation, une rationalisation sans rien de plus. Mais lorsque la catéchèse se rencontre avec le sacrement, elle prépare à recevoir le signe de ceux qui sont avec le Seigneur. Quel résultat plus riche qu’un catéchuménat, une catéchèse qui nous apporte les signes efficaces de la Présence de Dieu et de sa grâce, la rencontre avec le Christ! Vous êtes les éléments très vaillants pour que nous parvenions à revitaliser toute une catéchèse qui oriente vers les sacrements afin que ceux-ci soient reçus en pleine conscience, avec respect, avec adoration pour le Seigneur qui se rencontre en ces signes sacramentaux. Que ce ne soit pas uniquement des réflexions, des apprentissages de mémoire mais une catéchèse. Il ne peut y avoir simplement l’évangélisation, ou comme l’on disait avant, la sacramentalisation. Les deux sont nécessaires. La véritable évangélisation nous amène à cette rencontre avec le Christ dans le signe de l’Église et de ses sacrements. 25/11/79, p.8-9, VIII.
3) Catéchèse et Communauté
Il ne s’agit pas de vivre une religion individualiste, mais plutôt en communauté. Le catéchuménat se préparait autrefois en communauté, et aujourd’hui, grâce à Dieu, cette pratique revient. C’est la communauté qui présente ses fils à Dieu. Il est si merveilleux de voir cette Église qui apparaît semblable à une vierge qui continuant d’être vierge, est continuellement féconde d’enfants auxquels elle donne vie dans les sacrements, dans le baptême. La nuit de la Vigile Pascale est l’accouchement de l’Église, Vierge et Mère, qui dans le baptême s’enrichit d’une nouvelle génération par ses nouveaux enfants. L’Église comme communauté, comme paroisse, comme diocèse, sent l’obligation de protéger la foi de ses enfants qui lui sont nés et de leur donner également cette chaleur du foyer pour vivre la foi et la vie chrétienne communautairement. Nous ne pouvons jamais considérer un catéchuménat, un christianisme qui désire vivre sa foi isolément. Nous devons nous préoccuper de faire des communautés et que celles-ci croissent en profondeur de foi et en extension missionnaire. Nous ne devons pas nous conformer à la situation actuelle où tant de baptisés ne connaissent pas encore la richesse de leur baptême. C’est ce que faisaient les apôtres : apporter ce trésor et le répandre en créant des communautés qui vivaient en communauté.
Ce sentiment communautaire nous en avons besoin de toute urgence dans notre pays. Il existe une confusion entre la communauté chrétienne et le groupe politique. Parfois on ne sait pas faire la distinction parce que les membres d’une communauté n’approfondissent pas leur foi et se confondent. Je répète plusieurs fois dans ma lettre pastorale (août 79) que souvent nos gens, surtout les jeunes, sont arrivés plus vite à une maturité politique que chrétienne et qu’ils donnent à leur vie une dimension plus politique que chrétienne. Comme si l’unique dimension de leur vie était la politique et qu’il ne leur restait plus de temps pour le christianisme, alors qu’au contraire, le christianisme est le plus important et que c’est à partir du christianisme qu’il faut rechercher chacun sa place dans le pays en accord avec la vocation que Dieu donne à chacun. Si Dieu vous a donné une vocation politique, vivez-la mais comme chrétien. Ainsi nous aurons les hommes dont nous avons besoin maintenant. Qu’ils mûrissent au sein d’une communauté chrétienne, qu’ils mûrissent dans l’Évangile, dans leur foi, dans leur engagement avec le Christ, dans leur suite du Seigneur qui ne leur permet pas de trahir ni les lois, ni les coutumes du pays et de la politique. Qu’ils soient les grands agents des transformations dont la patrie a tant besoin maintenant. Nous avons tant besoin de chrétiens engagés avec le Christ, de communautés qui soient comme Peuple de Dieu, qui soient, comme nous dit la Bible, comme une lumière sur la montagne.
Aujourd’hui, alors qu’il y a tant de confusion, tant de groupes, tant de réclamations, on doit voir briller la communauté chrétienne. Qu’elle donne sa lumière, son orientation à tous ces événements qui se succèdent en notre milieu. Je vous demande avec tout mon cœur de pasteur, où que vous soyez, dans les paroisses où vous vivez, que vous vous efforciez d’apporter au catéchuménat, à la réflexion biblique, votre sens du sacrement, celui de votre engagement chrétien à construire des communautés qui ne se referment pas dans la complaisance de soi, mais une communauté qui est Église et qui porte Jésus-Christ. Pour servir le monde, une communauté s’efforce de s’éclairer de la lumière de Dieu pour la répandre autour d’elle. Chaque jour elle est engagée avec le Christ pour être toujours davantage engagée dans sa Rédemption au milieu du peuple, au cœur du monde. 22-25/11/79, p. 9-10, VIII.
Second dimanche de l’avent; 9 décembre 1979; Lectures : Baruch 5,1-9; Philippiens 1,4-6.8-11; Luc 3,1-6.
Dieu vient nous sauver dans l’Histoire avec la collaboration des humains.
L’Histoire du Salut dans l’histoire des peuples
C’est à ce titre que nous célébrons l’avent, l’avènement de Dieu dans notre histoire. Dieu a voulu tisser l’Histoire du Salut des humains à l’intérieur de notre propre histoire humaine de sorte que l’histoire humaine soit source de Salut pour l’humanité pourvu que s’y reflètent les projets de l’Histoire du Salut de Dieu. Les personnes, dans l’histoire des peuples, doivent savoir que l’Histoire ne se termine pas avec le temps, mais qu’elle est incrustée dans l’éternité de Dieu. C’est pourquoi Dieu est le maître de l’Histoire, son propriétaire légitime.
L’Église poursuit le dessein de Dieu
Le terrible rôle de l’Église est de poursuivre dans l’histoire humaine le projet de l’Histoire de Dieu. Refléter cette Histoire de Dieu dans les événements concrets des peuples pour pouvoir approuver tout ce qui reflète ce projet du Salut de Dieu dans l’Histoire; et avec la sainte liberté de Dieu, également, désapprouver dans l’histoire humaine tout ce qui ne correspond pas au projet, au dessein de Dieu qui veut sauver l’humanité.
C’est pourquoi l’Église ne peut jamais s’identifier complètement avec les projets historiques des hommes et des femmes même si elle doit les illuminer tous. Mais la libération que l’Église prêche doit se faire à partir de la perspective de la libération de Dieu notre Seigneur. C’est pourquoi le Pape Paul VI dit - et je voudrais que toutes les communautés chrétiennes qui partagent avec nous ce matin cette réflexion de cet avent, nous prenions en compte cette orientation, nécessaire aujourd’hui plus que jamais - : « Plusieurs chrétiens généreux, sensibles aux questions dramatiques que sous-tend le problème de la libération, ont voulu engager l’Église dans l’effort de libération. Ils ont ressenti fréquemment la tentation de réduire leur mission aux dimensions humaines d’un projet purement temporel; de réduire leurs objectifs à une perspective anthropocentrique - c’est-à-dire, qui prend l’être humain comme centre de l’Histoire -.de réduire le Salut, dont l’Église est la messagère et le sacrement, à un bien-être matériel. En faisant abstraction de toute préoccupation spirituelle et religieuse, ils ont voulu réduire l’activité de l’Église à une initiative d’ordre politique ou social. Si cela était ainsi, l’Église perdrait sa signification la plus profonde. Son message de libération n’aurait plus aucune originalité et il se prêterait à être accaparé et manipulé par les divers systèmes idéologiques et les partis politiques. Elle n’aurait plus autorité pour annoncer de la part de Dieu, la libération. C’est pourquoi, nous voudrions souligner, dans cette même allocution du Synode, la nécessité de réaffirmer clairement la finalité spécifiquement religieuse de l’évangélisation. L’évangélisation perdrait sa raison d’être si elle déviait de l’axe religieux qui la dirige avant tout : le Règne de Dieu dans son sens pleinement théologique.
Le Projet de Dieu s’explique
L’avent vient nous rappeler - avec la richesse de ses lectures que nous allons lire au cours de ses dimanches - quel est le projet de Dieu, quelle est l’Histoire du Salut vers laquelle nous devons orienter les forces revendicatrices, les libérations. C’est pourquoi, au cours de ces quatre dimanches nous allons expliciter le projet de Dieu. 09/12/79, p.13-14, VIII.
Synthèse de l’Histoire du Salut
Au début, il y a l’initiative de Dieu et une promesse : Dieu s’incarnerait dans un descendant de David. Fils de Dieu, il serait le Rédempteur des hommes.
C’est le début de l’Histoire du Salut : la promesse et l’initiative de Dieu qui, dans l’Histoire, se prévaut d’un fils de roi pour le faire Rédempteur de l’humanité. La fin de cette Histoire nous a été présentée dimanche dernier, lorsque le Christ, devant le temple de Jérusalem, nous raconte la fin de ce temps et la fin de l’Histoire. (Mc 13,26) : « Vous verrez le Fils de l’Homme qui viendra avec puissance et majesté. » Et la seconde lecture nous présentait comment ce Fils de Dieu, qui apparaît déjà dans une phase définitive de la Rédemption des hommes et des femmes, viendra à la rencontre d’une humanité sainte et rachetée. C’est nous et nous avons eu la chance d’avoir vécu et développé en nous l’Histoire du Salut.
Jean-Baptiste, signe des hommes dont Dieu a besoin…
Le second et troisième dimanche de l’avent - celui d’aujourd’hui et celui qui vient ensuite - nous présentent, dans le symbole de Jean le Précurseur, comment Dieu se sert des hommes pour qu’ils collaborent dans l’Histoire du Salut. Ce dimanche et le prochain, nous parlerons des conditions que Dieu demande aux êtres humains pour les incorporer dans l’Histoire du Salut.
Préparations immédiates pour la naissance de Dieu dans l’Histoire
Et le quatrième dimanche, à la veille de Noël, nous présenterons les préparatifs immédiats où Marie tient un rôle si prépondérant pour que ce Roi de la gloire, Seigneur de l’éternité, devienne également le Seigneur de l’Histoire. Il naît à Bethléem pour notre histoire. Toute la fête de Noël sera une célébration de la venue de Dieu qui s’est fait marcheur avec les humains dans l’histoire de tous les peuples. De là, l’importance de cette période, surtout pour ceux qui ressentent le besoin profond de libération de notre peuple. Il importe de ne pas confondre les projets de la Terre avec le grand projet de Dieu. Mais ce projet de Dieu illumine les projets rédempteurs des hommes et des femmes de notre temps.
Plan de l’homélie :
1) Dieu vient sauver dans l’histoire des humains
2) Le Précurseur, symbole de la collaboration humaine dans l’Histoire du Salut
3) Notre Église et notre histoire
1) Dieu vient sauver dans l’histoire des humains
A) Le contexte historico-politique dans lequel s’introduit le ministère de Jean
Vous venez d’entendre dans l’Évangile d’aujourd’hui le contexte historico-politique (Lc 3,1) : « En l’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de Judée… » Et après, on décrit la situation politique de la Palestine soumise à l’Empire Romain et gouvernée par quatre tétrarques;
tétrarque signifie la distribution du pouvoir, entre quatre. Quatre rois gouvernaient, sous l’Empire Romain, la terre où vécut Jésus.
Dans ce contexte historico-politique, il y avait aussi une histoire ecclésiale (Lc 3,2) : « sous le pontificat d’Anne et de Caïphe… » Ici se retrouve le contexte, l’histoire où saint Luc commence à nous décrire la Parole de Dieu. C’est dans ce contexte (Lc 3,2) : « que la Parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert… » On ne pouvait écrire un prologue plus solennel et davantage incarné dans l’histoire du moment précis où Dieu devint un marcheur de notre histoire. Il en est toujours ainsi : Dieu opère son Salut en se servant des empereurs, des rois, des gouvernants, des prêtres du temps; ce sont les hommes qui encadrent dans l’Histoire de la Terre, le moment de Dieu.
L’Histoire tissée d’intrigues sert à Dieu pour tisser son Salut.
Parmi ces quatre rois de Palestine, parmi ces intrigues de palais, parmi ces superficialités d’une religion qui est devenue légaliste, il faut revenir au premier commandement pour que soient honorées les personnes victimes de ces intrigues, de ces subordinations, de ces emprises sur d’autres peuples.
Les époques changent mais le projet de Dieu sera toujours le même : sauver les hommes et les femmes dans l’Histoire. C’est pourquoi l’Église est chargée de porter ce projet de Dieu et elle ne peut pas s’identifier à aucun projet historique. L’Église n’a pas pu être l’alliée de l’empire Romain, ni d’Hérode, ni d’aucun roi de la Terre, ni d’aucun système politique, ni d’aucune stratégie politique. Elle les éclaire tous mais elle demeure toujours authentiquement celle qui annonce l’Histoire du Salut : le projet de Dieu. 09/12/79, p.16-17, VIII.
B) Une cité de la géographie humaine, devient le symbole de la capitale du Règne de Dieu
Les vicissitudes d’un peuple qui revient d’exil, signe de la Rédemption de Dieu
Ici, apparaît encore l’histoire d’un peuple humilié en exil, mais animé par l’Histoire du Salut. Précisément, cet exil va être le signe que les humains ne peuvent être sauvés par leur propre force; ils ne le peuvent pas. Aussi, Dieu viendra. C’était ça le message des prophètes. En ce temps de l’avent, lorsqu’on annonce le Salut en Jésus-Christ, nous nous rappelons ces épisodes pour voir comment Dieu sauve les humains dans l’Histoire.
Jérusalem, depuis que David en fit le siège de son royaume, possède une projection messianique
Vient alors cette belle comparaison de la capitale d’Israël. Saccagée, détruite, les prophètes parlent de la Nouvelle Jérusalem, celle que les exilés vont retrouver à leur retour. Et au désert, sur le chemin du retour, ils annonceront tel des hérauts qui annoncent le passage d’un roi (Ba 5,7) : « Car Dieu a décidé que soient abaissées » - (comme une oeuvre d’architecture, d’ingénierie, réalisant une belle route, une avenue, on décrit précieusement ce retour de l’histoire) - toute haute montagne et les collines éternelles, et comblées les vallées, pour aplanir la Terre, pour qu’Israël chemine en toute sécurité dans la gloire de Dieu. » Jérusalem, ville de cette Terre, habitée par la Sainte Révélation de Dieu pour nous décrire les merveilles de son Règne et de sa Rédemption.
Son nom sera (Ba 5,4) : « Paix dans la Justice, Gloire dans la piété. »
Observez comment les événements des peuples sont employés par l’Histoire du Salut pour semer chez les humains l’espérance, le repentir, le retour à Dieu, la joie de se sentir accompagner par Dieu dans l’Histoire. C’est cela, l’enseignement de cette première pensée, en ce temps de l’avent : une grande Espérance que Dieu marche avec notre histoire. Dieu ne nous a pas abandonnés. Dieu sait tirer partie même des injustices des hommes. Il espère leur retour afin, qu’ici également, au Salvador, le Salut puisse s’appeler du nom si doux de la Parole de Dieu d’aujourd’hui (Ba 5,4) : « Paix dans la Justice, Gloire dans la piété. » Faisons notre possible pour que notre histoire soit véritablement une Histoire de Salut. 09/12/79, p.17-18, VIII.
2) Le Précurseur, symbole de la collaboration humaine dans l’Histoire du Salut
A) La personne
Il avait été annoncé par les prophètes qu’un héraut, un ange viendrait au devant pour annoncer la venue du Christ, pour dire que le temps était venu. Quelques-uns le confondirent avec Élie qui avait été enlevé au Ciel et que l’on croyait qu’il allait revenir pour annoncer la venue de Dieu sur Terre. Mais le Christ interprète cette tradition et dit : « Élie est déjà venu » et il se réfère à Jean le Baptiste. Les lectures d’aujourd’hui interprètent ce personnage mystérieux de la tradition juive incarné par Jean le Baptiste. Jean est la figure centrale de l’avent parce qu’il est l’ange, le Précurseur, celui qui annonce que Jésus est déjà présent.
B) La mission
L’Évangile d’aujourd’hui de saint Luc, (3,1-6), qui sera l’Évangile de toute l’année, identifie cette voix qu’annonçait Isaïe (40,3-5) : « Une voix crie dans le désert : « préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers; que toute vallée soit comblée, toute montagne et toute colline abaissées; que les lieux accidentés se changent en plaine; et les escarpements en large vallée; alors la gloire de Yahvé se révélera et toute chair la verra. »
Conversion : baptême
C’était la voix de l’Espérance qui posait ses conditions pour cette rencontre avec Dieu. Nous allons en parler plus explicitement dimanche prochain, mais déjà aujourd’hui on l’insinue dans la prédication et dans le baptême de Jean : « Convertissez-vous, faites-vous baptiser. » Le baptême était un rite de pénitence. Tout homme qui reconnaissait ses péchés allait se purifier, pour manifester en quelque sorte son désir de purification spirituelle : plus aucune tache, plus d’immondices morales dans le cœur; et ainsi ils se convertissaient. Seulement ceux qui se convertissent, verront le Seigneur qui retourne vers son peuple.
C) La communauté chrétienne, contient l’œuvre du Précurseur…
Nous, la communauté chrétienne, nous sommes cette mission prophétique de Dieu annonçant le Salut du peuple. 09/12/79, p.18-19, VIII.
Peuple et Peuple de Dieu
Je veux insister, chers frères, en une distinction qui se doit d’être très claire actuellement : ce n’est pas la même chose que de dire « le peuple » ou « le Peuple de Dieu ». Quelle différence y a-t-il? Le peuple, c’est tous ceux qui habitent la patrie. Tous ceux qui sont Salvadoriens, incluant ceux qui ne croient pas en Dieu, les indifférents. Ils sont tous croyants ou non croyants, membres de ce peuple. Quand nous disons le Peuple de Dieu, nous voulons dire la communauté chrétienne, c'est-à-dire, ceux qui, parmi les Salvadoriens, ont reçu le message du Christ, qui se sont convertis et qui, pour manifester cette conversion, se sont faits baptiser et s’y sont préparés --- comme disait Jean Baptiste : « Un peuple parfait pour la venue du Seigneur. »--- De là provient l’idée que le Peuple de Dieu est une sélection.
Nous ne le disons pas avec orgueil, ni vanité parce que, peut-être, nous ne sommes pas le Peuple de Dieu si nous ne sommes pas convertis en vérité. Le Peuple de Dieu c’est aussi tous ceux qui n’ont pas connu le Christ mais qui ont mis en Dieu leur espérance et leur confiance, même au-dehors des frontières de l’Église. C’est pourquoi nous pouvons dire : « ce ne sont pas tous ceux qui y sont, ni tous ceux qui n’y sont pas. »
Collaborateurs de l’œuvre de l’Évangile
De là, la nécessité pour nous, ce matin, de chercher à nous identifier à l’œuvre du Précurseur, de Jean Baptiste, si vraiment nous croyons que Dieu fait l’Histoire du Salut avec les hommes et les femmes qui croient en Lui et qui forment avec Lui la communauté de l’amour, comme l’appelle saint Paul aujourd’hui. C’est ce que saint Paul, dans son épître de ce matin aux Philippiens (1,5) nous dit : « car je me rappelle la part que vous avez pris à l’Évangile depuis le premier jour jusqu’à maintenant. » Ce sont là les communautés qui sauvent le peuple : celles qui collaborent à l’Évangélisation.
Que votre communauté d’amour grandisse!
« Dieu m’est témoin (Ph 8-10), dit saint Paul, que votre communauté d’amour continue de croître de plus en plus et « s’épanche dans cette science et tact affiné qui vous donneront de discerner le meilleur. » Il me fait grand plaisir de faire cette distinction pour pouvoir dire à tous ceux qui veulent avoir l’immense honneur de se dire Église, communauté chrétienne, de pouvoir leur dire que ni le titre, ni l’apparence de se réunir autour de la Bible, ne suffisent. Ce que Dieu nous demande est quelque chose de plus profond : ce sentiment de précurseur, cette conversion de Jean Baptiste, cette identité d’un homme qui, au milieu des empires, des règnes et des systèmes politiques, se maintient authentiquement comme missionnaire du Christ.
Regardez si dans le temps de Jean le Baptiste il n’y avait pas également une grande pagaille politique! Il y avait des groupes politiques comme il y en a aujourd’hui. Il y avait ceux qui étaient en faveur de l’Empire et ceux qui étaient contre l’Empire. Et dans la faction de l’opposition à l’Empire, il y avait divers partis. Il y avait ceux que nous appelons aujourd’hui encore les organisations politiques populaires. Il y avait aussi les bras armés de ces organisations. L’histoire du temps de Jésus apparaît fantastiquement semblable à la nôtre. Et Jean Baptiste ne devient pas une de ces factions. Il devient le héraut du Roi.
À tous - comme nous allons le voir dimanche prochain - il annoncera une parole de Salut. Il n’existe pas d’exclusion dans son cœur. Le Seigneur les appelle tous pour former son peuple. Mais il est également brave pour rejeter celui qui, même s’il est roi, commet le péché. Et c’est précisément pour avoir dénoncé la conduite d’Hérode qu’il paiera de sa tête. Mais Jean ne s’est identifié à aucune faction.
Comme Jean Baptiste dans son contexte historico-politique, la communauté chrétienne illumine, de son amour, son peuple et lui communique le Salut. La communauté chrétienne doit être celle qui croît dans l’amour, dans la foi et dans la Parole de Dieu. Le Peuple de Dieu doit être, dans ses communautés, l’expression de cet amour qui sauve. La communauté sauve en ce moment la patrie dans la mesure où elle est véritablement une communauté chrétienne.
Chers frères, chers prêtres, chers agents de pastorale, chères religieuses qui travaillez dans la pastorale, chers catéchistes, célébrants de la Parole, chers vous tous qui travaillez dans la Pastorale! Béni soit Dieu! Mais nous devons faire en sorte d’être vraiment l’Église qui est le précurseur du Seigneur en vérité. Que notre travail d’Église s’identifie si intimement au Christ que son amour soit l’amour de la communauté, que son illumination soit l’illumination de la communauté, que notre pensée soit comme celle du Christ. Il importe que nous recherchions la libération de notre peuple depuis cette perspective : de l’Histoire du Salut qui doit illuminer tous les Salvadoriens dans l’histoire.
Il n’existe qu’une seule et unique Histoire du Salut. À partir d’elle, nous illuminons les saluts, les libérations, les revendications de tous les hommes. Ce sera authentique dans la mesure où ils s’orienteront vers le Salut en Jésus-Christ. Ils seront abâtardis, ils seront faux, dans la mesure où ils s’éloigneront des sentiments du Christ. Et ils s’éloignent du Christ par la haine, par la vengeance, par les partialités, par les radicalismes. Il ne peut y avoir d’autre Salut dans le Christ que celui qui se fonde dans la force du Seigneur, dans son Salut, dans le bien commun du peuple et non uniquement dans le bien d’une faction populaire.
Comme Jean Baptiste dans son contexte historico-politique, l’Église doit être la clameur du Seigneur, la voix qui crie toujours dans le désert : « Préparez les chemins du Seigneur! » Un appel à tous les cœurs afin qu’ils recherchent sincèrement cette rencontre qui nous rendra heureux dès cette Terre.
Je veux également souligner ceci : dans la mesure où nous recherchons cette Histoire du Salut, nous nous incarnons également dans l’histoire de notre peuple. On laisse souvent entendre que ce sens religieux de la communauté chrétienne nous aliène des réalités terrestres. Mais soyons entiers, comme nous l’avons enseigné ce matin. Dieu veut nous sauver dans l’Histoire. Plus l’histoire du Salvador sera nôtre, plus le Christ sera présent dans nos propres entrailles. Nous n’avons aucun besoin d’importer au Salvador quelque impérialisme que ce soit. Le Salut de Dieu est présent ici. Le Christ est ici. Il est Salvadorien. Il est dans l’histoire de notre peuple. Et ceux qui comprendront le mieux cette histoire, comprendront mieux comment Dieu désire libérer et sauver ce peuple du Salvador. Nous n’avons pas besoin d’apprendre des autres ce que nous avons déjà ici par notre foi dans notre propre peuple. » 09/12/79, p.20-21, VIII.
3) Notre Église et notre histoire
Vous-mêmes, en analysant cette Parole de Dieu si providentielle qui nous a été donnée aujourd’hui, voyez ce qui est présent dans notre Église et dans notre histoire, ce qui reflète l’Histoire du Salut de Dieu au Salvador. Et, voyez aussi, dans notre histoire salvadorienne et même à l’intérieur de notre Église, ce qui ne reflète pas le Règne de Dieu et que nous devons donc arracher en tant que péché. Parce que le péché est tout ce qui s’oppose au dessein salvifique de Dieu dans l’histoire. 09/12/79, p.22, VIII.
Le Pape (Jean-Paul II) dit : « Dans l’Évangile est présente une invitation au progrès. Aujourd’hui, le monde est rempli d’invitations au progrès; personne ne veut être un « non progressiste. » Il s’agit, cependant, de savoir de quelle manière l’on peut et l’on doit être « progressiste », en quoi consiste le véritable progrès? » Et le Pape répond en commentant avec les textes liturgiques de l’avent que nous venons de lire : « Le véritable progrès est celui qui porte en soi le sens profond de la vérité du Christ. Il ne peut y avoir de progrès sans le Christ. » C’est pourquoi cet avent nous place dans une conjoncture merveilleuse en cette heure du Salvador, lorsqu’il annonce que Dieu sauve son peuple dans l’histoire, et que celui-ci se sauvera et progressera dans la mesure où le peuple y adhérera, où il s’unira au Christ qui est le Dieu sauveur.
Le Pape a fait également une merveilleuse interprétation où se conjugue le concept du public et du privé. Le Pape, faisant un appel aux hommes de droit et, au monde en général, dit : « Aussi longtemps qu’en certains pays il existera des systèmes juridiques dans lesquels le public a préséance au point de réduire à presque rien le domaine privé, alors qu’en d’autres, au contraire, les systèmes juridiques soumettent les exigences et les intérêts collectifs, même fondamentaux, au privé et aux intérêts individuels, aussi longtemps que cela durera, l’être humain sera victime, dans sa dimension privée ou sociale, du pouvoir législatif. Ce pouvoir est un instrument de domination de l’individu ou de la collectivité, au lieu d’être un instrument de justice. » C’est pourquoi le Pape affirme qu’il est urgent de freiner courageusement le phénomène préoccupant de l’exploitation du privé à des fins publiques d’une part, et la manipulation du public à des fins privées d’autre part. Voyez-vous l’actualité de ce concept, ici, alors que quelques-uns désirent une législation en leur faveur sans se préoccuper du sort de la majorité? Il convient de prendre en compte ce qu’a dit le Pape : « Le critère, pour s’orienter en cette matière si complexe, est unique : le respect de la personne humaine. » Qu’elle soit pauvre ou riche, la personne humaine doit demeurer le principal dans le système social d’un pays. 09/12/79, p.26, VIII.