MESSAGE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION DE LA IIe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 1987
« Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru » (1Jn 4,16)
Chers jeunes, mes amis,
Dans le continent de l’espérance
1. Le 8 juin dernier, j’ai eu l’immense joie d’annoncer que la prochaine Journée Mondiale de la Jeunesse sera célébrée à Buenos Aires le dimanche des Rameaux 1987. Ce sera le moment où, avec l’aide de Dieu, j’accomplirai ma visite apostolique aux pays du cône sud américain: Uruguay, Chili et Argentine. A Buenos Aires j’aurai la grande joie de rencontrer non seulement les jeunes d’Argentine, mais aussi beaucoup d’autres jeunes venant de tout le continent latino-américain et des autres pays du monde. Dans cette rencontre tant attendue, nous nous sentirons tous en communion de prière, d’amitié et de fraternité, de par notre responsabilité et notre engagement avec les autres jeunes qui, réunis autour de leurs pasteurs, célébreront cette Journée dans toutes les Eglises locales du monde; nous nous sentirons en union également avec tous ceux qui cherchent Dieu d’un cœur sincère et désirent consacrer leurs énergies juvéniles à la construction d’une nouvelle société plus juste et plus fraternelle. Il est significatif que cette fois le lieu central de la célébration de la Journée Mondiale de la Jeunesse soit la terre latino-américaine, peuplée en majorité de jeunes, animateurs et futurs protagonistes du « continent de l’espérance », comme on l’a appelé. L’Eglise d’Amérique Latine qui, à Puebla de los Angeles (Mexique), a proclamé son « option préférentielle pour les jeunes », se prépare à une « nouvelle évangélisation » pour retrouver ses racines et rajeunir la tradition et la culture chrétiennes de ses populations au seuil du « demi-millénaire » de sa première évangélisation. Si notre regard se porte sur elle, il s’étend aussi aux quatre points cardinaux et notre parole veut appeler les jeunes à se réunir, du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest, eux qui seront les hommes et les femmes de l’an 2000 et que l’Eglise reconnaît et accueille avec espérance.
L’homme ne peut vivre sans amour
2. Le thème de cette Journée Mondiale nous met devant les yeux le témoignage de l’apôtre Jean lorsqu’il s’écrie: « Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru » (1Jn 4,16). A ce sujet, je voudrais vous rappeler une pensée que j’ai exprimée dans ma première Encyclique: « L’homme ne peut vivre sans amour. Il demeure pour lui-même un être incompréhensible et sa vie est privée de sens s’il ne reçoit pas la révélation de l’amour, s’il ne rencontre pas l’amour, s’il n’en fait pas l’expérience et s’il ne le fait pas sien, s’il n’y participe pas fortement » (Redemptor hominis, 10). Et combien plus cette réalité vaut-elle pour les jeunes qui vivent une période particulière de responsabilité et d’espérance, de développement de la personne, de détermination du sens, des grands idéaux et projets de vie, d’aspiration à la vérité et aux voies de l’authentique bonheur! C’est à ce moment là que l’on éprouve le plus le besoin de se sentir reconnu, soutenu, écouté et aimé. Vous savez bien, au plus profond de vos cœurs, que les satisfactions que procure un hédonisme superficiel sont éphémères et ne laissent dans l’âme que du vide; qu’il est trompeur de s’enfermer dans la carapace de son égoïsme; que toute indifférence et scepticisme vont à l’encontre des nobles aspirations à un amour sans frontières; que les tentations de la violence et des idéologies qui nient Dieu ne peuvent conduire qu’à des impasses. Puisque l’homme ne peut vivre ni se comprendre sans amour, je veux vous inviter tous à croître en humanité, à donner priorité absolue aux valeurs de l’esprit, à vous transformer en « hommes nouveaux », reconnaissant et acceptant de plus en plus la présence de Dieu dans votre vie, la présence d’un Dieu qui est Amour; d’un Père qui aime chacun de nous de toute éternité, qui nous a créés par amour et qui nous a aimés jusqu’à livrer son Fils unique pour le pardon de nos péchés, pour nous réconcilier avec Lui, pour vivre avec Lui une communion d’amour qui ne finira jamais. La Journée Mondiale de la Jeunesse doit donc nous préparer tous à accueillir ce don de l’amour de Dieu qui nous transforme et nous sauve. Le monde attend avec anxiété notre témoignage d’amour, un témoignage issu d’une profonde conviction personnelle et d’un acte sincère d’amour et de foi dans le Christ ressuscité. C’est cela que signifie connaître l’amour et croire en lui.
Dieu vous appelle à l’unité et à la solidarité
3. Nos célébrations auront également une franche dimension communautaire, exigence inéluctable de l’amour de Dieu et de la communion de ceux qui se sentent fils du même Père, frères en Jésus-Christ et unis par la puissance de l’Esprit. Parce que vous faites partie de la grande famille des rachetés et que vous êtes membres vivants de l’Eglise, vous expérimenterez pendant cette Journée l’enthousiasme et la joie de l’amour de Dieu qui vous appelle à l’unité et à la solidarité. Cet appel ne fait acception de personne. C’est au contraire une convocation qui dépasse les frontières et s’adresse à tous les jeunes sans distinction, qui fortifie et renouvelle les liens unissant les jeunes. Dans ces conditions, il faut que se fassent particulièrement vifs et opérants les liens avec les jeunes qui souffrent du chômage, qui vivent dans la pauvreté ou la solitude, qui se sentent mis en marge ou portent la lourde croix de la maladie. Que ce message d’amitié parvienne également à ceux qui n’acceptent pas la foi religieuse. La charité ne transige pas avec l’erreur, mais va toujours à la rencontre de tous pour ouvrir les chemins de la conversion. Quelles belles et lumineuses paroles nous adresse à ce propos saint Paul dans son hymne à la charité! (cf. 1 Co 13). Qu’elles soient pour vous un programme de vie et d’engagement résolu pour votre présent et votre avenir! L’amour de Dieu qui a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint (cf. Rm 5,5) doit nous sensibiliser aux menaces manifestes de la faim et de la guerre, aux disparités scandaleuses entre les minorités opulentes et les peuples pauvres, aux atteintes portées aux droits de l’homme et à ses légitimes libertés, entre autres la liberté religieuse, aux manipulations effectives et virtuelles de sa dignité. J’ai vivement et fortement ressenti la présence et la prière des jeunes à l’occasion de la Journée Mondiale de prière pour la paix célébrée le 27 octobre à Assise, à laquelle ont participé les représentants des diverses confessions chrétiennes et religions du monde. Plus que jamais, il faut que les énormes progrès scientifiques et technologiques de notre temps soient orientés, avec sagesse, à la lumière de l’éthique, vers le bien de tout l’homme et de tous les hommes. La gravité, l’urgence et la complexité des problèmes et des défis actuels exigent des nouvelles générations capacité et compétence dans les divers domaines, mais, au-dessus des intérêts et des visions partielles, il faut placer le bien intégral de l’homme, créé à l’image de Dieu et appelé à une destinée éternelle. Dans le Christ nous ont été révélés en plénitude l’amour de Dieu et la sublime dignité de l’homme. Que Jésus soit la « pierre angulaire » (cf. Eph 2,20) de vos vies et de la nouvelle civilisation que vous aurez à construire dans un esprit de généreuse solidarité et de partage. Il ne peut y avoir d’authentique croissance humaine dans la paix et la justice, dans la vérité et la liberté, sans la présence du Christ et de sa puissance salvatrice. La construction d’une civilisation de l’amour requiert des caractères forts et persévérants, prêts au sacrifice et désireux d’ouvrir de nouvelles voies de fraternité, qui dépassent les divisions et les divers matérialismes. C’est là une responsabilité des jeunes d’aujourd’hui qui seront les hommes et les femmes de demain, à l’aube du troisième millénaire chrétien.
Mettez-vous en marche!
4. Dans l’attente joyeuse de notre rencontre, je vous souhaite à tous une préparation spirituelle approfondie qui accroisse le dynamisme ecclésial de cette Journée. Mettez-vous en marche! Que votre itinéraire soit jalonné par la prière, L’étude, le dialogue, le désir de conversion et de vie meilleure. Marchez unis les uns aux autres dans vos paroisses et communautés chrétiennes, dans vos associations et mouvements apostoliques. Soyez dans une attitude d’accueil et d’attente, en harmonie avec le temps de l’Avent qui commence. La liturgie de ce premier dimanche nous rappelle, par les paroles de saint Paul, « le moment dans lequel nous vivons » et nous exhorte à « nous dépouiller des œuvres de ténèbres » et à nous « revêtir du Seigneur Jésus-Christ » (cf. Rm 13,11-14). J’adresse à tous les jeunes du monde mon salut affectueux et cordial. Tout particulièrement aux jeunes d’Argentine. J’ai suivi avec grand intérêt vos pèlerinages annuels au sanctuaire de Notre-Dame de Luján et la Rencontre nationale des jeunes l’an dernier à Córdoba, de même que la mise en œuvre de l’« option jeunesse » sur laquelle s’est concentrée pendant des années la pastorale d’ensemble de l’Episcopat argentin. Depuis ma première visite à votre pays en 1982, si marquée par la souffrance et l’espérance, je connais votre engagement pour la construction de la paix dans la justice et la vérité. Je sais par tout cela que vous collaborerez avec enthousiasme à la préparation de la Journée à Buenos Aires, que vous serez présents à cette rencontre avec le Pape et que vous saurez accueillir avec une généreuse hospitalité, avec amitié et esprit de partage, les jeunes d’autres pays qui veulent participer à cette fête en s’engageant profondément avec le Christ, avec l’Eglise, sur la voie de la nouvelle civilisation de la vérité et de l’amour. J’invite tous les jeunes gens et jeunes filles du monde à célébrer avec une intensité et une espérance particulières la Journée Mondiale de la Jeunesse, le prochain dimanche des Rameaux 1987. Je confie la préparation et les fruits de cette Journée à Marie, la jeune Vierge de Nazareth, L’humble servante du Seigneur qui a cru à l’amour du Père et nous a donné le Christ, « notre Paix » (cf. Eph 2,14). Chers jeunes, mes amis, soyez les témoins de l’amour de Dieu, semeurs d’espérance et artisans de paix. Au nom du Seigneur Jésus, je vous bénis avec toute mon affection.
Du Vatican, le 30 novembre 1986, premier dimanche de l’Avent.
IOANNES PAULUS PP. II
MESSAGE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION DE LA IIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 1988
« Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jn 2,5)
Très chers jeunes,
1. Cette année encore je m’adresse à vous pour vous annoncer la prochaine Journée Mondiale de la Jeunesse qui sera célébrée dans les Eglises locales le dimanche des Rameaux 1988. Cette Journée revêtira un caractère tout spécial, puisqu’en Eglise nous vivons l’Année Mariale que j’ai ouverte en la solennité de la Pentecôte et dont je célébrerai la clôture le 15 août prochain, solennité de l’Assomption. A la fin du second millénaire de l’ère chrétienne, en un moment critique de l’histoire de notre monde déchiré par tant de problèmes difficiles, L’Année Mariale constitue, pour nous tous, un don spécial. En cette année, Marie apparaît à nos yeux sous une lumière nouvelle: Mère au cœur débordant d’amour, de tendresse, de sensibilité et Educatrice nous précédant sur le chemin de la foi et nous indiquant la route de la vie. C’est pourquoi l’Année Mariale est une année où l’on écoute de façon particulière Marie. Et il doit en être de même de la prochaine Journée Mondiale de la Jeunesse. Cette fois-ci, chers jeunes, c’est Marie qui vous convoque! C’est elle qui vous donne rendez-vous, parce qu’elle a beaucoup de choses à vous dire! Et, comme les années précédentes, guidés par vos pasteurs, vous allez, j’en suis sûr, vous engager activement à célébrer cette Journée de la Jeunesse.
2. Le centre de la Journée Mondiale de la Jeunesse 1988 sera donc Marie, Vierge et Mère de Dieu, et la Journée sera une journée d’écoute. Que nous dira Marie, notre Mère et notre Educatrice? Il est une phrase de l’Evangile dans laquelle Marie se révèle vraiment comme notre Educatrice. C’est la phrase qu’elle prononce aux noces de Cana de Galilée. Après avoir dit à son Fils: « Ils n’ont plus de vin », elle dit aux servants: « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jn 2,5). Ce sont justement ces paroles que j’ai choisies pour fil conducteur de la Journée mondiale. Elles contiennent un message très important, valable pour tous les hommes de tous les temps. « Tout ce qu’il vous dira, faites-le...» signifie: écoutez Jésus, mon Fils, suivez sa Parole et ayez confiance en Lui. Apprenez à dire « oui » au Seigneur en chaque circonstance de votre vie. C’est un message très réconfortant dont nous avons tous besoin. « Tout ce qu’il vous dira, faites-le...». Par ces paroles, Marie a exprimé surtout le secret le plus profond de sa propre vie. Elle est toute entière derrière ces paroles. Sa vie, en effet, a été un « oui » profond au Seigneur. Un « oui » tout de joie et de confiance. Marie, pleine de grâce, Vierge immaculée, a vécu toute son existence, entièrement ouverte à Dieu, parfaitement accordée à sa volonté, y compris dans les moments les plus difficiles, qui ont atteint leur apogée au sommet du mont Calvaire, au pied de la Croix. Jamais, elle ne reprit son « oui », parce qu’elle avait remis toute sa vie dans les mains de Dieu: « Je suis la servante du Seigneur; qu’il m’advienne selon ta parole » (Lc 1,38). A ce sujet, j’ai écrit dans l’Encyclique Redemptoris Mater: « A l’Annonciation, en effet, Marie s’est remise à Dieu entièrement en manifestant ‘l’obéissance de la foi’ à celui qui lui parlait par son messager, et en lui rendant ‘un complet hommage d’intelligence et de volonté’. Elle a donc répondu de tout son ‘moi’ humain, féminin, et cette réponse de la foi comportait une coopération parfaite avec ‘la grâce prévenante et secourable de Dieu’ et une disponibilité parfaite à l’action de l’Esprit Saint » (n.13). « Tout ce qu’il vous dira, faites-le...». Cette courte phrase contient tout le projet de vie que Marie-Educatrice réalisa comme première disciple du Seigneur et qu’elle nous enseigne aujourd’hui. C’est le projet d’une vie s’appuyant sur un fondement solide et sûr qui a pour nom Jésus-Christ.
3. Le monde dans lequel nous vivons est ébranlé par diverses crises, l’une des plus dangereuses étant la perte du sens de la vie. Beaucoup de nos contemporains ont perdu le vrai sens de la vie; ils cherchent des succédanés dans une consommation effrénée, dans la drogue, l’alcool et l’érotisme. Ils cherchent le bonheur, mais le résultat de leur recherche est une profonde tristesse, un cœur vide et, assez souvent, le désespoir. Dans cette situation, bien des jeunes se posent des questions fondamentales: comment vivre ma vie pour ne pas la perdre? Sur quelles fondations construire ma vie pour qu’elle soit une vie vraiment heureuse? Que dois-je faire pour donner un sens à ma vie? Comment me comporter dans les situations souvent complexes et difficiles que je vis – dans ma famille, à l’école, à l’université, au travail, dans le cercle de mes amis? Questions parfois dramatiques qu’aujourd’hui, certainement, se posent beaucoup d’entre vous, chers jeunes. Tous, j’en ai la certitude, vous voulez construire votre vie sur des fondations solides, capables de résister aux épreuves qui ne peuvent manquer: vous voulez la fonder sur le roc. Alors regardez devant vous Marie, la Vierge de Nazareth, L’humble servante du Seigneur qui vous montre son Fils et vous dit: « Tout ce qu’il vous dira, faites-le », c’est-à-dire, écoutez Jésus, obéissez à Jésus, à ses commandements, ayez confiance en Lui. Ceci est le seul projet de vie pour réellement réussir sa vie et être heureux. Ceci est aussi l’unique source où puiser le sens de la vie le plus profond. L’année dernière, lors de la Journée Mondiale de la Jeunesse, vous avez médité les paroles de saint Jean: « Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru » (1 Jn 4,16). Et cette année, Marie vous explique, chers jeunes, ce que veut dire croire en Dieu et aimer Dieu. La foi et l’amour ne se réduisent pas à des paroles ou à de vagues sentiments. Croire en Dieu et aimer Dieu veut dire vivre toute sa vie de façon cohérente, à la lumière de l’Evangile. Croire en Dieu et aimer Dieu veut dire s’engager à faire toujours ce que Jésus nous dit et dans l’Ecriture Sainte et à travers l’enseignement de l’Eglise. Et cela n’est pas facile. Oui, il faut souvent beaucoup de courage pour aller à l’encontre de la mode et des courants d’opinion de ce monde. Mais, je le répète, ceci est le seul projet de vie pour réellement réussir sa vie et être heureux. Tel est l’enseignement de Marie aux noces de Cana, enseignement que nous voulons approfondir et accueillir lors de la Journée Mondiale de la Jeunesse 1988. Très chers jeunes, je vous invite tous à participer à cet événement important. Venez écouter la Mère de Jésus, votre Mère et votre Educatrice!
4. Pour ne pas devenir une célébration simplement extérieure et superficielle, chaque Journée Mondiale de la Jeunesse requiert tout un itinéraire de préparation au niveau de la pastorale diocésaine et paroissiale, au niveau de la vie des groupes, des mouvements et des associations de jeunes, particulièrement au cours du carême. Aussi je vous invite tous à parcourir ce chemin de préparation spirituelle pour mieux accueillir et la grâce de l’Année Mariale et le don de la Journée Mondiale 1988. Méditez la vie de Marie. Méditez-la surtout vous, jeunes filles. Pour vous, la Vierge immaculée constitue un modèle sublime de femme consciente de sa propre dignité et de sa haute vocation. Méditez-la vous aussi, jeunes gens. En écoutant les paroles que Marie a prononcées à Cana de Galilée: « Tout ce qu’il vous dira, faites-le », cherchez tous à construire votre vie, dès le début, sur le fondement solide qu’est Jésus. Je souhaite que votre méditation du mystère de Marie vous amène à imiter sa vie: apprenez d’elle à écouter et à suivre la Parole de Dieu (cf. Jn 2,5), apprenez d’elle à rester proche du Seigneur même si parfois cela peut vous coûter beaucoup (cf. Jn 19,25). Je souhaite que votre méditation du mystère de Marie vous amène aussi à la prier avec confiance. Cherchez à découvrir la beauté du rosaire: qu’il devienne le compagnon fidèle de toute votre vie. Je conclus ce bref message en saluant cordialement tous les jeunes du monde. Sachez que par la prière le Pape est proche de chacun de vous. Que ma bénédiction apostolique vous accompagne durant tout l’itinéraire de préparation spirituelle de la Journée Mondiale de la Jeunesse 1988 et lors de sa célébration dans vos diocèses.
Du Vatican, le 13 décembre 1987, troisième dimanche de l’Avent.
IOANNES PAULUS PP. II
MESSAGE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION DE LA IVe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 1989
« Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6)
Chers jeunes!
1. Je suis très heureux de me trouver encore une fois parmi vous pour vous annoncer la célébration de la IV Journée Mondiale de la Jeunesse. Dans mon dialogue avec vous cette Journée occupe, en effet, une place privilégiée parce qu’elle m’offre l’heureuse occasion de m’adresser aux jeunes, non d’un seul pays, mais du monde entier, pour dire à tous et à chacun d’entre vous que le Pape vous regarde avec tant d’amour et tant d’espérance, qu’il vous écoute avec une grande attention et qu’il veut répondre à vos attentes les plus profondes. La Journée Mondiale de 1989 sera centrée sur Jésus-Christ comme notre Voie, notre Vérité et notre Vie (cf. Jn 14,6). Elle doit donc devenir pour vous tous la Journée d’une découverte nouvelle, plus mûre et plus profonde, du Christ dans votre vie. Etre jeune représente déjà en soi une richesse singulière qui est le propre de chaque jeune homme et de chaque jeune fille (cf. Lettre à tous les jeunes du monde 1985, 3). Cette richesse consiste, entre autres, dans le fait que le vôtre est un âge de découvertes nombreuses et importantes. Chacun et chacune, vous vous découvrez vous-mêmes, votre propre personnalité, le sens de votre propre existence, la réalité du bien et du mal. Vous découvrez aussi le monde qui vous entoure – le monde des hommes et le monde de la nature. Or, entre ces découvertes nombreuses, il ne doit pas en manquer une qui est d’une importance fondamentale pour chaque être humain: la découverte personnelle de Jésus-Christ. Découvrir le Christ toujours de nouveau et toujours mieux, c’est l’aventure la plus merveilleuse de notre vie. C’est pourquoi, à l’occasion de la prochaine Journée de la Jeunesse, je désire poser à chacun et à chacune d’entre vous certaines questions très importantes et vous en indiquer les réponses.
– As-tu déjà découvert le Christ, qui est la Voie? Oui, Jésus est pour nous une voie qui mène au Père – la Voie unique. Quiconque veut atteindre le salut, doit s’acheminer par cette voie. Vous, les jeunes, vous vous trouvez très souvent à un carrefour, ne sachant pas quelle route choisir, où aller; il y a tant de fausses routes, tant de propositions faciles, tant d’ambiguïtés. A ces moments n’oubliez pas que le Christ, avec son Evangile, son exemple, ses commandements, est toujours et seulement la voie la plus sûre, la voie qui débouche sur un bonheur entier et durable.
– As-tu déjà découvert le Christ, qui est la Vérité? La Vérité est l’exigence la plus profonde de l’esprit humain. Les jeunes surtout sont affamés de la Vérité sur Dieu et sur l’homme, sur la vie et le monde. Dans ma première Encyclique Redemptoris hominis j’ai écrit: « L’homme qui veut se comprendre lui-même jusqu’au fond ne doit pas se contenter pour son être propre de critères et de mesures qui seraient immédiats, partiaux, souvent superficiels et même seulement apparents; mais il doit, avec ses inquiétudes, ses incertitudes et même avec sa faiblesse et son péché, avec sa vie et sa mort, s’approcher du Christ » (n. 10). Le Christ est la Parole de vérité, prononcée par Dieu lui-même, comme réponse à toutes les interrogations du cœur humain. Il est Celui qui nous révèle pleinement le mystère de l’homme et du monde.
– As-tu déjà découvert le Christ, qui est la Vie? Chacun de vous désire tellement vivre la vie dans sa plénitude. Vous vivez animés de grands espoirs, de tant de beaux projets pour l’avenir. N’oubliez pas cependant que la vraie plénitude de vie ne se trouve que dans le Christ, mort et ressuscité pour nous. Seul le Christ est capable de remplir jusqu’au fond l’espace du cœur humain. Lui seul donne la force et la joie de vivre, et cela malgré toute limite ou tout empêchement extérieur. Oui, découvrir le Christ est la plus belle aventure de votre vie. Mais il ne suffit pas de Le découvrir une seule fois. Chaque découverte que l’on fait de Lui, devient une invitation à Le chercher davantage, à Le connaître mieux encore à travers la prière, la participation aux sacrements, la méditation de sa Parole, la catéchèse, l’écoute des enseignements de l’Eglise. C’est là notre tâche la plus importante, comme St Paul l’avait très bien compris lorsqu’il écrivait: « Pour moi, certes, la vie c’est le Christ » (Phil 1,21).
2. La nouvelle découverte du Christ – lorsqu’elle est authentique – fait naître toujours, comme une conséquence directe, le désir de Le porter aux autres, c’est-à-dire un engagement apostolique. C’est là précisément la seconde ligne directive de la prochaine Journée de la Jeunesse. Toute l’Eglise est destinataire du mandat du Christ: « Allez par le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création » (Mc 16,15). Toute l’Eglise est donc missionnaire et évangélisatrice, vivant dans un état constant de mission (cf. Décret Ad Gentes, 2). Etre chrétiens veut dire être missionnaires-apôtres (cf. Décret Apostolicam actuositatem, 2). Il ne suffit pas de découvrir le Christ – il faut Le porter aux autres! Le monde d’aujourd’hui est une grande terre de mission, jusque dans les pays d’ancienne tradition chrétienne. Partout aujourd’hui le néopaganisme et le processus de sécularisation constituent un grand défi au message évangélique. Mais, en même temps, de nos jours aussi, s’ouvrent de nouvelles occasions pour la proclamation de l’Evangile; on constate, par exemple, une nostalgie croissante du sacré, des valeurs authentiques, de la prière. Le monde d’aujourd’hui a donc besoin d’apôtres nombreux – surtout d’apôtres jeunes et courageux. A vous, les jeunes, revient d’une façon particulière la tâche de témoigner la foi aujourd’hui et l’engagement de porter l’Evangile du Christ – Voie, Vérité et Vie – dans le troisième Millénaire chrétien, de construire une civilisation nouvelle, qui soit une civilisation d’amour, de justice et de paix. Pour chaque nouvelle génération il faut des apôtres nouveaux. Et voici que naît pour vous une mission spéciale. Vous, les jeunes, vous êtes les premiers apôtres et évangélisateurs du monde de la jeunesse, tourmenté aujourd’hui de tant de défis et de menaces (cf. Décret Apostolicam actuositatem, 12). Vous pouvez l’être avant tout, et personne ne peut vous remplacer, dans le milieu de l’étude, du travail et des loisirs. Ils sont si nombreux vos contemporains qui ne connaissent pas le Christ, ou ne Le connaissent pas assez. C’est pourquoi vous ne pouvez pas rester silencieux et indifférents! Vous devez avoir le courage de parler du Christ, de témoigner votre foi par votre style de vie, inspiré de l’Evangile. St Paul écrit: « Malheur à moi si je ne prêchais pas l’Evangile » (1 Co 9,16). Vraiment, la moisson évangélique est grande et il faut tant d’ouvriers. Le Christ a confiance en vous et compte sur votre collaboration. A l’occasion de la prochaine Journée de la Jeunesse, je vous invite donc à renouveler votre engagement apostolique. Le Christ a besoin de vous! Répondez à son appel avec courage et avec l’élan propre de votre âge.
3. Le fameux Sanctuaire de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne, sera un point de référence très important pour la célébration de cette Journée en 1989. Comme je vous l’ai déjà annoncé, après la célébration ordinaire de votre fête – le Dimanche des Rameaux – dans les Eglises particulières, je vous donne rendez-vous précisément dans ce Sanctuaire où je me rendrai, pèlerin comme vous, les 19 et 20 août 1989; je suis sûr que vous ne manquerez pas à mon appel, comme vous n’avez pas manqué à la rencontre inoubliable de Buenos Aires en 1987. Le rendez-vous de Saint-Jacques verra en tout cas la participation de l’Eglise universelle tout entière. Ce sera un moment de communion spirituelle même avec ceux d’entre vous qui ne pourront pas être physiquement présents. A Saint-Jacques les jeunes représenteront, en effet, les Eglises particulières du monde entier; la « Route de Saint-Jacques » et l’élan évangélisateur seront votre patrimoine à vous tous. Saint-Jacques-de-Compostelle est un lieu qui a joué un rôle d’une grande importance dans l’histoire du christianisme; déjà en lui-même il transmet donc à tous un message spirituel très éloquent. Ce lieu a été au cours des siècles un « point d’attraction et de convergence pour l’Europe et pour toute la chrétienté ... L’Europe tout entière s’est rencontrée autour de la ‘mémoire’ de Jacques au cours des siècles mêmes où elle se construisait comme continent homogène et spirituellement uni » (cf. « Acte européiste » à Saint-Jacques-de-Compostelle, 9 novembre 1982). Auprès de la tombe de St Jacques nous voulons apprendre que notre foi a des fondements historiques; elle n’est donc pas quelque chose de vague et de passager. Dans le monde d’aujourd’hui, marqué d’un grave relativisme et d’une forte confusion de valeurs, nous devons toujours nous rappeler, comme chrétiens, que nous sommes réellement édifiés sur les fondations stables des Apôtres, avec le Christ lui-même pour pierre d’angle (cf. Eph 2,20). Auprès de la tombe de l’Apôtre, nous voulons aussi recueillir de nouveau le mandat du Christ: « Vous serez mes témoins ... jusqu’aux confins de la terre » (Ac 1,8). St Jacques, qui fut le premier à sceller son témoignage de foi avec son propre sang, est pour nous tous un exemple et un maître excellent. Saint-Jacques-de-Compostelle n’est pas seulement un sanctuaire; c’est aussi une route, c’est-à-dire un réseau étroit d’itinéraires de pèlerinage. La « Route de Saint-Jacques » fut pendant des siècles un chemin de conversion et d’un témoignage extraordinaire de foi. Le long de ce chemin surgissaient les monuments visibles de la foi des pèlerins: les églises et de nombreux hospices. Le pèlerinage a une signification spirituelle très profonde; il peut être déjà en lui-même une catéchèse importante. En effet, comme le Concile Vatican II nous l’a rappelé, l’Eglise est un peuple de Dieu en chemin, « en quête de la cité future, celle-là permanente » (cf. Lumen Gentium, 9). Dans le monde d’aujourd’hui la pratique du pèlerinage connaît une période de renouveau, surtout chez les jeunes. Vous êtes parmi les plus sensibles à revivre, aujourd’hui, le pèlerinage comme « chemin » de renouveau intérieur, d’approfondissement de la foi, de renforcement du sens de la communion et de la solidarité avec vos frères; comme moyen aussi pour découvrir les vocations personnelles. Je suis sûr que, grâce à votre enthousiasme de jeunes, la « Route de Saint-Jacques » aura cette année un développement nouveau et riche.
4. Le programme de cette Journée est très exigeant. Pour en recueillir les fruits, il faudra donc une préparation spirituelle appropriée, guidée par vos Pasteurs dans les diocèses, dans les paroisses, les associations et les mouvements; et cela, soit pour le Dimanche des Rameaux soit pour le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle en août 1989. Au début de cette phase préparatoire je m’adresse à tous et à chacun d’entre vous avec les paroles de l’apôtre Paul: « Suivez la voie de l’amour ...; conduisez-vous en enfants de lumière » (Eph 5,2.8). Entrez dans cette période de préparation avec ces dispositions d’esprit. Mettez-vous donc en chemin, je vous le dis à tous, jeunes pèlerins de la « Route de Saint-Jacques ». Essayez de retrouver, pendant les jours de pèlerinage, l’esprit des pèlerins d’autrefois, témoins courageux de la foi chrétienne. Sur ce chemin apprenez à découvrir Jésus, qui est notre Voie, notre Vérité et notre Vie. Je désire, enfin, adresser une parole spéciale d’encouragement aux jeunes d’Espagne. Cette fois ce sera à vous d’offrir l’hospitalité à vos frères et à vos sœurs, venus du monde entier. Mon souhait pour vous c’est que cette rencontre de Saint-Jacques laisse des traces profondes dans votre vie et qu’elle soit pour vous tous un ferment puissant de renouveau spirituel. Chers jeunes, garçons et filles, je termine ce Message par un baiser de paix que je désire vous faire parvenir à tous, où que vous soyez. Je confie le chemin de préparation et la célébration de la Journée Mondiale de la Jeunesse 1989 à la protection spéciale de Marie, Reine des Apôtres, et de St Jacques, vénéré au cours des siècles auprès du Sanctuaire antique de Compostelle. Que ma Bénédiction Apostolique vous accompagne, en signe d’encouragement et de bons vœux, tout le long de votre itinéraire.
Du Vatican, le 27 novembre de l’an 1988.
IOANNES PAULUS PP. II