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HOMÉLIE À L’OCCASION DU XVI° CENTENAIRE DE LA MORT DE SAINT ATHANASE, 6 mai 1973
La présence de Sa Sainteté Amba Shenouda III, Chef de l’Église Copte Orthodoxe, a donné un caractère œcuménique à la célébration liturgique célébrée par le Saint Père le dimanche 6 mai à la Basilique Vaticane à l’occasion du XVI° centenaire de la mort de Saint Athanase, le Grand Évêque d’Alexandrie et Docteur de l’Église. C’est a dit le Saint-Père un témoin de la foi « qui a donné une contribution extraordinaire à la vie de l’Église dans un moment décisif de son histoire, alors que les hérétiques niaient la consubstantielle divinité du Verbe et donc du Christ ».
Ceci est le jour établi par le Seigneur : exultons donc et réjouissons-nous ». Nous aimons répéter cette acclamation liturgique motivée par la fête de Pâques, aujourd’hui où la présence parmi nous du Patriarche Shenouda III — honoré lui aussi du titre de « Pape » de la vénérée et très antique Église copte qui a son siège à Alexandrie d’Égypte — emplit notre cœur d’une profonde émotion. Voici donc ici le Chef d’une Église, encore à présent séparée officiellement de nous, absente depuis des siècles de la célébration d’une prière en commun avec l’Église de Rome, mais Chef d’une Église qui fait remonter son origine à Marc l’Évangéliste que Pierre appela son fils (1P 5,13) et qui eut en Saint Athanase, dont nous commémorons aujourd’hui le XVI° centenaire de la mort bienheureuse, le champion invincible de notre commune foi de Nicée, c’est-à-dire la foi en la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ ; cette foi fut proclamée par intuition divine par Simon, fils de Jonas, et Jésus lui-même l’a insufflée en Pierre qui établit cette même foi comme fondement de toute l’Église ; et le Chef de cette Église est ici, parmi nous, venu spontanément et tout exprès pour renouer le lien de la charité (cf. Col 3,14), heureux présage de cette parfaite unité de l’esprit (cf. Ep 4,3), qu’à la suite du récent Concile œcuménique Vatican II, nous essayons, humblement mais sincèrement, de recomposer ; il est ici, au milieu de cette grande assemblée de fidèles, sur la tombe de l’Apôtre Pierre, ...oh ! comment pourrions-nous ne pas tressaillir de joie, ne pas vous inviter tous, vous les fils de cette Église Romaine et Catholique, à bénir avec nous le Seigneur en ce jour extraordinaire ? Ne nous rendons-nous pas compte que le livre de l’histoire de l’Église, dans lequel c’est principalement la main mystérieuse du Seigneur qui guide la main de l’homme pour y écrire nova et vetera (Mt 23,52), qui ouvre devant nous des pages chargées de siècles, et d’autres encore vierges qu’il nous offre, prêtes à enregistrer des événements — que Dieu le veuille — meilleurs, c’est-à-dire les fastes de la Providence miséricordieuse de Dieu dans les alternances de l’Église encore pèlerine dans le temps ? Comment pourrions-nous ne pas saluer notre grand et vénérable Frère lointain, aujourd’hui si proche de nous, notre visiteur, notre hôte, aujourd’hui ici, près de notre autel, uni à notre prière pontificale ? Et ne pas saluer aussi cette nombreuse et importante délégation qui compose sa noble suite ?
La lecture de l’Évangile (Lc 24,35-48) que nous venons d’écouter, nous invite à réfléchir sur un des sujets fondamentaux de notre foi, le thème de la résurrection du Seigneur, notre Jésus. Saint Paul n’a-t-il pas dit : « Si tu confesses de vive voix que Jésus est le Seigneur et si tu crois de tout ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé » ? (Rm 10,9). Et la narration évangélique de la Sainte Messe, que nous célébrons en ce moment, semble vraiment vouloir nous attester la réalité du fait de la résurrection du Christ, réalité objective, historique, démontrée même par l’expérience directe et tangible des sens, bien qu’elle appartienne à un ordre surnaturel ; elle semble également vouloir nous stimuler à ancrer notre foi, irrésistible et plus vive que jamais, dans cette réalité inouïe et, comme Saint Thomas, l’homme de la critique, du doute, de la vérification, elle nous invite à crier ces paroles encore vibrantes aujourd’hui : « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jn 20,28).
Et comme elle est propice, cette méditation liturgique d’aujourd’hui qui célèbre, comme nous l’avons dit, la glorieuse mémoire de Saint Athanase, fier et impavide héraut de la foi ! Saint Athanase est Père et Docteur de l’Église universelle, et voilà pourquoi il mérite notre souvenir commun.
Le meilleur moyen de rappeler le souvenir d’un Saint qui a contribué d’une manière si extraordinaire à la vie de l’Église à un moment décisif de son histoire, au moment où les hérétiques niaient la consubstantialité divine elle-même du Verbe, et par conséquent de Jésus, nous semble être de réfléchir sûr l’héritage qu’il nous a laissé : le témoignage de foi dans sa vie et dans sa pensée.
Quand nous méditons sur son aventure humaine, nous rencontrons un croyant solidement fondé sur la foi évangélique, un partisan et un défenseur convaincu de la vérité, prêt à subir n’importe quelle calomnie, persécution ou violence. De ses 46 années d’épiscopat, il en passa bien une vingtaine en exils successifs ; notre propre ville de Rome elle-même l’accueillit, sous le Pontificat de Saint Jules I (337-352), et il y passa les trois années de son deuxième exil (avril 339 à octobre 346).
Toujours présent partout et faisant front à tous, aux puissants et aux errants, il professa la foi dans la divinité de Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme, tant et si bien que la tradition liturgique orientale le définit « colonne de la vraie foi » (Apolytikion du 2 mai), tandis que l’Église catholique le place parmi les Docteurs de l’Église.
Il fut en effet un homme d’Église ; pasteur vigilant et attentif, il consacra sa vie tout entière à son service exclusif : non seulement au service de son Église d’Alexandrie, mais de l’Église tout entière, portant de toutes parts avec lui la chaleur de sa foi, l’exemple édifiant de sa vie — cohérente avec intransigeance —, l’appel à la prière qu’il avait apprise parmi les moines du désert, auprès desquels il avait dû bien souvent se réfugier.
La divinité du Christ est le noyau central de la prédication de Saint Athanase aux hommes de son temps, tentés par la crise arienne. La définition du premier concile de Nicée (325) selon laquelle Jésus est le fils de Dieu, de la même substance que le Père, vrai Dieu issu du vrai Dieu, constitue le point de référence constant de sa doctrine. C’est uniquement si l’on accepte cet enseignement que l’on peut parler de rédemption, de salut, de rétablissement de la communion entre l’homme et Dieu. Seul le Verbe de Dieu rachète l’homme parfaitement ; sans l’incarnation, l’homme resterait à l’état de nature corrompue, dont la pénitence elle-même ne pourrait le libérer (cf. De Incarnatione, , 144, 119).
Délivré de la corruption par le Christ, sauvé de la mort, l’homme renaît à une vie nouvelle et acquiert de nouveau la véritable image de Dieu, selon laquelle il a été créé à l’origine et que le péché avait corrompue. « Le Verbe de Dieu — affirme Saint Athanase — est venu lui-même, afin que, étant, Lui, image du Père, il puisse à nouveau créer l’homme à l’image de Dieu » (De Incarnatione, ibid.).
Saint Athanase développa cette théologie, la centrant sur la participation de l’homme racheté à la vie même de Dieu, moyennant le baptême et la vie sacramentelle, arrivant à affirmer avec une expression hardie que le Verbe de Dieu « s’est fait homme pour que nous fussions divinisés » (De Incarnatione, ibid.).
Cette « nouvelle création » comporte le rétablissement de ce que le péché avait compromis : la connaissance de Dieu et un changement radical des mœurs.
Jésus-Christ nous révèle, et nous rend possible, la connaissance du Père : « Le Verbe de Dieu s’est rendu visible avec un corps afin que nous puissions nous faire une idée du Père invisible » (De Incarnatione, ibid.).
De cette nouvelle connaissance de Dieu découle l’exigence d’une rénovation morale, que Saint Athanase réclame avec vigueur : « Celui qui veut comprendre le discours au sujet de Dieu, doit se purifier dans sa façon de vivre, se rendre pareil aux Saints par la similitude de ses propres actions, afin que, uni à eux dans la conduite de sa propre vie, il puisse comprendre ce qui leur a été révélé par Dieu » (De Incarnatione, ibid.).
Nous sommes ainsi transportés au cœur de l’événement chrétien : la rédemption par l’opération de Jésus Christ, le renouveau radical de l’homme avec sa restauration à l’image et à la ressemblance de Dieu, le rétablissement de la communion de vie entre l’homme et Dieu, qui s’exprime également en un profond changement éthique.
C’est là le message sublime qu’aujourd’hui encore nous adresse Saint Athanase : être forts dans la foi et cohérents dans la pratique de la vie chrétienne, même au prix des plus grands sacrifices ; il nous appartient de recueillir ce message, de le méditer, de l’approfondir et de le réaliser dans notre vie.
Par les prières de Saint Athanase, Père et Docteur de l’Église, que Dieu nous concède de pouvoir, nous aussi, confesser dignement, à notre époque, que Jésus Christ est le Seigneur et le Sauveur du monde !
Et pour finir, qu’il nous soit permis d’adresser quelques mots aux fidèles que nous voyons ici présents.
Fidèles de la paroisse romaine de Saint Athanase ! Nous sommes heureux de vous voir participer à cette grande cérémonie. Nous vous saluons tous et nous vous prions de porter notre salut et notre bénédiction à tous les membres de votre communauté paroissiale. C’est à vous qu’il est tout spécialement recommandé d’honorer la mémoire du grand patron de votre paroisse : Saint Athanase. Comment l’honorer ? Avec le souvenir de sa vie et la profession de sa foi. Avec l’amour envers le Christ, Verbe éternel de Dieu, Fils de Dieu, et Fils de l’homme, notre Maître et notre Sauveur. Et avec l’adhésion franche et fidèle à l’Église du Christ, et avec la charité agissante à l’égard de notre prochain. Nous sommes-nous bien compris ? Recevez tous, avec votre curé, notre spéciale Bénédiction Apostolique.
Puis : nous avons ici toute une belle et chère multitude de « Jeunes amis du Rosaire ». Chers jeunes gens et enfants ! À vous tous, nous vous disons merci pour cette visite. Ne croyez pas que le caractère particulier de cette cérémonie nous ait fait oublier votre présence. Nous vous disons « bravo ! » pour votre manifestation en l’honneur de la Très-Sainte Vierge et pour la dévotion que vous professez envers son saint Rosaire. Sachez parvenir jusqu’au Christ sous la conduite de sa Mère Marie qui est notre Mère. Et encore, Bravo ! Bravo ! Soyez persévérants et recevez tous, vous et vos parents, vos éducateurs et vos amis notre paternelle Bénédiction Apostolique.


CÉRÉMONIE DE L’OFFRANDE DES CIERGES À SAINT-PIERRE, 2 février 1974
Parmi les cérémonies auxquelles la Basilique Vaticane a servi de naturel et incomparable décor au cours des siècles, l’une des plus significatives et des plus pénétrantes est, sans conteste, celle de l’offrande des cierges qui se déroule depuis deux ans, à l’occasion de la fête liturgique de la présentation de l’Enfant Jésus au Temple. C’est l’antique commémoration qui, avant la réforme liturgique, était célébrée sous le nom de Fête de la Purification de la Vierge ou connue selon l’appellation plus populaire, comme fête de la Chandeleur. Une fête célébrée de manière très solennelle dans l’Église d’Orient comme dans l’Église Latine et qui se conclut par la bénédiction, la procession et la distribution des cierges symbolisant la lumière du Christ ressuscité. Cette année, comme l’an dernier, le Saint-Père a voulu que la célébration à Saint-Pierre se déroulât devant une assemblée toute particulière : les religieuses de Rome étaient les invitées de Paul VI. Par milliers elles se pressèrent dans le plus grand temple du monde. Après la célébration de la Parole, le Saint-Père prononça l’homélie que voici :
Cette assemblée d’âmes vibrantes de piété et d’amour envers le Christ et la Vierge nous offre des motifs de toute particulière consolation.
Nous désirons d’abord adresser nos saluts aux vénérés Frères les Cardinaux Paolo Marella, Archiprêtre de cette Patriarcale Basilique Vaticane, Arturo Tabera Araoz, Préfet de la S. Congrégation pour les Religieux et les Instituts Séculiers et Ugo Poletti, notre Vicaire Général pour le Diocèse de Rome, qui, par leur présence très significative, nous donnent un nouveau témoignage de leur sensibilité pastorale et de leur esprit de service ecclésial.
Nous saluons et remercions également les membres des Chapitres des quatre Basiliques Romaines qui, suivant l’antique tradition, nous offrent, le cierge, symbole de cette foi qui brûle et resplendit, et dont le rayonnement se propage tout autour des temples qu’ils représentent ; le cierge, signe également de leur pur attachement à la Chaire et au Successeur de Pierre.
Nous retrouvons aujourd’hui la joie d’une importante rencontre spirituelle avec la grande famille des Religieuses de Rome, en ce jour de la Présentation du Seigneur qui a tant de points de contact, tant d’affinités spirituelles avec votre vocation d’âmes consacrées à Dieu... C’est pour cela que nous avons voulu célébrer avec vous cette fête de lumière et d’amour, accentuant le caractère que nous avons déjà voulu lui imprimer l’année dernière : si, à ce moment vous avez occupé une place privilégiée dans la chaleureuse rencontre traditionnelle, nous avons voulu, cette année-ci, vous la dédier principalement et quasi-exclusivement à vous, très chères Sœurs.
Pourquoi ? Vous le savez pourquoi, et nous ne voudrions pas répéter ce que nous avons eu l’occasion de vous dire il y a un an (cf. L’Osser. Rom., édit. en langue franc., du 9 février 1973, n. de la rédact.). Et tout autant, parce que cela peut être résumé en peu de paroles, ces grandes, splendides, consolantes paroles du Concile Vatican II, adressées à tous les Religieux : « Puisque les conseils évangéliques, par la charité à laquelle ils conduisent, unissent ceux qui les suivent d’une façon spéciale à l’Église et à son mystère, il faut que la vie spirituelle de ceux-ci soit consacrée aussi au bien de toute l’Église » (Lumen Gentium, LG 44). Oui, Filles bien-aimées dans le Christ : vous êtes consacrées au bien de toute l’Église ! Voilà votre définition, voilà votre mérite, voilà votre sacrifice quotidien, voilà votre objectif, voilà votre couronne ; il n’y a rien d’autre, il n’y a aucun autre motif qui vous ait poussé à donner votre vie à Jésus-Christ, entre les mains de Marie, rien que ceci : servir, servir les âmes, servir l’Église, toute l’Église. Laissez dire ceux qui ne connaissent pas, ou ont oublié, cette réalité ; laissez qu’ils mettent en cause votre état, qu’ils le critiquent, qu’ils le discutent, qu’ils le méprisent même ; votre vocation est ici, elle est tout entière ici, dans ce don total à l’Église, soit que vos vies se passent dans le secret laborieux et crucifiant de la clôture, soit qu’elles se déroulent sur les innombrables voies de la charité où vous vous démontrez infatigables et disponibles pour le service de toutes les nécessités humaines. Votre virginité — nous employons les paroles mêmes du Pape Jean XXIII de vénérée mémoire, prononcées à l’occasion de la clôture du Synode de Rome — votre virginité « est consacrée aux malades, aux personnes âgées, aux pauvres, aux orphelins, aux veuves, aux adolescents, aux petits enfants : elle passe comme un ange lumineux et bienfaisant dans les couloirs des hôpitaux et des hospices, elle se penche pleine de bonté sur les élèves des écoles et sur la solitude de ceux qui souffrent, elle essuie des larmes que le monde ignore et fait briller des sourires et des regards reconnaissants. Virginité sainte qui trouve le chemin sûr et irrésistible des cœurs pour éclairer les illettrés, conseiller les hésitants, enseigner les ignorants, réprimander les pécheurs, consoler les affligés, rappeler les égarés, soulever des enthousiasmes de coopération apostolique et missionnaire » (29 janvier 1960, cf. Discorsi, II, p. 183).
C’est cette réalité que nous voulons mettre en évidence devant la communauté ecclésiale de Rome, et, au-delà d’elle, devant toute l’Église qui doit trouver en vous, Religieuses, l’exemple vivant d’une existence consacrée à Dieu sans fléchissement et sans regret, avec une ferveur qui, chaque matin, se renouvelle avec joie. Mais tout en louant cette réalité, nous voulons vous encourager, vous qui en êtes les protagonistes, afin que, si jamais la tentation du doute, du découragement de la faiblesse, de l’imitation de mauvais exemples venait vous effleurer, ou (que Dieu veuille l’empêcher) affaiblir vos premières intentions, vous sachiez vous confronter sans cesse avec la grandeur des tâches que vous avez librement choisies et retrouver chaque jour les énergies nécessaires.
La liturgie du jour nous amène à tourner nos regards, nos pensées vers Celui qui est le centre, non seulement de l’épisode évangélique d’aujourd’hui, mais de tout l’Évangile, et mieux : de toute l’histoire humaine et divine, Jésus-Christ, qui s’offre au Père dans l’acceptation totale et déterminante de sa Volonté : son attitude est celle de la disponibilité totale : « Vous n’avez plus eu pour agréables ni holocaustes ni sacrifices pour le péché ; alors j’ai dit : Me voici — car il est question de moi dans le rouleau de la Bible — je viens, ô Dieu, pour faire votre volonté » (Ps 40,7-9 He 10,5-7). Le Christ qui s’avance dans le Temple du Père, porté dans les bras de Marie — accueilli par l’amour en éveil, animé par l’Esprit-Saint, par des âmes grandes et humbles comme le vieux Siméon et la prophétesse Anne — est le modèle, le type, l’inspirateur de toute consécration. Lui, il vous attire avec force et avec douceur à vous conformer à l’offrande constante que demande votre vocation ; Lui, il vous soutient ; Lui, il vous donne la force ; Lui, il vous encourage ; Lui, il vous stimule ; Lui, si c’est nécessaire, il vous réprimande. Et à côté du Divin Modèle de toute sainteté, « fait pour nous sagesse, justice, sainteté, rédemption » (1Co 1,30), la Liturgie nous montre la Vierge de la Présentation, Celle qui, étroitement unie au sacrifice du Fils, est devenue pour toutes les âmes virginales un exemple de don de soi conscient et généreux, de collaboration étroite au dessein de Dieu, de présence silencieuse et efficace pour le salut du monde, aux côtés du Sauveur. Dans les premières lueurs matinales de l’épisode évangélique qui est comme l’offertoire du grand acte sacrificatoire et rédempteur de la vie de Jésus, Marie est à côté du Fils, rendue consciente de son rôle douloureux par la prophétie, et déjà membre précurseur de la Passion. C’est donc elle qui vous interpelle toutes, très chères Filles, qui vous invite à faire vôtre son attitude intérieure ; à imiter, vous aussi, cette disponibilité totale ; à ne jamais vous laisser aller, mais à progresser joyeusement sur la voie que vous avez prise. Et ainsi, le cierge que vous portez, dans son profond et multiple symbolisme, sera même le signe visible de votre affiliation à Jésus et à Marie ; c’est tout un fourmillement de petites flammes, alimentées aux sources mêmes de la sainteté et de la grâce, qui forme un cortège joyeux et interminable dans le sillage du Seigneur et de sa Sainte Mère, faisant resplendir dans le monde, souvent avide et égoïste, la lumière de la charité désintéressée et pure, de l’immolation sans contrepartie, de la fidélité aux graves responsabilités de la vie, avec le « témoignage évangélique » de la propre existence élevée très haut pour donner lumière et chaleur, comme la flamme du cierge.
Nous sommes très près de vous, Religieuses de Rome et du monde, dans votre engagement de tous les jours, pour lequel nous élevons notre humble prière ; nous vous remercions pour la place que vous tenez dans l’Église, pour l’exemple que vous donnez, pour le rayonnement des plus grandes valeurs humaines et chrétiennes ; et nous souhaitons que ces idéaux vous trouvent toujours prêtes et bien exercées, toujours désireuses de mieux faire, toujours sincères dans la recherche de l’authentique esprit évangélique qui qualifie et soutient votre vie consacrée.
Que la Bénédiction Apostolique soit pour vous le gage de notre grande, de notre paternelle bienveillance ! Nous retendons à toutes vos Consœurs, aux personnes et aux œuvres auxquelles vous vous consacrez afin qu’il y ait en vous toutes, la paix et la joie de Dieu.


LE DIMANCHE DES RAMEAUX, 7 avril 1974
Frères et Fils ! Et vous amis Jeunes que nous avons spécialement invités aujourd’hui à cette célébration !
Vous savez que deux lectures évangéliques sont aujourd’hui offertes à notre attention. La première concerne l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem, quelques jours avant sa passion ; la seconde, au cours de la messe, nous présente le long récit par l’évangéliste Saint Luc de la passion même du Seigneur, que nous .relirons le Vendredi Saint dans la version de l’évangéliste Jean : nous nous arrêtons donc aujourd’hui à la première lecture, dite des rameaux, qui caractérise plus spécialement ce dimanche.
Il est très important de comprendre le sens de cette scène de l’Évangile. Vous vous la rappelez ; vous venez d’en écouter la lecture. Jésus, humble dans sa royauté (Mt 21,5), assis sur un petit âne, venant de Béthanie et de Bethphagé, monte vers une des portes orientales de Jérusalem. Ce qu’il faut noter, c’est la foule, une foule immense, regroupée à cet endroit. L’affluence s’explique aussi par l’énorme quantité de personnes qui se rendaient à Jérusalem, en provenance de toutes les régions de la Palestine, à l’occasion de la Pâque juive que l’on célébrait justement ces jours-là. Il faut noter également que Jésus, sur sa modeste monture, devient le centre d’une manifestation extraordinaire. Tous se pressent autour de lui, le Maître, qui par ses miracles et ses enseignements faisait tant parler de lui, après la résurrection de Lazare, surtout pour une question qui tourmentait beaucoup l’opinion publique et que les chefs religieux de Jérusalem ne voulaient même pas voir posée. La question était celle-ci : qui est ce Jésus de Nazareth ? qui est ce jeune Maître, qui fait tant parler de lui ? qui est-il ? un prophète ? un séducteur du peuple ? qui est-il ?
Le Messie ? Voilà un mot important pour comprendre le sens de cet événement. Le Messie, c’est-à-dire l’oint de Dieu, était un personnage prophétique, dont le nom prestigieux s’insère depuis David (cf. 2S 7) dans l’histoire aventureuse et malheureuse du peuple juif, comme un signe d’espérance, de libération, de grandeur. Cette idée de la venue du Messie s’était imposée à l’opinion publique sous la domination des Romains, précisément a l’époque de Jésus. La prédication de Jean, ce prophète impétueux et rude, au langage vigoureux, qui conférait un baptême de pénitence vers l’embouchure du Jourdain, avait ravivé l’attente du Messie, annonçant la venue de celui-ci comme imminente. La prédication séduisante et la figure surprenante de Jésus avaient fortifié ce pressentiment, mais avaient soulevé en même temps, dans le milieu pharisien qui dominait alors, une sourde opposition à l’hypothèse que Jésus, un ouvrier de Nazareth, dépourvu de tout signe de puissance politique et de royauté glorieuse, mais fort de sa parole polémique et de ses miracles troublants, puisse être reconnu comme le Messie. C’était à leurs yeux un personnage équivoque et dangereux ; il fallait le supprimer (cf. Jn 7,25 ss.). Or voilà que Jésus, contrairement à son habitude, se faisait connaître ce jour-là, simple et humble, mais pour ce qu’il était : le Fils de David, c’est-à-dire le Messie.
Ici se greffé une circonstance décisive, celle qui nous intéresse pour le moment : l’acclamation de la foule. La foule en effet, qui devait être immense et animée d’un sentiment unanime, reconnut et proclama Jésus de Nazareth, l’humble prophète, qui se dirigeait vers Jérusalem sur cette monture populaire, sans victoires militaires et politiques, pour ce qu’il était vraiment, en tant que « Fils de David », c’est-à-dire comme envoyé de Dieu, comme héritier des espérances séculaires des Hébreux, comme celui qui venait libérer et sauver son peuple et instaurer les temps nouveaux. Authentique fut l’identification de la Personne, illusoire toutefois l’interprétation du royaume : il ne s’agissait plus du royaume terrestre de David, mais du « royaume des cieux » (Mt), du « royaume de Dieu », prêché par le Christ dans l’Évangile. Cependant, sur la croix de Jésus, la phrase que Pilate fera écrire en trois langues pour énoncer le motif de la condamnation du Seigneur à ce supplice effroyable, répétera l’accusation dont il fut l’objet : « Roi des Juifs ». C’est comme tel qu’il fut crucifié.
Mais nous avons à cœur de vous faire remarquer que la proclamation messianique de Jésus, assurément préparée par lui, se fit par la voix du peuple. Et dans le peuple, ce qui fit davantage retentir cette acclamation prophétique, historique et religieuse, ce fut le cri des jeunes, ce fut la voix aiguë des enfants. Cela, pour Nous, a une valeur symbolique et permanente. Aujourd’hui encore, jeunes qui nous écoutez, nous pouvons vous répéter : c’est à vous, oui c’est à vous de proclamer la gloire de Jésus-Christ, de révéler sa mission, d’affirmer son identité. Il est le Messie, il est au cœur du destin de l’humanité, il est le libérateur, il est le Sauveur. Et nous en comprendrons vite les raisons profondes : il est en même temps Fils de l’Homme, c’est-à-dire l’homme par excellence, et Fils de Dieu, c’est-à-dire le Verbe de Dieu qui s’est fait homme. Il est le Maître, il est le Pain céleste du monde, il est celui sans lequel nous ne pouvons rien faire, il est celui dont nous devons et pouvons tous être les amis. Il nous connaît, il nous aime, il nous sauve. C’est lui la lumière du monde, c’est lui le chemin, la vérité et la vie. L’enthousiasme pour le Christ, lorsqu’on a compris quelque chose de lui, n’a pas de limite. Il est la joie du monde, notre joie !
Jeunes qui nous écoutez, c’est vous spécialement qui devez saisir le message messianique ! Vous devez comprendre le Christ avec une intuition spéciale que nous pourrions appeler charismatique. C’est votre don et votre sagesse de comprendre le Christ (cf. Mt 11,25) !
C’est à partir de là que doit naître en vous la conviction que vous devez rendre témoignage au Christ d’une manière ou d’une autre.
Donner un témoignage nouveau et victorieux au Christ, à l’époque actuelle, revient à la nouvelle génération, revient aux enfants, aux adolescents et à tous les jeunes ! Cela leur revient aujourd’hui, pour que demain ils puissent témoigner comme des adultes.
Nous en arrivons à un point compliqué et délicat : comment les jeunes peuvent-ils être témoins du Christ ? Et ce que nous disons pour l’élément masculin vaut aussi pour l’élément féminin, les jeunes filles le savent bien. Oui, comment être témoins du Christ ? Nous pourrions résumer l’immense et difficile étendue de ce devoir en un seul mot : soyez chrétiens, pour de vrai. Vous avez été baptisés. Est-ce que vous y pensez ? Est-ce que vous priez, c’est-à-dire est-ce que vous parlez au Christ et à Dieu notre Père céleste bien-aimé ? Etes-vous sincères et généreux sous le regard du Seigneur ? Aimez-vous vos familles et vos écoles ? Faites-vous quelque chose pour ceux qui souffrent ? etc. Vous savez tout cela et vous l’accomplissez certainement. Eh bien ! vous rendez témoignage au Christ, si vous vivez vraiment en chrétiens.
Mais il y a plus encore à faire : le témoignage comporte un acte positif d’adhésion au Christ. Eh bien ! écoutez ! Nous vous indiquons une échelle, qui permet de parvenir rapidement à témoigner du Christ. Le premier échelon consiste à avoir le courage de porter le nom de chrétien (cf. 1P 4,16) : avez-vous honte d’être chrétiens ? d’aller à l’église ? Voilà une première lâcheté à surmonter ; il ne faut pas avoir honte, ni fuir, lorsque le fait d’apparaître religieux et catholique provoque les moqueries des autres, ou crée quelque danger pour notre nom ou notre propre intérêt (cf. Mc 14,51-52). Deuxième échelon à dépasser : celui de la critique malveillante et souvent injuste contre l’Église, ses institutions, les personnes qui la composent ; elle est devenue à la mode, la contestation, qui engendre l’amertume et l’orgueil dans les cœurs ; elle dessèche également la charité, même si elle revêt des formes puritaines qui malheureusement finissent souvent par glisser dans la sympathie et même la solidarité avec les ennemis de l’Église. Soyez fidèles et humbles et vous serez forts, et vous pourrez donner de bons témoignages, positifs, de votre profession de foi de chrétiens et de catholiques. Enfin, troisième échelon : ayez le désir et la fierté de donner votre nom et votre adhésion active à quelque organisme militant dans le domaine de l’action, de la piété ou de la charité. Aujourd’hui, nous le savons, on ne veut plus militer pour une cause, ou pour une idée qui se présentent comme religieuses, comme catholiques ou chrétiennes, ou même purement et noblement civiques ; on préfère rester libre et exempt de toute obligation liée à une organisation. Ce n’est pas toujours un bien : le témoignage est en effet facilité et fortifié par l’union, par l’engagement communautaire et par la fidélité collective. De plus, nous ne devons pas donner, dans nos esprits, la préférence aux voies faciles de l’indifférence au point de vue idéologique, spirituel et social. L’individualisme, l’isolement, l’insouciance pour les bonnes causes ne sont pas conformes au style chrétien, spécialement sur le plan qui nous intéresse actuellement : le témoignage rendu au Christ Seigneur.
Sachez donc, chers jeunes, que l’Église, et peut-être aussi l’histoire, attendent précisément de vous en ce moment une profession de foi chrétienne, qui ne se démente pas, qui ne soit ni simulée ni indifférente, mais franche, cohérente, joyeuse, qui constitue aussi un exemple pour le monde moderne et entraîne sa conviction.
Nous écoutez-vous ? Etes-vous disposés à lever bien haut vos palmes, vos rameaux d’olivier, et à acclamer le Christ avec nous : Vive, vive le Christ Seigneur !
Tous ensemble, brandissons les rameaux de la joie et de la paix, et répétons : vive le Christ Jésus !


JEUDI SAINT : HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE À SAINT-JEAN-DE-LATRAN, 11 avril
L’après-midi du 11 avril, Jeudi-Saint, Paul VI s’est rendu à l’Archibasilique Saint-Jean-de-Latran pour y présider à la célébration de la liturgie in coena Domini propre à ce jour. Après la lecture de l’Évangile, le Saint-Père a prononcé une homélie, dont voici la traduction :
Chers Frères et Fils bien-aimés,
Où sommes-nous ? pourquoi nous trouvons-nous ici réunis ? que sommes-nous en train de faire ? La célébration de ce rite nous impose un moment de profonde méditation.
Il est vrai, que, substantiellement cette Sainte Messe ne diffère pas de celle que nous célébrons chaque jour, de celles qui se multiplient en tant de lieux divers. Mais aujourd’hui il s’agit d’une célébration qui doit retrouver sa signification pleine et originelle. Elle est destinée à rappeler, ou mieux, à renouveler les raisons de son institution et elle acquiert pour nous, sous chacun de ses aspects, un relief tout particulier ; nous voulons honorer sa mystérieuse et complexe réalité ; son origine : c’est-à-dire la dernière Cène du Seigneur ; sa nature, qui est le sacrifice eucharistique ; ses rapports avec la Pâque juive, commémoration de la libération du peuple hébreu de l’esclavage et puis signe de la promesse messianique concernant les destinées futures de ce peuple ; son aspect novateur c’est-à-dire, l’inauguration d’un Nouveau Testament, d’une nouvelle alliance, soit donc d’un nouveau plan religieux, éminemment plus élevé et plus parfait, entre Dieu et l’humanité, moyennant le sacrifice d’une victime unique et nouvelle, Jésus-Christ lui-même...
Nous sommes situés à la croisée des grandes lignes axiales des destins historiques, prophétiques et spirituels de l’humanité ; ici, l’Ancien Testament se conclut et ici le Nouveau commence ; ici, la rencontre avec le Christ, d’évangélique et particulière, se fait sacramentelle et universellement accessible ; ici, l’intention fondamentale de sa présence dans le monde avec la célébration des deux mystères essentiels de sa vie dans le temps et sur la terre, l’Incarnation et la Rédemption, se dévoile grâce à des gestes et des paroles inoubliables : « ... sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui sont en ce monde, il les aima jusqu’à la fin » (Jn 13,1), c’est-à-dire jusqu’à l’extrême limite, jusqu’au don suprême de Soi.
Ceci est le thème sur lequel nous devons maintenant fixer notre attention. Nous n’en serons pas vraiment capables, de même que nos yeux ne sont pas capables de soutenir la lumière directe du soleil.
Mais nos yeux d’hommes et de fidèles ne doivent pas se lasser de contempler ce que, dans son mystérieux éclat, la dernière Cène fait resplendir devant nous ; les gestes de l’amour qui s’offre et se donne, et qui assume l’aspect et la dimension d’un amour absolu, divin : l’amour qui s’exprime dans le sacrifice.
L’amour, dans l’expérience humaine, est un terme terriblement équivoque, et dont le sens dépend le ce qui en est l’objet ; il peut signifier les passions les plus abjectes ; il peut se déguiser dans l’égoïsme le plus exigeant et le plus malveillant ; il peut n’être que l’équilibre d’un échange légitime et se considérer payé de ce qu’il a donné par ce qu’il a reçu ; il peut se donner par calcul, presque sans s’en rendre compte ; et, finalement, il peut se donner gratuitement, réalisé ainsi dans sa définition essentielle : par amour, ne considérant ni le mérite de celui qui le reçoit, ni la compensation qui pourrait lui être due.
Pur, total, gratuit, amour sauveur ; tel a été l’amour du Christ pour nous ; et ce dernier soir de sa vie terrestre nous en offre la preuve émouvante et profonde.
Quel bonheur pour nous si, avides comme nous le sommes de grandeur et d’extraordinaire, nous savons consacrer un moment à l’étude, à la contemplation inépuisable de cet amour du Christ, un peu comme on se laisse charmer à la vue — sensible — de l’infini, du ciel profond, de la mer sans rivages, du panorama aux limites inaccessibles ! Et d’autant plus que nous savons, nous, que l’Eucharistie, qui maintenant nous éblouit, est la figure de la Croix, une figure éloquente pour la foi : ce Jésus, qui se trouve maintenant dans toute sa gloire à la droite de son Père, veut que nous le découvrions sans cesse dans l’acte éternel du Sacrifice ; tel est en effet la signification sanglante du Corps et du Sang, immolés sur la Croix, rendus apparents dans le symbole non sanglant des espèces du pain et du vin. Le Crucifix est devant nous. Nous sommes envahis par la douleur et l’amour. La scène du Calvaire semble se dérouler devant nous. La table est devenue un autel : « Prenez et mangez, ceci est mon Corps ; prenez et buvez, ceci est mon Sang ».
Le prodige continue, prend de l’ampleur : « Faites ceci en mémoire de moi » : le sacerdoce catholique naît de cet amour et pour cet amour : ainsi chaque fidèle chrétien sera invité à cette table ineffable, à cette incomparable communion : « nous, dira l’Apôtre, nous ne sommes qu’un seul corps malgré notre grand nombre, attendu que nous recevons tous notre part du pain unique » (1Co 10,17).
Ici, l’esprit, plongé dans l’étude du mystère eucharistique, découvre le profil du « Christ total » : Jésus, la tête formant avec les membres un corps mystique unique, son Église, vivant en Lui et animée par l’Esprit-Saint : voilà les mille et mille êtres élus à la participation du sacerdoce du Christ, une souche que le Seigneur a bénie, isti sunt semen eut benedixit Dominas comme nous l’avons lu dans la Missa chrismalis (Is 61,9) de ce matin ; ils sont nos confrères, ils sont nos collaborateurs ; il leur a été conféré le sacerdoce ministériel, cette sorte de pouvoir prodigieux qui nous identifie, sous certains aspects, au Christ lui-même, qui nous donne le pouvoir de rendre le Christ sacramentellement présent et, en vertu de sa miséricorde agissante, de ressusciter les âmes mortes à cause du péché.
C’est à vous Prêtres qui nous assistez dans cette fonction liturgique, à vous et à tous les Prêtres de la Sainte Église, répartis sur la surface de la Terre, que s’adresse le joyeux et frémissant salut — in osculo pacis — de notre communion en Jésus-Christ, Prêtre Suprême et Unique de la Nouvelle Alliance qu’il a sanctionnée pendant la Cène du Sacrifice et du Souvenir du Jeudi-Saint.
Et c’est ainsi que subitement resplendit l’autre prodige de la multiplication sacramentelle de l’Eucharistie, que notre humble et sublime ministère sacerdotal rend accessible, dans sa plénitude immédiate de communion avec le Christ, à chaque fidèle disposé à l’ineffable rencontre : à tous les fidèles et à chacun d’entre eux nous adressons aujourd’hui le salut joyeux de notre charité et de notre paix.
Que disons-nous donc ? et que célébrons-nous ? L’Église tout entière, nourrie du Christ unique, victime immolée pour notre rédemption, une rédemption consumée dans la transfusion ; en nous de sa vie divine et humaine, moyennant la communion avec Lui qui s’est fait notre nourriture sacramentelle : « Celui qui me mange, vivra, lui aussi, par moi » (Jn 6,56-57), proclame Jésus-Christ. En est-il vraiment ainsi ? Nous, nous l’écoutons avec foi, stupéfaits, en extase, vivant presque un songe irréel ; quel bonheur est le nôtre !
Mais le monde, notre monde, peut-il accueillir ce message ? Ne crée-t-il pas une distance infranchissable entre l’Église vivante et le monde moderne, séculaire et profane ? Oh ! c’est vrai ! : durus est hic sermo ! ; ce discours est difficile ! (Jn 6,60). Oui, il est difficile ; mais c’est le discours de l’unité, de l’amour, de la joie, du salut, de la vérité ; n’est-ce donc pas un discours qui doit intéresser également l’homme moderne, l’homme authentique, l’homme éternellement en quête de nouveauté et de vie ? Nous formons des vœux pour que lui aussi, l’homme moderne, puisse, pour son bonheur, le comprendre.


LE CHEMIN DE LA CROIX AU COLISÉE, 12 avril 1974
Une des célébrations les plus émouvantes de la Semaine Sainte est sans conteste le parcours symbolique du Chemin de la Croix dans le cadre historique du Colisée de Rome. Après avoir porté lui-même la Croix en fin de parcours, le Saint-Père a adressé à la foule innombrable qui a pieusement suivi la cérémonie, une allocution dont voici la traduction :
Nous venons de faire le Chemin de la Croix, nous venons de parcourir cet itinéraire caractéristique de l’ignominie, de la douleur et de la mort, en cherchant et en retrouvant dans la Passion du Christ le mystère de sa souffrance et de notre propre souffrance.
On pourrait dire qu’il y a eu trois moments dans cette méditation si particulière.
Le premier temps est celui de la répugnance, du bouleversement, de l’horreur. La douleur, surtout lorsqu’elle est consciente, humiliée, abreuvée de cruauté, couverte de sang, provoque notre frayeur. Le prophète Isaïe, entrevoyant longtemps à l’avance le visage défiguré du Christ, disait qu’il était « sans beauté et sans éclat ». Nous voudrions ne jamais voir « l’homme des douleurs » (Is 53), Lui, le prototype de ceux qui souffrent ; Lui, et tous ses compagnons de souffrance, les hommes méprisés, les hommes atteints de difformités, les hommes qui pleurent, les hommes malheureux. Nous sommes facilement des esthètes, des gens avides de beauté et de bonheur ; nous sommes instinctivement jouisseurs et passionnés de vie saine et florissante ; et trop souvent nous oublions nos frères atteints par la misère et la souffrance. La première leçon qui nous vient de ce Chemin de la Croix est un rappel pénible et intense à la compréhension, au respect, au partage de la profonde douleur du Christ et de nos frères humains qui lui sont associés et se trouvent comme représentés par lui dans le mystère de leur existence souffrante.
Par contre, le second moment de notre méditation est celui de la compassion. Si nous avons vraiment suivi avec attention le drame de la passion de Jésus-Christ, le fait de sa parfaite maîtrise de lui-même n’a pu nous échapper. Face à la trahison perfide dont il est victime, face aux accusations, aux injures et aux outrages, ses paroles sont extrêmement mesurées ; il ne réagit pas, il se tait. Le silence de Jésus est rempli de gravité et de mystère. Les quelques mots tombés de ses lèvres sont véritablement très élevés. Il commence à attirer nos esprits. Il l’avait d’ailleurs prédit : « Lorsque je serai élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12,32). Pourquoi donc ? Parce que nous arrivons précisément à un nouveau mystère : Jésus était innocent. Le mystère de la souffrance innocente est, pour toute la sagesse humaine, une des choses les plus difficiles à comprendre ; c’est tout à fait le cas de la souffrance du Christ. Mais bien avant de découvrir quelque chose de ce grand problème, nous sentons déjà naître en nous un incoercible mouvement d’affection pour l’innocent qui souffre ; pour Lui, Jésus, dont Pilate lui-même, le magistrat au jugement facile, avait dit : « moi, je ne trouve en lui rien de mal » (Jn 18,38) ; mais aussi pour tous les innocents, jeunes ou adultes, qui souffrent sans que nous puissions expliquer le pourquoi de leur souffrance. Le chemin de la Croix nous fait rencontrer celui qui est le premier dans le douloureux cortège des innocents qui souffrent.
Et ce modèle de patience nous révèle finalement le secret de sa passion. Elle est un sacrifice. Jésus, assurément, est innocent, mais il a pris sur lui le poids écrasant des péchés du monde. Jésus est une victime ; Jésus est la victime qui seule pouvait satisfaire à la dette de l’humanité pécheresse. Jésus, Dieu et homme, aurait pu accomplir notre rédemption à moindre prix, mais pour nous révéler l’énormité du péché et la profondeur de son amour, il a donné à notre rachat le visage héroïque de la Croix. La Croix est notre justice ; la Croix est notre salut ; la Croix est la révélation de l’amour (cf. Ga 2,20 Ep 2,4 Ep 5, 2, etc. ). La Croix est le signe et le gage de notre espérance et de notre résurrection future.
Disons-le à notre âme, disons-le au monde : la véritable source de la résurrection et de la vie (cf. Jn 11,25) jaillit sans cesse de la Croix.


L’EUCHARISTIE, POINT CENTRAL DE NOTRE FOI CHRÉTIENNE, 13 juin 1974
À l’occasion de la Fête-Dieu qui, en Italie n’est pas seulement une fête religieuse, mais aussi une fête légale, le Saint-Père s’est rendu, comme il le fait chaque année à cette occasion, dans un quartier populaire de la banlieue romaine. Au cours de la Messe à laquelle il a présidé il a prononcé une homélie dont voici notre traduction :
Très chers Fils et Frères !
Écoutez-nous ! Nous voulons vous faire part d’un doute qui a effleuré notre âme, quand nous nous sommes proposé de venir parmi vous pour célébrer ensemble la fête du Corpus Domini. Ce doute, le voici : notre présence parmi vous allait-elle vraiment être bénéfique pour la célébration d’une solennité religieuse comme celle-ci, centrée tout entière sur le culte on ne peut plus ardent, extérieur et intérieur, personnel et communautaire, de la Sainte Eucharistie, sur le mystère de la présence sacramentelle et sacrificielle de Notre Seigneur Jésus-Christ, ou si, au contraire, ma venue dans ce quartier, dans cette paroisse allait être un motif, oui, de joie mais surtout de distraction et non d’attraction vers l’objet véritable de votre dévotion. C’est-à-dire que, dans le fond du cœur, nous nous sommes demandé si notre présence aurait plus attiré votre attention que la présence, seule digne de votre allégresse et de votre adoration, de Jésus caché et manifesté dans le sacrement eucharistique. Deux présences : la nôtre, extraordinaire, visible, humaine, représentative, oui, du Seigneur, mais infiniment inférieure, négligeable même en comparaison de la présence, habituelle il est vrai, mais prodigieuse, sacrée, divine, incomparable du Christ Seigneur.
Aussi nous sommes-nous proposé, quand nous avons décidé de nous rendre ici aujourd’hui, dans cette paroisse encore jeune dédiée à l’Assomption de la Très-Sainte Vierge Marie, de vous adresser les quelques brèves paroles que nous prononçons en ce moment, non tant sur notre présence personnelle, la présence du Pape (nous y ferons quelqu’allusion plus tard, à la fin de la cérémonie) que sur la présence réelle, mystérieuse mais vraie, de Lui, de Jésus, ici, dans cette communauté naissante ; présence divine du Seigneur, qui mérite tout notre intérêt et qui est le motif principal de cette fête du « Corpus Domini », de cette « Fête-Dieu ».
Et cette invitation à faire converger votre attention sur Jésus, sur le Jésus de l’Évangile, sur le Jésus de la Dernière Cène, sur le Jésus de la Croix, sur le Jésus ressuscité, sur le Jésus actuellement dans la gloire du ciel, « assis à la droite du Père », (comme nous le chantons dans le Credo), découle d’une première raison très simple, mais décisive : notre personne ne mériterait aucune considération spéciale si elle n’était celle d’un Évêque, d’un Pape, c’est-à-dire de quelqu’un qui remplace, d’un Vicaire, d’un représentant, d’un ministre en somme, c’est-à-dire d’un serviteur qui tire toute sa dignité et toute son autorité de Celui qui l’a fait élire et le fait agir en son nom. C’est pourquoi, plus vous vous tournez vers nous, plus vous nous regardez avec filiale affection, avec plaisir, plus vous vous tournez vers Lui, vers le Christ, présent dans notre ministère.
Et fixez votre pensée, aujourd’hui plus que jamais — pour en faire une habitude et un facteur d’inspiration — sur le fait mystérieux et central de toute notre foi, celui justement de la Présence parmi nous du Fils de Dieu fait homme, mystère de l’Incarnation qui nous autorise à répéter le vrai nom de Jésus, né de Marie et habitant à Nazareth, le nom de « Dieu avec nous » (cf. Is 7,14 Mt 1,23) : Nobiscum Deus ! Et alors nous voyons se grouper sous cette appellation, propre à Jésus, le dessein, le sens de la venue en ce monde, l’intention orientatrice de son apparition dans l’histoire de l’humanité, parmi nous les hommes : cette histoire se résout en un mot, un nom, si commun et si souvent profané, qui atteint ici les sommets de la divinité ; ce nom est : l’Amour. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique » pour son salut (Jn 3,16 cf. Ep 2,4 Ep 5,2 etc. ). Toute notre religion est une révélation de la bonté, de la miséricorde, de l’amour de Dieu pour nous. « Dieu est charité » (1Jn 4,16), c’est-à-dire amour qui se répand et se prodigue ; et tout se résume en cette vérité suprême, qui explique tout et illumine tout. L’histoire de Jésus, il faut la voir sous se jour : « Il m’a aimé » écrivait Saint Paul, et chacun de nous peut et doit répéter après lui et pour soi-même : « Il m’a aimé moi, et il s’est livré pour moi » (Ga 2,20).
Et alors, nous pouvons comprendre quelque chose également à l’Eucharistie que nous célébrons publiquement aujourd’hui. L’Eucharistie est le mystère d’une présence due à l’amour. « Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous » a dit Jésus en laissant entendre que la fin de sa vie temporelle était proche. Promesse suave qui, après la Résurrection, devient solennelle et marque le destin et la réalité de notre histoire religieuse et humaine : « Voici : Pour moi, je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20). Dieu avec nous ; le Christ avec nous ! Tout le christianisme est un fait, un mystère de Présence.
Et ce soir, si nous sommes ici, c’est précisément dans ce but : pour réveiller en nous, en vous, en tous ceux qui percevront l’écho de notre voix, le sentiment de cette réalité, vraie et surnaturelle : ici est Jésus. Là où l’Eucharistie est célébrée, se découvre et se proclame ce « mystère de la foi » : ici est Jésus, le Christ, notre Sauveur, vivant et vrai. Présent !
Lorsque nous laissons pénétrer dans nos cœurs cette suave et écrasante vérité, nous ne pouvons plus demeurer indifférents, impassibles et tranquilles : Il est ici ! notre premier sentiment est d’adoration et d’exaltation ; et presque de confusion : que devons-nous faire ? que devons-nous dire ? chanter ? pleurer ? prier ? ou peut-être nous taire et contempler, comme Marie, la sœur de Marthe toute agitée et anxieuse de servir le Seigneur, tandis qu’elle, Marie, « assise aux pieds de Jésus, l’écoutait parler » (Lc 10,39) ? De ceci est né le culte eucharistique.
Mais un second sentiment nous envahit, celui d’une légitime curiosité. La doctrine catholique, expression de notre foi, nous affirme : le Christ, vivant, vrai, réel, est présent. Et alors toute une série de questions surgit dans notre esprit : il est présent ? mais comment ? où ? pourquoi ? Et lui, se laisse-t-il voir, approcher, toucher, comme le faisaient les gens de l’Évangile (cf. 1Jn 1,1) ? Il est caché ; mais peut-on l’identifier ? et pourquoi se cache-t-il ? et comment peut-il se trouver simultanément en tant d’endroits différents ? ceci serait-il une nouvelle et miraculeuse multiplication des pains, répétée sans cesse ? et comment peut-il être une nourriture pour nous alimenter ? le pain et le vin se transforment en chair et en sang, comme était Jésus sur la Croix ? « ... il est difficile, ce discours ! » (Jn 6,60). De ceci est née la théologie sur l’Eucharistie.
Oui, ce discours est difficile ! Mais vous savez ; que Jésus fut inflexible à vouloir que son grand discours sur le mystère eucharistique soit textuellement accepté (cf. Jn 6,61 ,et ss.). Il faut croire ! Croire à la Parole et sur la Parole du Christ. Nous, nous disons maintenant : c’est un mystère de foi. Mais pas entièrement incompréhensible, même aux intelligences timides : comme une image unique peut se refléter, toujours identique dans tous les miroirs qui la reprennent ; comme une même voix peut être recueillie par toutes les oreilles qui l’écoutent ; comme une même parole peut se transformer en pensée chez tous ceux qui la comprennent, ainsi un Jésus unique peut être présent dans les nombreux, dans les innombrables signes, sacramentels qui le représentent ; mais non sans un divin prodige, et le prodige consiste dans le fait que, par vertu divine, il ne s’agit pas ici d’une simple représentation, d’un simple signe symbolique, d’une figuration sacramentelle ; il s’agit du fait qu’en cette même figuration, c’est-à-dire sous les espèces du pain et du vin, une Réalité se cache, une réalité qui se substitue à la substance du pain et du vin et cette Réalité est Jésus lui-même, la substance de son Corps et de son Sang, Lui-même en un mot, revêtu de ces humbles apparences (cf. St. TH., III, 73, 6).
Écoutez un instant ! Précisément à ce point-ci, qui dépasse notre expérience et notre intelligence, nous commençons à comprendre beaucoup de choses merveilleuses qui nous font entendre, sinon comment, du moins pourquoi Jésus a voulu se faire sacrement eucharistique. Pourquoi ? pour être à la disposition de tous. Il s’est multiplié de cette manière extraordinaire afin d’être disponible pour chacun de nous. Et par conséquent pour faire de nous tous une seule chose, son Corps mystique, l’Église Une (1Co 10,17). Mais la question se fait plus insistante : pourquoi disponible comme aliment ? n’est-ce pas étrange, impensable que le Christ ait voulu se faire aliment pour nous ? Et voilà une autre merveille : le Christ s’est fait nourriture spirituelle pour nous démontrer qu’il nous est nécessaire : sans aliment, on ne peut vivre ; nous démontrer aussi qu’il est, Lui, la véritable nourriture, intérieure et personnelle, de vie éternelle dont nous avons tous besoin et dont nous avons tous, si nous le voulons, le bonheur de pouvoir nous alimenter, de « compénétrer » en communion avec Lui, pour le soutien actuel et la plénitude immortelle de notre existence.
Une autre question surgit : et pourquoi Jésus a-t-il voulu scinder ce sacrement en deux espèces différentes, le pain et le vin, enveloppes sensibles d’un bien différent contenu substantiel ? uniquement pour donner, sous cette apparence, nourriture et boisson à la faim de notre âme (cf. St. TH., III, 73, 2). Oui ; mais la réponse serait plus longue et plus complexe. Du reste, vous, chrétiens fidèles, vous la connaissez comme ceci : Jésus a voulu donner à ce Sacrement une double signification de sacrifice : l’une, substitutive de la signification de la Pâque juive, se faisant lui-même agneau de la libération ; figurative, l’autre, de celle de sa crucifixion qui, de la chair martyrisée fit jaillir le sang de la rédemption. Dans l’Eucharistie, Jésus est la victime qui reflète en lui-même l’unique sacrifice rédempteur Valable, celui de la Croix ; et lorsque nous y participons par la Communion, nous sommes associés aux fruits de l’immolation salvatrice du Christ.
Que de choses ! Que de mystères convergent dans ce mystère central de notre foi en la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie ! Comment les rappeler tous ? comment les revivre dans notre vie, individuelle et ecclésiale ? Eh bien : rappelez-vous au moins une parole du Christ ; écoutez sa voix, celle de son invitation évangélique : « Venez à moi ! ». Oui : « Venez à moi, vous tous qui êtes las et opprimés, et je vous consolerai » (Mt 11,28).
Oui, l’Eucharistie est une présence qui nous invite. Jésus invite comme un ami, s’approchant tacitement, attendant sans trêve, prêt à nous accueillir tous. Il nous invite à une table qui est toute une très douce célébration d’union, de douleur, d’amour. C’est un appel adressé de préférence à celui qui souffre et peine le plus ; à celui qui est pauvre et qui pleure ; à celui qui est seul et sans aide ; à celui qui est petit et innocent. Jésus appelle et invite. Sa voix parvient également aux éloignés, aux utopistes, aux fugitifs hors du bon chemin. Venez, l’entrée est libre pour les repentis et pour les croyants. Venez, Il dit : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6).
C’est là sa voix qui aujourd’hui s’élève du sacrement silencieux, présent au milieu de nous. Haut dressé, dans cette fête-ci, la sienne, devant tout le Peuple, il clame, Lui, de son accent divin et humain, comme autrefois quand, cheminant sur les ondes, il apparut à ses disciples, dans la bourrasque nocturne de l’Évangile. « Ayez confiance ! c’est moi, n’ayez pas peur » (Mt 14,27). Venez !
Ainsi soit-il !
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