La liturgie dominicale de ce jour commence par le mot: "Laetare! — Réjouis-toi! — c'est-à-dire par une invitation à la joie spirituelle. Je me réjouis également parce que ce dimanche il m'est donné de venir en un lieu sanctifié par la tradition de très nombreuses générations; de me trouver dans le sanctuaire de la Sainte Croix qui, aujourd'hui, est en même temps Station quadragésimale et votre église paroissiale.
2. Je viens ici pour adorer en esprit, avec vous, le mystère de la Croix du Seigneur. l'Entretien de Jésus avec Nicodème que nous trouvons dans l'Evangile de ce jour nous oriente vers ce mystère. Jésus a devant lui un scribe, versé dans les Saintes Ecritures, un membre du Sanhédrin et, en même temps, un homme de bonne volonté. C'est pourquoi il décide de l'initier au mystère de la Croix. Il lui rappelle donc, pour commencer, que durant la marche de 40 années qui mena le peuple d'Israël de l'Egypte à la Terre Promise, Moïse éleva le serpent d'airain au désert. Or, si l'un des serpents du désert mordait un homme et que celui-ci regardait vers le serpent d'airain, il vivait ! (Nombres, 21, 6-9). Le signe qu'était le serpent d'airain annonçait une autre élévation : "Ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l'homme — dit Jésus qui parle ici de son érection sur la Croix — afin que tout homme qui croit ait par lui la vie éternelle'' (Jn 3, 14-15). La Croix : non plus le signe annonciateur, mais la réalité même du salut!
Et voilà que Jésus explique à fond le sens de la Croix à son interlocuteur, stupéfait mais en même temps prêt à écouter et à poursuivre l'entretien : "Oui, dit Jésus, Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle" (Jn 3, 16).
La Croix est une nouvelle révélation de Dieu. C'est la révélation définitive. Sur le chemin de la pensée humaine vers Dieu, sur la voie de la compréhension de Dieu s'opère un renversement radical. Nicodème, l'homme honnête et noble, en même temps disciple et connaisseur de l'ancien Testament, dut éprouver une grande secousse intérieure. Pour Israël, Dieu était surtout Majesté et Justice. Il voyait en lui un juge qui récompense et punit. Le Dieu dont parle Jésus est un Dieu qui n'a pas envoyé son Fils "pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui" (Jn 3, 17). Il est un Dieu de l'Amour, le Père qui ne recule pas devant le sacrifice de son Fils pour sauver l'homme".
3. Saint Paul, le regard fixé sur la même révélation de Dieu, répète par deux fois aujourd'hui dans son épitre aux Ephésiens "C'est par grâce que vous êtes sauvés" (Ep 2, 5) et "C'est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi" (Ep 2, 8). Et Paul était bien, jusqu'au moment de sa conversion, l'homme de la Loi Antique, tout comme Nicodème. Jésus se révéla à lui sur le chemin de Damas et dès ce moment il comprit ce qu'il nous dit aujourd'hui de Dieu: "Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont II nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ — c'est par grâce que vous êtes sauvés" (Ep 2, 4-5).
Qu'est-ce que la grâce ? "C'est un don de Dieu". Le don qui s'explique par son Amour. Le don est là où est l'Amour. Et l'Amour se révèle moyennant la Croix. C'est ce que Jésus a dit à Nicodème. L'Amour qui se révèle moyennant la Croix, voilà ce qu'est réellement la grâce. En elle est révélée la figure la plus profonde de Dieu. Il n'est pas seulement le juge. Il est un Dieu d'infinie majesté et d'extrême justice. Il est un Père qui veut que le monde soit sauvé, qu'il comprenne la signification de la Croix. Son éloquence transcende la signification de la Loi et de la peine. Elle est la parole qui parle de manière différente à la conscience humaine. Elle est la parole qui oblige d'une autre manière que les paroles de la Loi et que la menace du châtiment. Pour comprendre cette parole il faut devenir un homme transformé. L'homme de la Grâce et de la Vérité. La grâce est un don qui engage ! Le don du Dieu Vivant qui engage l'homme pour la vie nouvelle ! C'est proprement en cela que consiste le jugement dont Jésus a encore parlé à Nicodème : La Croix sauve et, en même temps, elle juge. Elle juge autrement. Elle juge plus profondément. "En effet quiconque fait le mal, hait la lumière" ... c'est-à-dire précisément cette extraordinaire lumière qui émane de le Croix ! "Mais celui qui agit dans la vérité vient à la lumière" (Jn 3, 20-21) vient à la Croix. Se soumet aux exigences de la grâce. Il veut être engagé par cet indicible don de Dieu. Que ce don façonne toute sa vie. Dans la Croix cet homme entend vraiment la voix de Dieu qui adresse la parole aux fils de notre terre, de la même manière qu'autrefois, il a parlé aux exilés d'Israël par la voix de Cyrus, roi de Perse, dans son invocation d'espérance. La Croix est une invocation d'espérance.
4. Nous, qui sommes réunis ici près de cette Station quadragésimale de la Croix du Christ, nous devons nous poser ces questions fondamentales, qui de la Croix, affluent vers nous : Qu'avons-nous fait et que faisons nous pour mieux connaître Dieu ? Ce Dieu que le Christ nous a révélé, qui est-il pour nous ? Quelle place occupe-t-il dans notre conscience, dans notre vie ? Demandons-nous, de cet endroit-ci, pourquoi de si nombreux facteurs, de si nombreuses circonstances ont enlevé à Dieu cette place en nous. Dieu serait-il déjà devenu pour nous un être marginal ? Son nom n'a-t-il pas été enseveli en notre âme sous un amas d'autres paroles ? N'a-t-il pas été foulé aux pieds comme cette semence tombée "le long du chemin" (Mc 4, 4) ? N'avons-nous pas renoncé intérieurement à la rédemption moyennant la Croix du Christ, en mettant à sa place d'autres programmes temporels, partiels, superficiels ?
5. Le Sanctuaire de la Sainte Croix est le lieu où nous devons nous faire ces demandes fondamentales. La paroisse est une communauté ranimée par la Croix du Christ.
Que dire de votre communauté paroissiale ?
Je souhaite que, vivante et active, depuis 1910, elle ne cesse jamais d' être animée d'une vie chrétienne fécondée par une fréquentation assidue et fervente des sacrements de l'Eucharistie et de la réconciliation ; qu' éclairée par une incessante catéchèse approfondissant la Parole de Dieu et faisant connaître le Christ, elle s'exprime dans une active et généreuse assistance des frères qui, de l'une ou de l'autre manière, ont besoin de notre aide et de notre affection.
Je saisis l'occasion de la présente visite, qui est en même temps un pèlerinage au Sanctuaire de la Croix du Christ, pour m'unir à vous tous ici présents.
Je désire m'unir au curé, au zèle et à la responsabilité duquel est confiée cette portion du Peuple de Dieu; aux prêtres, ses collaborateurs dans la pastorale paroissiale; à la communauté monastique des Cirsterciens dont la prière et les sacrifices font revivre l'esprit de Saint Bernard. Je m'unis aux pères et aux mères qui, avec une abnégation exemplaire, se prodiguent pour le bien de leurs enfants ; je m'unis à la jeunesse, aux garçons et aux filles qui, avec leurs idées et leur labeur, veulent participer à l'édification d'une société toujours meilleure ; je m'unis aux adolescents et aux enfants dont la naturelle innocence emplit ce monde de joie ; je m'unis aux religieuses qui exercent leur apostolat dans le cadre de la paroisse : les Apôtres du Sacré-Cœur, les filles de Notre-Dame-au-Mont-Calvaire, les Sœurs de l'Apostolat catholique; les Carmélites, les Filles de Notre-Dame de la Pureté, les Sœurs Adoratrices du Précieux Sang, les Sœurs de Saint-Joseph, les Sœurs des Pauvres de Saint-Vincent; les Sœurs Tertiaires Franciscaines de la Toussaint, les Filles de la Miséricorde, les Filles du Sacré-Cœur, les Oblates Cisterciennes de la Charité. Mais, de manière toute particulière, je m'unis aux pauvres, aux malades, aux personnes âgées, à tous ceux qui endurent la solitude, l'incompréhension, l'isolement, la soif d'affection ; je leur demande de s'unir au Christ suspendu à sa Croix et d'offrir leurs souffrances pour l'Eglise et pour le Pape.
Et confessons humblement nos fautes, nos négligences, notre indifférence à l'égard de cet amour qui s'est révélé dans la Croix. Et en même temps, renouvelons-nous dans l'esprit, avec le grand désir de la Vie, de la Vie de la grâce qui élève continuellement l'homme, le renforce, l'engage. Cette grâce qui donne sa pleine dimension à notre existence sur la terre. Ainsi soit-il !
Comme déjà les années précédentes, vous, les membres du personnel de l'Imprimerie Polyglotte Vaticane et de L'Osservatore Romano, vous vous êtes préparés à l'accomplissement du "Précepte pascal par quelques journées d'"Exercices Spirituels", et vous êtes rassemblés ici ce matin pour vous rencontrer en communauté et personnellement avec Jésus, avec l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde, avec Celui qui est notre Pâque.
Quant à moi, j'ai accueilli bien volontiers l'invitation de venir parmi vous et de prendre part à ce rite mystique et solennel, pour rendre toujours plus cordiales et personnelles les relations entre le Vicaire du Christ et le personnel des différents organismes du Vatican.
Vous êtes ici pour célébrer la "Pâque", selon le commandement pressant et maternel de l'Eglise et, désireux de vous laisser en souvenir quelques paroles qui alimenteront votre réflexion et soutiendront vos intentions sérieuses et constantes, je saisis l'occasion que m'offre la lecture de la liturgie de ce jour.
1. Au chapitre VII du quatrième Evangile, saint Jean note soigneusement la perplexité de nombreuses personnes de Jérusalem à propos de la véritable identité de Jésus. C'était la "fête des Tentes" en souvenir du séjour des Juifs au désert, il y avait un grand mouvement de foules dans la Ville sainte, et Jésus enseignait dans le Temple. Cependant des gens de Jérusalem disaient : "n'est-ce pas lui que les chefs religieux veulent tuer ? Le voilà qui parle en toute liberté et ils ne lui disent rien ! Est-ce que vraiment les autorités auraient reconnu qu'il est le Christ ? Nous savons pourtant d'où il est, celui-ci tandis que le Christ, quand il viendra, personne ne saura d'où il est".
Ce sont des affirmations qui indiquent la perplexité des Juifs de ce temps-là: ils attendent le Messie, ils savent que le Messie aura quelque chose de secret, de mystérieux ; ils pensent que ce pourrait bien être Jésus, vu les prodiges qu'il accomplit et la doctrine qu'il enseigne ; mais ils n'en sont pas certains, du fait que l'autorité religieuse lui est hostile et voudrait même le supprimer.
Et Jésus explique alors le motif de leur perplexité, de leur ignorance de sa véritable identité : ils se basent uniquement sur son signalement extérieur, civil, familial, mais ne vont pas au-delà de sa nature humaine ; ils ne pénètrent pas sous l'enveloppe des apparences : "Oui, vous me connaissez, leur dit-il, et vous savez d'où je suis. Cependant je ne suis pas venu de moi-même, celui qui m'a envoyé est vrai et vous ne le connaissez pas. Moi je le connais parce que je viens d'auprès de lui et c'est lui qui m'a envoyé" (Jn 7, 28).
C'est un événement historique raconté par l'Evangile, mais c'est aussi le symbole d'une réalité permanente : nombreux sont ceux qui ne savent pas ou ne veulent pas savoir qui est Jésus, et demeurent perplexes, déconcertés. Bien plus, comme jadis au Temple, après son discours, ils cherchent à l'arrêter et d'aucuns parfois le contestent et le combattent. Vous, par contre, vous savez qui est Jésus ; vous savez d'où il vient et pourquoi il est venu ! Vous savez que Jésus est le Verbe Incarné, qu'il est la Deuxième Personne de la Sainte-Trinité qui a pris un corps humain, qu'il est le Fils de Dieu fait homme, mort sur la Croix pour notre salut, ressuscité dans la gloire et toujours présent parmi nous dans l'Eucharistie.
Ce que Jésus disait aux Apôtres au cours de la dernière Cène est également valable pour tous les chrétiens éclairés par le magistère de l'Eglise : "La vie éternelle c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et ton envoyé Jésus-Christ... J'ai manifesté ton nom aux hommes que tu as tirés du monde pour me les donner... Maintenant ils savent que tout ce que tu m'as donné vient de toi ; car les paroles que tu m'as données, je les leurs ai transmises, et ils savent vraiment que je suis sorti de toi et ils ont cru que tu m'as envoyé... Père juste, le monde ne t'a pas connu mais moi je te connais et ceux-ci savent que tu m'as envoyé" (Jn 17, 3-9 et 25).
La grande tragédie de l'histoire est que Jésus n'est pas connu et donc qu'il n'est pas aimé, qu'il n'est pas suivi.
Vous connaissez le Christ ! Vous savez qui il est. C'est un immense privilège que vous avez là ! Sachez en être toujours dignes et conscients !
C'est de là que proviennent votre joie "pascale" et votre responsabilité chrétienne. Que la rencontre pascale avec Jésus-Eucharistie vous donne la force d'approfondir cette connaissance du Christ, de faire de votre foi un point de référence fixe, en dépit de l'indifférence ou de l'hostilité d' une grande partie du monde dans lequel nous devons vivre.
2. Analysant dans son deuxième chapitre les caractéristiques du juste et celles du méchant, le Livre de la Sagesse considère de manière pratique ce que doit être le témoignage du chrétien conscient et cohérent. Le juste, dit le Livre de la Sagesse, déclare avoir la science de Dieu et il se nomme le fils du Seigneur : il se vante d'avoir Dieu pour Père !
Avoir la science de Dieu ! Avoir Dieu pour Père ! Voilà d'énormes affirmations qui mettent les philosophes en crise ! Et pourtant, le chrétien sait et témoigne qu'il connaît Dieu comme Père, comme Amour, comme Providence.
Dieu est le Seigneur de la vie et de l'histoire, et le chrétien s'abandonne en toute confiance à son amour paternel.
La vie du juste est différente de celle des autres, et entièrement différentes sont ses voies, et il finit ainsi par être un sujet de réprobation et de condamnation pour ceux qui né vivent pas de manière juste, qui sont aveuglés par la malice et qui refusent de connaître "les secrets de Dieu".
Le chrétien en effet est dans le monde, mais il n'est pas du monde (cf. Jn 17, 16) ; sa vie doit nécessairement être différente de celui qui n'a pas la foi, comme diffèrent sa conduite, ses habitudes, sa manière de penser, de choisir, d'évaluer les choses et les situations, car elles sont vécues à la lumière de la Parole de Dieu qui est un message de vie éternelle.
Enfin, toujours selon le Livre de la Sagesse, il proclame sa mort heureuse, alors que les impies "n'espèrent pas le salaire de la sainteté ni reconnaissent la récompense des âmes pures" (Sg 2, 22).
Le chrétien doit vivre dans la perspective de l'éternité. Parfois sa vie authentiquement chrétienne peut susciter même des persécutions, ouvertes ou sournoises : "Voyons si ses paroles sont vraies : mettons-le à 1'épreuve en l'abreuvant d'insultes et de tourments pour connaître la douceur de son caractère et mesurer sa résignation". La certitude de la félicité éternelle qui nous attend rend le chrétien fort contre les tentations et patient dans les tribulations. "S'ils m'ont persécuté, a dit le Divin Maître, ils vous persécuteront aussi" (Jn 15, 20).
Je forme des vœux pour que la rencontre pascale avec Jésus vous apporte la joie et la force du témoignage, dans la conviction qu'après la terrible douleur du Vendredi Saint jaillira la joie glorieuse du Dimanche de la Résurrection !
3. Enfin, la liturgie nous fait aussi méditer sur la faiblesse et la fragilité humaines, et sur la nécessité de se fier totalement à la miséricorde de Dieu : "Le Seigneur est proche de ceux qui ont le cœur blessé, il sauve ceux qui ont l'esprit désemparé. Celui qui se réfugié en Lui ne sera pas condamné" (Ps 33, 19).
Le chrétien ressent toujours — mais spécialement dans la société moderne si perturbée et si violente — le besoin de recourir à Dieu par la prière et la fréquentation des sacrements.
Alors, continuez, vous aussi, à puiser force et lumière dans les sacrements de la Pénitence et de l'Eucharistie dans lesquels Dieu a mis "le remède de notre faiblesse" ; accueillez avec joie les fruits de la Rédemption et manifestez-les dans votre vie quotidienne, à la maison, au travail, durant vos loisirs, dans vos diverses activités, convaincus que celui qui reçoit le Christ doit se transformer en lui : "Qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui. De même qu'envoyé par le Père qui est vivant, moi je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra lui aussi par moi" (Jn 6, 56-57).
Un grand honneur ! Un engagement sublime !
Avec ces vœux, et demandant à la Très Sainte Vierge Marie son assistance particulière je vous souhaite à tous que dans votre vie et celle des êtres qui vous sont chers, vous puissiez toujours jouir et faire jouir de la joie de la Pâque chrétienne.
Avec ma bénédiction apostolique !
Ces paroles du Christ me viennent à l’esprit en ce moment où nous sommes réunis autour de l’autel de la basilique Saint-Pierre pour participer à la célébration de l’Eucharistie. Dès le début, depuis qu’il m’a été donné de prendre place à cet autel, j’ai vivement désiré vous rencontrer, vous les jeunes qui étudiez à l’université et dans les écoles supérieures de cette ville. Je sentais que vous me manquiez, vous les universitaires du diocèse du Pape. J’avais le désir de vous sentir proches. Depuis des années, j’ai l’habitude de ces rencontres. Il m’a été donné de nombreuses fois, pendant le Carême — et aussi pendant l’Avent — de me trouver au milieu des étudiants universitaires de Cracovie à l’occasion de la clôture des exercices spirituels qui réunissaient des milliers de participants.
Et aujourd’hui, c’est vous que je rencontre. Je vous salue cordialement, vous tous qui êtes ici. En vous et à travers vous, je salue tous vos camarades, vos professeurs, les chercheurs, vos facultés, les organisations, les responsables de vos milieux. Je salue toute la Rome « académique ».
En cette période où le Christ, chaque année, nous parle dans la vie de l’Église par sa « Pâque », les cœurs des hommes, particulièrement ceux des jeunes, éprouvent le besoin d’être avec lui. Le Carême, la Semaine sainte les trois jours saints, ne sont pas seulement un souvenir d’événements qui se sont passés il y a deux mille ans, mais ils sont une invitation particulière à la participation.
2. Pâques signifie « passage »
Dans l’Ancien Testament, la Pâque signifiait l’exode d’Égypte, de « la maison d’esclavage », le passage de la mer Rouge, sous une singulière protection de Yahvé, le départ vers la « Terre promise », pour une marche qui dura quarante ans. Dans le Nouveau Testament, cette Pâque historique a été accomplie dans le Christ durant les trois jours qui vont du jeudi soir au dimanche matin. Elle signifie le passage à travers la mort vers la résurrection, et en même temps l’exode de l’esclavage du péché vers la participation à la vie de Dieu par la grâce. Le Christ dit dans l’Évangile d’aujourd’hui : « Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. » (Jn 8, 51.) Ces paroles disent en même temps ce qu’est l’Évangile. C’est le livre de la vie éternelle, vers laquelle convergent les innombrables voies du pèlerinage terrestre de l’homme. Chacun de nous marche sur l’une de ces voies. L’Évangile nous guide sur chacune d’elles. Et c’est en cela que consiste précisément le mystère de ce livre sacré. C’est pourquoi il est si lu et si actuel. A la lumière de l’Évangile, notre vie prend une dimension nouvelle ; elle prend son sens définitif. Elle s’avère être un passage.
3. La vie humaine est un passage
Cette vie n’est pas un tout renfermé d’une façon définitive entre la date de la naissance et celle de la mort. Elle s’ouvre sur l’ultime achèvement en Dieu. Chacun de nous ressent douloureusement le caractère limité de la vie, la limite que lui impose la mort. Chacun de nous en a conscience d’une certaine manière : l’homme n’est pas renfermé complètement dans ces limites; il ne peut mourir définitivement. Trop de questions non formulées, trop de problèmes non résolus — sinon dans la dimension de la vie personnelle, individuelle, ou du moins de la vie des communautés humaines, familles, nations, humanité — s’arrêtent au moment de la mort de chaque homme. En effet, personne ne vit seul. À travers chaque homme passent différents cercles. Saint Thomas a écrit : « D’une certaine manière, l’âme humaine est tout. » (Comm. in Arist. De anima III, 8, lect. 13.) Nous portons en nous le besoin d’ « universalisation ». À un moment déterminé, la mort interrompt tout cela...
Qui est le Christ ? C’est le Fils de Dieu qui a assumé la vie humaine dans son orientation temporelle vers la mort. Il a accepté la nécessité de la mort. Avant que la mort ne le frappe, il a été à plusieurs reprises menacé par elle. L’Évangile d’aujourd’hui nous rappelle l’une de ces menaces : « ... Ils ramassèrent des pierres pour les jeter contre lui. » (Jn 8, 59.)
Le Christ est Celui qui a accepté toute la réalité de la mort humaine. C’est précisément pourquoi il est Celui qui a accompli un renversement fondamental dans la façon de concevoir la vie. Il a montré que la vie est un passage, non seulement au-delà de la limite de la mort, mais vers une vie nouvelle. Aussi la croix est-elle devenue pour nous la chaire suprême de la vérité de Dieu et de l’homme. Tous, d’une façon ou d’une autre, nous devons être disciples de cette chaire. Nous comprendrons alors que la croix est aussi le berceau de l’homme nouveau.
C’est ainsi que ceux qui se mettent à son école conçoivent la vie. C’est ainsi qu’ils l’enseignent aux autres. Ce sens de la vie ils l’impriment dans toute la réalité temporelle : dans la morale, la créativité, la culture, la politique, l’économie. Combien de fois n’a-t-on pas dit — par exemple les disciples d’Épicure dans l’Antiquité et, pour d’autres motifs, certains disciples de Marx aujourd’hui — que cette façon de concevoir la vie détourne l’homme de la réalité temporelle et, d’une certaine manière, l’annule. La vérité est tout autre. Seule cette conception de la vie donne leur pleine importance à tous tes problèmes de la réalité temporelle. Elle permet de les situer pleinement dans la vie de l’homme. Une chose est sûre : cette conception de la vie ne permet pas d’enfermer l’homme dans les choses temporelles ; elle ne permet pas qu’il leur soit entièrement subordonné. Elle décide de sa liberté.
4. La vie est une épreuve
En donnant à la vie humaine ce sens pascal à savoir qu’elle est un passage, un passage vers la liberté, Jésus-Christ a enseigné par sa parole, et encore plus par son exemple, qu’elle est une épreuve. Cette épreuve correspond à l’importance des forces accumulées en l’homme. L’homme est créé « pour « l’épreuve et il y est appelé dès le début. Il faut penser profondément à cet appel en méditant les premiers chapitres de la Bible, particulièrement les trois premiers. L’homme y est défini non seulement comme un être créé « à l’image de Dieu » (Gn 1, 26-27), mais en même temps comme un être soumis à l’épreuve. Si nous analysons bien le texte, il s’agit de l’épreuve de la pensée, du « cœur » et de la volonté, de l’épreuve de la vérité et de l’amour. En ce sens, c’est en même temps l’épreuve de l’Alliance avec Dieu. Lorsque cette première Alliance a été rompue, Dieu l’a conclue de nouveau. Les lectures d’aujourd’hui rappellent l’Alliance avec Abraham, qui fut un chemin préparant à la venue du Christ.
Le Christ confirme ce sens de la vie : elle est la grande épreuve de l’homme. C’est précisément pour cela qu’elle a un sens pour l’homme. Elle n’a pas de sens, par contre, si nous pensons que l’homme doit seulement profiter de la vie en user, la « prendre », au lieu de lutter avec acharnement pour le droit d’en profiter, d’en user, de la « prendre »…
La vie prend son sens quand elle est considérée et vécue comme une épreuve de caractère moral. Le Christ confirme ce sens, et en même temps il définit la juste dimension de cette épreuve qu’est la vie humaine. Relisons attentivement, par exemple, le discours sur la montagne, ou encore le chapitre 25 de l’Évangile de saint Matthieu : l’image du jugement. Cela suffit pour rénover en nous la conscience chrétienne fondamentale du sens de la vie.
La notion d’épreuve est étroitement liée à celle de responsabilité. L’une et l’autre sont ordonnées à notre volonté, à nos actes. Acceptez, chers amis ces deux notions, ou plutôt ces deux réalités, comme les éléments avec lesquels nous construisons notre humanité. Votre humanité est déjà mûre, et en même temps elle est encore jeune. Elle est en train de forger d’une façon définitive son projet de vie, et cela précisément pendant le temps de vos études supérieures. Peut-être ce projet personnel de vie est-il pour le moment suspendu à de nombreuses inconnues. Peut-être ne voyez-vous pas encore exactement quelle sera votre place dans la société, le travail auquel vous vous préparez par vos études. C’est certainement là une grande difficulté, mais des difficultés de ce genre ne peuvent pas paralyser vos initiatives.
Elles ne peuvent pas engendrer que de l’agressivité. L’agressivité ne résout rien. Elle ne changera pas la vie en mieux. Elle ne peut que la rendre « mauvaise d’une autre manière ». Je vous entends dénoncer, dans votre langage si franc, la sénilité des idéologies et le manque d’idéal de la « machine sociale ». Eh bien ! pour promouvoir la vraie dignité de l’homme, également sur le plan intellectuel, et pour ne pas vous laisser à votre tour séduire par différents sectarismes, n’oubliez pas qu’il est indispensable d’acquérir une profonde formation sur la base de l’enseignement que nous a laissé le Christ par ses paroles et par l’exemple de sa vie.
Efforcez-vous d’accepter les difficultés que vous devez affronter précisément comme faisant partie de cette épreuve qu’est la vie de tout homme. Il faut assumer cette épreuve en toute responsabilité ; responsabilité personnelle — pour ma vie, sa physionomie future et sa valeur — et en même temps responsabilité sociale : pour la justice et la paix, pour la vie morale de son propre milieu originel et de toute la société. C’est une responsabilité pour le bien commun authentique. L’homme qui a une telle conscience du sens de sa vie ne détruit pas mais construit l’avenir.
5. La vie humaine est un témoignage de vérité et d’amour
Cela aussi, le Christ nous l’a enseigné. J’ai eu récemment l’occasion de m’exprimer à ce sujet devant la jeunesse universitaire du Mexique et de nombreuses nations d’Amérique latine. Je me permets de citer certaines pensées de ce discours, qui peut aussi intéresser les étudiants européens et romains. Il existe aujourd’hui dans votre jeune monde une interpénétration mondiale des tâches, des peurs et en même temps des espérances, des façons de penser et de juger. En cette circonstance, j’avais dit entre autres qu’il est nécessaire de promouvoir « une culture intégrale, c’est-à-dire visant au développement complet de la personne humaine, avec ses valeurs d’intelligence, de volonté, de conscience, de fraternité, toutes basées sur le Dieu créateur, et qui ont été merveilleusement élevées dans le Christ » (cf. Gaudium et spes). Ce qui veut dire qu’à la formation scientifique il faut ajouter une profonde formation morale et chrétienne qui soit intimement vécue et qui réalise une synthèse toujours plus harmonieuse entre la foi et la raison, la foi et la culture, la foi et la vie. Unir le travail d’une recherche scientifique rigoureuse et le témoignage d’une vie chrétienne authentique, telle est la tâche enthousiasmante de tout étudiant universitaire (cf. AAS 71, 1979, p. 236-237). Et je vous redis ce qu’en février j’ai écrit aux étudiants des écoles latino-américaines : « Les études doivent comporter non seulement une quantité déterminée de connaissances acquises au cours de la spécialisation, mais aussi une maturité spirituelle particulière qui se présente comme responsabilité pour la vérité, dans la pensée et dans l’action. » (Ibid., p. 253.)
Ces quelques citations nous suffisent.
Il existe dans le monde actuel une grande tension. Il s’agit en fin de compte d’une tension pour le sens de la vie humaine, pour le sens que nous pouvons et devons donner à cette vie si elle doit être digne de l’homme, si elle doit être telle qu’elle vaille la peine d’être vécue. Il y a aussi de clairs symptômes d’éloignement de ces dimensions. Le matérialisme sous ces diverses formes hérité des derniers siècles, est en fait capable d’imposer son sens de la vie. Mais le matérialisme ne représente nullement les plus profondes racines de la culture, pas plus européenne que mondiale. Il n’est en rien un corrélatif ni une pleine expression du réalisme épistémologique ou moral.
Le Christ — permettez-moi de le dire comme cela — est le plus grand réaliste de l’histoire de l’homme. Réfléchissez un peu à cela. Méditez ce que cela peut signifier.
C’est précisément en vertu de ce réalisme que le Christ rend témoignage et au Père et à l’homme. Il sait en effet « ce qu’il y a dans l’homme » (Jn 2, 25). Lui le sait. Je le répète sans vouloir offenser tous ceux qui, à quelque époque que ce soit, ont cherché ou cherchent encore à comprendre ce qu’est l’homme et veulent l’enseigner.
À partir de ce réalisme précisément, le Christ enseigne que la vie humaine a un sens si elle témoigne de la vérité et de l’amour.
Réfléchissez-y, vous qui, en tant qu’étudiants, devez être particulièrement sensibles à la vérité et au témoignage de la vérité. Vous êtes pour ainsi dire les professionnels de l’intelligence en tant que vous vous appliquez à l’étude des disciplines humanistes et scientifiques en vue de vous préparer aux tâches qui vous attendent dans la société.
Réfléchissez-y, vous qui, en tant qu’étudiants, savent combien ceux-ci ont besoin d’amour; vous qui cherchez comment exprimer cet amour dans votre vie. Certains trouvent l’expression de cet amour dans le don exclusif d’eux-mêmes qu’ils font à Dieu ; la très grande majorité la trouve dans le mariage, dans la vie de famille. Préparez-vous-y solidement. Rappelez-vous que l’amour, sentiment noble, est un don du cœur, mais que c’est aussi une grande affaire qu’il faut assumer pour l’autre, pour elle, pour lui. Le Christ attend de vous un tel amour. Il désire être avec vous quand cet amour naît dans vos cœurs, quand il mûrit dans la promesse sacramentelle, et après, et toujours.
6. Le Christ a dit : « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous. » (Lc 22, 15.) Lorsqu’il l’a mangée pour la première fois avec ses disciples, il a prononcé des paroles particulièrement affectueuses et particulièrement prenantes : « Je ne vous appelle plus serviteurs... Je vous appelle amis... » (Jn 15, 15)
« Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres. » (Jn 15, 12.) En ce temps de la Passion, rappelez-vous ces paroles du discours d’adieu du Christ, dans l’Évangile de saint Jean. Repensez-y.
Purifiez vos cœurs dans le sacrement de la réconciliation. Ils mentent ceux qui accusent l’Église de faire preuve d’une mentalité « répressive » lorsqu’elle invite à la pénitence. La confession sacramentelle ne constitue pas une répression, mais une libération ; elle n’entretient pas le sens de la faute, mais elle efface la faute, elle dissout le mal commis et elle donne la grâce du pardon. Les causes du mal ne doivent pas être cherchées hors de l’homme mais avant tout dans son cœur ; et le remède part encore de son cœur. Alors les chrétiens par la sincérité de leur volonté de conversion, doivent se rebeller devant l’aplatissement de l’homme et proclamer par leur vie la joie de la vraie libération du péché grâce au pardon du Christ. L’Église n’a pas un projet tout fait d’enseignement universitaire, de société, mais elle a un projet pour l’homme, un projet d’homme nouveau, rené de la grâce. Retrouvez la vérité intérieure de vos consciences. Que l’Esprit-Saint vous donne la grâce d’un sincère repentir, d’un ferme propos de repentir et d’une sincère confession de vos fautes.
Qu’il vous donne une profonde joie spirituelle.
Il est proche « le jour que fit le Seigneur » (Ps 117-118, 24). Soyez prêts pour ce jour-là.
Saint Paul a présenté le mystère du baptême sous cette forme suggestive. Les catéchumènes recevaient le baptême précisément durant la vigile de Pâques, comme nous avons eu la joie de le voir également cette année quand j'ai conféré le baptême à des adolescents et à des adultes d'Europe, d'Asie et d'Afrique.
De cette manière, la nuit qui précède le dimanche de la Résurrection est devenue, véritablement pour eux la Pâque, c'est-à-dire le passage du péché, ou de la mort de l'esprit, à la grâce, c'est-à-dire à la vie dans l'Esprit Saint. C'était la nuit d'une authentique Résurrection dans l'Esprit. Comme signe de la grâce sanctifiante, les nouveaux baptisés recevaient durant le baptême vin vêtement blanc qui les distinguerait durant toute l'octave de Pâques. Et le deuxième dimanche après Pâques ils déposaient ce vêtement; d'où l'antique appellation de ce jour : Dimanche "in Albis depositis".
A Rome, cette tradition est liée à l'église Saint-Pancrace. Et c'est ici que se trouve aujourd'hui la station liturgique du dimanche "in Albis". Nous avons donc l'heureuse fortune d'unir la visite pastorale de la paroisse à la tradition romaine de la station du Dimanche "in Albis".
2. Nous désirons donc chanter ensemble, ici, aujourd'hui, la joie de la Résurrection du Seigneur comme l'annonce la liturgie de ce dimanche:
"Rendez grâce au Seigneur, car il est bon, car sa grâce dure à jamais.
Voici le jour que le Seigneur a fait exultons et réjouissons-nous en lui" (Ps 118-117, 1 et 24).
Nous devons également être reconnaissants pour l'indicible don de la foi, qui a pénétre nos cœurs et qui se renforce sans cesse par le moyen de la résurrection du Seigneur. Avec des mots vibrants. Saint Jean nous parle aujourd'hui dans son Epitre, de la grandeur de ce don : "Tout ce qui est né de Dieu est vainqueur de ce monde. Et telle est la victoire qui a triomphé du monde : notre foi. Quel est le vainqueur du monde sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu" (1 Jn 5, 4-5).
Nous remercions donc, le coeur empli d'une grande joie le Christ Ressuscité car il nous fait prendre part à sa victoire. En même temps, nous le supplions humblement pour que nous ne cessions jamais de participer, par la foi, à cette victoire, particulièrement aux moments difficiles et critiques, dans les moments de désillusion et de souffrance, quand nous sommes exposés aux tentations et aux épreuves. Pourtant, nous n'ignorons pas ce qu'à écrit saint Paul : "Tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus seront persécutés" (2 Tm 3, 12). Voici également ce qu'a écrit saint Pierre : "Vous tressaillez de joie, bien qu'il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves, afin que votre foi, plus précieuse que l'or périssable que l'on vérifie par le feu, devienne un sujet de louange, de gloire et d'honneur, lors de la Révélation de Jésus Christ" (1 Pier 1, 6-7).
3. Les chrétiens des premières générations de l'Eglise se préparaient longuement et profondément au baptême. C'était la période du catéchuménat dont l'Eglise reflète encore aujourd'hui les traditions dans la liturgie du Carême. Ces traditions étaient d'une vivante pratique à l'époque où c'étaient les adultes qui se préparaient au baptême. Au fur et à mesure que s'étendit la coutume d'administrer le baptême aux enfants, cette forme de catéchuménat tendit à disparaître. Les enfants reçurent le baptême dans la foi de l'Eglise. Toute la communauté chrétienne (qui, aujourd'hui, s'appelle paroisse) et, avant tout la propre famille de l'enfant baptisé, s'en portaient garantes. La liturgie renouvelée du baptême des enfants met encore mieux en relief cet aspect. Les parents, les parrains et les marraines confessent leur foi, font les promesses baptismales et se rendent responsables de l'éducation chrétienne de l'enfant.
De cette manière, le catéchuménat est en quelque sorte renvoyé à une période postérieure, à l'époque où la croissance progressive de l'enfant le conduit à l'âge scolaire ; c'est alors que le baptisé doit acquérir, par les soins de ses proches et de la communauté ecclésiale, une vive conscience de cette foi à laquelle la grâce du baptême lui a déjà permis de participer antérieurement. On ne saurait que difficilement appeler ce processus "catéchuménat" au sens propre et originel du terme. Il n'en est pas moins l'équivalent de l'authentique catéchuménat, et il doit se dérouler avec le sérieux et le zèle qui caractérisaient jadis la préparation au baptême. C'est vers là que convergent et là que s'unissent les devoirs de la famille chrétienne et de la paroisse. Il est nécessaire qu'en l'occasion présente, nous nous en rendions compte de la manière la plus forte et la plus claire.
4. En tant que communauté fondamentale du Peuple de Dieu et partie organique de l'Eglise, la Paroisse a, en un certain sens, son origine dans le sacrement du baptême. Elle est en effet une communauté de baptisés. Chaque baptême fait participer la paroisse, de manière particulière, au mystère de la mort et de la résurrection du Christ. Son effort pastoral et apostolique tend tout entier à ce que les paroissiens aient conscience du baptême afin qu'ils persévèrent dans la grâce, c'est-à-dire dans l'état de fils de Dieu, et jouissent des fruits du baptême tant dans leur vie personnelle que dans leur vie familiale et sociale. Il est donc particulièrement important qu'ils aient toujours une conscience renouvelée du baptême. Dans la vie de la paroisse, entreprendre ce catéchuménat, qui manque actuellement dans la préparation au baptême, et le réaliser dans les différentes étapes de la vie constitue une valeur fondamentale.
C'est précisément en cela que consiste la fonction de la catéchèse qui doit s'étendre, non seulement à la période d'école élémentaire, mais aussi à celle des études supérieures et à d'ultérieures époques de la vie.
La catéchèse sacramentelle est indispensable, notamment comme préparation à la Première Communion et à la Confirmation ; elle a une grande importance pour la préparation au sacrement du mariage.
En outre, s'il veut être chrétien "dans les œuvres et dans la vérité, le baptisé doit rester continuellement fidèle dans son existence à la catéchèse reçue: celle-ci lui indique en effet comment il doit comprendre et réaliser son christianisme dans les différents moments et milieux de sa vie professionnelle, sociale et culturelle. Voilà l'immense tâche qui incombe à la catéchèse aux adultes.
Grâce à Dieu, cette activité se développe amplement dans la vie du diocèse de Rome et de votre paroisse.
5. Je suis au courant, en effet, des nombreuses initiatives en matière de catéchèse et d'association que les institutions paroissiales accomplissent avec l'aide de nombreuses Familles religieuses, masculines et féminines et de divers mouvements ecclésiaux. Il faut mentionner tout spécialement les dévoués Père Carmes Déchaussés qui se prodiguent en faveur du progrès spirituel de cette paroisse Saint-Pancrace. L'importance numérique de la population concentrée ici est un stimulant de plus pour un inlassable engagement apostolique. Aussi ma parole se fait-elle exhortation et encouragement: aux dirigeants paroissiaux afin qu'ils poursuivent joyeusement leur service au Corps du Christ ; à tous les membres de la communauté paroissiale afin que, toujours et consciencieusement, ils retrouvent en elle le meilleur lien pour leur croissance dans la foi, dans l'espérance et dans 1'amour à témoigner au monde.
6. Le dimanche "in Albis", la liturgie de l'Eglise nous rend témoins de la rencontre au Cénacle de Jérusalem entre Jésus Ressuscité et les Apôtres. La figure de l'Apôtre Thomas et son dialogue avec le Christ attirent toujours et de manière particulière notre attention. Le Maître Ressuscité lui offre un singulier moyen de reconnaître les marques de sa passion pour qu'il puisse ainsi se convaincre de la réalité de la résurrection. Alors, Saint Thomas, qui d'abord refusait de croire, exprima sa foi en ces termes : "Mon Seigneur et mon Dieu !" (Jn 20, 28). Et Jésus lui répondit : "Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui croiront sans avoir vu" (Jn 20, 29).
Puisse l'expérience du Carême et, d'une certaine manière, le contact avec les marques de la passion, ainsi que la fête solennelle de la résurrection du Christ, revivifier et renforcer notre foi et, de même, la foi des méfiants, des tièdes, des indifférents, de ceux qui se sont éloignés.
Et que demeure avec nous tous la bénédiction que le Ressuscité a prononcée dans son dialogue avec Saint Thomas : "Heureux ceux qui ont cru !" Amen !