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MESSAGE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION DE LA XIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 1997
« Maître, où demeures-tu? Venez et voyez » (cf. Jn 1,38-39)
Très chers jeunes!
1. Je m'adresse à vous avec joie en continuant le long dialogue que nous sommes en train de tisser ensemble à l'occasion de la Journée Mondiale de la Jeunesse. En communion avec tout le peuple de Dieu qui est en marche vers le Grand Jubilé de l'An 2000, je voudrais vous inviter cette année à fixer le regard sur Jésus, Maître et Seigneur de notre vie, par le moyen des paroles rapportées dans l'Evangile de Jean: « Maître, où demeures-tu? Venez et voyez » (cf. Jn 1,38-39).
Vous allez vous retrouver dans les mois à venir dans toutes les Eglises locales autour de vos Pasteurs pour réfléchir sur ces paroles évangéliques. En août 1997, ensuite, nous vivrons avec beaucoup d'entre vous la célébration de la XIIème Journée Mondiale de la Jeunesse au niveau international à Paris, au cœur du continent européen. Dans cette métropole, qui depuis des siècles est un carrefour de peuples, d'art et de culture, les jeunes de France sont déjà en train de se préparer avec beaucoup d'enthousiasme à accueillir ceux de leur âge venant de tous les coins de la planète. En suivant la Croix de l'Année Sainte, le peuple des jeunes générations qui croient au Christ va devenir encore une fois icône vivante de l'Eglise en pèlerinage sur les routes du monde. Dans les rencontres de prière et de réflexion, dans le dialogue qui unit au-delà des différences de langue et de race, dans l'échange des idéaux, des problèmes et des espoirs, il fera l'expérience vivante de la réalité promise par Jésus: « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux » (Mt 18,20).
2. Jeunes du monde entier, c'est sur les chemins de l'existence quotidienne que vous pouvez rencontrer le Seigneur! Est-ce que vous vous souvenez des disciples qui, accourus aux rives du Jourdain pour écouter les paroles du dernier des grands prophètes, Jean le Baptiste, se virent indiquer Jésus de Nazareth comme le Messie, l'Agneau de Dieu? Poussés par la curiosité, ils décidèrent de le suivre à distance, presque timides et embarrassés, jusqu'à ce que Lui-même, se retournant, leur demanda: « Que cherchez-vous?», en suscitant ainsi ce dialogue qui aurait été le commencement de l'aventure de Jean, d'André, de Simon « Pierre » et des autres apôtres (cf. Jn 1,29-51).
Dans le concret de cette rencontre surprenante, décrite en quelques mots essentiels, nous retrouvons l'origine de tout parcours de foi. C'est Jésus qui prend l'initiative. Quand on a à faire à Lui, la question est toujours retournée: d'interrogeants, on devient interrogés, de « chercheurs » on se découvre « cherchés »; c'est Lui, en fait, qui depuis toujours nous aime le premier (cf. 1Jn 4,10). Telle est la dimension fondamentale de la rencontre: on n'a pas à faire à quelque chose, mais à Quelqu'un, au "Vivant". Les chrétiens ne sont pas les disciples d'un système philosophique: ils sont les hommes et les femmes qui ont fait, dans la foi, l'expérience de la rencontre avec le Christ (cf. 1Jn 1,14).
Nous vivons dans une époque de grandes transformations: les idéologies qui semblaient devoir résister longtemps à l'usure du temps connaissent un déclin rapide; dans la planète de nouveaux confins et frontières sont en train de se redessiner. L'humanité se retrouve souvent incertaine, confuse et préoccupée (cf. Mt 9,36), mais la parole de Dieu ne connaît pas de déclin; elle parcourt l'histoire et, à l'intérieur des changements de notre temps, elle demeure stable et lumineuse (cf. Mt 24,35). La foi de l'Eglise est fondée sur Jésus-Christ, unique sauveur du monde: hier, aujourd'hui et toujours (cf. He 13,8). C'est au Christ qu'elle renvoit, pour qu'on Lui adresse les questions qui jaillissent du cœur humain vis-à-vis du mystère de la vie et de la mort. C'est de Lui seul en fait que l'on peut recevoir des réponses qui ne soient ni des illusions, ni des déceptions.
En repensant à vos paroles dans les rencontres inoubliables que j'ai eu la joie de vivre avec vous pendant mes voyages apostoliques partout dans le monde, il me semble pouvoir y lire, pressante et vivante, la même question des disciples: « Maître, où demeures-tu?». Sachez écouter encore, dans le silence de la prière, la réponse de Jésus: « Venez et voyez ».
3. Très chers jeunes, comme les premiers disciples, suivez Jésus! N'ayez pas peur de vous approcher de Lui, de dépasser le seuil de sa maison, de parler avec Lui face à face, comme l'on s'entretient avec un ami (cf. Ex 33,11). N'ayez pas peur de la « vie nouvelle » qu'Il vous offre: Il vous donne Lui-même la possibilité de l'accueillir et de la mettre en pratique, avec l'aide de sa grâce et le don de son Esprit.
Il est vrai: Jésus est un ami exigeant qui indique de hauts sommets et demande de sortir de soi-même pour aller à sa rencontre, en lui confiant toute la vie: « Qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Evangile la sauvera » (Mc 8,35). Cette proposition peut apparaître difficile et dans certains cas peut même faire peur. Mais – je vous le demande – est-il mieux de se résigner à une vie sans idéaux, à un monde construit à sa propre image et ressemblance, ou plutôt de chercher avec générosité la vérité, le bien, la justice, de travailler pour un monde qui soit le reflet de la beauté de Dieu, même au prix de devoir affronter les épreuves que cela comporte?
Renversez les barrières de la superficialité et de la peur! En vous reconnaissant hommes et femmes « nouveaux », regénérés par la grâce baptismale, conversez avec Jésus dans la prière et dans l'écoute de la Parole; goûtez la joie de la réconciliation dans le sacrement de la Pénitence; recevez le Corps et le Sang du Christ dans l'Eucharistie; accueillez-Le et servez-Le dans les frères. Vous découvrirez la vérité sur vous-mêmes et l'unité intérieure; vous trouverez le « Tu », qui guérit des angoisses, des cauchemars, du subjectivisme sauvage qui enlève la paix.
4. « Venez et voyez ». Vous rencontrerez Jésus là où les hommes souffrent et espèrent: dans les petits villages disséminés dans le monde, apparemment en marge de l'histoire, comme l'était Nazareth quand Dieu envoya son Ange à Marie; dans les immenses métropoles où des millions d'êtres humains vivent souvent comme des étrangers. Chaque homme, en réalité, est « concitoyen » du Christ.
Jésus demeure à côté de vous, dans les frères avec lesquels vous partagez l'existence quotidienne. Son visage est celui des plus pauvres, des marginaux, souvent victimes d'un modèle de développement injuste, qui met le profit à la première place et fait de l'homme un moyen plutôt qu'un but. La maison de Jésus est partout où un homme souffre parce que ses droits ont été niés, ses espoirs trahis, ses angoisses ignorées. C'est là, parmi les hommes, que se trouve la maison du Christ, qui vous demande d'essuyer, en son nom, toute larme et de rappeler à celui qui se sent seul que personne n'est jamais seul si on met en Lui son espérance (cf. Mt 25,31-46).
5. Jésus demeure parmi tous ceux qui L'invoquent sans L'avoir connu; parmi tous ceux qui, ayant commencé à Le connaître, sans aucune faute de leur part L'ont perdu; parmi tous ceux qui le cherchent avec un cœur sincère, bien qu'ils appartiennent à des situations culturelles et religieuses différentes (cf. Lumen Gentium,16). En disciples et amis de Jésus, faites-vous les artisans de dialogue et de collaboration avec tous ceux qui croient en un Dieu qui gouverne l'univers avec un amour infini; devenez les ambassadeurs de ce Messie que vous avez trouvé et connu dans sa « maison », l'Eglise, de façon à ce que beaucoup de jeunes puissent en suivre les traces, animés par votre charité fraternelle et par la joie de vos regards qui ont contemplé le Christ.
Jésus demeure parmi les hommes et les femmes « qui portent le beau nom de chrétiens » (cf. Lumen Gentium, 15). Tous peuvent le rencontrer dans les Ecritures, dans la prière et dans le service du prochain. A la veille du troisième millénaire, le devoir de réparer le scandale de la division entre les chrétiens devient chaque jour plus urgent: il faut renforcer l'unité par le moyen du dialogue, de la prière commune et du témoignage. Il ne s'agit pas d'ignorer les divergences et les problèmes par un désengagement inspiré par un tiède relativisme, parce que cela serait comme couvrir la blessure sans la guérir, avec le risque d'interrompre le chemin avant d'avoir atteint le but de la pleine communion. Il s'agit, au contraire, d'œuvrer – conduits par l'Esprit-Saint – en vue d'une réelle réconciliation, en ayant confiance dans l'efficacité de la prière prononcée par Jésus à la veille de sa Passion: « Père, qu'ils soient un » (cf. Jn 17,22). Plus vous vous attacherez à Jésus, plus vous deviendrez capables d'être proches les uns des autres; et dans la mesure où vous accomplirez des gestes concrets de réconciliation, vous entrerez dans l'intimité de son amour.
Jésus demeure particulièrement dans vos paroisses, dans les communautés où vous vivez, dans les associations et dans les mouvements ecclésiaux dont vous faites partie, comme dans les nombreuses formes contemporaines de vie et d'apostolat au service de la nouvelle évangélisation. La richesse de toute cette variété de charismes est au profit de l'Eglise entière et pousse tout croyant à mettre ses propres dons au service de l'unique Seigneur, source de salut pour l'humanité.
6. Jésus est « la Parole du Père » (cf. Jn 1,1), donnée aux hommes pour dévoiler le visage de Dieu et donner un sens et un but à leurs pas incertains. Dieu, « qui à maintes reprises et sous maintes formes, avait parlé jadis aux pères par les prophètes, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toute chose, par qui aussi il a fait le monde » (He 1,1-2). Sa parole ne s'impose pas en forçant les portes des consciences; elle est une voix douce, un don gratuit qui, pour devenir une source de salut dans le concret de la vie de chacun, demande une attitude de disponibilité et de responsabilité, un cœur pur et un esprit libre.
Dans vos groupes, très chers jeunes, multipliez les occasions d'écoute et d'étude de la Parole du Seigneur, surtout par le moyen de la lectio divina: vous y découvrirez les secrets du Cœur de Dieu et en tirerez du fruit pour le discernement des différentes situations et la transformation de la réalité. Guidés par l'Ecriture Sainte, vous pourrez reconnaître dans chacune de vos journées la présence du Seigneur, et alors même le « désert » pourra devenir un « jardin », dans lequel il est possible à la créature de parler simplement avec son Créateur: « Quand je lis la divine Ecriture, Dieu retourne se promener dans la Paradis terrestre » (Saint Ambroise, Epître 49,3).
7. Jésus vit au milieu de nous dans l'Eucharistie, où se réalise de la façon la plus éminente sa présence réelle et où il se rend contemporain de l'histoire de l'humanité. Parmi les incertitudes et les distractions de la vie quotidienne, imitez les disciples en chemin vers Emmaüs et, comme eux, dites au Ressuscité qui se révèle dans l'acte de rompre le pain: « Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme » (Lc 24,29). Invoquez Jésus, afin que tout au long des routes des nombreux Emmaüs de notre temps, Il reste toujours avec vous. Que ce soit Lui votre force, Lui votre point de repère, Lui votre éternelle espérance. Chers jeunes, que le Pain eucharistique ne manque jamais sur les tables de votre existence. C'est de ce Pain que vous pourrez tirer la force pour témoigner de la foi!
Autour de la table Eucharistique se réalise et se manifeste l'harmonieuse unité de l'Eglise, mystère de communion missionnaire, dans laquelle le tous se sentent fils et frères, sans préjudices ou diférences de race, langue, âge, classe sociale ou culture. Chers jeunes, donnez votre contribution généreuse et responsable afin d'édifier continuellement l'Eglise comme famille, lieu de dialogue et d'accueil mutuel, espace de paix, de miséricorde et de pardon.
8. Illuminés par la Parole et fortifiés par le pain de l'Eucharistie, très chers jeunes, vous êtes appelés à être des témoins crédibles de l'Evangile du Christ, qui fait toutes choses nouvelles.
Mais à quoi reconnaîtra-t-on que vous êtes de vrais disciples du Christ? A ce que « vous aurez de l'amour les uns pour les autres » (Jn 13,35), à l'exemple de son amour: un amour gratuit, infiniment patient, qui ne se refuse à personne (cf. 1Co 13,4-7). Ce sera la fidélité au commandement nouveau qui attestera votre cohérence à l'égard de l'annonce que vous proclamez. Voici la grande « nouveauté » qui peut étonner un monde malheureusement encore déchiré et divisé par de violents conflits, parfois évidents et manifestes, parfois subtils et cachés. Dans ce monde, vous êtes appelés à vivre la fraternité, non pas comme une utopie mais comme une possibilité réelle; dans cette société, vous êtes appelés à construire, en vrais missionnaires du Christ, la civilisation de l'amour.
9. Le 30 septembre 1997, l'on fera mémoire du centenaire de la mort de Sainte Thérèse de Lisieux. Elle attirera certainement, dans sa patrie, l'attention de beaucoup de jeunes pèlerins, justement parce que Thérèse est une sainte jeune qui propose aujourd'hui une annonce simple et suggestive, pleine d'emerveillement et de gratitude: Dieu est Amour; chaque personne est aimée de Dieu; Dieu attend d'être écouté et aimé par chacun. Un message que vous, jeunes d'aujourd'hui êtes appelés à accuillir et à crier aux autres jeunes: « L'homme est aimé de Dieu! Telle est l'annonce si simple et si bouleversante que l'Eglise doit donner à l'homme » (Christifideles laici, 34).
C'est de la jeunesse de Thérèse de l'Enfant Jésus que jaillissent son enthousiasme pour le Seigneur, la forte sensibilité avec laquelle elle a vécu l'amour, l'audace réaliste de ses grands projets. Par le charme de sa sainteté, elle confirme que Dieu fait partager aussi aux jeunes, avec abondance, les trésors de sa sagesse.
Parcourez avec elle le chemin humble et simple de la maturité chrétienne, à l'école de l'Evangile. Demeurez avec elle dans le « cœur » de l'Eglise, en vivant radicalement le choix pour le Christ.
10. Chers jeunes, dans la maison où Jésus demeure, rencontrez la présence très douce de la Mère. C'est dans le sein de Marie que le Verbe s'est fait chair. En acceptant le rôle qui lui a été confié dans le plan du salut, la Vierge est devenue le modèle de chaque disciple du Christ.
C'est à Elle que je confie la préparation et la célébration de la XIIème Journée Mondiale de la Jeunesse, ainsi que les espoirs et les attentes des jeunes qui, dans chaque coin de la planète, répètent avec Elle: « Me voici, je suis la servante du Seigneur, qu'il m'advienne selon ta parole » (cf. Lc 1,38) et vont à la rencontre de Jésus pour demeurer dans sa maison, prêts à annoncer ensuite aux autres jeunes, comme les Apôtres: « Nous avons trouvé le Messie!» (Jn 1,41).
C'est avec ces sentiments que je vous salue cordialement, je vous accompagne de ma prière et je vous bénis.
Castelgandolfo, le 15 août 1996, solennité de l'Assomption de la Vierge Marie.
IOANNES PAULUS PP. II
MESSAGE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION DE LA XIIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 1998
"L'Esprit Saint vous enseignera tout" (cf. Jn 14, 26)
Chers jeunes amis!
1. "Je rends grâce à mon Dieu chaque fois que je fais mémoire de vous, en tout temps dans toutes mes prières pour vous tous, prières que je fais avec joie; car je me rappelle la part que vous avez prise à l'Evangile depuis le premier jour jusqu'à maintenant; j'en suis bien sûr d'ailleurs, Celui qui a commencé en vous cette œuvre excellente en poursuivra l'accomplissement jusqu'au jour du Christ Jésus" (Phil 1, 3-6).
Je vous salue avec les paroles de l'Apôtre Paul, "car je vous porte en mon cœur" (ibid., 7). Oui - comme je vous l'ai assuré lors de la récente et inoubliable Journée mondiale célébrée à Paris - le Pape pense à vous et vous aime, il va vers vous chaque jour avec une pensée pleine d'affection et il vous accompagne de sa prière, il a confiance en vous et il compte sur vous, sur votre engagement chrétien et sur votre collaboration à la cause de l'Evangile.
2. Comme vous le savez, la deuxième année de la phase préparatoire au grand Jubilé a commencé le premier dimanche de l'Avent et elle est consacrée "de façon particulière à l'Esprit Saint et à sa présence sanctificatrice à l'intérieur de la communauté des disciples du Christ" (Tertio millennio adveniente, n. 44). En vue de la prochaine Journée mondiale de la Jeunesse, je vous invite à vous tourner, en communion avec toute l'Eglise, vers l'Esprit du Seigneur, qui renouvelle la face de la terre (cf. Ps 103/104, 30).
"L'Eglise ne peut - en effet - se préparer à l'échéance bimillénaire autrement que dans l'Esprit Saint. Ce qui, "dans la plénitude du temps", s'est accompli par l'Esprit Saint, ne peut maintenant ressortir dans la mémoire de l'Eglise que par lui. L'Esprit, en effet, actualise dans l'Eglise de tous les temps et de tous les lieux la Révélation unique apportée par le Christ aux hommes, la rendant vivante et efficace dans l'âme de chacun" (Tertio millennio adveniente, n. 44).
Pour la prochaine Journée mondiale, je considère opportun de soumettre à votre réflexion et à votre prière ces paroles de Jésus: "L'Esprit Saint vous enseignera tout" (cf. Jn 14, 26). Notre époque semble désorientée et confuse; parfois, il semble même qu'elle ne reconnaisse plus la limite entre le bien et le mal; Dieu est apparemment refusé, car il est inconnu ou méconnu.
Dans cette situation, il est important de se rendre en esprit au Cénacle pour revivre le mystère de la Pentecôte (cf. Ac 2, 1-11) et de "se laisser enseigner" par l'Esprit de Dieu, en se mettant humblement et docilement à son école, pour apprendre cette "sagesse de cœur" (Ps 90/89, 12) qui soutient et alimente notre vie.
Croire signifie voir les choses comme Dieu les voit, participer à la vision que Dieu a du monde et de l'homme, selon la parole du Psaume: "Par ta lumière nous voyons la lumière" (Ps 36/35, 10). Cette "lumière de la foi" en nous est un rayon de la lumière de l'Esprit Saint. Au cours de la Pentecôte, nous prions ainsi: "Ô lumière bienheureuse, envahis au plus profond le cœur de tes fidèles".
Jésus a tenu à souligner profondément la caractère mystérieux de l'Esprit Saint: "Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit" (Jn 3, 8). Faut-il alors renoncer à comprendre? Jésus pensait exactement le contraire, puisqu'il nous assure que l'Esprit Saint luimême est en mesure de nous guider "dans la vérité tout entière" (Jn 16, 13).
3. Une lumière extraordinaire sur la troisième Personne de la Très Sainte Trinité apparaît à ceux qui veulent méditer dans l'Eglise et avec elle le mystère de Pâques et de la Pentecôte.
Jésus a été "établi Fils de Dieu avec puissance selon l'Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts" (Rm 1, 4).
Après la résurrection, la présence du Maître réchauffe le cœur des disciples. "Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au dedans de nous?" (Lc 24, 32), disent les deux voyageurs sur le chemin d'Emmaüs. Sa parole les illumine: ils n'avaient jamais dit avec autant de force et de plénitude: "Mon Seigneur et mon Dieu!" (Jn 20, 28). Il les guérit du doute, de la tristesse, du découragement, de la peur, du péché; une nouvelle fraternité leur est donnée, une communion surprenante avec le Seigneur et avec leurs frères remplace l'isolement et la solitude: "Va trouver mes frères!" (Jn 20, 17).
Au cours de sa vie publique, les paroles et les gestes de Jésus n'avaient pu atteindre que peu de milliers de personnes, dans un espace et un lieu définis. A présent, les mêmes paroles et les mêmes gestes ne connaissent plus de limite de lieu ni de culture. "Ceci est mon corps, donné pour vous. Ceci est mon sang versé pour vous" (cf. Lc 22, 19-20): il suffit que ses Apôtres fassent cela "en mémoire de Lui", selon sa demande explicite, pour qu'Il soit réellement présent dans l'Eucharistie, à travers son corps et son sang, dans chaque partie du monde. Il est suffisant qu'ils répètent le geste du pardon et de la guérison, pour qu'Il pardonne: "Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis" (cf. Jn 20, 23).
Lorsqu'il était avec les siens, Jésus était pressé, il était préoccupé par les échéances: "Mon temps n'est pas encore venu" (Jn 7, 6); "Pour peu de temps encore la lumière est parmi vous" (Jn 12, 35). Après la résurrection, sa relation avec le temps n'est plus la même, sa présence continue: "Je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde" (Mt 28, 20).
Cette transformation en profondeur, en extension et en durée, de la présence de notre Seigneur et Sauveur est l'œuvre de l'Esprit.
4. Lorsque le Christ ressuscité devient présent dans la vie des personnes et qu'il leur donne son Esprit (cf. Jn 20, 22), elles changent complètement, tout en restant, ou plutôt en devenant pleinement elles-mêmes. L'exemple de Paul est particulièrement significatif: la lumière fulgurante sur la route de Damas a fait de lui un homme plus libre qu'il ne l'avait jamais été; libre de la véritable liberté; celle du Vivant face auquel il s'était effondré par terre (cf. Ac 9, 1-30)! L'expérience vécue lui permettra d'écrire aux chrétiens de Rome: "Libérés du péché et asservis à Dieu, vous fructifiez pour la sainteté, et l'aboutissement, c'est la vie éternelle" (Rm 6, 22).
Ce que Jésus avait commencé à accomplir au cours de ses trois années de vie communautaire, est porté à terme par le don de l'Esprit. La foi des Apôtres était auparavant imparfaite et vacillante, mais par la suite, elle devient solide et fructueuse: elle fait marcher les paralytiques (cf. Ac 3, 1-10), elle met en fuite les esprits immondes (cf. Ac 5, 16). Les Apôtres, qui autrefois tremblaient de peur face au peuple et aux autorités, affrontent la foule rassemblée dans le temple et défient le Sanhédrin (cf. Ac 4, 1-14). Pierre, que la crainte des accusations d'une femme avait conduit au triple reniement (cf. Mc 14, 66-72), se comporte désormais comme le "roc" que Jésus avait souhaité (cf. Mt 16, 18). Les autres également, jusque là enclins aux disputes dues à l'ambition (cf. Mc 9, 33), sont à présent capables d'être "un seul cœur et une seule âme" et de tout mettre en commun (cf. Ac 4, 32). Ces derniers, qui avaient appris de Jésus de façon imparfaite et avec tant de difficultés à prier, à aimer, à aller en mission, à présent, prient vraiment, aiment vraiment, sont vraiment des missionnaires, vraiment des apôtres.
Telle est l'œuvre accomplie par l'Esprit de Jésus dans ses Apôtres!
5. Ce qui eut lieu hier continue à se produire dans la communauté chrétienne d'aujourd'hui. Grâce à l'action de Celui qui est, dans le cœur de l'Eglise, la "mémoire vivante" du Christ (cf. Jn 14, 26), le mystère pascal de Jésus nous atteint et nous transforme. C'est l'Esprit Saint qui, à travers les signes visibles, audibles et tangibles des Sacrements, nous permet de voir, d'écouter et de toucher, l'humanité glorifiée du Ressuscité.
Le mystère de la Pentecôte, en tant que don de l'Esprit à chacun, se réalise de façon privilégiée à travers la Confirmation, qui est le sacrement de la croissance chrétienne et de la maturité spirituelle. En elle, chaque fidèle reçoit un approfondissement de la grâce baptismale et est pleinement inséré dans la communauté messianique et apostolique, tandis qu'il est "confirmé" dans cette intimité avec le Père et le Christ, qui le rend témoin et acteur de l'œuvre du salut.
L'Esprit Saint donne au chrétien - dont la vie risquerait autrement de n'être assujettie qu'à l'effort, à la règle, voire même au conformisme extérieur - la docilité, la liberté et la fidélité: en effet, Il est "esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte de Yahvé" (Is 11, 2). Sans Lui, comment pourrait-on comprendre que le joug du Christ est doux et son poids léger (cf. Mt 11, 30)?
L'Esprit Saint rend audacieux, il incite à contempler la gloire de Dieu dans l'existence et dans le travail quotidien. Il pousse à faire l'expérience du mystère du Christ dans la Liturgie, à faire retentir sa Parole dans toute la vie, en ayant la certitude qu'elle aura toujours quelque chose de nouveau à dire; il aide à s'engager pour toujours, malgré la crainte d'échouer, à affronter les dangers et à franchir les barrières qui séparent les cultures pour annoncer l'Evangile; à travailler inlassablement pour le renouveau permanent de l'Eglise, sans s'ériger en juge de ses frères.
6. En écrivant aux chrétiens de Corinthe, Paul insiste sur l'unité fondamentale de l'Eglise de Dieu, comparable à l'unité organique du corps humain dans la diversité de ses membres.
Chers jeunes, vous vivez une précieuse expérience de l'unité de l'Eglise, dans la richesse de sa diversité, chaque fois que vous vous rassemblez, en particulier pour la célébration eucharistique. C'est l'Esprit qui conduit les hommes à se comprendre et à s'accueillir réciproquement, à se reconnaître fils de Dieu et frères en marche vers le même but, la vie éternelle, à parler le même langage au-delà des divisions culturelles et raciales.
En participant activement et avec générosité à la vie des paroisses, des mouvements et des associations, vous ressentirez la façon dont les charismes de l'Esprit vous aident à rencontrer le Christ, à approfondir l'intimité avec Lui, à réaliser et à goûter la communion ecclésiale.
Parler de l'unité conduit à évoquer avec douleur la condition actuelle de la division des chrétiens. Voilà pourquoi l'œcuménisme constitue l'une des tâches prioritaires les plus urgentes de la communauté chrétienne: "En cette dernière partie du millénaire, l'Eglise doit s'adresser avec plus de ferveur à l'Esprit Saint pour lui demander la grâce de l'unité des chrétiens [...] Mais nous savons tous que la réalisation de cet objectif ne peut être le fruit des seuls efforts humains, tout indispensables qu'ils soient. En définitive, l'unité est un don de l'Esprit Saint [...] L'approche de la fin du deuxième millénaire nous invite tous à un examen de conscience et à d'utiles initiatives œcuméniques" (Tertio millennio adveniente, n. 34). Chers jeunes, je vous confie également cette préoccupation et cette espérance comme un engagement et comme un devoir.
C'est encore l'Esprit qui encourage la mission évangélisatrice de l'Eglise. Avant l'Ascension, Jésus avait dit aux Apôtres: "Vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint, qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre" (Ac 1, 8). Depuis, sous l'impulsion de l'Esprit, les disciples continuent à être présents sur les routes du monde pour annoncer à tous les hommes la parole qui sauve. A travers les succès et les échecs, la grandeur et la misère, grâce à la puissance de l'Esprit qui agit dans la faiblesse humaine, l'Eglise découvre toute l'ampleur et la responsabilité de sa mission universelle.
Pour pouvoir l'accomplir, elle fait également appel à vous, à votre générosité et à votre docilité à l'Esprit de Dieu.
7. Le don de l'Esprit rend actuel et accessible à tous l'antique commandement de Dieu à son peuple: "Soyez saints, car moi, Yahvé votre Dieu, je suis saint" (Lv 19, 2). Devenir saint semble un objectif difficile, réservé à des personnes tout à fait exceptionnelles, ou adapté à celui qui veut rester étranger à la vie et à la culture de son époque. Devenir saint est en revanche un don et un devoir enraciné dans le Baptême et dans la Confirmation, confié à tous dans l'Eglise, à chaque époque. C'est le don et la tâche des laïcs ainsi que des religieux et des saints ministres, dans le domaine privé comme dans la vie publique, dans la vie des particuliers comme dans celle des familles et des communautés.
Mais à l'intérieur de cette vocation commune, qui appelle chacun à ne pas se conformer au monde mais à la volonté de Dieu (cf. Rm 12, 2), les états de vie sont différents et les vocations et les missions multiples.
Le don de l'Esprit se trouve à la base de la vocation de chacun. Il est à la racine des ministères consacrés de l'évêque, du prêtre et du diacre, qui sont au service de la vie ecclésiale. C'est encore Lui qui forme et qui modèle l'âme de ceux qui sont appelés à une vie de consécration spéciale, les configurant au Christ chaste, pauvre et obéissant. C'est à ce même Esprit, qui à travers le sacrement du mariage entoure et consacre l'union des époux, que la mission des parents, appelés à faire de la famille la première œuvre fondamentale de l'Eglise puise sa force et son soutien. Enfin, de nombreux autres services - l'éducation chrétienne et la catéchèse, l'assistance aux malades et aux pauvres, la promotion humaine et l'exercice de la charité - orientés vers l'édification et l'animation de la communauté, s'alimentent au don de l'Esprit. En effet, "à chacun la manifestation de l'Esprit est donnée en vue du bien commun" (1 Co 12, 7).
8. C'est pourquoi le devoir incontournable de chacun est de chercher et de reconnaître jour après jour la route sur laquelle le Seigneur vient personnellement à sa rencontre. Chers amis, posez-vous sérieusement la question au sujet de votre vocation, et soyez prêts à répondre au Seigneur qui vous appelle à occuper la place qu'il vous a préparée depuis toujours.
L'expérience enseigne que la figure du directeur spirituel est d'une grande aide dans cette œuvre de discernement: choisissez une personne compétente et recommandée par l'Eglise, qui vous écoute et vous accompagne le long du chemin de la vie, qui soit proche de vous dans les choix difficiles, ainsi que dans les moments de joie. Le directeur spirituel vous aidera à discerner les inspirations de l'Esprit Saint et à progresser le long d'un chemin de liberté: une liberté à conquérir à travers un combat spirituel (cf. Ep 6, 13-17), qui doit être vécu avec constance et persévérance.
L'éducation à la vie chrétienne ne se limite pas à favoriser le développement spirituel de l'individu, même si l'initiation à une vie de prière solide et régulière reste le principe et le fondement de l'édifice. L'intimité avec le Seigneur, lorsqu'elle est authentique, conduit nécessairement à penser, à choisir et à agir comme le Christ a pensé, choisi et agi, en vous mettant à sa disposition pour poursuivre son œuvre salvifique.
Une "vie spirituelle", qui met au contact de l'amour de Dieu et qui définit chez le chrétien l'image de Jésus, peut porter remède à une maladie de notre siècle, sur-développé en ce qui concerne la rationalité technique et sous-développé en ce qui concerne l'attention à l'homme, à ses attentes, à son mystère. Il est urgent de reconstituer un univers intérieur, inspiré et soutenu par l'Esprit, nourri de prière et prédisposé à l'action, de sorte qu'il soit suffisamment fort pour résister aux multiples situations où il faut sauvegarder la fidélité à un projet plutôt que suivre ou se conformer à la mentalité courante.
9. Marie, à la différence des disciples, n'a pas attendu la Résurrection pour vivre, prier et agir dans la plénitude de l'Esprit. Le Magnificat exprime toute la prière, toute l'ardeur missionnaire, toute la joie de l'Eglise de Pâques et de la Pentecôte (cf. Lc 1, 46-55).
Lorsque, allant jusqu'au bout de la logique de son amour, Dieu a élevé corps et âme Marie dans la gloire du ciel, le dernier mystère s'est accompli: la Vierge, que Jésus crucifié avait donné comme mère au disciple qu'il aimait (cf. Jn 19, 26-27), vit désormais sa présence maternelle au cœur de l'Eglise, aux côtés de chacun des disciples de son Fils, et elle participe de manière unique à l'intercession éternelle du Christ pour le salut du monde.
C'est à Elle, Epouse de l'Esprit, que je confie la préparation de la célébration de la XIII Journée mondiale de la Jeunesse, que vous vivrez cette année dans vos Eglises locales, autour de vos pasteurs.
C'est à Elle, Mère de l'Eglise, que je m'adresse avec vous,en utilisant les paroles de saint Ildefonse de Tolède:
"Je t'en prie, je t'en prie, ô Vierge sainte,
que Jésus vienne à moi de cet Esprit
dont tu as toi-même engendré Jésus.
Que Jésus reçoive mon âme par l'œuvre de cet Esprit,
grâce à qui Jésus a été conçu de ta chair.
Puissé-je aimer Jésus dans ce même Esprit
dans lequel tu l'adores comme Seigneur
et le contemples comme Fils"
(Devirginitate perpetua Sanctae Mariae,XII:PL96,106).
Je vous bénis tous de tous cœur.
Du Vatican, le 30 novembre 1997, premier dimanche de l'Avent 1997
IOANNES PAULUS PP. II
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