Deuxième dimanche du temps ordinaire; 20 janvier 1980; Lectures : Isaïe 62,1-5; I Corinthiens 12,4-11; Jean 2,1-12.
Le Christ manifeste sa gloire dans le bonheur des hommes.
Dans la Parole de Dieu de ce dimanche, resplendit encore l’Épiphanie, écho du mystère de Noël, qui consiste en la venue et en la manifestation de Dieu dans notre histoire.
Il veut se faire connaître de tous
Trois signes d’Épiphanie : les Rois mages, le Baptême et le premier miracle
Dans la liturgie catholique, il y a trois événements de l’Évangile qui se célèbrent en ces dimanches comme autant de manifestations de la gloire du Christ. Le premier fut celui que nous avons célébré le 6 janvier : les Rois mages d’Orient qui sont venus pour adorer Jésus, conduits par une étoile; le second fut celui de dimanche dernier, le Baptême du Christ et le Ciel qui s’ouvre pour dire (Mt 3,17) : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur. » Et le troisième événement est celui de ce dimanche que saint Jean présente précisément comme le premier signe qu’accomplit le Christ pour manifester sa gloire et où les disciples affirmèrent leur foi en Lui. Ici, nous avons aussi l’objectif de ce dimanche : croire davantage en Jésus-Christ, le connaître davantage afin qu’Il soit une véritable épiphanie pour notre foi.
Les lectures invitent à l’allégresse
Et comme toute épiphanie est une invitation à l’allégresse, le ton de nos lectures s’inspire de cette joie. N’importe qui pourrait dire qu’il s’agit là d’un sarcasme quand au Salvador, alors qu’il y a tant d’afflictions, tant de terreurs, de psychoses, on nous invite à la joie.
Cependant, je crois qu’aucun appel n’est aussi opportun pour notre patrie et pour les Salvadoriens, que l’appel liturgique de ce matin : la joie, l’optimisme.
Contexte de la première lecture (Is 62,1-5) : un prophète rompt le silence déprimant de Dieu.
Situons-nous dans l’ambiance de Jérusalem alors que le peuple revenait de son désert, après cette épouvantable dépression et ce nombre d’années où Dieu s’est tu. En retournant à Jérusalem, ils retrouvent une patrie détruite, en ruines, comme si tout était mort. Cependant, devant ce silence, devant ces ruines, cette dépression, cette psychose, le prophète élève la voix (Is 62,1-2) : « À cause de toi Sion je ne me tairai pas; à cause de Jérusalem je ne me tiendrai pas en repos, jusqu’à ce que sa justice jaillisse comme une clarté, et son Salut comme une torche allumée. Alors les nations verront ta justice, et tous les rois, ta gloire. »
Si nous avons foi en Dieu…
C’est l’optimisme de la foi. Dieu a été avec nous, même dans les tribulations et maintenant qu’elles sont passées, pointe l’aurore de l’allégresse, de la libération. Ne soyons pas tristes. C’est la sécurité qu’aujourd’hui, également, l’Église veut semer en nous, à savoir : que Dieu marche avec nous. Noël est un fait réel. Dieu est venu dans l’Histoire. Il veut se faire connaître et cela doit réveiller la foi chez ses disciples.
Le Christ est présent aux noces de Cana alors que survient un problème insoluble
Voyez comme Marie est sensible également aux problèmes insolubles, comme celui de notre patrie, comme celui qu’elle ressentit : il n’y a plus de vin et ces gens vont sentir la gêne d’une fête qui se prolonge sans la joie qu’il se doit d’avoir, dans une noce réussie. Et comme Marie, au milieu des problèmes qui semblent insolubles, nous tournons notre regard vers le Christ et nous sentons qu’Il est présent comme le dit l’Évangile d’aujourd’hui (Jn 2,1-12) : « Là étaient le Christ et Marie aussi; sa mère était avec Lui. »
Je voudrais que cette réflexion d’aujourd’hui, de cette nouvelle Épiphanie, nous l’intitulions ainsi : Le Christ manifeste sa gloire dans le bonheur des hommes. Dans la mesure où un homme est heureux, là se manifeste la gloire du Christ. Dans la manière qu’un peuple rencontre les chemins de la paix et de la justice, la fraternité et l’amour, le Christ est glorifié. Le Christ est dans l’Histoire et elle le reflète par le bonheur des peuples.
Plan de l’homélie :
1) Le Salut sous le signe d’un festin de noces
2) Marie, figure d’une Église riche de charismes et puissante dans son intercession devant Dieu
3) Par la foi, nous partageons l’allégresse de la gloire de Dieu
1) Le Salut sous le signe d’un festin de noces
A) Saint Jean écrit ce que nous appelons l’Évangile des signes.
Pour saint Jean, les miracles que raconte son Évangile, ne sont pas simplement des récits de la thaumaturgie du Christ, ni de sa miséricorde envers ceux qui souffrent. Pour saint Jean il y a quelque chose de plus profond dans chaque miracle et c’est pour cela qu’on l’appelle : « l’Évangile des signes. »
Les miracles sont des signes qui révèlent le mystère de Jésus
Un signe pour saint Jean, dans les récits de l’Évangile, c’est la manifestation de la personnalité et de la mission que le Christ apporta au monde. Sept signes se démarquent dans l’Évangile de saint Jean, sept miracles; et dans chacun d’eux, ce qui importe à saint Jean, c’est de découvrir un nouvel aspect de la personnalité du mystère du Christ.
Présageant « son heure »… et le contenu messianique de sa glorification
Nous n’allons pas nous attarder aujourd’hui sur les sept miracles, mais sur un seul, le premier signe, que saint Jean met en parallèle avec l’heure de la glorification du Christ (Jn 2,4) : « Femme, mon heure n’est pas encore arrivée. » L’heure du Christ est l’expression de son cœur. Son heure est lorsqu’Il sera cloué sur la croix pour racheter le monde et quand Il ressuscita et fut glorifié par Dieu. Il ne sépare pas la douleur de la gloire. La Croix et la Pâque sont le signe, sont l’heure. Et cette heure chronologiquement, n’est pas encore arrivée quand Marie lui demande un miracle. Par cela le Christ veut nous dire : « Ce que je vais faire maintenant est un présage, une anticipation de mon heure. Je vais manifester ma gloire qui demeurera consommée le jour où Je mourrai sur la croix et celui où Je ressusciterai. Mes miracles vont expliquer ce que signifient cette mort et cette résurrection.
Après cette glorification, Marie, collaboratrice de cette Rédemption, tu auras une part très féconde, très active. Maintenant, nous allons réaliser cette heure, en l’anticipant, mais ce sera seulement lorsque tu prendras toute la portée de ton intercession, de ton rôle matériel dans l’Histoire de l’humanité, que ta part se réalisera pleinement.
Le miracle du vin est un signe riche de contenu. Pour le Christ, ce miracle est un signe riche en contenu rédempteur, en contenu messianique.
Qu’est-ce que signifie ce signe?
En premier lieu, il manifeste que le Christ possède un pouvoir créateur.
Qu’Il utilise les éléments de la création avec la même facilité qu’Il dit : « Que l’eau soit ». Il dit maintenant : « eau transforme-toi en vin. » Il peut transformer la nature; c’est un créateur. Cela manifeste la gloire d’un créateur en chair humaine.
Ce miracle manifeste une présence capable de résoudre ce qui est humainement impossible
Cela manifeste également autre chose : une présence capable de résoudre tous les problèmes. L’angoisse de Marie, exprime l’angoisse de l’humanité : « Il n’y a pas de vin! » Nous pourrions remplacer ce mot par toutes autres nécessités de l’humanité : nous n’avons pas de pain! Nous ne trouvons pas la solution aux problèmes de la patrie! Angoisses de toutes parts! Violence! Désordre! Mais comme Marie, l’angoisse est remplie d’espérance parce qu’elle sent dans la Présence de son Fils, la Puissance de Celui qui peut résoudre ce qui est humainement impossible. Il lui suffit de dire : « Il n’y a plus de vin! » D’exposer le besoin avec une confiance et une foi qui sait que le miracle doit se produire.
Ah! Si les Salvadoriens savaient dire à Jésus avec la confiance de Marie, l’angoisse de cette heure, non pas avec pessimisme et désespoir mais avec la confiance d’une impuissance absolue qui se fie totalement en la toute puissance absolue de Dieu : Tu peux tout; je t’expose seulement le besoin; Tu verras ce que Tu dois faire! Marie apparaît si sûre. Malgré une réponse qui semble négative, elle dit aux serviteurs (Jn 2,5) : « Faites tout ce qu’il vous dira. »
Et la gloire de Dieu se manifeste quand le maître du repas, goûtant le vin si savoureux, dit au marié (Jn 2,10) : « Tout homme sert d’abord le bon vin et, quand les gens sont ivres, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent! » Si savoureux! Fait directement des mains du Christ! C’est un témoignage d’un pouvoir qui résout, mieux que nous ne l’ayons espéré, les problèmes insolubles.
Ce miracle manifeste la transformation du rite juif de purification, au culte chrétien : le vin, présence de Jésus.
Ce signe manifeste donc entre autre chose, une transformation. Chez saint Jean, il y a toujours un sens plus profond qu’il faut rechercher. Il ne faut pas lire l’Évangile de saint Jean superficiellement; il faut l’analyser et quand nous acquérons des connaissances théologiques, nous sentons encore plus de profondeur dans cet Évangile qui est pure théologie.
Dans le signe de l’eau contenue dans ces jarres des juifs pour la purification, sans doute que Jean veut nous dire que tout le rituel du judaïsme, toute la loi ancienne va céder sa place au vin qui sera le signe du culte du christianisme. Signe de notre messe : le pain et le vin. Signe d’une religion qui se perfectionne avec la Présence de Dieu parmi nous. Tout cela, et bien davantage encore, pourrions-nous découvrir dans ce signe de la transformation de l’eau en vin.
L’ambiance des noces manifeste le bonheur et la richesse du Salut messianique.
Il existe un signe très précieux que nous ne devons pas oublier, et c’est celui de l’atmosphère des noces où Jean a voulu nous raconter ce récit du premier miracle du Christ , de l’ambiance matrimoniale, l’ambiance unique d’un mariage. Tout cela manifeste que le bonheur est la gloire de Dieu. Que ce soit avec la joie d’un jeune marié qui épouse une vierge - comme nous l’a dit la première lecture (Is 62,1-5). Dieu veut que les humains jouissent du bonheur de la Terre, de la joie de vivre, de la félicité d’aimer, de partager, de faire des fêtes. Dieu n’est pas un Dieu triste; c’est un Dieu de fête, de festin, de joie, et dans le cœur d’un homme qui a la foi, il n’y a pas de place pour le pessimisme.
Ainsi l’avait-on annoncé dans l’Ancien Testament
Pour mieux comprendre ce signe du mariage, il faut remonter à l’Ancien Testament. C’est pourquoi, afin que nous comprenions mieux l’Évangile d’aujourd’hui, nous avons lu ce passage d’Isaïe. Il s’agit précisément d’un de ces passages qui décrivent les relations de Dieu avec l’humanité sous l’image d’une noce. Qu’il est précieux de savoir que Dieu nous aime comme s’aiment les jeunes époux!
Jérusalem, abattue, entre dans une nouvelle étape qui nous est décrite comme l’intimité nuptiale (Is 62,3) : « Tu seras une couronne de splendeur dans la main de Yahvé. » dit-Il à Jérusalem qui est comme un symbole de l’humanité que Dieu aime pour la racheter.
C’était de coutume que les rois se couronnent parfois avec des couronnes qui simulaient les murailles de leur cité et, ici, apparaît Dieu faisant sa couronne des murs de Jérusalem (Is 62,3) : « …. diadème royal dans la main de Yahvé. » Voyez comment, pour Dieu, la gloire est le bonheur des hommes. Comme si nous étions - quelles folies que celles de Dieu! - sa couronne, nous sommes le sommet de son bonheur. Il nous crée afin de se réjouir de notre bonheur. (Is 62,4-5) : « On ne te dira plus : « Délaissée » et de la terre on ne dira plus : « Désolation ». Mais on t’appellera : « Mon plaisir est en elle » - l’affection qu’un homme sent pour son épouse - « et ta terre : « Épousée ». Car Yahvé trouvera en toi son plaisir, et ta terre sera épousée. Comme un jeune homme épouse une vierge, ton bâtisseur t’épousera. Et c’est la joie de l’époux au sujet de l’épouse, que ton Dieu éprouvera à ton sujet. » Le bonheur de Dieu coïncide avec le bonheur humain.
Je voudrais tirer de cela la conclusion suivante, à savoir : que notre religion est un festin.
Nos réunions de messes dominicales devraient se caractériser par la joie de ce contact avec ce Dieu qui nous aime. Nous devrions chanter, nous devrions participer. Cette sortie du temple pour moi est une inspiration : celle de l’allégresse, de l’amour, de l’affection avec laquelle nous nous saluons et que nous exprimons avant de nous en aller chacun chez soi.
Je voudrais aussi tirer cette autre conclusion. C’est que chaque mariage doit être le signe de cette allégresse de Dieu parmi les hommes. Il ne devrait pas y avoir d’amertume entre l’époux, l’épouse et les enfants. Il devrait régner une telle concorde, une telle allégresse et un tel amour qu’en voyant une famille nous pensions tous : Comme Dieu est grand quand Il est capable de former des cellules comme celle-ci! Quand on voit, en vérité, par exemple, une famille qui va se promener, qui marche ensemble, c’est la joie de Dieu qui se reflète sur Terre; c’est le grand mystère du mariage. Un « grand mystère » dit saint Paul. Je le dis du Christ et de l’Église, de tout homme et de toute femme qui se marient et qui ont des enfants; ils sont Église. C’est le Christ, c’est l’Église, c’est la communauté, c’est la famille de Dieu qui se reflète dans la famille de la Terre. Le Salut, donc, sous le signe d’un festin de noces. 20/01/80, p.161-164, VIII.
2) Marie, figure d’une Église riche de charismes et puissante dans son intercession devant Dieu
A) En suivant la symbolique, les symboles de l’Évangile de Jean, Marie n’est plus simplement ici la mère de ce Jésus. Marie apparaît dans toute la riche symbolique de ce passage, comme l’image de l’Église.
Saint Jean veut nous présenter ici, en Marie et Jésus, la relation de Jésus avec l’Église. C’est une des choses les plus belles que notre Concile Vatican II ait faite, d’avoir couronné ses réflexions sur l’Église, dans le chapitre sur « Marie Mère de l’Église », en faisant consister tout le travail ecclésial - pastoral, missionnaire, catéchistique,- à faire des hommes semblables à Marie. Placez Marie comme but et inspiration de tout le travail ecclésiastique, parce qu’Elle est le modèle de l’Église que nous nous efforçons de construire.
La Mère de Jésus était là… où était Jésus
Marie est présente où se trouve Jésus. Jamais nous ne pourrons rencontrer Marie séparée de Jésus. Vouloir un christianisme sans Marie, c’est enlever la pierre précieuse à un anneau d’or. Vouloir un Christ sans Marie, c’est vouloir un enfant sans les bras de sa mère. Un Noël sans Marie n’a pas de sens. De même, au pied de la croix… un mort abandonné, sans affection des bras maternels pour le recueillir après la crucifixion.
Marie est indispensable; elle n’est pas divine; ce n’est pas une déesse, ni une rédemptrice, mais c’est quelqu’un qui collabore si intimement avec Dieu que nous ne pouvons nous en passer. C’est pourquoi, l’Évangile d’aujourd’hui est si beau lorsqu’il dit (Jn 2,1-2) : « La mère de Jésus y était, ainsi que Jésus et ses disciples » Une seule chose : Jésus, Marie et tous les chrétiens.
Intercession confiante
Un autre signe de la présence de Marie, c’est son intercession confiante. Notre prière gagne tant quand nous la déposons entre les mains de Marie! Et nous-mêmes alors, nous sommes comme Marie, nous sommes l’Église. Quelle école de générosité que ce sens communautaire quand nous prions les uns pour les autres, quand nous disons à Jésus, comme lors de l’affliction de la noce : « Il n’y a plus de vin! », quand nous sommes préoccupés de demander davantage pour les autres que pour nous-mêmes!
La réponse de Jésus n’est pas un rejet, mais l’expression du signe de Marie
La réponse de Jésus apparaît également comme un mystère : « Femme! » Il ne s’agit pas là d’un manque de respect; c’était la façon dont les orientaux disaient Madame. Cela signifie aussi quelque chose de plus profond; cela veut dire Ève! Cela veut dire la mère des vivants! Autrement dit, cet être merveilleux que Dieu a fait pour que, de ses entrailles, Il vienne à la vie humaine! Pour le Christ, Marie est bien davantage qu’une mère physique. Elle est la mère créée par Dieu pour engendrer spirituellement tout une humanité divine. « Femme » signifie, celle qui allait être la compagne de la fécondité et qui va peupler la Terre comme Adam au paradis appela Ève.
« Que me veux-tu? »… ma relation principale est avec le Père
De même, cette réponse mystérieuse : Que me veux-tu? Il ne s’agit pas, encore une fois, d’un mépris, mais d’une révélation profonde de ce qu’est la relation entre le Christ et Marie; c’est une relation subordonnée à une volonté supérieure. Cette réponse s’apparente à celle que l’Enfant Jésus fit à Marie au temple quand elle le perdit (Lc 2,49) : « Pourquoi donc me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père? » Que devons-nous faire, toi et moi, sinon obéir au Père? L’heure, qu’il désigne, fait référence à l’heure des miracles, et non à celle que tu me demandes. C’est à dire, la relation de l’Église avec Jésus, obéissant à l’heure du Père, de l’Église collaborant avec Jésus dans l’obéissance à Dieu. C’est cela, le plus grand. Marie ne s’interpose pas pour détourner les plans de Dieu, mais, elle est l’esclave du Seigneur; et si elle collabore avec le Christ, ce ne sera pas toujours en fonction de mère et de fils, mais de créature pour son Créateur, obéissant toujours à la volonté du Père.
Mon heure…
Et quand le Christ lui dit (Jn 2,4) : « Mon heure n’est pas encore arrivée, » Il lui signifie : « C’est ton heure également qui va arriver. Quand je serai glorifié, ta mission aussi sera glorifiée et si maintenant nous anticipons cette heure par un miracle, c’est parce que nous allons donner un signe de ce que sera la perpétuité de l’histoire de l’Église. Tu seras toujours en cette heure où j’ai racheté le monde, ma plus intime collaboratrice. Tu obtiendras de mes mains, toute la grâce dont l’humanité a besoin. »
Voyez-vous comment est cette réponse, ce dialogue mystérieux entre Marie et Jésus qui nous ouvre les horizons d’une profonde Mariologie, mais aussi d’une ecclésiologie, que saint Jean nous révèle? C’est un signe de tant d’espérance pour nous
L’attitude de Marie : confiante et active
L’attitude de Marie doit être notre attitude d’Église : confiante mais active. Prier comme si tout dépendait de Lui, mais travailler comme si tout dépendait de nous. Ainsi, aussitôt après avoir fait cette requête à Jésus, Marie s’en va dire aux serviteurs : « Faisons notre part, remplissons les jarres, obéissez à ce qu’Il vous dira de faire. » Un miracle ne peut se réaliser en espérant tout de Dieu; il faut faire notre part, tout ce qui est à notre portée. Le miracle suppose donc l’action. Marie est la conjugaison merveilleuse de la foi et de l’agir. C’est ce que doit être chaque chrétien également : une conjugaison merveilleuse de la foi et de l’agir. C’est ce que doit être aussi chaque catholique : une conjugaison merveilleuse de la foi qui met en Dieu toute sa confiance et une conjugaison également des valeurs humaines. Croire fait aussi partie de mon agir humain, et il est nécessaire d’avoir confiance également aux êtres humains. 20/01/80, p.164-166, VIII.
B) Relation charismatique de Marie-Église avec Jésus
Marie est la plénitude des charismes
Dans la seconde lecture d’aujourd’hui je veux rencontrer ce que j’appelle : Marie, figure d’une Église riche en charismes.
Paul VI à Fatima = Plénitude hiérarchique et plénitude charismatique
La hiérarchie est constituée par le Pape, les évêques, les prêtres, par tous ceux qui portent une mission de Celui qui a dit : « Ainsi, comme mon Père m’a envoyé, Je vous envoie. » Et le charisme est tout cet ensemble de qualités qui surgit du Peuple de Dieu et que l’autorité hiérarchique évalue et ordonne pour le bien commun.
Charisme et hiérarchie ne peuvent être séparés
Marie n’appartient pas à la hiérarchie, Marie ne fut pas choisie pour être Pape, Marie ne fut pas placée par le Christ pour être prêtre et célébrer les sacrements. Marie demeura comme vous, très chères femmes, une femme du peuple. Mais Marie eut autre chose et c’est la richesse des charismes. Charismes avec toutes les grâces que Dieu donne à une personne pour qu’elle soit utile à l’ensemble de la communauté. Marie est le modèle de tous les êtres humains qui ont besoin de charismes pour servir la communauté. C’est pourquoi nous voyons en Elle, nous les évêques, le modèle de la pastorale; les époux, le modèle de l’amour matrimonial; les jeunes, la joie de la jeunesse; les enfants, la confiance d’une mère.
Marie est tout ce dont l’Église a besoin dans son aspect charismatique. C’est pour cela que Marie ne peut être absente d’aucun cœur, d’aucun foyer; nous en avons tous besoin. Elle ne possède pas de pouvoir hiérarchique comme en avait saint Pierre : pouvoir de pardonner les péchés, pouvoir de célébrer la messe. Marie ne les avait pas. Ces pouvoirs hiérarchiques, Dieu les canalise pour un service officiel : l’Église institution. Nous ne devons pas la déprécier parce que le Christ a voulu ces canaux officiels de l’institution hiérarchique pour avoir une Église unie en communauté, mais cette autorité ne servirait à rien si l’Esprit qui a donné des vocations pour que certains soient prêtres, n’avait pas donné également les charismes pour que dans le Peuple de Dieu nous rencontrions ce que je vois en ce moment : une foi merveilleuse qui m’écoute, une bonne volonté de l’Esprit Saint pour mettre en œuvre ce que nous prêchons. C’est tout cela les charismes. Vous faites vivre la Parole que je prêche parce que vous l’apportez de la hiérarchie, du magistère, à la vie, au charisme, au monde.
Marie est donc ce précieux signe de l’épître (I Co 12,4-11) que nous avons lue aujourd’hui et que je vous supplie de méditer beaucoup parce que je crois qu’ici se trouve la ligne à suivre pour résoudre aussi nos problèmes nationaux. Il est certain que saint Paul nous parle de la communauté chrétienne, de ce que nous avons tant distingué. Le Peuple de Dieu est distinct du peuple naturel; c’est le peuple des baptisés, de ceux qui constituent l’Église; de là, dérive également un éclairage pour le peuple naturel.
Je vous ai raconté comment au début de l’Europe, les monastères bénédictins furent le modèle de la civilisation. Les moines dans leurs monastères, vivaient avec un sens si équilibré de l’autorité et de la liberté, que pareillement se constitua la société. Ils copièrent ces communautés chrétiennes; ce que fut la civilisation du monde occidental.
Si également au Salvador, les chrétiens se proposaient de construire de véritables communautés, Peuple de Dieu, inspirées dans la foi, illuminant en espérance, encourageant par un amour fraternel, fils d’un même Père! Ces communautés religieuses ou de base, communauté de chrétiens, donneraient l’exemple, seraient le modèle, le projet, pour organiser la société du Salvador.
L’Esprit et la diversité des charismes
Comment ne pourrait-elle pas être le modèle d’une nation, une Église qui mettrait en pratique ce dont saint Paul nous a dit aujourd’hui? (I Co 12,4-7) : « Il y a certes, diversité de dons spirituels, mais c’est le même Esprit; diversité de ministères, mais c’est le même Seigneur; diversité d’opérations, mais c’est le même Dieu qui opère tout en tous. À chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun. »
Un exemple d’attitude : le pluralisme qui converge en unité du bien commun
Observez : quel principe plus sage, « en chacun se manifeste l’Esprit pour le bien commun. »! Nous ne servons pas tous à tout, mais nous servons tous à quelque chose. Et cet ensemble de choses, constitue le bien commun quand nous recevons de l’Esprit les qualités que nous avons pour les mettre au service du bien commun (I Co 12,8) : « À l’un c’est un discours de sagesse qui est donné par l’Esprit; à tel autre un discours de science, selon le même Esprit, à un autre la foi, etc. » et saint Paul énumère les divers charismes, mais il termine en disant (12,11) : « Mais tout cela, c’est l’unique et même Esprit qui l’opère, distribuant ses dons à chacun en particulier comme il l’entend. »
Frères, je vous appelle aujourd’hui au « pluralisme »: manières de penser distinctes, projets politiques distincts, options distinctes. Mais le plus beau c’est que chacun, selon ses options, cherchera le bien commun; nous construirons selon les dons que nous avons reçus de l’Esprit, la patrie commune en mettant en commun ce que chacun a reçu. Quelle solution merveilleuse nous donne aujourd’hui la Parole du Seigneur pour que nous vivions non seulement en une Église unie dans l’Esprit, en servant ce même Seigneur, mais pour que nous soyons également l’exemple d’un pays. Lamentablement, c’est avec honte que je dois dire que, même comme Peuple de Dieu, nous ne sommes pas unis. Mais c’est le travail de tous. Que chacun sache utiliser ses dons ou, du moins, qu’il ne soit pas une cause de division. Que les dons que chacun a reçus, qu’il les donne avec générosité au service des autres; et si les autres ne veulent pas recevoir, ce sera leur faute; mais pour ma part, je sais que j’ai tout reçu du Seigneur pour le donner aussi au service de tous. 20/01/80, p.167-169, VIII.
3) Par la foi, nous partageons l’allégresse de la gloire de Dieu
Objet de l’Épiphanie = « Il manifesta ses signes… et croissait la foi de ses disciples. »
Je termine ma réflexion avec cette dernière pensée par laquelle se termine l’Évangile d’aujourd’hui en disant (Jn 2,11) : « Tel fut le premier des signes de Jésus, […] Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en Lui. » C’est ce que j’aimerais dire de tous ceux qui ont partagé cette réflexion avec moi. Que notre foi en Lui a grandi, que s’est accru notre sens de l’Église, qu’a crû notre sens national également ; que nous allons sortir de notre réflexion d’aujourd’hui avec la joie et l’optimisme que le Christ voulut donner comme caractéristiques à son premier signe : l’allégresse d’un festin, la confiance dans les moments difficiles et la joie de collaborer aussi avec Lui.
Les disciples de Jean-Baptiste ont surmonté l’étape de l’Ancien Testament
Bon nombre des disciples du Christ étaient d’anciens disciples de Jean-Baptiste. Jean-Baptiste est parvenu jusqu’aux limites de l’Ancien Testament, mais maintenant ces hommes, que Jean donna au Christ, ont découvert en ce dernier que Dieu est présent dans l’Histoire. Ils croient au Christ comme en un Dieu puissant; ils croient en Lui comme le Sauveur de Dieu, le Jésus Salut du Seigneur. Ils ont vu et saint Jean va l’écrire après avec une nostalgie profonde : « Nous avons vu sa gloire de Fils unique du Père, rempli de grâce et de vérité. Nous avons mangé avec Lui, nous L’avons touché. » Quel témoignage merveilleux devrions-nous porter comme chrétiens : nous le connaissons, nous savons qu’Il existe dans l’Histoire, Il nous a entretenu à la messe ce matin, Il nous a enseigné, Il nous a rempli d’optimisme! Nous irions porter partout cette gloire du Seigneur qui est de croire en Lui et aussi de faire notre part, ce que nous nous devons de faire. Cela fait appel à notre attitude chrétienne : un sens de confiance et une responsabilité dans le travail. Il n’existe pas de problème insoluble que le Christ ne puisse résoudre. Ce dont nous avons le plus besoin en ce moment, plus que tout, ce sont des hommes et des femmes qui placent toute leur confiance en Jésus-Christ et qui travaillent de toute leur ardeur pour la patrie… 20/01/80, p.169-170, VIII.
Troisième dimanche du temps ordinaire; 27 janvier 1980; Lectures : Néhémie 8.2-4a.5-6.8-10; Corinthiens 12,12-30; Luc 1,1-4; 4,14-21.
Le Concile Vatican II qui a donné son impulsion à la rénovation actuelle de l’Église, nous dit quel est rôle de l’Homélie (S.C. 52) : « L’homélie par laquelle, au cours de l’année liturgique, on explique à partir du texte sacré les mystères de la foi et les normes de la vie liturgique elle-même; bien plus, aux messes célébrés avec concours du peuple les dimanches et jours de fête de précepte, on ne l’omettra que pour un motif grave. » On nous dit ici comment cela doit être fait à partir de la Parole de Dieu. Ce n’est pas celui qui prêche qui invente le thème, mais la Parole de Dieu qui l’impose : Elle dit ceci et nous réclame de le dire au peuple. La tâche du prédicateur est d’expliquer cette Parole au peuple, à l’assemblée qui s’est réunie afin d’éclairer ses réalités, mais surtout pour célébrer cette Parole dans la célébration eucharistique. Toute la Bible et toute la prédication se déroulent autour du grand mystère salvifique du Christ qui culmine dans sa mort et sa résurrection.
L’Homélie actualise le Christ
Dans la messe, où le Christ nous laissa le mémorial de sa mort et de sa résurrection, la lecture de n’importe quelle partie de la Bible doit être centrée sur ce mystère. Voilà pourquoi le prédicateur, en même temps qu’il illumine les réalités, les chemins du peuple, doit orienter, comme dans l’homélie d’Esdras (Ne 8,2-4a,5-6,8-10), pour qu’à la fin nous puisions dire : « Amen, amen, rendons grâce et louons le Seigneur! » et que nous puissions nous unir dans le Saint Sacrifice de la messe.
L’Homélie établit un dialogue avec Dieu et illumine les réalités.
L’homélie est un discours de caractère sacré, liturgique, qui emporte le cœur de l’homme, de l’auditeur, à la foi en Dieu, aux louanges à Dieu, à la célébration de la Rédemption qui se fait présente dans le sacrifice eucharistique : nous prêchons et nous célébrons. C’est pourquoi, la messe n’apparaît pas complète si nous venons uniquement pour entendre l’homélie et que nous ne demeurons pas pour la partie eucharistique.
Le principal ce n’est pas la prédication; elle n’est que le chemin. Le principal c’est le moment où nous adorons le Christ et où notre foi se livre à Lui, illuminée par cette Parole et à partir de laquelle nous retournons vers le monde pour réaliser cette Parole. Nous écoutons la Parole, nous la mettons en lien avec la réalité, nous célébrons et nous alimentons notre vie du Christ qui nous conduit à l’engagement de l’être humain dans son devoir, dans son foyer, dans le service au monde pour qu’il soit véritablement vie selon Dieu. […]
L’homélie, actualisation vivante de la Parole de Dieu
L’homélie est actualisation, c’est-à-dire qu’elle rend présent, actuel --- comme si elle se produisait actuellement sous nos yeux --- avec toute sa force vive, la Parole de Dieu, ici, parmi nous; c’est cette réalité du Christ qui vit par cette Parole.
Plan de l’homélie :
1) Jésus est l’homélie vivante de la révélation du Père (La personne du Christ est comme une homélie permanente de la révélation du Père; la volonté éternelle de Dieu se fait humaine, se revêt de chair humaine et vit ici, dans le Christ; même quand Il ne parle pas, Il parle; Il est l’homélie perpétuelle de Dieu.)
2) L’Église est la prolongation toujours actuelle et agissante de l’homélie de Jésus (Jésus prêche au moyen de son Église. L’Église est la prolongation de l’homélie que le Christ initia à Nazareth : « L’Esprit du Seigneur est sur moi! », peut dire l’Église à chaque instant, tout comme je peux le dire en ce moment, dimanche 27 janvier 1980, ici dans la basilique à huit heures du matin : « Ceci s’accomplit aujourd’hui. » Ici est présente la Parole de Dieu. L’Église c’est vous et moi, nous sommes la continuation de l’homélie vivante qui est le Christ Notre Seigneur).
3) Les effets messianiques et salvateurs de l’homélie du Christ chez les humains (Certains les acceptent et sont heureux, les autres les rejettent et s’obstinent dans leur méchanceté.)
1) Jésus est l’homélie vivante de la révélation du Père
A) L’homélie la plus sublime : l’épisode
Disons avant tout que Jésus est l’homélie vivante de la révélation de Dieu. L’épisode que nous avons lu aujourd’hui dans l’Évangile (Lc 4,14-21), est émouvant. Observons bien. Le Christ, se rendant à la synagogue de Nazareth, son village, prend place sur l’estrade où sont les rabbins et selon la coutume - qui se perpétue dans notre Église, lorsque nous invitons un membre de l’assemblée à venir lire la Parole de Dieu - ils invitent Jésus.
Attente de toute la Synagogue
Et prenant le rouleau, Il choisit ou le rabbin choisit pour Lui, le passage qu’Il va commenter, celui d’Isaïe. C’est le Christ Lui-même qui le lit. Quel honneur pour Isaïe d’être lu par Jésus-Christ, et honneur plus grand encore, quand Il referme le parchemin, comme nous le rapporte l’Évangile de ce matin (Lc 4,20) : « Il replia le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue tenaient les yeux fixés sur lui. »
C’est une expression qui exprime plus que ce simple moment historique. Vous savez que dans l’Évangile, il faut rechercher des profondeurs théologiques, ce que l’auteur cherche à nous dire, à inspirer de ce moment historique. « Toute la synagogue avait les yeux posés sur lui. » C’est comme dire : Le monde entier attendait du Christ la Parole qui peut sauver. Il va nous révéler la vérité dont le monde a besoin; nous avons tous cette anxiété, nous Le voyons et nous attendons tous qu’Il nous dise cette parole de la part du Seigneur. Et ce commentaire du Christ, bien simple, mais très profond, nous dit (Lc 4,21) : « Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture. » Qu’est-ce que vous venez d’entendre? (Lc 4,18) : « Que l’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’Il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. » Et (Lc 4,14) : « Que Jésus retourna en Galilée avec la puissance de l’Esprit. »
B) Dans le Christ culmine la révélation
Le Christ se présente ici comme la révélation, l’accomplissement de toute la révélation. Le Concile nous présente le Christ, dans le document sur la révélation, comme Celui en qui culmine la révélation. Je vous lis cela parce que ces paroles irremplaçables valent la peine d’être savourées; elles nous aident à ressentir l’honneur et le bonheur que nous avons d’avoir connu le Christ (D.V. 4) : « Le Père a envoyé son Fils, c’est-à-dire le Verbe éternel qui éclaire tous les hommes, pour habiter parmi les hommes et leur faire connaître les secrets de Dieu. Jésus-Christ donc, le Verbe fait chair, envoyé « comme homme aux hommes », « par les paroles du Salut que le Père Lui a données de dire, révèlent le Père. C’est pourquoi Jésus-Christ - qui Le voit, voit aussi le Père - par toute sa Présence, par tout ce qu’Il montre de Lui-même, par ses paroles, par ses œuvres, par ses signes, par ses miracles, mais surtout par sa mort et sa glorieuse résurrection d’entre les morts, enfin par l’envoi qu’Il fait de l’Esprit de vérité, donne à la révélation son dernier achèvement et la confirme par le témoignage divin. »
C) Par l’Esprit, Il est la Puissance de Dieu
Connaître le Christ, c’est connaître Dieu. Le Christ est l’homélie qui nous explique continuellement que Dieu est amour, que l’Esprit du Seigneur est sur Lui, qu’Il est la Parole divine, qu’Il est la présence de Dieu parmi nous.
L’Évangile n’est pas une biographie
Alors, Jésus-Christ et l’Évangile ne sont pas deux choses distinctes. L’Évangile n’est pas une biographie du Christ. Pour saint Paul, l’Évangile est la force vivante de Dieu. Lire l’Évangile ce n’est pas comme lire n’importe quel livre; il faut se remplir de foi et faire ressortir Jésus-Christ vivant, révélation du Père. Sentir, même si c’est dans le silence, sans que personne ne parle, dans la foi profonde du cœur, que le Christ est l’homélie de Dieu qui m’est prêchée, et, je tente de me remplir de cette Force divine qui est venue en Jésus-Christ.
Par l’Esprit
Tenons compte de cette merveilleuse théologie de saint Luc. On le nomme l’Évangile de la prière et de l’Esprit Saint, parce qu’il est l’Évangile où le Christ en prière, manifeste le plus sa communion avec le Père. C’est l’Évangile qui nous répète continuellement que le Christ était porté par l’Esprit.
C’est pourquoi quand Luc, l’auteur de ce troisième Évangile, écrit également les Actes des Apôtres, il apparaît que cet Esprit qui anime le Christ dans la Rédemption, est le même qu’Il communiqua à cette Église qui continua à croître à travers les voyages de saint Paul, des emprisonnements de saint Pierre et dans la prière des premières communautés chrétiennes.
Le Christ continue d’être vivant grâce à l’Esprit. L’Esprit est sur moi; ceci s’accomplit aujourd’hui; aujourd’hui débute l’ère du christianisme; ici débute une phase de l’Histoire qui est la plénitude des temps. L’Esprit de Dieu, s’est fait aussi l’Esprit de l’homme qui veut bien le recevoir. 27/01/80, p.188, VIII.
2) L’Église est la prolongation toujours actuelle et agissante de l’homélie de Jésus
A) La vérité de l’Église se fonde dans la vérité des faits de l’Évangile
En premier lieu, la vérité de l’Église dépend de la vérité du Christ. « Nous serions, dit saint Paul, de grands menteurs si nous annoncions le Christ et que Celui-ci ne serait pas ce que nous disons. »
Prologue de saint Luc : « D’après ce que nous ont transmis… »
C’est pour cela que du Prologue de saint Luc (1,1-4), que nous avons lu aujourd’hui, se démarque cette idée. Qu’est-ce que Luc voulut faire quand il écrivit son Évangile? Relater les faits (Lc 1,2-4) : « D’après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole, j’ai décidé, moi aussi, après m’être informé exactement de tout depuis les origines, d’en écrire pour toi l’exposé suivi, cher Théophile, pour que tu te rendes bien compte de la sûreté des enseignements que tu as reçus. »
En cette heure, où tout apparaît relatif, où tout est confusion, où rien n’est vérité, combien solide sonne cette Parole de l’Évangile! L’Évangile apporte une consistance éternelle à l’Église. C’est pourquoi nous avons répété : l’Église ne vit pas de conjonctures; l’Église vit de la réalité éternelle qui se réalisa et où des témoins oculaires furent présents. Les hommes se la transmirent en traditions vivantes, illuminés par la présence de l’Esprit.
Récit des événements qui se sont produits parmi nous.
Quels furent ces événements? Ce sont ceux qu’il va commencer à raconter. À partir de cette entrée à la synagogue, le Christ initie sa prédication, consomme la Rédemption et ressuscite. Il s’agit en fait de tout ce qui constitue le Kérygme, l’annonce du Règne de Dieu, de la venue du Christ pour sauver les hommes et les femmes; c’est précisément cette réalité que nous appelons Église, celle qui naît de la réalité des faits.
Même historiquement, même en faisant abstraction de l’inspiration divine, il n’existe pas de livre si scientifiquement vérifié concernant l’authenticité et la véracité de ce à quoi l’Évangile fait référence. Vingt siècles, au cours desquels l’Évangile a été critiqué non seulement par des amis, mais également par des ennemis qui cherchaient à détruire ce qu’il disait, ne sont parvenus qu’à apporter davantage de lustre à ces paroles de saint Luc.
Témoignage de ceux qui furent les témoins oculaires
Les réalités où furent présents les témoins oculaires et qui nous furent transmises, sont des faits qui confirment la vérité, la solidité des choses auxquelles tu crois.
Frères, ne doutons jamais de la vérité de l’Évangile; il est dangereux de le confondre avec tant de fausses promesses des hommes et de croire que l’Évangile aussi nous laisse frustrés et désillusionnés. Mais, en vérité, il s’agit d’une Parole très distincte; c’est pourquoi, qu’en ce jour où revient sur les ondes la radio YSAX, je peux vous dire avec honneur, qu’au travers de ses antennes, qu’ont voulu détruire les forces humaines, voyage une Parole que personne ne peut retenir, qui vit dans l’Église, qui est la réalité solide dans la foi de tout un peuple et que personne ne peut venir à bout de cette Parole.
B) La communauté se fait homélie de Jésus
Ainsi comme l’Église naît de l’Évangile, dans le prologue de saint Luc apparaissent d’autres aspects importants : l’Église se convertit en messagère de l’Évangile. Elle s’évangélise pour évangéliser.
C’est pourquoi saint Luc nous dit qu’il recueille ces témoignages. Saint Luc ne fut pas un apôtre, ni même ne connut le Christ, mais il fut un disciple de Paul et il fut à Rome. Il écouta les apôtres et les communautés. C’est ce qui est fantastique : savoir que l’Évangile fut écrit par les communautés. Les Évangiles qu’aujourd’hui nous lisons, celles de saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, sont l’homélie des communautés.
Les prédicateurs de la Parole
Un témoin rendait compte à un groupe de ce qu’il avait vu et donnait jusqu’au sang si nécessaire, un témoignage de sa foi, de la véracité de ce qu’il leur racontait. Et ces gens croyaient parce qu’ils étaient éclairés par l’Esprit de Dieu qui les évangélisait. Et, nous avions alors, une communauté qui avait reçu la foi et qui se sentait motivée à porter cette foi grâce à ce même Esprit qui les illuminait.
Style de Luc
Luc, précisément, n’est rien de plus qu’un maillon de cette chaîne de la tradition. Luc ne connut pas le Christ, ni ne vit personnellement les faits qu’il raconte : « … mais - comme il dit - convaincu de la réalité, de la solidité de ces choses, je sais que la communauté s’alimente de cette foi, » et il ne pouvait pas douter d’elle. C’est donc à partir des commentaires aux communautés que les évangélistes écrivirent les Évangiles qui sont parvenus jusqu’à nous. C’est pourquoi ils possèdent des caractéristiques très distinctes malgré le fait qu’ils nous parlent tous de la même vie du Christ; ce sont des homélies, des réflexions réalisées à partir de contextes historiques réels et distincts.
Luc écrit pour des païens, Matthieu écrit pour des Juifs, Marc écrit pour des Romains. Luc, écrivant pour des païens, ne se préoccupe pas tant des formules juives mais se soucie davantage des motifs qui peuvent toucher n’importe qui.
Caractéristiques doctrinales
C’est pourquoi, les caractéristiques doctrinales de l’Évangile de saint Luc tracent un parallèle entre l’activité de Jésus et le ministère de l’Église. Ils présentent Jésus non pas tant comme la réalisation des prophéties judaïques, mais plutôt comme un prophète nouveau qui va voir s’accomplir ce qu’Il dit dans la postérité de l’Église.
Luc présente le Christ comme le prophète qui lance au monde un Règne qui n’aura pas de fin et les années vont se charger de confirmer ce prophète et fondateur de l’Église. Saint Luc fait aussi ressortir l’agissement du Christ parmi les gentils, parmi les pauvres, parmi les marginaux. Cela remue davantage un peuple qui n’a pas fait de cette religion un privilège, mais qui, de sa connaissance nouvelle du Christ, fait la compréhension de ce monde si déprécié des esclaves et des marginaux.
On le nomme l’Évangile de la miséricorde
L’Évangile de saint Luc a pris tant de noms si précieux, qu’on le nomme l’Évangile de la miséricorde et des grands pardons. En aucun autre Évangile n’est rapportée la parabole de l’Enfant Prodigue, le pécheur repenti. L’Évangile de saint Luc est celui qui exprime le mieux la tendresse du cœur du Christ quand Il s’approche des pécheurs et leur pardonne.
On le nomme l’Évangile des pauvres
Le récit de Bethléem est pittoresque parce qu’autour du Christ qui naît, sont présents les pauvres, les pasteurs, ceux qui n’ont pas d’importance aux yeux du monde, ceux qui forment le cortège de ce Roi qui vient de naître. C’est de là que provient cette option préférentielle pour les pauvres.
On le nomme l’Évangile du renoncement absolu
Luc, écrivant pour les idolâtres de l’honneur et des richesses de la Terre, leur dit de tout abandonner pour le Règne de Dieu. Personne n’est autant absolu dans ce renoncement des choses pour se faire vraiment pauvres, comme l’Évangile des pauvres.
On le nomme également l’Évangile de la prière et de l’Esprit saint
Parce qu’il est l’Évangile qui présente le mieux la transcendance de ce message évangélique et nous élève jusqu’à Dieu. Et de Dieu, fait dériver dans la prière les moments solennels où le Christ accueille les apôtres et se transfigure. Et, Il va lancer son Église de par le monde, fruit de la prière et de l’Esprit.
On le nomme aussi l’Évangile de la Joie Messianique
Si vous recherchez un message d’allégresse et d’optimisme, lisez saint Luc. Lisez avec quelle allégresse il raconte la grande nouvelle, cette bonne nouvelle que Dieu est venu et que les pécheurs, les marginaux, ceux qui ont besoin de bonnes nouvelles, l’ont ici dans l’Évangile; et c’est pourquoi on l’appelle la Bonne Nouvelle.
L’Église se fait communauté qui transmet le Christ, qui suit l’homélie du Christ dans le style de chacun. C’est merveilleux. Chaque communauté, chaque prédicateur, chaque catéchiste, chaque congrégation religieuse, chaque physionomie de l’Église possède son propre charisme, sa propre manière d’être, mais, entre tous, nous partageons cette merveille que le Christ vit au travers de son Esprit, en nous.
C’est l’Esprit qui construit le Corps du Christ avec tous ceux qui Le suivent
J’aimerais ici vous rappeler cette seconde lecture d’aujourd’hui où saint Paul (I Cor 12,12-30), maître de saint Luc, se réfère à la constitution de cette Église comme un corps où nous sommes tous membres les uns des autres. Le Christ est la tête et l’Esprit qui anime cette tête, anime également, comme d’une même vie, la tête et le corps de tous les membres qui constituent l’Église.
Et c’est pourquoi, je vous répète, frères et sœurs, ce que je vous ai déjà dit, précisément au sujet de cette peur de demeurer un jour sans radio : Le meilleur microphone de Dieu est le Christ et le meilleur microphone du Christ c’est l’Église et l’Église c’est vous. Chacun de vous… depuis son propre poste, à partir de sa propre vocation : la religieuse, l’époux, l’évêque, le prêtre, l’étudiant, l’universitaire, le journalier, l’ouvrier, la vendeuse du marché, que chacun à son poste, vive intensément sa foi et se sente comme un véritable microphone de Dieu Notre Seigneur dans son milieu.
Ainsi l’Église aura toujours une prédication; elle sera toujours une homélie même si nous n’avons pas l’heureuse opportunité, que je sens à chaque dimanche, de communiquer avec autant de communautés qui, au cours de cette semaine, m’ont manifesté le désir d’entendre à nouveau cette radio qui est presque devenue le pain de notre peuple. Mais le jour où les forces du mal nous laisseront sans cette merveille dont ils disposent en abondance, et qu’à l’Église ils enlèveront le peu qu’elle possède, sachons qu’ils ne nous auront fait aucun mal; au contraire, nous serons alors davantage des microphones vivants du Seigneur et nous prononcerons partout sa Parole… 27/01/80, p.188-192, VIII.
3) Les effets messianiques et salvateurs de l’homélie du Christ chez les humains
Messianiques, c’est-à-dire, tous les biens que le Christ apporta. Salvateurs, c’est-à-dire, la Parole de l’Évangile qui est une force de libération comme nulle autre.
A) L’Évangile est la prédication de Jésus. Il se présente dans l’Évangile de saint Luc comme une mission de grâce, comme une offre de Salut.
Quel fut le texte que le Christ choisit dans l’abondance de l’Ancien Testament pour se présenter dans les temps messianiques? Luc, non seulement veut nous raconter l’épisode du Christ dans la synagogue de Nazareth, mais situant cette épisode avec son prologue de l’Évangile veut nous dire : « Qu’au monde entier sera annoncé qui est le Christ, quelle est l’œuvre qu’Il est venue nous apporter. »
C’est pourquoi Luc choisit et raconte avec agrément le passage que le Christ a lu et où sont décrites toutes les merveilles de la libération (Lc 4,18) : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’Il m’a consacré par l’onction! » Il m’a oint! Le Christ est l’Oint; c’est ce que signifie le Christ, le Messie. Messie est la parole hébraïque qui signifie la même chose que Christ en grec et Oint en français. Il est l’Oint. Il a été comme assumé, comme imprégné par l’Esprit saint. Il est la plénitude de l’Esprit de Dieu : l’Oint.
« Il m’a oint pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres! »
C’est cela, la mission du Christ : porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, à ceux qui ne reçoivent que de mauvaises nouvelles, à ceux qui ressentent l’outrage des puissants, à ceux qui voient passer au-dessus d’eux les richesses qui rendent les autres heureux. C’est pour cela que vient le Seigneur; pour les rendre heureux et leur dire : N’ambitionnez pas, sentez-vous bienheureux et riches du grand don que vous apporte Celui qui, étant riche, s’est fait pauvre pour être avec vous et sachez que le plus grand bonheur, c’est de partager la joie que Dieu ressent d’être avec ses pauvres.
« Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur. »
C’était l’année sabbatique que tous attendaient avec un ardent désir parce qu’en cette année toutes les choses devaient être rendues à leurs propriétaires légitimes, les dettes étaient effacées et tout recommençait à neuf. C’est l’heure que nous attendons au Salvador. Non pas la grâce d’une année sabbatique, mais la force d’une restructuration à laquelle le peuple aspire et à laquelle il va parvenir avec l’aide du Christ qui est venu précisément pour annoncer des sociétés nouvelles, la Bonne Nouvelle, les temps nouveaux…
C’est pourquoi je ne me lasse pas de dire à tous les hommes, surtout aux jeunes qui aspirent à la libération du peuple, que j’admire leur sensibilité sociale et politique mais que je me désole de voir qu’ils la gaspillent par ces chemins qui ne sont pas véritables. L’Église leur dit : Par ce chemin, par celui du Christ, mettez toute votre énergie, toute votre abnégation, tout votre sacrifice jusqu’au point de mourir, mais mourant pour la cause de la Libération véritable que vous a garantie Celui qui est imprégné de l’Esprit de Dieu et qui ne peut nous tromper. Celui qui peut assumer toutes les préoccupations libératrices et revendicatrices du peuple qui sont des cris qui clament jusqu’à Dieu et que Dieu se doit d’entendre. Puisse Dieu que nous entendions tous que le grand leader de notre libération est cet Oint du Seigneur qui vient pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres, pour donner l’allégresse à de si nombreux foyers endeuillés, pour renouveler la société comme pendant les années sabbatiques d’Israël!
B) L’homélie doit conduire au culte, à l’adoration de Dieu
Un autre effet de l’homélie c’est d’éveiller l’adoration envers Dieu. J’aime entendre cette première lecture (Ne 8,2-4a,5-6,8-10) avec ce contexte historique si émouvant. Néhémie et Esdras sont des noms de Juifs qui revinrent du désert de Babylone. Et quand ils régressèrent, les nombreuses caravanes rencontrèrent une Jérusalem détruite. Il y eut une grande désillusion mais ils travaillèrent à la reconstruction. Cela a toujours été l’effort humain de ne pas se laisser abattre par le pessimisme, de reconstruire et de ne pas détruire. Et ceux-ci, lorsqu’ils terminèrent la reconstruction, convoquèrent tout le peuple qui était en train de récupérer son esprit patriotique. C’est cette assemblée solennelle qui nous est rapportée.
Tout le peuple écoutait Esdras qui, monté sur une estrade, lit le Pentateuque écrit par Moïse que Dieu lui a commandé de dire à son peuple. Il leur explique sous la forme d’une simple catéchèse la volonté de Dieu. L’homélie au peuple, la simplicité de la Parole, sans prétention rhétorique ou oratoire; simplement l’amour au peuple pour qu’il comprenne ce Dieu et entre en contact avec Lui.
C’est ce que nous nous proposons de faire; que je ne sois pas un obstacle dans le dialogue entre vous et Dieu, mais qu’en chaque cœur s’éveille la gratitude, l’amour, l’admiration, le repentir, le retour vers Dieu. Pour qu’une fois terminée l’homélie nous puissions voir le peuple qui, unissant les mains, se mettant debout, réponde : « Amen! Amen! Et qu’il s’incline et se prosterne, visage contre terre devant le Seigneur. »
Pour qu’après l’homélie nous nous mettions à prier et à célébrer l’Eucharistie! Pour qu’aujourd’hui, chaque fois qu’un sacrement est célébré, nous lisions la Bible et nous faisions une homélie. Aujourd’hui, la vie sacramentelle de l’Église est autant solennelle. Pour faire un baptême, il nous importe que cela soit préparé d’avance et qu’après nous lisions un passage de l’Évangile qu’un prêtre vient expliquer.
C’est seulement lorsque la foi est éveillée que nous pouvons apporter l’enfant aux fonds baptismaux afin que les adultes comprennent ce qui va se produire. De même pour le mariage qui est un rite sacramentel; que nous lisions également la Parole de Dieu pour ceux qui vont s’aimer pour toujours afin qu’ils se sentent inclinés à espérer de Dieu la fidélité de cet amour. Tout cela c’est s’approcher de Dieu.
Je ne prétends pas faire autre chose, très chers frères, et cela me réjouit beaucoup lorsqu’il y a de simples gens qui rencontrent dans mes paroles, un véhicule pour s’approcher de Dieu ou bien lorsqu’un pécheur se convertit. C’est cela, l’effet de la véritable prédication ecclésiastique : L’Église, homélie du Christ, continuant le message du Christ.
Allégresse et fête dans le cœur
L’homélie produit une autre chose que nous raconte aussi le livre de Néhémie quand il dit (8,11-12) : « Taisez-vous : ce jour est saint. Ne vous affligez point! » Parce que le peuple pleurait lorsqu’il entendait les paroles de la loi. « Et tout le peuple s’en fut manger, boire, distribuer des parts et se livrer à grande liesse : car ils avaient compris les paroles qu’on leur avait communiquées. » Nous dirions qu’il s’agit de l’esprit du dimanche, le Jour du Seigneur, jour d’allégresse mais d’une joie non égoïste, d’une joie qui partage avec ceux qui n’ont rien. Ce que nous avons, partageons-le pour nous sentir plus heureux.
Comme sera magnifique le jour où une société nouvelle, au lieu d’emmagasiner et de garder égoïstement, répartira, partagera, divisera, et où tous se réjouiront parce qu’ils se sentiront tous fils d’un même Dieu! Qu’est-ce que peut désirer d’autre la Parole de Dieu dans notre contexte salvadorien sinon la conversion de tous pour que nous nous sentions tous frères?
L’Évangile nous fait aussi voir un autre effet de l’Homélie : les uns heureux et les autres amers.
L’heureux est celui dont nous parle l’Évangile d’aujourd’hui. Les gens qui l’admiraient et qui se sentaient heureux d’être auprès du Christ, parce qu’ils avaient reçu de Lui la grande révélation.
Dénonciation du manque de foi
Mais immédiatement après, le Christ commença à expliquer dans son homélie la dénonciation de son peuple. Nazareth où Il ne pouvait faire de miracles même s’Il aimait tant son peuple, parce que c’était un peuple incrédule, un peuple qui le confondait avec un simple fils de Marie, fils d’un homme. Le Christ leur dit (Lc 4,25-26) : « Assurément, je vous le dis, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d’Élie, lorsque le ciel fut fermé pour trois ans et six mois, quand survint une grande famine sur tout le pays; et ce n’est à aucune d’elles que fut envoyé Élie, mais bien à une veuve de Sarepta, au pays de Sidon. » Ils se sentirent offensés de ce qu’Il dénonçait leur incrédulité, leur fausse piété.
La synagogue, formaliste dans sa religion, ne tolère pas qu’on lui dise que leur culte est erroné et ils furent remplis de fureur. (Lc 4,29-30) : « Et, se levant, ils le poussèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline sur laquelle leur ville était bâtie, pour l’en précipiter. Mais Lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin… » C’est le sort des prophètes qui diront toujours de bonnes choses mais qui, pour le bonheur de leur peuple, doivent également signaler les péchés afin qu’ils se convertissent. Ceux qui sont humbles entendent et se sauvent, mais ceux qui ne le sont pas s’obstinent et se perdent. 27/01/80, p.192-195, VIII.