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Vingt-et-unième dimanche du temps ordinaire; 26 août 1979; Lectures : Josué 24,1-2a. 15-17.18b; Éphésiens 5,21-32; Jean 6,61-70
Le Divin Sauveur du monde a les Paroles de la Vie éternelle
Introduction : Ambiance de tempête et de confusion

Il y a des moments où la tourmente de l’Histoire devient gigantesque et crée de la confusion, des angoisses, du découragement, du pessimisme. Jusqu’à certains pasteurs qui devraient être signe de tranquillité, de sécurité et d’orientation, se montrent aussi désorientés comme si la foi leur manquait. Il y a de la violence, il y a des désordres et des vices également. Il y a aussi l’honneur de ceux qui se croient bons parce qu’ils ne commettent aucun mal, en oubliant qu’être bon ce n’est pas quelque chose de négatif, mais faire tout le bien qu’on peut. Enfin, il y a une ambiance de tempête, de confusion.
 
Il existe une voix de calme et de lumière.

On entend parfois : « Il n’y a plus de Salut! » « Notre histoire est une impasse! » Frères, devant ce pessimisme et cette désorientation, grâce à Dieu, nous, les chrétiens, pouvons compter sur une voix qui s’est fait entendre tout au long de ce mois d’août : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le! » Il a les Paroles de la Vie Éternelle, nous dit l’Évangile d’aujourd’hui (Jn 6,61-70). C’est une voix de calme et de lumière. C’est comme lorsque quelqu’un sait qu’au-delà des nuages de pluie, il y a un ciel clair où le soleil brille et que cette averse doit passer. Et les nuages passeront et ce ciel et ce soleil brilleront. Ayons foi!
 
Résumé des lectures des quatre dimanches antérieurs

A) Tout provient d’un événement : la multiplication des pains. Les hommes se sont contentés d’avoir satisfait l’appétit de leur estomac.

B) C’est une réflexion théologique pour Celui qui connaît la vérité des choses et la vérité de Dieu : le Maître de l’Histoire, Jésus-Christ, la pierre fondamentale de tout ce qui existe. Il nous a dit : « En ce pain que vous avez vu multiplier, découvrez le véritable pain qui est descendu du Ciel pour donner la vie au monde. » C’est Lui. « Je suis le pain qui est descendu du Ciel pour donner la vie au monde. » Il nous a dit également dans cette réflexion qu’Il est présent avec sa chair clouée sur la croix pour sauver le monde et qu’Il est uni au Père Éternel pour nous donner la Vie éternelle. Il est la chair qui est donnée dans la messe et dans la communion qui est sa Présence eucharistique dans notre Église.

C) Les trois conclusions de l’homélie d’aujourd’hui :
Après cet événement qui est interprété par le Christ dans une théologie qu’Il est le seul à pouvoir nous donner, le chapitre six de saint Jean conclue avec le passage qui a été lu aujourd’hui (61-70) et que nous pourrions qualifier comme étant les trois conclusions du sermon de Capharnaüm.
 
Plan de l’homélie :
1) « La Chair ne sert de rien. » (Jn 6,63)
2) « Seigneur, à qui irons-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle. » (Jn 6,68)
3) Nécessité de solidariser la chair avec les Paroles de la vie éternelle
 
1) « La Chair ne sert de rien. » (Jn 6,63)
 
A) Cela ne signifie pas inutilité absolue, sinon incapacité de la vie naturelle pour atteindre la transcendance qui s’offre.

Analysons d’abord cette phrase du Christ qui est comme la conclusion de toute cette idée. « La chair ne sert de rien. » Nous ne devons pas entendre que le Christ proclame ici l’inutilité absolue de l’être humain, mais de l’impuissance, de l’impossibilité pour la chair, d’atteindre la Vie éternelle. C’est une considération face à la transcendance que Dieu seul possède et que la chair pour cette transcendance ne sert à rien.
 
B) Il faut distinguer entre « la chair » de « ma chair »

Qu’est-ce que la chair? Nous avons déjà fait cette analyse à propos de ce discours en faisant la distinction entre ce que le Christ appelle : « Ma chair pour la vie du monde. » Nous avons déjà dit qu’il s’agit d’une chair unie au sacrifice qui sauva le monde sur la croix et qui est unie, de manière vitale, au Dieu de la Vie éternelle. Cette chair du Christ est comme le véhicule qui nous donne le Salut et la Vie éternelle. Nous ne parlons pas de cette chair divine du Christ, lorsque nous parlons de ce qu’Il appelle « la chair » : les humains en général, toute vie humaine. « La chair », c’est la descendance d’Adam (« l’homme terrestre »). C’est celle à laquelle nous faisons référence actuellement, c’est la chair qui descend d’Adam et que saint Paul appelle « l’homme terrestre », celui qui a perdu sa grâce originelle.
 
Sens du péché originel

N’oublions pas que dans notre foi chrétienne, l’humanité remonte à un paradis perdu. Nous fûmes créés par Dieu en justice et en sainteté; mais nos premiers pères, en désobéissant au précepte de Dieu, perdirent cette justice et cette sainteté qui les avaient élevés à l’ordre de Dieu. Ils demeurèrent donc, comme nous enseigne la théologie, en état de nature déchue. Comme un aigle déplumé qui ressent l’envie de voler, mais il ne le peut plus. Comme un oiseau auquel on a coupé les ailes. C’est le péché originel. Souvent nous n’y pensons pas. Pensez que par cette faute originelle, l’être humain a perdu sa capacité de voler vers l’infini, sa capacité de s’affronter à la vie transcendante de Dieu et qu’il est demeuré privé de sa grâce!

Le péché de l’enfant qui naît n’est pas un péché personnel. Il ne peut pas pécher, il ne possède pas encore la volonté, mais il naît privé de quelque chose qu’il devrait avoir. Dieu voulait au départ que tout enfant qui naît naisse en justice et en grâce. Mais à cause de la désobéissance de nos premiers parents, nous naissons privés de la grâce de Dieu. Ainsi comme si un homme favorisé par son patron qui avait connu l’opportunité de bénéficier d’une ferme pour lui et toute sa famille. Tous ceux qui sont nés là devraient être heureux, mais à cause d’une désobéissance, le patron dit au père de cette famille : « Retire-toi, parce que nous ne pouvons plus continuer ainsi. » Alors, les enfants qui naquirent en dehors de cette ferme ne sont pas coupables, mais ils naissent privés d’un privilège. La grâce est également un privilège de l’homme que Dieu lui a enlevé, c’est pourquoi nous naissons sans ce privilège. C’est ce que le Christ nomme : « la chair », l’homme déchu, l’homme sans grâce, sans justice, sans filiation divine.

Mais cette chair privée de la vie de Dieu a des capacités pour les choses de la Terre. Naturellement, le péché originel n’est pas quelque chose que nous pouvons percevoir d’une manière sensible. L’être humain, aujourd’hui tombé dans le péché originel, apparaîtrait semblable à ce qu’il est aujourd’hui s’il n’avait pas perdu la grâce. Cela veut dire que si la chair ne sert à rien en rapport à cet ordre divin perdu, elle est utile à plusieurs choses de la Terre.
 
C) Actualisation moderne

Je veux vous expliquer ici un courant moderne dont nous devons tenir compte pour comprendre la relation entre l’homme déchu et celui qui a été récupéré par la Rédemption du Christ. Déchu ou récupéré, aujourd’hui dans le monde, il existe un courant qui se nomme la sécularisation. Écoutez bien parce que je veux vous expliquer quelque chose dont vous devez tous tenir compte.
La sécularisation est ce courant qui propose l’autonomie des choses créées, mais en ouverture à Dieu. Je le répète : la sécularisation est le mot qui veut définir cet état de l’humanité actuelle, qui défend que les choses de la Terre soient autonomes, mais qui, en même temps, reconnaît la souveraineté de Dieu. C’est le contraire de cet autre mot qui peut être confondu avec et qui se nomme « sécularisme. »

Le « sécularisme » est mauvais parce qu’il proclame l’autonomie des choses créées, mais en se fermant à Dieu. Il dit : « Ici, Dieu n’a rien à voir avec nous. » Voyez la grande différence! La sécularisation dit que les choses, les lois de la technique, les relations humaines, et ce que les humains font possèdent leurs propres lois. Nous pouvons développer ces choses sans demander à Dieu pour chaque chose, mais en tenant compte de Lui.

Je vous ai rapporté l’exclamation de ce scientifique qui préparait un voyage vers la lune et qui dit : « Tout ce que la technique pouvait faire a été fait. Ce voyage doit porter fruit, il ne nous reste plus maintenant qu’à recommander à Dieu le succès de cette expédition. » Ça, c’est la véritable sécularisation, autonomie de la science, autonomie de la technique, les hommes n’ont pas besoin de prier Dieu pour tout. Le Concile dit qu’auparavant on priait Dieu pour tout parce qu’on attendait de Lui beaucoup de choses que l’être humain n’était pas capable de faire par lui-même. Cela est aussi un progrès de l’ère moderne. Aujourd’hui nous savons qu’il existe des engrais, des insecticides, du matériel que les humains ont inventé et qui autrefois aurait été perçu comme miraculeux. Le miracle existe toujours parce que l’humain arrive à une limite où il ne peut faire plus. Mais, pendant qu’il marche vers cette limite, il est dans son propre domaine, autonome, c’est ce que nous appelons la sécularisation. L’homme a sécularisé, c’est ce qu’il a fait de ce monde.

C’est ce que veut dire séculariser : saeculum. Le siècle, le monde a apporté à l’Histoire, par ses propres compétences, des choses qu’en inventant, lui donne toujours plus de pouvoir. Mais il demeurera toujours certain que plus l’être humain augmente son progrès, Dieu sera encore plus haut et plus vaste et qu’Il embrassera l’humanité dans toutes ses dimensions. Plus l’humain développera sa personnalité, plus il rendra gloire à Dieu! Dieu sera toujours le Seigneur de l’Homme, le Seigneur de la technique, le Seigneur de l’Histoire. C’est pourquoi quand le Christ dit : « La chair ne sert à rien. » Il ne se mêle pas du domaine de la sécularisation, sinon qu’Il dit à l’humanité de ne pas se fermer à l’Absolu.

Nous avons dans les lectures d’aujourd’hui de beaux exemples de sécularisation.
 
Perspectives temporelles de l’Ancien Testament

La première lecture d’aujourd’hui (Josué 24,1-2a. 15-17.18b) n’envisage que des perspectives du présent. L’absolu, l’éternel, la vie intime de Dieu ne s’était pas encore révélée dans toute sa magnitude. C’est pourquoi l’homme de l’Ancien Testament faisait consister le bonheur dans les biens de la Terre : à avoir plus, à être libéré d’Égypte, à marcher vers une terre promise. Mais pour nous, chrétiens, nous savons que tout ceci advient comme signe qui nous indique l’existence de la Vie éternelle qui est la véritable Terre promise.

Le mariage vu sous son aspect temporel sans nier son mystère divin
Dans la seconde lecture d’aujourd’hui (Ep 5,21-32), il est question du mariage. Il m’apparaît important, chers frères, chères sœurs, couples mariés, que vous ayez ces deux perspectives du mariage. Une perspective de sécularisation en reconnaissant les véritables valeurs humaines que votre mariage possède, mais en demeurant ouvert au signe de l’infini. Saint Paul nous dit : « Le mariage possède une signification divine. » Il y a une autre perspective de sécularisme : il y a ceux qui ne découvrent pas ce mystère divin et qui vivent leur mariage de manière uniquement séculière. Ils vivent leur mariage uniquement comme une chose humaine, comme un contrat entre un homme et une femme, au plus, avec un amour d’homme et de femme, mais non pas élevé vers la transcendance.

Très chers frères, il vous faut être un signe, comme fils et fille de Dieu, qui sache refléter dans le monde l’Amour infini de Dieu. L’Amour avec lequel le Christ aime son Église. Puissent, Dieu, tous les couples découvrir, à l’intérieur de l’autonomie que leur mariage possède, la transcendance de sa signification, afin que le mari soit respecté comme une véritable figure du Christ. Que lui incombe la responsabilité de celui qui donne sa vie pour son épouse jusqu’à mourir sur la croix. Qu’on sache reconnaître dans l’épouse le signe d’une Église fidèle au Seigneur, malgré les martyrs et les persécutions, elle donne aussi son sang pour Lui. Quand le mariage se transformera, qu’il transcendera ses lois séculières, il prendra toute sa merveilleuse dimension. Mais tant qu’il ne découvrira pas cette dimension divine, le mariage courra le risque de se défaire comme toute chose humaine.

Si nous nous demandons pourquoi tant de mariages se brisent? Pourquoi tant de familles sont-elles démembrées? La base est ici. Ils n’ont pas su compter sur l’Absolu, ils n’ont pas pensé qu’ils avaient une mission transcendante sur la Terre et ils n’ont tenté de vivre que la dimension humaine des choses. Ils ont oublié de prier, de se tourner vers Dieu et de refléter dans le monde l’image de Dieu que tout couple doit refléter. La chair ne sert de rien.

Le pain de la multiplication vu uniquement pour rassasier la faim du corps, mais le Christ l’élève dans ses réflexions de vie éternelle. Dans l’Évangile d’aujourd’hui (Jn 6,61-70), nous rencontrons surtout des signes de cette immanence. Cette chose de la Terre où les hommes ne se fient qu’à ce qu’ils voient, sans que leur pensée transcende vers la signification du signe divin. Le Christ l’a dit : « Vous me cherchez parce que Je vous ai donné du pain pour remplir votre estomac. Ne recherchez pas le pain qui périt, cherchez le pain de la vie éternelle. » Le pain du désert était ambigu. Pour l’homme qui ne transcende pas, pour celui qui se ferme à l’Absolu, il suffit d’avoir du pain. Du pain pour son ventre, de l’argent pour sa bourse, des choses pour jouir de la vie sur Terre. Mais pour l’homme qui pense comme Jésus-Christ, il élève le pain qu’il mange. Pendant qu’il mâche sa nourriture, il l’élève vers le Seigneur qui nous donne un aliment qui ne périt pas.
 
La manne… signe du pain qui donne l’immortalité

Le Christ rappelle la manne (Jn 6,49) : « Vos pères dans le désert ont mangé la manne et sont morts. » Il ne donnait pas l’immortalité. Le pain que Je vous donnerai donnera l’immortalité à celui qui le mange avec foi, à celui qui accepte Jésus-Christ.

La sécularisation doit être respectée parce que les hommes ont l’obligation de découvrir les merveilles de Dieu. Quand ces savants et ces techniciens découvrirent dans leurs mathématiques et dans les forces physiques des éléments, des combustibles ayant la puissance pour se lancer dans un voyage aussi aventuré que celui à la lune, ils ne fabriquèrent pas l’énergie qui les emporta. Les hommes ne créèrent pas les mathématiques de leurs calculs, ils ne firent que découvrir ce que Dieu avait préparé pour que l’humanité le découvre. C’est ce qui s’appelle la sécularisation. « Tout est là, dit Dieu, possédez la Terre et gouvernez-la. » Lorsque les ingénieurs construisent des routes qui semblent impossibles au travers les monts et les falaises, ils dominent la Terre. Lorsqu’ils élèvent des édifices très élevés, ils dominent la matière. C’est cela, l’être humain, image de Dieu, qui construit avec Dieu le Père pour rendre plus belle, mieux organisée et plus magnifique la vie. C’est cela la sécularisation, lorsque l’homme travaille comme si tout dépendait de lui, mais en priant comme si tout dépendait de Dieu.

Au contraire, le sécularisme est un péché. Le sécularisme, c’est se fermer à Dieu, c’est la position stupide de l’athée qui dit : « Je ne crois pas en Dieu. » D’autant plus stupide lorsque plus savant il est, parce qu’aussi savant que soit un homme, la véritable connaissance devrait l’amener à s’attacher à ce Dieu que les plus humbles acceptent par la foi, par un chemin très simple : « Je crois en Dieu. » Le savant également, en découvrant les lois de la technique, de son art, de sa science, parvient à Dieu comme s’il y était conduit par la main. Si un savant en vient à dire dans une conclusion scientifique que Dieu n’existe pas, il apparaît semblable à un élève auquel son professeur a soumis un problème. Il ne parvient pas à le résoudre et son maître lui dit : « Refais ce problème il n’est pas bon. » Dieu devrait également dire à tous les athées : « Tu te crois savant, universitaire, professionnel, homme de sciences capable de te moquer de la vieille femme qui prie parce que tu ne crois plus. Tu es dans l’erreur, toi, athée, tu es plus ignorant que la petite vieille. Révise à nouveau ton problème religieux et tu découvriras que Dieu existe, le Dieu des mathématiques, le Dieu de l’astronomie, le Dieu de la médecine, le Dieu du génie, le Dieu de tout ce que l’humain peut inventer. Tu dois Le rencontrer si tu parviens à résoudre ce problème scientifique, si ta sécularisation est véritable. Mais tu as péché en devenant “séculariste”. » Celui-ci se renferme sur cette vie, sur ce siècle et sur ce monde en disant : « Ici, Dieu n’a rien à faire. »
Nous rencontrons dans les lectures d’aujourd’hui un exemple de ce sécularisme.
 
Les idolâtries d’Égypte et de Canaan

Que nous dit la première lecture (Jo 24,1-2a. 15-17; 18b)? Il est beau de voir Josué en train de conduire le peuple qui entre dans la Terre promise, parce que Moïse mourut peu avant d’y arriver et qu’il commanda à Josué d’achever son œuvre. En entrant dans ces villages cananéens où l’on adorait de faux dieux, Josué dit à son peuple (24,17 et 18b) : « Yahvé notre Dieu est celui qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Égypte, de la maison de servitude, qui devant nos yeux a opéré ces grands signes et nous a gardés tout au long du chemin que nous avons parcouru et les épreuves à travers lesquelles nous avons passées. Nous aussi, nous servirons Yahvé, car c’est lui notre Dieu. » Ici, il y a beaucoup de faux dieux, je ne sais pas si vous voudrez adorer à nouveau les dieux d’Égypte et de Canaan ou le Dieu véritable. Moi et ma famille, nous allons adorer l’unique Seigneur, le Dieu qui a fait des merveilles, qui nous a libérés d’Égypte et les Israélites répondirent à Josué (24,24) : « C’est Yahvé notre Dieu que nous servirons, c’est à sa voix que nous obéirons. »

On dénonce ici l’existence du « sécularisme ». Tous ceux qui adorent une idole sont athées du Dieu véritable, sont des disciples du « sécularisme », sont fermés à la transcendance du Dieu véritable. L’idolâtrie n’est pas un souvenir de ces siècles, elles existent également de nos jours. Josué pourrait revenir pour demander aux Salvadoriens, à la société salvadorienne, aux politiciens et nous dire : « Il y a de nombreuses idoles en ce pays : idole de l’argent, idole politique, idole de l’organisation, idole de la chair, du vice, de l’alcool, de la drogue. Combien d’idoles! Si vous voulez être de véritables chrétiens, vous devez dire oui au Dieu véritable. » Il n’existe qu’un Dieu et il faut cesser d’adorer ces fausses idoles. Et parce que l’Église, comme Josué, proclame l’existence d’un unique Seigneur, les idolâtres se fâchent et ils ne veulent pas qu’on dérange leur fausse adoration. Mais l’Église n’accomplirait pas son devoir si elle se solidarisait avec les idolâtres et qu’elle n’indiquait au vrai peuple qui désire rencontrer l’Évangile, qu’il n’existe qu’un seul Seigneur et que Lui seul devons servir. Nous l’adorons parce qu’il est le Seigneur qui est en train de sauver notre patrie.

Le mariage d’aujourd’hui est un péché lorsqu’il se croit un absolu et qu’il se superpose aux lois de Dieu. Dans la seconde lecture (Ep 5,21-32), où nous revenons encore au mariage, il est question du danger de vouloir faire un absolu du mariage qui devient alors un signe charnel et non plus divin. Je crois que la raison de la crise que vivent plusieurs couples se trouve ici. Ils se sont renfermés sur l’unique dimension sexuelle du mariage. C’est ainsi que s’expliquent les campagnes honteuses pour les contraceptifs, l’avortement, le plaisir de l’homme et de la femme, sans penser que l’absolu du mariage ne se trouve pas dans la sexualité, ni dans la chair. « La chair ne sert à rien », dit le Christ, la chair ne sert qu’à donner un sens du divin. Le couple qui a fait du plaisir son seul dieu et auquel il sacrifie la fécondité, l’honorabilité, la pureté, la sainteté du mariage, est en train d’idolâtrer et de souiller une loi du Seigneur. C’est un mariage « séculariste », c’est un mariage fermé à l’absolu. Tout autant que l’on prie, si on ne prie pas avec la conscience de s’ouvrir à Dieu et d’obéir à ses lois jusque dans l’intimité du mariage, on ne peut pas se dire un véritable adorateur du Seigneur. C’est un exemple d’une « absolutisation », d’un « sécularisme » effroyable, qui fait beaucoup de mal parmi nous.
 
Le rejet du Christ… le doute… la trahison de Judas

L’Évangile d’aujourd’hui (Jn 6,61-70) nous parle du cas du « sécularisme », de la fermeture au divin quand le Christ se sent rejeté. L’Évangile d’aujourd’hui est triste. Après les très belles révélations du Christ, Il aurait pu s’attendre à être acclamé de tout le peuple qui Le suivait. Cependant, le Christ court maintenant le risque de demeurer seul. Lorsqu’on prêche la vérité, on court le risque de demeurer seul. « Ils commencèrent à s’en aller, » nous dit le passage de l’Évangile. Ses disciples s’en allaient. Et lorsqu’il n’y eut plus que les douze, le Christ leur demanda à eux aussi (Jn 6,67) : « Voulez-vous partir vous aussi? » C’est la crise. C’est précisément en cette heure de crise qu’apparaît la raison pour laquelle les hommes s’écartent du Christ. Parce que son enseignement ne correspond pas à nos caprices. Ah!, disaient-ils, nous attendions un Messie politique! Ah! nous voulions un messie qui nous donnerait toujours du pain qui alimente l’estomac! Nous le suivions pour des motifs physiques, matériels, mais tout s’est écroulé. (Jn 6,60) : « Elle est dure, cette parole! Qui peut l’écouter? » nous dit l’Évangile. « Et ils murmuraient à ce propos. »

La critique est toujours le pain de la prédication du véritable Évangile et le Christ ne se dédit pas devant ce rejet, devant ce doute qui s’expose à Lui, devant même la trahison de Judas qui préfère trente pièces d’argent à l’amitié du Seigneur. Le Christ est résolu à demeurer seul. Non pas seul puisqu’Il demeure avec son Père qui est le principal, seul avec Dieu. C’est la seule chose qui vaut. Il prêche à partir de Dieu et celui qui voudra suivre la vérité, sera avec Dieu. C’est pourquoi le Christ demande (6,67-68) : « Voulez-vous partir vous aussi? » La réponse de Pierre nous oriente : « Seigneur, à qui irons-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Les idoles que les autres suivent demeurent ici quand les hommes meurent, les idoles trahissent. Il n’y a pas pire chose qu’un politicien déchu, qu’un riche ruiné, quand les idoles les ont abandonnés. Comme il est triste de penser au président du Nicaragua qui ne trouve pas aujourd’hui de pays pour l’accueillir. Comme est triste la déchéance de celui qui adorait un dieu qui ne pouvait pas le sauver! À quoi servent tout l’argent et tout le pouvoir à l’heure de la mort? « Seul Toi, Seigneur, possède les paroles de la vie éternelle. » […]

« La chair ne sert de rien. » Comme est juste cette parole du Seigneur. Lorsque la chair oublie l’esprit, la raison, la justice, la paix, lorsque le « sécularisme » enferme les hommes dans les idolâtries de l’avoir, du pouvoir, de la répression du peuple, le monde devient un enfer parce qu’il ne s’ouvre pas au Ciel, qui est le Règne de Dieu. C’est alors la mission de l’Église de proclamer ce Règne de Dieu dont a tant besoin notre peuple. « La chair ne sert de rien. » C’est pourquoi il existe autant de situations de péché. Les cadavres putréfiés, torturés, dépecés, que nous rencontrons sur tous les chemins, dans les vallées et sur les montagnes de notre patrie, sont le signe qu’au Salvador nous avons oublié cette parole du Christ. Ils sont le signe d’une chair qui ne sert de rien parce que la chair se défait quand l’esprit s’en va. Donnons sens à notre corps et à notre être en recherchant ce qui est la suite de notre réflexion. 26/08/79, p.192-199 et p.202-203, VII.
 
2) « Seigneur, à qui irons-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle. » (Jn 6,68)
 
A) Il proclame la transcendance du Christ et de son message

C’est la parole de Pierre à Jésus-Christ. Quand le Christ demande au collège apostolique : « Voulez-vous partir, vous aussi? » Pierre avec le courage d’un chrétien convaincu de sa foi dans le Christ, lui répond : « À qui irons-nous? Tu as les Paroles de Vie Éternelle. » C’est la proclamation de la transcendance du Christ. Très chers frères et sœurs, la vocation de l’homme et de la femme n’est pas complète, pour autant de bonheur qu’il parvienne à vivre sur cette Terre, s’il ne parvient pas à sa vocation à la transcendance, s’il ne parvient pas au dialogue avec Dieu, à l’intimité avec le Seigneur. « Tu nous as fait pour Toi, disait saint Augustin, et notre cœur demeure inquiet jusqu’à ce qu’il repose en Toi. »
 
Origine transcendante

C’est ici que le Divin Sauveur du monde proclame, dans l’Évangile d’aujourd’hui, ce que signifie sa présence au milieu de l’Histoire. Lorsqu’on murmure dans son dos et qu’on le critique, Il dit cette parole (Jn 6,61-62) : « Cela vous scandalise? Et que ferez-vous quand vous verrez le Fils de l’Homme monter là où il était auparavant? » C’est la première proclamation de la transcendance du Christ : « Je suis venu d’en haut, vous ne comprendrez pas tant que Je serai avec vous. Vous êtes incapables de comprendre jusqu’à ce que Je retourne vers mon origine divine. » Pour le chrétien qui a la foi, il sait qu’il croit en un Christ qui vit dans l’éternité. Il croit que le pain qui inspire l’Église et qui alimente, c’est la transcendance du Christ.
 
« Mes paroles sont esprit et vie. »

Le Christ poursuit en faisant une seconde proclamation de sa divinité (Jn 6,63) : « C’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. » Le Christ est l’Esprit qui donne la vie : « Les Paroles que je vous ai dites sont Esprit et elles sont vie. » Que veut dire saint Jean avec ces mots si mystiques et si profonds? Le Christ est l’Oint de l’Esprit saint, le Christ est porté par l’Esprit de Dieu. Toute sa chair est comme spiritualisée et en étant clouée sur la croix, elle sera, précisément, source de sainteté et de grâce parce qu’elle est ointe par l’Esprit. Elle est vie parce qu’Il nous a apporté la vie de Dieu. Celui qui mange de ce pain vivra parce que : « J’apporte les germes de la vie éternelle. Personne ne peut venir à Moi si ce n’est le Père qui l’y conduit. »

Personne ne peut aller au Christ si ce n’est le Père qui l’y conduit, seulement par la foi en la transcendance. Très chers frères, croire dans le Christ est une grâce très grande. Je ne voudrais pas que quelqu’un de ceux qui m’écoutent, doute du Christ, qu’il ne croit pas en Lui. Cela me ferait beaucoup de peine que cela ne lui ait pas été révélé par le Père. Et pourquoi ne se serait-Il pas révélé? La faute n’est pas de Dieu mais de la disponibilité du cœur humain. Tu ne veux pas cesser d’adorer tes idoles, c’est pourquoi le Dieu véritable ne peut pas venir à toi. C’est pourquoi l’Église te dit : convertis-toi! Laisse les vanités, laisse les faux dieux et tu découvriras la transcendance qui te rendra heureux. Personne ne peut venir au Père s’il ne dispose pas son cœur pour que le Père le remplisse du Christ.
 
Seul le Christ détient les Paroles de la transcendance.

La parole de Pierre est la plus belle proclamation de la transcendance chrétienne : « Seigneur, à qui irions-nous? Toi seul as les paroles de la vie éternelle. »
 
B) Appel à tous ceux qui sont Église pour proclamer bien clairement cette transcendance sans laquelle on perd la force de la libération dont l’Église fait la promotion parmi les libérations terrestres.

À la lumière de cette révélation de la transcendance du Christ qui nous révèle le Dieu absolu, qu’il est merveilleux d’expliquer le défi de Jésus à tout un peuple : « Vous connaissez déjà le Dieu véritable, mais vous connaissez également les faux dieux. Décidez qui vous voulez adorer! »

Un appel ici à l’intimité de l’Église. Si elle accomplit aujourd’hui dans la patrie la fonction de Jésus, en indiquant l’unique Dieu véritable et en mettant en garde contre les faux dieux, chers prêtres, chères religieuses et religieux, institutions catholiques, communautés ecclésiales, paroissiales et de base, tous ceux que nous appelons Église, s’il vous plaît!, qu’on distingue dans notre voix, la voix de la transcendance. Que ceux qui comme les juifs voudraient nous utiliser en faisant de nous des rois politiques de la Terre, rencontrent la réponse catégorique du Christ : Il s’enfuit à la montagne pour proclamer uniquement le Règne de Dieu qui est au-dessus de toute politique. Et si l’Église éclaire les réalités de la Terre, qu’elle accompagne les membres des organisations politiques, qu’elle entre parfois dans les palais de la politique, elle ne doit jamais se confondre avec la politique de parti, mais toujours être la lumière qui éclaire et appuie le bon et dénonce le mal…

La voix de l’Église, pour ma part, j’ai tenté de la rendre claire. Peut être ni suis-je pas parvenu parce qu’il existe beaucoup de mauvaise volonté, beaucoup d’ignorance et d’idolâtrie et que l’idolâtre ne veut pas que l’on renverse son idole. Cependant, cette voix veut réclamer une fois encore, ce que je m’efforce de prêcher : Ce Christ qui dit ne pas rechercher les biens de ce monde, mais le Salut. Cela me fait sourire lorsque j’entends dire que j’ai des prétentions au pouvoir. Quelle capacité aurais-je pour être un président ou un ministre? Dieu m’a appelé pour être prêtre et pour servir depuis l’Église, depuis mon sacerdoce.

Hier, un journaliste de la télévision mexicaine m’a demandé : « Si on offrait à l’Église ou à vous le leadership dans une révolution, est-ce que vous l’accepteriez? » J’ai répondu : « Je ferais une sottise, l’Église n’est pas sur la Terre pour cela. Le rôle de l’Église ce n’est pas d’être le capitaine d’une armée. L’Église n’est pas ici pour mener une révolution. L’Église existe pour être la mère de l’unité. Elle se maintient autonome entre deux partis qui luttent pour pouvoir leur dire, à l’un et à l’autre, le juste et l’injuste et pour pouvoir réclamer à l’heure des péchés de guerre, ce qui ne doit pas se faire même dans une situation conflictuelle. » L’Église veut toujours être la voix du Christ, le Pain qui descend du Ciel pour la vie, pour la lumière, pour la santé du monde. Je vous supplie, chers collaborateurs de l’Église, manifestons de la manière la plus claire possible cette pensée du Christ, cette transcendance de l’Église qu’exprimait Paul VI : « Si l’Église enseignait une autre libération que celle du Christ, que celle du péché, que celle qui conduit les enfants de Dieu jusqu’au Ciel et à la Vie éternelle, une Église qui se confondrait avec les libérations uniquement politiques, économiques ou sociales, perdrait sa force originale et n’aurait plus le droit de parler de libération au nom de Dieu. » 26/08/79, p.203-205, VII.
 
3) Nécessité de solidariser la chair avec les Paroles de la vie éternelle
 
A) C’est seulement ainsi que la vie atteint sa vocation dans la plénitude.
Si la chair ne sert de rien et que seul le Christ a les Paroles de la vie Éternelle, il est stupide de ne pas nous unir à cette Vie éternelle qui nous est offerte si facilement. Se fermer seulement à la Terre et ne pas profiter de ce présent que le Christ nous apporte, pour lequel Il a renoncé à toutes les choses de la Terre, pour les adorer comme des idoles, est un « sécularisme » impardonnable.
 
Le défi de Josué : Dieu ou les idoles

Comme est magnifique le moment biblique que nous présentent les lectures d’aujourd’hui! Je l’ai déjà exprimé : Josué, devant ce peuple qui entre dans la Terre promise, leur demande de demeurer fidèle à leur Dieu, parce qu’autrement de nombreux malheurs pourraient leur arriver.
 
Le défi du Christ : « Voulez-vous partir vous aussi? »

Mais encore plus émouvant m’apparaît ce moment de crise dans la vie du Christ lorsque la multitude qui Le suivait, L’abandonne et qu’Il demeure seul. Quand Il demande dans cette solitude qui se fait toujours plus aiguë : « Vous aussi, vous voulez partir? » La réponse de Pierre est merveilleuse : « Vers qui irions-nous? Tu possèdes les paroles de vie éternelle. »
 
B) Un signe de solidarité entre la chair et les paroles de vie éternelle : Le mariage doit être un signe de l’union entre le Christ et son Église.

Dans la seconde lecture (Ep 5,21-32) s’exprime le signe de cette alliance, de cette solidarité entre la chair et le divin. Saint Paul nous a exprimé aujourd’hui : « Le mariage est un grand sacrement, mais je le dis en référence au Christ et à son Église. » Une femme et un homme, de familles très différentes, parfois de villages ou de pays éloignés, se connaissent, ils s’aiment et ils sellent pour toute la vie une alliance matrimoniale. Ce n’est pas seulement l’amour de cet homme et de cette femme. Ils représentent deux familles, deux peuples et ils représentent une identification malgré le fait qu’ils soient si différents qu’il se produit ce que saint Paul dit : « Ils ne sont plus deux, mais une seule chair. » Ceci est le signe que le Christ voulut mettre sur la Terre pour que les hommes et les femmes, en voyant les couples mariés, pensent à l’alliance de la chair avec l’Esprit. Ainsi, tout comme l’homme s’éprend d’une femme, qu’il l’aime au point d’être capable de donner sa vie pour la conquérir, comme une femme se livre entièrement à un homme, cela est exactement un signe d’union. Plus ils s’aiment et se livrent l’un à l’autre, plus ils sont un signe de l’amour infini de Dieu qui nous cherche.

Quelle phrase plus belle que celle que nous avons lue dans la seconde lecture de l’épître d’aujourd’hui (Ep 5,25-27) : « Le Christ a aimé l’Église : Il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne; car il voulait se la présenter à lui-même tout resplendissant, sans tache ni ride ni rien de tel, mais saint et immaculé. » Que ne donnerait pas un fiancé pour conserver sa fiancée aussi belle qu’au jour de son mariage? C’est ce qu’a obtenu le Christ, une Église toujours belle, toujours jeune. Nous l’embellissons avec nos vertus, nous la rendons agréable avec notre façon chrétienne. C’est pourquoi nous ne nous fatiguerons jamais de faire Église. Quand meurent ces membres de notre communauté, ils s’incorporent à l’éternelle jeunesse du Ciel. Église qui s’arracha de l’Église de notre archidiocèse pour faire partie de l’Église du Ciel. Beau travail pastoral! Évêques, prêtres et tous les agents de pastoral, ne faisons rien d’autre que d’embellir l’épouse du Christ à laquelle nous prenons part nous aussi.

C’est l’alliance que le Christ demande. Le Christ ne se lassera pas d’aimer. Il est fidèle même quand nous le trahissons, mais nous devons faire un effort pour cette sainteté, pour cette fidélité.
C) L’Évangile nous offre trois merveilleux moyens pour vivre cette solidarité avec le Christ : la grâce, la foi et la vie de l’Église.
La grâce, par laquelle le Père nous donne de connaître le Fils et fait de nous ses fils, frères du Christ. La foi, que personne n’a si le père ne lui donne. Croire dans le Christ est une œuvre de Dieu. Rendons grâce si nous avons la foi et si nous ne l’avons pas, demandons-Lui de l’avoir parce que nous ne pouvons l’obtenir s’Il ne nous la donne pas.

Vivre l’Église en faisant communauté. 26/08/79, p.205-206, VII.


Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire, 2 septembre 1979; Lectures : Deutéronome 4,1-2) 5-8; Jacques 1,17-18,21b-22.27; Marc 7,1-8a, 21-23.
Jésus, Maître de la Véritable Religion
J’ai l’impression ce matin de former avec vous cette Église en pèlerinage. À l’extérieur, il y a un ciel gris et une pluie fine, c’est un jour gris, une journée triste. Nous n’avons pas la cathédrale pour célébrer notre eucharistie. La messe que nous devrions célébrer à l’église du Rosaire ne peut l’être à cet endroit parce qu’elle se trouve occupée également. Nous venons donc demander l’hospitalité à la Basilique du Sacré-Cœur envers qui nous sommes très reconnaissants. Nous paraissons semblables à ce peuple qui marche avec Moïse à travers le désert en levant sa tente pour aller la planter ailleurs. Nous avons toujours le signe de quelque chose qu’on cherche, d’une quête, d’un pèlerinage, de quelque chose qui n’est pas établi : l’Église en pèlerinage, celle qui ne peut s’installer sur la Terre, celle qui ne s’identifie avec aucune idéologie, ni avec les choses de la Terre. Elle demeurera toujours cette colonne de lumière au désert qui conduit l’humanité vers la félicité définitive qui n’existe pas en ce monde. […]

Mais notre époque n’est pas normale, c’est une époque d’urgence. Ainsi comme si par malheur, nous étions secoués par un tremblement de terre, les églises ouvriraient leurs portes pour accueillir les blessés et les sans-abri sans que personne ne disent : « C’est une profanation ». Aujourd’hui également, c’est un temps d’urgence et il faut comprendre qu’en ces temps il n’est pas facile de condamner des actes qui en des temps plus normaux auraient été condamnés.

Lorsque le Christ voulut enlever aux juifs cette mentalité d’un temple matériel pour la remplacer par la véritable adoration à Dieu, Il dit : « Détruisez ce temple et Je le relèverai en trois jours. » Les juifs entendirent là qu’il s’agissait du temple matériel, mais Lui transférait tout l’esprit du temple à Lui-même. C’est Lui qui devait ressusciter le troisième jour, Il est le Temple véritable des chrétiens, à travers Lui, nous offrons à Dieu notre Action de grâce, notre adoration. Sans le Christ, tous les temples, aussi beaux soient-ils, ne servent à rien. « Il est révolu le temps, dit le Christ à la Samaritaine, où l’on devait adorer à Jérusalem ou sur cette montagne de Samarie ou dans les temples matériels. Le temps est venu d’adorer Dieu en esprit et en vérité. »

Un de nos chanteurs populaires chantant à la mort du père Raphael Palacio, dit cette phrase précieuse : « Dieu n’est pas dans le temple, mais dans la communauté. » Vous êtes le temple! À quoi sert d’avoir des églises si belles dont le Christ pourrait dire comme Il dit aux pharisiens aujourd’hui (Mc 7,7) : « Vain est le culte qu’ils me rendent! » C’est le résultat de nombreux cultes luxueux, de beaucoup de fleurs, de nombreuses choses, d’invités prestigieux et davantage encore. Mais où se trouve donc cette adoration en esprit et en vérité? Je crois qu’il s’agit pour nous d’une leçon, je suis le premier à la recevoir et à tenter de l’interpréter. Peut-être n’ai-je pas su bien m’acquitter de mon devoir de prêtre du culte de Dieu. Peut-être, qu’avec mes frères prêtres, nous n’avons fait consister le culte qu’en de beaux arrangements de l’autel, qu’en chargeant des tarifs élevés pour pouvoir encore mieux le décorer. Nous l’avons commercialisé! C’est pourquoi, Dieu, comme lorsque le Christ entra dans le temple de Jérusalem avec son fouet, nous dit (Mc 11,17) : « N’est-il pas écrit “Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations”? Mais vous, vous en avez fait un repaire de brigands! » Nous devons tous y réfléchir, nous sommes tous coupables. La base nous offre la Parole divine d’aujourd’hui. […]
 
Plan de l’homélie :
1) Le culte vide
2) La religion agréable à Dieu
3) L’honneur du Peuple de Dieu
 
1) Le culte vide

L’Épisode des purifications que nous présente saint Marc (7,1-8a, 21b-22,27) en traduisant de la mentalité orientale à l’occidentale, à Rome, où était écrit cet Évangile sous la prédication de saint Pierre. Saint Marc était comme le secrétaire de Pierre et il écrivait ce que Pierre prêchait et expliquait aux Romains ce qu’ils ne pouvaient pas comprendre parce qu’il s’agissait de coutumes juives. Une de ces coutumes était celle de se laver à fond les mains, les assiettes et les coupes parce qu’ils se sentaient contaminés. Le sens de l’impureté n’est pas comme nous l’entendons aujourd’hui, c’était quelque chose de matériel. Combien de lois y avait-il concernant les choses contaminées? Toucher à un cadavre, par exemple, c’était se souiller. Vous vous souvenez de ce comble de l’hypocrisie lorsque ceux qui accusaient Jésus refusèrent d’entrer chez Pilate parce que Pilate était un païen. Et malheur à un juif s’il faisait des affaires avec un gentil! Mais par contre, ils ne ressentirent aucun remords à demander la peine de mort pour cet innocent qu’était Jésus. C’est ainsi qu’ils convertirent ces lois en hypocrisie, en apparence, en légalisme, en trahison de la loi véritable du Seigneur.
 
D’autres actes

L’Évangile nous raconte, à la suite de cet épisode concernant le lavage des mains, que le Christ leur mit aussi sous le nez cette coutume qui consistait à faire une offrande au temple pour se libérer de ses obligations envers son père et sa mère : « Je ne peux pas t’aider parce que j’ai déjà donné au temple. »

« Hypocrites, dit le Christ, de cette manière vous trahissez le quatrième commandement, qui dit d’honorer son père et sa mère. » Dieu ne vous a pas demandé d’offrir des offrandes au temple sinon d’honorer votre père et votre mère. De quel droit substituez-vous le devoir d’un fils envers son père par un faux sens religieux? Ainsi, si nous analysons maintenant combien de raisons avait le Christ de se fâcher et de qualifier d’hypocrite une religion qui s’enrichissait à partir de ces rites légalistes, d’impuretés hypocrites. C’est la fausse religion.

Notre Seigneur dit (Mc 7,6b) : « Ce peuple m’honore des lèvres; mais son cœur est loin de moi. » Culte vide! Premièrement : vide d’intériorité, deuxièmement : vide de révélation et de vérité de Dieu; et troisièmement : vide d’œuvre. Ce sont les trois vides qui sont condamnés aujourd’hui dans cette fausse religion. Prenons garde si nous sommes également en déficit et si nous offrons au Seigneur un cœur vide!

A) Vide d’intériorité. (Mc 7,15) : « Il n’est rien d’extérieur à l’homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller, mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme. » Quand quelqu’un a le cœur propre même s’il est au milieu d’un bourbier, la boue ne lui fait rien parce qu’il ne la reçoit pas dans son intérieur, il est libre de recevoir ou non cette pourriture en lui. Quand quelqu’un entend une mauvaise conversation ou voit un mauvais exemple ou quelque chose qui l’entraîne vers le péché, celui qui ne veut pas pécher ne pèche pas, seul pèche celui qui accepte cette pourriture dans son cœur. Les consciences timorées croient souvent qu’ils offensent Dieu parce qu’ils ont entendu ou vu de mauvaises choses. Non, chers frères, ce qui provient de l’extérieur, si l’homme ne veut pas le recevoir dans son cœur, ne le souille nullement. Si en ces temps de crimes, de violences et de vengeances, l’homme conserve son cœur sans haine, plus aimant, la situation qui nous environne ne lui cause pas de mal. Cette ambiance cause du préjudice à celui qui la reçoit et qui y est prédisposé par un cœur envenimé.

L’intériorité consiste en ce que Dieu n’ait pas à se plaindre : « Leur cœur est très loin de moi. » Quel est le cœur qui en est près? Comme le Seigneur se préoccupe d’avoir auprès de Lui ses fils! Même s’il s’agit d’un pécheur repenti. C’est pour cela que nous dénonçons le crime et tant de choses qu’il nous faut dénoncer aujourd’hui, il ne s’agit pas pour nous de gagner des applaudissements. Ce qui m’intéresse c’est la conversion du pécheur, que l’homme que je dénonce parce qu’il a commis un enlèvement, parce qu’il a commis une injustice, parce qu’il a tué ou torturé, qu’il se convertisse. Dieu ne veut pas la mort du pécheur, sinon qu’il se convertisse et qu’il vive. Cela ne me répugnerait pas, si j’ai le bonheur d’aller au ciel, d’être en ce ciel auprès de ceux qui aujourd’hui se disent mes ennemis, parce que là-haut nous ne serons pas ennemis. Je ne le suis de personne, mais, à ceux qui gratuitement veulent être mes ennemis, convertissez-vous à l’amour et dans l’amour nous nous rencontrerons dans la félicité de Dieu. Je désire pour tous cette allégresse de cette intimité du Seigneur.

N’ayons pas le cœur vide dans cette intériorité parce que le principal dans la religion c’est l’intérieur, là où Dieu regarde. La Bible dit : « Nous connaissons les hommes par leur visage, mais Dieu nous connaît par le cœur. » « Ce n’est pas celui qui dit “Seigneur! Seigneur!” qui entrera dans le Royaume des cieux, sinon celui qui adore le Seigneur en toute sincérité. » Puisse, Dieu, ce vide d’intériorité ne pas être pour nous une source de condamnation. Parce que pour plusieurs la religion ne les remplit pas, ils préfèrent être vides de religion.

Remplissez-vous d’intériorité et vous verrez ce que disait saint Augustin le pécheur : « Je marchais au-dehors de moi et je ne rencontrais pas la paix. Et, stupide, je ne savais pas que les merveilles que je recherchais au-dehors de moi, c’est Toi, Seigneur, qui leur donnais leur beauté. Tu étais à l’intérieur de moi, m’appelant pour que de l’intérieur je puisse regarder ma beauté intérieure! Quand j’y suis entré, j’ai abandonné ces fausses beautés qui me faisaient pécher et de cette beauté intérieure de ma vie, j’ai approfondi ma relation avec Toi! Oh! merveille! Toujours ancienne et toujours neuve, comme j’ai mis du temps à te connaître! » Mais il le connut et il se sauva et il fut saint. La faute du pécheur importe peu, quand un homme a rencontré cette merveille intérieure de la relation avec le Seigneur. C’est à cela qu’Il nous appelle aujourd’hui, contre tous ces vides qui consistent à faire consister la religion en des choses extérieures.
 
B) Un autre vide terrible que le Christ dénonce aujourd’hui : le vide de la révélation et de la vérité. Ici Il nous touche de plus près.
 
Fausse religion. Attitudes traditionalistes

« Ils prennent bien soin de se laver les mains, de ne pas toucher aux cadavres. » Traditions humaines! Mais pour ces traditions humaines, ils ont négligé la véritable révélation de Dieu. Qui sait, si plusieurs des critiques contre les changements dans l’Église ne procèdent pas de cet esprit? Ils font consister la religion à une quantité de traditions humaines. Certains cultes sont des traditions humaines, certaines manières de se vêtir, certaines manières de prier. Prier de face, en latin ou en espagnol, ce sont des traditions. Recherchons ce qui est le plus agréable à Dieu, ce qu’une religion signifie davantage au sein du peuple.

Une enquête a été faite en France et elle a donné des résultats qui m’apparaissent terribles. Il y est écrit que l’Église de France a perdu la classe ouvrière à partir du siècle passé et qu’au cours de ce siècle elle est en train de perdre la femme. Parmi la tranche des 18-35 ans a été réalisée une enquête chez les femmes pour qui l’Église ne signifie plus rien. À peine 9 % des femmes de ce groupe d’âge, en France, sont pratiquantes de la religion catholique. Nous pourrions nous aussi parvenir à cette situation si nous faisons consister la religion à certains entêtements traditionalistes, si nous ne faisons pas l’effort de nous mettre à jour et d’essayer de comprendre la multitude, les aspirations et les angoisses du peuple. Je ne dis pas que nous devons nous identifier avec tout ce que le peuple demande, sachons être l’écho des ses angoisses et de ses espoirs, sachons, comme le Concile Vatican II le veut, être des interprètes des hommes d’aujourd’hui, être une religion qui exprime l’aspiration de nos gens.

Je me réjouis que nos nouvelles communautés, plusieurs de nos prêtres, la ligne pastorale de l’archidiocèse veuillent aller dans la direction indiquée par le Concile de notre siècle et par les grandioses réunions des évêques d’Amérique latine : Medellín et Puebla, qui ne sont pas autre chose que l’effort pour apporter au siècle actuel. Et Puebla dit : « Dans le présent et dans le futur. » Une Église qui est la seule qui puisse sauver, mais qui peut perdre toute sa force de Salut si elle n’est pas détestée du monde.

Très chers frères, nous devons tous faire l’effort de construire une religion qui n’est pas vide des pensées de Dieu parce qu’elle demeure attachée aux traditions humaines. Comme cela fut triste pour le Christ, Lui qui était la Parole révélée de Dieu, d’avoir à dire à ceux qui l’écoutaient : « Il vint vers les siens, mais les siens ne Le reçurent pas. » Ils préférèrent leurs traditions de se laver les mains, de ne pas toucher aux morts, de fuir les lépreux – toutes ces hypocrisies – et ils refusèrent l’appel de spiritualité et d’actualité que le Christ leur apporta.

J’aimerais également souligner ici combien d’hommes au Salvador, de jeunes, d’étudiants, de professionnels suivent de fausses religions. Là, on rencontre le courant des agnostiques, là ce sont les Témoins de Jéhovah, les mormons. Et ils se gagnent des adeptes, mais à eux tous Jésus-Christ pourrait dire aujourd’hui : « Vous suivez des doctrines humaines et vous oubliez la révélation du Seigneur. » Étudions, frères, ne les laissons pas nous enlever notre foi qui est une grâce de Dieu. Nous jouons avec celle-ci lorsque nous la comparons et nous la plaçons derrière d’autres choses qui ne sont pas la véritable Église qui s’efforce de comprendre notre peuple. Cela me fait vraiment mal. Notre effort pastoral veut être la voix de l’angoisse de notre peuple. Ceux qui sont installés, il est clair qu’ils n’aiment pas que nous les dérangions! Mais l’Église n’accomplirait pas son devoir si nous ne défendions que les minorités dans leurs privilèges et si nous n’aimons pas le peuple en tentant de donner notre vie pour lui.
 
C) Un vide d’œuvre.

C’est la seconde lecture (Jc 1,17-18,21b-22,27) d’aujourd’hui : l’épître de saint Jacques. Je vous invite à lire attentivement toute cette épître. Saint Jacques est l’homme pratique qui dit aux chrétiens convertis du judaïsme, précisément à toutes ces astuces des pharisiens : « Faites bien attention de faire consister votre religion en des choses théoriques! » Si une religion est vide d’œuvre, elle n’entrera pas au Royaume des cieux. Le Seigneur l’a déjà dit : « Ce n’est pas celui qui dit “Seigneur! Seigneur!” – celui qui prie beaucoup – qui entrera au Royaume des cieux, mais celui qui accomplit la volonté de mon Père qui est dans les cieux. »

L’épître d’aujourd’hui, nous donne deux exemples (Jc 1,27) : « Visiter les orphelins et les veuves dans leurs épreuves, se garder de toute souillure du monde. » C’est une expression biblique qui veut dire : s’occuper du nécessiteux. Puebla ne fut que l’écho de cette voix quand il dit que l’option préférentielle de l’Église d’Amérique latine doit être l’option préférentielle pour les pauvres. Il explique parfaitement : Il ne s’agit pas de diviser les pauvres et les riches. Observez bien, frères, n’est-ce pas ce que nous disions? Puebla explique ainsi, cela veut dire appeler tous sans distinction sociale à nous préoccuper du pauvre comme s’il s’agissait de notre propre cause et plus encore, comme un des devoirs que le Christ nous a légués : « Tout ce que vous faites aux plus pauvres d’entre les miens c’est à moi que vous le faites. »

Ici, tous sont appelés, sans exclusion de personne. Les riches, principalement, qu’ils viennent et se sauvent. Mais ils se sauveront seulement s’ils viennent faire ce que le Christ veut : non pas vivre en gaspillant, en offensant la pauvreté de la majorité… Les pauvres nous donnent l’opportunité de ne pas avoir une religion vide d’œuvre. Parce que les œuvres que Dieu va juger pour me sauver sont précisément celles-ci : « J’ai eu faim et tu m’as donné à manger, j’ai eu soif et tu m’as donné à boire, j’étais en prison et tu m’as visité, j’étais malade et tu es venu me réconforter. » Enfin, toutes les situations humaines qui engendrent la pauvreté, la souffrance et l’exclusion, tout cela, très chers frères, est la mine d’où il nous faut extraire la richesse afin de ne pas professer une religion sans œuvre. Comme est proche cette mine et comme elle est dépréciée par plusieurs! Ne servons pas le pauvre avec paternalisme, du haut vers le bas, en le secourant. Ce n’est pas cela que Dieu veut, sinon de frère à frère. C’est mon frère, c’est le Christ et le Christ je ne le vois pas du haut vers le bas, sinon du bas vers le haut, en le servant. […]

Cette pièce, ce morceau de pain, ce tissu que je vais lui donner pour qu’il se protège du froid, cette chemise qui ne me sert plus dans ma garde-robe, reçois-les, Seigneur, parce que c’est à Toi que je la donne. Ah! Si nous remplissions notre vie de bonnes œuvres.
Je tiens à féliciter tant de bonnes œuvres que je vois se répandre dans tout le diocèse! Il y a de bonnes personnes qui se présenteront au Ciel avec les mains bien remplies d’œuvres et qui ne déplairont pas au Seigneur avec une religion sans œuvre. La foi ne suffit pas, sans les œuvres qui prouvent la foi. C’est pourquoi, quand le Christ parle de ces vides, Il nous signale une chose encore plus horrible : c’est le cœur pourri. Ce n’est pas ce qui entre de l’extérieur qui souille l’homme, sinon ce qui sort du cœur de l’homme. Il fait une longue liste qui pourrait bien être le catalogue de notre triste situation salvadorienne. D’où est sorti tout ce que nous respirons actuellement au Salvador? Cela ne fait pas de doute, le Christ nous l’a décrit aujourd’hui : « Du cœur de l’homme sortent les mauvaises intentions, les fornications, les vols, les homicides, les adultères, les diffamations, les convoitises, les injustices, les fraudes, les dévergondages, les envies, l’orgueil et la frivolité. » 02/09/79, p.215-219, VII.

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