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Dix-huitième dimanche du temps ordinaire; 5 août 1979; Lectures : Exode 16,2-4.12-15; Éphésiens 4,17.20-24; Jean 6,24-35.
Le Divin Sauveur, le Pain qui descend du ciel et donne la vie au monde
Je fais un appel à tous les chrétiens pour qu’ils ne perdent pas les mérites de leur vie, mais qu’ils les unissent au cœur de Jésus et les convertissent en Salut pour le monde. Le vrai sens de ces crimes est le péché qui tue et l’amour de Dieu qui vivifie.
 
Plan de l’homélie :
1) La faim, signe de l’oppression et de la mort
2) Le pain, signe de la libération et de la Vie
3) Le Christ, le véritable Pain de la Vie
 
1) La faim, signe de l’oppression et de la mort
 
Une multitude qui a faim

La faim est le premier signe du chapitre six (de Jean). Une multitude de cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, qui ont faim et dont le Christ sent l’angoisse de ces estomacs vides et Il leur donne à manger. Ce fut le miracle de la multiplication des pains. Et lorsque le jour suivant, enthousiasmés par ce geste de thaumaturgie du Rédempteur, ils vont sur l’autre rive du lac où s’était enfui le Christ parce qu’ils voulaient le faire roi et ils lui disent (Jn 6,25) : « Maître, quand es-tu arrivé ici? » Et Lui, pour toute réponse, Il commence par l’Évangile d’aujourd’hui (Jn 6,26-27) : « Vous me cherchez non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et avez été rassasiés. Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle. » Le Christ leur explique que le pain qui remplit l’estomac n’est pas la solution.
 
Les tentations du Christ au désert

La faim est le signe de l’oppression la plus profonde. Souvenons-nous du Christ lui-même au désert. Profitant de sa faim, le tentateur lui propose trois péchés pour sortir de la faim : tenter Dieu, en convertissant les pierres en pains; la vanité, en se jetant du pinacle du temple pour être secouru par les anges; et, pire encore, l’idolâtrie du pouvoir, en faisant défiler les grandeurs du monde sous ses yeux en Lui disant : « Tout cela, je te le donnerai si tu te prosternes et m’adores. »
 
Les tentations du désespoir

Quelle chose terrible que la faim! Elle prête aux tentations que décrit Medellín : « les tentations du désespoir ». N’est-ce pas ainsi que s’expliquent tant de manifestations de violence?
Spectacle terrible de la faim que décrit Paul VI dans l’exhortation Evangelii Nuntiandi, en recueillant de nombreux évêques de tous les continents, un accent pastoral où vibrent les voix de millions de fils de l’Église qui forment les peuples, imprégnés de toutes leurs forces dans l’effort et la lutte pour surmonter tout ce qui les condamne à demeurer en marge de la vie : faim, maladies chroniques, analphabétisme, paupérisation, injustice dans les relations internationales, dans les échanges commerciaux, situations de néocolonialisme économique et culturel parfois aussi cruel que la politique. « L’Église a le devoir d’annoncer la libération de millions d’êtres humains parmi lesquels il y a nombre de ses enfants. Le devoir de faire naître cette libération, de rendre témoignage à celle-ci, de faire en sorte qu’elle soit totale : cela n’est pas étranger à l’Évangile. » Ce sont les mots du Pape.
 
Faim de justice, dénonciation de la répression

C’est la figure de la faim qui décrit la situation de notre pays en cette semaine. Comment la découverte de trois cadavres dans le canton El Sunzal, de la Libertad, sur le bord de la plage, ne serait-elle pas une source de faim de justice? Et parmi les trois, une femme décapitée! Comment cela ne saurait-il être une faim de justice que de constater qu’en ce mois de juillet il y a eu trente-huit arrestations, dont trois ont été assassinées et quatre libérées, il qu’il y en a vingt-huit dont on n’a aucune nouvelle? […]

Avec ces faims politiques, sociales, familiales, ajoutez à cela vos propres angoisses et vous verrez comme c’est vrai que la faim est le signe de toutes les misères, de toutes les répressions, de toutes les façons de ne pas être bien. 05/08/79, p.134-136, VII.
 
2) Le pain, signe de la libération et de la Vie
 
Deux manières de comprendre la libération

La faim est comme la synthèse et c’est pourquoi le Seigneur a choisi ce sixième chapitre de Jean, pour la satisfaire comme signe de quelque chose de plus grand, parce que le pain est le signe de la libération. Mais il y a deux manières de comprendre la libération : la libération temporelle, le pain qui remplit l’estomac et satisfait immédiatement la faim; et la libération intégrale, celle que, même lorsqu’il y a suffisamment de pain, cela ne suffit pas parce qu’on n’est pas encore libre.
 
Toutes les libérations supposent un sacrifice

Lorsque dans la première lecture (Ex 16,2-4,12-15) d’aujourd’hui on nous parle de la manne, il y a une phase tragique dans ce peuple que Moïse tente de libérer. Lorsque Moïse a sorti son peuple de l’oppression d’Égypte, le peuple commença à avoir faim alors qu’il débutait sa marche au désert et il soupira (Ex 16,3) : « Pourquoi nous a-t-on fait sortir d’Égypte quand nous étions assis auprès de la marmite de viande et mangions du pain à satiété! À coup sûr, vous nous avez amenés dans ce désert pour nous faire mourir de faim. »
Qu’il est triste de voir un peuple qui s’est accoutumé à l’esclavage! Il préfère les marmites d’oignons au soleil de la liberté. Il ne veut pas souffrir le passage difficile du désert. Toute liberté suppose un sacrifice. Demandez-le au peuple du Nicaragua…
Qu’il est difficile de conduire un peuple lorsqu’il s’est habitué à ces situations difficiles!

Lorsqu’hier je suis allé à San Esteban Catarina, le crime était récent; et j’ai noté ce que j’ai pu constater dans plusieurs villages de mon pays : la frayeur, la timidité, l’incapacité de dire même ce que l’on sait. Oui, dans la rumeur du peuple on entend des choses aussi révélatrices que celles que j’ai entendues à San Esteban : « Ce sont eux-mêmes. » Ce sont des choses que l’on entend, mais que personne n’est capable d’affirmer. C’est la peur de la libération.
 
B) Le pain qui comble le corps ne suffit pas, mais il est nécessaire

Le Christ notre Seigneur, alors que cette multitude comblée du pain de l’estomac le cherchait, leur dit en toute clarté et franchise (Jn 6,26) : « Je vous assure, vous me cherchez non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé à satiété. » Mes frères, comme l’estomac nous trahit. C’est le pain des libérations immédiates. Cela ne suffit pas. Il est certain que cela ne suffit pas.
Paul VI : « Ne supprimez pas la vie, mais qu’il y ait du pain pour les invités à la vie. »

Je me souviens, lorsque Paul VI, il y a dix ans, est venu aux Nations Unies et a dénoncé le grand péché de ne pas laisser naître autant d’êtres humains qui meurent dans le sein de leur mère ou que l’on ne laisse pas être conçus. Le Pape dit cette phrase immortelle : « Le problème n’est pas de supprimer la vie, mais qu’il y ait du pain pour tous les invités à la vie. » C’est-à-dire que les problèmes de la stérilisation et des avortements sont très reliés aux problèmes sociaux parce que le pain que Dieu donne est suffisant pour tous ceux qu’Il invite à la vie, mais comme quelques-uns se sont emparés de tout le pain de la Terre, de nombreux invités à la vie demeurent exclus, on leur interdit l’entrée parce qu’il n’y a pas de pain pour eux.
C’est le pain dont Jean-Paul II parla récemment

J’ai ici un précieux discours du Pape à la Conférence mondiale pour la réforme araire et le développement rural. Le Pape dit : « Certes, le commandement du divin est de dominer la nature pour la mettre au service de la vie inclut que la valorisation rationnelle et l’utilisation des ressources naturelles s’orientent vers la satisfaction des finalités fondamentalement humaines, cela en conformité aussi avec le principe de la destination des biens de la Terre au bénéfice de tous les membres de la famille humaine. Sans aucun doute, on se doit d’exiger des transformations audacieuses, profondément innovatrices. »

Il est de grande actualité de rappeler ici, comme le Pape le fit dans son discours à Cuilapán, au Mexique; écoutez cela et vous direz que le Pape est communiste : « Le monde déprimé de la campagne, le travailleur qui avec sa sueur arrose aussi sa peine ne peut espérer moins que d’être pleinement et entièrement reconnu dans sa dignité, non inférieur à aucun autre secteur social. Il a le droit au respect, à ce que l’on ne le prive pas comme manœuvre de son salaire qui parfois équivaut à une véritable dépossession du peu qu’il possède, à ce qu’on ne l’empêche pas d’être partie prenante de sa propre promotion. Il a droit à ce qu’on lui enlève les barrières de l’exploitation, faites fréquemment d’égoïsmes intolérants et qui brisent les meilleurs efforts d’avancement. Il a droit à l’aide efficace, qui n’est pas une aumône ni des miettes de justice, pour qu’il ait accès au développement que mérite sa dignité d’être humain et de fils de Dieu. Au droit de propriété terrienne correspond une hypothèque sociale comme nous l’avons déjà dit. C’est pourquoi, dans les réformes des structures, je vous invite à regarder avec la plus haute considération toutes ces formes de contrats agraires qui permettent un usage inefficace des terres moyennant le travail primaire des travailleurs. La réforme agraire et le développement rural exigent que l’on instaure des réformes pour réduire la distance entre la prospérité des riches et la préoccupante indigence des pauvres. »

Il me semble que le discours du Pape, où il tient compte des souffrances des paysans, apporte son aval à cette plate-forme de revendications des journaliers en ce qui a trait au salaire et à d’autres compensations présentées par FECCAS et UTC. (Syndicats agraires) C’est l’âme de notre paysannerie qui parle consciemment de la dure et désespérante situation, attribuable à ce qu’ils ne possèdent aucun moyen de production qui leur permette d’obtenir ce qui est basique et nécessaire pour la subsistance : riz, maïs, fèves. Et à cause de cela, ils doivent vendre obligatoirement leur force de travail pour un salaire misérable qui ne leur permet pas de combler les plus infimes nécessités de la subsistance, tant pour eux-mêmes que pour leur famille. Et dans leur feuille de demandes, il y a des choses aussi justes que cela : « L’égalité des sexes et de l’âge en tout ce qui a trait aux listes, élimination du système de métayers et le travail à base de contrats collectifs. » J’ai vu de près, dans les champs, ce que signifiaient ces termes « les métayers », « les aides ». C’est une injustice de donner à un seul travailleur les prestations qui reviennent à tous les engagés. Comme ils sont simplement des aides, ils ne savourent pas les fruits de leur travail, parfois volé par ruse.

On demande également que lorsque l’on pulvérise des produits nocifs, on tienne compte de la santé des travailleurs en ce qui a trait à ces produits. Et d’autres choses comme le logement adéquat, l’eau potable, une nourriture régénératrice. Il est certain que pour cela il existe le Ministère du Travail qui doit équilibrer les nécessités des uns et les capacités des autres. Mais il est juste de prendre en compte ce que le Pape lui-même a signalé aujourd’hui, à ce monde de paysans où le symbole de la faim et du pain dont nous parle aujourd’hui l’Évangile trouve une traduction véritablement éloquente.
Le Christ analyse ce pain, et comme l’Église nous l’a dit, les lettres de demandes ne suffisent pas, ni les contrats, ni les revendications de choses uniquement terrestres; tout cela est bon, mais cela ne suffit pas. Le Christ dit (Jn 6,27) : « Ne travaillez pas seulement pour le pain qui se perd. » Ne travaillez pas seulement pour les revendications qui aujourd’hui sont et qui demain seront autres; et ceux qui souffrent présentement la répression et la persécution, demain, s’ils ne changent pas leur cœur et leur mentalité, pourraient être les oppresseurs d’autres temps. Il est nécessaire alors, de rencontrer le vrai sens que le Christ donne au symbole du pain.
 
La Manne, un signe que le Christ explique

Dans l’Évangile d’aujourd'hui, le Christ dit : « N’est-ce pas ce pain que vous a donné Moïse, la manne, celle qui sauve l’être humain. » Dieu vous l’a donné afin que vous sachiez qu’Il est providentiel et qu’il donnera à manger aussi à la faim corporelle. Dieu prendra soin également de faire sortir les peuples de l’esclavage d’Égypte. Dieu prendra également soin de protéger la justice des revendications des organisations qui ont le droit de s’organiser pour se défendre mutuellement dans leurs droits. Dieu approuve le syndicalisme. Dieu veut l’homme uni; Dieu ne veut pas la dispersion. Dieu veut, comme l’a dit le Pape, qu’on facilite aussi au paysan la possibilité de s’organiser avec d’autres paysans et non pas de les désagréger pour qu’ils ne soient qu’une masse facilement exploitable. Dieu veut tout cela, mais cela ne suffit pas.
 
La manne ne donne pas l’immortalité

Le pain que je vous donnerai est le pain qui donne la vie au monde : ce pain de Moïse et le pain dont je vous ai dit qu’il ne produit pas l’immortalité. Hier, nous avons mangé et aujourd’hui encore nous avons faim. Nous mangerons peut-être à satiété, mais nous mourrons tous. Ce pain ne donne pas l’immortalité. Les revendications de la Terre ne peuvent nous donner le paradis. Les luttes des hommes si elles sont détachées de la foi qui l’illumine de l’au-delà, demeurent très boiteuses, très myopes et très imparfaites.

C’est pourquoi le service que l’Église donne aux regroupements et aux revendications de la Terre, à la politique et à la sociologie, l’Église, sans être politologue ni sociologue, est l’illuminatrice du pain de la vie. C’est elle qui dit aux politiciens et aux hommes, aux femmes qui luttent sur la Terre : ne recherchez pas la justice seulement pour le pain qui remplit l’estomac, recherchez la justice du Règne de Dieu, le pain que Je suis.
 
Le processus de la véritable libération

Dans Populorum Progressio, le Pape Paul VI nous propose le véritable but de la libération chrétienne. J’ai entendu quelques-uns des pères de la théologie de la libération nous expliquer en quoi consiste cette théologie et ils affirmèrent qu’elle s’inspire, pour une grande part de l’enseignement récent du magistère, notamment le numéro 20 de Populorum Progressio : « Ainsi pourra se réaliser dans sa plénitude le véritable développement qui est le passage pour chacun et pour tous de conditions de vie moins humaines à des conditions de vie plus humaines. »

Et Paul VI commence à décrire comme une espèce d’escalier moins humain : les carences matérielles de ceux qui sont privés du minimum vital et les carences morales de ceux qui sont mutilés par leur égoïsme. Frères, regardez, quelle comparaison plus certaine. Un homme sous-développé n’a même pas le nécessaire pour vivre tout comme celui qui est peut-être riche et qui possède tout ce qu’il désire peut être sous-développé moralement parce que mutilé par l’égoïsme. Ils sont dans l’infime grade d’être des hommes : « le riche et le pauvre. Le pauvre ne possède pas le minimum vital et le puissant n’a pas le minimum moral. L’égoïsme est le plus grand signe du sous-développement moral. » Et le Pape poursuit : « Moins humaines encore, les structures oppressives qui proviennent de l’abus de l’avoir ou de l’abus du pouvoir, de l’exploitation des travailleurs ou des injustices des transactions. » C’est de là que tout provient, tout cela demeure au niveau infrahumain, structures d’exploitation comme celles que nous décrivions précédemment.
Plus humaines, dit le Pape, s’élever de la misère à la possession du nécessaire. La victoire sur les calamités sociales, l’amplification des connaissances, l’acquisition de la culture. Un pas de plus, plus humain également, l’esprit de pauvreté – regardez comment l’esprit des pauvres est un chemin de développement. Le développement, ce n’est pas d’avoir plus, mais d’apprendre à être le maître de ce que j’ai : esprit de pauvreté.

La coopération dans le bien commun, la volonté de paix. Plus humaine encore, la reconnaissance de la part de l’être humain des valeurs suprêmes, et de Dieu, qui est la source et la fin. Plus humaine enfin, la foi, don de Dieu, accueillie par la bonne volonté des hommes et des femmes et l’unité dans la charité du Christ qui nous appelle tous à participer comme fils dans la vie du Dieu vivant, Père de tous les êtres humains. La véritable libération de l’humain se termine dans la communion avec Dieu, dans la foi par laquelle nous le connaissons, dans l’amour par lequel nous sommes unis avec Lui dans son dialogue avec Dieu, dans la communion avec Dieu, là se trouve le sommet du développement et de la véritable libération. 05/08/79, p.137-141, VII.
 
3) Le Christ, le véritable Pain de la Vie

Voilà pourquoi le Christ dit : « Le pain de la Terre ne suffit pas pour être libre, il est nécessaire de découvrir dans le pain ce que Dieu veut te donner et le pain n’est rien d’autre que le signe. »
 
A) Je suis

Le signe du pain, de celui dont on parle aujourd’hui dans l’Évangile, se révèle lorsque le Christ dit : « Je suis ». Observez bien comment sonne cette parole, comme lorsque Dieu parla à Moïse dans le buisson ardent : « Je suis Celui qui est ». Le Christ est, seulement Lui, est la libération. « Je suis le pain qui descend du Ciel pour apporter la vie véritable aux humains. »
 
Croire en Lui est notre travail

L’Évangile d’aujourd’hui nous l’a dit lorsque les Juifs Lui demandèrent : « Quel est notre travail pour avoir ce pain? » Le Christ leur dit (Jn 6,29) : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyez en Celui qu’Il a envoyé. » Personne ne peut construire, avec les forces de la Terre, une libération qui atteigne le sommet et le situer en communion avec Dieu.

Les humains pourraient réaliser les changements de structures, renverser les gouvernements, donner à manger, rompre les barrières, tout cela il faut le faire, mais cela ne suffit pas! Ce que le Christ peut faire, les humains ne peuvent faire tout cela et s’élever jusqu’à Dieu. Le Divin Sauveur du monde, tel que nous le verrons plus tard dans l’imaginaire traditionnel, est une invitation à nous élever des nécessités de la Terre pour Le comprendre comme l’unique solution qui descend du Ciel. Attendons-Le dans l’espérance, dans la prière et dans l’amour. Non pas pour tout attendre de Lui; il faut travailler comme si tout dépendait de nous, mais il faut espérer du Christ comme si tout dépendait de Lui. C’est cela l’équilibre du véritable développement.
 
Et c’est pourquoi le Christ termine son Évangile par cette confession : « Je suis ». Il est! Frères, quelle belle occasion nous offre l’Évangile pour connaître de plus près le Divin Sauveur!
Qu’est-ce que nous donnera comme fruit cette attente du Christ pour Le faire nôtre? Nous avons la réponse dans la seconde lecture d’aujourd’hui (Ep 4,17,20-24), saint Paul nous y décrit la situation de l’homme esclave du paganisme. Il l’appelle le vieil homme, l’homme de la haine, l’homme de la violence, l’homme du vol, l’homme des intrigues, l’homme des assassinats et des séquestrations, l’homme rude, la brute.

C’est ce qui cause tant de souffrances parmi nous : hommes sans raison, hommes animaux, hommes-loups pour l’homme. « Cela fut » dit saint Paul à ceux qui se convertirent de cette vie; et en ce 5 août, je voudrais dire également à ceux qui se sont souillés de ce sang de prêtres et de tant d’autres, peu importe de qui il s’agit, convertissez-vous! À ceux qui veulent maintenir des situations injustes et qui paient pour faire tuer ceux qui veulent les changer, qu’ils se convertissent! Et à tous ceux qui luttent pour ces changements, qu’ils s’élèvent à cette hauteur que nous offre aujourd’hui la seconde lecture, lorsqu’elle dit (Ep 4,20) : « Vous n’êtes pas ainsi comme vous l’avez appris du Christ. »

Le Christ vous a enseigné à abandonner la façon antérieure de vivre, du vieil homme, corrompu par les désirs du plaisir, du vieil homme qui n’est pas de l’Esprit. Rénovez-vous dans l’Esprit, laissez l’Esprit saint renouveler votre mentalité, revêtez-vous de la nouvelle condition humaine créée à l’image de Dieu, justice et sainteté. C’est cela l’homme nouveau. Rien ne servirait, dit Medellín, de changer les structures, si nous n’avons pas des hommes nouveaux. Le continent d’Amérique sera nouveau; grâce à ce Christ qui rénove les hommes, revêtez-vous de sa justice et de sa sainteté. C’est pourquoi, mes chers frères chrétiens, vous qui croyez en Jésus Christ et qui désirez vraiment le suivre, vous êtes la véritable espérance de la libération au Salvador. 05/08/79, p.141-142, VII.
 
Pensée qui nous amène à l’autel

Je termine en vous invitant à célébrer la fête du Divin Sauveur, surtout aujourd’hui, avec cette véritable prière : Seigneur, je ne veux pas être un vieil homme. Seigneur, je ne veux pas être un obstacle au progrès de ma patrie. Seigneur, loin de moi l’idée d’appartenir aux bandes d’assassins salvadoriens. Seigneur, aie miséricorde de tant de criminels, intellectuels et matérialistes. Seigneur, change le cœur de ceux qui gouvernent et de ceux qui sont gouvernés, change les cœurs de la patrie, renouvelle-les de l’intérieur avec la justice et la sainteté.

À ceux à qui Tu as donné le courage de lutter pour une patrie nouvelle et qui s’efforcent dans les revendications du peuple de lui faire comprendre de ne pas dépenser uniquement leurs énergies dans le pain qui remplit l’estomac, mais qu’ils s’élèvent à lutter et à mourir parce que, lorsqu’on meurt comme sont morts ces prêtres avec leurs idéaux du Règne des cieux, on se dit : « Ce sont là véritablement les chemins que nous devons suivre. Ils meurent, mais ils continuent à vivre. » 05/08/79, p.143, VII.


Fête patronale du Divin Sauveur du Monde; 6 août 1979.
La Mission de l’Église au milieu de la crise du pays
Il existe un défi permanent dans la transfiguration du Christ en tant que patron de notre patrie. Le défi que lance la transfiguration à notre peuple.

Lui, le Divin Transfiguré, se présente chaque année pour provoquer ce peuple et lui dire : « Qu’as-tu fait de mon mystère, ne devrais-je pas provoquer la transfiguration de ce peuple? » Le mystère demeure le même. Celui de l’année dernière comme d’il y a vingt siècles : le Divin Transfiguré. Les contextes dans lesquels nous célébrons chaque année cette transfiguration changent et alors il y a des situations nouvelles dans le pays et dans l’Église.

Entre les angoisses et les espérances, entre les frustrations et les expectatives.

De notre peuple, qui fait parti des grandes populations latino-américaines, nous pouvons répéter ce que Puebla a dit de tous ces pays : « Le peuple latino-américain marche entre les angoisses et les espérances, entre les frustrations et les expectatives. » Les angoisses et les frustrations ont été causées, si nous regardons la situation avec les yeux de notre foi, par le péché qui possède des dimensions personnelles et sociales immenses. Les espérances et les expectatives de notre peuple sont nées de son profond sens religieux et de sa richesse humaine.
 
Dans l’Église également, nous voyons apparaître des situations nouvelles.

Pour encourager le bon et enlever le péché, l’Église se présente cette année avec des richesses nouvelles, mais aussi avec de nouveaux péchés, parce que l’Église est aussi faite d’hommes et de femmes, et que nous sommes tous pécheurs.

En cette année je vois se lever de la tombe de Paul VI, mort exactement en ce jour, il y a un an, l’héritage des nouveaux Papes, Jean-Paul I et Jean-Paul II qui ont cherché à synthétiser la vérité sur le Christ, la vérité sur l’Église, et surtout, la vérité sur l’être humain. C’est un trésor, un héritage qui surgit des deux derniers pontifes, ceux du Concile Vatican II. Et cela s’ajoute à la maturité de notre archidiocèse que j’ai consulté pour rédiger cette lettre pastorale.
Je salue en vous cette maturité, cette audace, cette option préférentielle pour les pauvres, cette richesse d’idées que vous m’avez communiquées au cours de cette consultation : « Tout le peuple de Dieu, dit le Concile, guidé par le magistère de l’Église, bénéficie du charisme prophétique du Christ. » Vous et moi avons écrit cette quatrième lettre pastorale en nous enrichissant des trésors de l’Église universelle et, surtout, de Puebla.

L’objectif de notre fête patronale et de cette lettre pastorale est de présenter officiellement à l’archidiocèse tout l’esprit de Puebla. Le Pape a recommandé que les documents de Puebla, aussitôt que possible, soient rendus vivants dans nos communautés et que nous tenions compte des lignes directrices de cette conférence historique. C’est donc à partir de la lumière de Puebla et avec l’auscultation des sentiments de notre Église que nous avons fabriqué cette lumière qui éclaire la crise du pays. Ainsi, nous accomplissons le devoir qui aujourd’hui nous incombe à tous, à toutes les organisations et à toutes les forces vives du pays.

Personne ne doit demeurer passif et l’Église en ce jour apporte ce qu’en tant qu’Église elle se doit d’apporter : toute la richesse de l’Église, toute la maturité de son diocèse, toutes les émotions des prêtres, des évêques et de notre peuple, pour dire depuis notre identité d’Église, ce que nous pensons et ce que nous pouvons donner en cette heure de notre patrie.
 
Plan de l’homélie :
1) La crise du pays selon la vision pastorale de Puebla
2) Ce que l’Église peut offrir
3) Éclairage ecclésial de quelques problèmes concrets de notre pays
4) La ligne pastorale de Puebla, pastoral de notre archidiocèse
 
1) La crise du pays selon la vision pastorale de Puebla

Notre vision n’est pas celle d’un politologue, d’un sociologue ou d’un économiste. Cela n’est pas le rôle de l’Église, notre vision est pastorale. Puebla s’est déjà chargé de donner à tous les pays d’Amérique latine des éléments suffisants pour cerner sous l’angle pastoral les problèmes de l’ensemble de ces pays. Nous avons repris de la richesse de cette analyse pastorale de Puebla au sujet de l’Amérique Latine, ce qui convenait à notre situation. Il ne s’agit pas ici d’un exposé exhaustif, nous avons d’abord voulu tenir compte de ce que vous nous avez vous-mêmes indiqué au cours de cette enquête.
 
A) L’injustice sociale

Cette « clameur sourde » qui pouvait être entendue à Medellín, dit Puebla, est devenue une clameur claire, croissante, impétueuse et, en certaines occasions, menaçante. Puebla l’appelle : « Le fléau le plus dévastateur et le plus humiliant », la condition humaine de ce long défilé de visages concrets que je peux reconnaître dans cette foule ici présente. Des enfants qui depuis leur plus tendre enfance doivent déjà gagner leur vie; des jeunes auxquels n’est offert aucune opportunité de développement; des paysans auxquels il manque les choses les plus essentielles; des ouvriers qui sont privés de leurs droits, des chômeurs, des marginaux, des victimes d’assassinat, des vieillards qui se sentent inutiles pour l’histoire; tout cela constitue des causes qui aggravent cette crise, cette grave injustice sociale.
 
B) La détérioration des situations politiques qui institutionnalisent l’injustice mentionnée

De Puebla nous avons tiré cette phrase qui aurait pu être écrite seulement pour le Salvador : « On voit d’un mauvais œil l’organisation des ouvriers, des paysans et des secteurs populaires. On adopte des mesures répressives pour les interdire. Ce type de contrôle et de limitation d’action ne se produit pas envers les organisations patronales qui peuvent exercer leur pouvoir pour garantir leurs intérêts. » Cette discrimination apparaît clairement dans la situation concrète de cette année. Seulement de janvier à juin, ici au Salvador, il y a eu 406 assassinats, parmi eux, 107 paysans, aucun grand propriétaire; il y a eu 307 arrestations, parmi eux 129 paysans, aucun grand propriétaire. Qu’est-ce que cela signifie sinon qu’il se produit une terrible détérioration en faveur de ceux qui détiennent le pouvoir afin de détourner le bien commun de la patrie en l’orientant au bénéfice d’un seul secteur…?
 
C) Puebla et l’archidiocèse ont signalé ces lacunes au gouvernement :

Il importe de retenir cette vague de violence suspecte, suspecte parce qu’elle est tolérée. En effet, l’État de siège ne défend aucunement les droits humains, si ce n’est d’une infime portion du peuple… Il existe une attitude contradictoire dans ces déclarations emphatiques contre la violence. Puebla dénonce cette situation en ces mots : « Les pays où l’on ne respecte pas les droits humains fondamentaux ou qui violent en permanence la dignité de la personne et où les abus de pouvoir sont typiques des régimes de force, obligent l’Église à un authentique engagement évangélique. » Et citant les paroles du Pape à Mexico, Puebla dit : « Faites entendre votre voix, dénoncez et condamnez toutes ces injustices, surtout lorsque les gouvernements ou les responsables se prétendent chrétiens. »
 
D) Une brève analyse de cette situation s’ensuit

Elle décrit les fondements économiques et idéologiques de ces injustices et de ces répressions.
 
E) Signe de la détérioration morale du pays

Notre enquête signale avec franchise l’horrible domination du mystère du péché dans la société salvadorienne. Et Puebla corrobore cela en indiquant comme racines de la corruption dans l’ordre gouvernemental, social ou familial : le renversement des valeurs, le matérialisme individualiste, l’esprit de consommation, la détérioration des valeurs familiale, de l’honorabilité publique et privée, le mauvais usage de nos moyens de communication sociale. C’est à cela que nous devons les immenses lacunes de notre peuple : une terrible détérioration morale.
 
F) Crise à l’intérieur de l’Église

Nous voulons être vraiment francs. Celui qui dénonce doit être disposé à être dénoncé et si l’Église accomplit son devoir de dénoncer, elle s’attend également à ce que vous la dénonciez. Elle reconnaît qu’il y a de nombreuses choses qui sont bonnes : cette présence des communautés si vivantes, cette présence des prêtres qui travaillent aux limites dangereuses de notre pastorale, ces chrétiens qui s’engagent au point de donner leur vie, qui meurent souvent cribler de balles, ces communautés persécutées parce qu’on les accuse d’être subversives, communistes ou politiques et qui pourtant ne font que semer la véritable évangélisation que l’Église demande en cette heure. Cependant, malgré tout cela, l’Église se doit d’indiquer que dans notre archidiocèse, il se produit une dévalorisation des critères évangéliques au profit des critères politiques.

Nous devons dire avec tristesse que plusieurs chrétiens ont dévalorisé les critères évangéliques et ont préféré suivre uniquement les critères de leur option politique, se croyant plus sages que la sagesse de l’Évangile et de l’Église…

Notre enquête a également révélé qu’est perçue avec douleur la division de la hiérarchie de notre Église salvadorienne. Nous ne pouvons cacher cela et je voudrais, pour ma part, demander pardon à l’Église et vous donner comme explication que vous comprendrez peut-être pour nous aider à découvrir les causes et à résoudre ce problème. C’est qu’il se produit au sien de la hiérarchie catholique un reflet de ce qui se passe dans notre société; et ce qui urge autant au sein de la société comme de l’Église, c’est le devoir de nous convertir.

Puebla dit, pour que vous voyiez que la parole autorisée signale l’origine des péchés de l’Église : « En Amérique latine, nous ne nous sommes pas tous suffisamment engagés avec les pauvres. Nous ne nous sommes pas toujours préoccupés d’eux, ni ne leur avons été solidaires. Leur service exige, en effet, une conversion et une purification constante, chez tous les chrétiens, pour parvenir à une identification toujours plus authentique avec le Christ pauvre et avec les pauvres. » C’est ce qui manque, non seulement aux évêques, aux prêtres et aux communautés religieuses, sinon à tous les chrétiens en général. Le chemin que l’Église indique pour résoudre la crise c’est d’abord de nous convertir et de rencontrer le Christ là où Il nous dit qu’Il est : « Tout ce que vous faites à un de ces petits, c’est à Moi que vous le faites. » La conversion des pauvres sera aussi la solution à nos divisions intraecclésiales. 06/08/79, p.147-150, VII.
 
2) Ce que l’Église peut offrir

En premier, naturellement, c’est évangéliser.

C’est là la tâche de l’Église, c’est sa raison d’être. Selon Puebla et Jean-Paul II, l’action pour la justice et les tâches pour la promotion de l’homme sont indispensables à l’évangélisation. Ne confondez pas, frères, la mission de l’Église qui évangélise et qui travaille pour la justice avec des campagnes de subversion. Cela est très différent! À moins qu’on veuille qualifier l’Évangile de subversif parce qu’il s’attaque vraiment aux fondements d’un ordre qui ne doit pas exister parce qu’il est injuste…

La deuxième contribution de l’Église est de maintenir son identité d’Église. Très chères communautés réunies ici et toutes celles qui participent à cette réflexion à travers la radio, cela doit être notre plus grande préoccupation lorsque nous méditons l’Évangile : être l’Église que le Christ veut. Ne pas faire autre chose que ce que l’Église doit faire. Et même si on nous calomnie, avoir la conscience tranquille que nous sommes en train de faire ce que l’Église se doit de faire. Ayons la tranquillité que si nous mettons dans des champs étrangers au nôtre c’est pour les éclairer de la lumière et de l’identité de l’Église.

La troisième contribution de l’Église dans cette crise du pays, c’est sa doctrine sur l’être humain. S’il existe autant d’outrages à la dignité humaine, c’est parce que l’État, et dans notre situation actuelle les idoles qu’adorent les hommes d’État, ont oublié que le principal ce ne sont pas ces idoles, mais l’être humain. L’Église veut revendiquer la dignité humaine, qu’il s’agisse de celle d’un pauvre ou d’un torturé, d’un prisonnier ou d’un mort.

La quatrième contribution que l’Église offre et qu’elle donne déjà en ce pays, c’est la dénonciation prophétique de tout ce qui constitue le péché.

Elle dénonce, non par fanfaronnade, non pour être démagogique, mais parce que l’Église appelle à la conversion. L’Église dénonce le péché pour l’arracher du monde en convertissant les pécheurs. C’est ainsi, je crois, que nous l’avons toujours fait. En signalant un désordre, un assassinat, une injustice, nous réclamons certainement contre les outrages qui ont été commis, mais au même moment nous faisons appel à la miséricorde de Dieu et à la conscience du criminel pour qu’il se convertisse et se sauve.

La cinquième contribution de l’Église est d’indiquer que l’unique chemin de sortie, c’est précisément, cette conversion des hommes et des femmes.

Même si cela peut vous sembler idéaliste, ou utopique, quand vont se convertir tous ces pécheurs? L’Église le proclamera toujours, parce que tant que le Salvador, depuis les plus hautes sphères jusqu’aux plus infimes, n’entre pas dans ce chemin de conversion à la loi de Dieu, il ne pourra pas y avoir de solution aux crises qui tenaillent notre peuple.

L’Église contribue également à démasquer les idolâtries. Dans ma seconde lettre pastorale, je me suis principalement centré sur ces trois aspects que j’appelle « absolutisation », c’est-à-dire ce qui est au-dessus de tout pour plusieurs. Pour les uns, c’est la richesse et la propriété privée. L’Église dit : « La richesse n’est pas un absolu, la propriété privée ne possède pas une valeur définitive. » Le Pape l’a dit en des mots très justes : « Sur la propriété privée est grevée une hypothèque sociale. » Le bien de tous est ce qui nous importe, non la richesse de quelques-uns, ni leurs propriétés privées.

Une deuxième idolâtrie devant laquelle se retrouvent de nombreux Salvadoriens c’est celle que nous appelons la Sécurité nationale.

Puebla la nomme : « Une forme de capitalisme qui prédomine dans de nombreux pays d’Amérique latine. C’est d’elle que s’inspirent les structures répressives de plusieurs pays. » Au nom de la Sécurité nationale, des centaines de vies sont immolées, les droits des citoyens sont violés et il est par ailleurs ridicule qu’au nom d’une sécurité, on implante l’insécurité chez le peuple. Puebla poursuit en disant : « L’État suprême substitue anticonstitutionnellement les instances politiques qui devraient décider démocratiquement du cours politique de la patrie. »

Une troisième idolâtrie serait de faire de l’organisation un absolu.
Cette autre forme d’absolu se rencontre également chez de nombreux Salvadoriens qui sont peut-être bien intentionnés. Il est important de tenir cela en compte au moment où nous cherchons à démasquer les idolâtries devant l’unique Seigneur Jésus-Christ. Ici nous devons prendre garde, très chères communautés ecclésiales de base de notre Église, d’absolutiser les organisations populaires. Cela, c’est également du fanatisme, nous retrouvons aussi en cela un sectarisme, un esprit d’idolâtrie, un orgueil d’élite. Personne ni aucune organisation populaire n’a le droit de s’arroger le sens du peuple. Il s’agit d’un moyen d’expression, rien de plus, mais respectons le peuple, respectons ses options et ne faisons jamais de notre option personnelle, de groupe ou d’organisation, l’unique option valable comme s’il s’agissait de la seule solution. Le bien du pays est plus important que l’organisation. 06/08/79, p.150-151, VII.
 
3) Éclairage ecclésial de quelques problèmes concrets de notre pays

Dans la troisième partie de la pastorale que je vous offre en primeur se retrouve l’application de cette doctrine de l’Église concernant certains problèmes concrets, que nous ne pouvons approfondir, mais que vous pourrez lire dans cette lettre pastorale.
Le problème de la violence reprend ce que j’ai dit l’an dernier, mais l’actualise avec certaines nuances de notre heure. Les conditions d’un véritable dialogue national. Celui-ci ne doit pas être partial, mais demeurer ouvert, il ne peut pas se dérouler dans un climat de répression, sinon de confiance et de crédibilité.

Urgence d’un changement des structures, cela ne saurait être évité.
Respect de la liberté d’organisation en tenant compte de la voix de ces organisations.

Un autre problème très actuel parmi nous est le marxisme. Il s’agit d’un problème complexe. Il ne suffit pas à un catholique de dire que les marxistes sont condamnés. Il faut apprécier de nombreuses choses. Puebla lui-même distingue entre une idéologie qui peut influencer dans la conduite d’un homme et dans la collaboration d’un homme qui, ayant une idéologie chrétienne, peut collaborer peut-être avec d’autres personnes qui possèdent d’autres idéologies.
Il nous faut également savoir distinguer un système scientifique d’analyse sociale et une praxis d’organisation politique en lutte pour le pouvoir, qui admet des moyens que les chrétiens ne peuvent admettre. Dans notre enquête nous avons découvert cette phrase géniale qui dit : « Nous ne devons pas avoir peur du marxisme, mais au contraire occuper son terrain en prenant au sérieux l’option préférentielle pour les pauvres. » Cela m’apparaît être une grande clé.

Le travail en faveur des pauvres et pour leur défense est qualifié de communisme par les anticommunistes fanatiques. Non, c’est du christianisme, c’est le Christ qui dit : « Tout ce que vous faites au pauvre, c’est à moi que vous le faites. » C’est pourquoi la meilleure manière de lutter contre le communisme est de travailler pour les pauvres. 06/08/79, p.152, VII.
 
4) La ligne pastorale de Puebla, pastoral de notre archidiocèse
Et la quatrième partie est un traité sur la théologie pastorale. Quand je l’ai intitulée ainsi « La ligne pastorale de Puebla, se réalisant dans notre archidiocèse », j’ai tenté de la définir ainsi, parce qu’il s’agit en fait de la même orientation pastorale de Vatican II et de Medellín que mon prédécesseur, Monseigneur Chávez, avec l’aide de Monseigneur Rivera et du clergé qui voulait être à jour dans les orientations de l’Église, s’efforça d’appliquer en lui donnant vie au cœur de notre pastoral.
 
Premièrement, avoir une attitude de recherche

Le Pape disait à Mexico : « Marie est grande parce que jamais elle n’était certaine, sauf dans sa foi en Dieu et, elle recherchait dans la foi, les chemins de sa vie. » Nous pouvons dire de l’archidiocèse la même chose que disait Puebla : « Ce qui hier encore était une évidence et qui pouvait être annoncé du haut de la chair en toute certitude n’est plus aujourd’hui accepté avec la même facilité. Il y a des changements, nous avons besoin de nouveaux langages, de nouvelles attitudes. C’est ce que veut dire la nouvelle ligne pastorale de l’archidiocèse : une attitude de recherche.
 
Deuxièmement, l’option préférentielle pour les pauvres

Connaître les mécanismes qui engendrent la pauvreté, lutter pour un monde plus juste, appuyer les ouvriers et les paysans dans leurs revendications et dans leur droit d’association, être auprès des gens.
Troisièmement, unis dans une pastorale d’ensemble

Chers frères, nous distinguons ici l’esprit apostolique de ce qu’est la pastorale : comment pourrions-nous comparer un fleuve avec les canalisations de ce fleuve? Dans tous les mouvements de notre archidiocèse, il y a beaucoup d’esprit apostolique, mais nous ne rencontrons pas chez tout un esprit pastoral. Profitons de la richesse que nous donnent les mouvements, les congrégations, les divers charismes que l’Esprit nous donne, mais laissons-nous conduire par une organisation pastorale qui se nomme la pastorale d’ensemble. Qu’aucune communauté ne se sente isolée ou supérieure aux autres, sinon que nous sentions tous que nous participons à une seule et même œuvre de Dieu au milieu du peuple.
 
Quatrièmement, création d’une pastorale d’adaptation

J’ai la satisfaction de vous offrir l’idée de créer dans l’archidiocèse, d’intensifier une pastorale d’adaptation, principalement dans ces trois secteurs :
 
A) Une pastoral de masse, comme celle que nous avons actuellement ici, une multitude que nous ne pouvons négliger…
 
B) Les communautés ecclésiales de base. Les petits groupes, où le Pape dit que « l’Évangile s’y fait plus amicale, plus simple et plus intime. »
 
C) Une pastorale d’accompagnement devient également nécessaire, parce que sont nombreux les chrétiens qui disent qu’ils doivent opter pour un engagement politique, pour une organisation et qui y perdent souvent leur foi. L’Église ne peut abandonner les chrétiens qui, inspirés par la sincérité de l’Évangile, veulent opter pour s’engager au sein d’un parti ou d’une organisation politique. Nous avons l’obligation de les suivre, mais depuis la ligne de l’Église, avec une pastorale d’accompagnement pour que ces chrétiens et ces chrétiennes sentent qu’où qu’ils aillent, ils portent en eux le germe, le Verbe, la semence du Salut et la lumière de l’Évangile.
 
En conclusion, deux significations de la fête du Divin Sauveur du Monde :

1. Elle donne un sens transcendant à tout cet effort que nous voulons apporter de Puebla jusqu’à notre archidiocèse. Le Christ nous dit à partir de sa transfiguration que tel est le but : faire des hommes nouveaux, transfigurés, vêtus de Dieu, de ceux dont Dieu pourra dire : « Mon Fils bien-aimé en qui J’ai mis toute ma faveur. »
C’est cela la transfiguration que nous espérons : Une Église glorifiée, mais qui, tant qu’elle est en pérégrination, ne perd pas de vue le but de sa sainte destinée.

2. Nous voulons vous dire aujourd’hui ce qu’est ce défi du Divin Sauveur du Monde et nous l’acceptons chacun selon notre propre vocation. Nous qui sommes l’Église : vous et moi, identifions-nous davantage comme Église à l’intérieur de notre propre charisme, à l’intérieur de notre congrégation, de notre couple ou de notre vie de célibataire, riches ou pauvres, professionnels ou journaliers, afin que nous incarnions le défi que le Christ lance à chacun d’entre-nous pour que nous collaborions à la transfiguration de notre patrie. Amen. 06/08/79, p.152-154, VII.

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