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MESSAGE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION DE LA XVIe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 2001
“Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive” (Lc 9, 23)
Très chers jeunes !
1. Tandis que je m’adresse à vous, avec joie et affection, pour notre rendez-vous annuel, je garde devant mes yeux et dans mon cœur l’image suggestive de la grande “Porte” du site de Tor Vergata, à Rome. Le soir du 19 août, l’an dernier, au commencement de la veillée des XVes Journées mondiales de la Jeunesse, main dans la main avec cinq jeunes des cinq continents, j’en ai franchi le seuil sous le regard du Christ crucifié et ressuscité, comme pour entrer symboliquement avec vous tous dans le troisième millénaire. 
Du plus profond de mon cœur, je veux remercier Dieu pour le don de la jeunesse qui, à travers vous, demeure dans l’Eglise et dans le monde (cf. Homélie à Tor Vergata, 20 août 2000).
Par ailleurs, je désire le remercier avec émotion de m’avoir accordé d’accompagner les jeunes du monde entier durant les deux dernières décennies du siècle qui vient de s’achever, leur indiquant le chemin qui mène au Christ, “le même hier, aujourd’hui et à jamais” (He 13, 8). En même temps, je lui rends grâce parce que les jeunes ont accompagné et comme soutenu le Pape au long de son pèlerinage apostolique dans les pays du monde. Qu’ont représenté les XVes Journées mondiales de la Jeunesse, sinon un moment intense de contemplation du mystère du Verbe qui s’est fait chair pour notre salut ? Ne nous ont-elles pas fourni une occasion extraordinaire de célébrer et de proclamer la foi de l’Eglise et de préparer un nouvel élan chrétien, en tournant ensemble notre regard vers le monde qui attend l’annonce de la Parole qui sauve ? Les fruits authentiques du Jubilé des jeunes ne peuvent pas se calculer en statistiques, mais uniquement en œuvres d’amour et de justice, en fidélité quotidienne, précieuse bien que souvent peu visible. Chers jeunes, je vous ai confié à tous, mais spécialement à ceux qui ont directement pris part à cette inoubliable rencontre, la tâche d’offrir au monde un témoignage évangélique cohérent. 
2. Riches de l’expérience vécue, vous êtes rentrés chez vous et vous avez repris vos occupations habituelles. Vous vous apprêtez maintenant à célébrer au niveau diocésain, avec vos Pasteurs, la XVIe Journée mondiale de la Jeunesse. 
A cette occasion, je voudrais vous inviter à réfléchir sur les conditions que Jésus pose à celui qui décide d’être son disciple : “Si quelqu’un veut venir à ma suite - dit-il -, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive” (Lc 9, 23). Jésus n’est pas le Messie du triomphe ni de la puissance. En effet, il n’a pas libéré Israël de la domination romaine, ni ne lui a assuré une gloire politique. Comme authentique Serviteur du Seigneur, il a accompli sa mission de Messie dans la solidarité, dans un esprit de service, dans l’humiliation de la mort. C’est un Messie qui est hors de tout schéma et de tout vacarme, que l’on ne parvient pas à “saisir” selon la logique du succès et du pouvoir, souvent utilisée par le monde comme critère de vérification de ses projets et de ses actes.
Venu pour accomplir la volonté du Père, Jésus lui demeure fidèle jusqu’au bout et il réalise ainsi sa mission de salut pour ceux qui croient en lui et qui l’aiment, non pas en paroles, mais concrètement. Si l’amour est la condition pour le suivre, le sacrifice vérifie par contre l’authenticité de cet amour (cf. Lettre apostolique Salvifici doloris, nn. 17-18). 
3. Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive” (Lc 9, 23). Ces mots expriment le caractère radical d’un choix qui n’admet pas d’hésitations, ni de retours en arrière. C’est une dure exigence qui a impressionné les disciples eux-mêmes et qui, au cours des siècles, a empêché de nombreux hommes et femmes de suivre le Christ. Or, c’est précisément ce radicalisme qui a produit des fruits admirables de sainteté et de martyre, qui affermissent dans le temps le chemin de l’Eglise. Aujourd’hui encore, cette parole retentit comme un scandale et une folie (cf. 1 Co 1, 22-25). Pourtant c’est avec elle que nous devons nous confronter, car la voie tracée par Dieu pour son Fils est celle-là même que doit parcourir le disciple qui se décide à se mettre à sa suite. Il n’existe pas deux routes, mais une seule : celle qu’a parcourue le Maître. Il n’est pas permis au disciple d’en inventer une autre. 
Jésus marche devant les siens et demande à chacun de faire ce que lui-même a fait. Il dit : je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir; aussi celui qui veut être avec moi doit-il se faire le serviteur de tous. Je suis venu à vous comme quelqu’un qui ne possède rien; aussi puis-je vous demander d’abandonner tout genre de richesse qui vous empêche d’entrer dans le Royaume des cieux. J’accepte la contradiction, j’accepte d’être rejeté par la majorité de mon peuple; aussi puis-je vous demander à vous aussi d’accepter la contradiction et la contestation, d’où qu’elles viennent. 
En d’autres termes, Jésus demande de choisir courageusement de suivre la même voie que lui, de la choisir avant tout “dans son cœur”, car se trouver dans telle ou telle situation extérieure ne dépend pas de nous. Ce qui dépend de nous, c’est la volonté d’être comme lui, autant que possible, obéissants au Père et prêts à accepter jusqu’au bout le projet qu’il a pour chacun.  
4. "Qu’il se renie lui-même”. Se renier soi-même signifie renoncer à son projet, souvent limité et mesquin, pour accueillir celui de Dieu : tel est le chemin de la conversion, indispensable pour l’existence chrétienne, qui a conduit l’Apôtre Paul à affirmer : “Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi” (Ga 2, 20).
Jésus ne demande pas de renoncer à vivre, mais d’accueillir une nouveauté de vie et une plénitude de vie que lui seul peut donner. L’homme a, enracinée au plus profond de son être, une tendance à “penser à soi”, à mettre sa personne au centre des intérêts et à se considérer comme la mesure de tout. En revanche, celui qui marche à la suite du Christ refuse ce repli sur lui-même et ne juge pas les choses en fonction de ce qu’il peut en tirer. Il considère la vie en termes de don et de gratuité, et non pas de conquête ni de possession. La vraie vie, en effet, s’exprime dans le don de soi, fruit de la grâce du Christ : une existence libre, en communion avec Dieu et avec ses frères (cf. Gaudium et spes, n. 24).
Si vivre à la suite du Seigneur devient la valeur suprême, toutes les autres valeurs reçoivent alors de celle-ci leur juste place et leur importance. Celui qui mise tout sur les biens terrestres sera perdant, malgré les apparences de succès : la mort viendra le prendre au milieu de tout ce qu’il aura accumulé, mais avec une vie manquée (cf. Lc 12, 13-21). Le choix se situe donc entre être et avoir, entre une vie pleine et une existence vide, entre la vérité et le mensonge.  
5. "Qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive”. De même que la croix peut être réduite à un objet ornemental, “porter sa croix” peut aussi devenir une façon de parler. Dans l’enseignement de Jésus, cette expression ne met cependant pas au premier plan la mortification ni le renoncement. Elle ne se réfère pas d’abord au devoir de supporter patiemment les petites ou les grandes tribulations quotidiennes ; elle entend moins encore exalter la douleur comme moyen de plaire à Dieu. Le chrétien ne recherche pas la souffrance pour elle-même, mais l’amour. La croix accueillie devient alors le signe de l’amour et du don total. La porter à la suite du Christ signifie s’unir à lui, offrant ainsi la plus grande preuve d’amour.
On ne peut pas parler de la croix sans considérer l’amour de Dieu pour nous, le fait que Dieu veut nous combler de ses biens. Par cette invitation: “Suis-moi”, Jésus redit à ses disciples non seulement: prends-moi comme modèle, mais aussi: partage ma vie et mes choix, dépense ta vie avec moi par amour pour Dieu et pour tes frères. Ainsi le Christ ouvre devant nous le “chemin de la vie”, qui est hélas constamment menacé par le “chemin de la mort”. Le péché est le chemin qui sépare l’homme de Dieu et du prochain, provoquant la division et minant la société de l’intérieur.
Le “chemin de la vie”, qui reprend et renouvelle les attitudes de Jésus, devient le chemin de la foi et de la conversion. C’est précisément le chemin de la croix. Il s’agit du chemin qui porte à se confier à lui et à son dessein du salut, à croire qu’il est mort pour manifester l’amour de Dieu pour tout homme; c’est le chemin du salut au sein d’une société souvent divisée, confuse et contradictoire; c’est le chemin du bonheur de suivre le Christ jusqu’au bout, dans les circonstances souvent dramatiques de la vie quotidienne ; c’est le chemin qui ne craint pas les échecs, les difficultés, les mises à l’écart, les solitudes, car il comble le cœur de l’homme de la présence de Jésus; c’est le chemin de la paix, de la maîtrise de soi et de la joie profonde du cœur. 
6. Chers jeunes, ne soyez pas surpris si, au début du troisième millénaire, le Pape vous montre une fois encore la croix comme chemin de vie et de bonheur authentique. L’Eglise croit et confesse depuis toujours que seule la croix du Christ est porteuse du salut.
Une culture largement répandue de l’éphémère, qui accorde de la valeur à ce qui plaît et semble beau, voudrait faire croire que, pour être heureux, il faut éviter la croix. Comme idéal, on présente un succès facile, une carrière rapide, une sexualité séparée du sens des responsabilités et, finalement, une existence centrée sur l’affirmation de soi, souvent sans respect des autres.
Mais ouvrez bien vos yeux, chers jeunes: ce n’est pas là le chemin qui fait vivre, mais le sentier qui plonge dans la mort. Jésus nous dit: “Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera”. Jésus ne nous laisse pas dans l’illusion: “Que sert donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même?” (Lc 9, 24-25). Par la vérité de ses paroles, qui retentissent durement mais qui remplissent le cœur de paix, Jésus nous révèle le secret de la vie authentique (cf. Discours aux jeunes de Rome, 2 avril 1998). 
N’ayez donc pas peur de cheminer sur le chemin que le Seigneur a parcouru le premier. Avec votre jeunesse, vous imprimez au troisième millénaire qui s’ouvre le signe de l’espérance et de l’enthousiasme caractéristique de votre âge. Si vous laissez la grâce œuvrer en vous, si votre engagement quotidien ne manque pas de sérieux, vous ferez de ce nouveau siècle une époque meilleure pour tous.
Marie chemine avec vous, elle, la Mère du Seigneur, la première disciple, restée fidèle sous la croix d’où le Christ nous a confiés à elle comme ses enfants. Que vous accompagne aussi la Bénédiction apostolique que je vous accorde de grand cœur!
Du Vatican, le 14 février 2001.   
IOANNES PAULUS PP. II
MESSAGE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION DE LA XVIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 2002
"Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde" (Mt 5, 13-14)
Très chers jeunes,
1. Dans ma mémoire, reste vivant le souvenir des moments extraordinaires que nous avons vécus ensemble à Rome, durant le Jubilé de l’An 2000, alors que vous étiez venus en pèlerinage auprès des tombeaux des Apôtres Pierre et Paul. En longues files silencieuses, vous avez franchi la Porte Sainte et vous vous êtes préparés à recevoir le sacrement de la Réconciliation; au cours de la veillée et de la Messe du matin à Tor Vergata, vous avez aussi vécu une expérience spirituelle et ecclésiale intense; affermis dans la foi, vous êtes repartis chez vous avec la mission que je vous ai confiée: devenir, au cours de cette aurore du nouveau millénaire, des témoins courageux de l’évangile.
L’événement des Journées mondiales de la Jeunesse est devenu désormais un moment important de votre vie, de même que de la vie de l’église. Je vous invite donc à commencer à vous préparer à la dix-septième édition de ce grand événement, dont la célébration internationale aura lieu à Toronto, au Canada, au cours de l’été prochain. Ce sera une nouvelle occasion pour rencontrer le Christ, pour être témoins de sa présence dans la société contemporaine et pour devenir des bâtisseurs de la "civilisation de l’amour et de la vérité".
2. "Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde" (Mt 5, 13-14): tel est le thème que j’ai choisi pour les prochaines Journées mondiales de la Jeunesse. Les deux images du sel et de la lumière utilisées par Jésus sont complémentaires et riches de sens. Dans l’antiquité en effet, le sel et la lumière étaient considérés comme des éléments essentiels de la vie humaine.
"Vous êtes le sel de la terre". Une des fonctions primordiales du sel, comme cela est bien connu, est d’assaisonner, de donner goût et saveur aux aliments. Cette image nous rappelle que, par le Baptême, tout notre être a été profondément transformé, parce qu’il a été "assaisonné" par la vie nouvelle qui vient du Christ (cf. Rm 6, 4). Le sel, grâce auquel l’identité chrétienne ne se dénature pas, même dans un environnement fortement sécularisé, est la grâce baptismale qui nous a régénérés, nous faisant vivre dans le Christ et nous rendant capables de répondre à son appel, pour "offrir notre personne et notre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu" (cf. Rm 12, 1). écrivant aux chrétiens de Rome, saint Paul les exhorte à manifester clairement à leurs contemporains leur manière de vivre et de penser: "Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu: ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait" (Rm 12, 2).
Pendant longtemps, le sel a aussi été le moyen habituellement utilisé pour conserver les aliments. Comme sel de la terre, vous êtes appelés à conserver la foi que vous avez reçue et à la transmettre intacte aux autres. Avec une force particulière, votre génération est placée devant le défi de maintenir intègre le dépôt de la foi (cf. 2 Th 2, 15; 1 Tm 6, 20; 2 Tm 1, 14).
Découvrez vos racines chrétiennes, apprenez l’histoire de l’église, approfondissez votre connaissance de l’héritage spirituel qui vous a été transmis, suivez les témoins et les maîtres qui vous ont précédés ! C’est seulement en restant fidèles aux commandements de Dieu, à l’alliance que le Christ a scellée par son sang versé sur la Croix, que vous pourrez être les apôtres et les témoins du nouveau millénaire.
C’est le propre de la condition humaine et, de manière particulière, de la jeunesse, de rechercher l’Absolu, ainsi que le sens et la plénitude de l’existence. Chers jeunes, ne vous contentez pas de ce qui est inférieur aux plus grands idéaux! Ne vous laissez pas décourager par ceux qui, déçus par la vie, sont devenus sourds aux désirs les plus profonds et les plus authentiques de leur cœurs! Vous avez raison de ne pas vous résigner à des divertissements sans saveur, à des modes passagères et à des projets réducteurs. Si vous maintenez de grands désirs pour le Seigneur, vous saurez éviter la médiocrité et le conformisme, tellement présents dans notre société.
3. "Vous êtes la lumière du monde". Pour beaucoup de ceux qui, dès le début, écoutèrent Jésus, comme pour nous aussi, le symbole de la lumière évoque le désir de la vérité et la soif de parvenir à la plénitude de la connaissance, inscrits au plus profond de tout être humain.
Quand la lumière diminue ou disparaît totalement, on ne parvient plus à distinguer la réalité autour de soi. Au plus fort de la nuit, on peut se sentir apeuré et insécurisé, et l’on attend alors avec impatience l’arrivée de la lumière de l’aurore. Chers jeunes, il vous appartient d’être les sentinelles du matin (cf. Is 21, 11-12) qui annoncent l’arrivée du soleil qui est le Christ ressuscité.
La lumière dont Jésus nous parle dans l’évangile est la lumière de la foi, don gratuit de Dieu, qui vient illuminer le cœur et éclairer l’intelligence: "Le Dieu qui dit: ‘La lumière brillera au milieu des ténèbres’, a lui-même brillé dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ" (2 Co 4, 6). Voila pourquoi les paroles de Jésus prennent un relief extraordinaire quand il nous explique son identité et sa mission: "Moi, je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie" (Jn 8, 12).
La rencontre personnelle avec le Christ éclaire d’une lumière nouvelle notre vie, nous met sur le droit chemin et nous engage à être ses témoins. La manière nouvelle de regarder le monde et les personnes, manière qui nous vient de Lui, nous fait pénétrer plus profondément dans le mystère de la foi, qui est non seulement un ensemble d’énoncés théoriques à accueillir et à ratifier par l’intelligence, mais une expérience à assimiler, une vérité à vivre, le sel et la lumière de toute la réalité (cf. Veritatis splendor, n. 88).
Dans le contexte actuel de sécularisation, dans lequel bon nombre de nos contemporains pensent et vivent comme si Dieu n’existait pas ou sont attirés par des formes de religiosité irrationnelles, il est nécessaire que vous précisément, chers jeunes, vous réaffirmiez que la foi est une décision personnelle qui engage toute l’existence. Que l’évangile soit le grand critère qui guide les choix et les orientations de votre vie ! Vous deviendrez ainsi des missionnaires par vos gestes et vos paroles et, là où vous travaillez et où vous vivez, vous serez des signes de l’amour de Dieu, des témoins crédibles de la présence amoureuse du Christ. N’oubliez pas: "On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau" (Mt 5, 15)!
De même que le sel donne de la saveur aux aliments et que la lumière éclaire les ténèbres, de même la sainteté donne le sens plénier à la vie, en en faisant un reflet de la gloire de Dieu. Combien de saints, même parmi les jeunes, compte l’histoire de l’église ! Dans leur amour pour Dieu, ils ont fait resplendir leurs vertus héroïques à la face du monde, devenant des modèles de vie que l’église a présentés en vue de leur imitation par tous. Parmi eux, il suffit de rappeler: Agnès de Rome, André de Phú Yên, Pedro Calungsod, Joséphine Bakhita, Thérèse de Lisieux, Pier Giorgio Frassati, Marcel Callo, Francisco Castelló Aleu ou encore Kateri Tekakwitha, la jeune Iroquoise appelée "le lys des Mohawks". Chers jeunes, par l’intercession de cette foule immense de témoins, je prie le Dieu trois fois saint de vous rendre saints, les saints du troisième millénaire.
4. Très chers jeunes, il est temps de se préparer aux XVIIes Journées mondiales de la Jeunesse. Je vous invite tout spécialement à lire et à approfondir la lettre apostolique Novo millennio ineunte, que j’ai écrite au début de l’année pour accompagner les baptisés dans cette nouvelle étape de la vie de l’église et des hommes: "Un nouveau siècle, un nouveau millénaire, s'ouvrent dans la lumière du Christ. Mais tous ne voient pas cette lumière. Nous avons la mission admirable et exigeante d'en être ‘le reflet’" (n. 54).
Oui, c’est l’heure de la mission ! Dans vos diocèses et dans vos paroisses, dans vos mouvements, associations et communautés, le Christ vous appelle, l’église vous accueille comme maison et école de communion et de prière. Approfondissez l’étude de la Parole de Dieu et laissez-la éclairer votre intelligence et votre cœur ! Puisez votre force dans la grâce sacramentelle de la Réconciliation et de l’Eucharistie ! Fréquentez le Seigneur dans ce "cœur à cœur" qu’est l’adoration eucharistique ! Jour après jour, vous recevrez un nouvel élan qui vous permettra de réconforter ceux qui souffrent et de porter la paix au monde. Elles sont si nombreuses les personnes blessées par la vie, exclues du développement économique, sans toit, sans famille ou sans travail; beaucoup se perdent dans de fausses illusions ou ont abandonné toute espérance. Contemplant la lumière qui resplendit sur la face du Christ ressuscité, apprenez à votre tour à vivre "comme fils de la lumière, des fils du jour" (1 Th 5, 5), manifestant à tous que "la lumière produit ce qui est bonté, justice et vérité" (Ep 5, 9) !
5. Chers jeunes amis, pour tous ceux qui le peuvent, le rendez-vous est à Toronto. Au cœur d’une ville multiculturelle et pluriconfessionnelle, nous exprimerons l’unicité du Christ Sauveur et l’universalité du mystère du salut dont l’église est le sacrement. Nous prierons pour la pleine communion entre les chrétiens, dans la vérité et dans la charité, répondant à l’invitation pressante du Seigneur qui désire ardemment "que tous soient un" (Jn 17, 11).
Venez faire résonner dans les grandes artères de Toronto l’annonce joyeuse du Christ qui aime tous les hommes et qui porte à leur achèvement tous les signes du bien, du beau et de la vérité présents dans la cité des hommes ! Venez dire au monde votre joie d’avoir rencontré le Christ Jésus, votre désir de le connaître toujours mieux, votre engagement à annoncer son évangile de salut jusqu’aux extrémités de la terre !
Avec leurs évêques et les Autorités civiles, vos camarades canadiens se préparent déjà à vous accueillir chaleureusement et avec une grande hospitalité. C’est pourquoi, dès à présent, je les remercie vivement. Que ces premières Journées mondiales des Jeunes au début du troisième millénaire puissent transmettre à tous un message de foi, d’espérance et d’amour !
Ma Bénédiction vous accompagne, tandis que je confie chacun d’entre vous, votre vocation et votre mission, à Marie, Mère de l’église.
De Castel Gandolfo, le 25 juillet 2001.
IOANNES PAULUS PP. II
MESSAGE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION DE LA XVIIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 2003
 «Voici ta Mère!» (Jn 19, 27)
Chers jeunes, 
1. C’est pour moi une joie sans cesse renouvelée de vous adresser un message spécial à l’occasion de la Journée Mondiale de la Jeunesse pour vous témoigner aussi de la sorte l’affection que je vous porte. Je garde en mémoire, comme un souvenir lumineux, les impressions suscitées en moi par nos rencontres lors des Journées Mondiales: les jeunes et le Pape ensemble, avec de nombreux évêques et prêtres, tournés vers le Christ, lumière du monde, l’invoquent et l’annoncent à la famille humaine entière. Tout en rendant grâce à Dieu pour le témoignage de foi que vous avez donné récemment encore à Toronto, je vous renouvelle l’invitation que j’ai faite sur les rives du lac Ontario: « L’Eglise aujourd’hui vous regarde avec confiance et attend que vous deveniez le peuple des Béatitudes!» (Exhibition Place, 25 juillet 2002).
Pour la XVIIIème Journée Mondiale de la Jeunesse que vous célébrerez dans les différents diocèses du monde, j’ai choisi un thème en relation avec l’Année du Rosaire: « Voici ta Mère!» (Jn 19, 27). Avant de mourir, Jésus offre à l’apôtre Jean ce qu’il a de plus précieux: sa Mère, Marie. Ce sont les dernières paroles du Rédempteur, qui revêtent par conséquent un caractère solennel et constituent comme son testament spirituel. 
2. Les paroles de l’ange Gabriel à Nazareth: « Réjouis-toi, comblée de grâce » (Lc 1, 28) éclairent aussi la scène du Calvaire. L’Annonciation se situe au commencement, la Croix marque l’accomplissement. A l’Annonciation, Marie, en son sein, donne la nature humaine au Fils de Dieu; au pied de la Croix, en la personne de Jean, elle accueille dans son cœur l’humanité entière. Mère de Dieu dès le premier instant de l’Incarnation, elle devient Mère des hommes aux derniers moments de la vie de son Fils, Jésus. Elle, qui est sans péché, “connaît” en son être, au Calvaire, la souffrance du péché que son Fils prend sur Lui pour sauver les hommes. Au pied de la Croix sur laquelle meurt Celui qu’elle a conçu par le “oui” de l’Annonciation, Marie reçoit de Lui comme une “seconde Annonciation”: « Femme, voici ton fils » (Jn 19, 26).
Sur la Croix, le Fils peut épancher sa souffrance dans le cœur de sa Mère. Tout enfant qui souffre en éprouve le besoin. Vous aussi, chers jeunes, vous êtes confrontés à la souffrance: la solitude, les échecs et les déceptions dans votre vie personnelle; la difficulté de vous insérer dans le monde des adultes et dans la vie professionnelle; les séparations et les deuils dans vos familles; la violence des guerres et la mort des innocents. Sachez toutefois que dans les moments difficiles, qui ne manquent pas dans la vie de chacun, vous n’êtes pas seuls: comme à Jean au pied de la Croix, Jésus vous donne à vous aussi sa Mère, pour qu’elle vous réconforte par sa tendresse. 
3. L’Evangile dit ensuite que « dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui » (Jn 19, 27). Cette expression, si souvent commentée depuis les origines de l’Eglise, ne désigne pas seulement le lieu où Jean habitait. Plutôt que l’aspect matériel, elle évoque la dimension spirituelle de cet accueil, de la relation nouvelle qui s’instaure entre Marie et Jean.
Chers jeunes, vous avez plus ou moins le même âge que Jean et le même désir d’être avec Jésus. Aujourd’hui, c’est à vous que le Christ demande expressément de prendre Marie “chez vous”, de l’accueillir “dans vos biens” pour apprendre d’elle, qui « conservait avec soin toutes ces choses, les méditant dans son cœur » (Lc 2, 19), la disposition intérieure à l’écoute et l’attitude d’humilité et de générosité qui la caractérisèrent comme première collaboratrice de Dieu dans l’œuvre du salut. C’est elle qui, en accomplissant son ministère maternel, vous éduque et vous modèle jusqu’à ce que le Christ soit formé pleinement en vous (cf. Rosarium Virginis Mariae, 15).
4. Voilà pourquoi je répète aussi aujourd’hui la devise de mon service épiscopal et pontifical: “Totus tuus”. J’ai constamment fait l’expérience dans ma vie de la présence aimante et agissante de la Mère du Seigneur; Marie m’accompagne chaque jour dans l’accomplissement de ma mission de Successeur de Pierre.
Marie est Mère de la divine grâce, parce qu’elle est la Mère de l’Auteur de la grâce. Remettez-vous à elle en toute confiance! Vous resplendirez alors de la beauté du Christ. Ouverts au souffle de l’Esprit, vous deviendrez des apôtres intrépides, capables de répandre autour de vous le feu de la charité et la lumière de la vérité. A l’école de Marie, vous découvrirez l’engagement concret que le Christ attend de vous, vous apprendrez à le mettre à la première place dans votre vie, à tourner vers Lui vos pensées et vos actions.
Chers jeunes, vous le savez bien: le christianisme n’est pas une simple opinion et il ne consiste pas en de vaines paroles. Le christianisme, c’est le Christ! Il est une Personne, Il est le Vivant! Rencontrer Jésus, l’aimer et le faire aimer: telle est la vocation chrétienne. Marie vous est donnée pour vous aider à entrer dans une relation plus vraie, plus personnelle avec Jésus. Par son exemple, Marie vous enseigne à poser un regard d’amour sur Lui qui, le premier, nous a aimés. Par son intercession, elle modèle en vous un cœur de disciples capables de se mettre à l’écoute de son Fils, qui révèle le visage authentique du Père et la véritable dignité de l’homme. 
5. Le 16 octobre 2002, j’ai proclamé l’“Année du Rosaire” et j’ai invité tous les fils de l’Eglise à faire de cette antique prière mariale un exercice simple et profond de contemplation du visage du Christ. Réciter le chapelet signifie, en effet, apprendre à regarder Jésus avec les yeux de sa Mère, aimer Jésus avec le cœur de sa Mère. Je remets symboliquement aujourd’hui, à vous aussi, chers jeunes, le chapelet. A travers la prière et la méditation des mystères, que Marie vous guide avec assurance vers son Fils! N’ayez pas honte de réciter le chapelet seuls, sur le chemin de l’école, de l’université ou de votre travail, dans la rue et dans les transports publics. Prenez l’habitude de le prier entre vous, dans vos groupes, mouvements et associations. N’hésitez pas à proposer à vos parents et à vos frères et sœurs de prier le chapelet à la maison, car il ravive et renforce les liens entre les membres de la famille. Cette prière vous aidera à être forts dans la foi, constants dans la charité, joyeux et persévérants dans l’espérance.
Avec Marie, servante du Seigneur, vous découvrirez la joie et la fécondité de la vie cachée. Avec elle, disciple du Maître, vous suivrez Jésus sur les routes de Palestine, devenant des témoins de sa prédication et de ses miracles. Avec elle, Mère souffrante, vous accompagnerez Jésus dans sa passion et dans sa mort. Avec elle, Vierge de l’espérance, vous accueillerez l’annonce joyeuse de Pâques et le don inestimable de l’Esprit Saint. 
6. Chers jeunes, Jésus seul connaît votre cœur, vos désirs les plus profonds. Lui seul, qui vous a aimés jusqu’à la mort (cf. Jn 13, 1), est capable de combler vos aspirations. Ses paroles sont des paroles de vie, des paroles qui donnent un sens à la vie. Personne d’autre que le Christ pourra vous donner le vrai bonheur. A l’exemple de Marie, sachez Lui dire un “oui” inconditionnel. Il ne doit pas y avoir de place pour l’égoïsme et pour la paresse dans votre existence. Plus que jamais, il est urgent que vous soyez les “sentinelles du matin”, les guetteurs qui annoncent à l’humanité les premiers feux de l’aurore et le nouveau printemps de l’Evangile que l’on voit déjà poindre. L’humanité a un impérieux besoin du témoignage de jeunes libres et courageux qui osent aller à contre-courant et proclamer avec force et enthousiasme leur foi en Dieu, Seigneur et Sauveur.
Vous savez, vous aussi, chers amis, que cette mission n’est pas facile. Elle devient même impossible si l’on ne compte que sur soi-même. Mais « ce qui est impossible pour les hommes est possible pour Dieu » (Lc 18, 27; cf. Lc 1, 37). Les vrais disciples du Christ ont conscience de leur faiblesse. C’est pourquoi ils mettent toute leur confiance dans la grâce de Dieu qu’ils accueillent avec un cœur sans partage, convaincus que sans Lui ils ne peuvent rien faire (cf. Jn 15, 5). Ce qui les caractérise et les distingue du reste des hommes, ce ne sont pas leurs talents ni leurs dispositions naturelles. C’est leur ferme détermination à cheminer à la suite du Christ. Soyez leurs imitateurs comme ils le furent eux-mêmes du Christ! Et « puisse Dieu illuminer les yeux de votre cœur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints, et quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour nous, les croyants, selon la vigueur de sa force » (Ep 1, 18-19). 
7. Chers jeunes, la prochaine Rencontre Mondiale se tiendra, vous le savez, en 2005, en Allemagne, dans la ville et dans le diocèse de Cologne. La route est encore longue, mais les deux années qui nous séparent de ce rendez-vous peuvent servir d’intense préparation. Les thèmes que j’ai choisis pour vous pourront vous aider:
- 2004, XIXème Journée Mondiale de la Jeunesse: « Nous voulons voir Jésus » (Jn 12, 21).
- 2005, XXème Journée Mondiale de la Jeunesse: « Nous sommes venus l’adorer » (Mt 2, 2)
En attendant, vous vous retrouverez dans vos Eglises locales pour le Dimanche des Rameaux: vivez avec engagement, dans la prière, dans l’écoute attentive et dans le partage joyeux ces occasions de “formation permanente”, en manifestant votre foi ardente et fervente! Comme les Mages, soyez vous aussi des pèlerins animés par le désir de rencontrer le Messie et de l’adorer! Annoncez avec courage que le Christ, mort et ressuscité, est vainqueur du mal et de la mort!
En un temps où pèse la menace de la violence, de la haine et de la guerre, témoignez que Lui seul peut donner la vraie paix au cœur de l’homme, aux familles et aux peuples de la terre. Efforcez-vous de rechercher et d’encourager la paix, la justice et la fraternité. Et n’oubliez pas la parole de l’Evangile: « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9).
En vous confiant à la Vierge Marie, Mère du Christ et Mère de l’Eglise, je vous accompagne par une Bénédiction Apostolique spéciale, qui témoigne de ma confiance et qui confirme mon affection pour vous. 
Du Vatican, 8 mars 2003
 
IOANNES PAULUS PP. II
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