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MESSAGE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION DE LA XIXe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 2004
«Nous voulons voir Jésus» (Jn 12,21)
Très chers jeunes,
1. L’année 2004 constitue l’ultime étape avant le grand rendez-vous de Cologne en 2005, où sera célébrée la XXe Journée Mondiale de la Jeunesse. Je vous invite donc à intensifier votre chemin de préparation spirituelle, en approfondissant le thème que j’ai choisi pour cette XIXe Journée Mondiale: « Nous voulons voir Jésus !» (Jn 12,21).
C’est la demande que quelques « Grecs » adressèrent un jour aux Apôtres. Ils voulaient savoir qui était Jésus. Il ne s’agissait pas seulement de prendre contact pour savoir à quoi ressemblait l’homme Jésus. Poussés par une grande curiosité et par le pressentiment qu’ils allaient trouver réponse à leurs questions fondamentales, ils voulaient savoir qui il était vraiment et d’où il venait.
2. Chers jeunes, je vous invite vous aussi à imiter ces « Grecs » qui s’adressèrent à Philippe, animés par le désir de « voir Jésus ». Que votre recherche ne soit pas motivée simplement par la curiosité intellectuelle, qui pourtant est déjà une valeur, mais qu’elle soit stimulée surtout par l’exigence intime de trouver la réponse à la question du sens de votre vie. Comme le jeune homme riche de l’évangile, vous aussi vous cherchez Jésus pour lui poser cette question: « Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle?» (Mc 10, 17). L’évangéliste Marc précise que Jésus le regarda et l’aima. Pensez aussi à cet autre épisode dans lequel Jésus dit à Nathanaël: « Avant que Philippe te parle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu », faisant jaillir du cœur de ce fils d’Israël qui ne savait pas mentir (cf. Jn 1,47), une belle profession de foi: « Rabbi, c’est toi le Fils de Dieu!» (Jn 1, 49). Celui qui s’approche de Jésus avec un cœur libre de préjugés peut parvenir assez aisément à la foi, parce que c’est Jésus lui-même qui, le premier, l’a vu et aimé. L'aspect le plus sublime de la dignité humaine se trouve justement dans sa vocation à communiquer avec Dieu dans ce profond échange de regards qui transforme la vie. Pour voir Jésus, il faut d’abord se laisser regarder par lui !
  Le désir de voir Dieu habite le cœur de tout homme et de toute femme. Chers jeunes, laissez-vous regarder dans les yeux par Jésus, pour que grandisse en vous le désir de voir la Lumière, de goûter la splendeur de la Vérité. Que nous en soyons conscients ou non, Dieu nous a créés parce qu’il nous aime et pour que nous l’aimions à notre tour. C’est la raison de l’irrésistible nostalgie de Dieu que l’homme porte dans le cœur: « C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face » (Ps 27, 8). Ce Visage -nous le savons-, Dieu nous l’a révélé en Jésus Christ.
3. Chers jeunes, voulez-vous, vous aussi, contempler la beauté de ce Visage ? Voilà la question que je vous pose en cette Journée Mondiale de la Jeunesse de l’année 2004. Ne répondez pas trop vite. Tout d’abord, faites le silence en vous. Laissez émerger du fond du cœur cet ardent désir de voir Dieu, un désir parfois étouffé par les bruits du monde et par les séductions des plaisirs. Laissez émerger ce désir et vous ferez l’expérience merveilleuse de la rencontre avec Jésus. Le christianisme n’est pas simplement une doctrine; c’est une rencontre dans la foi avec Dieu qui s’est fait présent dans notre histoire par l’incarnation de Jésus.
Cherchez tous les moyens de rendre possible cette rencontre, en regardant Jésus qui vous cherche passionnément. Cherchez-le avec vos yeux de chair à travers les événements de la vie et dans le visage des autres; mais cherchez-le aussi avec les yeux de l’âme au moyen de la prière et de la méditation de la Parole de Dieu, car « la contemplation du visage du Christ ne peut que nous renvoyer à ce que la Sainte écriture nous dit de lui » (Novo millennio ineunte, n. 17).
4. Voir Jésus, contempler son Visage, est un désir irrésistible, mais c’est un désir que l’homme peut malheureusement aussi déformer. Et c’est ce qui arrive avec le péché, dont l’essence se trouve précisément dans le fait de détourner les yeux du Créateur pour les tourner vers la créature.
Ces “Grecs” à la recherche de la vérité n’auraient pu approcher du Christ, si leur désir, animé par un acte libre et volontaire, ne s’était pas concrétisé en une décision claire: «nous voulons voir Jésus ». être vraiment libres signifie avoir la force de choisir Celui pour qui nous avons été créés et accepter sa seigneurie sur notre vie. Vous le sentez au fond de votre cœur : tous les biens de la terre, toutes les réussites professionnelles, même l’amour humain dont vous rêvez, ne pourront jamais satisfaire pleinement vos attentes les plus intimes et les plus profondes. Seule la rencontre avec Jésus pourra donner son vrai sens à votre vie : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi », a écrit saint Augustin (Les Confessions, I, 1). Ne vous laissez pas détourner de cette quête. Persévérez, car ce qui est en jeu, c’est la pleine réalisation de vous-même et votre joie.
5. Chers amis, si vous apprenez à découvrir Jésus dans l’Eucharistie, vous saurez le découvrir aussi dans vos frères et sœurs, en particulier dans les plus pauvres. L’Eucharistie, reçue avec amour et adorée avec ferveur, devient une école de liberté et de charité pour réaliser le commandement de l’amour. Jésus nous parle le langage merveilleux du don de soi et de l’amour jusqu’au sacrifice de sa vie. Est-ce un discours facile ? Non, vous le savez ! L’oubli de soi n’est pas facile; il détourne de l’amour possessif et narcissique pour ouvrir l’homme à la joie de l’amour qui se donne. Cette école eucharistique de liberté et de charité apprend à dépasser les émotions superficielles pour s’enraciner fermement dans ce qui est vrai et bon; elle délivre du repliement sur soi pour disposer à s’ouvrir aux autres, elle enseigne à passer d’un amour affectif à un amour effectif. Car aimer, ce n’est pas seulement un sentiment; c’est un acte de volonté qui consiste à préférer de manière constante le bien de l’autre à son propre bien: « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13).
C’est avec cette liberté intérieure et cette charité brûlante que Jésus nous apprend à le rencontrer dans les autres, en premier lieu dans le visage défiguré du pauvre. La Bienheureuse Teresa de Calcutta aimait distribuer sa « carte de visite » sur laquelle il était écrit: « le fruit du silence, c’est la prière ; le fruit de la prière, c’est la foi ; le fruit de la foi, c’est l’amour ; le fruit de l’amour, c’est le service ; le fruit du service, c’est la paix ». Voilà le chemin de la rencontre avec Jésus. Allez au devant de toutes les souffrances humaines avec l'élan de votre générosité et avec l’amour que Dieu suscite dans vos cœurs par l’Esprit Saint: « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25,40). Le monde a un besoin urgent du grand signe prophétique de la charité fraternelle! Il ne suffit pas, en effet, de « parler » de Jésus; il faut aussi d’une certaine façon le faire « voir » par le témoignage éloquent de sa vie (cf. Novo millennio ineunte, n. 16).
Et n’oubliez pas de chercher le Christ et de reconnaître sa présence dans l’église. Elle est comme le prolongement de son action salvifique dans le temps et dans l’espace. C’est en elle et par elle que Jésus continue à se rendre visible aujourd’hui et que les hommes peuvent le rencontrer. Dans vos paroisses, mouvements et communautés, soyez accueillants les uns envers les autres pour faire grandir la communion entre vous. Elle est le signe visible de la présence du Christ dans l’église, malgré la barrière du péché des hommes qui souvent l’obscurcit.
6. Ne soyez donc pas surpris si vous rencontrez la Croix sur votre route. Jésus n’a-t-il pas dit à ses disciples que le grain de blé devait tomber en terre et mourir pour porter beaucoup de fruit (cf. Jn 12, 23-26)? Il indiquait ainsi que sa vie donnée jusqu’à la mort serait féconde. Vous le savez: depuis la Résurrection du Christ, jamais plus la mort n’aura le dernier mot. L’amour est plus fort que la mort. Si Jésus a accepté de mourir sur la Croix, faisant d’elle la source de la vie et le signe de l’amour, ce n’est ni par faiblesse, ni par goût de la souffrance. C’est pour nous obtenir le salut et nous donner d’avoir part dès maintenant à sa vie divine.
C’est précisément cette vérité que j’ai voulu rappeler aux jeunes du monde en leur confiant une grande Croix de bois à la fin de l’Année Sainte de la Rédemption, en 1984. Depuis lors, elle a parcouru différents pays pour préparer vos Journées Mondiales. Des centaines de milliers de jeunes ont prié autour de cette Croix. Déposant à ses pieds les fardeaux qui les accablaient, ils ont découvert qu’ils étaient aimés par Dieu et beaucoup d’entre eux ont aussi trouvé la force de changer de vie.
Cette année, pour le XXe anniversaire de cet événement, la Croix sera solennellement accueillie à Berlin, d’où, commençant son pèlerinage à travers toute l’Allemagne, elle rejoindra Cologne l’an prochain. Je désire aujourd’hui vous redire les paroles que je prononçais alors: « Chers jeunes, ... je vous confie la Croix du Christ! Portez-la dans le monde comme signe de l’amour du Seigneur Jésus pour l’humanité et annoncez à tous qu’il n’y a de salut et de rédemption que dans le Christ mort et ressuscité ».
7. Vos contemporains attendent de vous que vous soyez les témoins de Celui que vous avez rencontré et qui vous fait vivre. Dans la réalité de la vie quotidienne, devenez des témoins intrépides de l’amour plus fort que la mort. C’est à vous de relever ce défi! Mettez vos talents et l’ardeur de votre jeunesse au service de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Soyez les amis enthousiastes de Jésus qui présentent le Seigneur à ceux qui désirent le voir, surtout les plus loin de lui. Philippe et André ont conduit ces « Grecs » jusqu’à Jésus: Dieu se sert de l’amitié humaine pour amener les cœurs à la source de la charité divine. Sentez-vous responsables de l’évangélisation de vos amis et de tous vos contemporains.
Puisse la Bienheureuse Vierge Marie, qui toute sa vie s’est adonnée avec assiduité à la contemplation du visage du Christ,  vous garder sans cesse sous le regard de son Fils (cf. Rosarium Virginis Mariæ, n.10) et vous soutenir dans la préparation de la Journée Mondiale de Cologne, vers laquelle je vous invite à vous tourner dès maintenant avec un enthousiasme responsable et actif. La Vierge de Nazareth, cette Mère attentive et patiente, façonnera en vous un cœur contemplatif et elle vous apprendra à fixer votre regard sur Jésus pour que, dans ce monde qui passe, vous soyez des prophètes du monde qui ne passe pas!
Je vous accorde une affectueuse Bénédiction apostolique. Qu’elle vous accompagne sur votre route !
Du Vatican, le 22 février 2004.
IOANNES PAULUS PP. II
MESSAGE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION DE LA XXe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 2005
"Nous sommes venus l'adorer" (Mt 2, 2)
Chers jeunes !
1. Cette année, nous avons célébré la XIXe Journée Mondiale de la Jeunesse en méditant sur le désir exprimé par quelques Grecs venus à Jérusalem à l'occasion de la Pâque : "Nous voulons voir Jésus" (Jn 12, 21). Nous voici maintenant en chemin vers Cologne où, en août 2005, aura lieu la XXe Journée Mondiale de la Jeunesse.
"Nous sommes venus l'adorer" (Mt 2, 2) : tel est le thème de la prochaine rencontre mondiale des jeunes. Ce thème permet aux jeunes de tous les continents de refaire spirituellement l'itinéraire des Mages, dont les reliques, selon une pieuse tradition, sont précisément vénérées dans cette ville, et comme eux, de rencontrer le Messie de toutes les nations.
En vérité, la lumière du Christ éclairait déjà l'intelligence et le cœur des Mages. "Ils se mirent en route" (Mt 2, 9), raconte l'évangéliste, en se lançant avec courage sur des chemins inconnus, entreprenant un long et difficile voyage. Ils n'hésitèrent pas à tout quitter pour suivre l'étoile qu'ils avaient vu se lever en Orient (cf. Mt 2, 1). En imitant les Mages, vous aussi, chers jeunes, vous vous apprêtez à accomplir un "voyage" vers Cologne, venant de toutes les régions du globe. Il est non seulement important que vous vous préoccupiez de l'organisation pratique de la Journée Mondiale de la Jeunesse, mais il faut que vous preniez soin, en tout premier lieu, de sa préparation spirituelle, dans une atmosphère de foi et d'écoute de la Parole de Dieu.
2. "Et voilà que l'étoile ... les précédait; elle vint s'arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l'enfant" (Mt 2, 9). Les Mages arrivèrent à Bethléem parce qu'ils se laissèrent docilement conduire par l'étoile. Plus encore, "quand ils virent l'étoile, ils éprouvèrent une très grande joie" (Mt 2, 10). Il est important, chers jeunes, d'apprendre à scruter les signes par lesquels Dieu nous appelle et nous guide. Lorsque nous sommes conscients d'être conduits par lui, le cœur ressent une joie authentique et profonde, qui s'accompagne d'un vif désir de le rencontrer et d'un effort persévérant pour le suivre docilement.
"En entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère" (Mt 2, 11). Rien d'extraordinaire à première vue. Et pourtant, cet Enfant est différent des autres : il est le Fils unique de Dieu qui s'est dépouillé de sa gloire (cf. Ph 2, 7) et qui est venu sur la terre pour mourir sur la Croix. Il est descendu parmi nous et s'est fait pauvre pour nous révéler la gloire divine, que nous contemplerons pleinement au Ciel, notre patrie bienheureuse.
Qui aurait pu inventer un signe d'amour plus grand ? Nous sommes en admiration devant le mystère d'un Dieu qui s'abaisse pour revêtir notre condition humaine jusqu'á s'immoler pour nous sur la Croix (cf. Ph 2, 6-8). Dans sa pauvreté, Celui qui - comme nous le rappelle saint Paul - "de riche qu'il était, s'est fait pauvre pour vous, afin de vous enrichir par sa pauvreté"(2 Co 8, 9), est venu offrir le salut aux pécheurs. Comment rendre grâce à Dieu pour tant de bonté manifestée ?
3. Les Mages rencontrent Jésus à "Bêt-lehem", qui signifie "maison du pain". Dans l'humble grotte de Bethléem repose, sur un peu de paille, le "grain de blé" qui, en mourant, portera "beaucoup de fruit" (cf. Jn 12, 24). Au cours de sa vie publique, Jésus, pour parler de lui et de sa mission de salut, aura recours à l'image du pain. Il dira : "Je suis le pain de vie", "Je suis le pain descendu du ciel", "Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde" (Jn 6, 35.41.51).
En parcourant de nouveau avec foi l'itinéraire du Rédempteur, de la pauvreté de la Crèche jusqu'à l'abandon de la Croix, nous comprenons mieux le mystère de son amour qui rachète l'humanité. L'Enfant, couché par Marie dans la mangeoire, est l'Homme-Dieu que nous verrons cloué sur la Croix. Le Rédempteur lui-même est présent dans le sacrement de l'Eucharistie. Dans l'étable de Bethléem il se laissa adorer, sous les pauvres traits d'un nouveau-né, par Marie, par Joseph et par les bergers ; dans l'Hostie consacrée nous l'adorons sacramentellement présent dans son corps et dans son sang, dans son âme et dans sa divinité ; il s'offre à nous comme nourriture de vie éternelle. La Sainte Messe devient alors le véritable rendez-vous d'amour avec Celui qui s'est entièrement donné pour nous. N'hésitez pas, chers jeunes, à lui répondre quand il vous invite "au banquet des noces de l'Agneau" (cf. Ap 19, 9). Ecoutez-le, préparez-vous de manière appropriée et approchez-vous du Sacrement de l'Autel, en particulier en cette Année de l'Eucharistie (octobre 2004-2005) que j'ai voulu instaurer pour toute l'Eglise.
4. "Et, se prosternant, ils l'adorèrent" (Mt 2, 11). Si, en l'enfant que Marie tient dans ses bras, les Mages reconnaissent et adorent celui que les nations attendaient et que les prophètes avaient annoncé, nous pouvons aujourd'hui l'adorer dans l'Eucharistie et le reconnaître comme notre Créateur, notre unique Seigneur et Sauveur.
"Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent de l'or, de l'encens et de la myrrhe" (Mt 2, 11). Les présents qu'offrent les Mages au Messie symbolisent la véritable adoration. Par l'or, ils soulignent sa divinité royale ; par l'encens, ils confessent qu'il est prêtre de la nouvelle Alliance ; en lui offrant la myrrhe, ils célèbrent le prophète qui versera son sang pour réconcilier l'humanité avec son Père.
Chers jeunes, vous aussi, offrez au Seigneur l'or de votre existence, c'est-à-dire votre liberté pour le suivre par amour, en répondant fidèlement à son appel; faites monter vers lui l'encens de votre prière ardente, à la louange de sa gloire; offrez-lui la myrrhe, c'est-à-dire votre affection pleine de gratitude envers lui, vrai Homme, qui nous a aimés jusqu'à mourir comme un malfaiteur sur le Golgotha.
5. Soyez des adorateurs de l'unique vrai Dieu, en lui reconnaissant la première place dans votre existence ! L'idolâtrie est une tentation constante de l'homme. Hélas, il existe des personnes qui cherchent la solution à leurs problèmes dans des pratiques religieuses incompatibles avec la foi chrétienne. Un fort courant pousse à croire aux mythes faciles du succès et du pouvoir ; il est dangereux d'adhérer à des conceptions évanescentes du sacré qui présentent Dieu sous la forme d'une énergie cosmique ou bien d'autres manières non conformes à la doctrine catholique.
Jeunes, ne cédez pas aux illusions mensongères et aux modes éphémères, qui laissent souvent un tragique vide spirituel ! Refusez les séductions de l'argent, de la société de consommation et de la violence sournoise qu'exercent parfois les médias.
L'adoration du vrai Dieu constitue un authentique acte de résistance contre toute forme d'idolâtrie. Adorez le Christ : Il est le Rocher sur lequel bâtir votre avenir, ainsi qu'un monde plus juste et plus solidaire. Jésus est le Prince de la paix, la source du pardon et de la réconciliation, qui peut rendre frères tous les membres de la famille humaine.
6. "Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin" (Mt 2, 12). L'évangile précise qu'après avoir rencontré le Christ, les Mages rentrèrent dans leur pays "en prenant un autre chemin". Ce changement de route peut symboliser la conversion à laquelle sont appelés ceux qui rencontrent Jésus, pour devenir les vrais adorateurs qu'il désire (cf. Jn 4, 23-24). Cela comprend l'imitation de sa façon d'agir, en faisant d'eux-mêmes, comme l'écrit l'apôtre Paul, un "sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu". L'Apôtre ajoute qu'il ne faut pas se conformer à la mentalité de ce monde, mais se transformer en renouvelant son jugement, "pour discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait" (cf. Rm 12, 1-2).
Ecouter le Christ et l'adorer conduit à faire des choix courageux, à prendre des décisions parfois héroïques. Jésus est exigeant car il veut notre bonheur authentique. Il appelle certains à tout quitter pour le suivre dans la vie sacerdotale ou consacrée. Que ceux qui entendent cette invitation n'aient pas peur de lui répondre 'oui' et qu'ils se mettent généreusement à sa suite. Mais, en dehors des vocations particulières de consécration, il y a la vocation propre de tout baptisé : elle aussi est une vocation à ce "haut degré" de la vie chrétienne ordinaire qui s'exprime dans la sainteté (cf. Novo millennio ineunte, 31). Lorsqu'on rencontre le Christ et que l'on accueille son évangile, la vie change et l'on est conduit à communiquer aux autres sa propre expérience.
Tant de nos contemporains ne connaissent pas encore l'amour de Dieu ou cherchent à remplir leur cœur de succédanés insignifiants. Il est donc urgent d'être des témoins de l'amour contemplé dans le Christ. L'invitation à participer à la Journée Mondiale de la Jeunesse s'adresse également à vous, chers amis qui n'êtes pas baptisés ou qui ne vous reconnaissez pas dans l'église. N'avez-vous pas, vous aussi, soif d'Absolu? N'êtes-vous pas en quête de "quelque chose" qui donne sens à votre existence ? Tournez-vous vers le Christ et vous ne serez pas déçus.
7. Chers jeunes, l'église a besoin de témoins authentiques pour la nouvelle évangélisation: des hommes et des femmes dont la vie a été transformée par la rencontre avec Jésus; des hommes et des femmes capables de communiquer cette expérience aux autres. L'église a besoin de saints. Nous sommes tous appelés à la sainteté et seuls les saints peuvent rénover l'humanité. Beaucoup nous ont précédés sur ce chemin d'héroïsme évangélique et je vous exhorte à recourir souvent à leur intercession. En vous rencontrant à Cologne, vous apprendrez à mieux connaître certains d'entre eux, comme saint Boniface, l'apôtre de l'Allemagne, et les saints de Cologne, en particulier Ursule, Albert le Grand, Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith Stein) et le bienheureux Adolph Kolping.
Parmi eux, je voudrais particulièrement citer saint Albert et sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix qui, avec la même disposition intérieure que les Mages, ont passionnément recherché la vérité. Ils n'ont pas hésité à mettre leurs capacités intellectuelles au service de la foi, témoignant ainsi que foi et raison sont liées et se renvoient l'une à l'autre.
Chers jeunes qui êtes spirituellement en marche vers Cologne, le Pape vous accompagne par sa prière. Que Marie, "femme eucharistique" et Mère de la Sagesse, soutienne vos pas, éclaire vos choix et vous enseigne à aimer ce qui est vrai, bon et beau. Qu'elle vous conduise tous à son Fils, le seul qui puisse combler les attentes les plus intimes de l'intelligence et du cœur de l'homme.
Avec ma bénédiction !
De Castel Gandolfo, le 6 août 2004
IOANNES PAULUS PP. II
MESSAGE DU SAINT-PÈRE BENOîT XVI AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION DE LA XXIe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 2006
"Une lampe sur mes pas, ta parole, une lumière sur ma route" (Ps 118 [119], 105)
Chers jeunes!
C’est avec joie que je m’adresse à vous qui vous préparez à la XXIe Journée mondiale de la Jeunesse, revivant en esprit le souvenir des expériences enrichissantes que nous avons vécues en août dernier en Allemagne. La Journée de cette année sera célébrée dans les différentes églises locales et ce sera une bonne occasion pour raviver la flamme d'enthousiasme allumée à Cologne, que beaucoup d'entre vous ont apportée dans leurs familles, dans leurs paroisses, dans leurs associations et dans leurs mouvements. Ce sera aussi un moment privilégié pour entraîner vers le Christ, dans le pèlerinage spirituel des nouvelles générations, nombre de vos amis.
Le thème que je propose à votre méditation est un verset du Psaume 118 [119] « Une lampe sur mes pas, ta parole, une lumière sur ma route » (v.105). Le bien-aimé Jean-Paul II a commenté ainsi ces paroles du Psaume: « Celui qui prie se répand en louanges de la Loi de Dieu, qu'il prend comme une lampe pour ses pas sur le chemin souvent obscur de la vie » (Audience générale du14 novembre 2001 : La Documentation catholique 98 [2001], p. 1069). Dieu se révèle dans l'histoire, il parle aux hommes, et sa Parole est créatrice. En effet, le concept hébraïque « dabar », traduit habituellement par "parole", signifie à la fois parole et acte. Dieu dit ce qu'il fait et fait ce qu'il dit. Dans l'Ancien Testament, il annonce aux fils d'Israël la venue du Messie et l'établissement d'une « nouvelle » alliance; dans le Verbe fait chair, il accomplit ses promesses. Le Catéchisme de l'église Catholique met bien cela en évidence: « Le Christ, le Fils de Dieu fait homme, est la Parole unique, parfaite et indépassable du Père. En Lui Il dit tout, et il n'y aura pas d'autre parole que celle-là » (n. 65). L'Esprit Saint, qui a guidé le peuple élu, inspirant les auteurs des Saintes écritures, ouvre le cœur des croyants à l'intelligence de tout ce qu'elles contiennent. L’Esprit lui-même est activement présent dans la Célébration eucharistique, lorsque le prêtre, prononçant "in persona Christi" les paroles de la consécration, change le pain et le vin en Corps et Sang du Christ, pour qu'ils soient nourriture spirituelle des fidèles. Pour avancer dans notre pèlerinage terrestre vers la Patrie céleste, nous avons tous besoin de nous nourrir de la parole et du pain de Vie éternelle, inséparables l’un de l’autre.
Les Apôtres ont écouté la parole de salut et l'ont transmise à leurs successeurs comme une perle précieuse conservée, en toute sûreté, dans l'écrin de l'église: sans l'église, cette perle risque de se perdre ou de se briser. Chers jeunes, aimez la Parole de Dieu et aimez l'église, qui, en vous apprenant à en apprécier la richesse, vous permet d'accéder à un trésor d'une si grande valeur. Aimez et suivez l'église, qui a reçu de son Fondateur la mission d'indiquer aux hommes le chemin du vrai bonheur. Il n'est pas facile de reconnaître et de rencontrer l'authentique bonheur dans le monde où nous vivons, où l'homme est souvent l'otage de courants de pensée qui le conduisent, tout en se croyant "libre", à se fourvoyer dans les erreurs ou les illusions d'idéologies aberrantes. Il est urgent de « libérer la liberté » (cf. Encyclique Veritatis splendor, n. 86), d'éclairer l'obscurité dans laquelle l'humanité avance à tâtons. Jésus a indiqué comment cela peut se faire: « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres » (Jn 8, 31-32). Le Verbe incarné, Parole de Vérité, nous rend libres et oriente notre liberté vers le bien. Chers jeunes, méditez souvent la parole de Dieu et laissez l'Esprit Saint devenir votre maître. Vous découvrirez alors que les pensées de Dieu ne sont pas celles des hommes. Vous serez amenés à contempler le vrai Dieu et à lire les événements de l'histoire avec ses yeux; vous goûterez pleinement la joie qui naît de la vérité. Sur le chemin de la vie, qui n'est ni facile, ni privé d'embûches, vous pourrez rencontrer des difficultés et des souffrances, et vous serez parfois tentés de vous écrier avec le Psalmiste: « J’ai vraiment trop souffert » (Ps 118 [119], 107). N'oubliez pas d'ajouter, comme lui: « Seigneur, fais-moi vivre selon ta parole... à tout instant j’expose ma vie : je n’oublie rien de ta loi » (ibid., 107.109). La présence aimante de Dieu, à travers sa Parole, est une lampe qui dissipe les ténèbres de la peur et qui éclaire le chemin, même dans les moments les plus difficiles.
L'Auteur de la lettre aux Hébreux écrit: « Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu'une épée à deux tranchants; elle pénètre au plus profond de l’âme jusqu'aux jointures et jusqu’aux moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur » (4, 12). Il convient de prendre au sérieux l'exhortation à considérer la parole de Dieu comme une « arme » indispensable au combat spirituel; elle agit efficacement et porte du fruit si nous apprenons à l'écouter, pour ensuite lui obéir. Le Catéchisme de l’église Catholique explique: « Obéir (ob-audire) dans la foi, c'est se soumettre librement à la parole écoutée, parce que sa vérité est garantie par Dieu, la Vérité même » (n. 144). Si Abraham est le modèle de cette écoute qui est obéissance, Salomon se révèle, lui aussi, un chercheur passionné de la sagesse contenue dans la parole. Quand Dieu lui propose: « Demande-moi ce que tu veux, et je te le donnerai", dans sa sagesse le roi répond: "Donne à ton serviteur un cœur attentif » (1 R 3, 5.9). Le secret pour avoir « un cœur attentif » est de se former un cœur qui sache écouter. On y parvient en méditant sans cesse la parole de Dieu et en y demeurant enracinés, en prenant l’engagement de la connaître toujours mieux.
Chers jeunes, je vous exhorte à devenir des familiers de la Bible, à la garder à portée de la main, pour qu'elle soit pour vous comme une boussole qui indique la route à suivre. En la lisant, vous apprendrez à connaître le Christ. Saint Jérôme observe à ce propos: "L'ignorance des écritures est l'ignorance du Christ" (PL 24, 17; cf. Dei Verbum, n. 25). Un moyen assuré pour approfondir et goûter la parole de Dieu est la lectio divina, qui constitue un véritable itinéraire spirituel par étapes. De la lectio, qui consiste à lire et relire un passage de l'écriture Sainte en en recueillant les principaux éléments, on passe à la meditatio, qui est comme un temps d'arrêt intérieur, où l'âme se tourne vers Dieu en cherchant à comprendre ce que sa parole dit aujourd'hui pour la vie concrète. Vient ensuite l'oratio, qui nous permet de nous entretenir avec Dieu dans un dialogue direct, et qui nous conduit enfin à la contemplatio; celle-ci nous aide à maintenir notre cœur attentif à la présence du Christ, dont la parole est une « lampe brillant dans l’obscurité, jusqu'à ce que paraisse le jour et que l'étoile du matin se lève dans nos cœurs » (2 P 1, 19). La lecture, l'étude et la méditation de la Parole doivent ensuite déboucher sur l'adhésion d’une vie conforme au Christ et à ses enseignements.
Saint Jacques nous avertit: « Mettez la Parole en application, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion. Car écouter la parole de Dieu sans la mettre en application, c’est ressembler à un homme qui se regarde dans une glace, et qui, aussitôt après, s’en va en oubliant de quoi il avait l’air. Au contraire, l’homme qui se penche sur la Loi parfaite, celle de la liberté, et s'y tient, celui qui ne l’écoute pas pour l’oublier, mais l’applique dans ses actes, heureux sera-t-il d’agir ainsi » (1, 22-25). Celui qui écoute la parole de Dieu et y fait constamment référence, fonde son existence sur des bases solides. « Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique – dit Jésus – est comparable à un homme prévoyant qui a bâti sa maison sur le roc » (Mt 7, 24): il ne cédera pas aux intempéries.
Construire votre vie sur le Christ, en accueillant avec joie sa parole et en mettant en pratique ses enseignements: jeunes du troisième millénaire, tel doit être votre programme! Il est urgent que se lève une nouvelle génération d'apôtres enracinés dans la parole du Christ, capables de répondre aux défis de notre temps et prêts à répandre partout l'évangile. C'est ce que le Seigneur vous demande, ce à quoi l'église vous invite, ce que le monde – même sans le savoir – attend de vous! Et si Jésus vous appelle, n'ayez pas peur de lui répondre avec générosité, spécialement s’il vous propose de le suivre dans la vie consacrée ou dans la vie sacerdotale. N'ayez pas peur; faites-lui confiance, et vous ne serez pas déçus !
Chers amis, avec cette XXIe Journée mondiale de la Jeunesse, que nous célébrerons le 9 avril prochain, Dimanche des Rameaux, nous commencerons un pèlerinage spirituel vers la rencontre mondiale des jeunes qui aura lieu à Sydney en juillet 2008. Nous nous préparerons à ce grand rendez-vous en réfléchissant ensemble sur le thème l'Esprit Saint et la mission, à travers des étapes successives. Cette année, notre attention se concentrera sur l'Esprit Saint, Esprit de vérité, qui nous révèle le Christ, le Verbe fait chair, ouvrant le cœur de chacun à la Parole de salut, qui conduit à la Vérité tout entière. L'an prochain, en 2007, nous méditerons sur un verset de l'évangile de Jean: « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres » (13, 34) et nous découvrirons encore plus profondément que l'Esprit Saint est Esprit d'amour, qui infuse en nous la charité divine et nous rend sensibles aux besoins matériels et spirituels de nos frères. Alors nous parviendrons à la rencontre mondiale de 2008 qui aura pour thème: « Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins » (Ac 1, 8).
Chers jeunes, dès maintenant, dans un climat d'écoute permanente de la parole de Dieu, invoquez l'Esprit Saint, Esprit de force et de témoignage, pour qu'il vous rende capables de proclamer sans peur l'évangile jusqu'aux extrémités de la terre. Que Marie, présente au Cénacle avec les Apôtres dans l'attente de la Pentecôte, soit votre mère et votre guide. Qu'elle vous apprenne à accueillir la parole de Dieu, à la garder et à la méditer en votre cœur (cf. Lc 2, 19), comme elle l'a fait tout au long de sa vie. Qu'elle vous encourage à dire votre « oui » au Seigneur en vivant l’« obéissance de la foi ». Qu'elle vous aide à demeurer fermes dans la foi, constants dans l'espérance, persévérants dans la charité, toujours dociles à la parole de Dieu. Je vous accompagne de ma prière, et je vous bénis de tout cœur.
Du Vatican, le 22 février 2006, Fête de la Chaire de saint Pierre Apôtre.
BENEDICTUS PP. XVI
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