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MESSAGE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION DE LA VIIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 1993
« Moi, je suis venu pour qu’ils aient la vie et pour qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10,10)
Très chers jeunes!
1. Après les rencontres de Rome, de Buenos Aires, de Saint-Jacques-de-Compostelle et de Częstochowa, notre pèlerinage se poursuit sur les routes de l’histoire contemporaine. La prochaine étape sera Denver, au cœur des Etats-Unis, près des Montagnes Rocheuses du Colorado où, en août 1993, se déroulera la VIIIe Journée Mondiale de la Jeunesse. Là, avec beaucoup de jeunes Américains, des garçons et des filles de toutes les nations se rassembleront, comme lors des précédents rendez-vous, pour représenter en quelque sorte la foi la plus vivante ou, du moins, la recherche la plus passionnée de l’univers des jeunes des cinq continents. Ces manifestations qui reviennent régulièrement ne veulent pas être un rite conventionnel, c’est-à-dire un événement qui ne tire sa justification que de sa répétition; elles naissent plutôt d’une nécessité profonde, dont l’origine se trouve au cœur de l’être humain et se reflète dans la vie de l’Eglise, pèlerine et missionnaire. Les Journées et les Rassemblements mondiaux de la Jeunesse marquent des moments de pause providentiels: ils servent aux jeunes pour s’interroger sur leurs aspirations les plus intimes, pour approfondir leur sens ecclésial, pour proclamer avec une joie et une audace croissantes leur foi commune dans le Christ, mort et ressuscité. Ce sont des moments où beaucoup d’entre eux font mûrir des choix courageux et éclairés, qui peuvent contribuer à orienter l’avenir de l’histoire sous la conduite, à la fois douce et forte, de l’Esprit Saint. Nous assistons dans le monde à la « succession des empires », c’est-à-dire à la succession de tentatives d’unité politique que certains hommes ont imposé à d’autres hommes. Chacun peut en constater les résultats. Il n’est pas possible de bâtir une unité véritable et durable par la contrainte et la violence. Un tel objectif ne peut être atteint qu’en bâtissant sur les fondements d’un patrimoine commun de valeurs accueillies et partagées, comme par exemple le respect de la dignité de l’être humain, l’accueil de la vie, la défense des droits de l’homme, l’ouverture au transcendant et aux dimensions de l’esprit. Dans cette perspective, répondant aux défis des temps qui changent, le rassemblement mondial des jeunes veut être semence et proposition d’une nouvelle unité, qui transcende l’ordre politique, et l’éclaire. Il repose sur la conscience que seul l’Artisan du cœur humain est en mesure de répondre d’une manière adéquate aux attentes qu’il porte en lui. La Journée Mondiale de la Jeunesse devient alors annonce du Christ qui proclame aussi aux hommes de ce siècle: « Moi, je suis venu pour qu’ils aient la vie et pour qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10,10).
2. Nous entrons ainsi pleinement dans le thème qui conduira la réflexion durant cette année de préparation à la prochaine « Journée ». Dans les diverses langues, il existe des termes différents pour exprimer ce que l’homme ne voudrait absolument pas perdre, ce qui constitue son attente, son désir, son espérance; mais aucun mot autant que le mot « vie » ne parvient à résumer de manière poignante ce à quoi l’être humain aspire le plus. « Vie » indique la somme des biens désirés et, en même temps, ce qui les rend possibles, tangibles, durables. L’histoire de l’homme n’est-elle pas marquée par la recherche spasmodique et dramatique de quelque chose ou de quelqu’un qui soit en mesure de le libérer de la mort et de lui assurer la vie? L’existence humaine connaît des moments de crise et de fatigue, de déception et de grisaille. Il s’agit d’une expérience d’insatisfaction que reflète précisément une grande partie de la littérature et du cinéma de nos jours. A la lumière d’un tel tourment, il est plus facile de comprendre les difficultés particulières des adolescents et des jeunes qui avancent avec un cœur inquiet vers cet ensemble de promesses fascinantes et de sombres inconnues qu’est la vie. Jésus est venu pour donner une réponse définitive à la soif ardente de vie et d’infini, que le Père céleste a inscrit dans notre être en nous créant. Au sommet de la révélation, le Verbe incarné proclame: « Je suis la vie » (Jn 14,6) et encore: « Moi, je suis venu pour qu’ils aient la vie » (Jn 10,10). Quelle vie? L’intention de Jésus est claire: la vie même de Dieu, qui dépasse toutes les aspirations qui peuvent naître dans le cœur humain (cf. 1Co 2,9). En effet, par la grâce du Baptême, nous sommes déjà enfants de Dieu (cf. 1 Jn 3,1-2). Jésus est venu à la rencontre des hommes, il a guéri des malades et des personnes qui souffraient, il a libéré des possédés du démon et ressuscité des morts: il s’est livré lui-même sur la croix et est ressuscité, manifestant ainsi qu’il est le Seigneur de la vie: auteur et source de la vie impérissable.
3. L’expérience quotidienne nous dit que la vie est marquée par le péché et menacée par la mort, malgré la soif de bonté qui bat dans notre cœur et le désir de vie qui parcourt nos membres. Pour peu que l’on soit attentif à nous-mêmes et aux échecs auxquels l’existence nous expose, nous découvrons que tout au-dedans de nous nous pousse au-delà de nous-mêmes, que tout nous invite à surmonter la tentation de la superficialité ou du désespoir. C’est alors précisément que l’être humain est appelé à se faire disciple de cet Autre qui le transcende infiniment, pour entrer finalement dans la vraie vie. Il existe des prophètes trompeurs et de faux maîtres de vie. Il y a surtout des maîtres qui enseignent à sortir du corps, du temps et de l’espace pour pouvoir entrer dans la « vraie vie ». Ils condamnent la création et, au nom d’un spiritualisme trompeur, conduisent des milliers de jeunes sur les routes d’une impossible libération, qui les laisse à la fin plus seuls, victimes de leur propre illusion et de leur propre mal. Apparemment, à l’opposé, les maîtres « du moment qui passe » invitent à donner libre cours à toute propension instinctive ou avidité, avec pour résultat de faire tomber l’individu dans une angoisse pleine d’inquiétude, accompagnée d’évasions dangereuses vers de faux paradis artificiels, comme celui de la drogue. Il existe aussi des maîtres qui situent le sens de la vie exclusivement dans la recherche du succès, dans l’accumulation d’argent, dans le développement des capacités personnelles, sans égard pour les exigences d’autrui, sans respect pour les valeurs et, parfois, pas même pour la valeur fondamentale de la vie. Ceux-ci et d’autres sortes de faux maîtres de vie, nombreux notamment dans notre monde contemporain, proposent des objectifs qui non seulement ne rassasient pas, mais souvent aiguisent et exaspèrent la soif qui brûle dans l’âme de l’homme. Qui pourra donc mesurer et combler ses attentes? Qui, sinon Celui qui, étant l’auteur de la vie, peut satisfaire l’attente qu’il a Lui-même placé dans son cœur? Il s’approche de chacun de nous pour proposer l’annonce d’une espérance qui ne trompe pas. Lui qui est à la fois le chemin et la vie: le chemin pour entrer dans la vie. Seuls, nous ne saurons jamais capables de réaliser ce pour quoi nous avons été créés. Il y a en nous une promesse que nous nous sentons impuissants à réaliser. Mais le Fils de Dieu, venu parmi les hommes, a assuré: « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6). Selon une expression suggestive de Saint Augustin, le Christ « a voulu créer un lieu où il soit possible pour chaque homme de rencontrer la vraie vie ». Ce « lieu », c’est son Corps et son Esprit, où la réalité humaine tout entière, rachetée et pardonnée, est renouvelée et divinisée.
4. En effet, la vie de chacun a été pensée et voulue avant que le monde fût et, à juste titre, nous pouvons répéter avec le Psalmiste: « Seigneur, tu me scrutes et me connais... C’est toi qui as formé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère » (Ps 139). Cette vie, qui était en Dieu dès le commencement (cf. Jn 1,4) est vie qui se donne, qui ne retient rien pour elle et qui, sans s’épargner, se communique librement. Elle est lumière, « la lumière véritable qui éclaire tout homme » (Jn 1,9). C’est Dieu, qui est venu planter sa tente au milieu de nous (cf. Jn 1,14), pour nous indiquer la voie de l’immortalité propre aux enfants de Dieu et pour nous la rendre accessible. Dans le mystère de sa croix et de sa résurrection, le Christ a détruit la mort et le péché et il a aboli la distance infinie existant entre tout homme et la vie nouvelle en lui. « Je suis la résurrection et la vie – proclame le Seigneur – . Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11,25). Le Christ réalise tout cela en répandant son Esprit, donneur de vie, dans les sacrements; en particulier dans le Baptême, sacrement qui fait de l’existence reçue des parents, fragile et destinée à la mort, un cheminement vers l’éternité; dans le sacrement de la Pénitence qui renouvelle continuellement la vie divine grâce au pardon des péchés; dans l’Eucharistie « pain de vie » (cf. Jn 6,35), qui nourrit les « vivants » et rend fermes leurs pas au long de leur pèlerinage terrestre, de sorte qu’elle leur permet de dire avec l’apôtre Paul: « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).
5. La vie nouvelle, don du Seigneur ressuscité, rayonne ensuite dans tous les milieux de l’expérience humaine: en famille, à l’école, au travail, dans les activités de chaque jour et du temps libre. Elle commence à fleurir ici et maintenant. La charité est signe de sa présence et de sa croissance. « Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie – affirme Saint Jean – parce que nous aimons nos frères » (1 Jn 3,14) avec un amour effectif et dans la vérité. La vie fleurit dans le don de soi aux autres, selon la vocation de chacun: dans le sacerdoce ministériel, dans la virginité, dans le mariage, de sorte que tous puissent, dans une attitude de solidarité, partager les dons reçus, surtout avec les pauvres et les nécessiteux. Celui qui « renaît d’en-haut » devient ainsi capable de « voir le Royaume de Dieu » (cf. Jn 3,3), et de s’engager à édifier des structures sociales plus dignes de l’homme et de tout homme, à promouvoir et à défendre la culture de la vie contre toute menace de mort.
6. Très chers jeunes, vous vous faites les interprètes d’une question qui vous est souvent adressée par bon nombre de vos amis: comment et où pouvons-nous rencontrer cette vie, comment et où pouvons-nous la vivre? Vous pourrez trouver cette réponse en vous-mêmes, si vous cherchez à demeurer fidèlement dans l’amour du Christ (cf. Jn 15,9). Vous ferez alors directement l’expérience de la vérité de Sa parole: « Je suis... la vie » (Jn 14,6) et vous pourrez porter à tous cette joyeuse annonce d’espérance. Il a fait de vous ses ambassadeurs, les premiers évangélisateurs des jeunes de votre âge. La prochaine Journée Mondiale de la Jeunesse, à Denver, nous offrira une occasion propice pour réfléchir ensemble sur ce thème de grand intérêt pour tous. Il faut alors se préparer à cet important rendez-vous, avant tout en regardant autour de vous pour repérer et reconnaître ces « lieux » où le Christ est présent comme source de vie. Ce peut être les Communautés paroissiales, les groupes et les mouvements d’apostolat, les Monastères et les Maisons religieuses, mais aussi des individus à travers lesquels, comme ce fut le cas pour les disciples d’Emmaüs, Il parvient à réchauffer le cœur et à l’ouvrir à l’espérance. Très chers jeunes, avec un esprit de gratuité, sentez-vous directement impliqués dans l’entreprise de la nouvelle évangélisation, qui nous engage tous. Annoncez le Christ « mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2 Co 5,15).
7. A vous, très chers jeunes des Etats-Unis, où se déroulera la prochaine Journée Mondiale de la Jeunesse, la joie vous est donnée d’accueillir comme un don de l’Esprit la rencontre avec les nombreux jeunes gens et jeunes filles qui, de tous les coins du monde, viendront en pèlerins dans votre pays. Vous vous préparez déjà à cela par une fervente activité spirituelle et organisatrice, qui concerne chacune des composantes de vos Communautés ecclésiales. Je souhaite de tout cœur qu’un événement aussi extraordinaire contribue à faire grandir en chacun l’enthousiasme et la fidélité à suivre le Christ et à accueillir avec joie son message, source de vie nouvelle. Pour cela, je vous confie à la Très Sainte Vierge, par qui nous avons reçu l’Auteur de la vie, Jésus-Christ, Fils de Dieu et Notre Seigneur. Je vous bénis tous avec affection.
Du Vatican, le 15 août 1992, Solennité de l’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie.
 
IOANNES PAULUS PP. II
MESSAGE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION DE LA IXe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 1994-95
« Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20, 21)
Très chers jeunes!
Nous avons vu le Seigneur
1. « Paix à vous!» (Jn 20,19). C'est par ce salut, très riche de signification, que le Seigneur ressuscité se présente aux disciples, apeurés et déconcertés après sa passion. C'est avec cette même intensité et cette même profondeur de sentiment que je m'adresse à vous, à l'approche des IXème et Xème Journées Mondiales de la Jeunesse. Elles auront lieu, comme le veut désormais une heureuse habitude, le dimanche des Rameaux de 1994 et de 1995, alors que la grande rencontre internationale qui réunit les jeunes du monde entier autour du Pape est fixée à Manille, capitale des Philippines, en janvier 1995. Lors des précédentes rencontres qui ont marqué notre itinéraire de réflexion et de prière, nous avons eu, comme les disciples, la possibilité de « voir » ─ qui signifie également croire et connaître, presque « toucher » (cf. 1Jn 1,1) ─ le Seigneur ressuscité. Nous l'avons « vu » et accueilli en tant que maître et ami, à Rome en 1984 et 1985, lorsque nous avons commencé notre pèlerinage à partir du centre et du coeur de la catholicité pour rendre raison de l'espérance qui est en nous (cf. 1P 3,15), portant sa Croix sur les routes du monde. Nous Lui avons demandé ─ avec insistance ─ de demeurer avec nous au long de notre cheminement quotidien. Nous l'avons « vu » à Buenos Aires, en 1987, quand, avec les jeunes de tous les continents, et en particulier de l'Amérique latine, « nous avons reconnu l'amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru » (1Jn 4,16) et quand nous avons proclamé que sa révélation, tel un soleil qui éclaire et réchauffe, alimente l'espérance et renouvelle la joie de l'effort missionnaire pour la construction de la civilisation de l'amour. Nous l'avons « vu » à Saint-Jacques-de-Compostelle, en 1989, où nous avons découvert son visage et où nous l'avons reconnu comme étant le chemin, la vérité et la vie (cf. Jn 14,6), méditant avec l'apôtre Jacques sur les profondes racines chrétiennes de l'Europe. Nous l'avons « vu » en 1991, à Czestochowa, quand ─ une fois les barrières abattues ─ tous ensemble, jeunes de l'Est et de l'Ouest, sous le regard attentif de notre Mère du ciel, nous avons proclamé la paternité de Dieu à travers l'Esprit et quand nous nous sommes reconnus ─ en Lui ─ frères: « Vous avez reçu un esprit de fils » (Rm 8,15). Nous l'avons « vu » tout récemment encore, à Denver, au coeur des Etats-Unis d'Amérique, où nous l'avons recherché sur le visage de l'homme contemporain dans un contexte largement différent des précédentes étapes, mais non moins exaltant en raison de la profondeur des contenus, en faisant l'expérience et en goûtant le don de la vie en abondance: « Je suis venu pour qu'ils aient la vie, et qu'ils l'aient en abondance », (Jn 10,10). Tout en conservant devant nos yeux et dans nos coeurs le spectacle merveilleux et inoubliable de cette grande rencontre au milieu des Montagnes Rocheuses, notre pèlerinage se poursuit et fait étape, cette fois-ci, à Manille, sur le vaste continent asiatique, carrefour de la Xème Journée Mondiale de la Jeunesse. Le désir de « voir le Seigneur » habite toujours le coeur de l'homme (cf. Jn 12,21) et le pousse sans cesse à rechercher son Visage. Nous aussi, en nous mettant en chemin, nous manifestons l'expression de cette nostalgie et, avec le pèlerin de Sion, nous répétons: « C'est ton visage, Seigneur, que je cherche » (Ps 27,8). Le Fils de Dieu vient à notre rencontre, il nous accueille et se manifeste à nous, il nous redit ce qu'il dit alors aux disciples au soir de Pâques: « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,21). Encore une fois, c'est Jésus-Christ qui convoque les jeunes du monde entier, Lui qui est le centre de notre vie, la racine de notre foi, la raison de notre espérance et la source de notre charité. Appelés par Lui, les jeunes de tous les coins de la planète s'interrogent sur leur engagement en faveur de la « nouvelle évangélisation », dans le sillage de la mission confiée aux Apôtres et à laquelle tout chrétien est appelé à participer en raison de son Baptême et de son appartenance à la Communauté ecclésiale.
La rencontre avec Jésus est l’événement qui donne un sens à l'existence
2. La vocation et l'engagement missionnaires de l'Eglise jaillissent du mystère central de notre foi: la Pâque. En effet, c'est « le soir (de) ce même jour » que Jésus apparaît aux disciples, barricadés derrière les portes closes « par peur des Juifs » (Jn 20,19). Après avoir donné la preuve de son amour sans limites en embrassant la Croix et en s'offrant en sacrifice de rédemption pour tous les hommes ─ il l'avait d'ailleurs dit:« Nul n'a plus grand amour que celui-ci: donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13) ─ le divin Maître revient parmi les siens, parmi ceux qu'il a le plus intensément aimés et avec lesquels il a passé sa vie terrestre. C'est une rencontre extraordinaire, durant laquelle les coeurs s'ouvrent au bonheur de la présence retrouvée du Christ, après les événements de sa passion tragique et de sa glorieuse résurrection. Les disciples « furent remplis de joie à la vue du Seigneur » (Jn 20,20). Le rencontre au lendemain de la résurrection signifiait pour les Apôtres avoir la preuve que son message n'était pas mensonger, que ses promesses n'étaient pas écrites sur du sable. Lui, vivant et rayonnant de gloire, constitue la preuve de la toute-puissance de l'amour de Dieu, qui change radicalement le cours de l'histoire et de nos existences individuelles. La rencontre avec Jésus est donc un événement qui donne un sens à l'existence de l'homme et la bouleverse, en ouvrant à l'esprit les horizons d'une authentique liberté. Notre époque se situe elle aussi « au lendemain de la Résurrection ». Elle est « le moment favorable », « le jour du salut » (2Co 6,2). Le Ressuscité revient parmi nous avec la plénitude de la joie et avec une richesse surabondante de vie. L'espérance se fait certitude, car puisqu'il a vaincu la mort, nous aussi nous pouvons espérer triompher un jour dans la plénitude des temps, à la saison de la contemplation définitive de Dieu.
Son Evangile doit devenir « communication » et mission
3. Mais la rencontre avec le Seigneur ressuscité ne reflète pas seulement un moment de joie individuelle. Elle est plutôt l'occasion à travers laquelle se manifeste, dans toute son amplitude, l'appel que tout être humain attend. Forts de la foi dans le Christ ressuscité, nous sommes tous invités à ouvrir toutes grandes les portes de la vie, sans peurs ni incertitudes, pour accueillir la Parole qui est le Chemin, la Vérité et la Vie (cf. Jn 14,6) et la crier courageusement au monde entier. Le salut, qui nous a été offert, est un don qu'il ne faut pas tenir jalousement caché. Il est comme la lumière du soleil, qui par nature déchire les ténèbres; il est comme l'eau d'une source limpide, qui jaillit sans pouvoir s'arrêter du coeur de la roche. « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique » (Jn 3,16). Jésus, envoyé par le Père à l'humanité, communique à chaque croyant la plénitude de la vie (cf. Jn 10,10), comme nous l'avons médité et proclamé à l'occasion de la récente Journée de Denver. Son Evangile doit devenir « communication » et mission. La vocation missionnaire engage chaque chrétien; elle devient l'essence même de tout témoignage de foi concrète et vitale. Il s'agit d'une mission qui tire son origine du projet du Père, dessein d'amour et de salut qui se réalise avec la force de l'Esprit sans lequel toute initiative apostolique est destinée à l'échec. C'est précisément pour rendre ses disciples capables d'accomplir cette mission que Jésus leur dit: « Recevez l'Esprit Saint » (Jn 20,22). Il transmet ainsi à l'Eglise sa mission salvifique, afin que le mystère pascal continue à être communiqué à tout homme, en tout temps, en toute latitude de la planète. Vous, les jeunes, surtout, vous êtes appelés à vous faire missionnaires de cette Nouvelle Evangélisation, en rendant témoignage chaque jour à la Parole qui sauve.
Communicateurs d'espérance, de foi, de charité
4. Vous vivez en première ligne les inquiétudes de la saison actuelle de l'histoire, riche en espoirs et en incertitudes, dans laquelle il peut parfois être facile de ne plus trouver la route qui conduit à la rencontre avec le Christ. En effet, de nos jours les tentations sont multiples, ainsi que les séductions qui voudraient étouffer la voix divine qui résonne au-dedans du coeur de chacun. A l'homme de notre siècle, à vous tous, chers jeunes qui êtes affamés et assoiffés de vérité, l'Eglise se présente comme compagne de voyage. Elle offre l'éternel message évangélique et confie une tâche apostolique exaltante: être les protagonistes de la Nouvelle Evangélisation. Fidèle gardienne et interprète du patrimoine de la foi qui lui a été transmis par le Christ, elle entend dialoguer avec les nouvelles générations; elle veut se pencher sur leurs besoins et leurs attentes pour rechercher, dans le dialogue franc et ouvert, les sentiments les plus opportuns pour parvenir aux sources du salut divin. L'Eglise confie aux jeunes la tâche de crier au monde la joie qui jaillit de la rencontre avec le Christ. Chers amis, laissez-vous séduire par le Christ; accueillez son invitation à le suivre. Allez et annoncez la Bonne Nouvelle qu'il rachète (cf. Mt 28,19); faites-le avec la joie au coeur et devenez des communicateurs d'espérance dans un monde souvent tenté par le désespoir, des communicateurs de foi dans une société qui semble parfois se résigner à l'incrédulité; des communicateurs de charité au milieu des événements quotidiens souvent rythmés par la logique de l'égoïsme le plus effréné.
Missionnaire au coeur de notre société
5. Pour pouvoir imiter les disciples qui, entraînés par le souffle de l'Esprit, proclamèrent sans hésitation leur foi dans le Rédempteur qui aime tous les hommes et qui veut les sauver tous (cf. Ac 2,22-24.32-36), il faut devenir des hommes nouveaux, en abandonnant le vieil homme que nous portons en nous et en nous laissant renouveler en profondeur par la force de l'Esprit du Seigneur. Chacun de vous est envoyé dans le monde, en particulier parmi les jeunes de votre âge, pour communiquer par le témoignage de vos vies et de vos oeuvres le message évangélique de réconciliation et de la paix: « Nous vous en supplions au nom du Christ: laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5,20). Cette réconciliation est avant tout le destin individuel de chaque chrétien qui puise et renouvelle continuellement son identité de disciple du Fils de Dieu dans la prière et dans la participation aux sacrements, spécialement ceux de la Pénitence et de l'Eucharistie. Mais c'est aussi le destin de la famille humaine tout entière. Etre aujourd'hui missionnaire au coeur de notre société signifie aussi utiliser au mieux les moyens de communication en vue de cette tâche religieuse et pastorale. Devenus ardents communicateurs de la Parole qui sauve et témoins de la joie de la Pâque, vous serez aussi bâtisseurs de paix dans un monde qui doute de pouvoir rejoindre cette paix, la considérant comme une utopie et oubliant ses racines profondes. Les racines de la paix ─ vous le savez bien ─ résident dans le coeur de chacun, s'il sait s'ouvrir au voeu du Rédempteur ressuscité: « Paix à vous!» (Jn 20,19). En vue, désormais, de l'avent du troisième millénaire chrétien, c'est à vous, les jeunes, qu'est confié d'une manière particulière le devoir de devenir des communicateurs d'espérance et des artisans de paix (cf. Mt 5,9) dans un monde qui a toujours plus besoin de témoins crédibles et d'annonceurs cohérents. Sachez parler au coeur des jeunes de votre âge, assoiffés de vérité et de bonheur, en une constante, bien que souvent inconsciente, recherche de Dieu.
Recevoir les semences de sainteté et de grâce
6. Très chers jeunes du monde entier! Tandis que s'ouvre officiellement, par ce Message, le chemin vers les IXème et Xème Journées Mondiales de la Jeunesse, je désire renouveler mon salut affectueux à chacun d'entre vous, en particulier à ceux qui vivent aux Philippines: en 1995, en effet, pour la première fois la Rencontre Mondiale des jeunes avec le Pape sera célébrée sur le continent asiatique, riche de traditions et de culture. C'est à vous qu'il revient, jeunes des Philippines, de préparer cette fois l'accueil de vos nombreux amis du monde entier. Ainsi la jeune Eglise d'Asie est appellée d'une manière spéciale à donner lors du rendez-vous de Manille un vif et fervent témoignage de foi. Je lui souhaite de savoir saisir ce don que le Christ lui-même s'apprête à lui offrir. A vous tous, jeunes de tous les coins du monde, j'adresse cette invitation à vous mettre spirituellement en chemin vers les prochaines Journées Mondiales. Accompagnés et guidés par Pasteurs, au sein des paroisses et des diocèses, dans les associations, mouvements et groupes ecclésiaux, préparez-vous à recevoir les semences de sainteté et de grâce dont le Seigneur voudra à coup sûr vous combler avec une généreuse abondance. Je souhaite que la célébration de ces Journées puisse être pour vous tous une occasion privilégiée de formation et de croissance dans la connaissance personnelle et communautaire du Christ; qu'elle puisse vous stimuler intérieurement à vous consacrer dans l'Eglise au service des frères pour bâtir la civilisation de l'amour. Je confie à Marie, la Vierge présente au Cénacle, la Mère de l'Eglise (cf. Ac 1,14), la préparation et le déroulement des prochaines Journées Mondiales: qu'elle nous fasse connaître son secret pour accueillir le Fils dans notre vie afin de faire ce qu'Il nous dira (cf. Jn 2,5). Et que ma Bénédiction cordiale et paternelle vous accompagne.
Du Vatican, le 21 novembre 1993, en la Solennité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Roi de l'Univers.
IOANNES PAULUS PP. II
MESSAGE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION DE LA XIe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 1996
« Seigneur, à qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68)
Très chers jeunes!
Nous sommes en chemin vers le Grand Jubilé de l’an 2000
l. « J’ai un vif désir de vous voir, afin de vous communiquer quelque don spirituel, pour vous affermir, ou plutôt éprouver le réconfort parmi vous de notre foi commune à vous et à moi » (Rm 1,11-12).
Ces mots de Paul aux chrétiens de Rome résument les sentiments avec lesquels je m’adresse à vous tous, en commençant l’itinéraire de préparation à la XIème Journée Mondiale de la Jeunesse.
C’est en effet avec le même désir de vous rencontrer que je viens à vous, en chaque lieu de la planète où vous affrontez l’intense et quotidienne aventure de la vie: dans vos familles, dans vos lieux de travail, dans les communautés où vous vous réunissez pour écouter la Parole du Seigneur et Lui ouvrir votre coeur dans la prière.
Mon regard se tourne en particulier vers les jeunes directement impliqués dans les drames trop nombreux qui meurtrissent l’humanité: ceux qui souffrent de la guerre, des violences, de la faim et de la misère; ils prolongent les souffrances du Christ, qui par sa passion se fait proche de tout homme opprimé par le poids de la souffrance et de l’injustice.
La Journée Mondiale de la Jeunesse, suivant la coutume désormais établie, se déroulera en 1996 au sein des communautés diocésaines, dans l’attente de la prochaine rencontre mondiale qui nous rassemblera en 1997 à Paris.
2. Nous sommes désormais en chemin vers le Grand Jubilé de l’an 2000, un rendez-vous que j’ai invité toute l’église à préparer dans la Lettre Apostolique Tertio millennio adveniente, au moyen de la conversion du coeur et de la vie. à vous aussi je demande d’entreprendre dès maintenant cette préparation dans le même esprit, et par les mêmes propositions. Je vous confie ce projet d’action qui, fondé sur les paroles de l’évangile et correspondant aux thèmes proposés chaque année à toute l’église, constituera le fil conducteur des prochaines Journées Mondiales:
Année 1997: « Maître, où demeures-tu? Venez et voyez » (Jn 1,38-39)
Année 1998: « L’Esprit Saint vous enseignera toute chose » (Lc 14,26)
Année 1999: « Le Père vous aime » (Jn 16,27)
Année 2000: « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Lc 1,14)
Je voudrais vous confier à nouveau la Gaudium et spes
3. C’est à vous en particulier, chers jeunes, que j’adresse l’appel à porter le regard vers la date charnière de l’an 2000, en rappelant que « l’avenir du monde et de l’église appartient aux jeunes générations qui, nées au cours de ce siècle, arriveront à leur maturité au cours du prochain, le premier du nouveau millénaire. Si (les jeunes) savent suivre le chemin que le Christ leur montre, ils auront la joie d’apporter leur contribution à sa présence dans le prochain siècle » (Tertio millennio adveniente, 58). Sur le chemin qui vous conduira jusqu’au Grand Jubilé, que la Constitution conciliaire Gaudium et spes vous accompagne. Je désire à nouveau vous la remettre à tous, comme je l’ai déjà fait aux jeunes du continent européen à Lorette, en septembre dernier: c’est un « document précieux et toujours jeune. Vous y trouverez la lumière pour décrypter votre vocation d’hommes et de femmes appelés à vivre, en cette époque à la fois merveilleuse et dramatique, comme des artisans de fraternité et des bâtisseurs de paix » (Angélus du 10 septembre 1995).
Vivre insérés dans l’histoire
4. « Seigneur, à qui irions-nous?». Le moyen et la finalité de notre vie, c’est Lui, le Christ, qui nous attend – à la fois chacun en particulier et tous ensemble – pour nous conduire au-delà des limites du temps, dans la tendresse éternelle du Dieu qui nous aime. Si l’éternité est notre horizon d’hommes affamés de Vérité et assoiffés de bonheur, c’est cependant l’histoire qui est le théâtre de notre devoir quotidien. La foi nous enseigne que le destin de l’homme est inscrit dans le coeur et dans l’esprit de Dieu, qui règne sur les vicissitudes de l’histoire. Elle nous enseigne de même que le Père nous confie le devoir de participer dès ici- bas à l’édification de ce « Règne des cieux » que le Fils est venu annoncer, et qui trouvera son plein accomplissement à la fin des temps. Il est donc de notre devoir de vivre insérés dans l’histoire, aux côtés de nos contemporains, en partageant leurs joies et leurs espoirs, car le chrétien est, et doit être pleinement homme de son temps. Il ne s’évade pas dans une autre dimension, ignorant les drames de son époque, fermant les yeux et le coeur aux angoisses qui jalonnent l’existence. Au contraire, il est celui qui, bien que n’étant pas « de » ce monde, est immergé « dans » ce monde chaque jour, prêt à accourir en tout lieu où il y a un frère à aider, une larme à essuyer, une demande d’aide à honorer. C’est là-dessus que nous serons jugés!
La charité est la voie maîtresse
5. Rappelons-nous l’enseignement du Maître: « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me trouver » (Mt 25,35-36); nous devons mettre en pratique le « commandement nouveau » (Jn 13,34). Nous nous opposerons ainsi à ce qui semble aujourd’hui la « défaite de la civilisation », pour réaffirmer avec vigueur la « civilisation de l’amour » qui seule peut ouvrir aux hommes de notre temps des horizons de paix authentique et de justice durable, dans la légalité et la solidarité. La charité est la voie maîtresse qui doit aussi nous guider vers l’objectif du Grand Jubilé. Pour atteindre ce rendez-vous, il faut savoir se remettre en cause, en affrontant un rigoureux examen de conscience; prémisse indispensable d’une conversion radicale, en mesure de transformer la vie et de lui donner un sens authentique, il rend tout croyant capable d’aimer Dieu de tout son coeur, de toute sa force, et son prochain comme soi-même (cf. Lc 10,27). En confrontant votre existence quotidienne à l’évangile du Maître unique qui a les « paroles de la vie éternelle », vous serez en mesure de devenir d’authentiques artisans de justice, dans le sillon du commandement qui fait de l’amour la nouvelle « frontière » du témoignage chrétien. Telle est la loi de la transformation du monde (cf. Gaudium et spes, 38).
Prophètes de la vie
6. Il s’agit avant tout que vous, les jeunes, donniez un témoignage vigoureux d’amour de la vie, don de Dieu; un amour qui doit s’étendre du début à la fin de toute existence humaine, et qui doit s’opposer à toute prétention de faire de l’homme l’arbitre de la vie de son frère, de celui qui n’est pas né comme de celui qui est au déclin de sa vie, du handicapé et du faible. à vous les jeunes, qui spontanément et instinctivement faites du « vouloir vivre » l’horizon de vos rêves et l’arc-en-ciel de votre espérance, je vous exhorte à devenir des « prophètes de la vie ». Soyez-le en paroles et en actes, en vous rebellant contre la civilisation de l’égoïsme qui considère souvent la personne humaine comme un instrument plutôt que comme une fin, en sacrifiant la dignité et les sentiments au nom du simple profit; faites-le en aidant concrètement quiconque a besoin de vous, et qui sans votre aide pourrait être tenté de se résigner au désespoir. La vie est un talent (cf. Mt 25,14-30) qui nous est confié pour que nous le transformions et le multipliions, en en faisant don aux autres. Nul homme n’est un « iceberg » à la dérive au milieu de l’océan de l’histoire; chacun d’entre nous fait partie d’une grande famille, au sein de laquelle il a une place à occuper et un rôle à jouer. L’égoïsme rend sourd et muet, l’amour ouvre grand les yeux et dilate le coeur, il suscite cette contribution originale et irremplaçable de chacun qui, ajoutée aux mille gestes de tant de frères, souvent lointains et inconnus, concourt à constituer la mosaïque de la charité, capable de modifier les saisons de l’histoire.
Appelés au courage de la décision
7. « Seigneur, à qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle ». Lorsque, estimant ses paroles trop dures, de nombreux disciples l’abandonnèrent, Jésus demanda au petit nombre qui était resté: « Voulez-vous partir, vous aussi?», Pierre répondit: « Seigneur, à qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,67-68). Et ils choisirent de rester avec lui. Il sont restés parce que le Maître avait « les paroles de la vie éternelle », paroles qui, tout en promettant l’éternité, donnaient dans le même temps tout son sens à la vie. Il y a des moments et des circonstances dans lesquels il faut faire des choix décisifs pour toute l’existence. Nous vivons – vous le savez – des moments difficiles, dans lesquels il est souvent ardu de distinguer le bien du mal, les vrais des faux maîtres. Jésus nous a avertis: « Prenez garde de vous laisser abuser, car il en viendra beaucoup sous mon nom, qui diront “c’est moi” et “le temps est proche”: ne les suivez pas » (Lc 21,8). Priez et écoutez sa parole; laissez-vous guider par de vrais pasteurs; ne cédez jamais aux séductions et aux illusions faciles du monde, qui souvent par la suite se transforment en de tragiques désillusions. C’est dans les moment difficiles, dans les moments d’épreuve que se mesure la qualité des choix. C’est donc en cette période pas facile que chacun de vous sera appelé au courage de la décision. Il n’existe pas de raccourcis vers le bonheur et la lumière. Il suffit de constater les tourments de ceux qui, au long de l’histoire de l’humanité, se sont essayés à une fastidieuse recherche du sens de l’existence, à des réponses aux questions fondamentales inscrites dans le coeur de tout être humain. Vous savez que ces interrogations ne sont rien d’autre que l’expression de la nostalgie d’infini semée par Dieu lui-même en chacun de nous. C’est donc avec un sens du devoir et du sacrifice que vous devez cheminer sur les routes de la conversion, de l’engagement, de la recherche, du travail, du volontariat, du dialogue, du respect envers tous, sans capituler devant les échecs, mais en sachant bien que votre force est dans le Seigneur, qui guide vos pas avec amour, prêt à vous accueillir comme le fils prodigue (cf. Lc 15,11-24).
Prophètes de la joie
8. Chers jeunes, je vous ai invités à être « prophètes de la vie et de l’amour ». Je vous demande d’être également des « prophètes de la joie »: le monde doit nous reconnaître au fait que nous savons communiquer à nos contemporains le signe d’une grande espérance déjà accomplie, celle de Jésus, mort et ressuscité pour nous. N’oubliez pas que « l’avenir de l’humanité est entre les mains de ceux qui auront su donner aux générations de demain des raisons de vivre et d’espérer » (Gaudium et spes, 31). En étant purifiés par la réconciliation, fruit de l’amour divin et de votre repentir sincère, en oeuvrant pour la justice, en vivant dans l’action de grâce à Dieu, vous pourrez être crédibles, et d’efficaces prophètes de la joie dans ce monde, si souvent sombre et triste. Vous serez des annonciateurs de la « plénitude des temps », dont le Grand Jubilé de l’an 2000 rappelle l’actualité. La route que Jésus vous montre n’est pas facile; elle ressemble plutôt à un sentier qui gravit une montagne. N’y perdez pas courage! Plus le chemin est escarpé, plus il conduit rapidement vers des horizons toujours plus vastes. Que Marie, étoile de l’évangélisation, vous guide! En étant comme elle dociles à la volonté du Père, vous parcourrez les étapes de l’histoire en témoins mûrs et convaincants. Avec Elle, et avec les Apôtres, sachez répéter à tout instant la profession de foi en la présence vivifiante de Jésus-Christ: « Tu as les paroles de la vie éternelle!».
Du Vatican, le 26 novembre 1995, en la Solennité de N.S. Jésus-Christ, Roi de l’Univers.
 
IOANNES PAULUS PP. II
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