Je ne pouvais manquer de visiter ce saint lieu cher aux Romains, pour y vénérer celui que l'on appela "l'Apôtre de l'Urbs", saint Philippe de Neri, Co-Patron de cette ville bénie.
Ma venue était un devoir, elle était un besoin de l'âme et elle était aussi une attente frémissante !
Et ensuite, je vous salue avec un amour tout particulier, fidèles, vous en qui je veux atteindre tous les fidèles de Rome, la ville de saint Philippe Neri, la ville qu'il a tant aimée et favorisée et où son souvenir, vif et sanctifiant, est toujours présent.
Vous savez que durant son séjour à Rome de 1534 — quand il y arriva, pauvre pèlerin inconnu — à 1595, l'année de sa mort bienheureuse, St Philippe Neri témoigna d'un très vif amour pour Rome ! Pour Rome il vécut travailla, étudia, souffrit, pria, aima, mourut ! Il avait Rome dans l'esprit, dans le cœur, dans ses préoccupations, dans ses projets, dans ses réalisations, dans ses joies et, également, dans ses douleurs ! Pour Rome, saint Philippe fut homme de culture et de charité, d'étude et d'organisation, d'enseignement et de prière ; pour Rome il fut un saint prêtre, un infatigable confesseur, un éducateur ingénieux et un ami pour tous ; il fut aussi, de manière toute particulière un expert conseiller et un délicat directeur de conscience. Recouraient à lui des Papes et des Cardinaux, des évêques et des prêtres, des princes et des politiciens, des religieux et des artistes. D'illustres personnages se confièrent à son cœur de père et d'ami, tels que l'historien Cesare Baronio et le célèbre compositeur Palestrina, saint Charles Borromée et saint Ignace de Loyola, et le Cardinal Frédéric Borromée.
Mais la pauvre petite chambre de son appartement fut surtout un centre d'accueil pour une immense multitude d'humbles personnes du peuple, de souffrants, de déshérités, de marginaux, de jeunes, d'enfants qui accouraient chez lui pour avoir un conseil, le pardon, la paix, des encouragements, une aide matérielle et spirituelle. L'activité bénéfique de saint Philippe fut telle, fut si nombreuse que l'Autorité romaine décréta que chaque année, le jour anniversaire de sa mort, un calice serait offert à son église en témoignage de vénération et de reconnaissance.
Vivant dans un siècle dramatique, ivre des découvertes du génie humain et de l'art classique et païen, mais radicalement en crise à cause de la transformation des mentalités, Saint Philippe, homme de vive foi et prêtre fervent, génial et clairvoyant, également doué de charismes spéciaux, sut maintenir indemne le dépôt de la vérité reçu et il le transmit, intègre et pur, le vivant entièrement et l'annonçant sans compromis.
C'est pour ce motif que son message est toujours actuel, et que nous devons l'écouter et suivre son exemple.
Dans la mine précieuse de ses enseignements et de la chronique de sa vie, toujours si intéressante et attirante, il existe des perspectives qu'on peut qualifier de particulièrement actuelles dans le monde d'aujourd'hui.
1. La modestie de l'intelligence.
C'est la première leçon de saint Philippe.
L'orgueil de l'intelligence constitue en effet un danger fondamental. En ce siècle autarchique et rebelle, saint Philippe voyait avec épouvante son effervescence et c'est pourquoi il insistait particulièrement sur la modestie de la raison et sur la pénitence intérieure. L'intelligence est un don de Dieu qui rend l'homme semblable à Lui; mais l'intelligence doit accepter ses limites.
L'intelligence doit atteindre le Principe nécessaire et absolu qui gouverne l'univers ; reconnaître les preuves historiques qui démontrent la divinité de Jésus-Christ et la mission divine de l'Eglise ; puis s'arrêter devant le mystère de Dieu qui, étant infini, ne dévoile jamais ni sa nature ni ses opérations ; l'intelligence doit accepter sa loi, qui est une loi d' amour et de salut et s'abandonner en toute confiance à son projet qui, étant éternel, dépasse ontologique-ment toute perspective humaine.
Saint Philippe insistait sur ce sentiment de modestie en face de Dieu. Il avait l'habitude de se poser la main sur le front en disant : "La sainteté se trouve dans trois doigts d'espace", voulant indiquer par là qu'elle dépend essentiellement de la modestie de l'intelligence.
2. Cohérence chrétienne.
C'est le deuxième enseignement de saint Philippe : il est toujours valide et toujours actuel.
Il sut, avec grande sagesse chrétienne, tirer des principes de la foi, les raisons profondes de son activité et de son existence tout entière. La logique de sa foi créa spontanément un style de vie empreint de joie, de confiance, de sérénité, d'optimisme qui n'est nullement de l'insensibilité et banale légèreté : c'est une vision eschatologique de la réalité. C'est de cette joie intime que jaillit la force extraordinaire de son apostolat, la finesse de son humour proverbial qui lui fit mériter le titre de "Saint de la joie" tandis que son habitation était connue comme "la casa dell' allegria", "la maison de la bonne humeur".
Ce style de vie doux et austère, joyeux et laborieux est celui sur lequel il fonda l'Oratoire qui se diffusa dans le monde entier et eut, entre autres mérites celui de développer la musique et le chant sacré.
Saint Paul a écrit : "Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je vous le dis encore : réjouissez-vous ! Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes !" (Ph 4, 4-5).
Ainsi était saint Philippe. Plaise au ciel que chacun de nous soit capable de jouir de cette joie qui naît d'une foi chrétienne convaincue et vécue.
3. La pédagogie de la "grâce".
C'est un troisième enseignement de notre saint, plus actuel et nécessaire que jamais.
Tout en respectant pleinement la personnalité individuelle, saint Philippe basa son "projet d'éducation" sur la réalité de la grâce et il le développa selon cinq directrices principales : la connaissance délicate de chaque enfant et jeune moyennant l'écoute patiente et affectueuse, — l'illumination de l'esprit par la lecture et la méditation — la dévotion eucharistique et mariale — la charité envers le prochain — le jeu dans ses manifestations les plus variées.
Aujourd'hui, le monde a un immense besoin d'éducateurs sensibles et bien préparés qui apprennent à vaincre la tristesse et le sentiment de solitude, d'incommunicabilité qui accablent tant de jeunes et même parfois les terrassent.
Et vous aussi, parents et éducateurs enseignez, comme saint Philippe "tout ce qu'il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d'aimable, d'honorable, tout ce qu'il peut y avoir de bon dans la vertu et mérite d'être loué" (Ph 4, 8).
Chers Fidèles de Rome !
Il y a tant de choses que nous pouvons et devons apprendre de notre grand saint ! "Cor ad Cor loquitur", comme le disait le Cardinal Newton, converti de l'anglicanisme. Celui-ci, après de longues et méticuleuses recherches historiques et de vives souffrances intimes se sentit contraint, devant l'évidence des preuves d'embrasser le catholicisme et d'entrer dans l'Eglise de Rome. Connaissant la vie et la spiritualité de saint Philippe et frappé par sa profondeur, son équilibre et sa discrétion, il fut à ce point conquis qu'il voulut se faire prêtre oratorien. Il fonda le premier Oratoire d'Angleterre et suivit toujours les exemples de saint Philippe comme l'attestent ses admirables discours et il l'appelait "mon Père et patron personnel" ; et c'est au nom de saint Philippe qu'il acheva son œuvre la plus célèbre : "Apologia pro vita sua"
Pour nous aussi saint Philippe continue à être "Père". Invoquons-le ! Ecoutons-le ! Une de ses caractéristiques les plus aimables fut son tendre amour pour la Très Sainte Vierge Marie que fréquemment, et avec une totale et filiale confiance, il invoquait comme "Mater gratiae".
Empli de tendresse envers la Mère du Ciel, il affirmait : "Il devrait suffire de cette seule raison pour qu'un fidèle reste toujours joyeux : savoir qu'il a près de Dieu la Vierge Marie qui prie pour lui" (Vie de Saint Philippe Neri le Florentin, écrite par le Père Pietro Giacomo Bacci).
Ecoutons saint Philippe Neri, convaincus que celui qui a tant aimé Rome durant sa vie, continue à protéger et à aider ses fils.
Et maintenant, avant de commencer la liturgie du Sacrifice, pensons un moment à ce qui s'est passé il y a quelques jours dans notre chère ville de Rome : la mort atroce d'un jeune Somalien, un immigré, victime innocente d'un geste absurde a provoqué un mouvement d'indignation et de protestation dans le monde entier et a déchiré également mon cœur de Père. Et maintenant, élevons une prière pour le pauvre mort et pour toutes les victimes de la cruauté et de la violence humaines et surtout, promettons nous, chacun dans son milieu et ses responsabilités, de vivre l'Evangile avec une fidélité absolue, sur les pas de saint Philippe Neri.
Ces paroles contiennent le grand mystère de l’histoire de l’humanité et de l’histoire de l’homme.
Tout homme, en effet, est en marche. Il marche vers l’avenir. Même les nations sont en marche. Et toute l’humanité. Marcher signifie non seulement subir les exigences du temps, en laissant continuellement derrière soi le passé : la journée d’hier, les années, les siècles… Marcher veut dire aussi être conscient du but.
L’homme et l’humanité passent-ils ou disparaissent-ils seulement dans leur chemin à travers cette terre ? Pour l’homme, tout consiste-t-il en ce que, sur cette terre il construit des conquêtes dont il jouit ? Indépendamment de toutes les conquêtes, de tout l’ensemble de la vie (culture, civilisation, technique), rien d’autre ne l’attend-il ? « Elle passe la figure de ce monde ! » Et l’homme passe-t-il totalement avec elle ?
Les paroles que le Christ a prononcées en prenant congé des apôtres expriment le mystère de l’histoire de l’homme, de chacun et de tous, le mystère de l’histoire de l’humanité.
Le baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit est immersion dans le Dieu vivant, « en Celui qui est », comme le dit le livre de l’Exode, en Celui « qui est, qui était et qui vient », comme dit l’Apocalypse (1, 4). Le baptême est le début de la rencontre de l’unité, de la communion, et donc la vie terrestre n’est qu’un prologue et une introduction ; l’accomplissement et la plénitude appartiennent à l’éternité. « Elle passe la figure de ce monde. » Nous devons donc nous trouver « dans le monde de Dieu » pour parvenir au but, pour arriver à la plénitude de la vie et de la vocation de l’homme.
Le Christ nous a indiqué cette route et, en prenant congé des apôtres, il l’a reconfirmée encore une fois. Il leur a recommandé ainsi qu’à toute l’Église d’enseigner et d’observer tout ce qu’il leur avait ordonné : « Et moi je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde. »
2. Ecoutons, toujours avec la même émotion ces paroles par lesquelles le Rédempteur ressuscité trace l’histoire de l’humanité et en même temps l’histoire de tout homme. Quand il dit: « Enseignez toutes les nations », les yeux de notre âme considèrent le moment où l’évangile est parvenu à notre nation, au début même de son histoire, quand les premiers Polonais ont reçu le baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Le profil spirituel de l’histoire de la patrie a été tracé par les paroles mêmes du Christ, dites aux apôtres. Le profil de l’histoire spirituelle de chacun de nous a été tracé lui aussi à peu près de la même façon.
L’homme est, en effet, un être raisonnable et libre, un sujet conscient et responsable. Il peut et il doit, par l’effort personnel de la pensée parvenir à la vérité. Il peut et il doit choisir et décider. Le baptême, reçu au début de l’histoire de la Pologne, nous a rendus encore plus conscients de l’authentique grandeur de l’homme, « l’immersion dans l’eau » est un signe de l’appel à participer à la vie de la Sainte Trinité, et c’est en même temps une preuve irremplaçable de la dignité de tout homme. Déjà le même appel témoigne en sa faveur : l’homme doit avoir une dignité extraordinaire, s’il a été appelé à une telle participation, la participation à la vie même de Dieu.
Pareillement tout le processus historique de la conscience et des choix de l’homme est étroitement lié à la tradition vivante de sa nation dans laquelle à travers toutes les générations résonnent avec un grand écho les paroles du Christ, le témoignage de l’évangile, la culture chrétienne, les habitudes nées de la foi, de l’espérance et de la charité. L’homme choisit consciemment, dans sa liberté intérieure. Ici la tradition n’est pas une limitation : c’est un trésor, c’est une richesse spirituelle, c’est un grand bien commun, qui se confirme en tout choix, en tout acte noble, en toute vie authentiquement vécue en chrétien.
Peut-on repousser tout cela ? Peut-on dire non ? Peut-on refuser le Christ et tout ce qu’il a apporté dans l’histoire de l’homme ?
Certainement non. Il est vrai que l’homme est libre. Mais demeure la question fondamentale : est-il permis de le faire, et au nom de quoi est-ce permis ? Quel argument de raison, quelle valeur de la volonté et du cœur peux-tu mettre devant toi, devant ton prochain, tes compatriotes et ta nation pour repousser, pour dire non à ce dont nous avons tous vécu pendant mille ans ? A ce qui a créé et a toujours constitué les fondements de notre identité ?
Un jour le Christ demanda aux apôtres (la scène se déroula après la promesse de l’institution de l’Eucharistie, et beaucoup se détachèrent de lui) : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » (Jn 6 67.) Permettez que le Successeur de Pierre devant vous tous qui êtes ici rassemblés, et devant toute notre histoire et la société contemporaine répète aujourd’hui les paroles de Pierre, sa réponse à la question du Christ : « Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ! » (Jn 6, 68.)
3. Saint Stanislas a été évêque de Cracovie pendant sept ans, comme le confirment les sources historiques. Cet évêque-compatriote venu du non lointain Szczepanow, a assumé lé siège de Cracovie en 1072 pour le laisser en 1079, en subissant la mort des mains du roi Boleslas le Hardi. Selon les sources, il est mort le 11 avril, et c’est ce jour-là que le calendrier liturgique de l’église universelle commémore saint Stanislas. En Pologne, la solennité de l’évêque martyr est célébrée depuis des siècles le 8 mai, et elle continue à l’être aujourd’hui encore.
Lorsque, comme archevêque de Cracovie, j’ai commencé avec vous les préparatifs du neuvième centenaire de la mort de saint Stanislas qui a lieu cette année, nous étions tous encore marqués par le millénaire du baptême de la Pologne, célébré en l’an du Seigneur 1966. Sur le fond de cet événement, et par rapport à la figure de saint Adalbert, lui aussi évêque martyr, dont la vie a été unie à notre histoire à l’époque du baptême, la figure de saint Stanislas semble indiquer (par analogie) un autre sacrement, qui fait partie de l’initiation du chrétien à la foi et à la vie de l’Église. Ce sacrement, comme vous le savez, est celui de la confirmation. Toute la relecture « jubilaire » de la mission de saint Stanislas dans l’histoire de notre millénaire chrétien, et aussi toute la préparation spirituelle aux célébrations de cette année, se réfèrent justement à ce sacrement de confirmation.
L’analogie a plusieurs aspects. Mais nous l’avons surtout cherchée dans le développement normal de la vie chrétienne. De même qu’un homme baptisé devient un chrétien adulte par le sacrement de confirmation, de même la Providence divine a donné à notre nation, en son temps, après le baptême, le moment historique de la confirmation.
Saint Stanislas, que presque un siècle entier sépare de l’époque du baptême et de la mission de saint Adalbert, symbolise ce moment d’une façon particulière, par le fait qu’il a rendu témoignage au Christ en versant son sang. Le sacrement de confirmation, dans la vie de chaque chrétien, en principe jeune, parce que ce sont les jeunes qui reçoivent ce sacrement — la Pologne aussi était alors une nation et un pays jeune — doit faire de lui un « témoin du Christ » dans sa vie et selon sa vocation personnelle. C’est un sacrement qui nous associe d’une façon particulière à la mission des apôtres, en tant qu’il introduit chaque baptisé dans l’apostolat de l’Église (spécialement dans ce qu’on appelle l’apostolat des laïcs).
C’est le sacrement qui doit faire naître en nous un sens aigu de la responsabilité pour l’Église, pour l’évangile, pour la cause du Christ dans les âmes humaines, pour le salut du monde.
Le sacrement de confirmation, nous ne le recevons qu’une seule fois dans la vie (comme le baptême), et toute la vie, qui s’ouvre dans la perspective de ce sacrement, revêt l’aspect d’une grande épreuve, d’une épreuve fondamentale : l’épreuve de foi et de caractère. Saint Stanislas est devenu, dans l’histoire spirituelle des Polonais, le patron de cette grande et fondamentale épreuve de foi et de caractère. En ce sens nous le vénérons aussi comme le patron de l’ordre moral chrétien. En définitive, l’ordre moral se constitue en effet à travers les hommes. Cet ordre est donc composé d’un grand nombre d’épreuves, chacune d’elles étant une épreuve de foi et de caractère. L’ordre moral dérive donc de chaque épreuve victorieuse. Chaque épreuve manquée implique au contraire le désordre moral.
Nous savons très bien aussi, par toute notre histoire, que nous ne pouvons absolument pas, à aucun prix, nous permettre ce désordre, que nous avons déjà plusieurs fois payé amèrement.
C’est pourquoi notre méditation de sept années sur la figure de saint Stanislas notre référence à son ministère pastoral sur le siège de Cracovie, le nouvel examen de ses reliques, c’est-à-dire du crâne du saint, qui porte imprimées les traces des coups mortels, tout cela nous conduit aujourd’hui à une grande et ardente prière pour la victoire de l’ordre moral dans ce moment difficile de notre histoire.
Telle est la conclusion essentielle de tout le travail persévérant de ce septennat, la condition principale et en même temps le but du renouveau conciliaire, pour lequel le synode de l’archidiocèse de Cracovie a travaillé si patiemment et aussi le principal moteur de la pastorale et de toute l’activité de l’Église, et de tous les travaux, de toutes les tâches et de tous les programmes qui sont et seront entrepris en terre polonaise.
Que cette année de saint Stanislas soit une année de particulière maturité historique de la nation et de l’Église en Pologne, l’année d’une responsabilité nouvelle et consciente pour l’avenir de la nation et de l’Église en Pologne, tel est le vœu que je voudrais, ici avec vous, vénérables et chers frères et sœurs, comme premier Pape de souche polonaise, offrir à l’immortel Roi des siècles, au pasteur éternel de nos âmes et de notre histoire, au Bon Pasteur !
4. Permettez maintenant que pour faire une synthèse, j’embrasse du regard tout mon pèlerinage en Pologne qui, commencé la veille de la Pentecôte à Varsovie, est sur le point de s’achever aujourd’hui à Cracovie, en la solennité de la Sainte Trinité. Je voudrais vous remercier, très chers compatriotes, pour tout ! Parce que vous m’avez invité et m’avez accompagné dans tout l’itinéraire du pèlerinage, en passant par la Gniezno des primats et Jasna Gora. Je remercie encore une fois les autorités de l’État de leur aimable invitation et de leur accueil. Je remercie les autorités de toutes les voïvodies, et spécialement les autorités de la ville de Varsovie et — en cette dernière étape — les autorités municipales de l’antique cité royale de Cracovie. Je remercie l’Église de ma patrie : l’Épiscopat avec, à sa tête, le cardinal primat, l’archevêque de Cracovie et mes chers frères évêques Julian, Jan, Stanislaw et Albin, avec lesquels il m’a été donné ici, à Cracovie, de collaborer pendant de nombreuses années à la préparation du jubilé de saint Stanislas. Je remercie aussi les évêques de tous les diocèses suffragants de Cracovie, Czestochowa, Katowice Kielce et Tarnow. Tarnow est, à cause de Szczepanow, la première patrie de saint Stanislas. Je remercie l’ensemble du clergé. Je remercie les ordres religieux masculins et féminins.
Je remercie tous et chacun en particulier. Il est vraiment juste et bon, et c’est notre devoir, de rendre grâces.
Je voudrais moi aussi, maintenant, en ce dernier jour de mon pèlerinage à travers la Pologne, ouvrir largement mon cœur et proclamer mon action de grâces en empruntant cette belle forme de la « préface ». Je désire tant que mes remerciements parviennent à la divine Majesté, au cœur de la Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit !
Mes chers compatriotes ! De manière combien chaleureuse je rends grâces encore une fois avec vous, pour le don d’avoir été — il y a plus de mille ans — baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, d’avoir été plongés dans l’eau qui reflète en elle l’image du Dieu vivant — dans l’eau qui est une onde d’éternité : « source d’eau qui jaillit pour la vie éternelle » (Jn 4, 14). Je rends grâces parce que nous hommes, nous Polonais, qui sommes tous nés comme hommes par la chair et le sang (cf. Jn 3 6) de nos parents, nous avons été conçus ét nous sommes nés de l’Esprit (cf. Jn 3, 5). De l’Esprit-Saint.
Je voudrais donc aujourd’hui, me trouvant ici — dans ces vastes prairies de Cracovie — et tournant mon regard vers Wawel et Skalka où il y a neuf cents ans, « le célèbre évêque Stanislas a subi la mort », accomplir encore une fois ce qui se réalise dans le sacrement de confirmation, dont il est le symbole dans notre histoire. Je voudrais que ce qui a été conçu et ce qui est né de l’Esprit-Saint soit à nouveau confirmé par la croix et la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ, auxquelles notre compatriote saint Stanislas participa d’une façon particulière.
Permettez donc que, comme l’évêque pendant la confirmation, je répète moi aussi aujourd’hui ce geste apostolique de l’imposition des mains. En lui s’expriment en effet, l’acceptation et la transmission de l’Esprit-Saint que les apôtres ont reçu du Christ, lorsque, après la résurrection, il vint à eux « les portes closes » (Jn 20, 19) et leur dit : « Recevez le Saint-Esprit. » (Jn 20, 22.)
Cet Esprit, l’Esprit de salut, de rédemption, de conversion et de sainteté, l’Esprit de vérité d’amour et de force — hérité comme force vive par les apôtres — a été si souvent transmis par les mains des évêques à des générations entières en terre polonaise ! Cet Esprit — que l’évêque originaire de Szczepanow transmettait à ses contemporains — je veux vous le transmettre aujourd’hui, en récapitulant cordialement et avec une humilité profonde la grande « confirmation de l’histoire » que vous vivez.
Je répète donc avec le Christ lui-même : « Recevez l’Esprit-Saint. » (Jn 20, 22.) Je répète avec l’apôtre : « N’éteignez pas l’Esprit ! » (I Th 5, 19.) Je répète avec l’apôtre : « Ne contristez pas l’Esprit-Saint ! » (Ep 4, 30.)
Vous devez être forts, très chers frères et sœurs ! Vous devez être forts de cette force qui prend sa source dans la foi ! Vous devez être forts de la force de la foi ! Vous devez être fidèles ! Aujourd’hui plus qu’à aucune autre époque, vous avez besoin de cette force. Vous devez être forts de la force de l’espérance qui conduit à la parfaite joie de vivre et ne permet pas de contrister l’Esprit-Saint !
Vous devez être forts de l’amour, qui est plus fort que la mort (comme l’ont montré saint Stanislas et le bienheureux Maximilien-Marie Kolbe). Vous devez être forts de cette charité qui « est patiente et longanime ; … n’est pas envieuse, … ne fanfaronne pas, ne se rengorge pas, ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal, ne se réjouit pas de l’injustice et met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout croit tout, espère tout, supporte tout. La charité ne passe jamais » (1 Co 13, 4-8).
Vous devez être forts de la force de la foi de l’espérance et de la charité, de cette force consciente mûre, et responsable qui nous aide à établir ce grand dialogue avec l’homme et avec le monde en l’étape actuelle de notre histoire : dialogue avec l’homme et avec le monde, enraciné dans le dialogue avec Dieu lui-même — avec le Père, par le Fils, dans l’Esprit — dialogue du salut.
Je voudrais que ce dialogue soit repris avec tous nos frères chrétiens qui, bien qu’encore séparés, nous sont unis dans l’unique foi au Christ. Je parle de cela ici pour remercier de la lettre que j’ai reçue des représentants du Conseil œcuménique polonais. Même si, à cause d’un programme aussi chargé, nous n’avons pas pu nous rencontrer à Varsovie, souvenez-vous, chers frères dans le Christ, que je porte cette rencontre dans mon cœur comme un vif désir et comme l’expression de ma confiance dans l’avenir.
Ce dialogue ne cesse d’être notre vocation à travers tous les « signes des temps ». Jean XXIII et Paul VI, comme le Concile Vatican II, ont accueilli cette invitation au dialogue. Jean-Paul II, depuis le premier jour de son pontificat, confirme la même disponibilité. Oui ! Il faut travailler pour la paix et la réconciliation entre les hommes et les nations du monde entier. Il faut essayer de se rapprocher mutuellement. Il faut ouvrir les frontières. Quand nous sommes forts de l’Esprit de Dieu, nous sommes aussi forts de la foi en l’homme — forts de la foi, de l’espérance et de la charité, qui sont indissolubles — et nous sommes prêts à rendre témoignage à la cause de l’homme face à celui à qui cette cause tient vraiment à cœur, pour qui cette cause est sacrée. À celui qui désire la servir avec la meilleure volonté. Il ne faut donc pas avoir peur ! Il faut ouvrir les frontières ! L’impérialisme de l’Église, cela n’existe pas, mais seulement son service. Il y a seulement la mort du Christ sur le calvaire. Il y a l’action de l’Esprit-Saint, fruit de cette mort, l’Esprit-Saint qui reste avec nous tous, avec l’humanité entière, « jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20).
Les Slaves d’outre-Carpates Je salue ici avec une joie particulière les groupes de nos frères qui sont venus du Sud, d’au-delà des Carpathes. Que Dieu vous récompense de votre présence.
Combien je voudrais que les autres puissent être là eux aussi ! Que Dieu vous récompense, frères de la Lusace. Combien je voudrais qu’à ce pèlerinage du Pape slave aient pu participer aussi nos autres frères, frères par la langue et les événements de l’histoire ! Et s’ils ne sont pas ici sur cette esplanade, qu’ils sachent qu’ils n’en sont que plus présents dans notre cœur et dans notre prière.
5. Il y a, en outre, là-bas à Varsovie, sur la place de la Victoire, la tombe du Soldat inconnu, d’où j’ai commencé mon ministère de pèlerin en terre polonaise, et ici, à Cracovie, sur la Vistule, entre Wawel et Skalka, la tombe de « l’évêque inconnu », dont il reste une admirable relique dans le trésor de notre histoire.
Avant de vous quitter, je voudrais donc jeter encore un regard sur Cracovie, cette Cracovie dont j’aime chaque pierre et chaque brique. Et je regarde encore ma Pologne…
C’est pourquoi avant de vous quitter, je vous prie d’accepter encore une fois tout le patrimoine spirituel qui a pour nom « Pologne », avec la foi, l’espérance et la charité que le Christ a placées en nous par le saint baptême.
Je vous prie :
—De ne jamais perdre confiance, de ne pas vous laisser abattre, de ne pas vous décourager;
— De ne pas couper vous-même les racines de notre origine.
Je vous prie :
— D’avoir confiance, malgré toute votre faiblesse, et de chercher toujours la force spirituelle en Celui près duquel tant de générations de nos pères et de nos mères l’ont trouvée ;
— Ne vous détachez jamais de lui ;
— Ne perdez jamais la liberté d’esprit par laquelle il « rend libre » l’homme ;
— Ne dédaignez jamais la charité, qui est la chose « la plus grande » qui s’est manifestée à travers la croix, et sans laquelle la vie humaine n’a ni racines ni sens.
Je vous demande tout cela :
— En mémoire et par la puissante intercession de la Mère de Dieu de Jasna Gora et de tous ses sanctuaires en terre polonaise ;
— En mémoire de saint Adalbert qui subit la mort pour le Christ près de la mer Baltique ;
— En mémoire de saint Stanislas, tombé sous l’épée royale à Skalka.
2. Avant tout : Qui sommes-nous, nous tous, membres de cette assemblée, auditeurs de la Parole de Dieu et, sous peu, participants du Corps et du Sang du Seigneur ?
La demande : "Qui suis-je" conditionne toutes les autres demandes et toutes les réponses relatives à la question : "Que dois-je faire ?".
Aujourd'hui, dans son Epître aux Ephésiens, saint Paul répond à cette première question, à cette question fondamentale. Il répond : "Nous sommes ceux que Dieu a élus en Jésus-Christ".
"Béni soit le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. C'est ainsi qu'il nous a élus en lui, dès avant la création du monde pour être saints et immaculés en sa présence dans l'amour, déterminant par avance que nous serions Pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ : Tel fut le bon plaisir de sa volonté, à la louange de gloire de sa grâce, dont il nous a gratifiés dans son Fils bien-aimé" (Ep 1, 3-6).
Voilà la réponse que saint Paul donne aujourd'hui à notre demande : "Qui suis-je ?" et il la développe dans la suite du texte de cette Épître aux Éphésiens.
Voici l'étape suivante de cette réponse :
Nous sommes rachetés ; nous sommes gratifiés de la rémission des péchés et de la grâce ; nous sommes appelés à nous unir avec le Christ et, ensuite, à nous unifier tous dans le Christ.
Mais la réponse de saint Paul n'est pas encore terminée.
Nous sommes appelés à exister pour la gloire de la Majesté divine ; nous participons à la parole de la vérité : à l'Evangile du salut ; nous sommes marqués du sceau de l'Esprit Saint ; nous prenons part à l'héritage, en attendant la rédemption totale qui fera de nous une propriété de Dieu.
3. Voilà la réponse de saint Paul à notre demande. Elle appelle de longues méditations.
Pardonnez-moi si je me limite à quelques suggestions.
Les termes de l'Épître aux Éphésiens ne sauraient épuiser leur écho dans le cadre d'une seule lecture, d'une seule audition. Ils doivent demeurer avec nous. Ils doivent continuer avec nous. Ces paroles sont à la mesure de toute la vie. A la mesure de l'éternité.
Il serait bon qu'elles vous accompagnent, chacun de vous, durant ces semaines, ces mois du repos en vacances. Quel que soit votre objectif... une activité temporaire... un travail d'apostolat... ou peut-être, comme déjà plus d'une fois, le pèlerinage de
Varsovie à Jasna Gora... Que ces paroles vous accompagnent. Elles sont la réponse à la question "qui suis-je ?", "qui sommes-nous ?".
Qu'elles modèlent et forment votre personnalité, insérés, comme nous le sommes, dans la même racine, dans la dimension du mystère que le Christ a inscrit dans la vie de chacun de nous.
Le sacrifice auquel nous participons, la Messe, nous donne chaque fois la réponse à la demande fondamentale : "Qui sommes-nous?".
4. Que devons-nous faire ?
Peut-être la réponse à cette deuxième question ne ressort-elle pas de la liturgie de la Parole divine de ce jour avec autant de force que celle concernant la question : "Qui sommes-nous ?" Elle est pourtant, elle aussi, forte et décidée. Dieu dit à Amos : "Va, prophétise à mon peuple" (Am 7, 15).
Le Christ appelle les Douze et commence par les envoyer deux par deux (Mc 6, 7). Et il leur ordonne d'entrer dans les habitations privées et de rendre ainsi témoignage. Le Concile Vatican II a rappelé que tous les chrétiens, non seulement les ecclésiastiques mais aussi les laïcs, participent à la mission prophétique du Christ. Il n'y a aucun doute à propos de "ce que nous devons faire".
5. La demande : "Comment devons nous le faire ?", garde toujours cependant son entière actualité.
Il me plaît qu'à cette demande vous cherchiez une réponse, soit chacun de vous individuellement, soit ensemble avec toute la Communauté.
Qui cherche cette réponse, la trouve au moment opportun.
Le Psaume d'aujourd'hui nous rassure : "La miséricorde et la vérité se rencontreront...".
"La vérité germera de la terre".
Oui, la vérité doit germer de chacun de nous: de chaque cœur.
Soyez fidèles à la vérité.
Fidèles à votre vocation.
Fidèles à votre engagement.
Fidèles à votre choix.
Soyez fidèles au Christ qui libère et unit (communion et libération).
6. Enfin, un vœu fervent pour chacun de vous et pour tous :
Comme un rayon de soleil de la liturgie d'aujourd'hui.
Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ inonder nos cœurs de sa propre lumière pour nous faire voir quelle espérance nous ouvre son appel (Ep 1, 17-18).
Nous sommes réunis ici, autour de l'autel du Seigneur qui seul peut nous éclairer sur le mystère de notre vie, drame d'amour et de salut, et qui seul peut nous donner la force pour ne pas tomber ou pour nous relever et, surtout, pour vivre de manière conforme aux exigences et aux idéaux du christianisme.
C'est précisément là, me semble-t-il, la signification de la liturgie de ce dimanche, liturgie dans laquelle Jésus, pain de vie, se présente à nous comme unique et véritable signification de l'existence humaine.
1. A notre époque, malheureusement, le rationalisme scientifique et l'organisation de la société industrielle, caractérisée par loi inflexible de la production et de la consommation, ont créé une mentalité enfermée dans un horizon de valeurs temporelles et terrestres qui vident la vie de l'homme de toute signification transcendante.
L'athéisme théorique et pratique largement étalé ; l'accentuation d'une morale en évolution, non plus liée aux solides principes universels de la loi morale naturelle et révélée, mais aux coutumes toujours mouvantes de l'histoire ; l'insistante exaltation de l'homme comme auteur autonome de son propre destin et, à l'autre extrémité, son déprimant rabaissement au rang de passion inutile, d'erreur cosmique, de pèlerin absurde du néant dans un univers inconnu et railleur, ont fait perdre à beaucoup le sens de la vie, et ont poussé les plus faibles et les plus sensibles à des évasions funestes et tragiques.
L'homme éprouve un extrême besoin de savoir si cela vaut la peine de naître, de vivre, de lutter, de souffrir et de mourir ; si cela a quelque valeur de se prodiguer pour un idéal supérieur aux intérêts matériels contingents ; si, en un mot, il existe un "pourquoi" qui justifie son existence terrestre.
Et le problème essentiel qui demeure est donc de donner un sens à l'homme, à ses options, à sa vie, à son histoire.
2. Jésus possède la réponse à nos interrogations. Lui, il peut résoudre la "question du sens" de la vie et de l'histoire de l'homme. Voilà la leçon fondamentale de la liturgie d'aujourd'hui. À la foule qui l'a suivi — malheureusement plutôt par intérêt matériel ayant été nourrie gratuitement grâce à la multiplication des pains et des poissons — Jésus dit, sérieusement et sévèrement : "Travaillez, non pour la nourriture périssable, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donne le Fils de l'homme" (Jn 6, 27).
Dieu s'est incarné pour éclairer, ou mieux encore, pour être la signification de la vie de l'homme. Il faut croire cela avec une profonde et joyeuse conviction; il faut vivre cela avec constance et cohérence; il faut annoncer cela et le témoigner, malgré les tribulations des temps et les idéologies adverses, généralement si insinuantes, si bouleversantes.
Et Jésus, de quelle manière est-il la signification de la vie de l'homme ? Il l'explique lui-même avec une consolante clarté : "C'est mon Père qui vous donne le pain du ciel, le vrai ; car le pain de Dieu, c'est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde (...) Je suis le pain de vie ; qui vient à moi n'aura jamais faim, qui croit en moi n'aura jamais soif" (Jn 6, 32-35). Jésus parle symboliquement, se rattachant au grand miracle de la manne que Dieu donna au peuple d'Israël dans sa traversée du désert. Il est clair que Jésus n'élimine pas les préoccupations normales et la recherche de la nourriture quotidienne et de tout ce qui peut rendre la vie humaine plus normale, plus évoluée, plus satisfaisante. Mais la vie passe, fatalement. Jésus fait remarquer que la vraie signification de notre vie terrestre se trouve dans l'éternité et que l'histoire humaine tout entière, avec ses drames et ses joies, doit être considérée dans la perspective de l'éternité.
Nous aussi, comme le peuple d'Israël, nous vivons sur la terre l'expérience de l'Exode : "la terre promise", c'est le Ciel. Dieu, qui n'a pas abandonné son peuple dans le désert, n' abandonne pas non plus l'homme dans son pèlerinage sur la terre. Il lui a donné un "pain" capable de le soutenir le long de la route : ce pain est "le Christ". Il est avant tout la nourriture de l'âme avec la vérité révélée, puis avec sa Personne elle-même, présente dans le Sacrement de l'Eucharistie.
L'homme a besoin de la transcendance ! L'homme a besoin de la présence de Dieu dans son histoire quotidienne ! Eh bien, Jésus ne cesse de dire à chacun et à tous: "Je suis la voie, la vérité et la vie" (Jn 14,6) ;
"Je suis la lumière du monde; qui me suit ne marchera jamais dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie" (Jn 8, 12) ; "Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et moi je vous soulagerai" (Mt 11, 28).
3. La réflexion porte maintenant sur chacun de nous. Il dépend de nous, en effet, d'accueillir la signification que Jésus est venu offrir à l'existence humaine et de l'"incarner" dans notre vie. Il dépend de l'effort de tous que cette signification soit "incarnée" dans l'histoire humaine. Une grande responsabilité et une dignité sublime ! A cet effet est nécessaire un témoignage cohérent et courageux de notre propre foi. Dans son Epître aux Ephésiens, saint Paul trace en ce sens un programme de vie concret :
— il faut avant tout abandonner la mentalité mondaine et païenne : "Je vous adjure dans le Seigneur de ne plus vous conduire comme le font les païens avec leur vain jugement et leurs pensées enténébrées" ;
— il faut transformer la mentalité mondaine et terrestre en la mentalité du Christ : "Il faut abandonner votre premier genre de vie et dépouiller le vieil homme qui va se corrompant au fil des convoitises décevantes" ;
— et enfin, il faut accepter tout le message du Christ, sans le réduire ni l'accommoder, et vivre selon son exemple : "Vous devez vous renouveler par une transformation spirituelle de votre jugement et revêtir l'Homme Nouveau, qui a été créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité" (Ep 4, 17. 20-24).
Comme vous le voyez, très chers amis, il s'agit d'un programme très absorbant et l'on pourrait même dire héroïque sous certains aspects, et nous devons malgré tout le présenter à nous même et aux autres dans toute son intégralité, comptant sur l'action de la grâce qui peut nous donner à chacun la générosité d'accepter la responsabilité de nos propres actions, en vue de l'éternité et pour le bien de la société.
Allez donc de l'avant avec confiance et en vous engageant généreusement, cherchant chaque jour un nouvel élan et une nouvelle joie dans la dévotion envers Jésus-Eucharistie et dans la confiance en la Très Sainte Vierge Marie.
Il me plaît de conclure en vous citant une pensée de mon vénéré prédécesseur Paul VI dont nous commémorerons demain le premier anniversaire de la disparition : "Devant l'envahissement d'intérêts opposés, nuisibles au véritable bien de l'homme, il faut proclamer de nouveau les grandes paroles de l'Evangile qui seules ont donné aux hommes paix et lumière dans d'autres bouleversements semblables de l'histoire" (Discours aux Cardinaux, 21 juin 1976, cf. ORLF du 2 juillet 1976).
Voilà, fils bien-aimés: avec la lumière et avec la paix qui nous viennent de ces paroles éternelles, nous poursuivons sereinement notre chemin.