Troisième dimanche de l’avent; 16 décembre 1979; Lectures : Sophonie 3,14-18a; Philippiens 4,4-7; Luc 3,10-18.
Dieu apporte la joie de sa libération pour tous. Convertissons-nous!
L’allégresse d’être sujet et objet de l’Histoire du Salut
C’est cette allégresse que nous célébrons par la Venue de Dieu dans l’Histoire. Allégresse d’avoir été les confidents du Seigneur qui nous fait connaître son projet de salut pour tous les êtres humains. Il fait de nous les objets et les sujets de ce projet. Il nous appelle à collaborer avec Lui au Salut du monde.
Jean Baptiste, symbole de l’homme sur qui compte Dieu pour cette Histoire
La semaine dernière, nous avions déjà anticipé le thème de ce dimanche, sous le même signe de Jean le Baptiste que nous présentions comme le Précurseur et le modèle de tous ceux dont Dieu a besoin pour rendre présente, dans le monde, sa Bonne Nouvelle du Salut, à savoir : l’Église, la communauté chrétienne, tous ceux qui continuent d’être précurseurs de la venue du Seigneur pour sauver le monde.
Le prédicateur des exigences morales qui nous disposent à être récepteurs de la Venue de Dieu
Aujourd’hui, Jean Baptiste se présente comme l’éducateur, le moraliste, le prédicateur qui va nous enseigner les exigences morales requises dans l’accueil du Salut que Dieu apporte. C’est un message d’austérité mais qui apparaît en même temps comme la condition d’une joie profonde.
Plan de l’homélie :
1) Dieu est venu dans notre histoire
2) Libération sous le signe de l’allégresse
3) Conversion à Dieu, unique chemin de la libération joyeuse
1) Dieu est venu dans notre histoire
Tout d’abord, ratifions cette idée qui est celle que nous célébrons tout au long de cet avent préparatoire à Noël : la Présence de Dieu dans l’Histoire.
Cette Venue est l’objet de la célébration de l’avent
Le titre de cette période « avent » célèbre, précisément, un avènement : Dieu qui vient aux humains. C’était le message des prophètes qui culmine en ce Nom qu’Isaïe donne à ce Dieu qui vient nous sauver : « Emmanuel », Dieu avec nous.
Ce message est le message de Jean le Baptiste dans l’Évangile d’aujourd’hui (Lc 3,10-18)
L’Évangile (3,1) nous présente précisément Jean dans un contexte historique : « Tibère était empereur et Ponce Pilate gouverneur de Palestine. » Il mentionne les quatre tétrarques et les pontifes du temps. Dans ce contexte historico-religieux, l’Esprit Saint fit entendre sa voix à Jean, fils de Zacharie, qui grandissait au désert et qui, de là, sortit annoncer, par toute la région du Jourdain, la venue prochaine de Dieu. « Le Règne de Dieu est déjà présent. Au milieu de vous est Celui que vous ne connaissez pas. » Il annonce la grande nouvelle : Dieu est venu! Et cela continue d’être la grande nouvelle des chrétiens. Le chrétien qui ne ressent pas avec joie cette proximité de Dieu dans l’Histoire, n’a pas compris l’essence de sa foi. 16/12/79, p.36-37, VIII.
A) Déjà, dès l’Ancien Testament, existait cette idée de la Présence de Dieu
Ce n’est pas une idée abstraite, statique, métaphysique de Dieu.
C’est la réalité dont veut nous convaincre également la première lecture (So 3,14-18a). Un des prophètes nous annonce ce Dieu qui vient, qui existe non comme quelque chose de statique, de métaphysique, comme un concept catéchistique de Dieu, mais plutôt comme un Dieu vivant, un Dieu qui se présente dans la lecture d’aujourd’hui comme Roi d’Israël (So 3,15-17) : « Yahvé est roi au milieu de toi. Tu n’as plus de malheur à craindre. Ce jour-là, on dira à Jérusalem : Sois sans crainte, Sion! Que tes mains ne défaillent pas! Yahvé ton Dieu est au milieu de toi, héros sauveur! »
C’est un Dieu vivant qui accompagne l’Histoire
L’idée de Dieu dans l’Ancien Testament
Il est bon qu’à notre époque nous nous libérions d’une vision statique de Dieu pour la remplacer par une vision d’un Dieu dynamique, d’un Dieu qui marche avec son peuple, d’un Dieu qui agit et qui inspire les humains dans leurs efforts de libération, d’un Dieu qui n’observe pas avec indifférence la clameur de ceux qui souffrent, de ceux qui, comme en Égypte, souffraient l’esclavage, le fouet, l’exclusion, l’humiliation. Il est disposé, à son heure, à nous envoyer un guide, un Rédempteur. Il est parmi nous. C’est la grande nouvelle que nous communique Jean Baptiste.
B) Dans le Nouveau Testament, le Christ est le Dieu visible dans l’Histoire
Concile Vatican II
En notre temps, le Concile Vatican II, après nous avoir dit comment Dieu se révéla dans sa Création, au travers d’une nature si explicite de la Présence de Dieu parmi nous, envoya son propre Fils pour nous donner une révélation plus intime, surnaturelle. Jésus-Christ n’est pas venu sous une forme statique - seulement pour contempler -, Il est venu se situer dans l’Histoire de tous les peuples et semer son Espérance et sa foi dans le cœur de toutes les races. Ce Christ est la plénitude de la révélation. Il est le signe que Dieu est parmi nous en train de nous aimer, de nous comprendre, faisant sien le vécu tout entier de tous les hommes, dans tous les sens, moins le péché duquel, précisément, Il tente de nous libérer pour que nous soyons ce que nous devons être. « Dieu est avec nous, dit le Concile, dans le Christ, pour nous libérer des ténèbres et de la mort, et nous faire ressusciter à une vie éternelle. » (D.V.4) 16/12/79, p.36-38, VIII.
Jean, l’annonce dynamique du Sauveur
Jean Baptiste prêchait très bien cette présence du Christ que l’Évangile nous raconte (Lc 3,15-16) : « Comme le peuple était dans l’attente et que tous se demandaient en leur cœur, au sujet de Jean, s’il n’était pas le Christ, Jean prit la parole et leur dit : “Je vous baptise avec de l’eau - pour éveiller dans votre cœur une disposition morale pour l’accueillir -, mais vient plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. » Il est déjà parmi nous.
Saint Paul : « Le Seigneur est près! »
La seconde lecture nous exhorte précisément à la joie, parce que la Présence de Dieu dans l’Histoire est une thèse substantielle de la Bible, de la Révélation de Dieu. Aucun chrétien- ne doit se sentir seul sur son chemin; aucune famille ne doit se sentir désemparée; aucun peuple ne doit être pessimiste même au milieu des crises qui paraissent les plus insolubles comme celle de notre pays. Dieu est parmi nous.
Ayons foi dans cette vérité de la Révélation sacrée. Dieu est présent. Il ne dort pas. Il est actif. Il observe. Il aide. Et en son temps, Il agit opportunément. C’est pourquoi la Présence de Dieu éveille dans le cœur la joie véritable (Ph 4,4) : « Réjouissez-vous dans le Seigneur; de nouveau je vous le répète : réjouissez-vous parce que Dieu est proche! » C’est le grand appel fait par saint Paul non seulement à la communauté des Philippiens, mais aux chrétiens de tous les temps : Dieu est proche, source de joie. 16/12/79, p.37-38, VIII.
2) Libération sous le signe de l’allégresse
A) « Soyez toujours heureux dans le Seigneur! »
Cela est basé sur la proximité de Dieu. Dieu est allégresse. Dieu ne veut pas la tristesse. Dieu est optimiste. Dieu est tout-puissant pour faire le bien. Dieu est l’amour. Qui peut être triste avec la présence de Dieu qui le comble entièrement?
Rien ne nous préoccupe, dit saint Paul. Manifestez cette allégresse dans la prière, dans l’action de grâce, dans vos requêtes, reconnaissant vos limites mais sachant que quelqu’un peut combler ce qui nous manque.
Dans la crise des peuples, sachez que Dieu possède la clé de l’Histoire dans sa main et vous saurez sortir la patrie de cette terrible situation où nous sommes actuellement. Cette allégresse équivaut à la paix de Dieu qui surpasse tout jugement. C’est ainsi que saint Paul dit (Ph 4,7) : « La paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus. »
B) Qualité de cette allégresse
Ce n’est pas une allégresse du monde, de plaisirs, de fausses joies que les hommes appellent bonheur et qui ne sont en définitive, qu’amertume, angoisses et saletés. C’est l’allégresse que produit la paix de Dieu dans le cœur. Allégresse que l’on peut posséder même au milieu des tribulations parce que c’est une allégresse qui émane de la Rédemption. Et la Rédemption s’est faite avec la Croix. La douleur de l’homme est une croix, et, en tant que croix, apporte la Rédemption et doit donner la paix, l’allégresse de Pâques, l’Espérance de la résurrection. Ce n’est pas du conformisme parce que le conformisme n’est pas non plus l’allégresse. Le conformisme se voit dans un homme pessimiste, un homme fataliste qui croit que tout lui est imposé d’en haut et qu’il ne peut influencer le cours de son destin. C’est un faux concept. Je dirais même un blasphème, en croyant que cela est la volonté de Dieu cette condition d’opprimé, cette situation de marginalité de laquelle il ne fait pas d’efforts pour en sortir. Celui-là offense Dieu. Dieu ne veut pas l’injustice sociale.
L’allégresse doit animer et être une impulsion à l’agir chez l’être humain
Même s’il est davantage nécessiteux, davantage marginalisé, davantage opprimé, l’homme doit répondre non par la haine ou le ressentiment, mais avec la sainte allégresse de ceux qui se confient dans le Tout-Puissant, comme lorsque Marie, appartenant à un peuple opprimé sous l’Empire Romain, disait (Lc 1,53-52) : « Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides. Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles. » C’est cela, la grande allégresse, celle de Marie, celle de la Vierge, celle des véritables bienheureux, même au pied de la Croix. Sachons distinguer cette grande force de Dieu que nous donne : l’allégresse.
Cette allégresse doit être un témoignage devant toute l’humanité
Saint Paul dit (Ph 4,5) : « Que votre modération soit connue de tous les hommes. » Notre attitude chrétienne face aux situations et aux conjonctures des peuples ne doit pas être confondue avec les attitudes révolutionnaires de ceux qui ne croient pas en Dieu. Elle doit avoir l’allégresse de l’Espérance qui travaille même en union avec ceux qui n’ont pas la foi ni l’Espérance. Elle doit leur apporter un élément nouveau, initier de nouvelles motivations dans les luttes de la Terre qui ne seront efficaces que lorsqu’on prendra en compte cette transcendance de Celui qui apporte optimisme et allégresse, et qui peut communiquer ferment et force à tous ces combats.
Il est triste que des chrétiens, au lieu d’être le ferment des organisations politiques populaires, ferment de christianisme, élans de joie et du surnaturel, soient lâches. Ils se laissent manipuler et perdent leur foi, alors qu’ils devraient communiquer leur foi aux forces libératrices du monde.
Je voudrais que nous récupérions notre orgueil d’être chrétiens et que nous soyons optimismes dans le Seigneur et dans notre foi. Qu’à partir de cette foi, nous sachions incorporer à la grande libération du Christ, la lutte de notre peuple. Nous ne sommes pas contre la lutte prolongée. La nôtre, chrétiens, se prolonge depuis vingt siècles. Nous avons lutté contre toutes les tyrannies et contre tous les esclavages au nom de Celui qui ne se conforme à aucun projet concret de la Terre parce qu’Il est disposé à toujours demeurer critique afin de donner les meilleurs horizons aux humains qui véritablement poursuivent le bien de l’humanité et veulent toujours un monde meilleur. Ceci, vous le rencontrerez toujours dans une foi optimiste et allègre comme celle que professe notre christianisme. 16/12/79, p.38-40, VIII.
Description de la transfiguration d’un état de péché à une fête de l’amitié avec Dieu
La première lecture (So 3,14-18a) d’aujourd’hui est typique pour chanter la véritable allégresse de celui qui croit en Dieu. Le prophète dans tout ce troisième chapitre - que je vous recommande de lire intégralement - décrit la tristesse d’un peuple qui est tombé dans le péché, et qui a été déporté en exil, qui est humilié mais qui ne perd pas son optimisme. Il comprend que c’est le châtiment de Dieu qu’il est en train de vivre. Il demande pardon à Dieu et se convertit.
Conversion qui constituera le reste d’Israël et l’esprit de pauvreté.
Il y a dans cette conversion une promesse de Salut lorsque le prophète annonce le grand jour du Seigneur. Il dit (So 3,11-13) : « Ce jour-là, tu n’auras plus honte de tous les méfaits que tu as commis contre Moi, car J’écarterai de ton sein tes orgueilleux triomphants et tu cesseras de te pavaner sur ma montagne sainte. Je ne laisserai subsister en ton sein qu’un peuple humble et modeste, et c’est dans le nom de Yahvé que cherchera refuge le reste d’Israël. Ils ne commettront plus d’iniquités, ils ne diront plus de mensonges; on ne trouvera plus dans leur bouche de langue trompeuse. »
Pour la première fois dans la Bible, le Prophète Sophonie nous dit en quoi consiste l’esprit de pauvreté. C’est ce peuple simple et humble qui a mis en Dieu seul son espérance. C’est ce peuple dans lequel la vanité et l’orgueil ne sont plus inscrits; cela le dépréciait. C’est le peuple élu qui, par la douleur et la souffrance, s’est converti à Dieu et qui, au milieu du peuple d’Israël constitue ce reste d’espérance.
Chères communautés chrétiennes, ici se trouve le portrait de ce que nous devons être : des communautés qui placent toute leur confiance en Dieu. Ne participons pas au faux orgueil de ceux qui mettent leur force et leur croyance dans les choses de la Terre. La véritable pauvreté est de se soucier en priorité des pauvres comme s’il s’agissait là de notre propre cause. C’est pourquoi également, nous devons nous sentir démunis et nécessiteux de la force de Dieu en toutes circonstances.
Les lectures d’aujourd’hui nous éclairent et c’est un thème que, dans la Bible, nous pouvons retrouver abondamment dans les Psaumes et les Évangiles : « Réjouissez-vous car votre récompense sera grande dans le ciel. Sur cette Terre, vous connaîtrez de nombreuses tristesses, mais réjouissez-vous parce que cette joie céleste, personne ne pourra vous l’enlever. » C’est là le grand désir du message de ce matin : joie, espérance. Que s’éloignent de tous les cœurs le pessimisme et la dépression! Qu’en échange, aussi obscures que se présentent les perspectives présentes et à venir, nous sentions plus clairement notre confiance en Celui qui peut tout. 16/12/79, p.41, VIII.
3) Conversion à Dieu, unique chemin de la libération joyeuse
Je vais vous indiquer maintenant le chemin permettant d’acquérir cette joyeuse Libération que doivent savourer déjà tous les chrétiens. Je voudrais vous dire ceci : celui qui possède cette joie est déjà libéré intérieurement de toutes ces dépressions. C’est déjà un être promu et il est davantage prédisposé à travailler à la promotion des autres. Tant que vous aurez un cœur déprimé par la haine, par la vengeance, par la violence, vous ne pourrez pas être d’authentiques instruments de libération tels que Dieu le veut. C’est vous, chers chrétiens, purifiés du péché, appuyés sur la croix, qui offrez au pays et au monde le véritable Salut. Vous le savourez déjà. Vous êtes libres. Personne n’est plus libre que celui qui n’est pas attaché aux passions et au péché. Combien plus graves et plus néfastes sont les structures injustes de notre peuple, avec tous ceux qui y sont enchaînés. Il est temps qu’au-dessus de toute la force libératrice, vienne la force du Seigneur.
Le chemin n’est autre que celui de la conversion. Conversion à Dieu.
Rappelez-vous. Dimanche dernier, je disais dans ce contexte historique de la Palestine, que l’Esprit du Seigneur inspira Jean Baptiste à sortir du désert pour aller prêcher. Il est la voix de celui qui crie dans le désert (Lc 3,4-5) : « Préparez les chemins du Seigneur, rendez droits ses sentiers; tout ravin sera comblé, et toute montagne ou colline sera abaissée. » Il s’agit d’images orientales qui expriment des situations morales.
Jean disait aux multitudes
C’est pourquoi l’Évangile poursuit en disant (Lc 3,7-9) : « Engeance de vipères, qui vous a suggéré d’échapper à la Colère prochaine? Produisez donc des fruits dignes de repentir, et n’allez pas dire vous-mêmes : nous avons pour père Abraham. » Car je vous dis que Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham. Déjà même la cognée se trouve à la racine des arbres; tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. »
Conversion-Baptême
C’est ici que s’insère la péricope que nous avons lue dans l’Évangile d’aujourd’hui. (Lc 3,10-11) : « Et les foules l’interrogeaient en disant : « Que nous faut-il faire? » Il leur répondait : « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. »
Il s’approchait de tous les milieux. Jean ne rejetait personne
(Lc 3,12-14) : « Des publicains vinrent aussi se faire baptiser et lui dirent : « Maître, que nous faut-il faire? » Il leur dit : « N’exigez rien au-delà de ce qui vous est prescrit. » Des soldats aussi l’interrogeaient, en disant : « Et nous que nous faut-il faire? » Il leur dit : « Ne molestez personne, n’extorquez rien, contentez-vous de votre solde. » Et c’est ainsi que Jean indiquait à chaque catégorie sociale ses propres devoirs, la conversion. Et après, seuls ceux qui se convertissaient allaient avec lui jusqu’au fleuve Jourdain pour y être baptisés. Il s’agissait d’un signe de purification qui exprimait une attitude intérieure. Si un homme ne voulait pas laisser ses mauvais chemins, il ne pouvait être baptisé. Jean Baptiste prêchait et baptisait. Il posait là un signe de conversion.
« Tous recherchaient la Rédemption. »
La Rédemption est universelle. Dieu vient dans l’Histoire pour offrir le Salut à tous. Combien est précieuse cette prière de notre messe, la quatrième prière eucharistique qui dit : « Dieu tend ses mains pour que Le rencontrent tous ceux qui Le cherchent avec un cœur sincère. » Il n’est pas nécessaire, parfois, d’avoir connu le christianisme. Ceux qui ne purent pas Le connaître mais qui dans leur religion païenne, cherchent avec un cœur sincère et honnête à servir Dieu selon leur tradition, Dieu les sauve. Qui sait si à l’intérieur de notre Église, n’existent pas la foi et la quête de Dieu comme peut-être davantage au-dehors des limites de notre Église? Grâce à Dieu, nous avons des gens très saints dans notre Église!
Lorsque je demande dans l’Eucharistie : « Seigneur, ne te fie pas à mes péchés, mais à la foi de ton Église, » je pense à tous ces cœurs anonymes, pauvres et simples qui sont la force de notre Église. Mais ce matin, nous comprenons comment Jean, symbole de la prédication de l’Église, on le cherche de toutes parts. De tous les milieux, on vient vers lui. Il est fait mention de deux milieux très difficiles dans l’histoire d’Israël : ceux des publicains et des militaires. Les publicains étaient des hommes méprisés, sous d’autres aspects, comme les prostituées d’aujourd’hui. Des gens qu’il n’était pas convenable de fréquenter. Et, à ces êtres marginalisés moralement, Jean enseigne qu’il existe également pour eux des chemins de Salut. Le Christ dit un jour : « Il se pourrait bien que les publicains et les prostitués entrent au Règne des Cieux et que vous n’y entriez pas, pharisiens, hypocrites, qui faites consister la religion en apparences, et vous vous dites les meilleurs en dépréciant les autres comme des mauvais. » Qui sait qui sera le mauvais et le meilleur en présence de Dieu?
Aux soldats également, il fait un appel à la conversion. Combien disent aujourd’hui : « On ne peut espérer rien de bon des militaires. » Je crois qu’ici, il y a un point dans l’Évangile d’aujourd’hui, à savoir : qu’il n’y a personne qui soit condamné de son vivant, aussi mauvais qu’il ait été, autant de fautes qu’il ait commises! Il existe un appel de Dieu qui l’appelle à la conversion. C’est une espérance lorsque surgit de la pourriture un brin de bonne volonté; c’est un signal que le peuple n’est pas encore perdu, et ce, même s’il n’y avait qu’une infime part de Salut au milieu des crises les plus sombres du peuple.
C’est pourquoi, mes frères, je n’apporte mon appui à aucune option politique. Je refais simplement l’appel de Jean qui se laisse approcher par les soldats pour leur dire ce qu’ils doivent faire s’ils veulent véritablement entrer dans le Règne de Dieu. Jean ne se vend à personne. L’Église ne se vend à personne. L’Église ne s’engage qu’envers le Règne de Dieu et pose les exigences du Règne de Dieu à tous ceux qui s’approchent d’elle. Elle ne peut rejeter personne qui s’en approche avec un cœur sincère.
Appel de Jean à tous : il exige d’eux un engagement personnel envers la justice
La conversion est quelque chose de personnel, comme le péché l’est également. L’homme n’est purifié de son péché que lorsqu’il se repent lui-même et qu’il cherche les chemins de la justice.
Il ne suffit pas de proclamer des messages de bonne volonté. Jean baptise uniquement ceux qui, en vérité, ont fait une rupture avec leur passé.
Et parmi ceux qui rompirent avec leur passé pour obéir à l’exigence de conversion posée par Jean Baptiste, se trouvaient plusieurs de ceux qui formeront le groupe des apôtres du Seigneur. L’Église est née de pécheurs; ne l’oublions pas, chers chrétiens. L’Église est sainte parce qu’elle porte l’Esprit de Dieu qui l’anime, mais elle est pécheresse et elle a besoin de conversion parce que c’est nous qui la formons. Nous, hommes et femmes, enclins au péché, qui possédons parfois un passé difficile dont nous avons honte; mais, une fois que nous nous sommes convertis, nous tâchons, nous tâchons, dis-je, de demeurer fidèles au Seigneur. Ce n’est pas que nous Le suivions déjà à la perfection, mais l’effort de Le suivre fait le véritable disciple de notre Seigneur Jésus-Christ.
C’est cela, le souci permanent de l’Église : que les gens se libèrent des actes irresponsables de leur milieu.
Paul écrivait aux Romains : « Que celui qui mentait, qu’il dise la vérité, que celui qui volait, qu’il se mette à travailler. » Comme nous pourrions compléter ces phrases de saint Paul : Que celui qui était mauvais, qu’il commence à être bon et il sera heureux de la félicité qu’il ne trouvera pas en volant ou en extorquant, ni en faisant le mal et en torturant.
Tout ce passé ne peut apporter le bonheur, ni ne pourra être la solution de la patrie. Convertissez-vous! Et vous découvrirez que le bonheur consiste à collaborer avec amour au bien de tous. 16/12/79, p.42-44, VIII.
La conversion amène au partage
Que celui qui a deux tuniques, en donne une à celui qui n’en a pas et que celui qui a à manger, partage même si c’est peu de chose, avec celui qui n’en a pas. C’est cela, une société solidaire. C’est celle que l’Église promeut : une société préoccupée de donner à tous le nécessaire et qui n’accepte pas aveuglément la différence qui naît de l’argent ou de la force. « N’abusez pas des gens », disait Jean Baptiste, et l’Église répète : « N’abusez pas. » Il n’existe pas d’êtres humains de deux catégories. Il n’y a personne qui soit né pour tout posséder et laisser les autres sans rien. Une majorité qui ne possède rien et qui ne peut savourer le bonheur que Dieu a créé pour tous. C’est cela, la société chrétienne que Dieu veut : une société où nous partageons le bien que Dieu a créé pour tous. […]
La conversion sera durable et profonde si nous sommes capables de critiquer notre fausse manière de voir le monde et les hommes. Je veux insister sur cela, mes frères, parce que je crois que nous avons besoin aujourd’hui, davantage plus que jamais, de citoyens matures qui possèdent un sens critique. N’attendez pas de voir vers quoi s’incline l’évêque ou ce que disent les autres ou l’organisation. Chacun doit être un homme, une femme critique : « C’est à ses fruits que vous reconnaîtrez l’arbre. » Observez bien le produit et critiquez selon les œuvres : le gouvernement, l’organisation politique populaire, le parti politique, tel ou tel groupe. Ne vous laissez pas manipuler. C’est vous le peuple qui devez rendre une sentence de justice au peuple qui en a besoin. C’est pourquoi chacun doit regarder de ses propres yeux. Chacun doit faire abstraction du climat politique où nous sommes. Je pense, par exemple, au nombre de pauvres femmes de chambre qui doivent penser selon ce que leur dit leurs patrons! Cela ne doit pas être ainsi. Vous devez penser librement. C’est ainsi qu’on manipule les masses parce qu’on retient beaucoup de gens attachés par la faim. Il faut savoir critiquer et voir le monde et les humains avec ses propres critères, et un chrétien doit apprendre à aiguiser ses critères chrétiens.
Le riche doit critiquer, au sein de son propre milieu social, le pourquoi de sa richesse, le pourquoi de la misère à ses côtés. Un chrétien riche rencontre le principe de sa conversion, dans une critique personnelle : Pourquoi suis-je riche et pourquoi y a-t-il autant d’affamés autour de moi?
Le mari infidèle se convertit et il sera un mari fidèle lorsqu’il prendra conscience de son machisme et de son incapacité d’avoir avec son épouse une relation adulte et mature de chrétien. Ce que je veux dire avec tout cela, c’est que nous ne devons pas vivre à partir de ce que disent les autres. La conversion que Jean Baptiste demande à chacun : « D’où viens-tu? De l’armée? Si tu veux entrer dans le Règne de Dieu, pense à cela et convertis-toi au Seigneur. De quel groupe viens-tu? Des publicains, des prostituées? Cela importe peu. Commence à voir le monde avec tes yeux d’enfant de Dieu et cesse de faire ce que tu faisais. »
Frères, combien de gens, - c’est le péché dans lequel nous vivons - se privent de leurs propres critères? Combien en arrivent à suspecter les autres, jusqu’à l’évêque, parce qu’ils veulent qu’ils pensent comme eux? Ou, eux-mêmes se laissent influencer par les autres dans leurs choix. Non. Je vous offre ici une réflexion sur la Parole de Dieu afin que chacun de vous l’assimile et qu’à partir de sa propre personnalité, il agisse comme chrétien s’il désire véritablement faire honneur à la foi qu’il professe et ne pas être victime des manipulations et de l’environnement.
La conversion de Jean est non seulement personnelle mais recherche une rénovation sociale. La conversion d’un publicain, d’un soldat, d’un alcoolique ne suffit pas. Il faut découvrir le réseau de complicités qui permet la prostitution à grande échelle. Si ce n’est qu’il s’agit déjà d’un système! Lorsqu’on annoncera les noms des propriétaires de certains motels et de certaines maisons de prostitution, certains seront estomaqués. Parfois, ces mêmes puritains qui condamnent l’immoralité du péché, font partie de ce système qui corrompt le peuple en soûleries et en prostitutions.
La conversion que Jean demande est - traduite en terme moderne - que chacun découvre le circuit économique qui naît de l’alcoolisme. Quelle honte de savoir que l’État lui-même se fait tavernier, marchand d’alcool pour pouvoir se financer. En cette heure de révision, les responsables économiques du pays doivent assainir les sources de leur économie et ne pas permettre que le peuple pauvre, pour contribuer à l’économie du pays, doive s’empoisonner en achetant de l’alcool, tandis que d’autres revenus d’impôts pour l’État demeurent inexploités.
Une véritable conversion chrétienne aujourd’hui doit découvrir les mécanismes sociaux qui font de l’ouvrier et du paysan, des personnes marginalisées. Pourquoi n’y a-t-il qu’un revenu pour le pauvre paysan. Celui qu’il gagne pendant la courte période de la récolte du café, du coton et de la canne à sucre? Pourquoi cette société a-t-elle besoin d’avoir tant d’ouvriers agricoles sans travail, d’ouvriers mal payés, de gens sans salaire? Ces mécanismes doivent être révisés non à la manière des sociologues ou des économistes, mais à la manière des chrétiens pour ne pas être complices de cette machinerie qui fabrique toujours davantage de pauvres, d’exclus et d’indigents.
C’est seulement par ce chemin de conversion que l’on pourra rencontrer la véritable paix dans la justice. C’est pourquoi la figure de Jean Baptiste, en plein cœur de l’avent, est la figure de l’Église et de la communauté chrétienne qui, loin d’être à la recherche de solutions de vengeance et de violence, cherchent dans la racine du mal qui ronge notre société : dans le péché. Elle cherche une conversion qui devient aussi la conversion du peuple, et non seulement de chaque individu.
Alors que Jean Baptiste annonçait tout cela, les gens se demandaient : « Serait-ce lui le Messie? » Il leur dit : « Je ne suis qu’un humble précurseur qui baptise avec de l’eau. » C’était un rite, rien de plus, pour exprimer l’intériorité humaine. Comme l’eau du baptême qui sèche et laisse l’homme extérieurement dans le même état qu’avant le baptême, il en est de même de cette attitude morale qui, si elle ne persévère pas, ne sera que convenance ou opportunisme. Comme aujourd’hui dans le domaine politique. Ceux qui penchent vers la moralité populaire. Si les choses changent, ils changeront eux aussi
Nous parlons ici des moyens de communication sociale qui se prêtent à la manipulation et au soutien du péché d’injustice sociale qui ne peut être défendu sous aucun prétexte. C’est pourquoi l’Église appuie tous ceux qui fomentent le changement structurel. Elle ne s’en tient pas à cela, naturellement, parce que l’Église a dit par la voix de Paul VI : « Changer de structures sans changer les cœurs des humains, c’est simplement placer ces nouvelles structures au service de nouveaux péchés. » « Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, disait Medellín, pour avoir un nouveau continent, il ne suffit pas d’avoir de nouvelles structures mais un changement de cœurs. »
Telle est ma prétention comme pasteur! Je ne défends pas ici telle ou telle conjoncture, tel gouvernement ou tel autre groupe. Ce que je tente de faire, c’est d’illuminer n’importe quelle conjoncture avec la Parole de justice du Seigneur et d’exiger de tous les systèmes, de tous les partis, de toutes les organisations et de tous ceux qui aiment le bien véritable du pays : qu’ils se convertissent! Et, à partir de la perspective d’une conversion évangélique, qu’ils sachent donner au peuple la médecine dont ce peuple a besoin. 16/12/79, p.45-47, VIII.
Quatrième dimanche de l’avent; 23 décembre 1979; Lectures : Michée 5,2-5a; Hébreux 10,5-10; Luc 1,39-45.
Contexte central : deux femmes enceintes miraculeusement : Marie et Élisabeth
Les figures principales de ces quatre dimanches de l’avent sont deux femmes enceintes : Élisabeth et Marie. Les deux ont été fécondées miraculeusement. Élisabeth vieille et stérile qui était déjà au sixième mois de sa grossesse et qui va être mère du Précurseur. Et Marie qui sans perdre sa virginité, par l’œuvre du Saint Esprit, va concevoir Celui qui vient naître à Bethléem comme le Rédempteur des hommes.
Marie est la belle figure de l’avent
Pour rendre un grand hommage à la femme, j’aimerais dire que toute femme enceinte est un avent. C’est l’annonce d’une vie qui arrive. Comment l’Église pourrait-elle diffamer et outrager la figure de la femme? Au contraire, elle l’exalte et la loue, et elle veut la défendre de tout ce qui l’outrage et la diminue.
Pendant l’avent, ces deux personnages : Marie, enceinte pour être la mère de Jésus et l’Église elle-même qui féconde tant de fils. Et, comme Marie, Vierge et Mère, elle se prépare à donner naissance à la lumière dans l’éternité, dans l’Église définitive du Ciel. Ceci évoque tout le sens de cette préparation de Noël dans le cœur du chrétien : la venue de la vie de Dieu pour se faire vie des hommes, et la seconde venue de ce Jésus, qui dans la splendeur de sa gloire, viendra pour consumer son Église. C’est entre ces deux avents, entre ces deux venues de vie, que se meut le christianisme.
Marie se démarque dans la première venue du Christ, mais là ne se termine pas sa mission
Tout au long de l’histoire du christianisme, elle accompagne les ministères de l’Église : les travaux de ses apôtres, de ses évêques, de ses prêtres, de ses catéchistes, de ses religieuses, des pères de famille; tous ceux qui construisent l’Église au long des siècles. Marie est la mère de toute cette fécondité que nous autres, humbles travailleurs de l’Évangile, tâchons de semer dans le peuple.
Plan de l’homélie :
1) Jésus est le Salut de Dieu dans l’Histoire
2) Par Marie, nous avons Jésus
3) Marie continue d’être un signe de Salut pour tous les temps
1) Jésus est le Salut de Dieu dans l’Histoire
A) Jésus est le nom que l’Archange de Dieu ordonna de donner au futur Fils de la Vierge.
L’Évangile nous raconte que ce fruit des entrailles de Marie va prendre le nom imposé par ce même Dieu. Il charge Joseph (Mt 1,21) : « Tu l’appelleras du nom de Jésus. » Contraction hébraïque qui veut dire : « Dieu sauve ».
C’est cela, Jésus : Dieu sauve! Il est le Salut de Dieu qui se fait enfant à Bethléem, qui se fait homme crucifié au Calvaire, qui se fait Église pour prolonger sa vie dans l’Histoire.
Il sauvera le peuple de ses péchés. C’est intéressant ce que dit le document de Puebla à propos de Marie : Marie est le point culminant de l’Histoire qui s’unit avec le Ciel et apporte la vie de Dieu à l’humanité.
Marie enceinte de Jésus
Marie se présente dans l’Évangile d’aujourd’hui (Lc 1,39-45) féconde de ce Salut qui est déjà venu et qu’elle porte dans ses entrailles.
La force salvatrice de l’Esprit repose déjà sur Élisabeth et Jean.
En arrivant à la maison de sa cousine Élisabeth, se produit la sanctification de Jean Baptiste sans même qu’il soit né : « Dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, l’enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint. » Jean Baptiste va naître sans péché parce que l’a déjà sanctifié le Salut de Dieu qui vient à sa propre maison dans les entrailles de Marie.
Élisabeth la nomme : « Mère de mon Seigneur. »
Quelle rencontre plus fantastique que celle de ces deux femmes!
« Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur! » (Lc 1,45) dit Élisabeth à Marie.
Le projet du Salut
Qu’est-ce que le Seigneur a dit à Marie? Il lui a révélé le projet du Salut.
Le Salut que nous prêchons, il ne faut pas le diluer avec des projets de libérations partielles
Le Salut que prêche l’Église du Christ n’est pas autre chose que ce que Marie a cru et initié en donnant son consentement de se faire féconde pour le Salut de l’humanité. C’est pourquoi l’Église est si jalouse de préserver cette foi de Marie, ce projet de Dieu dans le Salut des hommes. Et c’est pour cela qu’elle, l’Église, ne tolère pas qu’on la mêle à des projets simplement humains, parce qu’elle les sanctifie et les pénètre tous par l’Esprit du Christ. Tout effort de libération des peuples ne sera efficace que s’il se laisse pénétrer par la foi du projet de Dieu pour sauver l’humanité.
Nos temps sont propices pour féliciter Marie et pour l’entendre. Elle qui veut voir Dieu dans la libération de notre pays et de notre peuple, afin que nous ne nous laissions pas séduire par les fausses libérations, et que nous demeurions toujours - dans la prolongation de l’histoire - le Salut de Dieu qui est venu par les entrailles de Marie, dans la foi de Marie, pour donner vie à tous les efforts « salvifiques » de la Terre. 23/12/79, p.62-64, VIII.
B) Michée - le prophète de ce dimanche - se réfère à ce projet « salvifique » de Dieu.
Lorsqu’il dit (Mi 5,1) : « Ses origines remontent au temps jadis, aux jours antiques. »
Annonce de ce souvenir de l’antiquité du berceau de David (Mi 5,1) :
« Et toi, (Bethléem) Ephrata, le moindre des clans de Juda, c’est de toi que naîtra celui qui doit régner sur Israël. » C’est l’initiative de Dieu, qu’en cet humble hameau de Bethléem où est né David, vienne naître son descendant qui doit être Celui qui réalisera comme protagoniste le Salut de Dieu projeté pour les hommes : Une dynastie de laquelle naîtra le Roi de ceux qui le suivent avec la véritable foi.
Le style de cette œuvre libératrice
On nous relate dans la première lecture d’aujourd’hui que (Mi 5,2) : « … Yahvé les abandonnera jusqu’au temps où aura enfanté celle qui doit enfanter. » Encore une précieuse allusion à Marie.
À peine trente ans plus tôt, devant le roi Ajab, qui tremblait de peur devant l’invasion de l’Assyrie, le grand prophète Isaïe lui offre un signe que Dieu est avec son peuple : « Une vierge concevra et donnera naissance, demeurant toujours vierge. » C’est le merveilleux signe du prodige de Dieu qui déjà s’accomplit quand celle qui doit donner naissance est sur le point de le faire. En ce Noël, arrive à nous, dit le prophète : « Celui qui doit rompre les esclavages de tous les hommes. »
Comme ce Noël devrait faire résonner l’espérance pour notre pays, alors que plusieurs vivent dans le pessimisme! Si Dieu est avec nous, si celle qui doit donner naissance se souvient, une année encore, qu’en cette Sainte Nuit, Elle marqua le début du Salut que Dieu veut, pourquoi avons-nous peur? Une nuit d’espérance s’approche : la nuit de Noël où celle qui doit donner naissance, donnera naissance et mettra fin aux esclavages de la Terre, l’esclavage de ceux qui vivaient sous la tyrannie et le pouvoir des idoles, du péché et des passions.
Le prophète annonce (Mi 5,3) : « Ils s’établiront, car alors il sera grand jusqu’aux extrémités de la Terre. » Il s’agit d’un Règne universel, d’un Salut qui s’offre à tous ceux qui le recherchent avec un cœur sincère.
Cette prophétie de Michée appelle Celui qui doit naître de cette femme mystérieuse : « Il sera notre paix. » Il est la paix! Pourquoi la paix manque-t-elle sur la Terre? Parce que les hommes, les femmes, se sont éloignés de Dieu et parce qu’ils se sont approchés de la haine qui sépare les uns des autres. Le Christ est la paix parce qu’Il nous approche de Dieu et parce qu’il nous appelle tous à nous embrasser fraternellement. C’est cela, le Salut que le Christ apporte.
Raisons théologiques
Il sauvera les humains
Quand dans la seconde lecture (He 10,5-10) nous avons l’explication du pourquoi le Christ est Rédempteur et du pourquoi Jésus est le Salut du monde, il nous est présenté également comment en une nuit de Noël, Il fit son entrée dans l’Histoire.
Tu m’as façonné un corps
Observez ce moment précieux où Dieu entre dans l’Histoire, comme nous le raconte l’épître aux Hébreux (10,5) : « C’est pourquoi, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation; mais tu m’as façonné un corps… »
« Je viens pour faire ta volonté. » (10,9-10) « … Et c’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l’oblation du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes. »
Cela veut dire que cet enfant qui naît de Marie est la chair dont Dieu a besoin pour s’offrir en holocauste. Le monde a commencé à se sauver dès le moment où le Verbe se fit chair. Dans les entrailles de Marie a débuté le Salut du monde, Salut qui va se consumer sur la croix du Calvaire, et plus encore, quand Il triomphe sur la mort et est glorifié dans le Ciel.
Le Christ sauve depuis l’Incarnation… depuis la croix… depuis la Résurrection et la gloire = Kénose.
Ou encore, ici apparaît le parcours du Salut. « Je viens du Père et Je me suis soumis à l’humiliation de la mort; maintenant Je retourne vers le Père en apportant avec moi le Salut des hommes. » C’est cela, le projet salvifique du Christ, lequel suppose ce que la théologie appelle la Kénose ou bien, l’humiliation de celui qui, étant Dieu, se dépouilla de son rang divin pour se faire homme et, bien davantage, un condamné. Un homme qui souffre l’injustice dans sa propre chair et qui offre à Dieu l’holocauste de sa souffrance afin que tous ceux qui croient en Lui soient sauvés. Marie est l’auteur de cette chair du Fils de Dieu qui par la volonté du Père, offre dans l’holocauste de la croix, le sacrifice qui sauve le monde.
Si une libération ne porte pas Dieu dans ses entrailles, elle ne peut pas être complète ni efficace
Frères, connaissant ici le projet salvifique de Dieu, nous pouvons dire dès maintenant qu’il n’existe pas de libérations dans l’Histoire si elle ne s’incorpore pas à la grande libération que Dieu projette pour tous les hommes. Toute libération qui ne porte pas dans ses entrailles le Projet de Dieu, est une fausse libération. Toute libération qui ne débute pas par la foi dans le Salut en Jésus-Christ est une libération mutilée, temporelle, politico-économique. Celle-ci, aussi parfaite qu’elle soit, si elle n’est pas incrustée dans le Salut du Christ qui enlève du péché et élève jusqu’à Dieu, nous ne pouvons pas dire qu’elle est la Libération intégrale que Dieu veut.
Plus encore, cette épître de saint Paul condamne, comme peu libératrice, une religion qui s’éloigne du projet de Dieu. Quand saint Paul, dans l’épître aux Hébreux dit clairement : « … ni les sacrifices, ni les holocaustes du temple ne sont agréables à Dieu parce qu’ils ne possèdent pas la profondeur du sacrifice du Christ pour le Salut des hommes… », il dénonce un faux sens de la religion.
Il ne sert à rien d’offrir de nombreuses pénitences, de nombreuses prières à Dieu si on n’a pas le sens profond de cette libération des esclavages de l’homme et de la femme, que Dieu veut, si elles ne s’introduisent pas dans cet abandon du Christ, qui étant riche s’est fait pauvre et se déposséda de tout jusqu’à l’humiliation sur la croix. C’est à partir de là, qu’est donné son véritable sens à la libération et à la religion chrétienne.
Puisse Dieu, qu’en ce matin où nous réfléchissons sur le fait qu’en Jésus seul nous avons le Salut en Dieu, nous observions si vraiment notre religion adore le véritable Jésus ou si nous n’avons pas mystifié en Jésus-Christ, ce qui ne correspond pas au véritable Salut de Dieu que Marie nous enseigne à connaître par l’exemple de sa foi. 23/12/79, p.64-66, VIII.
2) Par Marie, nous avons Jésus
A) Jésus et Marie unis dans le projet de Dieu
« Au moyen de Marie… » (Puebla)
Jésus et Marie dans le projet de Salut de Dieu nous sont présentés dans le document de Puebla par cette belle expression : « Au moyen de Marie, Dieu se fit chair, fit partie d’un peuple, d’où Il constitue le centre de l’Histoire. Elle est le trait d’union entre le Ciel et la Terre. Sans Marie, l’Évangile se désincarne, se défigure et se transforme en idéologie, en rationalisme spiritualiste. » (301) Marie, donc, donnera à la Rédemption le sens que Dieu veut.
La voix d’Élisabeth sera la voix de toute l’éternité…
L’Évangile d’aujourd’hui, (Lc 1,39-45) met sur les lèvres d’Élisabeth le Salut de tous les siècles. L’Attendu est déjà le fruit des entrailles de Marie (Lc 1,42) : « Bénie es-tu entre toutes les femmes, et béni le fruit de ton sein! »
Virgile
Même les païens présentèrent la venue de cette femme admirable. Par exemple, quand le poète Virgile, dans un de ses poèmes qui semble quasi semblable à une prophétie d’Isaïe, dit à l’enfant de cette femme mystérieuse :
incipe parvea puer rusum cognoscere matris, « commence, tendre enfant, à connaître le sourire de ta mère », c’est une mère bénie en qui toute l’humanité s’est donné rendez-vous, qu’il présente.
Quand Marie reçoit l’annonce de l’ange : Veux-tu être mère du Sauveur? Marie va être la responsable de toute l’humanité. Ce « fiat », « qu’il m’advienne selon ta parole! », n’est pas uniquement celui de la jeune femme de Nazareth, c’est la voix de l’angoisse de tous les peuples qui ont besoin de Rédemption. On pourrait dire que cette inquiétude, cette crise, cette frayeur du Salvador de 1979, pesait de toute son angoisse sur les lèvres tremblantes de Marie : « Je suis l’esclave du Seigneur, viens sauver ce peuple. Viens, le Salvador a besoin de toi, l’Histoire a besoin de toi, les peuples ont besoin de toi. » Marie est alors celle qui donne naissance à l’Être mystérieux que Dieu a promis comme signe de sa toute Puissance, comme signe de son Salut.
B) « Tu m’as préparé un corps… »
Quand, dans la seconde lecture d’aujourd’hui (He 10,5-10), le Christ fait son entrée dans l’Histoire, Il dit à Dieu : « Tu m’as préparé un corps. Ce corps sera l’holocauste dont tu as besoin. » Et nous avons ici Marie qui donne son corps, sa vie humaine, comme toutes les femmes donnent la vie humaine à leur fils. Marie donne tout ce qu’est l’être humain à Celui qui, par ailleurs, est Fils de Dieu, pour, qu’en ses membres humains, Il porte la responsabilité de tout l’humain et le purifie par son sang, lequel, parce qu’il appartient à Dieu, est sang divin, est Rédemption de Dieu.
L’être humain uni à Dieu
Frères, c’est là le grand mystère que la théologie a appelé d’un nom un peu rare, mais qui exprime toute la profondeur de la nature du Verbe et de la nature humaine qui s’unissent en une union « hypostatique ». Hypostatique signifie personnel, une seule personne, la Seconde de la Sainte Trinité : le Verbe. Il avait non seulement la nature divine, nature de Dieu, mais aussi la nature humaine : « Mes mains, mes pleurs, mes larmes, mon sang sont humains et divins. » Jésus est à la fois homme et Dieu.
Selon la théologie, Il ne possède qu’une personne, qui est la divine, qui vit depuis toujours, depuis l’éternité, et la nature humaine nouvelle, qui fut assumée à partir des entrailles d’une femme, comme tout être humain. Cette union personnelle, hypostatique, est le secret du Salut des êtres humains. C’est pourquoi, je le répète : il ne peut plus y avoir dorénavant le Salut d’un homme, si ce n’est qu’en passant par Jésus, par la personne du Christ, par la foi dans le Seigneur.
Ce matin, nous devons demander à la Vierge que tous ceux qui travaillent pour la libération du peuple ne s’éloignent pas de cette foi, mais qu’ils sentent que cette foi leur donne la véritable grandeur, le véritable destin, l’origine et la fin de tout ce que Dieu veut pour le bonheur des peuples. Qu’il n’y ait pas sur la Terre des prétentions qui ne soient pas de Dieu. Et que loin de nous éloigner du mouvement salvifique du Christ, nous nous sentions davantage généreux pour sauver le peuple. Que seul Dieu, Dieu dans son Christ, Dieu fait homme, nous donne le véritable sens libérateur pour lequel nous travaillons et nous mourons. 23/12/79, p. 66-68, VIII.
3) Marie continue d’être un signe de Salut pour tous les temps
A) Marie n’est pas seulement la mère du Christ physique, mais aussi celle du Christ historique
Cet heureux événement passa et nous allons le commémorer en cette nuit de Noël. Mais Marie, Dieu voulut l’identifier avec son Église. Mère de notre vie spirituelle, Elle vit préoccupée de ce que la Vie de Dieu s’incarne chez tous les humains. Marie est non seulement la mère du Christ physique, mais aussi celle du Christ historique. Marie considère le Christ comme la Tête de tout le corps mystique que nous formons tous et tant qu’un homme sera sur le point de naître, Marie sera enceinte. L’Église enceinte, donne sans cesse naissance. L’accouchement de Marie et de l’Église se poursuivra jusqu’à la fin des temps.
Ce n’est pas là un mensonge ou une image ce que nous venons de dire… En cette heure tragique, comme est en train de vivre notre patrie, nous vivons un accouchement. C’est vrai. Dans l’Histoire, il y a des heures d’accouchement pour les peuples, des heures où la naissance est difficile. Lorsque doit naître un homme nouveau, un pays nouveau, une nation selon le cœur de Dieu, sans nous en rendre compte, nous collaborons tous aux douleurs de l’enfantement avec la foi dans la destinée de l’Histoire que Dieu a voulue.
Marie connaît ce destin et c’est pourquoi nous recherchons ce que dit saint Paul : « que le Christ offrit son corps en holocauste une fois pour toutes et cet acte continue de sanctifier ceux qui furent rachetés par le Christ. » Ce qui signifie que l’acte salvifique se consuma sur le Calvaire et dans la Résurrection, mais l’application de ce mystère, pour sauver le monde, est l’œuvre de l’Église tout au long des siècles.
Ce que je fais en ce moment, ce que doivent faire les futurs prêtres dans leur ministère, ce qu’aujourd’hui l’Église fait par le moyen de son travail pastoral, n’est pas autre chose que de rendre fécond ce sacrifice du Christ dans le cœur de chacun, de convertir les incrédules, de faire en sorte que croisse la foi de ceux qui croient, de sanctifier ceux qui sont déjà saints. Ce travail ne se termine jamais.
Je voudrais que tous ceux qui forment l’Église, nous ayons une idée si claire de cette vision de transformation du monde dont Dieu nous a chargée, que nous n’ayons plus besoin de mendier aux projets politiques de la Terre, que nous ayons une compréhension telle de tout cela, que nous puissions leur dire sans envie, mais avec affection : « Ce que vous être en train de faire pour une nouvelle naissance du pays, ne suffit pas si cela ne correspond pas à une sanctification de tous les Salvadoriens. » Accompagnons, oui, accompagnons ces efforts libérateurs mais en les portant en tant qu’Église, en tant que mère féconde de la vie de Dieu qui ne cesse de venir au monde, véritable Fils de Dieu.
B) La contribution de l’Église au Salvador : Marie, une dévotion libératrice
C’est pourquoi j’écris, dans ma quatrième lettre pastorale, que j’offre au pays ce que l’Église peut faire pour qu’on ne l’interprète pas mal, ce que tous ses membres doivent savoir de ce que nous pouvons et de ce que nous devons donner et ce que nous ne pouvons ni ne devons donner. Je disais que, parmi les choses que nous pouvons donner, c’est Marie, Mère du Christ, Mère de l’Église et de l’Amérique. C’est le plus tendre et le plus beau de la collaboration de l’Église du Salvador. Puebla fit également cette riche interprétation du rôle de Marie dans l’œuvre libératrice de l’Église et de sa providentielle présence dans la dévotion de notre peuple. » (99)
Je cite ici la pensée du Pape sur le fait que pour l’Amérique latine, la dévotion à Marie est une expérience vitale et historique qui appartient à l’identité propre de ces peuples. Aujourd’hui, avec le motif des fêtes à la Vierge, qui sont si belles en ce mois de décembre, nous avons rappelé comment elle est : « …. femme forte qui connut la pauvreté et la souffrance, la fuite et l’exil. Ce sont des situations qui ne peuvent échapper à l’attention de ceux qui veulent seconder avec un esprit évangélique les énergies libératrices de l’homme et de la société. » (Puebla 302; 99)
Souvenons-nous également comment Marie dans son cantique, précisément dans l’Évangile d’aujourd’hui (Luc), « se manifeste comme modèle pour ceux qui n’acceptent pas passivement les circonstances adverses de la vie personnelle et sociale, ni ne sont victimes de l’aliénation comme cela se produit aujourd’hui. Mais ils proclament avec Elle que Dieu « loue les humbles » et, si c’est nécessaire, renverse les puissants de leurs trônes. » Puebla (297; 99)
Marie nous enseigne le projet de Dieu et la collaboration qu’Il demande aux humains
En ce dimanche que nous avons dédié avec tant d’affection à la Vierge, je voudrais que tous les chrétiens qui participent à cette réflexion, nous sachions vivre l’expérience puissante et douce de la dévotion à Marie qui ne nous amène pas au conformisme et à l’aliénation comme vient de le rappeler le Pape, mais qu’elle sait donner à la souffrance, à l’exil, à l’oppression, son véritable sens. Pas de désespoir, de violence, de haine ou de vengeance, mais le sens de la Rédemption. Le sens du Christ qui dit : « Tu m’as donné un corps pour te l’offrir en holocauste. Il est le Salut du monde. C’est cela, le Salut et le Projet de Dieu que nous vivons et que nous aimerions vivre plus intensément. […]
En terminant cette précieuse réflexion, j’aimerais inviter les prêtres à vivre dans toute leur vie le double mystère de Noël : l’Immanence et la Transcendance. Le mystère de l’Immanence, Dieu qui se fait homme, qui assume et sanctifie en Lui les réalités de l’Histoire sans craindre les vicissitudes du monde. Le mystère de la Transcendance est un Dieu qui s’engage dans l’Histoire pour la transcender à partir de son intimité, de ses entrailles. Le prêtre, la communauté, l’Église qui vit ainsi sa foi comme une Immanence de Dieu dans l’Histoire et une Transcendance de l’Histoire vers Dieu, accomplit la mission salvatrice, le projet du Jésus du Salut. 23/12/79, p.68-70, VIII.