Vingt-troisième dimanche du temps ordinaire, 9 septembre 1979; Lectures : Isaïe 35,4-7a; Jacques 2,1-5; Marc 7,31-37.
Du Christ seul, peut venir la véritable indépendance.
Encore une fois, les circonstances nous obligent à célébrer notre eucharistie dans cette église consacrée au Sacré-Cœur de Jésus. Cela me remplit de beaucoup d’espérance parce que le Cœur de Jésus est le symbole de l’amour infini de Dieu révélé en Jésus-Christ envers les humains. Qu’est-ce que nous venons faire à la messe chaque dimanche? Nous venons nous imprégner toujours davantage, comme chrétiens, du mystère qui est à la base de notre foi et de notre espérance : le mystère du Christ, mystère qui n’est pas autre chose que l’amour infini de Dieu, le projet infini de Dieu pour sauver les hommes, pour les élever et en faire avec Lui une seule famille. Nous sommes en pèlerinage parmi les vicissitudes de l’Histoire, parmi les tentations et les flatteries du monde. Le danger existe que nous demeurions installés sur la Terre et que nous oublions cet appel amoureux d’un Père qui nous attend les bras ouverts et qui non seulement nous espère, sinon qu’Il ne nous donne rien de moins pour la route, que son Fils, Jésus-Christ.
Les circonstances nous poussent à faire cette réflexion en ce mois de l’indépendance qui sonne comme un sarcasme en ces heures de tant d’esclavages. C’est pour cela qu’aujourd’hui notre peuple célèbre de manière très différente. Il y a ceux qui planifient des choses extraordinaires, des coups d’éclat, de sang et de tragédie. C’est ainsi que nous vivons dans l’expectative de savoir ce que sera ce mois de septembre au Salvador.
Un défi… ne pas craindre les hommes, mais devenir un digne instrument de Dieu.
Pour ma part, je crois que septembre signifie, pour les chrétiens, un défi. Le défi d’un mot : indépendance. Non pas pour vivre des représailles, des faits sanglants, des tragédies douloureuses, sinon pour nous mettre du côté de Dieu, avec le Christ. Seigneur, Tu es le seul qui puisse donner leur véritable liberté aux humains.
L’indépendance de notre patrie, qui se célèbre le 15 de ce mois, signifie le défi de Dieu qui nous offre sa force pour être libres. Alors, la réaction d’un bon Salvadorien, chrétien, ne doit pas être de terreur : « Qu’est-ce qui va se passer en septembre? » Les hommes ne peuvent pas davantage que Dieu le leur permet pour leur bien ou pour leur mal. « Pas un cheveu ne tombe de votre tête sans la permission de Dieu », a dit le Christ. « Ne craignez pas », disait le Seigneur. Je crois qu’aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin de cette tranquillité, de cette sécurité. Davantage que de craindre les hommes, nous devons craindre de ne pas être dociles entre les mains de Dieu.
Le défi est le suivant : uniquement unis à Dieu, en Jésus-Christ, nous pouvons être de véritables artisans de notre histoire. Dieu est le maître de l’Histoire, le Christ est la Pierre angulaire de toute civilisation, c’est en Lui seul qu’elle possède consistance. Alors, je vous dirais : frères, donnons-nous le but – par amour à la patrie – de nous mettre au côté du Christ et de réfléchir sur ce qu’est la volonté de Dieu pour ma vie. Puissent, Dieu, tous, et même ceux qui avec une sensibilité évidente du social, du politique, vont par des chemins équivoques, nous disions ce que le Christ disait : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Unissons-nous au Christ. En Jésus-Christ nous pouvons tout, comme disait saint Paul : « Je peux tout en Celui qui est ma force, mon espérance, mon orientation, le sens de ma vie. » Sans le Christ, la vie humaine est absurde, c’est convertir l’homme en chacal, en fauve, en démon. Combien triste est l’homme séparé du Christ, éloigné de Dieu!
La figure centrale de l’Évangile (Mc 7,31-37) d’aujourd’hui est le Christ et le sourd-muet.
Le Christ face au sourd-muet. Le sourd-muet est l’image de l’homme réduit en esclavage, marginalisé : qui n’entend pas, qui ne parle pas, qui ne peut pas communiquer. Il est l’expression d’un véritable esclavage. Le Christ, en lui touchant les oreilles et la langue, le libère.
Les deux autres lectures exposent l’image de l’esclavage.
Il y a un complément dans ces autres lectures. Il y a une image triste de l’esclavage : le désert! Les Bédouins disent, lorsqu’ils traversent le désert et entendent au loin le rugissement du vent : « Écoutez le bruit du vent! C’est le désert qui se lamente et pleure parce qu’il voudrait être un jardin! » Je crois qu’il n’existe pas de figures plus éloquentes du besoin de l’être humain que le désert assoiffé, immensité de sable, stérile, figure de la véritable nécessité d’indépendance, de promotion.
Le mendiant marginalisé par le puissant – le serviteur du puissant.
Il y a une autre figure dans la seconde lecture d’aujourd’hui (Jc 2,1-5) dont saint Jacques, l’homme pratique, nous parle : le mendiant qui arrive à une cérémonie liturgique et au même moment un autre homme bien vêtu auquel on dit de s’asseoir en avant tandis qu’au pauvre on demande de s’asseoir par terre. Ce sont là deux figures de l’exclusion, de l’esclavage, le mendiant marginalisé et le serviteur plus attentif à l’homme bien nanti qu’au frère pauvre. Ce sont là les figures des lectures d’aujourd’hui.
Plan de l’homélie :
1) Le Christ est Dieu en personne qui vient pour libérer l’être humain
2) C’est l’humain tout entier qu’Il veut sauver
3) Le Salut que le Christ nous apporte n’est pas une destruction, c’est une rénovation
Je crois que c’est là l’essentiel que nous pouvons extraire des lectures d’aujourd’hui, si opportunes pour ce moment tragique qui devient chaque jour plus sanglant. Ayons la sérénité et avec foi entrons dans cette réflexion de la Parole de Dieu. Comme complément, comme d’habitude, nous verrons comment cela se réalise dans l’Église de notre archidiocèse et dans la situation actuelle de notre pays. 09/09/79, p.231-233, VII.
1) Le Christ est Dieu en personne qui vient pour libérer l’être humain
La Prophétie (Is 35,4-7a)
Combien belle apparaît cette prophétie du prophète Isaïe devant les exilés de Babylone (Is 35,4) : « Soyez forts, ne craignez pas; voici votre Dieu. C’est la vengeance qui vient, la rétribution divine. C’est lui qui vient nous sauver. » C’était cela la foi, la merveille incroyable que les prophètes annonçaient. Non plus seulement les prophètes vont diriger, disaient ces hommes qui parlaient au nom de Dieu, mais c’est Lui en personne qui vient. Et ce qu’Il nous envoie vous dire ce n’est rien d’autre que de préparer les chemins du Seigneur. Préparer les cœurs, afin que lorsqu’Il arrivera en personne, Il puisse rencontrer une véritable terre nouvelle où sa Parole puisse produire des fruits.
A) Contexte de la prophétie : besoin de libération
La captivité à Babylone
Le contexte où ces paroles sont prononcées est la captivité à Babylone. À cause des péchés de la Terre promise, les envahisseurs s’étaient emparés des rois et des populations et les avaient cruellement emportés en exil. C’est dans cette situation qu’ils se trouvaient. Il existe des psaumes qui nous relatent la tristesse, la nostalgie de vivre loin de la patrie. Ce précieux psaume (137 (136)) des peupliers auprès des fleuves de Babylone qui ont inspiré tant de musique et de poésies, exprime à la perfection la nostalgie de celui qui aime sa patrie, mais qui reconnaît que par ses péchés il a été amené au désert où il attend le jour du pardon de Dieu (Ps 137,1-5) : « Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion. […] Et c’est là qu’ils nous demandèrent, nos geôliers, des cantiques, nos ravisseurs, de la joie : “Chantez-nous, disaient-ils, un cantique de Sion.” Comment chanterions-nous un cantique de Yahvé sur une terre étrangère? Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite se dessèche! Que ma langue s’attache à mon palais! »
Lâche de cœur
Cet amour à la patrie nous fait penser, précisément, à ce qu’Isaïe nous a dit (35,4-5) : « Dites aux cœurs défaillants […]. Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et les oreilles des sourds s’ouvriront. » L’être humain a besoin de cette Présence de Dieu, voyez comment est notre destinée sans Dieu, vivre sous l’oppression. L’oppression de la peur, des lâches de cœur. Combien sont-ils en notre pays, ces lâches de cœur, peureux, inquiets? Ce sont là des signes que nous avons besoin de libération, c’est le désert qui gémit et pleure, voulant être un monde meilleur. Mais un signe encore plus évident de la nécessité de libération, c’est l’infirmité. C’est pour cela qu’il y aura toujours des infirmes en ce monde, des aveugles, des sourds, des paralytiques, les hôpitaux seront toujours nécessaires, souvent parce que les hommes sont cruels et les rendent nécessaires.
Comme il est triste de lire qu’au Salvador les deux principales causes de mortalité sont la diarrhée et immédiatement derrière, l’assassinat, on meurt par homicide ou à cause des conséquences de lésions. C’est ce que nous révèlent les statistiques. De sorte qu’immédiatement après le signe de la malnutrition, la diarrhée, vient le signe du crime, l’assassinat. Ce sont les deux épidémies qui tuent notre peuple. C’est le contexte dans lequel Isaïe parle, et parleraient les hommes d’aujourd’hui : « Cœurs défaillants, infirmes – signal de l’oppression, victime de la situation –, courage, Dieu viendra en personne. Regardez votre Dieu qui vient. »
La prophétie : figure de santé pour les infirmes, figure du désert qui fleurit
C’est le beau parallèle de l’Évangile de saint Marc (7,31-37) que nous avons lu aujourd’hui avec la prophétie d’Isaïe qui nous annonce comme la présence de Dieu, comme une action de Dieu, la floraison du désert, la santé des infirmes. C’est ainsi que les prophètes se représentaient les signes de la présence personnelle de Dieu dans le monde : les biens messianiques. Les prophètes ne parvenaient pas à bien les distinguer parce qu’ils devinaient de loin, d’une distance énorme, les biens déjà présents de la Rédemption et les biens eschatologiques. Lorsque se terminera l’Histoire et que seront recueillis tous les fruits que le Christ a produits, alors, il n’y aura plus de crimes, il n’y aura plus de morts, mais en attendant, se rendent déjà présents les biens messianiques. Nous pouvons déjà affirmer que le désert est en fleur et que les infirmes ont été guéris. Le Christ Lui-même nous a donné les signes évidents lorsque saint Jean-Baptiste lui fit demander (Lc 7,20) : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre? » Le Christ répond seulement par les signes annoncés (Lc 7,22) : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. »
Ils aperçoivent déjà les signes de la santé, Dieu est venu, Il est déjà parmi nous. Même si nous continuons d’apercevoir la bannière de la mort qui passe et le crime, qui se nourrit aussi du sang, la mort et le péché sont déjà vaincus. C’est un peu comme une de ces baleines blessées qu’on remet à la mer, mais elle est blessée, elle va mourir. « Le dernier ennemi à être vaincu sera la mort », nous dit saint Paul. La mort est déjà blessée à mort et les morts vont s’échapper de la tombe. Que les pécheurs ne chantent pas victoire parce qu’ils sont déjà vaincus. Le péché, le Christ l’a crucifié sur sa propre croix et celui qui croit en Jésus-Christ possède déjà la victoire. C’est pourquoi, aux cœurs qui défaillent, nous disons que Dieu est déjà parmi nous, infirmes, patience, cela passera; opprimés, convertissez en Rédemption votre souffrance et votre douleur. Cela ne signifie pas l’opium du peuple, sinon la lutte légitime, mais sans perdre l’espérance du Dieu qui est déjà présent, sans s’éloigner de Lui et des orientations que le Dieu de l’Histoire continue de nous donner. 09/09/79, p.233-235, VII.
B) Présence et mission du Christ
La présence même du Christ dans l’Évangile d’aujourd’hui (Mc 7,31-37). L’Évangile de saint Marc possède justement ses traits typiques qui ne sont pas le moindre des enseignements que le Christ nous présente. Parce que ce qui pour lui apparaît important, ce n’est pas tant la doctrine du Christ que la personne du Christ qui incarne le Règne de Dieu présent sur la Terre. Il est merveilleux de penser que l’Évangile de saint Marc, que nous lisons cette année, année de tragédies pour le Salvador, nous dit ce qu’Isaïe annonçait dans sa prophétie qui est réalisée en Jésus-Christ. Et tous ceux qui croient en Jésus-Christ sont déjà rachetés, il n’est plus nécessaire d’être lâche, d’avoir peur. Il est temps pour nous, chrétiens, de fortifier notre courage afin de ne plus être lâches. Ne nous laissons pas déprimer par les circonstances, mais au contraire, appuyons dans le Seigneur, déjà présent dans l’Histoire, notre faiblesse, notre désorientation. À la manière des aveugles et des sourds, serrons la main de Jésus. Il va nous conduire à la victoire, la lumière viendra à nos yeux, apparaîtra la clarté de notre propre histoire salvadorienne. Lui seul peut nous donner la véritable indépendance.
La foi dans Notre Seigneur Jésus-Christ glorieux… les pauvres… critères de Dieu et des hommes
La seconde lecture (Jc 2,1-5) nous parle également de cette Présence lorsque saint Jacques dit aux chrétiens (2,1) : « Mes frères, ne mêlez pas à des considérations de personnes la foi en notre Seigneur Jésus Christ glorifié. » Il est inconcevable que quelqu’un se dise chrétien et qu’il ne fasse pas, comme le Christ, une option préférentielle pour les pauvres. C’est un scandale que les chrétiens d’aujourd’hui critiquent l’Église parce qu’elle pense aux pauvres. Cela n’est pas le christianisme! Le christianisme véritable est le Christ qui dit, au travers de Jacques, le christianisme : « Cela est inconcevable, si vous avez la foi dans le Seigneur Jésus-Christ glorifié, traitez comme des frères égaux le riche et le pauvre, ne vous laissez pas tromper par les apparences. »
C’est que plusieurs pensent que lorsque l’Église dit : « pour les pauvres », elle devient communiste, qu’elle fait de la politique. Non, c’est sa doctrine de toujours. La lecture d’aujourd’hui ne fut pas écrite en 1979, saint Jacques a écrit il y a vingt siècles, ce qui se passe c’est que les chrétiens d’aujourd’hui ont oublié les Écritures qui doivent régir leur vie.
Quand nous disons « pour les pauvres », nous ne prenons pas parti en faveur d’une classe sociale. Ce que nous disons, dit Puebla, c’est une invitation à toutes les classes sociales sans distinction de pauvre ou de riche. Nous disons à tous : « Prenons au sérieux la cause des pauvres comme s’il s’agissait de notre propre cause; plus encore, comme cela est en vérité, de la cause du Christ qui au jour du jugement final nous dira que seuls se sauveront ceux qui ont aidé le pauvre en ayant foi en Lui : “Tout ce que vous avez fait à ces pauvres marginalisés, à ces aveugles, à ces handicapés, à ces sourds, muets, c’est à moi que vous l’avez fait.” » Il nous donne l’exemple : que sa Présence, qui vit encore, grâce à Dieu, et une Église qui tente de se rénover malgré la persécution et l’incompréhension, continuera d’être la même politique de Dieu. C’est cela, la politique véritable : celle qui traite les êtres humains non pas comme des hommes de première et de seconde catégories, sinon celle qui dit : « Vous ne pouvez faire exception de personne en celui qui croit dans le Seigneur Jésus-Christ glorifié, incarné dans la misère des hommes. » 09/09/79, p.235-236, VII.
2) C’est l’humain tout entier qu’Il veut sauver
C’est une parole des derniers documents de l’Église, surtout, dans le Concile Vatican II et dans l’encyclique
Populorum Progressio du Pape Paul VI, où il dit : « C’est l’homme tout entier qu’Il est intéressé à sauver,
âme et corps, cœur et esprit, transcendance et temporalité. »
A) Les esclavages
Lamentablement, très chers frères, nous sommes le produit d’une éducation spiritualiste, individualiste. C’est une éducation qui nous a enseigné à vouloir sauver notre âme sans nous préoccuper des autres. Comme nous disions à celui qui souffrait : « Patience, le Ciel s’en vient, endure. » Non! ce ne peut être cela, cela ce n’est pas sauver, ce n’est pas le Salut que le Christ nous a apporté. Ce Salut est le Salut de tous les esclavages qui oppriment l’homme. Nous disions, dans les lectures d’aujourd’hui, quels sont ces esclavages : figures dans le désert, dans l’accueil des personnes, dans les critères du monde qui prévalent dans nos relations sociales. Il est nécessaire que l’être humain qui vit sous le signe d’autant d’oppressions et d’esclavages – la peur qui rend les coeurs esclaves; l’infirmité qui opprime les corps, la tristesse, la préoccupation, la terreur qui opprime notre liberté et notre vie – rompe toutes ses chaînes. C’est par là qu’il nous faut commencer! Cela ne vous semble pas un esclavage qui vraiment humilie : être servile? De sorte que pour demeurer bien avec les puissants il faille humilier les humbles…
B) La libération dans le Christ
Dieu apporte la revanche
Regardez comment on annonce, dans la première lecture (Is 35), la libération que Dieu apporte : « Dieu vient en personne, Il apporte la revanche, Il dédommagera, Il donnera la santé aux corps, Il fera fleurir le désert. » Quelle phrase magistrale pour penser ce qu’est la véritable libération que Dieu veut : la revanche! Ce n’est pas une vengeance d’égoïsme, c’est remettre les choses à leur place, c’est leur dire : tous sont frères, il n’est plus nécessaire que certains humilient les autres. La revanche de Dieu sera son amour, puissent les hommes et les femmes le comprendre.
Il dédommagera
Comme lorsqu’on a offensé quelqu’un et qu’on vient pour dédommager, pour réparer, pour demander pardon. Le Christ vient, précisément, pour cela, pour demander pardon au Père parce que les humains l’ont offensé avec autant de terreurs et d’oppressions qui ne sont pas la foi en Dieu. Quand le Christ meurt sur la croix Il dédommage, Il apporte la revanche. Ce sont là les revanches de Dieu, ce sont là les revendications que Dieu veut, celles qui s’appuient sur la libération de notre cœur du propre péché. C’est là que se situe la cause, et tous ceux qui crient, qui parlent et qui réalisent des œuvres de libérations, mais en opprimant, en tuant, en faisant le mal, n’ont pas compris que la véritable violence qui sauve est celle que chacun se fait à soi-même. Dédommager Dieu pour mes péchés à partir de mon propre cœur.
Cet homme total (que le Christ veut sauver) possède une dimension transcendante et une dimension historique. C’est pourquoi dans ce geste du Christ, j’aimerais souligner les dimensions suivantes.
C) Mission transcendante
En premier lieu : le Christ se préoccupe d’un sourd-muet, s’il s’agissait vraiment d’une spiritualité individualiste ou égoïste, Il aurait passé son chemin comme le prêtre de la parabole, sans faire de cas du pauvre sourd-muet; cependant, Il s’y attarde et avec la patience de celui qui administre un sacrement Il accomplit ces gestes sacramentaux : Il lui met les doigts dans les oreilles et avec sa salive Il lui touche la langue. Voyez la puissance du corps du Christ. Le Christ c’est Dieu en personne, incarné dans un corps humain, et tout ce que le Christ touche possède la puissance de Dieu. Les doigts du Christ, des doigts d’homme comme les miens, mais à l’intérieur de Lui il y avait ce que je n’ai pas en moi : la Personne Divine du Fils de Dieu. Toucher l’infirmité et la guérir! Il aurait pu aussi bien faire fleurir le désert tout comme Il a calmé les eaux et les tempêtes.
Il y a une grande puissance en Dieu. C’est pourquoi à ce sourd-muet, auquel Jésus ne pouvait peut-être pas parler parce qu’il ne l’entendait pas, d’un geste Il a tout dit : lui touchant les oreilles et la langue, en levant les yeux au Ciel, et en soufflant sur lui. Ce sont des gestes qui parlent même aux sourds-muets : les signes de la libération. Il lui dit : « Tu possèdes une destinée transcendantale : le Ciel. Moi-même Je viens de là. Combien doux devait être ce regard du Christ envers son Père : l’infinité avec Dieu. Ce sont là les véritables libérateurs, les hommes qui n’oublient pas que Dieu seul est la destinée (ultime) de la libération humaine. » Des hommes et des femmes qui savent prier et qui savent élever, jusqu’à ceux qui ne le comprennent pas, le sentiment de Dieu. C’est cela la dimension de toute Rédemption. À quoi aurait-il servi au pauvre sourd-muet que Dieu lui donne une langue et une ouïe bien claire si après il ne s’en est pas servi pour Dieu et qu’il s’est condamné? À quoi sert toute la beauté du monde, à quoi sert tout l’argent sur la Terre, à quoi cela sert-il de posséder beaucoup si cela n’est pas transcendant? C’est cela la promotion que le Christ veut de l’homme dans sa dimension transcendante.
D) Dimension historique
Mais cela ne signifie pas que l’homme soit seulement cette transcendance, mais que ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui c’est cette dimension historique. Parmi les nombreux services que l’Église rend au Salvador, j’aimerais souligner celui-ci dont je parle dans ma lettre pastorale : « Promouvoir la liberté intégrale de l’homme à partir d’un concept de ce qu’est la personne humaine », un concept intégral que le Pape (Jean-Paul II) à Puebla qualifiait ainsi : « L’humain est le premier chemin que l’Église doit parcourir pour accomplir sa mission. La personne humaine est le chemin principal et fondamental de l’Église. »
Il s’agit d’un homme concret, historique, tel qu’il vit aujourd’hui. Et pour cela, les pères, à Puebla, nous avons tenté de voir l’homme latino-américain et c’est à partir de là que je déduis ce qu’est l’homme salvadorien, nous autres, que je visitais dans les bidonvilles, qui vit là dans la misère, dans la pauvreté et dans la faim. C’est à lui que nous devons annoncer : « Il est certain que nous n’avons pas d’or ni d’argent, mais voulons donner ce que nous avons : le nom de Jésus de Nazareth, lève-toi et marche. » Réalisez-vous, nous ne voulons pas d’hommes qui ne soient que la masse impassible, nous ne voulons pas des hommes qui se laissent manipuler, nous voulons des gens qui soient de véritables images de Dieu qui, même s’ils vivent dans les bidonvilles, dans les campagnes, soient respectées.
« Cet idéal, dis-je dans ma lettre pastorale, recueille toutes les dimensions de la réalité de l’homme, sans en exclure aucune, ni réduire la foi à une simple promotion sociale ou politique. » Néanmoins, nous devons aujourd’hui souligner la dimension sociale et historique de cette libération telle que le demande Puebla qui dit : « l’Évangile que nous devons enseigner, devant les réalités que nous vivons, ne peut aujourd’hui, en Amérique Latine, prétendre aimer en vérité l’être humain et tout autant Dieu, sans s’engager d’une manière personnelle et, souvent même, au niveau des structures, au service et à la promotion des groupes humains et des couches sociales les plus appauvries et humiliées, avec toutes les conséquences qui s’ensuivent sur le plan de ces réalités temporelles. »
Ainsi, la dimension humaine est transcendante, mais également historique, temporelle, concrète. C’est cet être humain qui est appelé au Salut éternel, mais qui aujourd’hui se meurt de faim et qui ne reçoit pas le salaire qu’on lui doit. C’est cette personne qui possède une vocation au Ciel, mais qui a été également créée par Dieu pour être heureuse sur la Terre. C’est elle qui sera mon frère, ma sœur, dans l’éternité avec toute l’humanité, mais pour cela nous devons dès maintenant apprendre à vivre en frère sur la Terre, non pas en nous haïssant ni en nous entre-tuant.
Le destin des pauvres : riches dans la foi
Quand le Christ, au travers de saint Jacques, dit qu’il ne faut pas déprécier le pauvre pour préférer le riche, il pose une exigence qui pourrait servir d’examen de conscience à chacun d’entre nous (Jc 2,4-5) : « Ne portez-vous pas en vous-mêmes un jugement, ne devenez-vous pas des juges aux pensées perverses? Écoutez, mes frères bien-aimés : Dieu n’a-t-il pas choisi les pauvres selon le monde comme riches dans la foi et héritiers du Royaume qu’Il a promis à ceux qui l’aiment? » Il ne suffit pas d’être pauvre, il faut aussi aimer Dieu, être pauvre dans la grâce de Dieu. C’est que les pauvres, dirent l’Église et la révélation divine, possèdent une plus grande capacité que les autres classes sociales, à percevoir le message et la Rédemption de Jésus-Christ.
C’est pourquoi nous ne pouvons faire abstraction de la dimension temporelle, terrestre, mais également à partir de la conversion. Parce qu’il dit : « Qu’il les a choisis pour les rendre riches dans la foi! » Par leur amour à Dieu, ils savourent déjà un destin éternel où Dieu les garde dans sa préférence, ici, sur la Terre. Très chers pauvres, vous êtes la majorité de ceux qui se trouvent ici pour participer à cette méditation, parce que je veux me compter également parmi les pauvres. Parce que je sais que c’est seulement par ce chemin et dans ce contexte que nous pouvons nous retrouver en vérité, avec sincérité et authenticité. Tâchons d’être dignes de cette préférence de Dieu. Soyons pauvres, dignes de ce Dieu qui nous rend riches dans la foi et riches dans l’amour du Seigneur. C’est cela notre richesse : n’en cherchons pas d’autres pour notre développement tant personnel qu’historique. Parce que je ne veux pas être, comme quelqu’un a dit dans le Bloc Populaire Révolutionnaire, un opium.
Jamais! je dis que, précisément, ces promotions de la transcendance sont pour encourager davantage la promotion de la dimension historique et sociale, de l’économique et du politique. Je suis en train de dire que Dieu n’a pas seulement fait le Ciel après la mort pour l’être humain, sinon qu’Il a fait cette Terre pour tous. Cela n’est pas de l’opium!
Intériorité… Le prenant à part
Il y a un détail que je voudrais que nous approfondissions, non pas tant dans le temps que dans l’intensité de notre réflexion. Quand le Christ se préoccupe de faire la promotion de ce sourd-muet, l’Évangile nous dit (Mc 7,33) : « Le prenant à part. » Quel geste plus significatif en cette heure! Saint Marc, fidèle à son idéal théologique, nous présente un Christ qui porte le mystère du Règne de Dieu, mais que le peuple ne peut pas comprendre. C’est pourquoi Il tente de cacher beaucoup de choses qui pourraient le faire briller. À ces intimes – les apôtres – Il fait souvent le reproche de ne pas faire leur possible pour comprendre cette intimité. Mais devant le peuple, Il est encore bien plus réservé parce qu’à son heure Dieu dira la parole dont le peuple a besoin pour reconnaître le Fils de Dieu.
Mais à part ce sens théologique du Règne de Dieu caché comme un mystère en Jésus-Christ, et c’est pour cela qu’Il met de côté le sourd-muet, je voudrais voir cet autre aspect : « la multitude », le bruit du monde, les cris des marchands, la musique de stentor, tout cela étourdit. Il existe seulement un endroit où l’homme puisse rencontrer Dieu et où le Christ puisse faire les gestes de transcendance et d’amour au pauvre sourd : dans la solitude et l’intériorité. Frères, aujourd’hui il existe de nombreux bruits, des prises d’églises et avec le bruit de ceux qui parlent tant qu’ils fatiguent la population, manifestations, fusillades, cris. Tout cela ne sauve pas si cela n’apporte pas un fond d’intériorité, de réflexion, de planification; c’est trop, cela nous anéantit davantage.
Le Concile dit, ce qui manque au monde d’aujourd’hui, ce ne sont pas seulement des techniciens des arts, des sciences, des choses exactes, ce qui fait surtout défaut ce sont des techniciens en humanité. Ce qui manque aujourd’hui à la civilisation c’est la sagesse, la réflexion. C’est pourquoi je demande à tous, comme un mendiant, de prier, de beaucoup prier pour l’Église. Réfléchissons. Et s’il est certain qu’ici j’utilise également un micro, cela est nécessaire pour la communication, c’est pour transmettre un message de réflexion, de sérénité, de paix, mais aussi de justice et de dénonciations, non pas pour faire de la démagogie.
Retenez bien cette phrase de Pie IX, un Pape qui avait des phrases courtes et incisives, qui pourrait bien être le commentaire de ce geste du Christ : « Le prenant à part, Il le guérit. » Ce Pape disait donc : « Le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas le bien. » 09/09/79, p.236-241, VII.
3) Le Salut que le Christ nous apporte n’est pas une destruction, c’est une rénovation
Ce n’est pas un Salut qui détruit, mais un Salut qui rénove, qui refait, qui fait du neuf.
Le Christ, l’homme qui refait.
Quand le prophète Isaïe, que nous avons lu aujourd’hui, annonce le caractère du Messie dans la figure mystérieuse du Serviteur de Yahvé, il dit cette phrase que plusieurs ne comprennent pas (Is 42,3) : « Il ne brise pas le roseau froissé, Il n’éteint pas la mèche qui faiblit, fidèlement, il présente le droit. » Phrases merveilleuses pour dire que le Christ n’est pas l’homme irascible qui, aussitôt qu’un roseau s’est froissé, finit de le casser et le jette au loin. Sinon que, avec la mansuétude d’un médecin, Il le redresse, le répare et ainsi nous avons un bon roseau. Il n’éteint pas le feu parce qu’il demeure encore une braise parmi les cendres. Avec patience, il écarte la cendre et commence à souffler, lui met un peu de brindilles, un peu d’herbes sèches, de petits bois et, le feu recommence à brûler. C’est cela la comparaison du Christ, l’homme qui refait.
Appel aux pécheurs
Qu’est-ce que fait le Christ parmi les sourds, les muets, les lépreux et les pécheurs? Les hypocrites lui reprochent : « Regardez, votre maître mange avec les pécheurs et c’est interdit par la loi. » « Hypocrites, leur dit le Christ, ce ne sont pas les gens en santé qui ont besoin d’un médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu pour appeler les justes, ceux-ci marchent déjà vers le ciel, je suis venu pour appeler les pécheurs. » Il est important de savoir regarder à l’intérieur de soi pour reconnaître que j’ai besoin du Christ. Parce que celui qui croit qu’il n’a pas besoin du Christ, ni du Pape, ni de l’évêque, ni de l’Église, est un orgueilleux. Il est un de ceux dont la Vierge dit dans le Magnificat (Lc 1,51-52) : « Il a dispersé les hommes au cœur superbe […] et a élevé les humbles. »
Le Christ est l’homme qui refait l’histoire de son propre peuple. On dirait que les défaites humaines, le reste d’Israël, la plante qui est sur le point de se briser, le Christ la recueille à temps et la relève et c’est de là que provient le Salut du monde.
Il s’incarne et se fait l’un des nôtres.
Qu’est-ce que l’Incarnation? « Dieu, dit saint Paul, n’hésita pas à abandonner sa dignité de Dieu pour se faire semblable à nous. » Plus encore, esclave jusqu’à la mort, sur une croix comme mouraient les esclaves. Les citoyens romains ne rendaient jamais une sentence de crucifixion contre un des leurs. Cela était indigne d’un citoyen libre de Rome de mourir crucifié. Mourir crucifié était la sentence réservée aux esclaves, aux bandits, aux gens indignes, aux rebuts de la société. C’est cette mort que le Christ accepta, celle d’un bandit. C’est pourquoi les premiers chrétiens avaient tant de difficultés à se représenter le Crucifié parce qu’ils disaient : si cet homme est mort ainsi, il n’est pas digne d’être adoré. C’est ainsi que le Christ détruisit sa propre dignité, précisément pour pénétrer au plus profond, où était tombée la dignité humaine, afin de la relever. « C’est pourquoi, poursuit saint Paul, Dieu l’exalta et Lui donna un Nom au-dessus de tous les noms, de sorte que devant son Nom fléchissent tous les genoux dans le Ciel, dans les abîmes et sur la Terre. » C’est cela, notre espérance, le Christ qui s’incarne et qui se fait l’un des nôtres. Nous devrions assumer, très chers frères, notre humanité en tant que telle.
Bienheureux le Salvadorien qui en ces heures n’a pas honte de sa patrie, mais l’assume, non pas pour l’empirer, mais pour la refaire! Bienheureux le Salvadorien qui en ces jours, en ce mois de l’indépendance, reconnaît : tout n’est pas glorieux dans ma patrie. L’hymne national que nous chantons sonne souvent comme un sarcasme horrible, néanmoins, je veux que cet hymne soit chanté un jour pour le futur auquel je dois contribuer dans le sens de la promotion humaine dans toutes ses dimensions.
Jésus ressuscita et par sa résurrection Il est devenu l’homme qui donne la vie éternelle. Depuis le jour où le Christ est sorti glorifié de sa tombe, a commencé la nouvelle Histoire de l’humanité. Et les peuples peuvent sentir sa Rédemption dans la mesure où ils croient en cette Vie éternelle ressuscitée en Jésus-Christ. « Déjà, dit le Concile, la transformation du monde commença en Jésus-Christ ressuscité. » L’Église a cet engagement de continuer de prêcher, dimanche après dimanche, et à chaque messe : « Nous annonçons ta mort, nous proclamons ta résurrection. Viens Seigneur Jésus! »
En résumé, ma réflexion a été celle-ci : Dieu vient en personne pour nous sauver. La promotion que le Christ veut réaliser de l’être humain c’est tout l’homme dans sa dimension transcendante, dans sa dimension historique, dans sa dimension spirituelle, dans sa dimension corporelle. C’est l’homme tout entier qu’il faut sauver. L’homme dans ses relations sociales, l’homme qui ne doit pas se considérer plus que l’autre, mais tous frères et avec une attention spéciale envers le plus faible et le plus nécessiteux. C’est l’être humain intégral que l’Église veut sauver. C’est une mission difficile! C’est pourquoi on qualifie souvent l’Église de subversive et de communiste, de révolutionnaire, mais l’Église sait quelle est sa révolution : celle de l’amour de Jésus-Christ. Et parce que la révolution de l’Église est la même que celle du Christ, ma troisième réflexion a porté sur le fait qu’Il ne vient pas pour détruire, mais pour refaire, à partir de la propre faiblesse et de la misère humaine, c’est pourquoi Il appelle à la conversion. Parce que si celui qui entend est un criminel, demain il peut être un apôtre. Comment est-ce que le Christ refit saint Paul, le persécuteur? Une autorité ecclésiastique drastique devrait lancer l’excommunication contre ce Saul. Mais le Christ qui n’éteint pas la mèche fumante lui envoie un directeur spirituel, le baptise, l’envoie au désert réfléchir et Il en fait une personne nouvelle. L’apôtre peut ainsi dire : « Je ne suis pas digne de m’appeler apôtre parce que j’ai persécuté l’Église. Mais la grâce de Dieu ne fut pas vaine en moi. » Comme j’aimerais, en ce jour, que tous ceux qui aujourd’hui sèment la terreur comme Saül à Jérusalem et en Terre Sainte se convertissent. Après cette profonde réflexion, comme je voudrais que ceux à qui on a commandé d’aller tuer des gens ou bien ceux qui donnent les ordres de tuer ou ceux qui exécutent ces ordres pour de l’argent réfléchissent un peu : que vais-je faire? Je crois que plusieurs changeraient d’idée. 09/09/79, p.241-243, VII.
La Mission du Christ aujourd’hui dans son Église
C’est pourquoi je vais tenter d’appliquer maintenant, à notre propre histoire, ces caractéristiques de la Parole de Dieu. Je vous inviterais au désert du monde ensanglanté, douloureux, des cœurs tremblants. Tout cela nous parle de la nécessité de libération. L’Église peut donner la libération à ce monde parce de ce monde surgit comme le gémissement du désert. Ce ne sont pas des manifestations chrétiennes, mais je lis dans les journaux certaines réclamations, certaines pétitions. C’est le désert qui gémit et il faut entendre ces voix. L’Église y voit les pousses de l’Esprit saint qui s’exprime également au travers du monde profane. L’Église qui porte la force de l’Esprit saint, si elle s’allie à ces cœurs nobles du monde, pourrait faire fleurir notre désert.
Quelle est l’Église? Efforçons-nous que cette Église que je vais vous décrire maintenant, l’Église de l’archidiocèse et l’Église universelle, ne soit pas confondue avec le peuple en général du Salvador, sinon que par la sélection que le Christ a effectuée par le baptême pour former l’Église. Ne confondons jamais, très chers frères, l’Église peuple de Dieu avec le peuple salvadorien, la patrie. Ce sont là des choses distinctes même si un même homme peut être Salvadorien et membre du peuple de Dieu, mais ce sont là deux aspects de sa personnalité : comme membre de l’Église il doit être un homme qui croit, qui espère, qui place toute sa confiance en Jésus-Christ Notre Seigneur. Il participe à une Église toujours plus compréhensive et au service du monde, sans trahir sa propre identité, il ne se vend pas pour des avantages terrestres ses idéaux chrétiens. C’est cela l’Église concrète de laquelle je vous donne ces nouvelles. 09/09/79, p.243, VII.
Naturellement, la Parole de Dieu contient quelque chose d’explosif et c’est pourquoi peu de gens acceptent de la porter. S’il s’agissait de dynamite mouillée, plus personne n’en aurait peur. C’est pourquoi la rédaction prend le soin d’écrire et de publier
Orientación qui oriente vraiment dans le vrai sens de la vie de l’Église. Une Église qui par ses moyens de communication veut promouvoir la dimension historique, doit s’attendre à rencontrer des réticences dans l’Histoire.
La dimension transcendantale ne suffit pas, même il est très beau de parler et d’écrire sur les choses transcendantes. L’historique et le transcendant en équilibre, c’est ce que nous tentons de faire à travers nos moyens de communications sociales. C’est pourquoi je tente de faire de l’homélie du dimanche, qui est retransmise sur les ondes de la radio YSAX, le moment fort de l’évangélisation de notre archidiocèse. 09/09/79, p.247, VII.
Pensée qui nous conduit à l’autel
C’est cela l’Église et le panorama où elle développe sa mission. Puissent, Dieu, que nous nous engagions tous par cette eucharistie, unis au Christ libérateur, à nous importer de ce qui importe vraiment au Christ. Celui qui est venu en personne pour nous sauver, pour sauver l’homme tout entier, dans sa dimension transcendantale et dans sa dimension historique.
La méthode qu’Il emploie pour nous sauver n’est pas négative, mais très positive, elle ne détruit rien, mais elle refait. Aujourd’hui précisément c’est ce que nous allons faire. Sur l’autel du sacrifice eucharistique, nous avons la présence du Christ mort et ressuscité. C’est là que commença l’histoire de la restauration. Tout homme, aussi pécheur et traître qu’il ait été, quand il s’incorpore à cette mort et à cette résurrection, devient un élément utile pour la patrie. Puisse Dieu, entendent-ils cet appel, ceux, qui jusqu’à cette heure n’ont fait que semer le sang, la désolation, la mort, la douleur et le crime. Il est déjà temps qu’ils se convertissent et qu’ils vivent. L’Église les aime trop, Dieu les aime trop pour les laisser continuer tranquillement par ces chemins de sang et de violence. 09/09/79, p.252, VII.