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Sixième dimanche du temps ordinaire; 17 février 1980; Lectures : Jérémie 17,5-8; I Corinthiens 15,12)16-20; Luc 6,17.20-26.
La Pauvreté des Béatitudes, Force de la véritable libération du Peuple
Le carême, Itinéraire vers Pâques et la Pentecôte

Vivons ce temps qui va nous rendre capables d’entreprendre, en ce mercredi, ce long pèlerinage vers Pâques et la Pentecôte, les deux grands buts du carême. L’être humain ne se mortifie pas à cause d’une passion maladive pour la souffrance. Dieu ne nous a pas faits pour la souffrance. S’il y a des jeûnes, s’il y a des pénitences, des prières, c’est parce qu’il existe un but très positif que l’humain atteint en son terme : la Pâque, ou encore, la Résurrection. Tout cela afin que nous ne célébrions pas un Christ qui ressuscite différent de nous, mais que, durant le carême, nous nous rendions capables de ressusciter avec Lui à une vie nouvelle et que nous devenions ainsi les hommes nouveaux et les femmes nouvelles dont notre pays a un urgent besoin. Ne crions pas seulement que nous voulons des changements de structures, parce qu’il ne sert à rien d’avoir des structures nouvelles si nous n’avons pas des hommes et des femmes renouvelés qui construisent et dirigent ces structures.

Opportunité des lectures d’aujourd’hui : Les Béatitudes

La Résurrection…

Aussitôt après vient la Pentecôte, la venue de l’Esprit Saint. Rendons-nous aptes pour que notre cœur soit comme un vase propre, disponible à la venue de l’Esprit de Dieu, avec toute sa force de sainteté, pour transformer la face de la Terre. C’est ce qui manque dans notre patrie : beaucoup d’Esprit de Dieu, de sens de la Résurrection et de rénovation de vie.

Forge de chrétiens libérateurs et artisans du destin de la patrie

Le carême nous invite à regarder à l’intérieur et à nous rénover. C’est pourquoi je crois que les lectures d’aujourd’hui (Jer 17,5-8; Cor 15,12)16-20; Lc 6,17.20-26) sont précisément un appel à cette rénovation intérieure. Le prologue du carême des lectures d’aujourd’hui est précieux parce que je crois que dans le document de Puebla se trouve une constatation qui nous remplit d’espérance si nous savons vraiment la comprendre (Puebla 1129) : « En Amérique latine, la pauvreté est palpable comme un sceau qui marque les immenses majorités, lesquelles, en même temps, sont ouvertes non seulement aux béatitudes et à la prédilection du Père, mais à la possibilité d’être de véritables protagonistes de leur propre développement. »

Les pauvres sont un signe en Amérique latine. Les majorités de nos pays sont pauvres et c’est pourquoi ils sont habilités à recevoir ces dons de Dieu et une fois remplis de Dieu, ils seront capables de transformer leur propre société. J’aime voir, qu’auprès de ces pauvres, Puebla dit que les jeunes sont également ce signe. Très chers jeunes, vous êtes comme les pauvres d’Amérique latine, les signes de la Présence de Dieu.

Les pauvres et les jeunes constituent la richesse et l’espérance de l’Église en Amérique latine et leur évangélisation est tout autant une priorité. C’est-à-dire que notre Église sent une affection spéciale pour la majorité pauvre et pour les jeunes. Jeunes et pauvres vont construire notre Patrie; nous pouvons avoir véritablement confiance que c’est ainsi que cela doit être si nous nous disposons comme peuple pauvre et comme peuple jeune - ce que nous sommes dans notre immense majorité - à ce que la Résurrection du Seigneur rencontre dans ces deux grands signes présents au Salvador, pauvres et jeunes, les éléments capables de reconstruire. Ne désespérons pas parce que, si cela est l’espérance de l’Amérique latine au Salvador, il y a beaucoup d’espérance parce qu’il y a beaucoup de pauvres et de jeunes.

C’est pourquoi j’ai choisi comme plan de mon homélie d’aujourd’hui, un passage d’un texte des documents de Medellín qui parle de la pauvreté. Il dit que la pauvreté est une dénonciation, un esprit et un engagement. Ces trois points que nous indique Medellín, sont une force de libération.

Plan de l’homélie :

1) La Pauvreté est une dénonciation divine
2) La Pauvreté est un esprit
3) La Pauvreté est un engagement.

Nous aurons aujourd’hui, si Dieu le veut, une idée claire de ce que nous avons tant de fois répété, à savoir : que l’Église a assumé une option préférentielle pour les pauvres… et que seule peut exister une Église véritable, celle qui se convertit et s’engage avec le peuple souffrant et pauvre… » 17/02/80, p.231-232, VIII.

1) La Pauvreté est une dénonciation divine

Paroles de Medellín (14,4) : « La pauvreté comme carence des biens de ce monde est, en tant que tel, un mal – manquer des biens de ce monde est un mal – Les prophètes la dénonçaient comme contraire à la volonté du Seigneur et la plupart du temps, comme fruit de l’injustice et du péché des hommes… »

Je vais renforcer cette pensée avec les textes liturgiques d’aujourd’hui (Jer 17,5-8; I Cor 15,12)16-20; Lc 6,17.20-26). Comment cela se fait-il que la pauvreté est une dénonciation?

A) Dénonciation de Jésus : « Malheur à vous, les riches! »

Quelle autre chose fait Jésus dans l’Évangile des Béatitudes?
Comme il est enchanteur d’être en train de réfléchir avec ce Jésus qui descend de la montagne (Lc 6,17.20-26). Ses expressions de l’Évangile possèdent une profonde façon de voir Jésus. Regardons-le descendre des hauteurs pour se confondre dans la plaine avec le commun des mortels. Descendant, il se mit à leur adresser la parole… et c’est ainsi que débute l’Évangile (Lc 6,20) : « Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous. »

Il y a des pauvres… des gens affamés… qui pleurent parce qu’il y a des riches.

Ces quatre béatitudes sont en opposition; elles dénoncent parce qu’il y a des pauvres, parce qu’il y a des gens qui ont faim, parce qu’il y a des gens qui souffrent. Ceux-là sont bienheureux parce qu’ils souffrent et qu’ils pleurent, parce qu’ils ont faim. Pourquoi cela existe-t-il? L’Évangile d’aujourd’hui est terrible quand il nous indique les causes de ces carences (Lc 6,24-25) : « Mais malheur à vous, les riches! car vous avez votre consolation. Malheur à vous qui êtes repus maintenant! car vous aurez faim. Malheur, vous qui riez maintenant! car vous connaîtrez le deuil et les larmes! » L’accent de tous les prophètes de l’Ancien Testament, résonne dans la voix du Christ. Comme sont terribles les prophètes lorsqu’ils dénoncent ceux qui ajoutent maison sur maison et ceux qui ajoutent terrains sur terrains et qui se rendent maîtres de tous le pays.

L’existence de la pauvreté comme carence du nécessaire est une dénonciation. Frères, ceux qui disent que l’évêque, l’Église et les prêtres ont causé le malaise dans le pays, veulent jeter un nuage de poussière sur la réalité… Ceux qui ont commis le grand mal ce sont ceux qui ont rendu possible l’injustice sociale si horrible dans laquelle vit notre peuple… Les pauvres indiquent le véritable chemin de l’Église. Une Église qui ne s’unit pas avec les pauvres pour dénoncer, à partir d’eux, les injustices qui sont commises envers eux, qui ne s’engage pas avec eux, n’est pas la véritable Église de Jésus-Christ.…

Résumé de mon discours de Louvain

Je veux profiter de cette opportunité pour vous rapporter ce que fut précisément le thème de mon discours à l’Université de Louvain alors qu’on m’indiqua, dans son cycle de conférences, le thème général de toute cette année : Foi et Politique.

I) Les pauvres ont marqué la pastorale de notre archidiocèse

J’ai donc choisi pour nuancer ce concept : « La Dimension politique de la Foi, à partir des pauvres ». Je me suis efforcé de dire comment, pour nous au Salvador, la clé pour comprendre la foi chrétienne, ce sont justement les pauvres.

B) Ils ont été la clé pour comprendre la foi chrétienne

Notre monde salvadorien n’est pas une abstraction; ce n’est pas un cas parmi tant d’autres qu’on entend de par monde dans des pays développés comme le vôtre. C’est un monde qui, dans son immense majorité, est formé d’hommes et de femmes pauvres et opprimés; et de ce monde des pauvres, nous disons qu’il est la clé pour comprendre la foi chrétienne, l’agir de l’Église et la dimension politique de cette foi et de cet agir ecclésial.

Les pauvres sont ceux qui nous disent ce qu’est le monde et quel est le service que l’Église doit rendre à ce monde… Les pauvres sont ceux qui nous disent ce qu’est la politique. Dans son origine, le mot politique faisait référence à la « polis », qui veut dire : Cité. Les pauvres nous disent ce qu’est la « polis », ce qu’est la cité et ce que signifie réellement pour l’Église vivre dans le monde, dans la « polis », dans la cité. Permettez-moi, leur ai-je dit, à partir des pauvres de mon peuple, que je veux représenter, de vous expliquer brièvement la situation et l’agir de notre Église dans le monde où nous vivons. Et j’ai commencé à leur raconter l’aventure de notre Église, ici au Salvador : « Qu’est-ce que nous faisons? »

En premier lieu, nous nous incarnons chez les pauvres; nous voulons être une Église qui se sent réellement coude à coude avec le peuple pauvre du Salvador et nous notons ainsi que, chaque fois qu’il y a ce rapprochement avec le pauvre, nous découvrons le visage véritable du Serviteur Souffrant de Yahvé. C’est là que nous connaissons de plus près le mystère du Christ qui s’est fait homme et qui s’est fait pauvre pour nous.

Annoncer la Bonne Nouvelle

Que fait d’autre l’Église d’ici? Elle annonce la Bonne Nouvelle aux pauvres, mais non pas dans un sens démagogique, comme si nous voulions exclure les autres; bien au contraire. Ceux qui, siècle après siècle, n’ont entendu que des mauvaises nouvelles et qui ont vécu les pires réalités, entendent par le biais de l’Église, les paroles de Jésus : «Le Règne de Dieu s’approche pour nous! Bienheureux êtes-vous les pauvres parce que le Règne de Dieu vous appartient! » Et à partir de là, également, une Bonne Nouvelle qui annonce aux riches qu’ils doivent se convertir aux pauvres pour partager avec eux les biens du Règne de Dieu.

Engagement pour la défense des pauvres

Une autre chose que fait l’Église du Salvador, c’est de défendre les pauvres. Les majorités pauvres de notre pays rencontrent dans la voix de l’Église, celle des prophètes d’Israël. Il y en a parmi nous qui vendent le juste pour de l’argent et le pauvre pour une paire de sandales, comme disent les prophètes… Ceux qui accumulent des violences et des butins dans leurs palais, ceux qui écrasent les pauvres, ceux qui font s’approcher un règne de violence et qui sont allongés sur des lits de marbre, ceux qui ajoutent maison sur maison et qui annexe champ sur champ et qui finissent par occuper tout l’espace disponible, afin de demeurer seuls dans le pays. Ces textes des prophètes ne sont pas des voix lointaines que nous lisons avec révérence dans notre liturgie; ce sont des réalités quotidiennes, dont nous vivons quotidiennement la cruauté et l’intensité.

Persécutés pour la défense des pauvres

C’est pourquoi l’Église souffre le destin des pauvres : la persécution. Notre Église se glorifie d’avoir mêlé son sang de prêtres, de catéchistes et de communautés, aux massacres du peuple et d’avoir toujours porté la marque de la persécution. Précisément parce qu’elle dérange, on la calomnie et on ne veut pas entendre en elle la voix qui réclame contre les injustices.

II) L’Église a enseigné une conscience plus grande du péché

Mais pour cela, la seconde partie de mon discours portait sur ce dont l’Église s’est enrichie dans cette dimension politique de la foi à partir du peuple, à partir du pauvre.

Conscience plus claire du péché.

De là a surgi un sens plus clair de ce qu’est le péché. Ce que nous disons aujourd’hui, précisément, c’est que la pauvreté dénonce le péché. Dans son rapprochement des pauvres, l’Église comprend que le péché est une chose grave. Le péché est ce qui donna la mort au Fils de Dieu et le péché continue d’être ce qui donne la mort aux fils de Dieu. Cette vérité fondamentale de la foi, nous la voyons à l’œuvre quotidiennement dans les situations de notre pays. On ne peut pas offenser Dieu sans offenser le frère. Ce n’est pas, pour autant, par pure routine que nous répétons une fois de plus l’existence de structures de péché dans notre pays. Elles sont un péché parce qu’elles produisent les fruits du péché : la mort des Salvadoriens, la mort rapide de la répression ou la mort lente de l’oppression structurelle. C’est à cause d’elles que nous avons dénoncé le péché de l’injustice.

Une meilleure clarté sur l’Incarnation et la Résurrection

Ce mystère de la pauvreté nous a également mieux fait comprendre la Rédemption de Jésus-Christ qui se fit en tout semblable à nous pour nous racheter de nos péchés et pour nous révéler le sens de Dieu. Dieu veut nous donner la vie et toute personne qui enlève ou qui estropie la vie en mutilant, en torturant, en réprimant, nous révèle également par contraste, l’image divine du Dieu de la vie, du Dieu qui respecte la liberté des hommes.

Ceci est le premier point de mon homélie d’aujourd’hui et je me réjouis d’avoir fait ces considérations dans un pays très organisé comme l’est la Belgique. Cela leur fit comprendre un peu ce qui est difficile à saisir dans ces contrées, à savoir : une Église qui ne fait pas de politique mais qui depuis la Parole prophétique de Dieu, dénonce, dans une réalité qui parle d’elle-même, les injustices subies par le peuple.

C) La Pauvreté est une dénonciation envers l’Église elle-même

La pauvreté est également sainte parce qu’elle réclame et dénonce l’Église elle-même. Cette pensée est aussi de Puebla quand il dit (1147) : « L’engagement avec les pauvres et les opprimés et l’apparition des communautés ecclésiales de base, ont aidé l’Église à découvrir le potentiel évangélisateur des pauvres en tant qu’interpellation permanente, l’appelant à la conversion parce que plusieurs d’entre eux réalisent dans leur vie les valeurs évangéliques de solidarité, de service, de simplicité et de disponibilité pour accueillir le don de Dieu… »

Parce que tous ceux qui dénoncent doivent être disposés à être dénoncés et si l’Église dénonçait les injustices, elle est aussi disposée à entendre les reproches et elle est obligée de se convertir. Et les pauvres, sont le cri constant qui dénonce non seulement l’injustice sociale mais aussi le peu de générosité de notre propre Église… 17/02/80, p.232-236, VIII.

2) La Pauvreté est un esprit

De sorte que, premièrement, la pauvreté est une dénonciation mais qu’elle est également un esprit. Medellín dit à ce propos (14,4) : « La pauvreté spirituelle est le thème des pauvres de Yahvé. La pauvreté spirituelle est l’attitude d’ouverture à Dieu, la disponibilité de celui qui attend tout du Seigneur. Même s’il valorise les biens de ce monde, il ne s’attache pas à eux et il reconnaît la valeur supérieure des biens du Règne. »

« Par le Règne de Dieu – Proximité de Dieu, une Promesse… »

La pauvreté est donc une spiritualité; c’est une attitude du chrétien, c’est une disponibilité de l’âme ouverte à Dieu. C’est pourquoi Puebla disait que les pauvres sont une espérance en Amérique latine, parce qu’ils sont les plus disponibles pour recevoir les dons de Dieu. C’est pour cela que le Christ dit avec tant d’émotion : « Bienheureux vous les pauvres parce que le Règne de Dieu est à vous! Vous êtes les plus aptes à comprendre ce que ne comprennent pas ceux qui sont agenouillés devant les fausses idoles et qui s’y fient. Vous qui n’avez pas ces idoles, qui ne vous fiez pas sur cela parce que vous n’avez ni argent ni pouvoir, vous qui êtes dépourvus de tout, combien plus pauvres êtes-vous, combien davantage êtes vous propriétaires du Règne de Dieu. À condition que vous viviez réellement cette spiritualité parce que la pauvreté que Jésus-Christ rend digne, n’est pas une pauvreté matérielle; ne rien avoir, cela est un mal. C’est une pauvreté qui prend conscience, c’est une pauvreté qui accepte la croix et le sacrifice mais non pas avec conformisme mais parce qu’elle sait que cela n’est pas la volonté de Dieu.

Mais le pauvre évangélique sait aussi que dans la mesure où il fait de sa pauvreté une conscience, une spiritualité, un don de soi, une disponibilité au Seigneur, il se fait saint et à partir de cette sainteté il saura être un meilleur libérateur de son propre peuple. L’Église est en train de forger ces libérateurs du peuple. Vous chrétiens, dans la mesure où votre pauvreté se convertit en spiritualité, dans cette mesure également, vous êtes des libérateurs de notre peuple.

L’Histoire d’Israël a pour scène la Terre Promise

Observons bien à quel moment le Christ dit ces béatitudes pour voir leur portée. Ne les enlevons pas du contexte de toute l’histoire d’Israël. Comment naquit Israël? D’une promesse de Dieu à un ancien qui s’appelait Abraham et qui, pour comble, était stérile. Il vivait avec une femme qui était aussi stérile. Sans qu’il ait eu d’enfants, Dieu lui dit : « De ta descendance, Je vais faire un grand peuple. » Cela commence par un signe de pauvreté, presque de limitation absolue : Ils ne peuvent pas avoir d’enfant et Dieu leur dit qu’Il va leur donner une descendance aussi nombreuse qu’un peuple. Cette promesse est acceptée par la foi d’Abraham et ce peuple va devenir réalité. Et ce peuple rencontre en Dieu une promesse : je vais te donner une terre. Et au moyen d’un guide, Moïse, Il les conduit à cette Terre promise où Dieu leur offrira sa Loi et son Alliance.

Conquise…perdue par le péché… dominée par Rome

Mais ce peuple ne fut pas fidèle et à cause de son infidélité il va être déporté. C’est dans la déportation qu’il pleure avec regrets ce que Dieu lui avait donné et ce qu’il a perdu par le péché. Il s’agit également d’un signe de pauvreté : « Maintenant, dit-Il, le peuple se repent. » Les prophètes appellent au repentir et obtiennent le pardon de Dieu et le peuple revient de Babylone et il se réjouit une autre fois dans son pays. Mais en ce pays il se produit tant de vicissitudes politiques…. dont celle qui nous intéresse plus particulièrement aujourd’hui : celle qu’un jour l’Empire Romain prit possession de cette terre et la domina par son administration, par son armée. Un peuple dominé! C’est en ce peuple dominé par Rome qu’arrive le Christ. À ce peuple soumis politiquement à un pouvoir étranger, à un impérialisme, le Christ prêche les béatitudes : « Bienheureux les pauvres, parce que le Règne de Dieu vous appartient! »

Je vous ai rappelé le contexte pour que nous ne mystifiions pas les Béatitudes de l’Évangile, parce que saint Mathieu, dans une réflexion plus difficile à comprendre, nous dit : « Bienheureux les pauvres d’esprit. » Et plusieurs ont tergiversé cette phrase jusqu’au point de vouloir dire que tous sont pauvres, jusqu’à celui qui opprime les autres. Ce n’est pas si sûr. Dans le contexte de l’Évangile « pauvre d’esprit » signifierait plutôt, comme Luc qui dit simplement « pauvre », celui qui manque, celui qui vit une oppression; c’est lui dont Dieu a besoin pour sortir de cette situation.

Le Libérateur

Mais Jésus-Christ ne se présente pas avec des armes ni avec des mouvements révolutionnaires, même s’Il donne une doctrine pour que toutes les révolutions de la Terre s’inscrivent dans la grande libération du péché et de la Vie éternelle. Il donne des horizons à ceux qui luttent pour les libérations du peuple. Lorsque le Christ dit : « les pauvres d’esprit », Il se réfère aux Israélites, sans leur enlever leur patrie. C’est leur dire aussi : vous aussi devez être libres, vous devez secouer un jour le joug de ceux qui ont envahi cette terre, mais vous devez le faire à partir de cette spiritualité des pauvres. Marie, la Vierge, la plus spirituelle de Yahvé, lorsqu’elle chante dans son Magnificat que Dieu libère les humbles et les pauvres, quand elle dit textuellement : « Dieu renvoie les riches les mains vides et comble de biens les pauvres, » faut-il comprendre ici que résonne également cette dimension politique?

Marie en arrive aussi à dire une parole qu’aujourd’hui nous qualifierions « d’insurrectionnelle » : « Il détrône les puissants quand ceux-ci sont un obstacle à la tranquillité du peuple…! » C’est cela, la dimension politique de notre foi : Marie l’a vécue, Jésus l’a vécue. Il était un authentique patriote d’un peuple qui était sous domination étrangère et que Lui, sans doute, rêvait de voir libre. Mais, pourtant, Il dut payer le tribut à César : « Rendez à César ce qui appartient à César et donnez à Dieu ce qui Lui revient. » C’est cette spiritualité que d’une manière plus explicite, nous a dit la première lecture (Jr 17,5-8). Sans doute que lorsque le Christ parlait, Il rappelait l’écho des anciens prophètes.

Confiance en Dieu, non dans l’homme

Ainsi comme aujourd’hui, l’Église en apportant un texte de l’Évangile du Christ, cite une Parole de L’Ancien Testament, de sorte qu’avec les Béatitudes aux pauvres, à ceux qui ont faim, à ceux qui souffrent, à ceux qui pleurent, nous entendons aussi l’écho de Jérémie (17,5-6) : « Maudit l’homme qui se confie en l’homme, qui fait de la chair son appui et dont le cœur s’écarte de Yahvé! Il est comme un chardon dans la steppe : il ne ressent rien quand arrive le bonheur, il se fixe aux lieux brûlés du désert, terre salée où nul n’habite. » La vision de l’aridité pour l’être humain qui a mis sa confiance dans les choses de la Terre. C’est pourquoi, malheur à vous les riches! parce que si maintenant vous paraissez semblables à des arbres feuillus, demain vous serez des arbres secs comme les steppes et vous serez arides à cause de votre propre égoïsme… Le contraste des prophètes : « Béni celui qui se confie dans le Seigneur. »

Il ne vous semble pas entendre ici l’écho du Christ (Jr 17,7-8) : « Béni l’homme qui se confie en Yahvé et dont Yahvé est la foi. Il ressemble à un arbre planté au bord des eaux, qui tend ses racines vers le courant : il ne redoute rien quand arrive la chaleur, son feuillage reste vert; dans une année de sécheresse il est sans inquiétude et ne cesse pas de porter des fruits. » Ceux-là sont les véritables pauvres; la spiritualité des pauvres c’est substantiellement une grande confiance dans le Seigneur et la malédiction des riches c’est qu’ils s’éloignent du Seigneur et mettent toute leur confiance dans la chair, c’est-à-dire, dans des valeurs terrestres.

C’est pourquoi, mes frères, ce n’est pas un prestige pour l’Église d’être bien avec les puissants. Le véritable prestige de l’Église c’est de sentir que les pauvres la sentent comme une des leurs, de sentir que l’Église vit une dimension sur la Terre d’où elle fait appel à tous, aux riches également, pour qu’ils se convertissent et se sauvent depuis le monde des pauvres, parce que ceux-ci uniquement sont les bienheureux…

La Résurrection… Fondement solide de cet Esprit

Et sur ce point de l’esprit, de la pauvreté comme esprit, je veux situer également la deuxième lecture d’aujourd’hui (I Co 15,12)16-20) parce que celle-ci donne des bases à notre espérance. Saint Paul écrit aux chrétiens de Corinthe où circulaient des idées erronées contre la Résurrection : « La résurrection n’existe pas! » Et ils se moquaient de Paul lorsqu’il parlait de la Résurrection et Paul affermissait sa foi. Déjà depuis dimanche dernier, il nous dit qu’il y a eu des témoins que le Christ est ressuscité : « Cinq cents disciples et en dernier Il m’est apparu à moi qui vous le dis, moi qui persécutait l’Église et qui n’était pas disposé à croire aux histoires de l’Église. Je l’ai vu et je me suis converti à Celui que je vous prêche. »

Saint Paul est un merveilleux témoin de la Résurrection parce s’il y avait un homme qui ne voulait pas croire en Jésus ni en la Résurrection, c’était Saul le persécuteur. Il croyait que les chrétiens trompaient ses compagnons juifs et c’est pourquoi il les persécutait. Et à ce Paul, convaincu que le Christ est mort, apparaît le Christ vivant et après cela le nouveau converti est capable de donner sa vie pour cette grande vérité : « Non dit-il aux Corinthiens dans l’erreur, le Christ est ressuscité…! Et si vous dites que les morts ne ressuscitent pas, pourquoi ai-je vu le Christ ressuscité? »

Et si le Christ est ressuscité, la résurrection des hommes existe également et si cette dernière existe, c’est là que s’affermit notre foi et notre espérance parce que si le Christ n’était pas ressuscité, nous serions les plus misérables des hommes, croyant dans un mensonge. Mais le Christ est ressuscité, le Christ vit et c’est là notre grande foi et notre confiance, la grande spiritualité des pauvres. Il est notre Dieu, le Dieu des pauvres comme le chantent nos chansons populaires… 17/02/80, p.236-239, VIII.

3) La Pauvreté est un engagement.

Comme dernier point de ma réflexion d’aujourd’hui je veux laisser cette idée : que la pauvreté est une force de libération parce qu’en plus d’être une dénonciation du péché et d’être une spiritualité chrétienne, elle est, en troisième lieu, un engagement.

Le mot chrétien signifie pour moi en premier lieu, que je dois donner l’exemple de cette appartenance ; et pour vous tous très chers prêtres, religieuses et vous tous, les baptisés qui se nomment chrétiens, écoutez ce que dit Medellín : « La pauvreté, comme engagement qui assume volontairement et par amour la condition des nécessiteux de ce monde pour témoigner du mal qu’elle représente et de la liberté spirituelle devant les biens, continue en cela, l’exemple du Christ qui fit siennes toutes les conséquences de la condition pécheresse des hommes et qui “étant riche, se fit pauvre pour nous sauver.” »

C’est cela, l’engagement d’être chrétien : suivre le Christ dans son incarnation; et si le Christ est le Dieu majestueux qui s’est fait homme, humble jusque dans la mort des esclaves sur une croix et qu’Il a vécu avec les pauvres, c’est ainsi que doit être notre foi chrétienne. Le chrétien qui ne veut pas vivre cet engagement de solidarité avec le pauvre, n’est pas digne de s’appeler chrétien…

Cet engagement apporte la persécution

Le Christ nous invite à ne pas avoir peur de la persécution parce que, en faisant du pauvre notre frère, celui qui s’engage avec les pauvres doit courir le même destin que les pauvres. Et au Salvador nous savons déjà ce que signifie le destin des pauvres : être porté disparu, être torturé, être capturé, réapparaître une fois mort.

Le Don du Christ : L’annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres

Et ceux qui recherchent les privilèges de ce monde et non pas les persécutions de cet engagement, doivent écouter les antithèses terribles de l’Évangile (Lc 6,22-23) : « Heureux êtes-vous, quand les hommes vous haïront, quand ils vous frapperont d’exclusion et qu’ils insulteront et proscriront votre nom comme infâme à cause du Fils de l’homme. Réjouissez-vous ce jour-là et tressaillez d’allégresse, car voici que votre récompense sera grande dans le ciel. » Je tiens à féliciter avec une allégresse et une gratitude immense les prêtres, et plus particulièrement ceux qui sont davantage engagés avec les pauvres; ils sont encore plus diffamés. Lorsqu’ils sont plus engagés envers la misère de notre peuple, ils sont davantage calomniés. Je veux me réjouir avec les religieux et les religieuses, avec les communautés chrétiennes, avec les catéchistes qui sont engagés avec ce peuple au point de souffrir avec lui et qui pendant que fuient les lâches, demeurent en poste…

Et ceux qui veulent fuir les conséquences de la persécution, de la calomnie, de l’humiliation, écoutez ce que le Christ a dit en ce dimanche (Lc 6,26) : « Malheur, lorsque tous les hommes diront du bien de vous! C’est de cette manière, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. » Comme est triste l’adulation du monde! Si les chrétiens qui souffrent la calomnie et la persécution, voulaient être bien, il leur serait très facile de trahir leur christianisme et de vivre agenouillés devant l’argent comme vivent ceux qui sont bien en ce monde, « mais malheur à vous! »

La Mort… le Péché… Expression ultime de la Pauvreté…

Dans la seconde lecture d’aujourd’hui (I Co 15,12)16-20), est aussi confirmée cette vérité de la pauvreté comme engagement. Les manifestations extrêmes de la pauvreté sont le péché et la mort. Il n’y a pas de gens plus misérables que ceux qui sont dans le péché et il n’y a pas d’être plus pauvre qu’un cadavre. C’est envers eux que s’est engagé le Christ, envers les pécheurs et les morts. C’est pourquoi la Rédemption du Christ implique toute les libérations de la Terre, lesquelles ne seront pas complètes tant qu’elles ne parviendront pas à libérer les pécheurs du péché et les défunts de la mort; et c’est ce que nous offre le grand Libérateur.

Bienheureux ceux qui travaillent aux libérations politiques de la Terre en tenant compte de la Rédemption de Celui qui sauve du péché et de la mort.

Le Christ Ressuscité : Engagement valeureux avec les pauvres

C’est pourquoi, la seconde lecture d’aujourd’hui affermit le cœur d’un peuple qui lutte pour sa Résurrection. Croyez en la Résurrection, ne doutez pas que le Christ est ressuscité et qu’Il nous a sauvés, depuis sa croix, du péché et de la mort. Nous mourons tous mais celui qui croit dans le Christ ne mourra pas pour toujours et là-haut dans le Ciel, nous chanterons la victoire des libérations de la Terre. La grande Libération est celle du Christ et celui qui intègre à la lutte de libération de son peuple, la foi en Jésus-Christ, porte la garantie d’une Libération intégrale, complète et immortelle. Celui qui voudrait s’écarter de cette Libération chrétienne et faire seulement consister sa lutte en des choses temporelles, en de meilleurs salaires, en des impôts plus bas, en changement d’hommes et de femmes dans la politique, en changement de structures qui demain seront déjà vieilles, devrait savoir que tout cela est temporel, transitoire. Ce qui demeure dans l’âme de tout cela c’est d’avoir travaillé ainsi mais avec une âme de chrétien.

C’est pourquoi, ceux qui vivent dans les groupes organisés ou dans des partis politiques, ne doivent pas oublier, s’ils sont chrétiens, de vivre profondément cette intensité de la spiritualité de la pauvreté, de vivre intensément cet engagement chrétien avec les pauvres. Ils sont nombreux, grâce à Dieu, parce que plusieurs surgirent de nos communautés ecclésiales. Ce qui est dommage cependant, c’est que plusieurs ont perdu leur foi et se sont déjà coupés du principal.

Mais ceux qui luttent dans les organisations politiques populaires et qui n’ont pas trahi leur foi, qui continuent de fréquenter leurs communautés chrétiennes pour alimenter de foi leur lutte et pour confronter à leur foi, leurs critères politiques, ceux-ci font très bien. C’est ce que j’ai voulu dire dans ma quatrième lettre pastorale lorsque je dis aujourd’hui qu’une des nécessités les plus urgentes de la pastorale de l’archidiocèse est la pastorale d’accompagnement, c’est-à-dire de suivre, pour qu’ils mûrissent dans la foi, ces jeunes, ces hommes et ces femmes qui appartiennent à des groupes politiques, pour qu’ils vivent cet engagement à partir de leur foi, sans la trahir, en sachant que la foi possède une dimension politique mais qu’elle est toujours la foi dans l’éternelle Résurrection du Seigneur et dans l’arrachement de l’homme au péché.

Puisse Dieu qu’on ne déprécie pas l’Église lorsqu’elle s’insurge à partir de cette perspective, contre les imperfections et les abus, contre les stratégies, contre les limitations des groupes politiques! Ne prenez pas cela mal; écoutez-la comme une mère et comme un maître de la foi si vous voulez faire vraiment honneur à votre titre de chrétien. Vivez-le en vérité, parce qu’il ne sert à rien de s’appeler chrétien seulement pour le titre si on ne l’est pas véritablement… 17/02/80, p.240-242, VIII.


Premier dimanche du carême; 24 février 1980; Lectures : Deutéronome 26,4-10; Romains 10,8-13; Luc 4,1-13.
Le carême, Triomphe du Projet rédempteur de Dieu dans l’Histoire
Dieu a un projet, un plan, pour sauver l’Histoire, pour sauver les humains. Et le carême nous dit comment triomphe le plan de Dieu malgré les tentations du mal. C’est ainsi que je vais vous présenter le thème d’aujourd’hui :

1) Victoire du Christ sur l’ennemi du projet rédempteur de Dieu
2) Le rôle de l’Esprit Saint comme force du projet rédempteur de Dieu
3) Par la foi, nous participons à la victoire du plan rédempteur de Dieu.

1) Victoire du Christ sur l’ennemi du projet rédempteur de Dieu

La rencontre du Christ avec le diable dans le désert

L’Évangile d’aujourd’hui nous présente la rencontre de deux forces de frappe terribles : le Christ et le diable. Le Christ se présente comme l’homme qui va apprendre dans l’expérience personnelle de tout homme, la valeur de la tentation pour raffermir les convictions de l’être humain.

Le Christ, comme homme, vit l’expérience d’Israël au désert

Sa présence au désert évoque les 40 ans qu’Israël passa au désert sous la conduite du plan de Dieu parmi les tentations et les difficultés du monde, du démon et des adversités dont ils souffrirent.

Tout ce passage évoque le livre du Deutéronome où Moïse parle au peuple en lui rappelant les merveilles que Dieu a réalisées durant l’Exode et comment Il s’attend, en retour, à leur fidélité. Le Christ apparaît comme une synthèse de ce peuple pendant cette pause merveilleuse au désert : le Christ en prière, le Christ qui jeûne, le Christ qui affronte les tentations du mal. Il se perfectionne comme l’homme dans l’épreuve et sa victoire sera si resplendissante que, tout au long de ses trois années de magistère, fulgureront toujours ces principes avec lesquels Il a vaincu les tentations qui voulaient détruire le plan de Dieu.

Le Désert : Le lieu des fauves et des démons

Pour les anciens, le désert, zone inhabitée, était comme le lieu réservé aux fauves et aux démons. Le Christ, en entrant en ce lieu de solitude, est comme un nouvel Adam qui n’entre pas au paradis des délices mais qui va refaire ce paradis à partir du désert. Il est le second Adam, le Rédempteur de l’humanité qui va nous rendre le désert converti en paradis si nous savons suivre ses chemins.

A) Pierres et pains

Arrivent alors les tentations (Lc 4,3-4) : « Si tu es le Fils de Dieu, dis à cette pierre qu’elle devienne du pain. » Et Jésus lui répondit : « Il est écrit : Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais toute parole qui sort de la bouche de Dieu est vie pour l’homme. » Apparaissent ici les projets : le projet de Dieu et le projet du démon, le projet du mal. Portons attention afin de savoir reconnaître dans quel projet nous nous sommes embarqués.

Type de messies : Gagner les gens en leur donnant ce qu’ils veulent immédiatement

Le démon propose au Christ une solution facile au problème, un miracle. « Change les pierres en pains ». Solutions immédiates, ainsi comme plusieurs politiciens qui voudraient voir les problèmes s’arranger d’avance et qui réclament jusqu’à l’impossible. Ces réclamations d’adolescents s’apparentent beaucoup à la tentation du diable : vouloir convertir les pierres en pains et ainsi, nous n’aurons plus faim.

Mais le Projet de Dieu veut donner un sens au jeûne; il veut donner un sens à la Croix, au désert, au sacrifice. Alors viendra le pain. La Parole de Dieu est justice et le pain ne se fait pas seulement avec des pierres. Le pain qui doit alimenter tous les êtres humains doit être celui de la juste distribution des biens; il doit aussi provenir des sacrifices des riches qui se privent pour partager avec le pauvre; il doit provenir d’une société organisée selon le cœur et la justice de Dieu. C’est cela, la Rédemption que J’apporte, dit le Christ.

Ce n’est pas nécessaire de résoudre maintenant par des miracles faciles qui sont à ma portée, certainement, les situations de désert. Je vais agir en certaines occasions, comme lorsque avec cinq pains je vais donner à manger à cinq mille personnes. Pour moi ce n’est pas difficile de multiplier les pains et d’apporter nourriture et salaire, (de bons salaires, une bonne situation) à tous les marginalisés. Mais le monde ne comprendrait pas. Le riche continuerait d’être égoïste, l’humain ne se convertirait pas. Nous ne construirions pas la société que Dieu a créée, une société de gens intelligents et capables de s’aimer avec les biens qu’ils possèdent et de donner suffisamment de pain pour tous.

Comme disait Paul VI, lorsqu’il parlait des méthodes artificielles contre la natalité : « Combien triste est le sort des humains, devoir priver certains du banquet de la vie parce qu’ils ne savent pas mieux partager. La question n’est pas de priver ceux qui viennent à la vie, mais de faire en sorte que sur la table il y ait du pain pour tous. »

Ainsi pourrions-nous dire également aujourd’hui : ne recherchons pas des solutions immédiates; nous ne pouvons pas arranger d’un seul coup cette société si injustement organisée durant tant de temps; mais organisons, oui, la conversion des cœurs. Que tous et chacun sachent vivre l’austérité du désert, qu’ils sachent savourer la forte Rédemption de la Croix; qu’il n’y ait pas de joie plus grande que de gagner le pain à la sueur de son front et qu’il n’y ait pas non plus de péché plus diabolique que d’enlever le pain à celui qui a faim. 24/02/80, p.262, VIII.

B) Il s’agit d’une vision instantanée, de dominations politiques

Il y a une autre caractéristique du projet de Dieu et du projet du mal dans l’Évangile d’aujourd’hui. L’Évangile dit qu’aussitôt, en un instant - il s’agit d’une vision - le diable fait passer devant le Christ tous les royaumes et les gloires du monde : les grands défilés militaires, les voitures des empereurs. Tout cela est la gloire du monde, tout cela est à moi. Quelle triste possession! Je ne voudrais pas avoir quelque chose qui provient du diable -. (Lc 4,6-8) : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes si tu te prosternes devant moi, car elle m’a été livrée et je la donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle t’appartiendra tout entière. » Et Jésus lui dit : « Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et à Lui seul, tu rendras un culte. »

Idolâtrie du pouvoir

Et le Christ continue d’être affamé dans le désert mais l’idolâtrie du pouvoir ne l’a pas vaincu. Quelle leçon terrible et actuelle pour notre temps! Pourquoi les hommes du Salvador luttent-ils? Pour le pouvoir? Le diable ne dit-il pas qu’il est facile de l’acquérir, il suffit de se prosterner à genoux devant lui. Mais le projet de Dieu dit non à l’idolâtrie. Dans ma lettre pastorale, je dis qu’un des services que l’Église nous rend aujourd’hui, c’est de démasquer les idolâtries : Idolâtrie de l’argent, idolâtrie du pouvoir, prétention d’avoir les humains à genoux devant ces faux dieux. La vérité est que le projet de Dieu est : « Tu adoreras ton Seigneur, ton Dieu. » C’est cela, la vraie solution.

La véritable Libération de notre peuple, c’est de leur enseigner qu’il existe une lutte entre le pouvoir de Dieu et les pouvoirs faciles de cette Terre où l’on outrage tellement la dignité humaine, les droits humains et où s’établissent des systèmes politiques qui endorment la conscience des puissants. Malheur aux puissants lorsqu’ils ne tiennent pas compte du pouvoir de Dieu, l’Unique Puissant, lorsqu’il s’agit de torturer, de tuer, de massacrer pour subjuguer le peuple au pouvoir! Quelle terrible idolâtrie sont-ils en train d’offrir au dieu pouvoir, au dieu argent! Tant de victimes, tant de sang que Dieu, le véritable Dieu, l’auteur de la vie, que Dieu va charger très cher à ces idolâtres du pouvoir…

C) Jérusalem : But de Luc

Et la troisième vision est la troisième tentation que Luc nous propose aujourd’hui dans son Évangile lorsque le diable, qui ne veut jamais se laisser vaincre, amène le Christ au sommet du pinacle du temple pour lui proposer une autre tentation. Il lui dit (Lc 4,9-12) : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, afin qu’ils te gardent. Sur leurs mains, ils te porteront, de peur que tu ne heurtes du pied quelque pierre. »
Et devant ce succès, la multitude du temple va t’applaudir et tu seras acclamé comme le messie qu’ils attentent. Mais Jésus lui répondit : « Il est dit : “Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu.” Tu veux voir si Je suis un messie facile, un messie qui recherche les applaudissements, un messie qui veut gagner les multitudes en leur donnant des solutions vaniteuses, me faisant briller vaniteusement devant eux, cela n’est pas le projet de Dieu. »

Cela vient de l’humilité de Dieu

Le projet de Dieu est l’humilité de l’homme qui, par la foi, vit sa vie ordinaire et s’approche de Dieu, en observant sa volonté. Il n’est pas nécessaire de faire des choses ostentatoires; il n’est pas nécessaire et cela cause de nombreux maux, d’avoir une religion triomphaliste, une politique triomphaliste. Ce qui manque, c’est la solidité, l’honnête simplicité des hommes engagés au service de Dieu. C’est cela, le projet de Dieu : une vie simple, ordinaire, mais lui donnant un sentiment d’amour, de liberté. Comme notre pays serait beau si nous vivions tous ce projet de Dieu, chacun s’occupant de son travail sans prétention de dominer, gagnant et mangeant simplement avec justice le pain dont sa famille a besoin! Il n’y aurait pas toute cette terrible situation qui surgit précisément parce que les humains cherchent un faux messie, comme celui que nous proposait Satan.

Victoire de Jésus

Le Christ triomphe des projets du mal et Il s’accroche à l’unique projet de Dieu, aux idéaux de Dieu; c’est ce que doit faire tout chrétien. Jésus a vaincu les tentations au nom de tous les humains. Chacun de nous doit savoir de quel côté le projet du mal cherche à entrer en lui : les uns par l’orgueil, les autres par la cupidité, d’autres par la vanité, d’autres encore par les triomphes faciles. Faites bien attention, mes frères. Le Christ a dit aujourd’hui une parole qui doit être mise sur les lèvres de chacun et face aux tentations faciles de la vie, ayez le courage de défendre l’unique projet qui sauve et qui demeure : le projet de Dieu.

Le chemin de la Croix est le seul qui mène à la véritable Victoire

Une croix, qui n’en porte pas? Vouloir rejeter cette croix, c’est tomber dans la tentation du diable. S’affermir, embrasser avec tendresse la Croix de mon propre devoir, c’est cela, le projet de Dieu. Vivre avec amour sa propre vie, c’est ce que Dieu veut pour sauver les humains. Le Christ apparaît maintenant victorieux. Je vous supplie de ne pas oublier durant tout le carême, cette figure merveilleuse du Christ au désert, entouré de fauves, tenté par le démon, récupérant le paradis. Et Il le récupérera lorsque tous les humains seront comme Lui, des disciples fidèles du projet de Dieu. 24/02/80, p.262-264, VIII.

2) Le rôle de l’Esprit Saint comme force du projet rédempteur de Dieu. Insistance de Luc à mentionner l’Esprit

Avec quelle insistance l’Évangile de saint Luc nous dit que le Christ était porté par l’Esprit. C’est pourquoi on le désigne comme étant l’Évangile de l’Esprit. On ne peut concevoir un Christ qui soit Sauveur de l’humanité, si ce n’est qu’habité par l’Esprit de Dieu. Dès le commencement, dans les entrailles de la Vierge Marie, l’Esprit Saint est l’auteur de cette nature humaine, uni intrinsèquement à la personne divine de Dieu le Fils. Depuis lors, le Christ est l’œuvre de l’Esprit Saint et ainsi toute l’œuvre de la Rédemption est le fruit de son labeur. Il est nécessaire de tenir compte de cela pour comprendre les autres lectures de ce jour.

Le Credo du peuple d’Israël

La première lecture (Dt 26,4-10) est le credo du peuple d’Israël. Gardons bien cela en tête, parce que c’est un « je crois en Dieu » mais non pas dans un Dieu désincarné, mais dans le Dieu de l’Histoire. Ainsi commandait Moïse au citoyen d’Israël : lorsqu’il récoltera la moisson de son champ, il devra apporter au temple les prémisses et l’offrir à Dieu avec cette prière qui est le credo d’Israël. (Dt 26,5-7) : « Tu prononceras ces paroles devant Yahvé ton Dieu : “Mon père était un araméen errant qui descendit en Égypte, et c’est en petit nombre qu’il y séjourna avant d’y devenir une nation grande, puissante et nombreuse. Les Égyptiens nous maltraitèrent, nous brimèrent et nous imposèrent une dure servitude. Nous avons fait appel à Yahvé le Dieu de nos pères. Yahvé entendit notre voix, il vit notre misère, notre peine et notre oppression…” » et il poursuit en décrivant comment Dieu les fit sortir d’Égypte par le désert pour leur donner une patrie, une Terre promise.

Promesse aux patriarches

Le credo d’Israël est une histoire. Un credo qui commence par la promesse faite aux patriarches, promesse incroyable : un vieillard à qui Dieu promet un peuple nombreux alors qu’il n’avait aucun fils et qu’il était stérile. Un peuple qui croît sous l’esclavage et à qui Dieu dit qu’Il va leur donner une terre où coulent le lait et le miel. Ce peuple sort vers la Terre promise et lorsqu’elle devient réalité, les fruits de cette terre sont l’expression que Dieu a accompli sa promesse et c’est pourquoi on lui fait des offrandes. Cette offrande de cette messe d’Israël, comme notre offertoire, rend grâce pour notre terre, pour notre patrie et pour nous rappeler que Dieu n’a pas abandonné le peuple.

La foi d’Israël est la foi de sa propre politique

Les Israélites n’avaient pas une foi vaporeuse comme plusieurs chrétiens qui croient que lorsqu’on parle de ces choses, on se mêle de politique. La foi d’Israël était la foi de sa propre politique, la foi et la politique y étaient converties en un seul acte d’amour au Seigneur. C’était une politique qui s’inspirait de la grâce et des promesses de Dieu. Et le Dieu de tous les peuples, qui est aussi celui du Salvador, doit être un Dieu qui éclaire la politique. C’est Lui qui nous donne nos champs, c’est Lui qui veut la réforme agraire, c’est Lui qui veut une meilleure répartition des biens que le Salvador produit. Ce n’est pas juste que quelques-uns amassent dans leurs voûtes alors que le peuple demeure privé de ces dons que Dieu a créés pour tous. 24/02/80, p.264-265, VIII.

L’histoire d’Israël possède une unité et c’est l’Histoire du Salut parce que c’est l’Esprit qui l’apporte

Ce credo a été inspiré par l’Esprit Saint qui donne unité à toute l’histoire d’Israël. C’est pourquoi la Bible, qui est l’histoire de ce peuple, apparaît comme le livre de l’Esprit Saint. Même si ce sont des hommes de divers siècles et de diverses cultures qui l’ont écrit, c’est l’Esprit Saint qui écrit les pages de l’histoire d’Israël qu’est la Bible, modèle de toutes les histoires de tous les peuples. C’est pourquoi tous les peuples doivent lire la Bible et apprendre d’elle les relations qui existent entre la foi et la politique.

La Bible est le livre modèle pour apprendre ici à vivre cette relation merveilleuse de la foi et de la politique. C’est pourquoi, lorsque l’Esprit Saint amène les temps d’Israël jusqu’à sa plénitude et que naît le Christ par son œuvre, ce Christ commence à former un nouveau peuple : nous les chrétiens. Et ici surgit encore le peuple; nous sommes l’œuvre de l’Esprit Saint. Dieu réalise l’Histoire du Salut dans l’histoire de chaque peuple; c’est pourquoi, un peuple ne peut être comparé à un autre peuple et aucun empire n’a le droit de venir influencer la manière d’être de notre peuple…

[Applaudissements]

Le Dieu des grands empires est le Dieu qui, là-bas, réclame la justice aux puissants et qui défend les pauvres de ce peuple. Il a suffisamment à faire là-bas! Et le Dieu de nos peuples pauvres construit lui aussi l’Histoire du Salut avec l’histoire salvadorienne et non avec l’histoire artificielle… L’Histoire que l’Esprit Saint anime constitue pour le peuple chrétien une merveilleuse motivation et s’appelle : la Résurrection. L’Esprit qui ressuscita le Christ nous a donné, en ce Christ ressuscité, le modèle de l’Histoire. C’est vers là que doivent tendre toutes les histoires, pour faire des hommes qui après avoir vécu avec leur croix à l’épaule, ressuscitent à la liberté que l’on doit savourer déjà sur cette Terre, mais qui ne sera définitive que lorsque nous savourerons la plénitude du Règne de Dieu.

Cela ne signifie pas que nous devions délaisser la libération du peuple en attendant l’au-delà de la mort. Je suis en train de dire que le Christ ressuscité appartient déjà à l’histoire présente et qu’Il est source de liberté et de dignité humaine. C’est précisément pour cela que nous célébrons le carême comme préparation pour la Pâque, pour qu’à partir de notre situation salvadorienne, en vivant notre carême salvadorien, les Salvadoriens savourent la Vie nouvelle du Christ ressuscité en cherchant à construire un pays plus juste, plus fraternel, où se vit plus intensément la Vie de Dieu que le Christ nous a apportée et qu’Il nous donne par son mystère pascal.

Le carême et la Pâque nous appartiennent et nous pouvons dire cela de chaque peuple : le Christ est nôtre, le Christ est salvadorien pour les Salvadoriens. Le Christ est ressuscité ici au Salvador pour nous, pour chercher, à partir de la force de l’Esprit, notre propre idiosyncrasie, notre propre histoire, notre propre liberté, notre propre dignité de peuple salvadorien. 24/02/80, p.265-266, VIII.

3) Par la foi, nous participons à la victoire du plan rédempteur de Dieu

La profession de foi d’Israël

Dans la première lecture d’aujourd’hui, je vous ai dit qu’il s’agissait là de la profession de foi du peuple d’Israël qui consiste principalement en ces trois grands articles de foi de l’Israélite :

1) L’élection des patriarches. Dieu choisit un Araméen, Abraham, sans mérite, pour faire naître un peuple à partir de presque rien.
2) Dieu fit un peuple et le sortit de l’esclavage à l’indépendance : Égypte et l’Exode.
3) Il nous a donné un peuple et ce peuple nous devons le construire selon le cœur de Dieu. Ce credo change pour les chrétiens, non pour cesser d’être patriotes, mais pour donner un sens plus divin à notre histoire comme nous dit la seconde lecture (Rm 10,8-13). 24/02/80, p.267, VIII.

Saint Paul nous décrit merveilleusement quel est le processus de la foi chrétienne et quel est son contenu.

A) Processus

La profession de foi des chrétiens

Le processus est bien simple dit saint Paul (Rm 10,8) : « La Parole est tout près de toi, sur tes lèvres et dans ton cœur. .Entends : la Parole de la foi que nous prêchons. » C’est ce qui est primordial : proclamer la Parole de Dieu pour la rendre accessible aux humains. C’est cela, la mission du prédicateur. C’est cela, la mission de la radio; c’est pourquoi elle nous manque et nous devons l’avoir un jour, parce que les véhicules de la Parole la transportent auprès des gens et saint Paul nous dit que la foi commence là où la Parole est entendue. « Comment vont-ils croire, dit saint Paul, s’ils ne l’ont pas entendue? »

Il est nécessaire d’entendre la Parole pour voir si nous croyons ou si nous ne croyons pas; mais il faut l’entendre. Que la Parole s’approche! Dans le processus de la foi, chers amis, pères de famille, catéchistes, professeurs de collèges chrétiens, quelle grande mission est la nôtre : faire entendre la Parole de Dieu à l’ouïe humaine!

Acceptation… Intériorisation

Ensuite, on l’accepte dans le cœur; c’est l’acceptation de la foi, c’est l’intériorisation, je crois. Mais cette intimité de foi ne suffit pas, dit saint Paul. Il faut l’expliquer, il faut l’extérioriser.

Cela se vérifie dans les actes liturgiques

Et alors la foi s’extériorise par les signes liturgiques. Les sacrements sont les signes de la foi que l’on porte en son cœur. Les sacrements de la foi se nomment, et c’est pourquoi nul ne devrait recevoir un sacrement sans savoir de quoi il s’agit. C’est pourquoi nous insistons tant sur le fait que l’on ne devrait pas baptiser aucun enfant sans avoir expliqué à ses parents et à ses parrains ce que signifie le baptême. Personne ne devrait se marier à l’Église sans avoir reçu au préalable une explication sur ce qu’est le sacrement du mariage. On doit recevoir un sacrement avec une explication de la foi qu’il porte à l’intérieur.

Le sacrement procède de la foi. Venir à la messe le dimanche est un sacrement. L’Eucharistie nous convoque parce que nous croyons que le Christ est notre chef, le conducteur de ce pèlerinage. C’est pourquoi, chaque dimanche, nous venons, remplis de foi, pour nous sentir davantage unis à Lui. Nous expliquons la foi. Si quelqu’un n’est pas catholique, il ne vient pas à la messe parce que ce n’est pas sa foi. Nous venons à la messe pour dire : « cette foi intime que je porte au-dedans de moi, je vais aller la partager avec tous mes frères qui vont assister à la Sainte Messe ». Cette foi devient explicite en la vivant. C’est ce que je vous ai dit auparavant : convertissons-nous en porte-voix de Dieu! Cette foi que je porte, que je puisse la transmettre par mon exemple, par mon honnêteté, par mon aimable parole, par la consolation que je donne. Je dois être un modèle de la Parole de Dieu qui s’est faite vie dans l’intimité de mon être. C’est cela, la foi. 24/02/80, p.267-268, VIII.

B) Contenu de la foi chrétienne

Quel est le contenu de cette foi chrétienne? Saint Paul dit deux choses aujourd’hui : croire que le Christ est le Seigneur et que Dieu L’a ressuscité d’entre les morts. Il s’agit là des deux grands articles de la foi chrétienne. Le Christ est le Seigneur, c’est-à-dire Dieu, et, devant le Christ seul, il faut nous agenouiller; nous devons n’avoir d’autre ambition que d’être à l’image du Christ, et nous ne devons jamais placer quelque chose au-dessus du Christ notre Seigneur. Il est ressuscité et Il vit. Il m’attend. Je crois en un homme qui, certes est mort mais qui est vivant et sur qui la mort n’aura plus d’emprise. C’est cela, la foi chrétienne; c’est pourquoi le carême nous prépare à la Pâque pour pouvoir dire non seulement avec les lèvres mais avec la vie : Le Christ est le Seigneur, je n’ai pas à adorer personne d’autre; je ne m’agenouille que devant Lui uniquement et, même si je meurs, je serai toujours agenouillé devant le Christ; jamais je ne m’agenouillerai devant des hommes ou des femmes.

Contenus distincts… La même offrande à Dieu

Comme vous voyez, chers frères, entre la foi de l’Ancien Testament et celle du Nouveau Testament, les contenus diffèrent quelque peu, mais ce qu’ils veulent nous dire de la foi est fondamentalement la même chose. Lorsque l’Israélite professait sa foi : « Je crois dans le Dieu qui choisit Abraham, je crois dans le Dieu qui fit un peuple et le sortit d’Égypte, je crois dans le Dieu qui m’a donné cette terre avec ses fruits, » ce que je suis en train de dire c’est que : j’ai confiance en Dieu, je crois en Lui, je m’offre à Lui et aucun autre dieu je n’adorerai. Maintenant lorsque le chrétien dit : « Je crois que le Christ est le Seigneur, je crois que le Christ ressuscita et qu’il est vivant, » ce sont des contenus distincts mais l’objet est le même. Je dois croire en Dieu, je dois adorer Dieu, je dois suivre le Christ.

Pour l’Israélite, le Christ n’existait pas. Il était une promesse que Dieu allait se faire homme. Pour nous, chrétiens, cette grande promesse de l’Histoire est déjà une réalité. Le Christ est Dieu fait homme. C’est à nous que revient de changer toute l’histoire d’Israël par ce « je crois ». Il personnifie Israël. Le Christ est la personnification de toute cette Histoire du Salut. Le carême nous prépare à être dignes de suivre le Christ véritable.

Ma conclusion serait la suivante : Ayons la foi, croyons en vérité et à partir de notre foi, éclairons notre politique, travaillons notre histoire, soyons artisans du destin de notre peuple. Non pas en réalisant un projet uniquement humain et, encore moins inspiré par le diable, mais un projet que Dieu inspire et qui m’amène à croire en Jésus-Christ, qui me fait sentir l’histoire de ma patrie comme une Histoire du Salut où le Christ est présent, dans ma famille, dans les lois de ma terre, dans mon gouvernement, dans tout ce qui constitue ma patrie afin que le Christ soit la lumière qui illumine tout. C’est ainsi que la patrie se transforme en une antichambre de ce Règne de Dieu. » 24/02/80, p.268-269, VIII.

Mes frères, l’histoire de notre pays est très dense mais je me console en sachant qu’elle est éclairée par l’Histoire du Salut. Le Christ au désert nous a enseigné aujourd’hui qu’un homme peut choisir d’être influencé par la loi du projet de Dieu ou par les tentations du mal. Ce Christ, Fils de l’homme, parce qu’Il représente tous les humains, nous livre le grand message de ce dimanche. Nous bâtissons notre histoire sous ces deux influences : notre foi chrétienne et les mauvaises influences du crime, de la violence et des autres qui occupent actuellement la première place dans notre histoire.

Je vous supplie, comme Jésus dans le désert, de réfléchir, pour connaître ce qu’est le projet de Dieu. Et comme chrétiens, tous et chacun, soyons un reflet de ce projet de Dieu. Cherchez avant tout la volonté du Seigneur et non les caprices des humains, surtout lorsqu’ils sont inspirés par les crimes de l’égoïsme. Que cherchons-nous? Qu’est-ce que Dieu veut? Cherchez la volonté de Dieu jusque dans la faim du désert, jusque sur la Croix de son propre Fils Sauveur du monde, non pas pour des apparences de salut mais par la force véritable qui émane seulement de la Croix et du sacrifice.

Le carême est un appel pour que nous aimions notre patrie et pour que nous sachions par quels chemins veut la conduire le Seigneur. Ne nous laissons pas tromper. C’est pourquoi, comme les Israélites, dans notre messe d’aujourd’hui, nous allons proclamer notre foi dans le Dieu de notre histoire… 24/02/80, p.278, VIII.

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