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LA PAIX EST UN DEVOIR, ELLE EXIGE UNE EDUCATION, Homélie à l’église du Gesù, 1° janvier 1970
Chers fils et filles,
Nous sommes ici réunis pour ouvrir l'année civile nouvelle avec le vœu, avec le propos, avec l'espérance de la paix, avec la prière pour la paix. C'est là un idéal qui, plus que tout autre, devrait se refléter dans la réalité de la vie humaine, pour assumer et favoriser tous les biens auxquels l'humanité peut aspirer, aussi bien dans l'ordre personnel que dans l'ordre familial, social, politique, national et international, terrestre et supraterrestre. Nous avons toujours besoin de paix. Bien plus, au fur et à mesure que notre civilisation se développe, s'affirme, s'enrichit, et par là même se complique de connaissances, d'instruments, d'institutions, de questions, d'aspirations..., augmente en même temps le besoin d'un ordre, d'une paix, qui assure et élève l'heureuse et juste complexité de notre vie personnelle et collective à tous les niveaux, à commencer par le plan intérieur de notre conscience (comment peut-on bien vivre en homme, en chrétien, sans la paix de la conscience ?), pour s'élever aux autres plans sur lesquels se déroule notre vie. Et cela au milieu de multiples rapports (qui, pour être bons, exigent d'être pacifiques) ; au milieu de tant de problèmes (qui demeurent ouverts et source de tourments, s'ils ne sont pas résolus dans la paix) ; au milieu de mille difficultés (qui demandent toutes à être surmontées dans la paix) ; au milieu de souffrances et de malheurs innombrables (auxquels seule la paix peut apporter un remède juste et efficace).
Nous voulons donner la vision de cette universalité de la paix, comme pour avoir en ce nom béni et grand la synthèse de notre conception optimiste du monde dans lequel nous vivons, et du temps qui s'ouvre aujourd'hui à un nouveau cours, à une année nouvelle, selon notre mode Conventionnel qui suit à sa manière la commutation solaire. La paix veut être le signe du temps qui vient, le vœu pour chaque événement futur, le programme de notre histoire.
Aujourd'hui Nous disons une seule chose : la paix est un devoir.
Comme chacun le voit, unir le concept de paix à celui de devoir, donne à notre réflexion un caractère de gravité, et semble enlever à la vision idyllique de la paix une grande part de sa sérénité. Certes cela la dépouille de toute parenté éventuelle et équivoque avec la mollesse et la lâcheté, car chaque devoir comporte un effort que nous ne sommes pas toujours disposés à accomplir ; exige une vertu, pour laquelle souvent nous manque l'énergie, et souvent aussi le désir. Mais, après avoir compris dans une certaine mesure que la paix est au sommet de la construction humaine, nous répétons : la paix est un devoir, un devoir grave.
Peut-être surgit spontanément dans notre esprit- une réponse qui tend à nous libérer de cette gravité : oui, elle est un devoir, mais qui ne nous concerne pas. Il concerne les chefs, il concerne les responsables de la conduite d'une communauté, spécialement ceux qui sont revêtus d'une responsabilité internationale. C'est au sein des nations et entre les nations que surgissent les conflits contraires à la paix : et nous le voyons bien, disent les personnes privées ; mais que peut un individu à lui tout seul, ou un groupe restreint et étranger, pour mettre la paix dans les rapports intérieurs d'un peuple, ou dans les rapports extérieurs entre les peuples ? C'est l'affaire des hommes politiques, c'est l'affaire des diplomates, c'est l'affaire des gouvernements, pourrait-on dire, faisant ainsi de la paix le synonyme d'une bienheureuse et égoïste indifférence.
Certes la paix est le devoir des chefs ; mais pas seulement le leur. Aujourd'hui la société qui s'organise démocratiquement attribue des pouvoirs et des devoirs à tous les membres de la communauté. Et même s'il n'en était pas ainsi, il resterait encore vrai que la paix est un devoir pour tous, soit parce qu'elle a non seulement à régner dans la politique, mais aussi en tant d'autres sphères inférieures, qui, en pratique, engagent davantage encore notre responsabilité personnelle ; soit parce que la paix trouve sa source opérante dans les idées, dans les esprits, dans les orientations morales, avant que de se déployer dans l'activité extérieure. La paix, avant même d'être une politique, est un esprit. Avant même de s'exprimer, victorieuse ou vaincue, dans les vicissitudes historiques ou dans les relations sociales : elle se forme, elle s'affirme dans les consciences, dans cette philosophie de la vie que chacun doit se procurer à soi-même comme une lampe pour ses pas sur les sentiers du monde et dans les expériences de la vie.
Cela signifie, très chers frères et fils, que la paix exige une éducation. Nous l'affirmons ici, de l'autel du Christ, pendant que Nous célébrons la sainte Messe, qui commémore sa parole et renouvelle d'une manière non sanglante et sacramentelle son sacrifice, pacificateur du ciel avec la terre ; nous l'affirmons comme disciples, comme des élèves qui ont toujours besoin d'écouter, d'apprendre, de recommencer l'apprentissage de leur « metanoia » (conversion), c'est-à-dire de la transformation de leur mentalité instinctive et malheureusement traditionnelle. Il faut secouer les gonds de préjugés invétérés tels que la force et la vengeance considérées comme critères régulateurs des rapports humains, de sorte qu'à une offense reçue une autre doive correspondre, souvent plus grave : « œil pour œil, dent pour dent » (Mt 5,38) ; que l'intérêt personnel doive prévaloir sur celui d'autrui, sans tenir compte du besoin des autres ni du droit commun... Il faut mettre à la racine de notre psychologie sociale la faim et la soif de la justice, avec la recherche de la paix, qui nous vaut le titre de fils de Dieu (cf. Mt 5,6-9). Ce n'est pas une utopie, mais le progrès réclamé, aujourd'hui plus que jamais, par l'évolution de la civilisation ; c'est l'épée de Damoclès d'une terreur toujours plus grave et de plus en plus possible, suspendue au-dessus de nos têtes. De même que la civilisation a réussi à bannir, au moins en principe, l'esclavage, l'analphabétisme, les épidémies, les castes sociales..., calamités aussi invétérées et tolérées que si elles eussent été inévitables et inscrites au cœur de la triste et tragique communauté des hommes, de même aussi il faut réussir à bannir la guerre. La civilisation humaine l'exige. Un terrible et croissant danger de conflagration mondiale l'impose. N'avons-nous pas, simples et faibles mortels que nous sommes, des moyens pour conjurer l'hypothèse de catastrophes dévastatrices aux dimensions de l'univers ? Oui, nous les avons : nous avons le recours à l'opinion publique qui, en cette occurrence, devient l'expression de la conscience morale de l'humanité, et nous savons tous quelle peut être sa puissance salutaire. Et nous avons aussi notre devoir particulier et personnel d'être bons, ce qui ne veut pas dire faibles, mais : promoteurs du bien, généreux, capables de rompre par la patience et le pardon la triste et inéluctable chaîne du mal ; qui veut dire : aimer, c'est-à-dire être chrétiens. Nous avons, nous, une autre ressource, qui peut avoir la force de remuer les montagnes (cf. Mt 11,20 Mt 21,21) ; c'est l'insertion de la causalité divine dans le jeu mystérieux de la causalité naturelle et de la liberté humaine ; et cette ressource est comme une monnaie à deux faces dont l'une est la prière (cf. Mt 7,7), et l'autre est la foi (cf. Jc 1,6). Quel que soit le résultat de la force spirituelle de la prière faite avec foi ; nous ne pourrons pas toujours le mesurer avec les méthodes expérimentales de notre monde sensible et historique. Le prétendre serait en effet concevoir et instrumentaliser l’action divine comme une énergie cosmique livrée à notre disposition arbitraire. Ce n'est pais ainsi que se déroule le dessein de la miséricorde divine pénétrant dans nos vies temporelles. Mais les effets ne manqueront pas ; la prière de la foi ne restera pas déçue ; bien au contraire, elle sera peut-être exaucée dans une mesure surabondante, même si momentanément nous demeurent cachés le quand et le comment. Mais le Seigneur Lui-même nous a exhortés à recourir à cette aide puissante, tandis que nous confessons ainsi à la fois notre insuffisance radicale à atteindre notre salut et la bonté toute-puissante du Père qui peut nous libérer du mal (Mt 6,13), et changer à notre avantage même nos souffrances (cf. Rm 8,28) et nos malheurs.
Et c'est finalement cette pensée, qui nous réunit ici maintenant pour prier dans la ferveur de notre foi le Christ « notre paix » (Ep 2,14), le Christ « prince de la paix » (Is 9,6), le Christ qui, en naissant, fait annoncer par les Anges « la paix sur terre » (Lc 2,14), le Christ qui, ressuscité, répète aux siens le salut du suprême bonheur : « paix à vous » (Jn 20,19-21), le Christ qui écoutera, au delà de tout mérite de notre part, notre invocation : « dirige nos pas sur la voie de la paix » (Lc 1,79).
Nous te prions ainsi :
Seigneur, nous avons encore les mains ensanglantées depuis les dernières guerres mondiales, de sorte que tous les Peuples n'ont pas encore pu se serrer fraternellement la main entre eux.
Seigneur, nous sommes aujourd'hui armés à un degré jamais atteint dans les siècles précédents, et nous sommes chargés d'instruments meurtriers, capables d'incendier la terre en un instant, et de détruire peut-être l'humanité.
Seigneur, nous avons fondé le développement et la prospérité de nos nombreuses industries colossales sur la capacité démoniaque de produire des armes de tout calibre, et toutes destinées à tuer et à exterminer les hommes nos frères : nous avons ainsi établi l'équilibre cruel de l'économie de tant de nations puissantes sur le marché des armes avec les nations pauvres, privées de charrues, d'écoles et d'hôpitaux.
Seigneur, nous avons laissé renaître en nous les idéologies qui font des hommes les ennemis les uns des autres : le fanatisme révolutionnaire, la haine de classes, l'orgueil nationaliste, l'exclusivisme racial, les rivalités tribales, les égoïsmes commerciaux, les individualismes jouisseurs et indifférents aux besoins des autres.
Seigneur, nous écoutons chaque jour, angoissés et impuissants, les nouvelles de trois guerres encore allumées dans le monde.
Seigneur, c'est vrai, nous n'allons pas par un droit chemin.
Seigneur, regarde cependant nos efforts, insuffisants certes, mais sincères, pour la paix dans le monde ! Il y a des institutions magnifiques, sur le plan international. Il y a des projets pour le désarmement et pour les négociations de paix.
Seigneur, il y a par-dessus tout tant de tombes qui nous serrent le cœur, de familles brisées par les guerres, les conflits, les répressions capitales ; de femmes qui pleurent, d'enfants qui meurent ; de réfugiés et de prisonniers accablés sous le poids de la solitude et de la souffrance ; et il y a tant de jeunes qui s'insurgent pour que la justice soit promue et que la concorde soit la loi des nouvelles générations.
Seigneur, Tu le sais, il y a de bonnes âmes qui font le bien dans le silence, avec courage, désintéressement, et qui prient avec un cœur repenti et un cœur innocent. Il y a des chrétiens, et combien, Seigneur, dans le monde, qui veulent suivre ton Évangile et pratiquent le sacrifice et l'amour.
Seigneur, Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, donne-nous la paix.


HOMELIE DU PAPE À LA MESSE DU JEUDI-SAINT, 26 mars 1970
Vénérés frères et vous tous, très chers fils,
Obligé par notre ministère de prendre la parole dans ce lieu sacré, magnum stratum, grand et orné, cénacle par excellence de l'Église romaine et catholique ; en ce moment chargé entre tous de pensées et de sentiments religieux et humains, alors que nous aimerions écouter dans le silence intérieur les grandes voix qui montent de la sublime liturgie que nous célébrons ; nous offrirons à votre bienveillante attention quelques indications élémentaires qui puissent stimuler votre réflexion sur les aspects évidents et fondamentaux de ce rite, et mettre nos âmes en harmonie dans un chœur spirituel commun.
La première indication est relative justement à la communion ecclésiale qui nous réunit ici et acquiert en ce moment une plénitude singulière, une signification propre. C'est un moment particulier de communion entre nous, entre tous ceux qui ont accueilli notre invitation et nous ont fait don de leur présence. Une occasion heureuse, comme elle ne nous est jamais offerte, qui réalise la parole du Seigneur : « Lorsque deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d'eux » (Mt 18,20), en ce moment où son nom, et seulement son nom, polarise notre assistance et émerge parmi nous comme si le Seigneur Lui-même était là, et comme il le sera en effet sous peu sacramentellement. Dès à présent il remplit nos âmes de Lui et les unit dans la foi, dans la concorde, dans la paix, dans la joie de nous savoir et de nous sentir « église », c'est-à-dire union, unique troupeau, son corps mystique. Entre nous tombe en ce moment toute distance, toute défiance, toute indifférence, toute extranéité ; en ce moment tombe toute rancœur, toute rivalité. Que chacun goûte comme « il est bon et doux pour des frères d'habiter ensemble » (Ps 132,1) et éprouve au-dedans de soi que le bonheur d'être comme la première communauté chrétienne, « un seul cœur et une seule âme » signifie la réalisation de notre qualification de chrétiens catholiques. La charité au-dedans de l'Église, la charité qui la réunit et la compose, la charité qui la spécifie comme « corps mystique » et rend frères tous ceux qui en acceptent la sociabilité organisée (Mt 23,8 Lc 10,16), la charité humble, amie et solidaire, entre nous fidèles et disciples et ministres du Christ, est la première condition requise pour s'asseoir à là table du Jeudi-Saint (cf. Lc 22,24 ss).
« Faites ceci »
Ensemble donc, plus que jamais, vivons cette heure fugitive. Mais quel en est le but ? quelle en est l'intention ? Pourquoi sommes-nous réunis ? Et voici alors une seconde indication, bien connue également. Nous sommes ici pour une commémoration. Ce rite est une mémoire. Une messe, c'est toujours cela, mais en ce jour nous voulons faire ressortir son caractère commémoratif. Nous célébrons le mémorial du Seigneur, obéissant à ses paroles, que l'on peut dire testamentaires : « Faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22,10 1Co 11,25). Tout notre esprit se remplit maintenant du souvenir de Jésus ; nous voudrions pouvoir nous le représenter tel qu'il était : son aspect, son visage, le son de sa voix, la lumière de ses yeux, les gestes de ses mains... Aucune image sensible ne nous en est parvenue. Nous pensons avec stupeur à celle du saint Suaire, si impressionnante et si profonde ; nous pensons, chacun selon nos goûts, aux pieuses effigies des grands artistes, aux descriptions des savants et des saints, mais c'est toujours avec cette insatisfaction propre à nous modernes, trop favorisés par la civilisation de l'image, parce que la sienne n'apparaît jamais à nos regards, mais seulement à notre désir eschatologique : « Viens, ô Seigneur Jésus ». (Ap 22,20). Notre mémoire doit se contenter d'une autre présence, celle de sa parole ! Alors tout l'Évangile passe devant notre esprit qui s'arrête aux mots que le Christ prononça à la dernière cène et qu'il recommanda à notre souvenir. Quelle parole ? Oh ! nous le savons bien : « Prenez et mangez : ceci est mon corps ; prenez et buvez : ceci est le calice de mon sang ».
Agape et mystère
Le banquet pascal, parce que telle était bien cette cène rituelle, devait être objet d'inoubliable souvenir, mais sous un aspect nouveau : non plus celui de l'occision et de la manducation de l'agneau, signe et gage de l'ancienne alliance, mais celui du pain et du vin changés au corps et au sang de Jésus. À ce point l'agape se fait mystère. La présence du Seigneur se fait vivante et réelle. Les apparences sensibles restent ce qu'elles étaient : pain et vin, mais leur substance, leur réalité est intimement changée ; les apparences restent seulement pour signifier ce que les a définies la parole toute-puissante et divine de Jésus : corps et sang. Nous sommes stupéfaits, car ce prodige est justement ce que le Seigneur nous demande de rappeler ou, mieux, de renouveler. Il a dit aux Apôtres : « faites ceci », leur transmettant ainsi la vertu de répéter son acte consécratoire : non seulement de le repenser, mais de le refaire. Le sacrement de l'Eucharistie et celui de l'Ordre, qui en est la garde et la source, ont été institués ensemble, en ce soir unique. Nous restons stupéfaits et tout de suite tentés : Est-ce vrai ? réellement vrai ? Comment expliquer ces syllabes sacrées : Ceci est mon corps ; ceci est mon sang ? Peut-on trouver une interprétation qui ne fasse pas violence à notre mentalité élémentaire ? à notre réflexion métaphysique habituelle ? Il monte même à nos lèvres le commentaire répulsif des Capharnaïtes : « Cette doctrine est dure ; qui peut l'entendre ? » (Jn 6,61). Mais le Seigneur n'admet pas de doutes ni d'exégèse évadée de la réalité authentique de ses paroles textuelles. Il en fait une question de confiance ; il laisserait se disperser le groupe bien-aimé de ses disciples plutôt que de les exempter de l'adhésion à ses paroles paradoxales mais véridiques, leur proposant en un langage non moins dur : voulez-vous, vous aussi, vous en aller ? (ibid, 68).
C'est donc une heure décisive, l'heure de la foi, l'heure qui accepte dans son intégrité la parole de Jésus, serait-elle incompréhensible ; c'est l'heure où nous célébrons le « mystère de la foi », l'heure où nous répétons même avec un abandon sage et aveugle la réponse de Simon Pierre : « Seigneur, à qui irions-nous ? Toi seul as les paroles de la vie éternelle. Et nous croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu » (Jn 6,69-70).
Oui, chers Frères et chers Fils, cette heure est celle de la foi, qui absorbe et consume l'obscur et immense nuage d'objections que d'une part notre ignorance et de l'autre la dialectique raffinée de la pensée accumulent au-dessus et au-dedans de notre esprit. Mais humblement et heureusement il se laisse foudroyer par le verbe lumineux du Maître et lui dit en tremblant, comme l'implorateur évangélique : « Je crois, Seigneur, mais augmente ma foi » (Mc 9,24).
Corps et sang dans le Sacrifice
Et alors la foi interroge encore : mais que signifie, cette manière de rappeler le Seigneur ? Quel est le sens, quelle est la valeur de ce mémorial ? De ce sacrement de présence ? De ce mystère de foi ? Quelle est l'intention dominante du Seigneur, celle qu'il voulait imprimer dans la mémoire des siens dans cette rencontre conviviale ?
Il en est qui ne se posent même pas la question, pour ne pas, en quelque sorte, découvrir quelque vérité nouvelle et surprenante. Mais nous, nous ne pouvons nous y arrêter sans recueillir l'ultime trésor du testament de Jésus. Tout nous oblige à le faire, parce que ce soir ultime de sa vie temporelle est extrêmement intentionnel et dramatique : il suffirait d'observer cet aspect de la dernière cène pour ne plus mettre de terme à notre extatique méditation. La tension spirituelle ôte presque le souffle. L'aspect, la parole, les gestes, les discours du Maître débordent de la sensibilité et de la profondeur que donne l'approche de la mort. Il la sent, Il la voit, Il l'exprime. Deux notes dominent les autres dans cette atmosphère de tension rendue silencieuse par les actes et les présages du Maître : amour et mort. Le lavement des pieds est un exemple impressionnant d'humble amour, le mandat, le mandat ultime et nouveau : aimez-vous comme je vous ai aimés. Et cette angoisse pour la trahison imminente, cette tristesse qui transparaît dans les paroles et l'attitude du Maître, et cette effusion mystique et prenante des discours ultimes, presque un soliloque, un soliloque du Christ débordant d'un cœur qui s'ouvre aux suprêmes confidences, tout se concentre dans l'action sacramentelle que nous venons de rappeler : corps et sang ! Oui, amour et mort y sont représentés : une seule parole les exprime : sacrifice. La mort y est signifiée, la mort sanglante, la mort qui séparerait du corps du Christ son sang ; une immolation, une victime. Et victime volontaire, victime consciente, victime par amour, victime donnée pour nous, et à rappeler comme annonciatrice de la mort de Jésus, de son sacrifice pour toujours, jusqu'à ce qu'il revienne, à la fin du monde (1Co 11,26). Le Christ a scellé en un rite renouvelable par ses disciples faits apôtres et prêtres, l'offrande de Lui-même au Père comme victime pour notre salut, pour notre amour. C'est la messe. C'est l'exemple et la source de l'amour qui se donne jusqu'à la mort.
C'est le Jeudi-Saint que nous rappelons et célébrons. C'est le cœur et le modèle de la vie chrétienne. C'est le mandat et le mémorial, c'est la passion, c'est la charité du Christ qui se transfuse dans son Église, en nous, afin que nous puissions vivre de Lui et par Lui et comme Lui (Jn 6,57), nous offrir nous aussi en sacrifice pour nos frères, pour le salut du monde (cf. 10, 12, 24 ss) et un jour ressusciter en Lui (cf. Jn 6,54-58).


L'homélie de Paul VI pendant la messe de la Fête-Dieu, 28 mai 1970
SEUL JESUS PEUT ENSEIGNER LE SENS PROFOND DE L'AMOUR
Frères et Fils très chers,
Nous commençons, selon Notre habitude, par les saluts. Et Notre premier salut respectueux va au Cardinal Angelo Dell'Acqua, Notre Vicaire général pour ce très aimé diocèse de Rome, et Nous entendons saluer avec lui et bénir, en union intime de foi et de charité, tout Notre diocèse de Rome ici présent ou représenté.
Nous saluons ensuite cordialement votre curé, Don Carlo Bressan, digne fils de Don Bosco qui, avec ses bons confrères, exerce son ministère pastoral en cette nouvelle paroisse désignée sous le beau titre de Sainte-Marie-de-l’Espérance. Salut aussi à toute la paroisse, qui est en train de devenir, avec ses patronages salésiens de garçons et de filles, une communauté nombreuse, vivante et organisée : à tous et à chacun de ses membres, aux familles chrétiennes spécialement, Notre salut affectueux et Notre bénédiction, que nous étendons aux paroisses voisines, à tout le quartier et à tous ceux qui sont venus à cette cérémonie pour honorer Notre Seigneur Jésus-Christ dans le sacrement de l'Eucharistie. Merci à vous tous de votre présence qui ne sera pas privée d'abondantes bénédictions du Seigneur.
Encore un salut spécial à la jeunesse que Nous savons aidée et animée ici par l'esprit de saint Jean Bosco. Jeunes ! un grand salut pour vous : Nous vous portons dans Notre cœur et aujourd'hui dans Notre prière de cette messe spéciale. Nous avons confiance dans votre foi au Christ, dans votre fidélité à l'Église, dans votre sens de la charité sociale pour le bien de toute cette communauté paroissiale naissante et florissante. Ensuite, notre pensée va à tous ceux qui ont besoin de réconfort et d'aide : à ceux qui souffrent, aux pauvres, aux étrangers, aux enfants, aux malheureux. Pour tous Nous demandons à Notre-Dame de l'Espérance, au Christ ami de tous ceux qui sont tourmentés, la consolation du cœur, et l'assistance de la charité de leurs frères qui, Nous l'espérons, ne les laisseront pas manquer du nécessaire.
Nous adressons un grand salut à l'Athénée salésien, tout proche, qui ajoute à ses mérites celui d'abriter la paroisse en attendant qu'elle ait son église. À toutes les institutions qui dépendent de ce nouvel et déjà célèbre Athénée, spécialement à son Recteur Don Luigi Colonghi et à tout l'insigne corps universitaire, professeurs et étudiants, un souhait très vif de prospérité et d'assistance particulière de la divine Sagesse.
Enfin Nous saluons avec une cordiale dévotion le Cardinal Charles Wojtyla, archevêque de Cracovie, et avec lui les vénérés frères évêques polonais qui l'accompagnent et qui conduisent le nombreux groupe des très chers prêtres polonais pèlerins de Rome, ici présents. Ils sont là pour célébrer l'anniversaire de leur ordination. Nous évoquons la grande souffrance que beaucoup d'entre eux, prisonniers et déportés pendant la guerre, ont supportée avec une force invincible et une patience chrétienne ; leur présence Nous rappelle leur patrie, la catholique Pologne, pays qui Nous est très cher, pour la prospérité civile et religieuse de laquelle Nous prierons sincèrement aujourd'hui, vraiment reconnaissant d'avoir avec Nous en ce jour une représentation si importante de ce pays héroïque et chrétien.
Pour bien célébrer la fête qui nous réunit ici, la fête du « Corpus Christi », la fête du sacrement de l'Eucharistie, il faut un moment de réflexion comme nous allons le faire maintenant.
Communauté vivante
Un moment de réflexion. Commençons ainsi : qui sommes-nous ? Nous sommes l'Église, une partie de l'Église catholique, une communauté de croyants unis dans la même foi, dans la même espérance, dans la même charité, une communauté vivante en vertu d'une animation qui nous vient du Seigneur, du Christ lui-même et que son Esprit alimente. Nous faisons partie de son Corps mystique.
L'Église possède en elle-même un secret, un trésor caché, un mystère. Elle possède Jésus-Christ lui-même, son fondateur, son maître, son rédempteur. Faites attention : elle le possède présent. Présent ? Oui. Avec l'héritage de sa Parole ? Oui, mais aussi avec une autre présence. Celle de ses ministres ? de ses apôtres, de ses représentants ? de ses prêtres ? c'est-à-dire de sa tradition ministérielle ? Oui, mais il y a plus. Le Seigneur a donné à ses prêtres, à ses ministres qualifiés, un pouvoir extraordinaire et merveilleux : celui de le rendre réellement, personnellement présent. Vivant ? Oui. Vraiment Lui ? Oui, vraiment Lui. Mais ,où, si on ne le voit pas ? Voici le secret, voici le mystère : la présence du Christ est vraie et réelle, mais sacramentelle, c'est-à-dire cachée, mais qui, en même temps, peut être identifiée. Il s'agit d'une présence revêtue de signes spéciaux qui ne laissent pas voir sa figure divine et humaine mais qui nous assurent seulement que Lui, le Jésus dans la gloire du ciel, est ici, est dans l'Eucharistie.
Il s'agit donc d'un miracle ? Oui, d'un miracle que Lui, Jésus-Christ, a donné le pouvoir d'accomplir, de répéter, de multiplier, de perpétuer à ses Apôtres, en les faisant prêtres et en leur donnant ce pouvoir de rendre présent tout son Etre, divin et humain, en ce sacrement que nous appelons l'Eucharistie et qui, sous les apparences du pain et du vin, contient le Corps, le Sang, l'âme et la divinité de Jésus-Christ. C'est un mystère, mais c'est la vérité. Et c'est, cette vérité miraculeuse, possédée par l'Église catholique et gardée avec une conscience jalouse et silencieuse, que nous célébrons aujourd'hui et que Nous vouions en un certain sens publier, manifester, faire voir, faire comprendre, exalter. L'Église, Corps mystique du Christ, célèbre aujourd'hui le Corps réel du Christ, présent et caché dans le sacrement de l'Eucharistie.
Vérité miraculeuse
Mais n'est-ce pas difficile à comprendre ? Oui, c'est difficile parce qu'il s'agit d'un fait réel et très particulier, accompli par la puissance divine et qui dépasse notre capacité normale et naturelle de comprendre. Il faut croire sur la parole du Christ, c'est le « mystère de la foi » par excellence.
Mais faisons attention ! Le Seigneur se présente à nous dans ce sacrement, non tel qu'il est, mais tel qu'il veut que nous le considérions, comme Il veut que nous l'approchions. Il se présente à nous sous l'aspect de signes, de signes spéciaux, de signes expressifs, choisis par Lui, comme s'il avait dit : regardez-moi ainsi, connaissez-moi ainsi. Les signes du pain et du vin vous disent ce que j'ai voulu être pour vous. Il nous parle par l'intermédiaire de ces signes et Il nous dit : Je suis ainsi, maintenant, au milieu de vous.
Présence réelle
Par conséquent, si nous ne pouvons pas jouir de la présence sensible, nous pouvons et nous devons jouir de sa présence réelle, mais sous son aspect intentionnel. Quelle est l'intention de Jésus lorsqu'il se donne à nous dans l'Eucharistie ? Oh ! cette intention, si nous réfléchissons bien, elle nous est évidente et elle nous dit beaucoup, beaucoup de choses de Jésus. Elle nous dit surtout Son amour. Elle nous dit que Lui, Jésus, en même temps qu'il se cache dans l'Eucharistie, se révèle dans l'Eucharistie ; Il se révèle dans l'amour. Le « mystère de la foi » éclot en « mystère d'amour ».
Réfléchissez ; voici le voile sacramentel : pain et vin, qui présente et cache en même temps Jésus, donné pour nous.
Jésus se donne, se donne. Maintenant ceci est le centre, le point focal de tout l'évangile, de l'Incarnation, de la Rédemption : Nobis natus, nobis datus, né pour nous, donné pour nous.
Pour chacun de nous ? Oui, pour chacun de nous. Jésus a multiplié sa présence réelle mais sacramentelle, dans le temps et par le nombre, pour pouvoir offrir à chacun de nous, Nous disons vraiment à chacun de nous, le bonheur, la joie de l'approcher, de pouvoir dire il est pour moi, il est mien. « Il m'aime, dit saint Paul, et Il s'est donné lui-même pour moi ! » (Ga 2,20).
Et pour tous aussi ? Oui, pour tous. Autre aspect de l'amour de Jésus exprimé dans l'Eucharistie. Vous connaissez les paroles par lesquelles Jésus a institué ce sacrement et que le prêtre répète à la messe, dans la consécration : « ... mangez-en tous, ... buvez-en tous ». Tellement que ce sacrement a même été institué durant un repas, manière, moment familial et ordinaire de se rencontrer et de s'unir. L'Eucharistie est le sacrement qui représente et produit l'unité des chrétiens. C'est là un aspect caractéristique de l'Eucharistie, très cher à l'Église, et auquel on prête beaucoup d'attention aujourd'hui. Le Concile dit en des paroles d'un sens très fort : Le Christ « institua dans son Église l'admirable sacrement de l'Eucharistie qui exprime et réalise l'unité de l'Église » (Unitatis redint, n. 2). Saint Paul, premier historien et premier théologien de l'Eucharistie, l'avait déjà dit : « Nous ne formons qu'un seul corps, nous tous qui participons au même pain » (1Co 10,17). Il faut vraiment s'écrier, avec saint Augustin : « Ô sacrement de bonté ! Ô signe d'unité ! Ô lien de charité ! » (In Io., Tr 26 : PL 35, 1613). Voici que de la présence réelle, si symboliquement exprimée dans l'Eucharistie, se répand un rayonnement infini, un rayonnement d'amour, d'amour permanent, d'amour universel. Ni le temps ni l'espace ne lui imposent de limites.
Encore une demande : mais pourquoi ce symbolisme exprimé par des espèces alimentaires : le pain-et le vin ? Ici aussi, l'intention est claire : l'aliment pénètre en celui qui s'en nourrit, entre en communion avec lui. Jésus veut entrer en communion avec le fidèle qui reçoit l'Eucharistie, si bien que nous avons l'habitude de dire qu'en recevant ce sacrement nous faisons la « communion ». Jésus veut être non seulement proche mais en communion avec nous : pouvait-Il nous aimer davantage ? Et pourquoi cela ? parce qu'il veut être comme l'aliment pour le corps, principe de vie, de vie nouvelle. Il l'a dit : « Qui mange vivra, vivra de moi, vivra pour l'éternité » (cf. Jn 6,48-58). L'amour du Christ va jusque-là !
Sacrifice et salut
Et il v aurait un autre aspect à considérer : pourquoi deux aliments, le pain et le vin ? Pour donner à l'Eucharistie le sens et la réalité de la chair et du sang, c'est-à-dire le sens de sacrifice, de figure et de renouvellement de la mort de Jésus sur la croix. Encore une parole de l'Apôtre : « Toutes les fois que vous mangerez de ce pain et que vous boirez de ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne » (1Co 11,26).
Amour extrême de Jésus ! Son sacrifice pour notre rédemption est représenté dans l'Eucharistie afin que le fruit de salut en soit étendu jusqu'à nous.
Amour du Christ pour nous, c'est cela l'Eucharistie. Amour qui se donne, amour qui reste, amour qui se communique, amour qui se multiplie, amour qui se sacrifie, amour qui nous unit, amour qui nous sauve.
Écoutons, Frères et Fils bien aimés, cette grande leçon. Le sacrement n'est pas seulement ce mystère plein de vérité divine dont nous parle notre catéchisme, c'est un enseignement, c'est un exemple, c'est un testament, c'est un commandement.
Justement, la nuit fatale de la dernière cène, Jésus traduisit en paroles inoubliables cette leçon d'amour : « Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés » (Jn 13,34). Ce « comme » est terrible ! Nous devons aimer comme Il nous a aimés, Lui ! ni la forme, ni la mesure, ni la force de l'amour du Christ exprimé dans l'Eucharistie ne nous seront possibles ! mais son commandement qui émane de l'Eucharistie n'en est pas pour cela moins exigeant : si nous sommes chrétiens, nous devons aimer : « À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples, à cet amour que vous aurez les uns pour les autres » (ib. 35).
Nous célébrons le « Corpus Domini ». Réfléchissons : nous célébrons la fête de l'Amour, de l'Amour du Christ pour nous, que tout l'évangile nous explique. Cette fête doit devenir la fête de notre Amour pour le Christ et par le Christ de notre amour pour Dieu, qui est tout ce que nous avons à faire de plus indispensable et de plus important en cette vie qui est, précisément, destinée à l'amour de Dieu. Fête ensuite de notre amour entre nous, de notre amour pour nos frères — tous les hommes : des plus proches aux plus lointains, aux plus petits, aux plus pauvres, aux plus besogneux, jusqu'à ceux qui nous seraient antipathiques ou ennemis. C'est cela la source de notre sociologie, c'est cela l'Église, la société de l'amour et par conséquent de toutes les vertus religieuses et humaines que comporte l'amour du Christ, du don de soi pour les autres, de la bonté, de la justice, de la paix spécialement.
On parle tant de l'amour — hélas ! de quel amour ? — que nous croyons peut-être connaître et comprendre le sens et la force de ce mot. Mais seul Jésus, seule l'Eucharistie peuvent nous en enseigner le sens total, vrai et profond. Et c'est pour cela que nous célébrons, humbles, recueillis, remplis d'allégresse, la fête du « Corpus Christi ».


HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE,  Noël 24 décembre 1970
Messieurs et Chers Amis, Nous devons avant tout nous rendre compte du motif de cette célébration nocturne. Pourquoi sommes-nous ici ? Que sommes-nous venus faire ? Rendre hommage à une habitude traditionnelle ? à une simple singularité rituelle ?
Non ; ce qui nous tire de notre sommeil, ce que nous nous sentons obligés de commémorer avec une conscience vigilante est un fait historique, un événement d’une importance suprême et unique, un message que nous sommes incapables de définir en termes adéquats et que notre intelligence ne réussit pas à comprendre entièrement. Une expression théologique, exubérante de réalité historico-humaine et d’insondable mystère, le présente à notre esprit émerveillé et incrédule, à notre foi et à notre joie : il s’agit de l’Incarnation. Il s’agit du Verbe de Dieu qui s’est fait homme. Quelque imparfaite et problématique que puisse être l’idée que nous avons de Dieu, de son existence, de sa transcendance, du rapport créateur et existentiel de la divinité avec les choses finies, que nous connaissons, et avec l’histoire humaine qui se déroule dans le temps, nous ne pouvons nous empêcher d’être ébahis par l’hypothèse, que nous reconnaissons ici comme un fait réel et accompli : c’est le Verbe du Dieu, Dieu lui-même, qui entre personnellement sur la scène terrestre et humaine, et assume en lui une vie humaine en tout semblable à la nôtre (hormis le péché) (He 4,15), existant ainsi toujours un quant à la personne, mais avec une double nature, divine et humaine. Et comme Fils de l’Homme, lui Fils de Dieu a vécu plusieurs années sur cette terre, il s’est rendu visible, avec un visage humain, il a grandi, il a travaillé, parlé, souffert parmi nous ; bref, il s’est révélé, et il a accompli une mission qui ne peut pas ne pas regarder l’humanité entière et atteindre la destinée de tout homme, passé, présent et futur, de ce monde.
Ainsi en est-il. Tremblant et stupéfait, Nous répétons l’annonce de cette naissance extraordinaire, la naissance du Christ, le Verbe de Dieu fait chair, le Messie de l’histoire, le Sauveur du genre humain ; et Nous faisons nôtres les paroles de l’ange du Seigneur : « Rassurez-vous, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle (la bonne nouvelle, l’évangile par excellence) qui sera une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui, dans la cité de David (Bethléem), un Sauveur vous est né, qui est le Christ Seigneur » (Lc 2 Lc 10-11).
Ce n’est pas là une légende littéraire, ni un mythe fantastique ; c’est un fait réel et concret, d’une nature et d’une importance telles que toute l’histoire humaine en demeure atteinte ; c’est pour le rappeler que nous sommes ici, pour le célébrer, pour repenser encore à l’influence qu’il a sur nous. Ainsi se rouvre pour nous une méditation que chacun d’entre nous aura, d’une façon ou de l’autre, cent fois commencée : méditation sur le christianisme, sur sa réalité, sur son efficacité, sur le rapport qu’il a avec nous - ou du moins qu’il devrait avoir avec nous. Et par christianisme, en fin de compte, Nous entendons le Christ, son être, sa parole, son immanence dans la foi et dans la vie des hommes, sa présence aujourd’hui devant nous, sa figure apocalyptique, demain : le Christ, clef de toute question et de tout destin.
Oh, Messieurs et Amis, que j’ose appeler frères ! laissons-nous tous dominer par cette pensée extraordinaire : le Christ, le Verbe de Dieu descendu en forme humaine sur la scène du monde. Mais que cette pensée, loin d’engendrer en nous la crainte (ce qui serait pourtant tout-à-fait naturel), nous envahisse de joie et d’allégresse, comme nous l’a demandé le message céleste. Cette joie sera le cadeau que nous ferons à Jésus-Christ pour sa naissance parmi nous ; ce sera notre offrande ; notre humble effort d’accueil et de compréhension. Noël, nous le savons, est une fête joyeuse ; elle nous apparaît bien telle dans l’amour et dans la tendresse de cette nouvelle vie qui naît (Cfr. Io Jn 1 Jn 6,21), dans la délicieuse faiblesse de l’enfance, dans le cadre de l’intimité si simple et sublime du foyer domestique.
Mais il y a plus. Noël n’est pas seulement la sublimation de la vie naissante, fruit de l’amour, étincelle de nouveauté et d’innocence, gage d’un monde meilleur, que nous espérons pour demain, celui de la nouvelle génération. Ce n’est pas seulement une joie qui naît de la terre. Observez bien : c’est une joie qui vient d’en-haut, c’est la révélation de la bonté infinie de Dieu, le signe d’un dessein mystérieux qui touche le monde et les hommes, c’est une pensée d’amour infini qui a ouvert le ciel clos du mystère impénétrable de la vie intime du Dieu inconnu, et l’a communiqué à la terre, comme une pluie illuminante et vivifiante. L’apôtre Paul nous dit que « la grâce de Dieu est apparue, salutaire pour tous les hommes » (Tt 2,11), et l’apôtre Jean : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3,16). Nous nous trouvons devant une conception universelle des destins suspendus sur l’humanité, et qui ont même pénétré dans la trame de l’histoire : c’est une conception de salut, une conception de clémence et d’amour, une conception tellement optimiste que même les malheurs, les souffrances, et la mort elle-même y trouvent une issue positive, pour le bien de l’homme (Cfr. Rom. Rm 8,28-31). Telle est la vérité sur la vie, telle est la philosophie qui remporte la victoire sur toutes les expériences et sur toutes les tentatives pour expliquer les choses et les faits et dire le dernier mot sur la réalité du monde.
Notre dernier mot à Nous, qui sommes spécialement obligé d’observer le monde dans ses expressions les plus générales et les plus significatives, et d’en peser la valeur selon leur classification définitive, notre dernier mot serait au contraire facilement pessimiste, il déboucherait sur le doute, sur l’absurde, sur le néant. Nous serions des hommes myopes, aveugles, des hommes déçus, des hommes tentés par le scepticisme et le désespoir : où va le monde ? que vaut la vie ? qu’est-ce que la civilisation ? Peut-on vraiment envisager de faire régner sur terre l’ordre, la justice, la paix, l’amour ? Tels serions-nous, et telles seraient les conclusions de notre sagesse déçue, s’il n’y avait pas Noël, c’est-à-dire l’inauguration d’une économie de salut et d’espérance ! Les efforts du Sisyphe que nous sommes ne l’ont pas instaurée, mais elle nous est donnée par un Amour transcendant qui n’a ni mesure ni regret, et veut faire de nous, de l’humanité, un peuple nouveau, un peuple bon et heureux (Cfr. 1 Petr.2, 5, 9).
Noël, fête de joie et d’espérance, fête qui anime le devenir humain orienté vers une plénitude qui ne faillira pas.
Saluons-la et célébrons-la comme notre fête et comme la fête du monde.
Sachant que cette cérémonie est retransmise directement par la télévision à de nombreux pays de l’Amérique latine et à la France, Nous désirons leur adresser nos souhaits de paix dans le Seigneur.
À vous tous qui vous unissez à la célébration de cette messe, vont nos vœux de joyeux et fervent Noël. Nous souhaitons que chacun de vous accueille au plus profond de son cœur le message de paix et d’amour fraternel apporté par l’Enfant Jésus, et Nous vous bénissons.


ALLOCUTION DU PAPE AU CHEMIN DE CROIX 9 avril 1971, Le Vendredi Saint.
Ce chemin avec la Croix et vers la Croix pourrait ne plus finir, si nous voulions suivre le fil des réflexions formidables auxquelles il nous conduit ; et nous devrions rester, la tête baissée, plongés dans nos pensées pour chercher à comprendre ce qu’est la tragédie, ce qu’est l’héroïsme, ce qu’est le péché, ce qu’est le sacrifice, ce qu’est la douleur, ce qu’est la mort, ce qu’est le duel entre le mal et le bien, ce qu’est la rédemption, ce qu’est mourir pour vivre... ce qu’est la Croix du Christ.
Comme conclusion à notre Chemin de Croix, choisissons la pensée la plus simple. Plus qu’une pensée, c’est un sentiment : la compassion, dont nous venons de chanter dans l’hymne « Stabat Mater » les strophes douloureuses.
On dirait que la Croix — sa scène atroce, son histoire déshonorante eût à faire le vide autour d’elle, à repousser les hommes de sa contemplation. Tandis que, comme les commentaires aux pénibles Stations de ce triste et pieux pèlerinage l’ont laissé entendre, la Croix nous attire. Jésus lui-même avait prédit cela : « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi » (Jn 12,32 Jn 8,28). Jésus crucifié exerce un charme mystérieux sur celui qui ne dédaigne pas de tourner son regard vers Lui (cf. Jn 19,37). Nous devons, ce soir, garder de ce charme le souvenir expérimenté, l’attraction secrète.
Pourquoi Jésus crucifié nous attire-t-il ?
Oh ! Comme elle descend profonde cette question dans nos esprits !
Il nous semble que le premier motif soit la solidarité, la parenté, la sympathie, que Lui, en souffrant et en mourant sur la Croix, a établi avec tout homme qui souffre. En Le regardant, il nous semble écouter de nouveau son invitation très humaine : « Venez à moi, vous tous qui peinez et portez un fardeau accablant : je vous soulagerai » (Mt 11,28). L’entendons-nous cette voix, qui sort des lèvres mourantes du Christ ? Nous sommes tous, de manière et en mesure différentes, nous sommes tous souffrants ; n’entendons-nous pas l’invitation de l’ »Homme qui connaît la souffrance » (Is 53,3) nous appelant à Lui ? La douleur — qui nous isole dans le monde naturel — pour Jésus, elle est un point de rencontre, elle est une communion. Y pensez-vous, Frères ? Vous malades, vous malheureux, vous moribonds ? Y pensez-Vous, vous hommes accablés par la fatigue, par le travail ? Vous, rendus opprimés et solitaires par les épreuves et par les responsabilités de la vie ? Tous peuvent vous manquer, Jésus en Croix non, Il est avec vous, Il est avec nous.
Bien plus : Il est pour nous ! Pourquoi Jésus agonise-t-il et meurt-il ? Réfléchissons ! C’est le grand mystère de la Croix ; Jésus souffre pour nous ! Il expie pour nous. Il est victime. Il partage le mal physique de l’homme pour le guérir du mal moral, pour effacer en Lui nos péchés.
Hommes sans espérance ! Hommes, qui avez l’illusion de recouvrer la paix de la conscience en suffoquant en elle vos remords inextinguibles (nous en avons, nous tous pécheurs ; nous devons en avoir, si nous sommes de vrais hommes), pourquoi tournez-vous le dos à la Croix ? Ayons tous le courage de nous tourner vers elle, et de nous reconnaître coupables en elle ; ayons la confiance de soutenir la vision de sa figure mystérieuse : elle nous parle de miséricorde, elle nous parle d’amour, de résurrection ! Elle émane pour nous le salut !
À ce point, Frères et Fils, nous voudrions prendre congé de vous, si précisément le souvenir, l’image presque sensible du Calvaire, ne nous suggérait de rappeler à votre esprit et à votre prière le lieu béni, où le Christ consomma son sacrifice rédempteur, la terre de Jésus, où ne souffle pas encore le vent propice de la paix.
La prédication du Seigneur, vous le savez, et les actes par lesquels Il a racheté le monde se sont déroulés en cette terre que, en s’incarnant, Il choisit entre toutes comme sa patrie. C’est pourquoi nous parlons de Terre Sainte et considérons Jérusalem comme Cité Sainte, c’est-à-dire la cité de la Pâque, de la Passion, de la Mort et de la Résurrection du Christ et de la Pentecôte.
C’est dans cette Terre Sainte que se rendront toujours des hommes d’étude, des ascètes, des pèlerins et des pénitents pour apaiser leur soif d’amour et de savoir. Car elle est étroitement unie à la personnalité même du Sauveur et rend ses enseignements plus vivants et plus clairs.
Voici quelques paroles de Jésus à ce propos : « ... et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8). Ainsi Jérusalem est établie comme première étape du témoignage des Apôtres et de l’appel du Seigneur adressé à l’humanité.
Aujourd’hui nous devons être pleins d’égards affectueux pour les communautés chrétiennes de cette Terre Sainte, déjà tellement éprouvées au cours de l’histoire, pour ces Frères, qui vivent là où vécut Jésus, et qui, autour des Lieux Saints, sont les successeurs de la toute première Église ancienne, qui a donné naissance à toutes les autres Églises.
Nous désirons leur envoyer un salut et les assurer de notre affection et de la sympathie des chrétiens répandus dans le monde. Ces Frères continuent à avoir besoin, plus que jamais, de notre soutien spirituel, moral et matériel. Les secours, que le monde chrétien n’a jamais laissé manquer à ses Frères de Jérusalem et de la Palestine, ne servent pas seulement à maintenir les édifices matériels, qui rappellent les grands mystères de la Rédemption, mais à soutenir aussi les œuvres religieuses et sociales, nécessaires pour animer la vie communautaire et subvenir aux besoins des indigents qui sont assistés sans discrimination.
Nous avons un exemple à imiter : celui de Saint Paul ; en écrivant aux Corinthiens, il se préoccupait des conditions de vie des « saints » de Jérusalem (1Co 16,1-4).
Puissent notre souvenir, notre salut et notre aide réconforter nos Frères de la Terre Sainte.
Et à eux, à vous ici présents, et à tous ceux qui écoutent en ce moment notre voix, nous allons donner la Bénédiction Apostolique.
VERTU REDEMPTRICE DE LA SOUFFRANCE


Pendant la messe en la Basilique Saint-Pierre pour 6000 malades en solennité du Coprs Christi, 10 juin 1971
Salut à vous tous, Frères et Fils très chers !
À vous prêtres, ouvriers et ministres de l’Eucharistie : aujourd’hui, solennité du Corps et du Sang du Christ, c’est une grande fête pour votre choix, pour votre médiation, pour votre double identification : avec le Peuple de Dieu auquel vous appartenez comme frères et comme serviteurs dans le ministère ; avec le Christ dont vous exercez le prodigieux pouvoir qui vous assimile à Lui comme prêtres et comme victimes dans le sacrifice eucharistique ! Méditez et réjouissez-vous en silence : c’est votre fête !
Salut à vous tous, Fidèles, qui représentez ici pour nous la Rome catholique, la Ville centrale de toute l’Église, son histoire, sa fidélité, sa vitalité actuelle, et qui voulez être avec nous pour célébrer la rencontre sacramentelle et éternelle avec le Christ vivant dans la foi, dans l’espérance, dans l’amour !
À vous spécialement, chers, très chers malades qui portez à cette célébration l’encens brûlant et parfumé de votre souffrance et qui nous donnez la joie de vous rencontrer, d’être proches de vous pour une heure, de vous exprimer notre affection émue, de partager vos peines et vos prières, salut ! salut ! Oh ! comme nous voudrions qu’il y ait dans ce souhait la force qu’il signifie et désire, cette santé que Jésus, Lui Fils de Dieu et Fils de l’homme, prodiguait aux malades et aux souffrants rencontrés pendant son séjour sur la terre : oui, Lui, il les réconfortait et les guérissait tous : « de Lui, écrit saint Luc, l’évangéliste médecin, sortait une force qui les guérissait tous » (Lc 6,19). Ce pouvoir miraculeux ne nous a pas été transmis à nous, mais nous avons reçu celui, non moins précieux, de communiquer non la santé physique, mais la santé spirituelle, le salut ; et c’est cela qu’en ce moment nous voudrions vous faire goûter d’une certaine manière en célébrant avec vous et pour vous cette fête grandiose et mystérieuse du Corps et du Sang du Christ. Vous souffrez de deux maux, l’un physique auquel les médecins et leurs assistants cherchent avec tant d’habileté et d’empressement à porter remède, l’autre spirituel, qui n’est pas moins grave, senti et compliqué : à celui-là au moins la présente célébration peut apporter un réconfort.
Comment cela ? Écoutez un peu. Quel est le vrai sens de cette cérémonie ? Qu’est-ce qui va se passer pendant ce rite comme toujours lorsqu’une messe est célébrée ? Il arrivera ceci, c’est que Jésus, Lui-même, Jésus-Christ sera présent, sera ici, sera au milieu de nous, y sera pour vous. Nous rappelons non seulement son souvenir mais sa présence, sa présence réelle, voilée, cachée, accessible seulement à ceux qui croient en sa divine parole, répétée et puissante par qui possède son sacerdoce prodigieux, mais vraie présence, vivante, personnelle. Lui, Jésus béni, sera présent. L’Eucharistie est avant tout un mystère de présence. Pensons-y bien : Jésus tient de cette manière sa parole prophétique : « Moi, je serai avec vous jusqu’à la fin des temps » (Mt 28,20). « Je ne vous laisserai pas orphelins ; je reviendrai vers vous » (Jn 14,18). C’est ce qu’il a dit et c’est ce qu’il a fait : Il sera ici pour nous, pour vous, pour chacun de vous. Alors dites, vous qui êtes oppressés par la souffrance, n’est-ce pas la solitude, le sentiment d’être seuls et presque séparés de tous qui aggrave et rend parfois votre souffrance insupportable et désespérée ? La douleur est par elle-même isolante, et cela fait peur et augmente la peine physique. Eh bien ! pour qui croit à l’Eucharistie, pour qui a la chance de la recevoir, cette terrible solitude intérieure n’existe plus. Lui, Jésus, est avec celui qui souffre. Il connaît la douleur. Il la console, II la partage. Il est le médecin intérieur. Il est l’ami de cœur. Il écoute les gémissements de l’âme. Il parle au fond de l’esprit.
C’est pourquoi écoutez encore ce langage propre de l’Eucharistie.
Nous vous avons dit : Jésus sera présent. Mais comment sera-t-il présent ? Il sera présent, mais d’une manière non sanglante, comme « l’homme des douleurs » (cf. Is 53,3), comme victime, comme « agneau de Dieu » (Jn 1,29) ; Il sera présent comme Il l’était à l’heure de sa passion, dans son sacrifice, comme crucifié. C’est ce que signifie la double espèce du pain et du vin, figures du Corps et du Sang du même Christ. Jésus s’offre pour nous et à nous comme II était sur la croix, immolé, déchiré, consumé dans la douleur portée au plus haut point de la sensibilité physique et de la désolation spirituelle. Rappelez-vous ses affres très humaines : « J’ai soif » (Jn 19,28) ; et ses tourments indicibles : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27,46), vous vous rappelez ? Qui a souffert autant que Jésus ? La souffrance est proportionnée à deux mesures : à la sensibilité (et quelle sensibilité serait plus fine que celle du Christ, Homme-Dieu ?) et à l’amour : la capacité d’aimer se mesure à la capacité de souffrir. Comprenez-vous comment Jésus est votre exemple, est votre compagnon, hommes et femmes qui portez ici vos vies endolories ? Comprenez-vous pourquoi justement nous avons voulu célébrer avec vous la solennité du Corps et Sang du Christ ?
Et nous vous dirons en outre : Comprenez-vous maintenant ce qu’est la communion et ce que la réception de l’Eucharistie accomplit en vous ? C’est la fusion de votre souffrance avec celle du Christ. Chacun de vous peut répéter, à plus forte raison que n’importe quel autre fidèle qui communie, les paroles de saint Paul : « ... je trouve ma joie dans les souffrances… et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ... » (Col 1,24). Souffrir avec Jésus ! Quel destin, quel mystère ! Voici, voici une très grande nouveauté : la douleur n’est plus inutile ! Si elle est unie à celle du Christ, notre douleur acquiert quelque chose de sa vertu expiatrice, rédemptrice et salvatrice ! Comprenez-vous maintenant pourquoi l’Église honore et aime tant ses malades, ses fils malheureux ? parce qu’ils sont le Christ souffrant Qui, justement par sa passion a sauvé le monde. Vous, très chers malades, vous pouvez coopérer au salut de l’humanité si vous savez unir vos douleurs, vos épreuves à celles de Jésus qui maintenant va venir à vous dans la sainte communion.
Et acceptez alors que nous vous adressions une prière, vous suggérant de donner à vos souffrances la même intention qui inspirait à l’Apôtre dont nous vous avons cité les célèbres paroles, ces autres qui complètent sa pensée : « je trouve ma joie, disait-il, dans les souffrances en complétant la passion du Seigneur pour son corps (mystique) qui est l’Église » (Col 1,24). Eh bien ! ce que nous vous demandons, c’est que vous offriez (voyez : souffrir devient offrir !) vos douleurs pour l’Église ; oui, pour l’Église entière et pour cette Église romaine en particulier. Vous en connaissez peut-être les besoins.
Vous aurez, vous, et nous aurons ainsi célébré dignement ensemble la fête du Corps et du Sang du Christ : fête de douleur, d’amour, de consolation, d’espérance et de salut pour vous et pour tous !
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