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Dimanche de l’Épiphanie; 6 janvier 1980; Lectures : Isaïe 60,1-6; Éphésiens 3,2-3a.5-6; Matthieu 2,1-12.
L’Épiphanie, révélation et don de Dieu à tous les peuples
Introduction :

1) Les Mages perdus à Jérusalem… Hérode et Jérusalem sursautent… image de notre situation nationale

Aujourd’hui, la période de Noël culmine par une fête qui resplendit comme le soleil pour illuminer le monde entier : c’est l’Épiphanie. Nous rencontrons dans l’Évangile d’aujourd’hui (Mt 2,1-12) quelques caractéristiques qui correspondent avec notre situation et qui, pour autant, peuvent illuminer, à partir de la Parole de Dieu, le chemin de notre histoire nationale.

Les Mages recherchent un Roi

Lorsque les Mages, perdus à Jérusalem, demandèrent : « Où est le roi qui vient de naître? », l’Évangile dit cette phrase (Mt 2,3-5) : « L’ayant appris, le roi Hérode s’émut, et tout Jérusalem avec lui. Il assembla tous les grands prêtres avec les scribes du peuple, et il s’enquérait auprès d’eux du lieu où devait naître le Christ. “À Bethléem de Judée”, lui dirent-ils. S’étant renseignés, les Mages poursuivirent leur chemin. Nous pourrions dirent qu’il se produisit alors une crise dans le processus. »

Une crise qui, comme toutes les crises, se résout pour le bien de ceux qui cherchent en toute sincérité avec une bonne volonté; crise, qui se résout, par contre, en pétrification, en obstination pour ceux qui cherchent avec une mauvaise volonté. Pour les Mages, ce fut la disparition de leur étoile qui les confondit pour quelque temps. C’est pourquoi ils durent s’arrêter à Jérusalem pour se renseigner. Ainsi ils parvinrent heureux à la fin de leur quête et ils rencontrèrent l’enfant avec une joie intense. Par contre, Hérode qui était obsédé par l’ambition de son trône et qui tremblait avec d’autres devant cette perspective politique de perdre son pouvoir, fut ébranlé et planifia l’assassinat de cet enfant.

Dans le pays, nous nous retrouvons également dans une crise du processus politique et c’est l’heure où, comme les Mages, avec la bonne volonté de tous les Salvadoriens, nous devrions nous demander : « Où est le Roi que nous recherchons, le véritable Sauveur de notre patrie? »

2) La réponse à cette demande se trouve dans la Parole de Dieu.

Nous la trouverons si nous consultons la Parole de Dieu et si nous vivons notre foi. Aujourd’hui, précisément, dans la liturgie de l’Épiphanie, le Seigneur nous donne des clés merveilleuses et lumineuses pour trouver des solutions.

Sens de l’Épiphanie

L’Épiphanie est une parole grecque qui signifie : manifestation. Le mystère de Noël est le mystère d’un Dieu qui se fait présent dans le monde et qui se manifeste à tous les peuples. Il ne suffit pas de l’avoir connu dans le silence de la Sainte Nuit avec les humbles bergers. Dans l’intimité de Marie et de Joseph, le Christ naît pour sauver tous les peuples et Il a donc besoin de se faire connaître, de se manifester. Il doit être Épiphanie. C’est le sens de l’homélie d’aujourd’hui.

C’est pourquoi ces Mages, dont l’Évangile nous relate l’histoire ce matin, forment les prémices d’une immense procession dont nous sommes les héritiers. Nous sommes les mages de 1980, les continuateurs de ceux qui furent les Mages d’il y a vingt siècles, les premiers de ceux qui connurent le Christ. Bienheureux les hommes, bienheureux les peuples qui vont à sa rencontre!

3) Le principal ce n’est pas la solution politique… cela viendra par surcroît

C’est ce que signifie la fête de l’Épiphanie : la révélation de Dieu pour que les hommes et les femmes l’adorent, le reconnaissent, espèrent en lui parce que c’est en Lui seul que nous pouvons avoir le Salut. C’est pourquoi je disais que, pour notre patrie, cette fête, qui convoque tous les peuples à adorer le Véritable Libérateur, pourrait être le jour où notre crise sera résolue, le jour où la Parole de Dieu illuminera ceux qui cherchent avec sincérité. Puisse Dieu faire que cette fête de l’Épiphanie soit l’étoile de notre peuple, une consultation de la Parole de Dieu qui illumine les sentiers, provoque une véritable sortie de cette crise afin que ce processus parvienne à son dénouement final.

Mais je voudrais dire qu’en cette Épiphanie, ainsi qu’à toutes les fêtes liturgiques et à tous les dimanches de l’année, nous venions à la Cathédrale, non pas par curiosité politique et transitoire. Comme est intéressante l’histoire de notre patrie, lorsqu’à chaque dimanche, nous rencontrons des conjonctures distinctes! Si cela était notre raison d’être sur la Terre, combien variable et inconsistante serait notre destinée humaine! Un chemin d’opportunistes comme ceux qui changent au gré des conjonctures. Mais je le répète : L’Église ne vit pas de conjonctures; l’Église poursuit un chemin serein que l’étoile de sa foi oriente, un destin supérieur aux projets de la Terre; elle poursuit des objectifs qui demeureront même lorsque passeront les problèmes politiques de notre temps.

Comme l’homme est inconsistant lorsqu’il s’appuie sur l’homme! Ceux qui avaient confiance dans le cabinet qui vient de renoncer, doivent maintenant se sentir désillusionnés. Ceux qui se fiaient dans l’ancien régime se sentent abandonnés, peut-être victimes de vengeance. Frères, nous ne vivons pas de ces critères; sachons les éclairer de la lumière de l’Éternel. L’Épiphanie inspira à la liturgie de l’Église un hymne magnifique où il est dit au roi Hérode : “Pourquoi trembles-tu Hérode? Il ne vient pas pour s’emparer des royaumes terrestres Celui qui vient nous apporter le Règne Éternel.” C’est cela, la grandeur du christianisme. Nous ne vivons pas du va-et-vient des convenances de la Terre. C’est pourquoi j’incite les communautés chrétiennes à toujours maintenir leur foi dans le Christ, à préserver surtout sa transcendance qui éclaire l’immanent et le transitoire.

Si nous faisons parfois erreur dans notre jugement politique, peu importe. L’homme est faillible. Ce qui importe, c’est de ne pas nous tromper dans le domaine de la foi; ce qui importe, c’est d’être fidèle à la Parole du Seigneur qui oriente toutes les conjonctures; ce qui importe, c’est d’avoir des hommes et des femmes qui soient si intimement rénovés dans leur cœur, qu’ils servent le peuple, dans la politique ou dans les domaines temporels, en s’inspirant de leur foi.

C’est ce que je demande au Seigneur : « De nous donner des politiciens, des gouvernants, des hommes et des femmes qui aient la foi. » Parce qu’autrement, les changements de structures, aussi profonds qu’ils soient, ne changeraient rien si ce ne sont pas des hommes et des femmes de foi qui les dirigent en sachant reconnaître la part de relatif que contiennent les conjonctures et les structures, et la part d’absolu du Règne de Dieu.

Ce qui fulgure à présent, ce qui illumine, comme un soleil, les pas des Mages et les pas de tous les êtres humains, c’est la foi qui naît dans le cœur et dans la joie d’avoir connu le Christ, la foi de savoir qu’Il ne faillira jamais et que dans toutes les crises et même dans les échecs, l’allégresse de ne pas avoir échoué, pour avoir mis sa confiance en Celui qui peut nous sauver, demeurera toujours. C’est pourquoi je veux donner à mon homélie d’aujourd’hui ce titre qui, grâce à Dieu, puisse être une inspiration pour tous ceux qui participent à cette réflexion.

L’Épiphanie, Révélation et Don de Dieu à tous les Peuples.

Comprenons l’esprit de cette fête. C’est cela, l’Épiphanie : Révélation et don de Dieu. Dieu qui se révèle à tous les peuples.

Plan de l’homélie :

1) Les mages, prémices d’un appel universel
2) Ce que Dieu offre à tous les peuples
3) Les Mages, exemple de ceux qui cherchent et trouvent la véritable libération

1) Les mages, prémices d’un appel universel

A) « Dieu m’a accordé par révélation la connaissance du Mystère … les païens sont admis au même héritage… »

Dans la seconde lecture (Ep 3,2-3a,5-6), saint Paul nous dit exactement qu’il se sent heureux d’être l’apôtre des païens. Rappelons-nous l’énorme division qui était soulignée jusqu’à l’intérieur du temple de Jérusalem, par un grand mur, le mur des gentils. La division entre le peuple juif, le privilégié, les enfants de Dieu, les fils d’Abraham, ceux qui vont être sauvés, et le peuple gentil, qu’ils appelaient les chiens, les étrangers. Les juifs et les gentils ne pouvaient même pas se fréquenter.

« … mais c’est ici que le Christ, dit saint Paul, a abattu ce mur et a fait de ces deux peuples, un seul. » Et le grand mystère que Paul annonçait, est dit en toute clarté dans l’épître que nous avons lu aujourd’hui : « Il m’a été donné de connaître, par révélation, le mystère qui n’avait pas été manifesté aux hommes d’un autre temps, comme il l’a été maintenant par l’Esprit, à ses saint apôtres et prophètes – à ceux qui étaient chargés de prêcher. » Mais quel est donc ce mystère? Que les gentils sont cohéritiers, membres du même corps, participants de la promesse en Jésus-Christ, par l’Évangile. « C’est cela, la grande nouvelle! »

Frères et sœurs, qui remplissez la cathédrale, nous sommes des gentils; nous n’appartenons pas à la race juive; nous sommes les descendants des païens qui peuplaient ces terres, il y à peine cinq siècles; mais Dieu pensait à nous. Qui aurait pu dire à Christophe Colomb que, sur ces terres vierges remplies de jungles, d’animaux et d’indigènes, allait fleurir, de nos cathédrales, de nos sanctuaires, de nos temples, la civilisation chrétienne? C’est cela, le grand mystère.

B) Le sens de l’Épiphanie

Deux mondes : juif et gentil

Les Mages provenaient, semble-t-il, de l’Asie Mineure, probablement de l’Iran. Ils étaient éclairés par des informations qui leur provenaient des juifs qui émigraient vers ces terres ou des juifs qui se joignaient peut-être aux gentils qui se rendaient en pèlerinage à Jérusalem. Là, ils avaient entendu dire qu’un prophète, de l’Ancien Testament, avait annoncé que, de la maison de Jacob, allait se lever une étoile. C’est de là que proviendrait l’origine de cette étoile à laquelle nous ne pouvons trouver d’explication naturelle.

Il s’agit des traditions de ces peuples qui faisaient référence à une étoile. Ils avaient entendu parler aussi qu’un roi, de la descendance de David, de la lignée d’Abraham, avait été annoncé, et qu’il allait naître à Bethléem : “Et toi Bethléem, tu n’es pas la moindre parce que de toi sortira Celui qui doit régner sur mon peuple Israël.” Il y avait aussi cette prophétie de Michée qui annonçait que ce roi naîtrait dans l’humble village de Bethléem. Les Mages entendirent parler de la nouvelle des anges et des bergers et ils se mirent en marche, à la recherche du Seigneur. Et l’étoile qui scintilla est à l’aube de leur foi.

« Les peuples marcheront à ta lumière… »

« Des mages d’Orient… » C’est l’expression de l’Évangile. Mais nous, à la lumière de la fête de l’Épiphanie, nous commentons avec le prophète Isaïe (60,3)5-6) : “Les nations marcheront à ta lumière et les rois à ta clarté naissante. […] Les richesses de la mer afflueront vers toi, et les trésors des nations viendront chez toi. Des multitudes de chameaux te couvriront ainsi que des jeunes bêtes de Madian et d’Épha; tous viendront de Saba, apportant l’or et l’encens” pour le brûler sur tes autels. Toutes ces images des prophètes qui annonçaient un empire universel et mystérieux, un monde divisé en petits royaumes, en empires, cela faisait rêver les cœurs nobles : Où allait donc naître ce grand roi? ” Et quand ces hommes, peut-être illuminés par leur science astrologique, cherchaient celui qui devait naître, ils n’étaient que les prémices de l’accomplissement de cette promesse.

Les Mages initient le pèlerinage des peuples vers Dieu

C’est pourquoi cette fête de l’Épiphanie est si grande. C’est le jour où nous célébrons l’abolition de ce mur qui séparait les juifs, comme privilégiés, des autres, qui étaient considérés impurs. La foi est passée au-dessus des différences charnelles. Ce ne sont déjà plus des enfants d’Abraham selon la chair, ceux qui vont être le Peuple de Dieu, ce sont des fils d’Abraham, parce qu’ils ont la foi d’Abraham. C’est ici que se trouvent les prémices. Les Mages sont aussi des fils d’Abraham même s’ils sont nés en Orient, parce qu’ils ont rencontré la même foi et le même roi.

Il semble que ce que l’apôtre saint Matthieu veut nous démontrer dans son Évangile c’est comment le Christ se révèle. Comment Il se fait connaître et aimer des gentils plus que par les juifs. Parce que ces derniers, Hérode et ceux qui l’entouraient, auraient pu donner un indice où le Christ devait se trouver. Mais ils demeurèrent indifférents sauf Hérode qui chercha à connaître cet endroit afin de faire périr l’enfant. (Jn 1,11-12) : « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli. Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu. » 06/01/80, p.118-120, VIII.

2) Ce que Dieu offre à tous les peuples

Qu’est-ce qu’offre ce Christ qui naît, qui se manifeste et se fait déjà connaître aux prémices des gentils et de tous ceux qui auront le bonheur de Le connaître et de Le suivre? Qu’est-ce que Dieu nous offre, qu’est-ce qu’Il donne à tous les peuples? Trois choses : en premier lieu, les dons individuels, en deuxième lieu, les dons sociaux, et en troisième lieu, une Église pour administrer ces dons du Seigneur.

A) Les dons individuels

La Vocation

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, lorsque les Mages demandent : « Où est le roi des juifs qui est né parce que nous avons vu son étoile et nous sommes venus pour l’adorer? » nous avons là une très belle expression d’une vocation qui veut être fidèle à son appel. C’est la première chose que Dieu donne : une vocation.

Chers frères, surtout vous les jeunes et les enfants, demandez-vous comme les Mages : Est-ce cela mon étoile? Où se trouve la réalisation pleine et entière de ma vie? Où le Seigneur me veut-Il? Nous avons tous une vocation. Pas un homme ni une femme ne naît sans une vocation de Dieu. Nous avons tous une place à occuper dans l’histoire; connaître ce poste et se développer, c’est réaliser sa propre personnalité. Soyons fidèles et recherchons toujours ce que Dieu attend de nous.
 
La Foi

Qu’est-ce que les Mages exprimèrent lorsqu’ils rencontrèrent cet enfant? « Ils s’agenouillèrent à ses pieds et l’adorèrent. » Rien d’autre. C’est la foi. Seule la foi peut découvrir dans un enfant posé sur les jambes d’une femme, qu’il s’agit d’un Dieu, d’un Rédempteur, du Roi qu’ils recherchaient. Et ils lui offrirent de l’or, de l’encens et de la myrrhe qui sont des expressions de foi, des prémices de la sainte liturgie chrétienne. Nous employons aussi sur notre autel, de l’encens, de l’or pour nos calices et de la myrrhe, signe de la Rédemption. Nous ne prêcherions pas sans myrrhe, sans amertume, sans détachement. C’est pourquoi cela est-il si difficile à comprendre.

L’Allégresse

Qu’est-ce que les Mages reçoivent encore? L’Évangile le dit explicitement : « Quand ils revirent l’étoile, leur cœur se remplit d’une joie intense. » C’est la grande absente de notre temps : la joie, l’allégresse. Parce que nous n’avons pas la foi, parce que nous n’avons pas connu Dieu qui est la source de l’allégresse. C’est là un des signes de ceux qui sont avec Dieu : même au milieu des difficultés de l’histoire, ils demeurent heureux parce que le Seigneur est près d’eux. C’est ce que ressentirent les Mages.

La grâce de la Rédemption

Saint Paul dans la seconde lecture (Ep 3,2-3a.5-6) complète ce tableau des dons personnels.

« Cohéritiers… »

Nous avons été faits cohéritiers des promesses de Dieu à Abraham. Celles-ci sont nôtres quand nous avons la foi que nous sommes les fils de Dieu, que le Christ nous a rachetés, et que nous aurons la Vie éternelle. Cela n’est pas une illusion. Les pauvres qui n’ont pas la foi ne le comprennent pas; mais pour nous, c’est la plus grande motivation de nos luttes, de nos efforts; c’est pour cela que nous travaillons sur la Terre avec autant d’ardeur, ce que ne font pas ceux qui n’ont pas la foi ni l’espérance.

Membre du même corps

Saint Paul dit : « C’est le grand mystère que je vous ai révélé, que vous aussi les gentils, faites partie de ce même corps. » Vous serez incorporés au Christ. Par leur baptême, que les missionnaires nous apportèrent, nos ancêtres commencèrent à devenir des membres du Christ. Peu importe de quelle race nous sommes; ce qui importe c’est d’être membres du Christ. Il n’y a plus de Juifs, ni de Grecs, ni d’esclaves ni d’hommes libres, ni même de différences entre les hommes et les femmes; la seule chose qui compte dorénavant, c’est d’être membres du Christ. La grande égalité que prêche le christianisme c’est l’égalité des enfants de Dieu. Tous nos problèmes nationaux découlent de cette inégalité.

Participants des promesses…

« Vous participez, dit saint Paul, aux promesses en Jésus-Christ. » L’Évangile est le signe que la procession des Mages se poursuit parmi nous parce que nous nous laissons guider par sa Parole. En un mot, chacun de vous, comme moi, nous devons ressentir, dans l’intimité de notre personnalité, les dons personnels que nous avons.

Je vous invite à faire un exercice semblable à celui des Mages. Le Concile dit que chaque homme possède dans l’intimité de son être, de sa conscience, comme une chambre secrète où Dieu descend pour s’entretenir avec lui et où chacun décide de son propre destin. Descendons aujourd’hui, comme les Mages, dans l’intimité de notre être pour rencontrer le Christ là, dans notre cœur. Ne Le cherchons pas au dehors; cherchons-le à l’intérieur de nous-mêmes et nous verrons alors que nous pouvons parler du rôle que nous pouvons jouer en cette heure de l’histoire du Salvador! Nous avons beaucoup à donner parce que Dieu est avec chacun de nous. 06/01/80, p.120-122, VIII.

B) Dons à caractères sociaux

Le chemin clair de l’Histoire

Comme est belle cette première lecture d’Isaïe (60,1-2) : « Debout! Resplendis! Car voici ta lumière, et sur toi se lève la gloire de Yahvé. Tandis que les ténèbres s’étendent sur la terre et l’obscurité sur les peuples, sur toi se lève Yahvé et sa gloire sur toi paraît. » Le plus grand bien que Dieu puisse faire à un peuple, c’est la foi. Pauvres peuples qui n’ont pas la foi! Ils marchent dans les ténèbres. « Les ténèbres les encerclent; mais sur toi brillera la lumière. »

Sagesse de ses rois…

« Les peuples marcheront vers ta lumière et les rois à ta clarté naissante. » (Is 60,3) Bienheureux les peuples qui ont des gouvernements chrétiens! Bienheureux les peuples dont les rois adorent le Roi de l’Histoire, le Seigneur, et qui découvrent en Lui, ce que Dieu veut pour ses peuples : qu’ils ne deviennent pas des tyrans, mais des administrateurs de la volonté du Seigneur : être le bonheur et la lumière des peuples!

Unité universelle

Quel autre don à caractère social? L’unité universelle nous dit Isaïe : « Voyez comme tous les peuples apportent leurs fils et leurs filles à la reconnaissance de ton unique souveraineté. »

Richesse

La foi catholique qui a été injectée dans les peuples ne l’a pas été pour anéantir ces peuples mais pour les purifier, pour les élever, pour donner une valeur divine et éternelle à ces cultures et à ces manières d’être.

L’Église du Salvador ne veut pas être la copie identique de l’Église de Rome, ou de l’Asie ou d’ailleurs; elle respecte la nature des Salvadoriens et tout en étant elle-même salvadorienne, elle élève le peuple, son histoire et ses valeurs, ses fruits et son travail. Nous chrétiens salvadoriens, nous sommes capables de dire que nous sommes authentiquement nationaux et que notre foi ne nous aliène pas. Au contraire, elle purifie ce qu’il y a de grand, de noble et de beau dans chaque peuple! C’est pourquoi l’Église prêche ses missions et enseigne à ses missionnaires de ne pas apporter une sorte d’impérialisme aux autres peuples, de ne pas s’imposer aux autres cultures, mais de donner cette foi qui purifie les cultures de tous les peuples.

Les libérations qui veulent imposer des idéologies importées d’ailleurs, trahissent notre nationalité. L’Église ne trahira jamais le peuple comme peut le faire une inspiration marxiste ou une inspiration de caractère aliénant et étranger à la nature de notre peuple. Grâce à Dieu, dans les profondeurs de l’âme des Salvadoriens, le chrétien vit et c’est en lui que nous retrouvons les germes de son authentique Libération. C’est ce que la foi chrétienne apporte à nos peuples : une unité universelle qui respecte le caractère de la pluralité. 06/01/80, p.122-123, VIII.

C) L’Église

Qu’est-ce que nous donne Dieu au travers des promesses que nous avons entendues aujourd’hui? Une Église chargée d’administrer ces dons de Dieu aux peuples.

Marie avec Jésus, image de l’Église

Cela me charme aujourd’hui de regarder le visage de Marie avec l’Enfant Jésus dans ses bras qui se fait adorer par les Mages. Cela ressemble à cette belle image de l’Église qui offre le Christ à tous les peuples. Marie et l’Église sont une seule et même réalité. Marie est la magnifique image de l’Église et l’Église voit en Marie le modèle de ce que doivent être toutes les âmes rachetées. C’est pourquoi l’Église et Marie sont présentes en cette Épiphanie de Dieu pour dire aux humains que, s’ils veulent rencontrer le Christ, ils ne doivent pas être séparés de l’Église.

Saint Paul a dit aujourd’hui que ce mystère de Dieu se donnant à tous les peuples, fut révélé par l’Esprit aux apôtres et aux prophètes.

Cela signifie qu’au moyen des ministres de l’Église, qu’au moyen de l’Église, les peuples connaîtront Dieu et seront rachetés par la Rédemption du Christ. Il est bon de tenir compte de cette grande doctrine, parce qu’ici circulent des idées comme quoi la hiérarchie, le magistère ne compte pas sinon le peuple, l’Église du peuple. Il est clair que le peuple est l’objet de nos travaux et que c’est par le peuple que le Christ fonda son Église. “Mais l’Église, dit le Concile, est le germe du Règne de Dieu qui sauvera tous les peuples.” Elle est l’instrument de Dieu pour annoncer son Règne à tous les peuples.

Comme je voudrais, très chères communautés chrétiennes, qu’avec un saint orgueil, vous ayez bien clair à l’esprit cette idée : savoir qu’être docile et en communion avec l’Évêque et avec le Pape, ce n’est pas trahir le peuple, mais c’est avoir la garantie de conduire le peuple au Règne de Dieu… De grâce, très chers frères catholiques et, surtout les communautés ecclésiales, ne vous détachez pas des saints, des apôtres et des prophètes, du magistère qui a reçu de l’Esprit Saint la charge d’annoncer que tous les peuples sont appelés à être rachetés en Jésus-Christ et à recevoir ces grands dons de la Rédemption.

Le jour où un prêtre ou une communauté, ou un catéchiste, un agent de pastorale préfère les caprices du peuple aux inspirations du Magistère de l’Église, il est déjà en dehors de l’Église; il prêche déjà quelque chose de très terrestre, de très humain. S’il veut véritablement être une connexion entre cette doctrine, qui est descendue du Ciel par le Christ Jésus, qui donne la vie et la sainteté que le Christ apporta au monde, il doit employer ce canal que le Christ a laissé, en disant : “Celui qui vous entend, m’entend et celui qui ne vous entend pas, c’est moi qu’Il rejette.” Oui, le Christ a voulu orienter le ministère de son Église au bonheur des peuples et à la fidélité à Dieu. Je vous supplie de demander au Seigneur que cette Église soit véritablement une servante fidèle, pour que nous sachions tous, même pécheurs, nous efforcer de nous convertir, faisant en sorte qu’à chaque jour nous soyons davantage de fidèles instruments d’une Église de Dieu qui veut sauver le monde. 06/01/80, p.123-124, VIII.

3) Les Mages, exemple de ceux qui cherchent et trouvent la véritable libération

Prompt à entendre l’appel

Ce ne sont pas tous les hommes qui rencontrent le Seigneur, mais les Mages nous donnent ce merveilleux exemple qui nous fournit la clé pour découvrir le bonheur temporel. Tous ceux qui ressentent intiment ce moment de crise politique dans le pays, se voient dans le miroir des Mages. Et il se peut que, même sans penser à la fête de l’Épiphanie, même sans qu’ils soient chrétiens, il se peut, que par le simple fait de vouloir sortir le pays de ce marasme, ils rencontrent dans cet exemple chrétien des Mages, l’exemple politique, l’exemple qui rendra notre patrie heureuse, le seul qui puisse la racheter.

A) Détachement

Les Mages voient l’étoile, ils se sentent appelés par Dieu et entreprennent ce voyage. C’est ce qui est important. Je crois que plusieurs parlent de changements au Salvador mais ne veulent rien changer. Les plus coupables sont surtout ceux qui détiennent le pouvoir économique, qui ne veulent pas se séparer de leurs biens pour rechercher le bonheur du pays. Ainsi, nous n’arriverons à rien. De même, ceux qui sont idolâtres du pouvoir, qui veulent s’y maintenir sans vouloir le partager avec des civils qui, peut-être, sont davantage appelés à travailler pour le bien du peuple. De même pour ceux qui se disent en marche : les partis politiques, les organisations populaires… Qu’est-ce qu’ils recherchent dans leurs tactiques? Se sont-ils défaits de leur propre manière de penser pour pouvoir dialoguer et rechercher avec tous, le bien dont la patrie a besoin? S’adorent-ils eux-mêmes ou adorent-ils le peuple?

Ce détachement est nécessaire. Les Mages n’auraient jamais rencontré le bonheur d’avoir connu le Roi de l’univers s’ils n’avaient pas abandonné leurs commodités, leurs palais et leurs trônes. Si, tout en étant vraiment des rois, ils n’avaient pas entrepris ce long voyage, incommode, surtout en ces temps.

B) La Recherche

S’ils n’avaient pas rempli également cette seconde condition, non seulement de détachement, mais de recherche. Humble quête parce que nul ne peut prétendre tout savoir. Les Mages parvinrent à Jérusalem et là ils sentirent le besoin d’aller demander leur chemin à nul autre qu’à Hérode. Mais lui aussi ignorait ce fait et il dut consulter les interprètes de la Bible. La vérité, personne ne la possède, sinon Dieu. Et celui qui désire marcher dans la vérité doit être humble et se joindre à d’autres. Dans un dialogue, on ne peut pas imposer à l’autre sa manière de penser. Le dialogue s’établit dans le respect de l’autre; c’est ce qui nous manque, cet esprit de recherche. Où est ce Roi qui doit naître? Cela vaut la peine, surtout lorsque la quête est si grande comme l’est le bien du pays ou comme l’était pour les Mages qui voulaient connaître le Roi de l’univers. Cela vaut la peine de tuer son amour propre et de faire prévaloir le bien du Seigneur, le bien du peuple.

C) L’Adoration

Et finalement un troisième exemple des Mages qui en plus de se désinstaller et de chercher, viennent adorer. Quand ils rencontrèrent le Christ, ils s’inclinèrent comme de simples hommes devant la majesté de Dieu, ils déposèrent à ses pieds leur couronne et leurs dons pour s’agenouiller. C’est Lui seul qu’il faut adorer, seul le Christ est Seigneur. Bienheureux celui qui est à genoux face au Seul devant qui nous devons nous agenouiller. Comme cela est vrai devant les idoles de la société actuelle. Je les ai souvent dénoncées et il suffit de rappeler qu’il existe de nombreux idolâtres de la richesse et de l’argent qui ne seront pas capables d’adorer Dieu parce qu’ils adorent leur argent. Idolâtres du pouvoir qui sont capables de manipuler jusqu’aux consciences des autres pour satisfaire leurs ambitions de pouvoir. Idolâtres de leur manière de penser : seul mon parti, seule mon organisation possède la vérité. Ces idolâtries empêchent le Dieu unique de nous sauver. Le seul qui puisse nous sauver. 06/01/80, p.124-125, VIII.


Homélie du baptême du Seigneur. 13 janvier 1980; Lectures : Isaïe 42,1-4.6-7; Actes 10,34-38; Luc 3,15-16.21-22.
Le Baptême, Épiphanie des richesses messianiques.
1) Introduction : La sérénité et l’allégresse d’appartenir à la famille de Dieu

C’est la fête du baptême du Seigneur. En parlant du baptême, je ressens la foi et la sérénité de celui qui arrive à la maison et qui se souvient, avec sa famille, de son enfance, de ses origines et qui regarde vers son berceau. Comme nous avons besoin aujourd’hui de sentir cette sérénité familiale, lorsqu’autour de nous, il y a tant de turbulences! C’est alors que nous ressentons davantage la nécessité d’être unis en famille, lorsque frappent la persécution et la tempête.

Le baptême, berceau de cette famille où naît le Peuple de Dieu.
Je vous invite, en ce jour où nous célébrons le baptême du Seigneur, à sentir également que ce baptême du Christ est le berceau de toute cette Famille de Dieu. C’est là que nous sommes nés comme Peuple de Dieu, comme Famille de Dieu. Et la messe du dimanche devrait être comme cette fin de semaine en famille, auprès de notre Père, Dieu, auprès de notre frère, Jésus-Christ, tous comme des frères. Nous avons tant besoin de respirer cette atmosphère d’amour, de sérénité, d’allégresse, du foyer!

2) Citoyens d’un pays de la Terre, le baptême fait de nous des citoyens du Règne de Dieu

Notre acte de naissance se trouve dans une municipalité parce que nous sommes citoyens du peuple d’ici-bas. Mais nous avons aussi un acte de baptême à la paroisse qui est comme le berceau où nous sommes nés. Cela ne veut pas dire qu’il y ait une juxtaposition entre le domaine civil et religieux; cela signifie, au contraire, une complémentarité que je m’efforce beaucoup de clarifier en ces temps où l’on mentionne constamment le mot peuple.

Comme chrétiens, nous devons faire la distinction entre le Peuple de Dieu et le peuple naturel. Non pas pour nous en écarter, ni pour nous aliéner des problèmes civils, politiques, sociaux et économiques qui nous touchent aussi et que nous devons affronter en tant que citoyens de cette Terre. En tant que Salvadoriens, nous ne pouvons pas demeurer en marge de cette réalité. Mais en plus de cette réalité salvadorienne, avec un acte de naissance ici dans la patrie, nous appartenons à un autre Règne qui ne nous aliène pas de notre patrie mais qui nous rend forts, qui nous donne des lumières spéciales, des critères nouveaux, originaux, pour qu’en travaillant avec tous nos compatriotes de la Terre, nous sachions être le ferment du Règne de Dieu dans la société, dans le peuple salvadorien.

Méditer aujourd’hui sur le baptême du Christ et sur notre propre baptême doit signifier ceci : notre identité propre comme nés pour le Règne de Dieu dans le baptême. Nous ne devons pas trahir cette citoyenneté du Règne de Dieu. De même, certains, parce qu’ils travaillent au règne de la Terre, veulent voir des contradictions entre l’être chrétien et l’être citoyen politique. Ils n’ont pas bien compris la nature des choses. Ils ne savent pas ce que c’est, qu’être chrétien. Ce jour du baptême est très important pour que tous les baptisés, même s’ils sont engagés en politique, sachent faire honneur à leur être chrétien. C’est un être qui porte, imprimé en lui, un esprit impérissable parce qu’on ne peut effacer le caractère baptismal.

3) Épiphanie

Le baptême manifeste qui est Jésus, quelle est sa mission, qui sont les chrétiens

Nous concluons, en ce dimanche, la période de Noël qui a culminé dimanche dernier avec l’Épiphanie. L’Enfant, qui est né à Noël, à Bethléem, se manifeste, parce qu’Il est venu, non pas pour demeurer caché, mais pour se manifester et pour que tous les hommes Le connaissent et Le suivent; parce qu’Il ne nous a pas été donné d’autre Nom en qui nous puissions être sauvés. C’est pourquoi on L’exhibe, on Le présente et qu’Il est porté en public. C’est notre mission de L’apporter partout, d’être son Épiphanie, sa manifestation.

La fête d’aujourd’hui, le baptême du Christ, se situe dans le contexte liturgique de l’Épiphanie. Le baptême est l’endroit où Jésus se manifeste à nouveau, comme nous allons le voir aujourd’hui. C’est ainsi que je désire présenter mon homélie de ce matin : comme une application de la Parole de Dieu qui a été lue dans notre réalité, dans notre vie concrète, ici, au Salvador.

Plan de l’homélie :

1) Le Baptême de Jean prépara les origines du Peuple messianique
2) Le Baptême de Jésus est une Épiphanie de sa Mission messianique
3) Le Baptême des chrétiens, participation vitale aux richesses messianiques

1) Le Baptême de Jean prépara les origines du Peuple messianique

Aujourd’hui, nous touchons à trois contextes du baptême qui sont souvent confondus. Ceci servira, en quelque sorte, de catéchèse, de préparation sacramentelle, si nécessaire de nos jours. Dans aucune paroisse, on ne doit baptiser sans avoir instruit les parents et les parrains, de l’engagement solennel de la dignité baptismale.

A) Mission de Jean

Premièrement, concentrons-nous sur le baptême de Jean parce qu’il est mentionné, dans les lectures d’aujourd’hui, (Lc 3,15-16.21-22) que, pendant que Jean baptisait le peuple, Jésus vient aussi se faire baptiser. C’est ici que se situe la première confusion des gens : « Je ne fais pas baptiser mon petit enfant parce que le Christ se fit baptiser, une fois adulte. » Quelle confusion! Ce n’est pas le baptême de Jean que nous donnons de nos jours dans l’Église catholique.

Atmosphère psychologique du baptême de Jean

Situons-nous dans l’atmosphère psychologique où se situe l’Évangile d’aujourd’hui. Le peuple était dans l’expectative et tout le monde se demandait si ce n’était pas Jean, le Messie.

La réponse de Jean précise sa mission et la portée de son baptême.
Il prit la parole et dit (Lc 3,16) : « Pour moi, je vous baptise avec de l’eau, mais vient le plus fort que moi et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. » C’était un mouvement qui avait été suscité dans le peuple. Un mouvement spirituel que Jean Baptiste suscita et qui attira des gens de toutes catégories sociales vers les rives du Jourdain pour se faire baptiser.

Avec cette phrase de l’Évangile d’aujourd’hui, le peuple était dans l’expectative et tous s’interrogeaient. Est exprimée ici, la psychologie de cette atmosphère qui entourait Jean, celle d’un mouvement populaire qui était à la recherche d’une réponse, de quelque chose. On attendait Celui qui devait venir, l’Annoncé des prophètes : Serait-ce ce Jean merveilleux, avec sa prédication, avec son autorité, avec son humilité, avec son austérité? »

B) Mission de Jean : « Préparer un Peuple parfait pour le Seigneur. »

Et Jean vient nous dire : « Je ne suis pas le Messie. Le Messie se trouve déjà parmi nous et ma tâche est de Lui préparer un Peuple messianique. Celui qui va venir fonder le Peuple messianique, Celui qui va venir accomplir les promesses de tant de prophètes, est déjà parmi nous mais je ne le suis pas. Je ne suis rien d’autre que son précurseur. Je lui prépare le chemin; ma mission est de convertir les gens. Mon baptême n’est pas un baptême qui donne la Vie éternelle. Mon baptême est un rite extérieur pour exprimer, avec ce lavement des eaux du Jourdain, le repentir du cœur. »

Quel était le baptême de Jean?

« Mon baptême, plus que tout, est un acte intérieur de celui qui veut se faire baptiser. Personne ne peut se faire baptiser ici s’il ne fait pas un acte de conversion de ses péchés. » L’Évangile nous dit aussi que toutes sortes de gens s’approchaient pour lui demander (Lc 3,10-14) : « Que devons-nous faire? » Il leur répondait : « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas et que celui qui a de quoi manger fasse de même. » Des publicains aussi vinrent se faire baptiser et lui dirent : « Maître, que nous faut-il faire? » Il leur dit : « N’exigez rien au-delà de ce qui vous est prescrit. » Des soldats aussi l’interrogeaient, en disant : « Et nous, que nous faut-il faire? » Il leur dit : « Ne molestez personne, n’extorquez rien, et contentez-vous de votre solde. »

C’est ainsi qu’avec l’intégrité d’un homme qui prépare les chemins de Dieu, au nom de la loi de Dieu, il dit à chacun ce qu’il doit lui dire, même s’il s’agit du roi. Et il dit à Hérode : « Il n’est pas licite de vivre avec la femme de ton frère; c’est un péché. » Il parle ainsi même s’il pressent que cela va lui coûter la vie parce qu’il n’existe pas de fauve plus horrible qu’une femme blessée dans son amour propre. La femme d’Hérode, l’adultère, profitant de la grâce de sa propre fille aux yeux d’Hérode, envoie chercher la tête de Jean Baptiste. Il meurt mais il triomphe parce que la vérité triomphe toujours.

C’est cela, le baptême de Jean : dire la vérité, prêcher contre le péché, appeler au repentir. Et autour de Jean se forma une école, un peuple de gens convertis, de gens qui cherchaient le Règne du Seigneur. C’était cela le véritable carême de Jean. J’ai lu dans un commentaire cette précieuse pensée : « Jean a conduit les hommes jusqu’au moment du Salut du monde; il les a préparés pour qu’ils se convertissent en un Peuple messianique, eschatologique de Dieu. » Nous dirions que Jean a préparé la matière première pour que le Christ vienne inspirer, avec son baptême d’Esprit, la vie de Dieu que Jean ne pouvait pas donner. Mais il a préparé la pâte, il a préparé les consciences. Quel honneur! Nous ne faisons rien d’autre dans notre évangélisation, parce qu’aucun pécheur ne peut donner la grâce de Dieu, mais il peut ouvrir les chemins de la conversion à Dieu qui lui donne sa grâce.

Quel honneur ce serait pour moi, très chers frères, chères sœurs, chers auditeurs à la radio, si vous ne m’écoutiez pas par curiosité, mais comme on écoutait Jean Baptiste : « Que devons-nous faire pour rencontrer le Règne de Dieu? » Je sais, et je rends grâce au Seigneur, qu’un grand nombre s’est converti parce qu’ils recherchent sincèrement ce que la Parole de Dieu a à dire : le refus du péché et l’acquiescement de la vertu. Je ne désire pas être autre chose; et, si, sur cette tribune, nous devons dénoncer les abus, les outrages, les péchés et les injustices, c’est parce que nous voulons poursuivre la mission de Jean : préparer le peuple pour qu’il reçoive le Christ, pour qu’il fasse partie du Peuple messianique.

C) L’esprit de ce Peuple que recevra le Règne sera communautaire

L’esprit de ce Peuple fut merveilleusement défini par le Concile Vatican II. Pour que vous voyez que la prédication de Jean conserve une terrible actualité, nous pourrions dire que le Concile recueille la doctrine du baptiste pour préparer au Christ son peuple qui, en 1980, continue d’être le Peuple qui a besoin de Lui; ce peuple qui cherchait sur les rives du Jourdain le Règne de Dieu qu’il ne pouvait trouver en Jean mais que celui-ci leur indiquait. (L.G. 9) : « de tous temps et chez toute nation, celui qui craint Dieu et pratique la justice Lui fut agréable. Cependant, Dieu n’a pas voulu sanctifier et sauver les hommes individuellement sans qu’aucun rapport n’intervienne entre eux, mais plutôt, faire d’eux un peuple qui le reconnaisse vraiment et le serve dans la sainteté. »

Surnaturel

Lorsque le Pape Pie XI, en 1925, établit la fête du Christ Roi, il écrivit une précieuse encyclique qui s’intitule Quas Primas, dans laquelle il décrivit le Règne de Dieu, comme Jean baptiste le décrivait : « Son Règne n’est pas de ce monde. Cela ne signifie pas qu’Il n’ait pas de droit sur les règnes de ce monde; cela veut dire qu’il ne s’agit pas d’un règne de style mondain, qu’il s’agit d’un Règne particulier. On y entre par la pénitence et le baptême. Il s’oppose au règne de Satan; il professe la justice et les autres vertus, il exige l’abnégation. » Le Règne de Dieu, vous le connaissez tous parce que le Christ disait aux chrétiens : « Le Règne de Dieu est au-dedans de vous. »

Comme c’est différent d’être simplement Salvadorien, peuple naturel, que d’être Peuple de Dieu, exigeant dans ses vertus, dans ses renoncements, dans sa sainteté! Nous pouvons dire qu’au Salvador, tous ceux qui forment le Peuple de Dieu sont Salvadoriens mais nous ne pouvons affirmer le contraire; ce ne sont pas tous les Salvadoriens qui sont membres du Peuple de Dieu. Prenons cela en compte, parce que Jean Baptiste aussi, dans son peuple, était citoyen de Palestine; cependant, ce ne sont pas tous les Palestiniens de ce temps qui se convertirent et se préparèrent à recevoir le Christ. Ces prémices que le Christ put rencontrer lorsqu’Il vint pour prêcher, ceux-là étaient le Peuple de Dieu : Palestiniens de tout cœur mais chrétiens convertis de tout cœur également.

D) Jean fait le lien entre les préparations de l’Ancien Testament et les prémices du Nouveau Testament

Comme est précieux le spectacle que nous raconte l’Évangile de saint Jean, dans le premier chapitre (35-36) : « Jean se tenait là, de nouveau, avec deux de ses disciples. Regardant Jésus qui passait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. »

Les premiers disciples étaient issus de l’école de Jean
(Jn 1,37-42) : « Les deux disciples entendirent ses paroles et suivirent Jésus. Jésus se retourna et, voyant qu’ils le suivaient, leur dit : « Venez et voyez. » Ils vinrent donc et virent où il demeurait, et ils demeurèrent auprès de lui ce jour là. C’était environ la dixième heure. André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux qui avait entendu les paroles de Jean et suivit Jésus. Il rencontre, en premier lieu, son frère Simon et lui dit : « Nous avons rencontré le Messie », ce qui veut dire le Christ. Il l’amena à Jésus.

Je vous ai lu ce passage parce qu’ici vous pouvez voir comment Jean, en prêchant la conversion, prépara au Christ la matière première pour initier son Règne. Ces premiers disciples du christ : Jean, André et Simon, proviennent de l’école de Jean le Baptiste. Et sans doute, les premières communautés chrétiennes étaient des disciples de la pénitence que Jean enseignait. C’est pourquoi j’ai intitulé cette première pensée : Jean Baptiste, par son baptême, prépara les origines du Peuple messianique. Il ne fit pas le Peuple de Dieu mais il le prépara pour que le Christ fasse, de ces hommes convertis, le Règne de Dieu.

2) Le Baptême de Jésus est une Épiphanie de sa Mission messianique

3) Le Baptême des chrétiens, participation vitale aux richesses messianiques

A) Il n’avait pas besoin d’être baptisé

Ce Christ s’approche pour se faire baptiser parmi les pécheurs qui allaient au Jourdain. C’était là un des problèmes des premières communautés chrétiennes. Comment expliquer que le Christ se fasse baptiser s’Il n’était pas pécheur? Si vous lisez les évangiles, vous verrez qu’on ne met pas trop l’accent sur ce problème du baptême du Christ. Même dans ce passage de l’Évangile de Luc, il est écrit indirectement : « Pendant que Jean baptisait le peuple, le Christ est baptisé. » Et Luc nous Le présente aussitôt en prière, comme s’il voulait passer rapidement sur ce problème qu’il ne savait pas résoudre. Cependant, la théologie nous donne une précieuse solution. Le Christ n’avait pas besoin d’être baptisé; ce dernier s’en servit pour recevoir quelque chose, comme pour nous, lorsque nous nous faisons baptiser. Ce n’est pas l’expression d’un repentir pour recevoir le pardon parce qu’Il n’en a pas besoin. Il est le Saint par excellence.

Son baptême révèle ce qu’Il porte déjà en Lui.

Qu’était-ce donc ce baptême que nous célébrons aujourd’hui en ce second dimanche de l’Épiphanie? Ce baptême du Christ, plus qu’un acte pénitentiel, est une Épiphanie glorieuse, une révélation, une manifestation.

« Celui-ci est mon Fils! »

Cette manifestation du baptême du Christ pourrait être résumée en ces mots qui ont été lus aujourd’hui, lorsque saint Luc, dans son Évangile, a dit (3,21-22) : « Et au moment où Jésus, baptisé lui aussi, se trouvait en prière, le ciel s’ouvrit et l’Esprit Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix partit du ciel : « Tu es mon Fils; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. »

Christ se fit baptiser non pas pour se faire Fils de Dieu, mais pour révéler qu’Il est le Fils de Dieu. Le Christ se fit baptiser non pas pour répondre à un besoin qu’Il ressentait, mais à un besoin que nous avions qu’Il se révèle, qu’Il se présente à nous. C’est pourquoi je vous disais : Quelle prétention plus ignorante que celle de celui qui dit : « Je veux que mon enfant se fasse baptiser lorsqu’il aura atteint l’âge du Christ. » Mais ton fils n’est pas le Fils de Dieu; il est fils de la chair; il a besoin d’être baptisé pour devenir fils de Dieu. Par contre, le Christ était, dès sa conception dans les entrailles de Marie, un fils de Dieu qui n’avait pas besoin du baptême. S’il alla aux eaux du Jourdain, ce fut uniquement pour exprimer ce qu’Il était déjà et pour dire aux hommes ses richesses messianiques : « En moi s’accomplit tout ce qu’ont annoncé les prophètes du messie. » Le baptême de Jésus est donc une Épiphanie. Dans les trois lectures d’aujourd’hui (Is 42,1-4.6-7; Ac 10,34-38; Lc 3,15-16.21-22) nous retrouvons comme les commentaires de cette brève révélation : « Tu es mon Fils bien-aimé. »

Le témoignage de l’infériorité de Jean

Dans ce même Évangile nous retrouvons le témoignage de Jean Baptiste, alors qu’on le confondait avec le Christ (Lc 3,16) : « Pour moi, je vous baptise avec de l’eau, mais vient le plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales. » Je ne suis même pas digne d’être son esclave.

Le témoignage de Jean : « Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. »

Il marque avec le feu du jugement tous ceux qui se laissent baptiser. Il marque l’homme de l’éternité du jugement de Dieu; c’est ce que ça veut dire : se faire baptiser dans le feu. Cette expression : « le feu », signifie, dans la Bible, non seulement la purification mais également le jugement de Dieu. Ainsi, tout comme le feu démarque ce qui brûle de ce qui demeure, ainsi en est-il pour l’être humain; sa conscience lui dicte de faire des choses solides, des choses qui ne servent pas uniquement à ce monde transitoire.

Le baptême que le Christ donne, est un baptême de feu qui purifie l’être humain et lui donne aussi la consistance de pouvoir résister au jugement de Dieu. Il baptise en Esprit Saint parce que Celui-ci L’a oint, faisant de Lui le Fils de Dieu dès les entrailles de Marie. C’est le même Esprit Saint qui sanctifie l’enfant qui va être baptisé. Et cet enfant chrétien qui grandit fidèle à son baptême, porte le souffle de l’Esprit Saint, le souffle de la vérité. Le chrétien qui se laisse porter par son baptême, parvient à être saint ou héros. Il n’existe pas d’homme plus vaillant parmi les citoyens d’un pays que ceux qui sont baptisés, lorsqu’ils sont fidèles à leur baptême.

Ce sont les chrétiens salvadoriens que nous voulons. C’est pourquoi nous prêchons de la sorte, parce que nous voudrions secouer une routine qui encercle nos baptisés et qui les rend pratiquement païens et idolâtres de leur argent, de leur pouvoir. Quels baptisés sont-ils? Celui qui veut porter la marque de l’Esprit et du feu avec lesquels le Christ baptise, doit s’exposer à renoncer à tout et à rechercher uniquement le Règne de Dieu et sa justice. Le Salvadorien qui est marqué du baptême du Christ qui est Esprit et feu, doit être un être d’espérance éternelle; il ne doit pas se laisser vaincre par le pessimisme. Il ne doit pas non plus laisser ses idéaux d’éternité et de triomphe dans la foi, s’épuiser dans un projet politique de la Terre. Il doit flotter au-dessus de tous les désespoirs politiques de la Terre; c’est la grande espérance des salvadoriens baptisés.

C’est pourquoi, nous voulons aussi conclure par là, que tout Salvadorien baptisé qui travaille en politique, dans les circonstances actuelles si terribles que nous connaissons au Salvador, doit regarder l’amplitude du Règne de Dieu. Il ne doit pas se fanatiser dans de petits groupes politiques ou des partis et ne plus voir tout le panorama politique du bien commun de notre peuple, que par la fente étroite de sa seule organisation, de son seul projet. Il doit être un citoyen qui, depuis la perspective de l’espérance chrétienne, puisse comprendre celui qui a un autre projet politique, et, entre tous, il doit rechercher le Règne de Dieu pour qu’il s’incarne, pour qu’il s’intronise au Salvador.

Le témoignage de Pierre

Dans la lecture d’aujourd’hui, le témoignage de Pierre qui commente cette révélation, cette Épiphanie du baptême : « Tu es mon Fils. »

Le Seigneur de tous

Dans la lecture d’aujourd’hui, saint Pierre dit (Ac 10,36) : « Le Christ est le Seigneur de tous. » Il dit aussi (10,38) : « Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance »; de même, il dit que Dieu était avec Lui, qu’Il était Dieu.

Le témoignage des prophètes

Mais surtout, je veux que nous nous concentrions sur le témoignage des prophètes de la première lecture d’aujourd’hui (Is 42,1-4.6-7). Cette magnifique lecture du prophète Isaïe est le meilleur commentaire de la révélation de Dieu sur le Christ dans le Jourdain : « Tu es mon Fils », dit Dieu.

Serviteur… Fils élu

Le prophète Isaïe dit (42,1) : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui mon âme se complaît. J’ai mis sur lui mon Esprit. » C’est pourquoi, en ce jour du baptême, nous faisons mention de ces paroles d’Isaïe : « Sur lui J’ai posé mon Esprit. » C’est ce en quoi consiste l’onction qui fait du Christ un oint. Cela veut dire : Christ ou Messie. Messie est une parole d’origine orientale qui signifie la même chose que le mot grec Christ ou le mot français Oint. C’est la même chose : Messie, Christ, Oint. L’Esprit saint L’a oint, c’est-à-dire qu’Il Le pénètre de sa divinité, qu’Il L’élève au rang divin.

Mais doux…

Dans la lecture d’aujourd’hui, je voudrais que nous nous concentrions sur cette caractéristique du Christ (Is 42,2) : « Il ne crie pas, il n’élève pas le ton, il ne fait pas entendre sa voix dans les rues. » Comme cela est différent des cris de la démagogie que nous entendons ces temps-ci, parmi nous. À propos, je voudrais supplier les leaders politiques qui parlent dans les microphones, de ne pas commettre la faute que je commets : de crier trop fort quand nous avons un micro devant nous. Si cette invention sert à quelque chose, c’est qu’elle nous aide à préserver notre gorge. Parce que lorsqu’on entend quelqu’un crier dans un microphone comme un démagogue, on se demande à quoi peut bien lui servir d’avoir un microphone devant lui? « Il ne crie pas, ni n’élève le ton, ni ne fait entendre sa voix dans les rues. » Il y a un dicton qui dit : « N’élève pas le ton, mais renforce tes raisons. »

Ces jours-ci, en écoutant certains discours à caractère politique, je ne rencontre aucune idée constructive. Beaucoup de cris pour aplatir et frapper davantage, mais aucune expression qui nous fasse connaître un quelconque projet, un idéal serein pour construire le bien dans le pays. C’est ainsi que devait être la voix du Christ lorsqu’Il parlait, avec une sérénité que le prophète Isaïe annonçait déjà : « Il ne criera pas. »

Et après, il décrit l’attitude du Christ. (Is 42,3) : « Il ne brise pas le roseau froissé, il n’éteint pas la mèche qui faiblit. » Nous sommes impatients; si nous voyons un roseau froissé, nous achevons de le briser et nous le jetons. Si une mèche s’éteint, nous nous fâchons et nous la jetons. Le Christ n’éteint pas la mèche qui fume encore. Il demeure encore une petite lueur d’espoir, il y a encore quelque chose à faire. Ne disons pas que toutes les portes se sont refermées alors qu’il y a encore des hommes qui peuvent raisonner.

Imitons le Christ qui est précisément venu pour nous racheter, nous qui étions ce roseau froissé. Comment cela aurait-il été si le Christ avait procédé comme nous agissons envers les autres? Combien le Christ a eu à nous supporter au cours de toutes ces années et nous ne nous sommes pas corrigés. Il continue d’espérer et d’attendre parce que peut-être qu’à la dernière heure, le fils prodigue reviendra et le père l’embrassera avec la même tendresse avec laquelle Il embrassa le fils de sa maison qui fut toujours fidèle. C’est ainsi que Dieu nous aime, c’est ainsi que nous devrions nous aimer. En cette heure où nous avons envie de tout rejeter, de quitter le pays, de tout abandonner, rappelez-vous cette attitude du Christ : « Il ne brise pas le roseau froissé, ni n’éteint la mèche qui fume encore. »

Frères, sœurs, il ne va pas sortir de cette crise du Salvador un paradis céleste, jamais! Il devra en sortir un rapiéçage. Tout ce qui se produit dans l’Histoire est un rapiéçage de l’humanité pécheresse. Il n’y a qu’une phase de rénovation absolue et c’est « l’éternité », les cieux nouveaux de la Terre nouvelle; celle-ci sera la véritable transformation. Tant que nous irons dans l’Histoire, nous devrons faire comme le Christ : raccommoder le roseau froissé et souffler doucement sur le tison qui fume encore. Nous ne voulons pas faire un paradis sur Terre parce que c’est impossible.

Il porte la sécurité de Dieu

C’est cela, le Christ qui se présente dans l’Épiphanie d’aujourd’hui. Mais cette force qu’Il porte avec tendresse et douceur, compte sur la sécurité de Dieu (Is 42,6) : « Moi, Yahvé, je t’ai appelé dans la justice, je t’ai saisi par la main, et je t’ai modelé, j’ai fait de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations. » Comment se pourrait-il que nous ne marchions pas avec confiance dans le Christ, si Dieu Le tient par la main et que nous, par notre baptême, sommes une seule chose en Lui?

Leader de la Libération

Il est le véritable Leader de la Libération. C’est ainsi que nous Le présente la première lecture d’aujourd’hui : « Je T’ai formé et J’ai fait de Toi l’alliance de mon peuple pour que Tu ouvres les yeux des aveugles, que Tu fasses sortir les détenus de la prison et des cachots ceux qui vivent dans les ténèbres. » C’est un langage que nous pouvons entendre et qui se traduirait en langage moderne par : les opprimés! Le Christ est venu pour les opprimés de toute sorte. Et tous ceux qui désirent libérer le peuple de l’oppression, ne peuvent rencontrer un autre leader plus grand que le Christ, l’unique Libérateur…

D) Le Christ se fit baptiser non par nécessité, mais pour mettre dans l’eau toute sa richesse messianique : la force de sa croix et de sa Résurrection.

Parce qu’Il est Dieu qui vient avec ces charges que je viens d’expliquer, à savoir d’implanter la justice, d’accomplir la Rédemption, de sauver le monde avec la tendresse d’un Rédempteur. C’est pour cela qu’Il a souffert l’humiliation la plus épouvantable qu’Il dut endurer en mourant sur une croix. Mais il porte aussi la gloire que nul n’a pu recevoir : de ressusciter et d’être placé à la droite de Dieu. Cette mort humiliante et cette Résurrection glorieuse sont la source de notre espérance et le baptisé se signe de cette mort et de cette Résurrection. Quel honneur de penser que vous tous, que j’ai devant moi, êtes le Christ! Jusqu’au plus humble des paysans qui m’écoute à la radio : tu es le Christ parce que ton baptême t’a identifié avec la mort et la Résurrection du Seigneur.

2) Le Baptême de Jésus est une Épiphanie de sa Mission messianique

3) Le Baptême des chrétiens, participation vitale aux richesses messianiques

Vous voyez donc comment notre baptême n’est pas celui que recevait de Jean ceux qui se repentaient de leurs péchés, ni celui qu’a reçu le Christ qui n’en avait pas besoin et qui se fit baptiser uniquement pour manifester qui Il était. Notre baptême est celui des pécheurs qui vont à la source baptismale et qui trouvent le pardon, en plus de toutes les richesses que le Christ a fait nôtres.

A) Le seconde lecture (Ac 10,34-38) d’aujourd’hui, nous raconte précisément le cas du premier païen qui se fit baptiser. Un païen nommé Corneille, qui priait à sa façon. Dieu lui révéla d’envoyer quérir Pierre parce qu’Il avait un message à lui dire. Mais Corneille eut peur parce que les Juifs ne pouvaient se mêler aux gentils. Pierre est Juif et le centurion Corneille est Romain; c’est un gentil. Cependant, parce que l’Esprit l’a ordonné à Pierre, celui-ci entre et s’entretient avec Corneille.

Modèle de pastorale baptismale

Nous avons dans le Livre des Actes, chapitre 10, tout le discours que Pierre prononça dans cette famille et duquel nous avons pris un fragment aujourd’hui. Pierre dit (10,34-35) : « Je constate en vérité que Dieu ne fait pas acception des personnes, mais qu’en toute nation, celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable. » Et il leur parle du Christ. Si vous voulez savoir comment prêchaient les apôtres et voir si nous prêchons de manière semblable à eux, prenez ces discours que nous retrouvons dans le Livre des Actes. Là, vous trouverez aujourd’hui, dans le chapitre 10, le discours entier de Pierre en train de dire au centurion Corneille, comment est la religion chrétienne, que nous devons croire en un Christ, Fils de Dieu qui vint, qui mourut et qui ressuscita. Tout le catéchisme! C’est une préparation sacramentelle qu’il leur donna.

D’abord la foi, puis le baptême et la manifestation de l’Esprit

(Ac 10,44-48) : « Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint tomba sur tous ceux qui écoutaient la parole. Et tous les croyants circoncis qui étaient venus avec Pierre, furent stupéfaits de voir que le don du Saint Esprit avait été répandu aussi sur les païens. Ils les entendaient en effet parler en langue et magnifier Dieu. Alors Pierre déclara : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu l’Esprit Saint aussi bien que nous? » Et il ordonna de les baptiser au nom de Jésus-Christ. » Le baptême est la venue de l’Esprit Saint après avoir accepté par la foi, la Rédemption qu’il nous prêche. C’est cela, le schéma du travail d’évangélisation : Annoncer le Règne du Christ. Ceux qui veulent l’acceptent et pour manifester qu’ils l’acceptent, ils doivent se laisser baptiser.

B) Effet du baptême

L’Esprit Saint est dans le baptême et toute la richesse messianique du Christ qui a été manifestée dans le Jourdain, est communiquée à l’enfant qui se fait baptiser. C’est pourquoi, on dit que les fonts baptismaux sont comme le berceau d’où naît un homme nouveau dans le Règne de Dieu. L’effet du baptême est ce que nous dit la Bible aujourd’hui : « L’Esprit Saint tomba sur eux. » Cela veut dire que l’Esprit, qui animait le Christ, ce dont nous parla le prophète Isaïe, nous animera aussi. Frères, nous sommes tous un peuple baptisé; nous sommes un peuple prophétique, un peuple sacerdotal; nous sommes le Christ. Faisons honneur à cette participation que notre baptême nous a donnée.

C) Deux images des lectures d’aujourd’hui, interprétées par la plus authentique tradition

Le Serviteur de Yahvé… n’est pas seulement Jésus, mais la communauté qu’Il représente : Israël… le peuple chrétien. La première figure est celle qui parle du Serviteur de Yahvé qui est une figure très typique dans les lectures d’Isaïe, le serviteur de Dieu. C’est un personnage mystérieux; mais les interprètes parviennent à l’identifier avec le Christ, un Christ non seulement individuel mais un Christ communauté. Le Serviteur de Yahvé est le Christ et la communauté chrétienne est le peuple chrétien. Le Serviteur de Yahvé, lorsque nous le lisons avec ce critère, nous donne de nombreuses lumières sur le Livre d’Isaïe. Quand, quelque part, quelqu’un souffre, ici nous avons les chrétiens du Salvador, ils sont le Serviteur de Yahvé, le Christ souffrant les difficultés et les persécutions avec ses chrétiens.

Toute cette Épiphanie est nôtre

Quand nous serons heureux et allègres, Serviteur de Yahvé qui a reçu l’Épiphanie ou l’allégresse de Dieu, et lorsque nous aurons la chance de nous en aller au Ciel avec le Christ, nous serons, avec Lui, un seul Serviteur de Yahvé, un seul Peuple de rachetés avec le Christ comme tête; et nous tous comme tête et nous tous comme membres de ce Christ glorieux. Quel honneur, quel destin plus sublime que celui de la personne qui se fit baptiser et qui s’incorpora au Christ! Elle ne se sépare plus de Lui, ni même pour l’éternité, à moins qu’elle ne le veuille par le péché.

La colombe n’est pas l’Esprit Saint, c’est la communauté qui entoure Jésus

L’autre figure merveilleuse des lectures d’aujourd’hui, c’est la colombe qui vient se poser sur le Christ. On interprète généralement qu’il s’agit là de l’Esprit Saint; mais ne vous scandalisez pas de ce que je vais vous dire : nulle part ailleurs dans la Bible, il n’est fait mention de l’Esprit Saint sous la forme d’une colombe. Plus encore, la tradition, pour interpréter cette colombe qui descend, dit qu’il s’agit de la communauté. L es premiers Pères de l’Église, en analysant certaines phrases bibliques, qui comparent le peuple d’Israël à une tourterelle dans les mains de Dieu, y voient un symbole de la communauté. Ainsi, il semble que dans le baptême du Christ, cette colombe signifiait que ce titre « Fils de Dieu », allait être porté par toute sa communauté. Nous formons, à nous tous, comme l’ornement du Christ Notre Seigneur. Nous sommes son Peuple; nous sommes véritablement ce que saint Paul appelle la « Plérome », le complément, ce qui recouvre le Christ, ce qui revêt le Christ Notre Seigneur.

D) Par le baptême, les richesses de la croix et de la Résurrection se font les richesses de l’humanité.

En ce sens, cette interprétation nous dit que le baptême nous incorpore au Christ et nous fait communauté du Christ et que la vie du Christ circule à travers nous. Toutes les belles comparaisons de l’Église, Corps mystique du Christ, tout cela signifie que la vie du Christ circule parmi nous. Par le baptême, donc, nous faisons nôtre la richesse messianique du Seigneur.

Rappelons-nous alors la signification de ces gestes que le prêtre accomplit dans les fonts baptismaux. Avec le pouce, il oint la couronne de la tête avec le Saint Chrême et il nous dit qu’à partir de ce moment, nous sommes membres du Peuple du Christ : peuple sacerdotal, prophétique et royal. Le jour de la confirmation – c’est pourquoi nous voulons donner une conscience à la confirmation. -, le jeune, déjà conscient de ce qu’il veut faire, présente son front pour que l’évêque le marque du signe du Christ afin de devenir consciemment collaborateur du Christ Rédempteur, prophète, prêtre et roi. C’est ce que nous sommes les chrétiens, au Salvador. Là où il y a des chrétiens, il existe un Peuple de Dieu qui ne se distingue pas du peuple naturel, mais qui, à l’intérieur du peuple, vit des réalités et des espérances que n’ont pas ceux qui n’ont pas la foi, ou ceux qui, ayant été baptisés, vivent un baptême si incolore, si mort, si moribond, que ce serait la même chose pour eux d’être demeurés païens.

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