Homélie de la Noël du Seigneur, 24 décembre 1979.
Je vous félicite non seulement parce que c’est Noël mais parce que vous êtes courageux. Tandis que plusieurs ont peur et ferment leur porte, de même, de nombreuses églises se sont laissé vaincre par la psychose. La cathédrale ouverte est l’image d’une confiance et d’une espérance dans le Rédempteur qui naît.
Vous êtes en cette nuit, l’exemple vivant de ce que doit être Noël. Au milieu du monde et nonobstant les dangers, les vicissitudes, les psychoses, les peurs, il y a l’espérance, il y a de la joie. Il ne s’agit pas ici simplement de feindre avec un courage sans raison et insensé, mais, il y a là, la profondeur d’une réalité qui demeure au cœur de l’Église et qui doit être le moteur puissant de la vie de tous chrétiens.
Je pense que dans l’Évangile de ce soir, il y a trois idées qui doivent être notre message de cette année, ici, au Salvador.
Plan de l’homélie :
1) L’Ange dit aux bergers (Lc 2,11) : « Je vous annonce une grande joie : aujourd’hui vous est né un Sauveur. » (Cette pensée signifie : Aujourd’hui a été introduit dans l’Histoire un principe de nouveauté, de rénovation, de nouvelle toujours éternelle.)
2) L’Ange dit aux bergers (Lc 2,12) : « Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé dans des langes et couché dans une crèche. » (Ici nous rencontrons l’image d’un Dieu qui se revêtit de la misère humaine et donne ainsi un sens divin à la souffrance et à la douleur.)
3) La multitude des anges qui descend en chantant (Lc 2,14) : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux. » (C’est l’invitation que le Christ vient nous faire : à savoir que l’être humain possède une destinée unie à la gloire de Dieu et que pour cela, sa vie doit être optimiste et qu’il ne doit jamais faiblir.).
1) L’Ange dit aux bergers (Lc 2,11) : « Je vous annonce une grande joie : aujourd’hui vous est né un Sauveur. »
En premier lieu, je dis : la naissance du Christ suppose de la part de Dieu un germe de nouveauté dans la vie et dans l’Histoire. Depuis que le Christ est né, l’Histoire qui vieillissait, se renouvelle. Cela est semblable au moment où un agriculteur sème du nouveau.
Ainsi l’avaient annoncé les prophètes
Cette même nuit nous avons entendu le prophète Isaïe qui parlait du désert qui fleurit : « Et celle qu’on appelait « Abandonnée » s’appellera dorénavant « Privilégiée! » Et tous ceux qui semblaient mourir de tristesse, aujourd’hui sont dans l’allégresse!
Raison de notre allégresse de Noël
Si nous cherchons une explication profonde à l’allégresse de Noël que plusieurs vivent et dont la majorité ne comprend pas, en voici la raison : « dans le monde a été posé quelque chose de nouveau. » La Noël est toujours nouvelle, c’est toujours une Nouvelle. Toutes les nuits de Noël, même si vingt siècles ont déjà passé, l’ange continue d’annoncer qu’il s’agit de la grande Nouvelle : « Je vous annonce une grande Nouvelle. » Le monde se renouvelle par ce germe qui a été injecté dans l’Histoire.
Comme je voudrais, très chers frères chrétiens, que nous assimilions cette Nouvelle et que nous en faisions notre quotidien. Qu’autour de nous, par notre témoignage, notre confiance et notre sécurité, nous inspirions la confiance de l’ange qui dit : « Je vous annonce une grande Nouvelle! » Même s’il advient toutes sortes de catastrophes qui engendrent le pessimisme, la tristesse, la psychose et la peur, la rénovation est là. Dieu est venu et l’Esprit de Dieu rend neuves toutes choses. Combien de changements se sont-ils produits dans l’Histoire depuis que le Christ est venu. Et sans cesse ce Règne de Dieu, que le Christ apporta au monde, inspire les nouvelles époques. Nous n’avons pas le temps ici de faire un décompte de tous les changements profonds dans l’Histoire qui ont été inspirés par ce qu’il y a de plus pur et de plus saint qui se conserve dans l’Église de Jésus-Christ.
Aujourd’hui nous assistons aussi, au Salvador, à une heure de rénovation.
Rénovation qui se compare avec les douleurs de l’accouchement.
Le pays est en train de passer à un autre âge et c’est pour cela qu’il y a des douleurs et de l’angoisse, qu’il y a du sang et des souffrances. « Mais comme dans l’accouchement, dit le Christ, la femme qui arrive à son heure souffre, mais quand le nouvel homme est né, elle a déjà oublié toutes ses douleurs. »
Ces souffrances passeront! La joie qui demeurera sera qu’en cette heure d’accouchement nous aurons été chrétiens, nous aurons vécu dans la foi en Jésus-Christ, et nous n’aurons pas succombé au pessimisme. Comme j’aimerais pouvoir crier, cette nuit, au-dessus de toutes les campagnes du Salvador : Ne craignez rien, un Sauveur nous est né! Ce qui apparaît maintenant insoluble, sans-issue, Dieu l’a déjà marqué de son espérance. Cette nuit est pour vivre l’optimisme. Nous ne savons pas comment, mais Dieu mettra à flot notre patrie. Dans la nouvelle heure, demeurera toujours présente la grande Nouvelle du Christ qui rend nouvelles toutes les choses. Et lorsque vieillissent les époques, les âges, toujours demeure la grande Nouvelle, la grande rénovation de l’Esprit du Christ qui a été injectée pour toujours, depuis cette Nuit que nous commémorons aujourd’hui. 24/12/79, p.82-83, VIII.
2) L’Ange dit aux bergers (Lc 2,12) : « Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé dans des langes et couché dans une crèche. »
Message de Jésus
L’Évangile nous annonce le Christ enveloppé dans des langes et couché dans une crèche. Et quand Jean Baptiste envoie demander au Rédempteur (Lc 7,20) : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre? » Christ lui répond (Lc 7,22) : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent et les morts ressuscitent. La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Et heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi! »
C’est cela, le message de Jésus, enveloppé dans des langes et couché dans une crèche, pauvre comme le plus pauvre des pauvres. Je crois que ni le plus pauvre n’est né dans une grotte, sur de la paille parce qu’il n’eut même pas pour Lui, un lit où sa pauvre mère put Lui donner naissance. Le Christ est le plus pauvre, enveloppé dans des langes. Il est l’image d’un Dieu qui s’anéantit. Ce que la théologie appelle la Kénose : le Dieu qui se vide de toute sa gloire pour apparaître esclave et se laisser crucifier et ensevelir comme un malfaiteur.
Cette humiliation de Dieu possède une grande signification
Cette nuit, ne recherchons pas le Christ parmi les opulences de ce monde, parmi les idolâtries de la richesse, parmi les soifs du pouvoir, les intrigues des grands. Là n’est pas Dieu. Recherchons Dieu avec le signe des anges : couché dans une crèche, enveloppé dans de pauvres langes que put lui fabriquer une humble paysanne de Nazareth. De pauvres langes et un peu de paille comme repos du Dieu qui s’est fait homme, du Roi des siècles qui s’est rendu accessible aux humains comme un petit enfant pauvre.
En cette heure nous observons l’Enfant Jésus, non pas dans les belles images de nos crèches, mais parmi les enfants mal nourris qui sont allés dormir cette nuit sans avoir mangé. Parmi les pauvres petits vendeurs de journaux qui dormirent enveloppés de papiers, là sur les portails. Chez le pauvre cireur de chaussures qui a peut être gagné le nécessaire pour apporter un petit présent à sa mère, ou encore, du petit vendeur qui n’a pas réussi à vendre suffisamment et qui recevra une correction de son beau-père. Comme est triste l’histoire de nos enfants! C’est tout cela que Jésus assume en cette Nuit. Ou encore, le jeune paysan, ouvrier, celui qui n’a pas de travail, celui qui souffre d’une maladie en cette Nuit. Non, tout n’est pas réjouissance. Il y a beaucoup de souffrances. Il existe de nombreux foyers détruits. Il y a beaucoup de douleur et de pauvreté.
Frères, nous ne regardons pas cela avec démagogie. Le Dieu des pauvres a assumé tout ceci et Il enseigne la valeur rédemptrice de la douleur humaine, la valeur rédemptrice de la pauvreté, de la souffrance, de la croix. Il n’y a pas de Rédemption sans croix. Mais cela ne signifie pas que nos pauvres doivent demeurer passifs, eux que nous avons mal endoctrinés lorsque nous leur disions : « C’est la volonté de Dieu que tu sois pauvre, marginalisé et que tu sois sans espérance. » Cela non! Dieu ne veut pas cette injustice sociale, mais, une fois qu’elle existe, elle constitue un terrible péché des oppresseurs. Et la violence la plus grande est celle de ceux qui privent du bonheur tant d’êtres humains et qui tuent de faim tous ces affamés. Dieu réclame justice mais Il dit au pauvre comme le Christ à l’opprimé : « C’est en portant ta croix que tu sauveras le monde, si tu donnes à ta douleur non pas un sens de conformisme que Dieu refuse, mais plutôt une inquiétude de Salut. Tu le sauveras si tu meurs dans ta pauvreté en soupirant après des jours meilleurs, en faisant de ta vie une prière et en t’associant à tous ceux qui tâchent de libérer le peuple de cette situation.
Le Pape le rappela au Mexique lorsqu’il dit que la dévotion à Marie n’est pas une dévotion de faibles. Marie, qui sut supporter la fuite et l’exil, la marginalisation, la pauvreté, l’oppression. Marie, la fille d’un peuple dominé par l’Empire Romain, qui voit mourir injustement sur la croix son Fils prisonnier et torturé et qui elle éleva son cri de sainte rébellion pour dire à Dieu (Cf. Lc 1,52-53) : « de renvoyer les superbes et les orgueilleux les mains vides, de renverser les potentats de leurs trônes et en échange, de donner sa grâce aux humbles, à ceux qui se fient dans la miséricorde du Seigneur. »
C’est Lui le Christ naissant, qui enseigne aux pays pauvres, aux doux, en ces nuits froides de la cueillette de café ou chaudes de la récolte du coton, que tout cela a un sens. Ne perdons pas le sens de la souffrance.
Très chers frères, si une chose m’attriste en ce moment où le Salvador se rachète, c’est de penser qu’il existe de nombreux faux rédempteurs qui font perdre cette force de Rédemption que possède notre peuple en sa souffrance, et qui convertissent en démagogie son exclusion, sa faim. Il n’est pas nécessaire de les remplir de désespoir ou de ressentiment, mais d’espérance en la justice de Dieu avec la certitude que cela doit changer, même s’il faut mourir comme sont déjà morts plusieurs mais avec l’espérance d’une foi chrétienne.
Comme je voudrais que notre Noël parle de cet Enfant sur la paille parmi ses langes, de la valeur sublime de la pauvreté. Comme je voudrais que nous-mêmes, qui faisons cette réflexion, nous sachions donner à nos petites ou grandes souffrances une valeur divine. Qu’à partir de cette nuit nous intensifions notre intention d’offrir à Dieu ce que nous souffrons pour que ça se convertisse avec le sacrifice de l’autel dans l’hostie qui rachète et sanctifie notre vie, notre foyer et notre société.
S’il n’y avait pas tant de démagogie et s’il existait plus de sainteté chez les pauvres, notre patrie verrait rapidement le Salut. Si nous savions recueillir aujourd’hui le message de l’enfant pauvre, de l’enfant humble, de celui qui s’humilia pour sauver le monde…!
Comme les Salvadoriens, cette nuit, apparaissent semblables à Jésus à Bethléem, alors que nous avons une société qui peut se présenter avec la pauvreté complète de Marie, de Joseph et de Jésus à Bethléem! 24/12/79, p.83-85, VIII.
3) La multitude des anges qui descend en chantant (Lc 2,14) :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux. »
C’est l’appel de l’objectif éternel de notre vie
Donnons aux choses de la Terre leur valeur relative. Ne faisons pas un absolu de la richesse, ni de la lutte, ni du parti, ni de l’organisation. Rien ne possède de valeur absolue sur cette Terre. Tout est relatif face à l’unique Absolu, face à Celui qui emportera la gloire de tous les hommes vers Dieu. Loin de nous tout orgueil, toute arrogance. Loin de nous de vouloir diviniser quelque chose ou quelqu’un sur cette Terre.
L’Enfant de Bethléem, chanté par les anges, nous dit qu’il n’y a qu’un seul Dieu et qu’on ne peut servir en même temps Dieu et les idoles de la Terre. Marchons sur la Terre en faisant toujours de notre vie, de nos efforts, de notre travail, ce que fit le Christ.
Quand le Christ fit ses adieux à ce monde le jour de l’Ascension, Il dit à ses apôtres : « Je viens du Père et maintenant Je retourne vers Lui. » C’est cela, le circuit qu’il nous faut parcourir : je viens de Dieu et je travaille en ce monde avec une vocation que Dieu m’a donnée en me faisant naître sur cette Terre, à cette époque, en ce pays, et en cette situation. Accomplir ce parcours pour pouvoir, rendu au jour de ma mort, dire : « Maintenant je retourne vers le Père. »
- Avoir toujours vécu en nous souvenant de notre origine en Dieu et ne jamais perdre de vue notre destinée qui est dans la gloire du Très-Haut.
Avoir toujours vécu en dirigeant notre vie comme le Christ conduisit la sienne : « J’ai un plan qui est de faire la volonté de mon Père. » Prière que le Christ nous enseigna pour toutes les circonstances de notre vie. « Que ta volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel. » Il ne fait pas autre chose que la volonté du Père. Et bienheureux l’homme qui sait interpréter tous les moments de sa vie avec la volonté du Père. Ceux-là sont les héros, les saints, les immortels; ce sont les bienheureux, ceux qui savent recueillir le message de ce Noël en ordonnant leur vie à la gloire du Dieu unique et en chantant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux! » Jusque là s’élève ma vie lorsque je donne ce sens à mes actions, aussi humbles qu’elles soient.
Chers frères, ce sont là les trois pensées que je voulais vous rappeler pour qu’en cette nuit de Noël, non seulement nous les vivions mais pour que nous découvrions le secret de la joie : L’Enfant qui apporta le renouveau à l’Histoire, à notre vie, au Salvador, à tout ce qui est vie et nature. L’Enfant qui naquit dans une crèche, qu’on enveloppa dans des langes pour donner un sens à la pauvreté, à la douleur, à la souffrance. L’Enfant dont le berceau rappelle à tous les hommes notre destinée commune, la gloire de Dieu au plus haut des cieux. 24/12/79, p.85-86, VIII.
30 décembre 1979; Lectures : Ecclésiaste : 3,3-7.14-17a; Colossiens 3,12-21; Luc 2,41-52)
Mystère d’immanence et de transcendance
C’est un mystère d’immanence. Dieu descend dans l’Histoire et s’assimile à tous les problèmes de l’humanité. Il s’incarne dans tous les peuples, dans toutes les familles, mais non pas pour demeurer là, mais pour transcender. C’est aussi un mystère de transcendance. Si Dieu se fait homme, c’est pour que nous, les humains, devenions Dieu; pour que nous nous élevions et que tous les problèmes humains, politiques, sociaux, historiques, soient élevés par ce courant de transcendance à la suite de ce Verbe fait chair pour donner vie divine aux hommes et rendre les êtres humains compagnons de la félicité de Dieu pour toute l’éternité. Laissons-nous porter par ce courant du Christ et célébrons Noël.
Signe de l’Incarnation : Un membre d’une famille parmi tant d’autres!
Et comme une des manifestations de Dieu fait homme, en ce mystère d’immanence et de transcendance, c’est précisément la famille. Il ne serait pas un homme véritable s’il n’avait pas eu une famille. Nous non plus, nous ne serions pas humains si nous n’avions pas le souvenir d’une famille, d’une maman, d’un papa, de nos frères et de nos sœurs, oncles et tantes, grands-parents et tout ce qui constitue une famille. C’est pour cela que le Verbe s’est fait homme en commençant par sanctifier cette réalité : la famille. Et l’Église recueille le mystère de Dieu fait homme pour nous l’offrir en cette réflexion de Noël. Nous vous invitons aujourd’hui à célébrer la fête de la Sainte Famille.
La famille, Incarnation et Épiphanie de Dieu
C’est ce qu’est toute famille. Le concept de Dieu qui s’incarne dans la famille et la famille qui doit être l’Épiphanie, la manifestation que Dieu vit en ce monde.
Plan de l’homélie :
1) Présence de Dieu dans la famille
2) La famille, Église domestique du Christ
3) La famille, une priorité pastorale de l’Église en Amérique latine. 30/12/79, p.88, VIII.
1) Présence de Dieu dans la famille
(Lc 2,41) : « Ses parents se rendaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque. » En premier lieu, dans les lectures d’aujourd’hui, ce qui ressort, c’est cette relation intime entre Dieu et la famille, entre la famille et Dieu. Qu’est-ce que l’Évangile sinon l’Incarnation de Dieu dans une famille et la transcendance de cette famille : Marie, Joseph, l’enfant, transcendant jusqu’à Dieu. Nous avons déjà dit vers où se dirige la famille de Nazareth en marche : vers le temple, le centre national et religieux d’Israël. Toutes les Pâques étaient des fêtes religieuses et nationales pour les juifs et cette bonne famille d’israélites, comme toutes les autres, y allait à chaque année. Un peu comme le font nos familles de la campagne qui vont célébrer les fêtes patronales. C’est le signe que la famille marche vers Dieu.
A) On accentue le caractère sacré de la famille : obéissance au Père
Il existe un dialogue entre le Christ et ses parents, pour leur dire qu’au-delà du père et de la mère de la Terre il existe un Père des cieux dont la volonté doit être faite par tous les membres de la famille. Le jeune ne doit pas être manipulé, ni par son père, ni par sa mère lorsqu’il s’agit de la volonté du Père qui est dans les cieux. (Lc 2,48-49) : « Mon enfant, dit la Vierge à Jésus, pourquoi nous as-tu fait cela? Vois! Ton père et moi, nous te cherchons angoissés. » Et le Christ leur dit avec la tendresse d’un fils, mais avec la vaillance d’un fils de Dieu : « Pourquoi donc me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père? » Tout homme doit, un jour, dire cette vérité. S’il est certain qu’il existe un amour très grand entre les époux, amour jusqu’à la mort, sanctifié par Dieu, il doit demeurer toujours subordonné à la volonté de Dieu. La loi de Dieu est au-dessus de toi.
L’autre jour, on me rapporta que certains me critiquent parce que je fais référence à la doctrine de l’Église en ce qui concerne la fécondité, l’interdiction de certains actes de péché dans le mariage, et ils dirent : « Pourquoi se mêle-t-il de ces choses intimes? » Je ne me mêle pas des choses intimes. C’est Dieu, l’auteur de la nature, des sexes, le propriétaire de la famille, qui pose une loi à laquelle doivent se soumettre le mari, la femme et les enfants. « Ne savez-vous pas que je dois m’occuper des choses de mon père? » Lui, plus que tout autre, Il est la paternité d’où découle toute la famille, tout l’amour et toute relation.
Le Christ est l’exemple de la famille orientée vers Dieu. L’obéissance au Père. Ici aussi, il est question de la vocation, puisque cette messe est une messe de jeunes. Voici ce qui est le plus important de vos vies, très chers jeunes : « Pourquoi Dieu me veut-il? » Savoir discerner par-dessus toutes considérations économiques et familiales : « Pour quoi Dieu me veut-Il? Combien de fois j’entends dire : « Je voudrais être prêtre mais je suis très pauvre. » Cela n’importe pas. Recherchez le Règne de Dieu et sa justice. Obéissez à votre vocation et tout le reste viendra par surcroît. Ne sommes-nous pas pauvres, la majorité de nous qui sommes prêtres? Combien nous ressentions ces mots sur les lèvres de notre mère : « Comme je voudrais te contenter mon enfant, mais je ne peux pas, je suis pauvre. » Plusieurs des prêtres qui sont ici, ont dû affronter de telles difficultés, mais grâce à Dieu, obéissant à sa volonté, les moyens se sont présentés à vous. Dieu veut ces choses et souvent il soumet nos facultés à l’épreuve. La première lecture d’aujourd’hui (Lc 2,41-52) nous offre ces devoirs routiniers de la famille mais convertis en un culte à Dieu.
B) Valeur religieuse de l’accomplissement des devoirs familiaux.
Méditez beaucoup cette première lecture du livre de l’Ecclésiaste (3,3-7. 14-17a) où se trouvent étroitement réunis le devoir envers les parents et la bénédiction de Dieu. Il débute en disant que tout procède de l’initiative de Dieu.
Dieu fait les parents (Initiative de Dieu)
Dieu rend le père plus respectable que les fils et affirme l’autorité de la mère sur ses enfants. Aujourd’hui, le conflit de générations est à la mode, alors que la fille ou le fils dit à son père ou à sa mère : tu ne comprends pas la jeunesse d’aujourd’hui. Ils se croient plus sages que leurs propres parents. Souvenez-vous de ce principe : Dieu rend plus respectables les parents. Ce n’est pas parce qu’ils sont paysans et toi universitaire, ce n’est pas parce que ta mère est une humble vendeuse du marché et toi une professionnelle, que tu peux te prétendre supérieur à eux. Dieu leur a donné une autorité que tu n’as pas. Toute autorité vient de Dieu et tes parents possèdent ce don du Seigneur, qu’il faut respecter.
Celui qui honore son père, expie ses péchés; c’est un devoir transcendant de la famille
Pardonner les péchés est un sujet religieux, mais honorer son père se convertit en un sujet religieux. C’est pourquoi sont si heureux les enfants qui respectent leurs parents parce que, sans doute, même s’ils ont leurs défauts et leurs péchés, ils savent ce que signifie aimer leur père et leur mère. Même si c’est difficile. Si en vérité ils le veulent, ils peuvent éviter de faire tout ce qui fait horreur à leurs parents. (Si 3,5) : « Celui qui honore son père trouvera de la joie dans ses enfants; lorsqu’il priera il sera exaucé. »
Honorer son père et sa mère équivaut à recevoir une audience avec Dieu
Dieu t’exaucera lorsque tu seras respectueux envers tes parents. Celui qui respecte son père et sa mère, le Seigneur l’écoute. Et il le répète en disant : (Si 3,14) « Car une charité faite à un père ne sera pas oubliée, et, pour tes péchés, elle te vaudra réparation. » Au sujet des pauvres, le Christ dit: « Tout ce que vous avez fait à eux, c’est à moi que vous l’avez fait, » encore bien plus à ces vénérables de la maison : nos parents. Dieu reçoit comme paiement de tes péchés tout ce que tu offres à ton père et à ta mère.
Il se souviendra de toi au jour du danger
Cette phrase biblique « le Jour de Dieu », c’est le jour du jugement de chacun, le jour où nous devrons rendre compte au Seigneur. Le bilan sera positif si nous avons eu de bonnes relations avec nos parents.
Dieu est famille (Jean-Paul II)
J’aime à me rappeler cette jolie phrase du Pape Jean-Paul II qui parlait de la famille au Mexique. La famille est la relation avec Dieu. Le plus profond que nous puissions dire est ceci : « Notre Dieu dans son mystère le plus intime n’est pas une solitude, mais une famille qui porte en soi-même la paternité, la filiation et l’essence de la famille qui est l’amour. Cet amour dans la famille divine est l’Esprit saint. » Le thème de la famille, n’est pas étranger au thème de l’Esprit Saint. Il est précieux de savoir que Dieu est famille. Qu’en Dieu il y a le Père, le Fils et ce qui unit cette relation, l’amour qui se personnifie, l’Esprit Saint.
C’est pourquoi lorsque Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image et ressemblance », Il les fit homme et femme pour qu’en s’aimant dans le mariage ils possèdent la fécondité de la famille et soient oints de l’amour, de l’Esprit de Dieu.
Bienheureux les foyers où l’on n’a pas oublié cette relation avec Dieu, et qui font de leur famille une véritable communauté religieuse qui prie, rend grâce et se sanctifie dans la vénération du Seigneur. Plus la famille se rappellera de cette relation avec Dieu, plus l’on sentira la Présence de Dieu sur la Terre. Si Dieu, dans le Ciel, est famille, Dieu, sur la Terre, est famille. C’est pourquoi nous avons intitulé cette homélie : « La famille, Épiphanie de Dieu. » 30/12/79, p.89-91, VIII.
2) La famille, Église domestique du Christ
A) Concept du Concile
La seconde réflexion se rapporte au concept chrétien de la famille en tant qu’Église domestique. Cette parole n’est pas de moi, c’est celle du Concile Vatican II qui dit que : « La famille est une Église domestique où les parents sont les premiers prêtres pour leurs enfants et où mutuellement on se sanctifie et on s’élève vers Dieu. »
Jean-Paul II : « Faire de chaque famille chrétienne une véritable Église domestique, avec tout le riche contenu de cette expression, est la plus grande nécessité de l’Amérique latine », a dit le Pape à Mexico.
B) Le mystère de l’Église s’introduit dans la famille.
La seconde lecture d’aujourd’hui (Col 3,12-21) m’inspire à vous dire cela parce que saint Paul, en écrivant aux Colossiens, leur présenta, dans cette épître, une merveilleuse christologie. Et pour qu’ils ne le sentent pas éloignés d’eux, Il s’est incarné. Il est la tête de tous ceux qui veulent être ses membres et qui s’incorporent à Lui par le baptême.
Par le baptême nous participons à sa mort et à sa résurrection, de sorte que la vie du Christ circule dans la vie de tous les chrétiens. C’est ce qui se nomme l’Église, corps du Christ; Église, famille de Dieu; Église Peuple de Dieu; Église vivifiée par l’esprit de Dieu. Ce concept de Peuple de Dieu, très riche dans toutes ses conséquences, est, en cette ère chrétienne, ce qui donne une élévation à la famille. Il y a une famille chrétienne là où le père, la mère et les enfants appartiennent à cette autre grande famille qu’est l’Église. Mais celle-ci compte sur cette cellule familiale pour qu’elle soit le produit de la famille chrétienne. Plus nous aurons d’Églises domestiques dans le diocèse, plus nous aurons des communautés de foi, de charité, d’amour, d’espérance et de prière où se manifestera également la richesse de notre Église. Plus notre diocèse sera Église, plus Église seront les familles.
Comme niveaux intermédiaires nous avons ces communautés ecclésiales que l’on nomme paroisses, que l’on nomme communautés ecclésiales de base, groupes de jeunes. Tous ces groupes possèdent l’Esprit de l’Église pour réfléchir la Bible, pour s’alimenter des sacrements, pour être en communion avec l’Évêque; cela est indispensable dans la famille qu’est l’Église. Combien plus se multiplieront ces liens, combien plus il y aura Église et ces jeunes, ces parents, ces mères de famille apporteront à leur foyer le sens de l’Église!
C’est par le christianisme que s’introduit dans la famille le mystère de l’Église. C’est pour cela que lorsque dans l’Église chrétienne on bénit un mariage, on leur révèle le grand panorama qu’ils ne connaissaient pas dans le simple amour d’homme et de femme. Lorsqu’on leur dit qu’ils sont la représentation de l’amour avec lequel le Christ aime l’Église, l’époux se convertit en Christ et l’épouse en Église. Et l’amour inséparable du Christ et de l’Église vaincra au cours de l’histoire, les difficultés, les tentations, les violences, en les unissant toujours plus à la sainteté de l’Église du Christ. Cela doit se refléter aussi dans la fidélité du mariage malgré les tentations, les difficultés et tout ce qui cherche à rompre la merveille de l’unité dans l’Église.
Éléments ecclésiaux
Saint Paul, dans l’épître (Col 3,12-21) que nous avons lue aujourd’hui, énumère premièrement les éléments ecclésiaux pour conclure par les devoirs familiaux. Comme pour dire : En cette mer de l’Église est submergée la famille, laquelle doit être une petite Église dans l’ensemble de toute l’Église. Quels sont ces éléments que l’épître d’aujourd’hui nous propose?
Peuple élu de Dieu, sacré et uni…
Saint Paul dit aux chrétiens de Colosse (3,12) : « Peuple élu de Dieu, Peuple sacré et aimé. » Ne sentons-nous pas ici l’écho de l’Ancien Testament lorsque Dieu choisit Israël comme son peuple privilégié? C’est cela, l’Église dans le christianisme; c’est pour cela que saint Paul l’appelle : « L’Israël nouveau, l’Israël de Dieu, » et ainsi, comme Israël dans l’Ancien Testament, Dieu en fait sa famille et il arrive à comparer cette relation à celle entre un époux et son épouse qui malgré les trahisons demeurent toujours fidèles. Ainsi l’Église, dans le Nouveau Testament, est le Peuple sacré, c’est-à-dire, consacré à Dieu, peuple aimé de Dieu, peuple élu par Dieu. C’est pourquoi je répète en ces heures de convulsions et de confusions politiques : Ne confondons pas le concept de peuple en général avec le concept de Peuple de Dieu.
Dans cette confusion se trouve la cause de plusieurs erreurs, et ce, même dans les communautés chrétiennes. La communauté chrétienne est ce qu’en a dit saint Paul : « élue, sacrée et aimée de Dieu. » Donc, à partir de cette communauté choisie, nous devons nous sanctifier, nous illuminer, nous orienter, et accompagner le peuple en général mais sans nous confondre avec lui, étant ferment sans perdre notre force de ferment.
De là, très chers jeunes, si vous appartenez à des organisations politiques populaires, c’est magnifique, mais soyez chrétiens. N’oubliez jamais qu’en vous confondant avec le peuple en général, avec les organisations populaires, vous apportez un engagement spécial. En plus d’être le peuple du Salvador, vous êtes le Peuple élu de Dieu, peuple sacré, consacré à Dieu, peuple aimé de Dieu. Ne perdez pas cet amour en faisant des folies que peuvent vouloir vous imposer d’autres idéologies. Sachez être le ferment dans ces organisations. Sachez prendre votre engagement politique sans trahir l’amour que Dieu vous porte comme Peuple de Dieu. Sachez être, où que vous soyez, famille de Dieu. Ainsi, comme nous n’avons point honte de notre foyer où que nous soyons, nous n’avons pas non plus à avoir honte, ni à nous sentir diminués, parce que nous sommes chrétiens, devant d’autres qui se glorifient de ne pas avoir la foi.
Il apparaît très important de reconnaître cela en ce jour de la Sainte Famille, la Famille de Dieu et ce qu’elle doit d’être. Dans la communauté, Famille de Dieu, convergent tous les enfants, qui comme en une famille, se réunissent à chaque fin de semaine. Tous ceux qui travaillent en différents endroits de la république se retrouvent auprès de leur mère, de leur foyer, autour de la table à manger, dans le souvenir de l’enfance. Là, disparaissent les divisions, là, il n’y a pas de factions. C’est cela, la famille et c’est de là que l’on tire l’énergie, l’amour, l’orgueil de la famille pour apporter cette conviction dans l’engagement politique sans trahir cet amour à sa famille.
C’est ce que devraient être toutes communautés chrétiennes où convergent les diverses options politiques. Hommes du gouvernement, soldats, hommes du Bloc Populaire Révolutionnaire, du FAPU ou des ligues, de sorte qu’ils vont y alimenter leur foi chrétienne et que devant le Père commun, la famille commune, ils jurent devant Dieu de ne pas trahir leurs convictions de famille, leur foi, leurs engagements envers le Christ.
La communauté chrétienne ne doit pas renoncer à s’incarner dans la réalité du peuple; au contraire, ne serait pas un bon chrétien celui qui ne vivrait pas la réalité de son pays; mais il doit la vivre depuis sa foi, en appartenant à cette famille sacrée, aimée de Dieu, élue de Dieu. Il peut se mêler à tous ceux qui ne sont pas élus, ni sacrés, ni aimés de Dieu, qui sont peut être ennemis de Dieu, peut être athées; mais il ne doit pas perdre sa foi. Tu n’es pas un athée, tu n’es pas un criminel, tu ne dois pas te prêter à une violence qui va contre ta conscience…
Je crois, frères, que c’est là précisément où réside le conflit de notre pays, où tous les Salvadoriens sont baptisés et appartiennent à ce peuple sacré, mais dans la pratique, ils l’oublient. C’est pourquoi les communautés ecclésiales de base, en notre temps, tentent d’éveiller le véritable engagement du baptême et de faire ressentir la sainte fierté d’appartenir à ce Peuple élu de Dieu, Peuple sacré et aimé.
L’amour ceinture de l’unité
C’est de là, selon saint Paul, que dérivent les devoirs de ce peuple et de tous ses membres lorsqu’il dit (Col 3,12-15) : « Revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience; supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour. Et puis, par-dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection. Avec cela, que la paix du Christ règne dans vos cœurs : tel est bien le terme de l’appel qui vous a rassemblés en un même Corps. » C’est le grand privilège des chrétiens, de porter cet uniforme de vertu et d’être convoqués à former un seul cœur avec le cœur du Christ. C’est pourquoi plusieurs stratégies qu’on demande aux chrétiens sur la Terre, ne peuvent aller de paire avec le sens authentique du chrétien. Sachez donc être l’honneur de votre famille, du Peuple de Dieu.
Le culte célèbre l’Action de grâce
Ainsi notre famille Église et notre famille humaine se convertissent en un culte spirituel au Seigneur lorsque saint Paul nous dit (Col 3, 15-17) : « Enfin vivez dans l’action de grâce. Que la Parole du Christ réside chez-vous en toute sagesse par des admonitions réciproques. Chantez à Dieu de tout votre cœur avec reconnaissance, par des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés. Et quoi que vous puissiez dire ou faire, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, rendant par lui grâces au Dieu Père! »
Quelle belle description de ce que vous êtes les laïcs en ce monde : prêtres par le baptême! Par le baptême vous tous, Famille de Dieu, vous devez célébrer sa messe en ce monde. Vous célébrez la messe, et ici saint Paul nous dit ce qu’est la messe du laïc : « Tout ce que vous faites, faites-le au nom du Seigneur Jésus. » Qu’est-ce que fait un laïc? C’est merveilleux, lorsque je vois cette multitude en cathédrale et parmi elle les communautés qui sont en réflexion. Combien de manières de gagner la vie! Certains sont professionnels dans leurs bureaux d’avocats, ou dans leur clinique médicale, ou dans une firme où ils travaillent leurs projets d’ingénierie; d’autres sont ouvriers dans diverses fabriques. Combien d’habilités dans vos mains! D’autres sont employés, d’autres sont vendeuses au marché, d’autres travaillent au service d’une famille, ou sont gardiennes d’enfants, d’autres sont journaliers qui sèment le maïs; c’est tout cela la messe du laïc. C’est pourquoi, lorsque le prêtre, serviteur du Peuple Sacerdotal, recueille tout cela au moment de l’Eucharistie, il fait quelque chose qu’il est le seul à pouvoir faire : son office. Mais c’est pour donner un sens à tous vos offices. Recevez ce pain, fruit de la terre et du travail de l’homme. C’est pourquoi ce n’est pas moi uniquement qui célèbre la messe du dimanche, ni seulement les prêtres. La messe que je célèbre et que nous célébrons nous les prêtres ici où dans n’importe quelle paroisse, est la messe de vous tous, de ceux qui assistent à la messe pour offrir à Dieu leur travail de la semaine, leurs préoccupations, leurs angoisses, dans vos domaines respectifs. C’est cela, la grande responsabilité du prêtre : pouvoir faire de ce moment si sacré la véritable messe des laïcs, le véritable culte du Peuple de Dieu.
La famille : les quatre visages de l’amour
Dans le document de Puebla on résume tout ce que je vous ai dit sur ce sujet lorsqu’il parle de la famille : « Le couple sanctifié par le sacrement du mariage, est un témoignage de la présence pascale du Seigneur, » c’est-à-dire qu’il ne s’agit plus simplement du mariage de l’Ancien Testament; c’est le mariage des baptisés qui portent la marque de la Pâque : la mort et la résurrection du Christ. Où qu’il y ait un mariage chrétien, il y a un témoignage de la présence pascale du Seigneur. La famille chrétienne d’amour et de service est celle qui rend heureuses les véritables familles chrétiennes.
Quatre relations fondamentales de la personne rencontrent leur plein épanouissement dans la vie de famille : la paternité, la filiation, la fraternité et la nuptialité. Ou encore, la relation père-fils, la paternité; la relation du fils ou de la fille envers leur père et leur mère, relation de filiation; relation entre les nés d’un même mariage, les frères et les sœurs; et les deux princes de la famille : l’époux et l’épouse, relation de nuptialité. Quelle belle synthèse!
Famille avec l’Esprit de l’Église
« Ces mêmes relations qui composent la vie de l’Église sont une expérience de Dieu comme Père. Il y a là aussi un Père qui nous appelle fils; expérience du Christ, comme frère. Nous sentons que le Christ est notre frère dans cette grande famille de l’unique Père Dieu; expérience de fils avec et par le Fils, unis au Christ. C’est pour cela qu’il est si intéressant, dans la communauté Église, que se démarque surtout le Christ. Il est le Prince de nos réunions; autour de Lui nous nous sentons frères et nous établissons une relation de fils avec notre Père. Et l’expérience du Christ comme époux de l’Église : c’est ce que sont l’époux et l’épouse dans le foyer; c’est l’Église.
« La vie en famille, reproduit ces quatre expériences fondamentales à petite échelle; ce sont les quatre visages de l’amour humain. » Avec cette seule synthèse, nous en aurions pour toute l’homélie. Les quatre visages de l’amour humain qui se vivent dans l’Église sous forme grandiose avec Dieu, avec le Christ, nous les vivons dans notre foyer à petite échelle avec nos parents, avec notre mère, avec nos frères et sœurs.
Saint Paul continue après, avec ce que nous avons lu aujourd’hui : les relations avec les servantes, les esclaves, les travailleurs au service de la famille. Comme nous en aurions à dire ici, en ce moment où la sensibilité sociale n’est pas toujours exacte dans ces concepts! Dire aux ouvriers, aux travailleurs, aux classes qui gagnent leur vie au service des autres, de retourner à la Parole de Dieu (Col 3,23-24) : « Quel que soit votre travail, faites-le avec âme, comme pour le Seigneur et non pour des hommes, sachant que le Seigneur vous récompensera en vous faisant ses héritiers. » Ah si l’on tenait compte de cette relation à Dieu, le Père de tous : - des patrons et des ouvriers, des riches et des pauvres, devant qui nous devons rendre compte, - il n’y aurait pas tous ces conflits entre ces deux classes d’hommes en notre pays. Hommes de première classe et hommes de seconde classe… Ce que nous voulons, en résumé, ce sont des familles qui aient l’esprit de l’Église.
Église avec un esprit de famille
Je me réjouis aujourd’hui de célébrer avec les jeunes qui sont venus de diverses communautés pour apporter cet esprit de famille et l’insérer le plus profondément dans leur communauté et leur paroisse. N’oubliez pas que la communauté ecclésiale de base ne doit pas être une île, un club, mais qu’elle doit demeurer ouverte à la paroisse comme cette dernière doit être ouverte au diocèse, comme celui-ci doit être ouvert à l’Église Universelle pour que celle-ci célèbre, comme une seule famille ce grand jour de la Sainte Famille.
Puebla dit : « Plusieurs paroisses et diocèses mettent l’accent sur la dimension familiale. Ils savent que le latino-américain a besoin et recherche une famille. » Cela est certain. Il s’agit là de l’un de nos grands trésors culturels. Ne le perdons pas. Tout Salvadorien a la nécessité de rechercher une famille mais souvent il se trompe et fait une mauvaise famille. Mais comme il serait beau qu’aujourd’hui nous sortions de cette fête de la Sainte Famille en rendant grâce à Dieu pour ce sens de la famille qu’ont les Salvadoriens, et en demandant au Seigneur de savoir bien orienter ce sens de la famille pour constituer des familles comme Dieu les veut.
« Nous disons cela, dit Puebla, parce que dans la recherche d’une famille, l’Église qui est famille, peut apporter la réponse à vos nécessités. Il ne s’agit pas de techniques psychologiques mais de fidélité à sa propre identité parce que l’Église n’est pas le lieu où les hommes se sentent une famille, mais le lieu à partir d’où, réellement, profondément et ontologiquement l’on construit la famille de Dieu. Nous ne venons pas simplement pour nous sentir une famille, mais en vérité pour nous constituer comme famille. Se convertissent véritablement en fils du Père, en Jésus-Christ, ceux qui y participent dans leur vie par le pouvoir de l’Esprit de par leur baptême. Cette grâce de la filiation divine est le grand trésor que l’Église doit offrir aux hommes de notre continent. C’est pourquoi, frères, j’insiste tant pour que nous soyons une Église authentique. Que nous ne faussions pas les finalités de la communauté. Il appartient à l’Église, à la communauté chrétienne, de travailler comme frères, avec tous les hommes, pour le bien commun de la famille qu’est notre patrie… 30/12/79, p.92-97, VIII.
3) La famille, une priorité pastorale de l’Église en Amérique latine
A) Aux évêques
Jean-Paul II possède un riche concept de la famille en Amérique latine. Le Pape nous en parla longuement à Puebla dans son discours dirigé aux évêques. Parmi les trois possibilités de la pastorale en Amérique latine, il mit la famille en premier; la seconde se rapporte aux vocations sacerdotales et religieuses; et la troisième concerne la jeunesse. Nous obéissons au Pape, ce matin, d’une très belle façon, puisque nous sommes ici avec la jeunesse de notre diocèse et que nous sommes en famille également.
S’adressant aux évêques, le Pape a dit : « Faites tous les efforts pour qu’il y ait dans vos diocèses une pastorale familiale. Occupez-vous de ce champ si prioritaire avec la certitude que l’évangélisation dans le futur dépend en grande partie de l’Église domestique. C’est l’école de l’amour, de la connaissance de Dieu, du respect de la vie et de la dignité humaine. »
Je vais vous répéter ces quatre titres qui définissent la famille. Le Pape dit que la famille est l’école de l’amour, de la connaissance de Dieu, du respect de la vie et de la dignité humaine. Et cette pastorale familiale est d’autant plus importante alors que la famille est victime de tant de menaces. Il expliqua davantage ce concept lorsqu’il dit : « En défense des familles contre les maux immenses parce que dans la famille se reflètent particulièrement les conséquences les plus négatives du développement, indice véritablement déprimant d’insalubrité. »
Pensons en ce jour de la famille à tant d’enfants malades et tant de pères et de mères sous-alimentés : « Pauvreté et misère, ignorance et analphabétisme; conditions inhumaines d’habitations, sous-alimentation chronique et tant d’autres réalités non moins tristes. » Voyez comment le problème de la famille apparaît lié au grand problème que nous ne cessons de réclamer : la justice sociale! Le fait qu’il existe des familles comme celles que le Pape nous a décrites est le fruit de l’injustice sociale…
Parce que nous ne voulons pas qu’il y ait des familles super alimentées et d’autres sous-alimentées, nous plaidons et nous appuyons tout ce qui cherche à transformer cette injustice sociale en ordre dans le pays…
« En défense de la famille contre ces maux, l’Église s’engage à donner son aide et invite les gouvernements à poser comme point clé de leur actions, une politique socio familiale, intelligente, audacieuse, persévérante, en reconnaissant que c’est là, sans aucun doute, que se jouent l’avenir et l’espérance de ce continent… »
Sa Sainteté, le pape, devint encore plus éloquent lorsqu’il affirma qu’il voudrait, depuis cette plate-forme de Puebla, s’adresser à toutes les familles du continent et il décrit comment il s’est senti lorsqu’il entra dans tant de foyers, où les familles vivent plus que modestement, … « Des maisons où il ne manque ni le pain ni le bien-être matériel mais peut-être la concorde et l’allégresse; tandis que dans d’autres maisons, où les familles vivent plus modestement, dans l’insécurité du lendemain, mais s’aident les uns les autres à mener une existence difficile mais digne. » Quelle belle phrase sur la famille pauvre : « une existence difficile mais digne… »
Continuons avec le Pape : « Ces pauvres habitations des périphéries de vos villes où s’il y a beaucoup de souffrances cachées, au milieu d’elles existe l’allégresse simple des pauvres. Ces humbles chaumières de paysans, d’indigènes, d’immigrants… À chaque famille en particulier le Pape aimerait dire une parole d’encouragement et d’espérance. Vous les familles qui pouvez savourez le confort, ne vous renfermez pas à l’intérieur de votre bonheur. Ouvrez-vous aux autres pour leur offrir ce dont vous n’avez plus besoin et ce dont ils ont un besoin urgent… »
Et il y a cette phrase très sage du Pape : « Les familles opprimées par la pauvreté, ne vous découragez pas; n’ayez pas le luxe pour idéal, ni la richesse comme principe du bonheur; recherchez, avec l’aide de tous, à surmonter ces moments difficiles dans l’attente de jours meilleurs… Familles visitées et angoissées par la douleur physique et morale, éprouvées par la maladie ou la misère, n’ajoutez pas à tant de souffrances, l’amertume ou le désespoir, mais sachez amoindrir la douleur par l’espoir… » 30/12/79, p.97-99, VIII.