Nous avons entendu, dans la liturgie d'aujourd'hui, la Parole de Dieu qui nous est rapportée par le livre de Samuel, l'épitre de saint Paul aux Corinthiens et l'Evangile de saint Jean. Bien que les textes que nous avons entendus soient très différents entre eux, la Parole de Dieu de ce dimanche évoque surtout une question: "la vocation", "l'appel". Ceci est mis en relief dans le livre de Samuel : Dieu appelle un jeune homme par son nom ; il l'appelle d'une voix claire, prononçant son nom. Samuel entend la voix et, par trois fois, il s'arrache à son sommeil, et il ne parvient pas, ces trois fois, à comprendre à qui appartient cette voix, qui l'appelle par son nom. Ce n'est que la quatrième fois, informé par Eli, qu'il donne la réponse convenable : "Parle, Seigneur, car ton serviteur écoute" (I Sam 3, 9).
Le passage du livre de Samuel nous permet de mieux comprendre la vocation des premiers apôtres, d'André et de Pierre appelés par Jésus. Et, eux aussi, ils accueillent l'appel, ils suivent Jésus, d'abord André qui annonce à son frère : "Nous avons trouvé le Messie" ; puis, à son tour, Simon à qui, durant sa première rencontre, Jésus fait part de son nouveau nom : "Cefa", ("ce qui veut dire Pierre") (Jn 1, 42). L'Apôtre écrit au destinataire de sa lettre : "Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint-Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu ? Et que vous ne vous appartenez pas ? Vous avez bel et bien été achetés" (1 Co 6, 19-20).
Dieu qui appelle l'homme à son service et qui lui assigne une tâche, en a fondamentalement le droit. Et lui seul a ce droit car il est le Créateur et le Rédempteur de chacun de nous. S'il nous appelle, s'il nous invite à suivre une certaine voie, il le fait pour éviter que nous gaspillions son œuvre ; pour que nous répondions avec notre propre vie au don que nous avons reçu de lui ; pour que nous vivions d'une manière digne de l'homme qui est un "temple de Dieu"; pour que nous soyons capables d'accomplir ce devoir particulier qu'il veut nous confier.
2. La paroisse qui, ainsi que l'affirme le Concile Vatican II, est "comme la cellule" du diocèse (cf. Décr. Apostolicam Actuositatem, 10) est précisément le milieu où le chrétien doit entendre l'appel que Dieu lui adresse, l'accueillir et le réaliser ; et, en ceci, il est certainement aidé par la foi et par la vie de foi de toute la communauté paroissiale. Vie de foi, qui a son début dans la famille, dynamiquement insérée dans la paroisse et qui se développe depuis le baptême jusqu'à la rencontre avec le Christ dans la mort, suivant le principe d'étroite collaboration entre famille et paroisse, qui collaborent dans la formation du chrétien conscient et mûr. Voilà pourquoi on ne saurait se passer de la catéchèse paroissiale qui intègre et complète l'enseignement de la religion donné dans les écoles et qui relie la connaissance religieuse à la vie sacramentelle.
C'est exactement dans ce contexte que chaque paroissien — les jeunes principalement — doit s'interroger consciemment sur sa propre existence chrétienne : "Dieu, à quoi m'appelle-t-il ?". Ce pourrait être l'appel à une profession déterminée qui le mette au service d'autrui, de la société, comme être médecin, professeur, avocat, ouvrier, etc... ; ou la vocation à la vie familiale moyennant le sacrement du mariage ; ou, pour quelques-uns, l'appel au service exclusif de Dieu — aujourd'hui la liturgie nous le rappelle — semblable à celui adressé à Samuel, à André, à Pierre. Mais toute la vie de l'homme et du chrétien, fruit de l'amour infini de Dieu le père, est une "vocation" qui embrasse les différentes étapes de l'existence et donne un sens aux diverses situations et même à la souffrance, à la maladie, à la vieillesse. Toujours et en toute circonstance le chrétien doit être prêt à répéter, avec foi et conviction, la réponse du jeune Samuel : "Parle Seigneur; ton serviteur t'écoute" (I Sam 3, 9).
3. J'aimerais que cette émouvante et généreuse disponibilité à l'appel de Dieu reste toujours vive chez tous les fidèles de cette paroisse, afin qu'ils forment une communauté vivante, heureuse et fière de dire "oui" au Christ et à son Eglise.
J'adresse une affectueuse pensée au Curé et à ses collaborateurs qui, avec abnégation, consacrent toutes leurs énergies au bien de la paroisse ; puis aux enfants, source de réconfort et d'espérance ; aux adolescents qui font leurs premiers pas, peut-être même très difficiles, dans les engagements de la vie ; aux jeunes qui cherchent la joie, la plénitude de la joie ; aux adultes qui désirent contribuer de toutes leurs forces à l'édification d'une société plus juste, plus sereine; aux pères et aux mères qui veulent conserver et raviver la force de leur union indissoluble ; aux malades qui soufrent dans le corps et dans l'esprit; aux personnes âgées, avides de compréhension, d'affection et du respect mérité.
Un particulier souvenir et salut aux religieux et religieuses qui accomplissent leur méritoire apostolat dans le cadre de la paroisse ; aux salésiens de Don Bosco qui, depuis 75 ans, travaillent avec un inlassable dévouement dans ce quartier du Testaccio ; aux Filles de la Divine Providence ; aux Filles de Marie Auxiliatrice ; à la Congrégation des sœurs enseignantes de sainte Dorothée, Filles du Sacré-Cœur.
4. Votre paroisse, chers frères et sœurs, est dédiée à sainte Marie Libératrice : du haut de l'autel majeur son image vous sourit : elle est un fragment d'une fresque extrêmement ancienne qui appartenait à l'église "Sainte Marie Libératrice au Forum romain" sur laquelle nous sommes informés dès le XIIème siècle.
Le titre sous lequel vous invoquez la Vierge Très Sainte est riche de signification : l'homme apprécie beaucoup la liberté, mais, en même temps, il arrive souvent qu'il ne sache pas en jouir ; il en jouit très mal. Souvent il se fait qu'en usant mal de la liberté, l'homme la perde ; il cesse d'être libre.
Le Christ nous enseigne le bon et parfait emploi de la liberté. Saint Paul en était tout particulièrement conscient quand il écrivit aux Galates : "C'est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés" (Ga 5, 1).
La Mère du Christ collabore avec son Fils dans cette grande œuvre qu'il a voulu accomplir en chacun de nous. Elle le fait de cette manière maternelle que seule une mère est capable d'exprimer.
Chers frères et sœurs !
Confions notre liberté à Marie. Elle nous aidera à découvrir ce véritable bien qu'il y a dans la liberté.
Elle nous aidera à faire de la liberté le meilleur usage. Elle, qui "libère" comme le fait chaque mère. Nous avons conscience que le fait de savoir qu'elle est là, qu'elle ressent tout ce qui peut nous embarrasser, nous avilir, nous humilier, déjà nous soulage le cœur d'un grand poids.
Il suffit parfois d'un mot, d'un regard, d'un sourire qui vient d'elle.
Elle "libère" avec bonté, d'une manière maternelle.
L'homme tombé très bas, "entortillé" dans ses nombreux liens, a besoin de cette sécurité. Il a besoin de Quelqu'un qui pense à lui comme à un propre fils. Quelqu'un devant qui il a gardé toute sa valeur.
La Vierge est une Mère qui "libère" au moyen de l'amour.
Je te supplie, Mère de Dieu, Patronne de cette paroisse : à tous tes fils et à toutes tes filles, montre-toi Libératrice !
Sainte Marie Libératrice, prie pour nous !
Et voilà qu'au milieu de cette foule Jésus fait une chose extrêmement significative. On vient de lui amener un paralytique. Mais comme ceux qui l'apportent ne peuvent le lui présenter en raison de la foule, ils pratiquent une ouverture dans le toit, et font descendre ainsi le paralytique. Avant toute chose, Jésus dit à cet homme: "Mon enfant, tes péchés sont remis" (Mc 2, 5). A ces mots un murmure s'élève parmi ceux qui avaient suivi le geste du Christ avec une certaine méfiance. Ce sont des scribes qui affirment, à juste titre d'ailleurs: "Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul?" (Mc 2, 7). Ce n'est pas toutefois leur aversion à l'égard du Christ qui leur avait dicté cette objection: "Comment celui-là peut-il parler ainsi? Il blasphème!" (Mc 2, 7). Jésus, en un certain sens, lit dans leurs pensées et donne une réponse: "Quel est le plus facile, de dire au paralytique: tes péchés te sont remis, ou de lui dire: Lève-toi, prends ton grabat et marche?" (Mc 2, 9). "Eh bien, pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre, je te l'ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ton grabat et va-t-en chez toi".
Tout se passe comme Jésus l'a ordonné.
Jésus guérit un incurable.
Il fait un miracle. Il donne ainsi la preuve qu'il a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés. Et les scribes, comme ils avaient affirmé que Dieu seul a ce pouvoir, devraient maintenant tirer la conclusion de ce qu'eux-mêmes avaient verbalement soutenu.
Jésus réaffirme la présence de Dieu parmi la foule.
Jésus réaffirme le pouvoir divin de remettre les péchés, pouvoir qui lui est propre.
Jésus démontre en même temps que le mal du péché est plus dangereux et plus à craindre que le mal physique (dans ce cas, que la maladie grave et chronique). Il est le Seigneur venu avant tout pour effacer ce grand mal.
La partie vivante du peuple de Dieu
2. A nous qui sommes ici réunis, que dit ce passage de l'Evangile?
"Il se rassembla tant de monde" ce jour-là. Aujourd'hui également beaucoup de monde s'est réuni ici. Et je ne pense pas seulement aux personnes maintenant présentes dans cette église; je pense aussi à tous les habitants de la Magliana. Depuis un certain temps viennent s'installer ici des gens arrivés à Rome de diverses régions. Un nouveau quartier a surgi et en même temps est née une nouvelle paroisse qui compte actuellement quarante-cinq mille personnes. C'est une très grande paroisse.
Que signifie "paroisse"?
"Paroisse" veut dire: la présence du Christ parmi les hommes. Paroisse veut dire un ensemble de personnes, une communauté dans laquelle et avec laquelle Jésus reconfirme la présence de Dieu. La paroisse est une partie vivante du Peuple de Dieu.
Pendant que je vous dis ceci, votre pensée court instinctivement vers l'expérience que vous faites, jour après jour, ici, dans le contexte concret de votre paroisse. Beaucoup parmi vous, à commencer par le Curé, l'abbé Pietro Cecchelani, ont vu cette paroisse, pour ainsi dire, dans son enfance, quand la communauté se recueillait encore dans une petite chapelle pouvant contenir au maximum deux cents personnes. Il n'est pas nécessaire de remonter bien loin dans le temps: l'acte de constitution de la paroisse porte en effet la date du 13 décembre 1963.
Que de chemin parcouru depuis lors! Le quartier s'est développé de manière vertigineuse, passant des quatre mille cinq cents habitants du début, aux quarante cinq mille — sinon plus — d'aujourd'hui. Mais en même temps la communauté chrétienne a grandi, et pas seulement en nombre: autour de la Parole de Dieu, annoncée par des prêtres, reprise par des catéchistes, témoignée par les fidèles dans leur vie de chaque jour, il s'est formé peu à peu une communauté de personnes qui se connaissent qui s'aident, qui s'aiment. Une communauté ouverte, pleine de vie, consciente de l'immense richesse que constitue l'Evangile du Christ et anxieuse d'en porter l'annonce à la masse des indifférents, des "éloignés".
L'évangélisation — justement ressentie comme un devoir primordial — mobilise les prêtres, les religieuses des deux communautés présentes dans la paroisse, les groupes de jeunes catéchistes. Elle se développe non seulement selon les modes traditionnels, mais aussi grâce à de nouvelles tentatives d'approche, telles que la lecture et la méditation de l'Evangile dans les maisons, dans ce qu'on appelle les "gruppi di palazzo" où plusieurs familles se réunissent pour vivre ensemble, un moment de réflexion et de communion.
De l'accès à l'Evangile jaillit le devoir concret de la charité envers nos frères, soit dans les multiples initiatives en faveur des personnes âgées, des malades, des marginaux auxquels se dévouent de nombreux jeunes, soit dans la participation solidaire aux problèmes du quartier qui, d'avoir "explosé de manière plutôt cahotique ces dernières années, porte la marque de nombreuses carences en fait de services sociaux primordiaux et subit les désagréments propres aux agglomérations de périphérie de récente formation.
Il reste, évidemment, énormément à faire pour que la communauté ecclésiale parvienne à sa pleine maturité chrétienne. Mais ce qui a déjà été fait et l'intense pulsation de la vie liturgique entre les murs de votre nouvelle église, consacrée il y a un peu plus d'un an, justifient les plus grands espoirs pour l'avenir de votre paroisse. En vous donnant acte de l'œuvre accomplie ces dernières années, le Pape désire vous encourager à persévérer avec un nouvel élan dans votre témoignage chrétien au sein du quartier: vous devez éprouver la responsabilité et la fierté d'y être le levain (cf. Mt 13, 33) qui le fera s'ouvrir au Christ, et en même temps en favorisera l'élévation humaine, contribuant ainsi à l'instauration d'une coexistence toujours plus juste et plus fraternelle à la Magliana.
3. Jésus est présent au milieu de vous pour confirmer ainsi quotidiennement la présence salvifique de Dieu. De toute évidence, il y a ici d'immenses besoins matériels, économiques, sociaux, mais il y existe surtout le besoin de cette force salvifique qui est en Dieu et que Jésus est seul à posséder. C'est cette force qui libère l'homme du péché et l'entraine vers le bien afin qu'il mène une vie vraiment digne de l'homme; afin que les époux, les parents donnent à leurs enfants non seulement la vie, mais également l'éducation, le bon exemple, afin qu'ici s'épanouisse la vraie vie chrétienne; afin que ne l'emportent ni la haine, ni la destruction, ni la malhonnêteté, ni le scandale; afin que soit respecté le travail des pères et aussi des mères, et que ce travail crée les conditions indispensables pour maintenir les familles; afin que soient respectées les exigences fondamentales de la justice sociale; afin que se développe la véritable culture en commençant par la culture de la vie quotidienne.
Pour réaliser tout cela, il faut beaucoup de travail, beaucoup d'initiative, un esprit d'entreprise et beaucoup de bonne volonté. Mais ce qui est nécessaire par-dessus tout c'est la présence du Christ qui peut dire à chacune des quarante cinq mille personnes: "tes péchés te sont remis"; c'est-à-dire qui peut délivrer chacun du mal intérieur et en orienter, du dedans, l'esprit et le cœur vers le bien. Et c'est sur ce qui est "dans l'homme", dans sa conscience, dans son cœur, que se modèlera ensuite sa vie extérieure et la coexistence avec les autres hommes. Si, au-dedans de l'homme il y a le bien, le sens de la justice, la chasteté, la bienveillance envers autrui, un salutaire désir de dignité, alors le bien rayonne vers l'extérieur et forme le visage des familles, des milieux, des institutions.
La paroisse Saint-Grégoire-le-Grand à la Magliana existe pour que ce bien existe en chaque homme habitant ce vaste quartier et afin que ce bien rayonne sur votre vie familiale, professionnelle, sur vos bancs de travail, sur les centres d'éducation, sur les endroits de jeu et de divertissement.
Saint Paul nous dit aujourd'hui dans un passage de son épître aux Corinthiens: "C'est par lui (Jésus-Christ) que nous disons notre Amen à la gloire de Dieu" (2 Co 1, 20). Il s'agit précisément de ceci: dire "Amen" à Dieu, ce qui veut dire "oui"; et ne jamais dire "non" à Dieu. Voilà la tâche de la paroisse. Je vous souhaite à tous que sous la direction de vos pasteurs, toute la paroisse dise de manière toujours plus cohérente et toujours plus chorale "oui" au Christ et, en même temps qu'au Christ-Rédempteur à Dieu lui-même. Afin qu'ici, dans la parole et dans les faits soit toujours de moins en moins prononcé le "non" qui est négation de Dieu et de ce qui correspond à sa sainte volonté dans notre vie humaine.
4. En ce qui concerne le nombre d'habitants, votre paroisse a grandi notablement. Quelques immeubles sont si grands que chacun d'eux pourrait constituer une "paroisse" en soi, à l'intérieur de la vaste paroisse. Pensez-y pour essayer d'en tirer des leçons pratiques et efficaces. Nous avons entendu dans l'Evangile d'aujourd'hui que le Seigneur enseignait dans une maison. Il me semble qu'il y a dans ce fait un encouragement à persévérer dans les tentatives que vous avez déjà entreprises et auxquelles j'ai fait allusion.
Qu'à vous tous et à vos pasteurs en particulier serve d'exemple et de guide le Pape Saint Grégoire le Grand, qui était un grand maître dans l'art pastoral.
Saint Grégoire a rappelé que le pasteur d'âmes "doit se placer aux côtés de chacun, usant du langage de la compassion et de la compréhension"; toutefois, il a averti en même temps que pour ce faire, "le pasteur d'âmes doit être tout particulièrement capable de s'élever au dessus de tous les autres par la prière et la contemplation" (cf. Regol. Past. II, S). Dans l'intimité du colloque avec Dieu et dans le contact régénérateur avec sa grâce, il peut trouver la lumière et la sagesse nécessaires pour "adapter sa parole au public qui l'écoute de manière qu'elle soit accessible à l'esprit de chacun sans rien lui enlever de sa force d'édification pour tous" (ibid. III, prol.). Puisse ceci advenir dans votre paroisse! Il se réalisera alors ce que Saint Grégoire indiquait poétiquement, comme idéal de toute communauté chrétienne: être comme "une lyre bien accordée" qui, savamment touchée par l'artiste, élève vers Dieu le son harmonieux de sa mélodie (ibid.).
Avant de conclure j'aimerais vous dire quelle joie j'éprouve à savoir que dans votre paroisse se trouve une chapelle dédiée au Bienheureux Maximilien Kolbe, le grand apôtre de notre siècle. Je vous confie tous, en même temps qu'à lui et à Saint Grégoire le Grand, à la Vierge, Mère de l'Eglise, que les habitants de notre ville invoquent avec confiance comme Salus populi romani.
Dans la liturgie d'aujourd'hui le Prophète Isaïe dit: "Voici, je fais une chose nouvelle (...) vous vous en rendez compte? J'ouvrirai également une voie dans le désert, et je ferai couler des fleuves dans la steppe. Le peuple que j'ai façonné pour moi célébrera ma gloire" (Is 43, 19-21).
Que tout ceci advienne parmi vous.
Ce qui rend plus grande encore ma joie, c'est le souvenir, resté si vif dans mon esprit et dans mon cœur, du jour où je suis venu ici en compagnie du Cardinal Stefan Wyszynski et d'autres Evêques polonais qui participaient aux dernières sessions, en 1965, du Concile Vatican II. A l'époque, le jubilé du premier millénaire du Baptême de la Pologne était proche et le Pape Paul VI avait décidé de mettre en évidence également à Rome ce grand événement du Peuple et de l'Eglise de Pologne. C'est dans cette intention qu'il disposa qu'une église dédiée à la Vierge de Czestochowa fût édifiée sur le territoire de la paroisse qui, à cette époque, avait été érigée pour subvenir aux besoins spirituels et moraux de cette zone, qui se trouvait alors en marge de la ville et qui méritait bien son nom de "La Rustique".
Je me souviens que lorsque nous sommes venus en ce lieu pour la première fois, précisément durant le Concile, il y avait encore des champs immenses et les maisons se profilaient à l'horizon.
Mais les travaux de construction de l'église paroissiale commencèrent aussitôt. Bientôt interrompus, ils ne furent repris qu'en 1969 et, finalement, en octobre 1971 eut lieu la consécration de la nouvelle église par le Cardinal Wyszynski, avec également ma participation.
Dans la lecture d'aujourd'hui, très chers frères et sœurs, nous lisons que Saint Paul, s'adresse aux Corinthiens par cette: "lettre écrite en nos cœurs, connue et lue par tous les hommes" (2 Co 3, 2). Me référant à ces mots, je veux vous dire que votre paroisse et votre église sont, elles aussi, une telle lettre inscrite profondément dans le cœur du défunt Pape Paul VI et de tout l'épiscopat polonais. Elles sont nées de cette singulière inscription "dans les cœurs", et d'une grande foi. Aussi, mon émotion est-elle particulièrement profonde, aujourd'hui que je viens ici pour la première fois, comme successeur de Paul VI et, en même temps comme témoin des origines de votre chère paroisse.
2. S'adressant aux fidèles de Corinthe, saint Paul leur écrit qu'ils sont: "une lettre du Christ rédigée par nos soins, écrite non avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur vos cœurs" (2 Co 3, 2).
Bien longtemps avant cela, sur le Mont Sinaï, Dieu-Jahve, avait donné à Moïse les commandements écrits sur des tables de pierre. Mais il les avait donnés pour qu'ils fussent continuellement inscrits "sur les tables de chair de vos cœurs", c'est-à-dire sur les cœurs humains. C'est pour cela qu'il ne s'est pas limité à la révélation de ses commandements au Peuple de Dieu et qu'il a envoyé son Fils pour donner témoignage de son amour pour nous. Et c'est exactement ce Fils, Jésus-Christ, qui écrit dans nos cœurs: il écrit avec l'éloquence de sa vie, de son Evangile, de sa miséricorde à l'égard des pécheurs, de sa bonté pour les enfants et pour les hommes qui souffrent. Jésus-Christ écrit dans nos cœurs avec la force de l'Esprit Saint qu'il nous a obtenue sur la Croix, afin que nous, les hommes, soyons sensibles et ouverts à l'action du Dieu vivant. Même si l'homme se tenait éloigné de Dieu comme cette épouse infidèle dont parle aujourd'hui le Prophète Osée, Dieu ne cesserait pas de le chercher avec son amour. Jésus Christ se met à la recherche de chaque brebis égarée pour lui indiquer le chemin et lui rendre la vie.
Les paroles du Psaume responsoriel d'aujourd'hui en rendent magnifiquement témoignage:
"Il pardonne toutes les fautes, il guérit toutes tes maladies, il rachète ta vie de la fosse, il te couronne de grâce et de miséricorde".
"Le Seigneur est clément et miséricordieux, lent à la colère, abondant en grâce. Il n'agit pas envers nous selon nos péchés, il ne nous traite pas d'après nos fautes".
3. L'Eglise rend témoignage de l' amour que Dieu a pour tout homme; c'est pourquoi, comme le Christ-pasteur elle va à la rencontre des hommes partout où ils se trouvent.
Et ainsi, l'Eglise également va sans cesse à la rencontre de tous les habitants de ce quartier, tant de ceux qui y sont venus les premiers qu'à ceux qui, maintenant, viennent de divers côtés.
Je connais le rude labeur de la plupart d'entre vous, ouvriers des industries voisines ou de la construction. Je sais que la paroisse s'est formée graduellement, avec des habitants d'importation, dans un quartier qui, même aujourd'hui, malheureusement, ne jouit pas encore de tous les services sociaux. Je souhaite de tout cœur que se développe également votre vie de citadins et que se réalisent au plus tôt les requêtes les plus conformes à votre dignité humaine. En faveur de ceci se prodiguent déjà — même si c'est d'un point de vue religieux — les dévoués Pères Bénédictins "Silvestrini" et tous leurs dignes collaborateurs dans la catéchèse, dans les contacts avec les familles, dans l'assistance aux malades. La prédication de l'Evangile n'est jamais disjointe d'une saine promotion humaine.
Dans l'Evangile d'aujourd'hui nous trouvons deux comparaisons: "Personne ne coud une pièce de drap non foulé à un vieux vêtement; autrement, le morceau rapporté tire sur lui, le neuf sur le vieux, et la déchirure s'aggrave. Personne ne met non plus du vin nouveau dans de vieilles outres; autrement, le vin fera éclater les outres, et le vin est perdu aussi bien que les outres. Mais à vin nouveau, outres neuves" (Mc 2, 21-22).
Il y a une grande sagesse et une grande prudence dans ces deux rapprochements. L'Eglise s'inspire de ces deux principes dans son activité pastorale quand se crée un nouveau milieu humain, un nouveau quartier, surgit également une nouvelle paroisse, car on ne peut pas "mettre du vin nouveau dans de vieilles outres" et "personne ne coud une pièce de drap non foulé à un vieux vêtement".
4. L'Evêque de Rome souhaite aujourd'hui à la paroisse Notre-Dame de Czestochowa de la bourgade La Rustica — une jeune paroisse — qu'une vie nouvelle s'y développe dans toute sa plénitude.
Les hommes qui sont venus ici ont construit les maisons; dans ces maisons sont entrées les familles qui ont fixé aux murs des tableaux, peut-être même un tableau religieux particulièrement cher: une image de Jésus-Christ de sa Mère. La vie humaine a nécessairement besoin de la demeure humaine.
La paroisse est également une famille. Sa maison est ce temple: "la demeure de Dieu avec les hommes" (Ac 21, 3). Dans cette maison se trouve à la place d'honneur le tableau de la Vierge de Czestochowa, signe de la présence de la Mère à côté de son Fils, près de son tabernacle.
Aimez la maison de votre famille.
Aimez aussi cette Maison où Dieu demeure avec vous.
La vie humaine qui se développe dans toutes vos maisons, trouve ici son foyer central.
Rencontrez-vous ici dans la prière!
Rencontrez-vous ici à la Table du Verbe Divin et de l'Eucharistie.
Rencontrez-vous devant la Mère dont le regard vous parle de ce grand amour par lequel le Père vous a aimés dans le Christ.
"Bénis le Seigneur, mon âme; que tout ce qui est en moi, bénisse son saint nom. Bénis le Seigneur, -mon âme, n'oublie pas tous ses bienfaits".
Que la visite canonique que j'ai inaugurée aujourd'hui et qui sera poursuivie par l'Evêque Mgr Salimei vous aide dans l'unification de votre paroisse et, en elle, dans la consolidation de la vie chrétienne.
Avec ma bénédiction apostolique.
Je désire, en tout premier lieu, vous saluer tous, très cordialement. Ma visite à votre paroisse me donne la faculté de formuler ce salut de vive voix et d'entendre votre réponse donnée également de vive voix. Ce salut et cette réponse proviennent de la conscience de cette unité particulière que nous formons dans l'unité de l'Eglise de Jésus-Christ et spécialement dans le Diocèse de Rome. En nous saluant mutuellement, nous exprimons cette unité dont la valeur ne se limite pas au plan de l'organisation.
Votre paroisse, la paroisse San Basilio n'est pas seulement un élément constitutif du Diocèse de Rome, elle s'insère authentiquement aussi dans cette unité qu'est l'Eglise : rendue illustre, ici à Rome, par saint Pierre et par saint Paul, elle est instituée par les Apôtres du Christ Seigneur, et ses racines plongent dans le "fondement" de notre salut qu'est Jésus-Christ (cf. 1 Cor 3, 10-11) et dans la foi en Lui. Ce fondement est tel qu'en dehors de lui il n'y en a pas d'autre et "nul ne peut en poser d'autre que celui qui s'y trouve déjà" (1 Co 3, 11). "Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même" (1 Tm 2. 5).
2. C'est dans l'esprit de cette unité que je vous adresse mon salut et que je reçois le vôtre, votre réponse qui est une réponse de foi. Celle-ci est d'autant plus importante pendant le Carême, un temps où nous vivons plus profondément la réalité même de notre "croissance" sur la base de Jésus-Christ, de sa passion et sa mort, de sa résurrection. Ici, à Rome, les traces de cette "croissance" à partir du Christ sont particulièrement fortes et éloquentes.
A l'occasion de cette rencontre je salue le Cardinal Vicaire, l'Evêque Mgr Oscar Zanera, qui accomplit en ce moment une visite pastorale plus longue et profonde à votre paroisse, je salue vos pasteurs, les prêtres qui travaillent parmi vous, les sœurs, les différents collaborateurs pastoraux, tous les paroissiens, y compris ceux qui sont absents aujourd'hui, et tout particulièrement ceux qui forment les différents groupes d'engagement ecclésial. Tous ensemble, vous pouvez offrir un témoignage chrétien toujours plus lumineux dans ce quartier de la périphérie de Rome qui nécessite encore de nombreuses interventions pour y améliorer la qualité de la vie.
Aujourd'hui, deuxième dimanche de Carême, je désire vivre avec vous tous la grâce particulière, de cette rencontre dans la foi qu'est la visite de l'Evêque à la paroisse.
3. Ceci est une rencontre dans la foi, et son contenu nous est précisé dans la liturgie d'aujourd'hui par la parole de Dieu. Un contenu fort, profond et essentiel. En écoutant l'épître de Saint Paul aux Romains, nous trouvons immédiatement la réalité-clé de la foi : "Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ? Qui se fera l'accusateur de ceux que Dieu a élus ? C'est Dieu qui justifie. Qui donc condamnera ? Le Christ Jésus, celui qui est mort, que dis-je ? ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous ?" (Rm 8, 31-34).
Dieu est avec nous
Dieu est avec nous ! Dieu est avec l'homme ! Avec l'humanité. La preuve unique et complète de ceci est et reste toujours celle-ci : "Il n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous tous" (Rm 8, 32).
Pour mettre cette vérité mieux en relief, la liturgie se réfère au Livre de la Genèse : au sacrifice d'Isaac. Quand Dieu a demandé ce sacrifice à Abraham, il voulait en somme préparer la conscience du Peuple élu au sacrifice que, plus tard, son Fils allait accomplir. Dieu a épargné Isaac, et il a épargné également le cœur d'Abraham, son père. Mais, Lui "il n'a pas épargné son propre Fils !". Abraham est devenu "père de notre foi", parce que, avec son consentement immédiat au sacrifice de son fils Isaac, il a annoncé le sacrifice du Christ qui constitue un moment-sommet sur les voies de la foi de toute l'humanité. Nous en sommes tous conscients. Cette conscience vivifie nos âmes tout particulièrement durant le Carême. Cette conscience modèle notre vie chrétienne dès ses racines les plus profondes. Elle la modèle du début à la fin.
Dieu est avec nous, en passant par la croix de son Fils. Et ceci est également la source première de notre force spirituelle. Quand l'Apôtre demande : "Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?", avec cette demande il embrasse tout ce qui, et tous ceux qui peuvent constituer un danger pour notre esprit, pour notre salut. "Qui condamnera ? Jésus-Christ ? Lui qui est mort, que dis-je ? ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous ?" (Rm 8, 34).
De la foi dans le Christ, en sa croix et sa résurrection, jaillit notre espérance. Grande confiance ! Qu'elle soit notre force particulièrement aux heures difficiles de la vie !
4. Ma pensée et ma parole vont de façon spéciale vers tous ceux qui se trouvent en difficulté, quelle qu' elle soit : vers ceux qui souffrent dans le corps et dans l'esprit ; vers ceux qui endurent des épreuves de caractère social, comme des expériences négatives sur le plan du travail ou des malentendus en famille ; aux jeunes qui passent peut-être par un moment de crise; à ceux qui affrontent avec zèle des difficultés de nature pastorale, telles que l'incompréhension, ou la tiédeur à l'égard des valeurs" spirituelles" et la résistance "à l'Esprit Saint.
Ils ont tous le droit d'espérer dans le Christ !
L'espérance qui naît de la foi
Dans l'Evangile d'aujourd'hui nous trouvons une manifestation particulière de cette espérance qui naît de la foi en Jésus-Christ. C'est précisément pendant le temps de Carême que l'Eglise nous relit l'Evangile de la Transfiguration. En effet cet événement a eu lieu afin de préparer les Apôtres aux difficiles épreuves de Gethsémani, de la Passion, de l'humiliation de la flagellation, du couronnement d'épines, du chemin de la Croix, du Calvaire. Jésus voulait, dans cette perspective, démonter à ses Apôtres les plus intimes la splendeur de la gloire qui resplendissait en lui et que son Père lui confirma d'une voix qui venait de Là-Haut, révélant sa filiation divine et sa mission : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur; écoutez-le" (Mt 17, 5).
La splendeur de la gloire de la Transfiguration embrasse l'Ancienne Alliance presque tout entière et éclate aux yeux éblouis des Apôtres qui allaient devoir enseigner cette foi qui fait naître l'espérance : de ces Apôtres qui auraient le devoir d'annoncer tout le mystère du Christ.
"Seigneur, il est beau pour nous d'être ici" (Mt 17, 4) s'étaient exclamés Pierre, Jacques et Jean, comme s'ils voulaient dire : "Tu es l'incarnation de l'espérance à laquelle aspirent l'âme humaine et le corps humain ! Espérance plus forte que la Croix et le Calvaire ! Espérance qui dissipe les ténèbres de notre existence, du péché, de la mort".
Il est beau pour nous d'être ici : avec Toi !
Puisse votre paroisse être et devenir toujours plus le lieu, la communauté où les hommes, approfondissent par la foi le mystère du Christ, où les hommes prennent toujours plus de confiance, toujours plus conscience de la valeur et du sens de la vie, et répètent au Christ : "Il est beau pour nous d'être ici" : avec Toi ! Ici, dans ce temple. Devant ce tabernacle. Mais pas seulement ici, et peut-être sur un lit d'hôpital, peut-être sur les lieux de travail ; à table, dans la communauté de la famille ! Partout.
En octobre prochain, une Mission sera prêchée dans votre paroisse. Il s'agit d'un présent particulier du Seigneur en cette année où sera célébré le vingt-cinquième anniversaire de la fondation de votre communauté paroissiale. Un grand nombre de Pères Capucins, d'autres groupes de religieux et de laïcs, collaborant avec les prêtres de la paroisse chercheront à prendre un contact personnel avec tous les fidèles afin de proclamer, dans toute sa pureté, le message de Jésus et d'aider chacun de vous à le réaliser pleinement dans sa propre vie quotidienne avec générosité, avec zèle, avec enthousiasme. Beaucoup d' âmes contemplatives prient déjà et se sacrifient pour cette merveilleuse initiative qui, je n'en doute pas, donnera d'abondants fruits de grâce. J'unis moi aussi ma prière au Seigneur pour que tous les membres de cette paroisse répondent avec une totale disponibilité à la mystérieuse invitation du Saint-Esprit qui fera entendre son pressant appel à vivre une vie véritablement nouvelle, tous transfigurés en Lui.
Aujourd'hui le Christ prononce ces mots sur le seuil du Temple de Jérusalem.
Il apparaît sur ce seuil pour "revendiquer", face aux hommes, la Maison de son Père, pour réclamer ses droits sur cette Maison. Les hommes en ont fait un marché. Le Christ le leur reproche sévèrement. Il s'oppose avec décision à cette déviation. Le "zèle pour la Maison de Dieu le dévore" (cf. Jn 2, 17) ; aussi n'hésite-t il pas à s'exposer à la malveillance des Anciens du peuple juif et à celle des responsables de ce qui a été fait contre la Maison de son Père, contre le Temple.
Cet événement est mémorable. Mémorable la scène. Avec les paroles jaillies de sa sainte colère, le Christ a inscrit profondément dans la tradition de l'Eglise la loi de la sainteté de la Maison de Dieu. En prononçant ces paroles mystérieuses concernant le temple de son corps : "détruisez ce temple ; en trois jours je le relèverai" (Jn 2, 19), Jésus a consacré d'une seule fois tous les temples du Peuple de Dieu. Ces paroles acquièrent une signification d'une richesse toute particulière durant la période du Carême lorsqu'en méditant sur la passion du Christ et sur sa mort — destruction du temple de son corps — nous nous préparons à la fête solennelle de Pâques, c'est-à-dire au moment où le Christ se révélera encore à nous dans ce même temple de son corps, à nouveau relevé par la puissance de Dieu qui veut construire en lui, de génération en génération, l'édifice spirituel de la nouvelle foi, espérance et charité.
2. Je viens aujourd'hui en cette Paroisse Saint-Joseph, et je désire tout en vous saluant cordialement vous tous ici présents, vous exprimer ma profonde joie parce que ce quartier a, lui aussi, son Temple, sa Maison de Dieu.
Il ne l'eut pas tout de suite, au moment de l'érection canonique de la paroisse le 19 juin 1961. Quelques années s'écoulèrent avant de pouvoir, exactement le 18 juin 1970, procéder à la consécration et à l'inauguration du nouveau temple, de votre église qui, avec sa nef aérée, s'élève maintenant vers le ciel pour chanter la gloire de Dieu.
Je veux dire quelques mots de satisfaction et de félicitations au Curé et aux prêtres joséphites à qui cette paroisse a été confiée. Ils célèbrent cette année le premier centenaire de fondation de leur très méritante Congrégation, jaillie du cœur apostolique du Vénérable Joseph Marella, Evêque d'Acqui. Cette nouvelle église est un éloquent témoignage du zèle et de la générosité de ses fils spirituels. J'imagine aisément les rudes labeurs, les sacrifices, les renoncements qu'ils ont dû subir pour mener à terme la construction de cet édifice sacré, si accueillant, fonctionnel et pieux, et aménager les locaux paroissiaux qui le complètent. A eux mes louanges et mes remerciements.
Puis, comme il est juste, j'exprime ma sincère satisfaction à tous les fidèles ; sans leur constante et généreuse contribution, il n'eut certes pas été possible de pousser de l'avant, année par année, la réalisation d'une œuvre si complexe et coûteuse.
De plus, c'est avec joie que je saisis cette occasion pour manifester à M. le Cardinal Vicaire, ici présent parmi nous, la grande considération en laquelle je tiens le dévouement qu'il met dans l'œuvre de construction de nouvelles églises, c'est-à-dire à favoriser l'édification d'une adéquate Maison du Seigneur dans les nouveaux quartiers, au fur et à mesure qu'ils se forment. L'édifice matériel où le peuple fidèle se rassemble pour écouter la Parole de Dieu et participer à la célébration des mystères divins, représente un élément des plus importants de la croissance et du raffermissement de cette communauté de foi, d'espérance et d'amour qu'est la paroisse.
A ce propos ne saurait manquer un mot de gratitude adressé à S .Exc. Mgr Remigio Ragonesi, l'évêque auxiliaire auquel est confié le secteur ouest du diocèse dont fait partie votre paroisse. Il accomplit, avec un zèle et un dévouement admirables, la visite pastorale de cette zone dans le but de prendre acte du travail réalisé, de coordonner les initiatives d'apostolat, de renforcer l'entente au sein de la famille paroissiale, de réveiller le sens de responsabilité chez tous les fidèles. Accueillez donc, d'un esprit ouvert et docile, ses enseignements et ses directives.
J'ai eu le plaisir d'apprendre que le territoire de la paroisse abrite quatorze instituts religieux, parmi lesquels un monastère de carmélites de stricte observance. A toutes ces âmes qui suivent le Seigneur dans la pratique des conseils évangéliques, le Pape adresse un salut, comptant beaucoup sur leur apport à la vie de la communauté. Quelles que soient leurs fins spécifiques immédiates — l'éducation de la jeunesse, les soins aux malades, l'assistance des personnes âgées, la vie de contemplation et de pénitence — elles doivent avoir toujours vive dans 1'âme la conscience du rapport étroit qui existe entre leurs engagements institutionnels et la vie de la paroisse, car celle-ci est le lieu concret où, de manière plus complète, l'Eglise universelle, se laisse voir et expérimenter par les habitants de chaque quartier.
Et, en cet instant, je ne saurais manquer non plus d'adresser un mot, pour les saluer et les exhorter, aux laïcs, principalement à ceux qui, avec généreuse disponibilité, se rangent aux côtés de leurs pasteurs pour assumer avec eux la responsabilité de l'évangélisation. Le rapport qui m'a été présenté me révèle que dans cette paroisse est mis en œuvre un intense programme de catéchèse, comprenant des rencontres bien réparties durant la semaine et fréquentées par un bon nombre d'enfants, d'adolescents et d' adultes. A tous j'adresse mes louanges et j'y ajoute mes encouragements à poursuivre avec constance, notamment grâce au recrutement de forces nouvelles parmi les jeunes.
Ne m'a pas échappé la présence de nombreux autres groupes qui se proposent d'animer chrétiennement d'importants secteurs de la vie communautaire, tels que les secteurs missionnaire, familial, caritatif, récréatif, sportif, etc. A tous un cordial "bravo !" et la pressante invitation à persévérer avec généreux élan, malgré les inévitables difficultés. Vous travaillez pour le Royaume du Christ qui est un royaume d'amour, de paix, de solidarité et donc le royaume auquel aspire le cœur de tout être humain. Que la conscience de cette réalité vous soutienne et vous stimule dans l'active participation aux différentes initiatives pastorales promues par la paroisse !
3. Le cadre de tout cet effort apostolique, de cette œuvre évangélique est la Maison de Dieu, la Maison du Père. Autour de cette Maison se sont multipliées les maisons où habitent les hommes, où habitent les familles. Enorme est l'importance de la maison pour la vie familiale. Immense. Fondamentale. Il y a tant de circonstances qui conditionnent le développement correct d'une famille, mais parmi elles, la maison familiale occupe certainement la première place.
Vous savez que le diocèse de Rome s'est engagé dans une profonde réflexion au sujet d'"une habitation pour chaque famille" et qu'il entend, à l'occasion du Carême, sensibiliser la conscience des fidèles, afin de favoriser la prise, individuellement ou en communauté, d'opportunes décisions aptes à contribuer à la juste solution d'un problème si important.
C'est une action à laquelle tout le monde doit participer de manière responsable et généreuse. Elle est du reste, à juste titre, l'objet des préoccupations des autorités civiles. Les maisons se construisent pour l'homme, pour satisfaire ses besoins les plus fondamentaux et il n'y a aucun autre but ou motif qui puisse modifier cette fin. Dans une société honnêtement solidaire ne peuvent manquer les maisons pour les familles, car le futur même de la société en dépend.
Et ne saurait manquer non plus la Maison de Dieu, celle du Père des hommes et des familles. Qu'il n'arrive jamais que notre civilisation ait à céder à la tentation : "nous avons besoins des logements, nous n'avons pas besoin des églises".
4. La maison est habitation de 1' homme. C'est une condition nécessaire pour que l'homme puisse venir au monde, grandir, se développer; pour qu'il puisse travailler, éduquer et s'éduquer ; pour que les hommes puissent constituer cette union plus profonde et fondamentale qui a le nom de "famille".
On construit les maisons pour les familles. Ensuite, dans les maisons, les familles elles-mêmes se construisent sur la vérité et l'amour. Le premier fondement de cette construction est l'alliance matrimoniale qui s'exprime dans les paroles sacramentelles par lesquelles l'époux et l'épouse se promettent mutuellement l'union, 1' amour, la fidélité conjugale. Sur ce fondement s'appuie cet édifice spirituel dont la construction ne peut jamais prendre fin. Les conjoints, comme les parents, doivent constamment, en sages constructeurs, appliquer à leur propre vie, la mesure de l'union, de l'amour, de l'honnêteté et de la fidélité conjugale. Ils doivent chaque jour, renouveler ce serment dans le cœur et parfois aussi le rappeler verbalement. Aujourd'hui, à l'occasion de cette visite pastorale, je vous invite à le faire de manière toute particulière, parce que la visite pastorale doit servir au renouvellement de ce temple que nous formons tous en le Christ crucifié et ressuscité. Saint Paul a dit que le Christ est "puissance de Dieu et sagesse de Dieu" (1 Co 1, 24). Qu'il soit également votre puissance et votre sagesse, chers époux et parents ! Qu'il le soit pour toutes les familles de cette paroisse ! Ne vous privez pas de cette puissance et de cette sagesse ! Renforcez-vous en elles. Eduquez vos fils en elles et ne permettez pas que cette puissance et cette sagesse qu'est le Christ puissent un jour leur être enlevées. Par aucun milieu, par aucune institution ! Ne permettez à personne de détruire ce temple que vous avez construit dans vos fils. Ceci est votre devoir, mais c'est aussi votre droit le plus sacré. C'est un droit que nul ne saurait violer sans commettre un acte arbitraire.
5. La famille est construite sur la sagesse et sur la puissance du Christ lui-même, car elle s'appuie sur un sacrement. Elle est aussi construite et constamment se construit sur la loi divine à laquelle on ne saurait, d'aucune façon substituer toute autre loi. Un législateur humain pourrait-il abolir les commandements que nous rappelle aujourd'hui la lecture du Livre de l'Exode : "tu ne tueras point, tu ne commettras point l'adultère, tu ne voleras pas, tu ne prononceras pas de faux-témoignage" (Ex 20, 13-16) ? Nous connaissons tous le Décalogue par cœur. Les dix commandements constituent le nécessaire contenu de la vie humaine personnelle, familiale, sociale. Quand ces propositions viennent à manquer, la vie de l'homme devient inhumaine. Aussi le devoir fondamental de la famille, puis de l'école et de toutes les institutions est-il l'éducation et la consolidation de la vie humaine sur le fondement de cette Loi qu'il n'est permis à personne de violer.
Nous construisons ainsi, avec le Christ, le temple de la vie humaine, dans lequel Dieu habite. Construisons en nous la maison du Père ! Que le zèle à construire cette maison constitue le principal élément de la vie de nous tous ici présents, de toute la paroisse qui a comme Patron Saint Joseph, Epoux de Marie Mère de Dieu, Patron des familles, Protecteur du Fils de Dieu, Patron de la Sainte Eglise. Demain 19 mars, nous célébrerons solennellement sa fête liturgique. Que votre paroisse dure sous sa protection et se développe comme une famille de Dieu !