Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

Premier dimanche du carême; 4 mars 1979; Lectures : Genèse 9,8-15; I Pierre 3,18-22; Marc 1,12-15.
Le carême, Rénovation de notre Alliance avec Dieu
Le carême est une époque de conversion et de foi dans l’Évangile. La fête de Pâques n’est pas une fête du Christ, mais la fête du Christ en tant que tête de nous tous qui formons l’humanité. À la prochaine fête de Pâques de 1979, nous devons être nous-mêmes le Corps du Christ, ma chair, ma vie, ma situation concrète. Le peuple baptisé du Salvador doit être comme l’incarnation de ce Christ qui apparaît vivant et glorieux. Faisons honneur à notre Rédempteur en qui nous croyons et en qui nous espérons. Préparons-nous afin de ne pas être une cellule morte au sein de cet organisme vivant du Christ, mais au contraire, faire honneur à toutes les cellules revêtues d’un nouveau printemps, d’une grande espérance, d’une vie divine. 04/03/79, p.175-176, VI.
 
La figure centrale : le Christ au désert

Et au centre de tout, naturellement, est le Christ ressuscité qui est maintenant le Christ dont saint Marc (1,12) nous a dit : « Poussé par l’Esprit au désert. » Entrons avec Lui, dans la poussée de ce même Esprit rénovateur, au désert. Sous une forme figurée, le désert est un temps d’oraison, un temps d’austérité, un temps de rénovation. Si un pays a besoin d’un désert, d’oraison et de rénovation, c’est bien le nôtre. Comme il serait agréable de voir tous les Salvadoriens profiter de ce temps de carême pour faire une introspection. Nous sommes tous responsables du mal dont souffre notre pays. Nous voulons uniquement rejeter la faute sur les autres et ne pas regarder nos torts. Le carême est une invitation à entrer avec le Christ au-dedans de soi.
 
Plan de l’homélie :
1) L’Alliance, signe de notre Salut
2) Le Christ, clé de l’Alliance
3) Le baptême, insertion de notre vie dans l’Alliance chrétienne
 
1) L’Alliance, signe de notre Salut

La première lecture (Gn 9,8-15) d’aujourd’hui nous parle de la première Alliance qui apparaît dans la Bible. Une des choses les plus opportunes durant le carême, c’est de repasser l’Histoire du Salut, le projet de Dieu pour sauver l’humanité; un projet d’amour, de bienveillance. La première fois où la Bible nous parle de cette parole : Alliance – qui est la même chose qu’un pacte, qu’un testament, paroles bibliques par lesquelles Dieu fait un traité avec les humains – peut se résumer dans ce qu’Il adresse par Moïse à son peuple : « Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple. » […]

La Bible, qui nous révèle l’unique Dieu véritable, nous parle aussi de ce Dieu qui a créé l’humain et qui choisit un peuple, pour faire alliance avec Lui. Alors, l’Alliance n’est pas uniquement un ensemble de devoirs et de droits réciproques. Dans le langage des prophètes, l’Alliance de Dieu avec les humains apparaît comme une grâce, un don, une promesse de Salut et c’est ce qui est original de cette Alliance qui déjà présage le Christ qui va venir. C’est un Dieu bienveillant qui marque les étapes de l’histoire avec des alliances de bénédictions et de promesses. C’est pourquoi ce changement de l’Alliance au Testament fut facile, c’est le don des pères à leurs fils; l’Ancien Testament, l’Alliance de l’Ancien Testament se complète dans le Nouveau Testament : la Nouvelle Alliance. 04/03/79, p.177, VI.

Lorsque j’ai dit aujourd’hui « carême », rénovation de notre Alliance avec Dieu, c’est parce que je veux faire un appel à tous afin que nous nous souvenions que nous avons un engagement comme peuple de Dieu, comme peuple de baptisés.

Explication théologique : Quelle est l’explication théologique de l’alliance, surtout de l’Alliance qui apparaît dans la Bible, celle que nous renouvelons aujourd’hui pendant le carême?

Aspect négatif du Salut : la rupture avec Dieu.
L’explication est très simple. Selon la révélation de Dieu, tout péché est rupture. Celui qui pèche, désobéit à une loi. Cette rupture avec le Législateur Suprême – notre Dieu –, la désobéissance à ses dix commandements, amène avec elle des conséquences de rupture, des conséquences bien tragiques.

Rupture à l’intérieur de soi-même. Celui qui commet un péché, dit la théologie, rompt avec le principe de son existence et de sa vie, et alors, il rompt également à l’intérieur de lui-même dans son intimité de sorte qu’un péché amène en soi le désordre. La triste expérience nous apprend combien amer est le péché; quel désordre ressentons-nous à l’intérieur de nous-mêmes! Cette expérience insipide nous donne le dégoût de nous-mêmes; et celui qui ne ressent rien est pire encore, parce que sa conscience s’est déjà éteinte. Puisse Dieu qu’en ce carême nous sentions tous que quelque chose s’est brisée en nous, parce que nous avons rompu avec Dieu.

Rupture avec les humains; le monde. De cette rupture intime, de ce manque de paix dans le cœur du pécheur, surgit une autre rupture : la rupture avec les humains. Dans la Bible apparaît Caïn tuant son frère. Apparaissent alors les diversités qui vont se multiplier jusqu’à notre temps où il y a encore des divisions. S’il y a tant de choses qui nous divisent, s’il y a de la haine et de la violence, c’est parce que le péché existe. Cette rupture est la conséquence de la rupture avec Dieu. Lorsque j’aime Dieu et que je suis bien avec Lui, j’aime également mon prochain, même si c’est mon ennemi.

Il existe également une autre rupture fatale : la rupture avec la nature. L’être humain qui a désobéi à son Créateur reçoit immédiatement la réponse de Celui-ci. Souvenez-vous lorsqu’Adam, avant le péché, nous dit la Bible, dominait toute la création, mais lorsqu’il commit le péché, le désordre au-dedans de lui-même lui fit sentir la peur. Il avait peur des fauves qui ne lui obéissaient plus. Toute cette tragique relation avec la mort est la conséquence du péché.

Aspect positif, restauration de la rupture : refaire l’harmonie, l’intégrité, etc. Maintenant, l’Alliance a rénové toutes ces choses brisées. L’homme qui renouvelle son alliance avec Dieu doit rénover également son alliance avec la nature, avec les autres humains, avec lui-même.

L’Alliance signale les grandes étapes de l’Histoire : ainsi, nous avons – nous allons le voir durant ces trois prochains dimanches de carême – les trois alliances auxquelles la Bible fait référence. Noé, l’alliance cosmique : l’Arc-en-ciel. Celle d’aujourd’hui, après le Déluge (I P 3,18-22) nous parle de ce Dieu qui va préserver la nature, qui va conserver les choses : « C’est le signal du pacte que Je fais avec vous et avec tout ce qui vit avec vous. » C’est une alliance cosmique.
L’arc-en-ciel est un phénomène du cosmos. Cela ne signifie pas que Dieu créa alors l’arc-en-ciel. L’arc-en-ciel peut être expliqué scientifiquement. Dieu ne l’inventa pas à ce moment, mais lui donna un sens religieux. C’est un peu comme si l’un d’entre nous disait : que cet arc-en-ciel soit témoin de ce que je vais promettre et chaque fois que vous le verrez, souvenez-vous de cette promesse. C’est cela l’Alliance, le signe de l’Alliance. L’arc-en-ciel est un signe d’un Dieu qui dit : « Il n’y aura jamais plus de déluge sur la surface de la Terre. Je conserverai la nature, mais il est nécessaire de travailler pour qu’il y ait davantage de justice afin que les biens que J’ai créés soient organisés selon ma volonté. »

C’est ce que saint Paul nous rappelle lorsqu’en se référant à la plénitude des temps, il nous dit que la nature créée par Dieu gémit sous le poids du péché. L’Alliance que nous rappelle l’arc-en-ciel, est un rappel que cette nature que Dieu préserve pour le bonheur de tous les humains, ne doit pas être accaparée par quelques-uns, ni ne doit être un objet d’envie et de discorde, mais qu’au contraire, elle doit demeurer selon la volonté de Dieu qui la conserve pour le bonheur de tous, dans l’amour, pour que nous l’utilisions pour le bien de tous.

Ce dimanche, ce souvenir de l’arc-en-ciel, comme signal de l’Alliance cosmique de Dieu avec l’humanité, nous amène à réviser comment nous utilisons les biens de la Terre. Comment nous les idolâtrons, ou bien comment nous les mettons au service de la félicité de cette alliance qui doit rompre les mêmes ruptures les luttes de classes, les violences. Les haines n’existeraient pas s’il y avait un respect envers cette Alliance cosmique, envers ce sentiment que Dieu, Créateur de tout, veut avoir une alliance avec ses fils. C’est pourquoi Il veut que tous ses fils soient des frères entre eux, fraternité que nous prêchons à partir de la révélation divine. C’est pourquoi je ne pourrai jamais prêcher la violence, ni la haine, ni la guérilla. Ceux qui disent le contraire calomnient, car ce que je dis présentement, c’est la réclamation qu’au nom de Dieu je dois faire : l’Alliance cosmique. 04/03/79, p.178-179, VI.

Abraham; sa descendance; circoncision. Dimanche prochain, nous parlerons de l’alliance que Dieu fit avec Abraham. Il s’agit d’une autre sorte de rupture que Dieu veut annuler. C’est un peuple choisi par Dieu qui va descendre d’Abraham, et ce ne sera plus l’arc-en-ciel qui sera le signe de cette alliance. Ce sera la circoncision. Le signe d’appartenance au peuple juif, la circoncision, exige de tous les descendants d’Abraham, de tout un peuple choisi par Dieu, une unité autour des promesses que Dieu a faites et qu’Il va donner à ce peuple. 04/03/79, p.179-180, VI.

Moïse; avec le peuple; le sabbat. Dans trois dimanches, nous parlerons de Moïse. Le pacte que Dieu a conclu avec Moïse est également une alliance afin que les êtres humains se sentent unis dans ce sens : avec Dieu, dans le respect de Dieu et c’est pourquoi le signe de cette Alliance sera le sabbat; le respect du sabbat que les catholiques appellent maintenant le dimanche, le jour du Seigneur. Venir à la messe le dimanche, c’est venir réaliser l’Alliance avec Dieu. Chaque messe du dimanche, c’est vivre l’Alliance avec Dieu qui me fait respecter Dieu et sentir Dieu comme l’unique Dieu véritable face auquel je dois renverser toutes les idoles qui cherchent à prendre la place de Dieu dans mon cœur ou chez mon peuple : idole du pouvoir, idole de l’argent, idole de la luxure, idole de toutes ces choses qui éloignent l’homme et la femme de Dieu. Le dimanche doit être pour nous l’alliance qui se renouvelle avec le Seigneur.

Le carême, c’est tout l’esprit d’un peuple engagé dans une alliance avec Dieu. Mais le carême, cette longue période, est comme un long dimanche pendant lequel nous devons tous penser : Dieu a voulu faire alliance avec nous pour que l’humanité soit plus unie, pour que la nature cosmique soit utilisée selon sa volonté, pour que nous nous sentions tous frères. C’est cela que signifie l’Alliance. Et le carême est la période où nous nous rappelons ces vieilles alliances de Dieu pour que nous les vivions dans l’actualité des problèmes actuels, mais avec l’esprit d’un Dieu qui nous surveille et qui espère l’accomplissement de nos engagements. 04/03/79, p.180, VI.
 
2) Le Christ, clé de l’Alliance

La seconde lecture (I P 3,18-20) définit un peu plus ce concept du Christ poussé par l’Esprit, parce que saint Pierre nous dit : « Le Christ lui-même est mort une fois pour nos péchés, juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’Esprit. C’est en lui qu’il s’en alla même prêcher aux esprits en prison, à ceux qui jadis avaient refusé de croire lorsque se prolongeait la patience de Dieu, aux jours où Noé construisait l’Arche dans laquelle un petit nombre, en tout, huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. »

Le Christ apparaît à son point culminant dans les deux lectures du Nouveau Testament (I P 3,18-22 et Mc 1,12-15) d’aujourd’hui. Toutes ces alliances que Dieu réalisait avec le peuple d’Israël n’étaient rien d’autre que des figures, des promesses, qui allaient connaître leur accomplissement, leur réalisation dans la Rédemption que le Christ allait effectuer. Le véritable arc-en-ciel, c’est les bras ouverts du Christ sur la croix. La véritable circoncision, dit saint Paul, c’est la foi des chrétiens dans le Christ. Le véritable jour du Seigneur sera le culte que l’homme rend à son Dieu. Les signes de l’Alliance, l’arc-en-ciel, la circoncision, le sabbat n’ont pas de sens, si ce n’est dans le Christ qui les accomplit, et le Christ est la réalisation de toutes les promesses de Dieu pour sauver le monde.

C’est pourquoi le Christ, entrant au désert du carême pour habiter parmi les chacals et les fauves du désert, mais, en même temps, comptant sur les anges qui le servent, c’est l’image d’une Rédemption cosmique, d’un Christ qui maîtrise les fauves et qui se fait servir par les anges, Il est le maître de toutes choses et Il va remettre toutes choses à la véritable domination de Dieu.
Entrer avec le Christ dans le carême cela veut dire aussi s’approprier toute la richesse de cette alliance du Christ pour sauver le monde, pour collaborer avec le Christ dans le Salut de l’Histoire. Son sang est l’Alliance nouvelle annoncée : sa mort et sa résurrection. Lorsque le Christ, durant la dernière nuit de sa vie, va prendre le pain et le calice pour nous laisser le souvenir de sa vie et de sa passion, Il va nous dire : « Ceci est le calice de mon sang, sang de l’Alliance. » Tout l’amour de Dieu est contenu dans ce calice; toute sa réconciliation avec les hommes! Ce sang sera versé pour le pardon de tous les pécheurs qui voudront se repentir.

Le carême est une actualisation des alliances éternelles de Dieu, mais dans le Christ Jésus. Le carême est un appel à la réconciliation. Entrer dans le carême seulement pour jeûner et observer matériellement les lois ecclésiastiques du carême, cela n’a pas de sens. L’Église même peut être un empêchement lorsque nous observons les lois à la manière des pharisiens : pour l’apparence. Souvenez-vous de dimanche dernier où les disciples de Jean et les pharisiens qui tombaient dans ce légalisme, critiquaient les disciples du Christ : « Nous jeûnons, pourquoi ne le faites-vous pas? »
Et le Christ leur répond : C’est l’esprit qui vivifie, non la lettre. Pendant que le fiancé est dans la maison avec la fiancée, les amis du fiancé ne jeûnent pas. C’est l’heure de la félicité, c’est la présence du salut, c’est l’allégresse. Aussi austères et disciplinés que soient les hommes, expiant et jeûnant, marchant à genoux jusqu’aux sanctuaires, mais portant la haine dans leur cœur, gardant rancune, tout cela ne sert à rien. La rénovation du Christ part de l’amour, de la fidélité au Seigneur. C’est cela la véritable religion, c’est cela le Christ de l’Alliance, le Christ de l’amour, le Christ de la réconciliation, le Christ de la bonté. 04/03/79, p.180-181, VI.
 
3) Le baptême, insertion de notre vie dans l’Alliance chrétienne

Comment se réalise notre alliance avec Dieu que nous a donnée le Christ? Si le Christ mourut sur la Croix et ressuscita il y a vingt siècles, comment puis-je participer, moi, pauvre humain du vingtième siècle, à cette Rédemption d’il y a vingt siècles? L’arc-en-ciel et le déluge, symbole du baptême qui actuellement nous sauve. Saint Pierre (I P 3,18-22) nous donne la réponse ce matin dans la seconde lecture lorsqu’il évoque l’arc-en-ciel et le déluge. Il dit que cela n’était rien d’autre qu’un signe. La réalité c’est cela, nous dit saint Pierre (I P 3,21-22) : « Ce qui y correspond, c’est le baptême qui n’est pas l’enlèvement d’une souillure charnelle, mais l’engagement à Dieu d’une bonne conscience par la résurrection de Jésus Christ, Lui qui, passé au ciel, est à la droite de Dieu. »

Le baptême est un élément irremplaçable dans le carême. Pourquoi le carême du Christ est-il mon carême? Parce que par mon baptême, je me suis incorporé au Christ, et tout ce que le Christ fit devient mon mérite, cela se transpose au travers du baptême. Pourquoi ai-je l’espérance que mes péchés, aussi grands qu’ils puissent être, me seront pardonnés? Parce que le Christ mourut sur une croix pour payer mes péchés, et ce mérite de la Croix est devenu mien ou tien, par la grâce du baptême qui m’a incorporé à la mort du Christ.

Pourquoi est-ce que moi, mortel, je sens que ma vie vieillit, que mes forces faiblissent et que je marche vers mon sépulcre, ressentant tout le poids de la mortalité, de la limitation, de la maladie, du péché? Comment puis-je espérer une vie éternelle, un ressuscité qui ne meurt pas? Pour cela, parce que le baptême fit tien ce rajeunissement éternel du Christ ressuscité, parce que la vie glorieuse du Christ est tienne par le baptême. Tout le Christ est mien parce que je suis baptisé. Quelle gloire est la nôtre, chers amis! Et c’est pour cela que le carême veut réveiller dans le cœur de chaque chrétien sa conscience de baptisé.
 
Le mystère pascal

Pour qu’à Pâques nous sentions que le mérite de la Croix et la joie de la résurrection deviennent le mérite et l’allégresse de cette pauvre vie d’un marginal, d’un homme sans travail, d’un travailleur volé et trompé ou, aussi, d’un patron qui est juste, et qui tente de vivre son christianisme comme un véritable baptisé qui fait honneur à tous les membres de l’Église, à ses travailleurs qui sont les membres de sa propre vie. Parce que le Christ est la tête et pour tous les autres, il n’existe pas de catégorie sociale. « Il n’y a plus de Grecs, ni de Juifs, ni d’esclaves, ni d’hommes libres, il n’y a plus que des frères dans le Christ. » C’est fantastique l’égalité que sème le baptême.

Par le baptême, nous sommes tous égaux parce que nous sommes insérés dans le Christ. Par le baptême, nous sommes tous égaux en catégorie, membres vivants des mérites du Christ et, si nous valons quelque chose, ce n’est pour l’argent que nous possédons, pour les talents ou les qualités humaines que nous avons. Si je vaux quelque chose dans la mesure que je le vaille, c’est parce que je suis inséré dans la vie du Christ, dans sa Croix, dans sa Résurrection. C’est cela la véritable mesure de l’être humain. C’est pourquoi Paul VI disait, parlant de la promotion humaine : « L’être humain ne vaut pas pour ce qu’il possède, mais pour ce qu’il est. Et l’homme est, dans la mesure où il s’approprie la vie divine que le Christ apporta au monde. Même les valeurs naturelles ne comptent que lorsqu’elles sont incluses dans cette Rédemption apportée par le Christ. Les valeurs humaines ne possèdent uniquement une valeur divine que lorsqu’on les baptise dans le Christ et qu’on les incorpore à ses mérites divins. »

Nouveau Peuple de Dieu. C’est cela le carême que nous devons vivre, chers frères, c’est pourquoi cela vaut la peine de voir comment est ce Christ pendant ce carême. Parce que le Christ en carême dans le désert n’est pas un personnage étranger à ma réalité. Le Christ du carême de 1979, pour moi, Peuple de Dieu ici au Salvador, c’est mon Église, la situation de mon peuple. C’est tout cela, le carême de 1979. 04/03/79, p.181-182, VI.

Se priver de quelque chose, ce n’est pas seulement donner de son superflu, non seulement donner ce que j’ai en trop, mais donner également de mon nécessaire, comme la veuve de l’Évangile qui savait que son aumône était accueillie de Dieu. Se priver de quelque chose, c’est se libérer des servitudes d’une civilisation qui nous incite chaque fois davantage à plus de commodités et à la consommation sans préoccupation aucune de la préservation de notre environnement, patrimoine commun de l’humanité. Nous sommes victimes d’une société de consommation, de luxe. Et nous consommons ainsi parce que la publicité est terrible et nous achetons des choses au-dessus de nos moyens. Nous voulons vivre dans le luxe, nous voulons consommer comme les autres et nous devenons esclaves et victimes de cette consommation. Voyez comment le carême rompt ces chaînes par son austérité. […] Le carême peut ouvrir nos yeux à la misère des autres. 04/03/79, p.183, VI.


Deuxième dimanche du carême; 11 mars 1979; Lectures : Genèse 22,1-2,9a.15-18; Romains 8,31b-34; Marc 9,1-9.
Le carême, transfiguration du Peuple de Dieu
Je tiens à dire aux communautés d’Aguilares et à toutes les communautés qui accompagnent en ce moment cette pérégrination de foi, d’espérance et d’amour : N’ayez pas peur! La persécution est un trait caractéristique de l’authenticité de l’Église. Une Église qui ne souffre pas de persécution, mais qui au contraire savoure les privilèges et l’appui des biens de ce monde, a beaucoup à craindre, parce qu’elle n’est pas la véritable Église de Jésus-Christ. Cela ne veut pas dire que cette vie de martyre et de souffrance, de peur et de persécution, soit normale, sinon qu’elle représente l’esprit du chrétien. Celui-ci ne demeure pas avec l’Église uniquement quand les choses vont bien; il suit Jésus-Christ avec l’enthousiasme de cet apôtre qui disait : « Si cela est nécessaire, nous mourrons avec Lui. » […]

Le mal ce serait qu’il se produise avec le document de Puebla la même chose qui s’est produite avec Medellín, à savoir que plusieurs, par préjugés ou par ignorance, ne l’ont pas mis en pratique. Si notre archidiocèse est devenu conflictuel, cela ne fait aucun doute, c’est à cause de son désir de fidélité envers cette évangélisation nouvelle qui depuis le Concile Vatican II jusqu’ici, en passant par les réunions des évêques latino-américains, exige d’être une évangélisation très engagée, sans peur. C’est pourquoi nous avons demandé à la Vierge de la Paix que cette cérémonie d’hier à San Miguel, ne soit pas seulement un moment romantique et superficiel, sinon l’engagement sérieux des évêques, des prêtres, des communautés religieuses, des communautés paroissiales, d’incarner dans notre vie pastorale cette évangélisation exigeante qui signale les dangers, qui renonce aux privilèges et qui ne craint pas les conflits lorsque ceux-ci ne sont provoqués par rien de moins que la fidélité au Seigneur. C’est pourquoi, dans ces circonstances d’une Patrie, d’une Église qui sent à l’intérieur d’elle-même et autour d’elle combien il y a de choses qui ont besoin d’être transfigurées, combien merveilleuse apparaît alors la figure du Christ transfigurée!
 
Plan de l’homélie :
1) L’Alliance qui donna origine au Peuple de Dieu : Abraham
2) Le Christ transfiguré, modèle et cause de la transfiguration
3) Le Peuple de Dieu qui doit se transfigurer, aujourd’hui et ici
 
1) L’Alliance qui donna origine au Peuple de Dieu : Abraham
 
A) Le lien création-alliance de Noé avec l’alliance d’Abraham

La première lecture (Gn 22,1-2,9a. 15-18) nous parle d’Abraham lors d’une des épreuves les plus terribles de la foi. Comme je voudrais que cette catéchèse de notre carême soit selon ce que nous conseille le Concile : une révision de l’Histoire de notre Salut. Dimanche dernier nous avons lu l’histoire de Noé après le déluge. Face à l’arc-en-ciel que Dieu prit comme signal d’une alliance de caractère naturelle, Dieu promit qu’il n’y aura plus de déluge qui détruira la nature. Cette alliance de l’arc-en-ciel, cette alliance où Dieu confie à l’homme une nature purifiée du péché par le châtiment du déluge, est une alliance qui exige de l’humanité le respect de la nature. Vous savez que l’air et l’eau sont contaminés, tout ce que nous touchons pendant notre vie devient pollué. Et malgré le fait que nous corrompions toujours davantage cette nature dont nous avons besoin, nous ne nous apercevons pas qu’il existe un engagement envers Dieu, que cette nature doit être protégée par l’être humain.

Couper un arbre, gaspiller l’eau alors qu’elle se fait rare, ne pas se préoccuper de la pollution des pots d’échappement des autobus qui enveniment notre environnement avec ces fumées méphitiques, ne pas prendre garde à l’endroit où l’on brûle les déchets, tout cela fait pourtant partie de l’Alliance avec Dieu. Les conséquences sont primordiales surtout lorsque nous habitons un pays où la densité de la population est très élevée. Prenons garde, très chers compatriotes, qu’à cause d’une mauvaise interprétation religieuse, nous continuions d’appauvrir et de détruire notre environnement. Cet engagement de Dieu exige notre collaboration. C’est pour cela que nous demeurons dans le registre de la création d’Adam à Noé jusqu’à Abraham. Ce sont deux étapes d’un monde naturel, d’un Dieu qui a créé une nature pour la livrer à l’humanité.

B) La vocation d’Abraham. Maintenant débute un troisième chapitre, l’Alliance avec Abraham est de caractère très spécial parce que c’est de celle-ci que va naître le Peuple de Dieu.

C) Trois preuves de sa foi. La preuve de la foi d’Abraham qui nous est présentée aujourd’hui dans la Bible (Gn 22,1-2,9a.15-18) est la troisième épreuve pour voir comment cet homme que Dieu va constituer comme père des croyants, a confiance en Lui. Sa race sera celle des hommes qui ont la foi.

Quand saint Paul parlait de la Rédemption en Jésus-Christ (Rm 8,31b-34), en la comparant avec la loi de Moïse, il dit que dans le Christ resurgit la foi que Dieu exigea d’Abraham et que l’homme ne peut se sauver par la loi seule, sinon par la foi. Cela vaut énormément lorsque nous voulons donner à nos relations humaines une base de légalisme, comme si la loi c’était tout. Nous avons répété mille fois et nous ne nous lasserons pas de la faire : « Non pas l’homme pour la loi, mais la loi pour l’homme. » La loi dit saint Paul, ne fait que nous indiquer le péché, mais elle ne nous donne pas la force pour éviter le péché. Par contre, la foi et la Rédemption sont la grande œuvre du Christ qui nous demande de croire en Lui, c’est ce qui sauve.

« Quitte ta terre… » Dieu allié à cet homme qui va être le modèle de la foi de tous les hommes, fait appel à Abraham alors qu’il est déjà très âgé, celui-ci n’a pas encore d’enfant et lui et sa femme sont stériles. Dans ce contexte de désert et de mort, Dieu se présente pour lui dire : « Quitte ta parenté et dirige-toi vers la terre que Je te montrerai et que Je vais te donner. Cette terre sera peuplée d’un peuple qui sera ta descendance. » Un peu comme si Dieu voulait se moquer de lui. Cependant, Abraham a la foi et il se dit que rien n’est impossible pour Dieu et sans savoir où il va, il prend la route avec sa femme stérile, avec l’espérance de former un peuple.
 
Regarde au ciel… Ta descendance…

C’est pourquoi, alors qu’Abraham est en train d’accomplir cette épreuve de la foi, il élève cette prière au Seigneur afin que ce dernier lui montre un signe de cette promesse qui semble impossible. Dieu l’invite à regarder les étoiles : « Aussi nombreuse que ces étoiles sera ta descendance et toutes les nations de la Terre seront bénites en ce peuple qui va naître de tes entrailles. » Alors se réalise une alliance de la manière que nous avons exposé dimanche dernier : des animaux coupés en deux, Abraham qui passe au milieu d’eux et aussitôt l’Esprit de Dieu y passe également, c’est ainsi que l’alliance est signée. L’animal, tué et coupé en deux, était comme un avertissement : ceux qui vont faire cette alliance doivent l’accomplir, sinon qu’ils soient maudits et terminent comme cet animal.
 
Le sacrifice de son fils

Et Dieu, condescendant envers les hommes, fait cette alliance du sang avec Abraham. Et quand l’impossible s’accomplit et que la femme stérile a un fils, Abraham est heureux parce qu’il ne mourra pas sans descendance, Isaac est une réalité. Alors, Dieu dit à Abraham : « Prend ton fils et va à la montagne pour me l’offrir en sacrifice. » Pensez-y, que ressentiriez-vous si Dieu vous demandait cela : « Offre-moi ton fils en holocauste »? Il s’agissait là de l’expression la plus complète du sacrifice : brûler la victime afin qu’il n’en demeure pas une cendre. Abraham, éprouvé dans sa foi, se soumet à cette terrible épreuve. Isaac, marchant avec le bois sur ses épaules en direction de la montagne, est l’image du Christ avec sa croix sur le dos.

J’ai eu la chance de connaître le Calvaire, l’endroit où est mort Notre Seigneur. Dans l’une des peintures, il y a ce tableau : Isaac marchant avec son fagot de bois pour le sacrifice, tandis que le Christ marche également avec sa croix. L’unique différence, c’est qu’au Christ, Dieu n’épargna pas la vie, par contre, à Isaac, la voix de Dieu se fit entendre : « J’ai éprouvé ta foi, il n’est pas nécessaire que tu tues ton fils. »

Abraham lui offre un agneau, pour qu’il soit offert en holocauste en son nom. Isaac est le Patriarche qui va être mentionné dans les invocations à Dieu : « Le Dieu de nos pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob… » parce que c’est ainsi que les patriarches sentaient la présence de Dieu.

D) Il naît un peuple

Un peuple est né. Dieu l’a promis et ce fils unique, éprouvé jusqu’à l’holocauste, sera exactement le ruisseau d’où va commencer à croître cette race immense à laquelle Dieu a fait cette terrible promesse : vous émigrerez vers une terre étrangère, vous y passerez quatre siècles sous le joug des Égyptiens, mais viendra alors – ce que nous verrons dimanche prochain, l’alliance avec Moïse.

Quatre siècles plus tard, ce peuple qui avait été cherché de quoi manger en Égypte est devenu esclave. C’est alors que débute le livre de l’Exode : la précieuse émigration vers la terre promise. Imaginez-vous que c’est quatre siècles plus tard, que va s’accomplir ce que Dieu avait promis à Abraham : « Je te donnerai une terre et celle-ci sera tienne. » Abraham crut, même s’il mourut sans voir s’accomplir la plupart des choses que Dieu lui avait promises. C’est pour cela que lorsque le Christ réfutait ses ennemis, Il disait : « Abraham a désiré voir ce jour, mais il ne le vit pas. » Abraham crut en Jésus-Christ sans l’avoir connu. Abraham crut que de ce peuple allait naître le Rédempteur des hommes. C’est pourquoi ce peuple est merveilleux. Lorsque le Concile nous parle du Peuple de Dieu, il nous fait remonter jusqu’à cette source que nous sommes actuellement en train de méditer. Le chapitre II dit ceci au sujet du peuple de Dieu (L.G. 9) : « Dieu n’a pas voulu sanctifier et sauver les hommes individuellement et sans qu’aucun rapport n’intervienne entre eux, mais plutôt faire d’eux un peuple qui le reconnaisse vraiment et le serve dans la sainteté. »

C’est pour cela que Dieu se fit un peuple, pour qu’il le confesse et le serve. (L.G. 9) : « Il se choisit donc comme peuple, le peuple israélite, conclut avec lui une alliance et l’instruisit graduellement en se manifestant lui-même, en faisant connaître le dessein de sa volonté dans l’histoire de ce peuple et en se le consacrant. »
Je voudrais que nous sachions bien faire la distinction entre peuple et Peuple de Dieu. Cette distinction est essentielle de nos jours. Ce n’est pas tout peuple qui est Peuple de Dieu et le Concile établit une différence entre le Règne de Dieu et le progrès humain. Parce que si nous confondons ces deux concepts, nous pouvons tomber dans le danger que le Pape Jean-Paul II souligna aux évêques réunis à Puebla : ne confondez pas le sens du mot peuple en termes démocratiques, avec le Peuple qui naît de la prédilection de Dieu à partir d’un peuple préexistant, parce que le Pape dit également : « L’Église naît de la réponse des hommes à Dieu par la foi. » Mais ce ne sont pas tous les hommes qui répondent par la foi.

C’est pourquoi, au Salvador, il y a de nombreuses personnes qui ne sont pas membres du Peuple de Dieu, même si elles sont Salvadoriennes. Le Peuple de Dieu, vient de nous dire le Concile, est une possession de Dieu, une marque que Dieu imprime pour qu’on l’adore, qu’on le confesse, qu’on le prie et qu’on lui rende grâce. Ce peuple de Dieu possède une longue histoire : tout l’Ancien Testament. Là, nous distinguons très bien comment le peuple d’Israël, instruit par les patriarches, par les prophètes, par les événements merveilleux de Dieu, était comme le peuple privilégié au milieu de tous les autres peuples, et Dieu lui-même a dit à Abraham : « En ton peuple, seront bénies toutes les nations. » Parce que le Christ naîtra de ce peuple, les autres peuples qui ne sont pas d’Israël seront formés par la foi qui est le principal : le peuple que Dieu constitua dans ses origines lorsqu’Il fit alliance avec Abraham.

E) Moïse et Élie. Synthèse de l’histoire de l’Ancien Testament. C’est pourquoi nous retrouvons dans l’Évangile d’aujourd’hui (Mc 9,1-9), sur le mont Tabor, que la tradition situe comme étant le lieu où se produisirent ces choses : où Moïse et Élie apparaissent comme les deux sommets les plus élevés du Peuple de Dieu.
Moïse, qui rédigea la loi, sera le libérateur de ce peuple, le prophète que Dieu annonça et auquel il fallait obéir – Dieu dit en parlant de Moïse dans l’Ancien Testament. Quel bel écho entendons-nous aujourd’hui, quand le Père dit du Christ transfiguré : « Écoutez-le » – la même chose qu’Il dit de Moïse dans l’Ancien Testament –, le Nouveau Moïse transfiguré est le Fils en qui Je me complais, écoutez-le. Moïse donc, est un sommet de l’Ancien Testament. C’est pourquoi il se devait d’être là où débouchaient toutes les promesses que Dieu fit à Abraham. Les prophètes et des rois l’annoncèrent, pendant des siècles et des siècles : « Viendra le Sauveur des nations, le Dieu de nos pères l’a promis. » C’est de cette espérance que vécut tout l’Ancien Testament.

Élie apparaît aussi comme sommet du prophétisme. Celui-ci dans une situation, peut-être similaire à la nôtre : pleine de crimes, de distorsions de la vérité, de machinations politiques indignes, de subordination de la justice, d’abus de la richesse et de l’argent. Élie s’enfuit au désert. « Cela suffit Seigneur! » Comme le thème de la procession des prêtres : « Basta ya! » Mais Élie, sur un ton presque pessimiste, s’assit auprès d’un buisson qui offrait à peine un peu d’ombre dans le désert, pour attendre la mort. Il voulait mourir quand Dieu l’éveilla : « Lève-toi, il te reste encore un grand chemin à parcourir. » Et s’alimentant d’un pain mystérieux, il marcha 40 jours et 40 nuits, jusqu’à ce qu’il parvienne là où il devait aller, au mont Horeb. C’est l’endroit où Élie fut témoin d’une nouvelle théophanie. Dieu se manifesta à lui, le remplit de courage et de réconfort, comme Il l’avait fait pour Moïse après quarante ans au désert. En Moïse et en Élie, nous retrouvons les carêmes classiques avec le grand protagoniste du carême chrétien : le Christ Notre Seigneur. Il y a quelque chose de grandiose dans le carême. C’est pourquoi j’ai dit que le carême est la rénovation du Peuple.

Quand Élie parvient à l’Horeb, pessimiste à cause de ce qui se passe dans sa patrie, pour confronter cette loi que Dieu a donnée sur le Sinaï, avec les trahisons que le peuple réalise à l’encontre de celle-ci, Dieu l’encourage : tu ne dois pas mourir, tu dois continuer à travailler.
Très chers frères, c’est cela le Peuple de Dieu. Peuple qui croit, comme nous dit la Bible en faisant référence à Abraham : « Il crut contre toute espérance. » C’est ce dont nous avons besoin ici actuellement : croire contre toute espérance! Même lorsque toutes les lumières semblent éteintes, que tous les chemins semblent fermés. Si la foi d’Abraham, traduite dans son peuple, comme un peuple croyant, parvient jusqu’à nous : imitons-les! Si le courage de Moïse même lorsqu’il subit la persécution de son propre peuple, le fit demeurer fidèle jusqu’à sa mort aux desseins que Dieu avait sur sa vie, si la fidélité d’Élie l’amena, même quand il était pessimiste au point de songer au suicide, à se lever et à continuer à travailler, qu’est-ce qui nous en empêche, frères salvadoriens, Peuple de Dieu de 1979? Notre désert, notre carême, notre sang, tout cela peut être converti en libération, en lumière, en consolation et en espérance. 11/03/79, p.191-195, VI.
 
2) Le Christ transfiguré, modèle et cause de la transfiguration

« Le mystère de l’homme ne peut s’expliquer qu’à l’intérieur du mystère du Christ. »

A) En Jésus-Christ débouche le Vieux Peuple de Dieu, en Lui naît le Nouveau Peuple de Dieu.

B) Pierre, Jacques et Jean, auprès de Moïse et d’Élie, personnages de l’Ancien Testament, sont trois hommes qui appartiennent déjà à notre christianisme.

Le premier Pape, les premiers évêques, les premiers chrétiens. Ils jouissent eux aussi de cette épiphanie, jusqu’à cette jubilation de Pierre qui dit (Mc 9,5) : « Rabbi, il est heureux que nous soyons ici; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » Mais le Christ, qui comprit que cet enthousiasme n’était pas opportun parce qu’il fallait continuer à travailler, lui ordonna de se taire (Mc 9,9) : « Comme ils descendaient de la montagne, il leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, si ce n’est quand le fils de l’homme serait ressuscité d’entre les morts. »

C) Le « Mystère Pascal »

La seconde lecture d’aujourd’hui (Rm 8,31b-34) nous décrit précisément ce Christ que le Père a nommé le Fils en qui Il se complaît et que le Christ lui-même a nommé Fils de l’homme. Saint Paul, lui donne le titre qu’aujourd’hui en langage moderne nous appellerions le Mystère Pascal. Celui-ci est la mort et la résurrection du Christ. Je tiens à souligner cela : le carême renouvelle le peuple parce qu’il le prépare à la célébration du Mystère Pascal.

Très chers frères, il est grand temps de faire mûrir cette Semaine sainte parmi nous. Ce n’est plus le temps de vivre des semaines saintes qui ne consistent qu’en des processions qui laissent le cœur si incrédule, si incroyant, si matérialiste et si égoïste. Il est temps de penser qu’une Semaine sainte doit être une conversion du peuple vers les Pâques, vers la mort du Seigneur pour ressusciter avec une nouvelle maturité, avec un nouvel éclat, à la manière d’Élie, après son carême, comme Moïse, après la traversée du désert. Il nous faut sentir que Dieu marche avec le peuple et, au lieu de rechercher des solutions de haines et de violences, des chemins qui ne font que retarder le progrès de notre peuple, cherchons-les ici, dans ce que Puebla vient de nous dire avec les mots de Jean-Paul II : « Ouvrez les portes au Christ, les portes de la politique, les portes du commerce, les portes de la sociologie, toutes les portes que les hommes utilisent, tous les champs que les hommes et les femmes cultivent; le Christ y a droit, parce qu’il est le Fils de l’Homme. Et comme disaient les pères du Concile Vatican II aux gouvernants : “Ne le tuez point, parce que cela serait un ‘déicide’, Il est le Fils de Dieu. Ne le tuez pas parce que cela serait un ‘homicide’, Il est le Fils de l’Homme.” »
 
Sacrifice qui présage celui d’Isaac…

Ouvrons les portes à Notre Seigneur Jésus-Christ. La seconde lecture d’aujourd’hui nous dit que le Père (Rm 8,32) « n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous. » Et de là surgit cette question : ce Père, à l’égal d’Abraham qui marche avec son fils Isaac au Calvaire, porte sa Croix et ne l’épargne pas, sinon Il Le livre à la mort douloureuse. « Ne nous accordera-t-il pas toute faveur? », demande saint Paul (Rm 8,32).
 
L’amour du Père… et du Fils

Qu’elle est la chose trop grande que Dieu ne puisse t’accorder? Lui qui s’est donné dans le plus grand qu’Il puisse être, le Christ, son Fils : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », ne L’a t’Il pas livré pour mourir sur la croix? Comment ne nous donnerait-Il pas tout avec Lui? Comment ne nous donnerait-Il pas des solutions à nos problèmes salvadoriens? Comment n’y aurait-il pas d’issue si cela est beaucoup moins, infiniment moins que Jésus-Christ? Cela n’est pas l’impuissance de Dieu s’il nous a donné des preuves de son amour! « Qui accusera les élus de Dieu? », demande saint Paul, si c’est Dieu qui les justifie?

À ceux qui lui disaient qu’il faut respecter les lois que font les hommes, saint Paul leur répond par cette phrase terrible (Rm 8,34) : « Qui donc nous condamnera? Si le Christ Jésus, Celui qui est mort, que dis-je? Ressuscité, qui est à la droite de Dieu, intercède pour nous? » C’est comme si le Christ est toujours en prière pour nous.
Comme serait merveilleuse la foi de notre cœur si elle était semblable à celle d’Abraham, et nous vivrions ces questionnements de saint Paul comme une réaction d’optimisme que tout n’est pas terminé! Nous avons à peine commencé et Dieu est éternel. Si mon Père peut tout, si je me livre à mon grand Frère qui m’a tant aimé, s’Il m’a justifié, s’Il ne m’a pas condamné, pourquoi est-ce que quelqu’un d’autre me condamnerait? C’est pourquoi Dieu nous recommande autant l’amour que le pardon, parce que c’est ainsi qu’Il traite les hommes, même les plus mauvais.
 
D) Le Nouveau Peuple de Dieu naît d’une Nouvelle Alliance

C’est pourquoi le Concile poursuit sa réflexion sur le Peuple de Dieu. Il nous fait voir comment naquit cette Nouvelle Alliance (L.G. 9) : « Tout cela cependant n’advint qu’à titre de préparation et en figure, eu égard à l’alliance nouvelle et parfaite qui devait se réaliser dans le Christ et de la révélation plus complète qu’allait apporter le Verbe même de Dieu fait homme. […] Puis le Christ scella ce nouveau pacte, c’est-à-dire la nouvelle alliance, en son sang (cf. I Cor.11,25) en appelant d’entre les Juifs et les gentils une multitude qui s’unirait non pas selon la chair, mais en esprit, afin de constituer le nouveau Peuple de Dieu. »

Quelles sont les caractéristiques de ce peuple? C’est une Église, comme l’Ancien Testament appelait Israël, l’Église de Dieu, en pérégrination au désert, ainsi comme le nouvel Israël qui marche dans le temps présent, en quête de cité éternelle à venir, c’est l’Église du Christ. 11/03/79, p.195-197, VI.
 
3) Le Peuple de Dieu qui doit se transfigurer, aujourd’hui et ici

Je voudrais que vous portiez attention à ceci, comme point du carême, de rénovation de notre Église, en cette Semaine sainte qui nous renouvelle véritablement, un carême qui nous remplit de la joie d’avoir laissé le vieil homme mourir, pour ressusciter à nouveau avec le Christ à une vie nouvelle. Que l’époux, qui était le tourment de sa famille, soit dorénavant l’homme nouveau qui fait la joie de son foyer. La femme, qui manquait d’amour pour donner de l’affection à son mari et à ses enfants, commence à sentir que son royaume c’est le foyer où l’amour règne. Le jeune, la jeune qui mettait sa joie dans ces choses si banales de la terre, pense maintenant au Christ, il trouve sa joie dorénavant dans cette rénovation du Christ. La famille qui recommence à construire dans l’amour, toute l’humanité, la patrie, la politique des gouvernants, ceux qui ont l’argent, ceux qui ne l’ont pas, les évêques, les prêtres, les religieuses, tous, l’Église et le monde.
Conditions de l’actuel Peuple de Dieu. Je vous ai déjà dit que le monde n’est pas le Peuple de Dieu. Il y a tant d’hommes et de femmes en ce monde qui vont par les chemins du péché, le Peuple de Dieu veut se rendre présent à ce monde. Le Concile dit du Peuple de Dieu ce qui le distingue, c’est ce qui sera ici comme le programme de notre rénovation. (L.G. 9) : « Ce peuple messianique a pour chef le Christ qui a été livré pour nos fautes et est ressuscité pour notre sanctification » (Rm 4,25) et qui, maintenant, après s’être acquis un nom qui est au-dessus de tout nom, règne glorieusement dans les cieux. Voyez, c’est une tête. L’Église est en pèlerinage sur la Terre, elle a sa tête fondée dans le Ciel et à sa suite s’élève, membre par membre, tout le corps, jusqu’à constituer l’Église définitive de la gloire. Le jeune qui est étendu mort, s’il est mort fidèle à cette Alliance du Peuple de Dieu, il est déjà un membre vivant de l’Église triomphante.

C’est pourquoi, très chers frères, dans les luttes de revendications de notre peuple, chers ouvriers, chers paysans, chères organisations politiques populaires, l’Église ne peut s’identifier avec vous, mais elle vous comprend, parce que la justice et le bien que vous réclamez, l’Église les réclame également comme un reflet du Règne de Dieu qui sera recueilli dans toute l’éternité.

« Tout le bien que fait un homme, même si c’est dans les domaines politiques et sociaux, il le retrouvera, dit le Concile, purifié dans l’éternité. »

L’Église doit prêcher cette transcendance, parce que sa tête est le Christ qui pénétra déjà les cieux et qui réclame de tout son corps également, en attente de ce Ciel non pour être paresseuse, mais pour travailler sur la Terre. Seulement, ne regarder que vers le Ciel serait une fausse spiritualité, il faut nous remplir de mérites sur la Terre, mais avec l’espérance de les posséder pour toute l’éternité. Nous ne travaillons donc pas uniquement pour améliorer les conditions terrestres, mais pour améliorer ces choses avec la grande espérance d’Abraham et du peuple de Dieu : le Christ est la tête!
Quelle autre condition y a-t-il? La condition de ce peuple est celle de (L.G. 9) : « La dignité et de la liberté propre aux fils de Dieu, dont le cœur est comme le temple de l’Esprit saint. »

C’est pourquoi l’Église ne peut pas être conformiste. L’Église doit éveiller la conscience de la dignité. C’est ce qu’ils nomment la subversion. Cela n’en est pas. La conscience chrétienne que nos communautés chrétiennes s’approprient à la lumière de l’Évangile, face à l’idée qu’un homme, même s’il s’agit d’un simple journalier, est l’image de Dieu. Ce n’est pas du communisme ou de la subversion, c’est la Parole de Dieu qui éclaire l’être humain et celui-ci doit travailler à sa promotion. Nous ne voulons plus d’un peuple qui soit une masse. C’est pour cela que nous disions ce qui distingue le peuple de ce qui ne l’est pas. Même au-dehors du Peuple de Dieu il existe des peuples très évolués qui ne sont pas encore Peuple de Dieu. Mais encore plus à la marge, il existe une multitude qui ne peut même pas être qualifiée de peuple, c’est ce que nous appelons la masse.

Nous ne voulons pas une masse, nous voulons une éducation qui personnifie, nous voulons un Évangile qui nous fait sentir ce que disait Jean-Paul II : « L’être humain est un prodige inimitable de Dieu, il n’existe pas deux hommes semblables. » C’est pourquoi nous ne devons pas poursuivre l’illusion d’imiter les autres, mais de chercher à être soi-même, ce que Dieu veut que je sois. Je suis moi-même, rien de plus : tu es toi. La massification est quelque chose d’épouvantable, c’est lorsque l’on joue avec les peuples, quand on manipule les élections, quand on se joue de la dignité humaine parce que les hommes et les femmes n’ont pas su prendre leur place. Et cela, ce n’est pas provoquer la subversion, c’est simplement dire à tous ceux qui m’écoutent d’être dignes, parce que la condition du Peuple de Dieu est la dignité et la liberté des enfants de Dieu dont le cœur est habité par l’Esprit saint comme en un temple.
 
Comment cela doit-il être? Quelle est la loi de ce Peuple de Dieu? Le Concile dit (L.G. 9) : « Il a pour loi un commandement nouveau, celui d’aimer comme le Christ lui-même nous a aimés. » Plusieurs ont déjà perdu cette loi du Christ, mais le christianisme ne saurait changer ce qui fait sa force par d’autres forces ambiguës ou qui à la longue démontre une grande faiblesse, parce que la violence, la haine, en fin de compte, ce sont des faiblesses. La véritable force c’est l’amour et c’est en cela que le Peuple de Dieu se distingue.

« Enfin (L.G. 9), il a son terme dans le Royaume de Dieu, inauguré sur Terre par Dieu lui-même, destiné à s’étendre dans la suite des âges en attendant de recevoir en Lui son perfectionnement final à la fin des siècles, lorsque le Christ se manifestera. » Ainsi, la rénovation du carême doit être notre Église au Salvador, composée de tous les baptisés. Lamentablement, c’est un baptême qui est reçu inconsciemment. Celui-ci est devenu une coutume sociale, folklorique et qui sait peut être aussi commerciale, pour que l’enfant reçoive des cadeaux et l’appui de ses parrains. Ce sont là des motifs trop fréquents du baptême. Ce dernier est en fait l’incorporation au Règne de Dieu, c’est pourquoi nous exigeons maintenant dans toutes les paroisses, les cours de préparations au baptême afin que le parent qui demande cela pour son enfant sache en quoi cela engage son enfant. S’il ne désire pas s’engager lui-même à être un chrétien comme nous l’avons défini aujourd’hui, membre du Peuple de Dieu, ce serait mieux qu’il n’y ait pas de baptême. Peut-être l’enfant évoluera-t-il mieux sans être baptisé.

Mais si le parent veut réellement être Peuple de Dieu, nous avons ici le carême qui nous offre d’excellentes opportunités pour que nous, déjà baptisés, fassions la promotion de notre baptême et de notre Peuple de Dieu. Celui des baptisés, incorporés au Christ mort et ressuscité pour nous, dit le Concile : « Le Christ lui-même l’a institué afin de s’en prévaloir et l’unir à l’humanité pour la sauver. » Tout ce que le Christ est venu faire, Il le réalise à travers son Peuple. C’est pourquoi mon appel de ce matin : carême, rénovation du Peuple de Dieu, est un appel à chacun de vous et à moi-même, qui sommes les membres du Peuple de Dieu pour vivre non seulement notre christianisme, mais pour l’irradier, pour sauver les autres, pour être unité de ceux qui marchent dispersés, pour être le repentir de ceux qui vont sur les routes du péché, pour être une attraction pour ceux qui se sont égarés. 11/03/79, p.197-199, VI.

suivant