LE DON D’UNE VIE NOUVELLE, 18 mai
Une foule immense, venue de tous les continents et au premier rang de laquelle se tenaient le Roi et la Reine des Belges, en pèlerinage à Rome, se pressait le dimanche de la Pentecôte dans le Temple le plus vaste de la chrétienté, insuffisant toutefois pour participer à la célébration. Aussi la foule qui stationnait sur la Place Saint-Pierre n’était-elle pas moins dense. Grâce à de nombreux diffuseurs, elle put, elle aussi, suivre — sinon voir — la cérémonie et entendre l’homélie que le Saint-Père a prononcée après la Liturgie de la Parole. Voici, en traduction ce qu’a dit Paul VI :
Vénérables Frères, Fils bien-aimés,
Parler de la Pentecôte !
Tout d’abord, deux sentiments contraires agitent spontanément l’âme lorsque l’on se propose de parler d’un thème d’une telle nature, d’une telle importance ; le premier est la crainte paralysante, celle que la Bible nous montre en Jérémie, le jeune prédestiné à qui le Seigneur donne l’ordre de prophétiser et dont notre Vulgate traduit ainsi le quasi-bégaiement : « ah ! ah ! ah !, Seigneur Dieu, voilà que je ne sais plus parler » (Jr 1,6), tellement ce thème se place au niveau du sublime, atteint l’ineffable ; on voudrait plutôt s’abandonner à la silencieuse contemplation du mystère de la Pentecôte.
Par contre, l’autre sentiment est celui de l’enthousiasme exubérant, semblable à celui qui jaillit de la poitrine de Pierre, désormais promu du rôle de disciple à la fonction d’Apôtre, comme les autres onze ; au moment du retentissant événement, Pierre en effet s’écria : Hommes, écoutez : « Ce qui se passe maintenant est bien ce qu’a prédit le prophète Joël : Il arrivera dans les derniers jours, dit le Seigneur, que je répandrai mon Esprit sur toute chair. Alors vos fils et vos filles prophétiseront, les jeunes auront des visions et les vieillards des songes. Et moi, sur mes serviteurs et sur mes servantes je répandrai de mon Esprit et ils prophétiseront... » (Ac 2,14-18).
C’est indubitablement ce second sentiment qui prévaut, entraînant le premier avec lui, lorsqu’il s’agit d’annoncer à l’Église et au monde ce grand événement et ce qu’il révèle avant tout : la vie intime de Dieu, unique en son Etre et trois dans les Personnes. Jésus l’avait déjà prédit : « Et moi je prierai le Père et il vous enverra un autre Paraclet qui restera à jamais avec vous : l’Esprit de Vérité que le monde ne peut recevoir parce qu’il ne le voit ni le connaît ; mais vous, vous le connaîtrez, parce qu’il demeurera avec vous et qu’il sera en vous » (Jn 14,16-17). Et ainsi, Frères et Fils, le discours qui convient à la Pentecôte est celui qui exprime la doctrine, la théologie, la science de la Réalité religieuse suprême, le mystère même de la Vie, infiniment transcendante de Dieu. Ceci nous est aujourd’hui enseigné et jamais plus nous ne saurions l’oublier, même si nos facultés d’entendement s’en trouvaient noyées, submergées. Oui, Il est certes difficile de garder les yeux fixés sur le soleil, ils en, sont éblouis, brûlés ; et cependant, ces mêmes yeux ne pourraient rien voir si l’objet sur lequel ils se posent n’était pas éclairé par le soleil. Dieu est notre soleil.
Et c’est sa fulgurante lumière qui nous a révélé directement que les Relations intérieures à son Etre souverain sont des Personnes, les trois Personnes divines ; que le Père, éternel et premier principe, engendre sa propre Pensée, le Verbe, le Fils éternel qu’il a envoyé dans le monde afin que, revêtu de notre humanité, il prît le nom de Jésus et vécût son drame salvifique ; puis que l’Esprit Saint, lui aussi Personne divine, procède comme Amour de l’infinie complaisance et béatitude mutuelle du Père et du Fils. Cet Esprit Saint a, lui aussi, été envoyé dans le monde pour accomplir et dilater l’œuvre du Fils, c’est-à-dire du Christ : voilà la Pentecôte, un moment de plénitude et lai source de la forme institutionnelle de cette œuvre divinisante et salvatrice, l’Église « signe ou sacrement et instrument de l’intime union avec Dieu ». C’est ce qu’a affirmé le récent Concile (Lumen Gentium LG 1), indiquant ainsi le premier effet transcendant et le premier aspect surnaturel du nouveau rapport direct que Dieu a voulu instaurer avec son humble et sublime créature qu’est l’homme, que nous sommes. Mais le Concile poursuit en indiquant un second aspect de l’Église dans ce mystère : « Elle est aussi Signe ou Sacrement, et instrument de ‘l’unité de tout le genre humain’ ».
Aussi, en faisons-nous le pivot de tout le système religieux et théologique ; il définit les véritables, les authentiques, les nécessaires relations de l’humanité avec la divinité, relations qui maintenant se réalisent dans l’Esprit Saint. « En vérité, en vérité, je te le dis, enseignait Jésus à Nicodème, à moins dei naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer au Royaume de Dieu » (Jn 3,5).
À la suite d’un semblable discours nous voudrions aujourd’hui non seulement posséder l’Esprit à l’instant même, mais expérimenter les effets sensibles et prodigieux de sa merveilleuse présence au-dedans de nous. Car nous savons que l’Esprit est lumière, qu’il est force, don, infusion d’une vitalité supérieure, capacité de franchir les limites de l’activité naturelle ; il est richesse de vertus surnaturelles, richesse de dons, les célèbres sept dons qui rendent prompte et souple l’opération du Saint-Esprit ordonnée au système complexe de la psychologie humaine ; il est richesse de fruits spirituels qui revêtent de beauté le jardin fécond de l’expérience chrétienne (cf. Ga 5,22-23).
Mais, nous, maintenant, en annonçant le mystère de Pentecôte, nous nous arrêtons sur son seuil : comment, comment pouvons-nous y pénétrer ? Cette phase de l’événement pentecostal mérite également notre réflexion actuelle et y suffit pour l’instant. La préparation n’est pas superflue même si le grand Don de l’Esprit est gratuit et peut se propager en nous avec l’impétuosité de son souffle et le jaillissement inattendu de son feu ainsi qu’il advint en ce jour unique, en ce jour historique de notre première Pentecôte.
Ce jour d’ailleurs, ce jour prodigieux eut, lui aussi sa préparation. Une préparation dans le silence intérieur au sein duquel la conscience a mûri sa conversation, sa purification, sa metanoia. Nous les hommes d’aujourd’hui nous sommes trop extrovertis, nous vivons hors de chez nous et, peut-être, comme le dit un philosophe célèbre, en quittant la maison nous avons perdu la clé pour y rentrer. La rencontre avec l’Esprit Saint est sanctifiante, et même s’il laisse des traces de toutes parts sur la scène des choses extérieures (« rien n’est sans langage » — voir 1Co 14 1Co 10 — pour qui sait écouter— la rencontre se fait dans le secret du cœur, où se garde la parole du Seigneur (Jn 14,23), là où l’homme est lui-même, dans la solitude de sa personne. Voilà pourquoi, dans l’attente du grand jour, les Apôtres étaient réunis « persévérant ensemble dans la prière... avec Marie, la Mère de Jésus » (Ac 1,14) ce fut la première, la plus heureuse des retraites spirituelles. Au silence, donc, s’unit la prière qui, dans l’expression traditionnelle de l’Église, s’élève comme une imploration bien connue, une invocation, la manifestation d’un désir : viens ! viens, ô Esprit créateur ; viens, ô Esprit Saint ! Et le miracle s’accomplit pour nous, au moment sacramentel de la justification, de la rémission de nos péchés moyennant, nous le savons, la confession qui ressuscite l’âme et l’élève à la coexistence avec la vie divine (cf. 2P 1,4), que nous appelons état de grâce, oui, grâce ineffable, état qui devrait nous être plus cher que la vie naturelle elle-même — comme nous l’enseignent les Saints — car il vaut pour elle et il vaut plus qu’elle ; c’est en effet un état de vie surnaturelle à laquelle est assurée, de par le fait même, la plénitude et la béatitude de la vie éternelle.
Parvenue à ce point, la préparation permet déjà d’entrer dans le mystère de Pentecôte : l’Esprit Saint, c’est-à-dire le Dieu Amour, vit dans l’âme et l’âme se sent envahie d’un besoin subit de s’abandonner à l’Amour, un « super-Amour » ; et elle se sent en même temps comme envahie d’un courage insolite, le courage propre de celui qui est heureux, de celui qui est sûr ; le courage de parler, de chanter, d’annoncer à autrui, à tout le monde « les merveilles de Dieu » (Ac 2,11). Et voilà qu’éclaté le miracle des langues qui pour nous, héritiers lointains mais pas inactifs d’un si grand prodige, se traduit dans la facilité et dans la joie du témoignage, devant tous et pour tous, dans un champ d’apostolat sans limites. Il ne s’agit pas seulement de ministère, mais bien de positive, de volontaire et courageuse activité exercée pour annoncer et diffuser le message du Christ ; il s’agit d’apostolat, nous le répétons.
Ici se termine aujourd’hui notre annonce de la Pentecôte : elle est l’annonce de la donation d’une nouvelle vie intérieure animée par la présence et l’énergie de Dieu qui se communique lui-même dans son Amour ; elle est la sublimation, de la vie naturelle en vie surnaturelle, vie de grâce ; elle est l’embrasement conscient, personnel de la double vocation de notre pauvre être caduc, timide, malhabile, devenu apte ainsi à la contemplation intérieure et à l’action extérieure ; la Pentecôte est le jour où nous fêtons la naissance de l’Église apostolique, une, catholique et sainte ; notre Église, l’Église du Christ ! Clamons notre allégresse !
HOMÉLIE DU SAINT - PÈRE POUR LA FÊTE–DIEU, 29 mai 1975
Frères,
Cette liturgie du « Corpus Domini », si particulière et si solennelle, a le caractère d’un rappel. Notre réflexion retourne vers la nuit du Jeudi-Saint, pleine d’une telle signification pour Jésus, le Maître, qui ouvre la Cène pascale avec ces paroles en forme de testament, pleines d’une émotion intense et d’une tendresse pleine d’amour : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir... » (Lc 22,15). Une curiosité angoissée provoque alors une extraordinaire tension parmi les convives pendant que Jésus accomplit des gestes insolites comme le lavement des pieds de ses disciples, et prononce des discours extrêmement doux et graves, distribuant à un moment donné le pain et le vin transformés de manière radicale et essentielle en son propre corps et en son propre sang. Il transforme ainsi le repas en sacrifice où l’agneau pascal alors consommé cède sa valeur séculaire et historique de symbole national de libération, à la présence d’une victime salvatrice authentique, prophétisée et prophétique, unique, universelle et permanente. Puis le commandement de l’amour fraternel, puis la doctrine de l’union permanente de Jésus et des siens, et l’alternance de la souffrance et de la joie prévue pour les fidèles disciples du Maître au-delà de sa disparition sensible, l’annonce répétée aussi de la mission animatrice de l’Esprit Paraclet et enfin, comme couronnement de l’économie messianique, la dernière prière sacerdotale du Seigneur, s’élevant entre ciel et terre comme un hymne qui absorbe dans l’unité transcendante les destins suprêmes de l’humanité rachetée.
C’est trop de choses pour nous ! Alors que nous sommes absorbés aussitôt dans le drame féroce et héroïque de la Passion du Vendredi-Saint, et enfin par l’avènement suivant, quasi inconcevable dans son bonheur suprême, de la résurrection du Seigneur, Lui-même, mais tellement merveilleusement vivant qu’il ne peut pas être enfermé dans les schémas habituels de notre mentalité courante.
Cette profusion de faits, de paroles, de rapports prophétiques avec le passé et avec le futur, qui forme le cadre si dense du mystère pascal nous oblige, comme nous le disions, à un rappel et à une recherche du point central dans lequel la réalité supérieure se condense dans une expression symbolique, c’est-à-dire sacramentelle ; grâce à laquelle il transcende les limites de la contingence de la matière et du temps, se diffuse, corne la lumière à partir de son point focal, et se rend accessible à ceux qui ouvrent les yeux à cette lumière, les yeux de la foi, et franchissant les bornes de l’espace et du temps tout comme celles de nos lois expérimentales, la fait sienne, comme c’était dans l’intention du Seigneur, lorsqu’il l’a fait briller par sa suprême puissance, avec un amour infini.
Et nous voici, oui, tremblants d’émerveillement et de joie, qui ouvrons cette capacité réceptive profonde de notre esprit et nous nous écrions : « Mystère de la foi ! ». Nous franchissons ainsi le seuil prodigieux du règne de Dieu auquel le banquet pascal du Seigneur, à la veille de sa passion rédemptrice, nous avait invités comme à une rencontre suprême. Oui, nous croyons, Seigneur, mais viens Toi-même en aide à notre incrédulité (cf. Mt 9,24). Alors voici la scène théologique qui brille devant nous ; et nous ne pouvons jamais en contempler simultanément tous les aspects, ni en jouir, ni les comprendre. Les âmes entraînées à cette surprenante vision le savent bien. Pour en saisir quelque chose, il faut maintenant choisir un aspect et fixer notre regard sur un point particulier.
Quel est ce point particulier aujourd’hui pour nous ? Nous écoutons en ce moment, Seigneur, une de tes paroles. C’est une parole de ton discours à Capharnaüm, discours de commentaire, de polémique et de révélation que tu as fait, ô Seigneur, après le miracle de la multiplication des pains pour la foule de plus de cinq mille personnes qui étaient venues à ta recherche au-delà du lac de Tibériade, miracle prélude et symbole de l’institution de l’Eucharistie. À ceux qui demandaient encore du pain pour assouvir leur faim naturelle, Tu as redit, Seigneur : « Je suis le Pain de vie ; celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif » (Jn 6,35). Tu attirais ainsi l’attention sur une autre faim et sur une autre soif qui ne sont pas celles de la vie temporelle pour laquelle ta miséricordieuse bonté avait donné la veille une nourriture gratuite et abondante. Tu as ainsi enseigné des vérités qui ont encore leur valeur, qui valent toujours, et pour nous aussi, aussi loin que nous soyons des lieux et des temps qui Te virent physiquement présent.
Tu nous as enseigné que les nécessités de la vie temporelle et économique méritent, certes, que la société s’y intéresse, que les hommes y pourvoient de manière immédiate, rendus frères à un nouveau titre par ce besoin incontestable du pain que la terre peut, donner et qu’elle donne à qui y prodigue ses efforts avec sagesse, à la sueur de son front et en priant. La solidarité entre les hommes, née de la souffrance et de la nécessité comme de la recherche d’un bien-être croissant et d’une plus juste participation de tous aux biens de la terre, ne sera jamais oubliée ni passée sous silence par ceux qui sont marqués du nom de chrétiens, qui sont les disciples fidèles de ton Évangile ; ce sera aussi pour eux une obligation à la fois douce et sévère et ce le sera toujours plus, que celle de multiplier le pain de la terre dans la mesure où la faim est plus grande, c’est-à-dire dans la mesure où le besoin et la souffrance le réclament : et ce sera pour eux un puissant stimulant et une récompense incomparable que de savoir que cet effort économique et social sera soutenu par un amour que Toi seul peut donner dans toute son efficacité et dans toute sa beauté, la charité. Et fais Toi-même, Seigneur, que nous puissions donner notre témoignage vrai, humble, amical et persévérant à cette loi chrétienne suprême de la vie en commun qui est la tienne.
Mais Tu nous as enseigné aussi, ô Seigneur, que l’homme ne vit pas seulement du pain de la terre (cf. Mt 4,4) parce que notre vie n’est pas appelée seulement à un destin terrestre ; mais pour la destinée surnaturelle qui est offerte à notre existence naturelle, ta parole, ta rédemption, ta communion nous sont indispensables avec le Pain de la vie éternelle.
Excite en nous, Seigneur, cette faim. Toi qui l’alimentes et l’apaises aujourd’hui, dans le temps, et demain, dans l’éternité ; Toi qui viens à nous dans l’inestimable don du Pain eucharistique.
« CE N’EST PAS DEMAIN, MAIS AUJOURD’HUI, QUE NOUS SOMMES OUVRIERS DE LA VIGNE DU SEIGNEUR », 6 juin 1975
Vénérés Confrères dans l’Episcopat et dans le Sacerdoce, chers Fils et Filles,
Congregavit nos in unum Christi amor. Oui, ce matin, en cette Fête du Cœur du Christ, qui est la célébration de l’amour du Christ, ce même amour nous a réunis ici, tous ensemble. Nous nous en réjouissons intimement, et nous sommes certain que vous aussi, vous vous réjouissez tous dans vos esprits : parce que nous voici tous unis, nous, avec vous, Évêques d’Italie, et avec vos prêtres ; unis dans cette célébration jubilaire qui est bien plus qu’une manifestation extérieure, toute solennelle et vécue qu’elle soit : elle est le signe visible d’un fait intérieur, de cette réalité vivante qu’est l’Église Italienne ici présente en la personne de ses pasteurs, réunis pour leur Assemblée Générale, et celle de leurs collaborateurs directs, les prêtres, comme elle est présente dans l’expression qualifiée du laïcat, collaborateur généreux. De telle sorte que votre présence ici, près du trophée caché et resplendissant du Prince des Apôtres, aux côtés de son très humble Successeur, assume la signification évidente de la communion. Congregavit nos in unum Christi amor : et cela ressort avec plus d’évidence encore de la richesse de la Liturgie du mystère d’aujourd’hui, une célébration de l’amour de Dieu qui se reflète dans le cœur humain du Verbe Incarné. Dans sa première Epître, celle que nous venons d’écouter, Saint Jean nous l’a rappelé : « En ceci s’est manifesté l’amour de Dieu pour nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui... Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et en nous son amour est accompli. À ceci nous reconnaissons que nous demeurons en Lui et Lui en nous : c’est qu’il nous a fait don de son Esprit » (1Jn 4,9 et 12-13).
Communion, donc, qui enfonce ses racines dans la vie même de la Très-Sainte-Trinité. Mais voici que pour nous, élus, découlent aussitôt de cette communion, des faveurs et des devoirs concrets et impérieux : ceux de l’unité, de la solidarité, de l’action conforme qui ne doit pas seulement être affirmée verbalement, mais démontrée chaque jour dans les faits : d’où l’importance des programmes unitaires dont l’Assemblée de la C.E.I. et son incessante activité nous donnent une image des plus encourageantes ; d’où également la mobilisation des efforts de tous les membres de la communauté ecclésiale.
1. Mais dans quel esprit devons-nous accomplir tout ceci ? En faisant preuve d’un zèle renouvelé, d’une ardeur renouvelée, d’une générosité renouvelée qui trouvent leur base dans la metanoia que l’Année Sainte prescrit à chacun. Si la communion est le miroir qui reflète notre réalité intérieure et si elle exprime notre activité extérieure, alors, sous cet éclairage, nous devons ressentir l’obligation de poursuivre avec un nouvel élan l’œuvre commune de salut et d’évangélisation à laquelle nous appelle notre vocation. Il nous semble qu’une période nouvelle de vie ecclésiale est en train de se dessiner : il faut que notre fidélité à la tradition canonique s’exprime dans une ferveur renouvelée d’interventions et d’œuvres (cf. Rm 12,2). De nous, Pasteurs responsables et conscients, les temps actuels attendent deux choses : une application adhérente et conforme du grand trésor de doctrine et de précepte du récent Concile que la Providence a voulu faire célébrer par notre génération : ce n’est pas hier, ce n’est pas demain, mais aujourd’hui que nous sommes, nous, ouvriers de la vigne du Seigneur, appelés à un travail très absorbant (cf. Mt 20,7) ; il faut que le Concile devienne le stimulant continuel et la loi opérante de notre vie ecclésiastique actuelle. Et deuxième chose : nous devons avoir un sens aigu, attentif et vigilant, de la transformation, spécialement dans ses aspects culturels, du monde dans lequel nous sommes appelés à opérer.
Alors, voulons-nous esquisser ensemble les grandes lignes de ce que nous devons accomplir dans cet esprit nouveau, pour reprendre vraiment notre mission, avec des énergies jamais lasses et toujours vigoureuses ?
D’abord et avant tout, la vocation. C’est par elle qu’il faut commencer pour revitaliser et accroître les communautés ecclésiales : devenir maîtres d’une nouvelle génération de prêtres et approfondir la conscience sacerdotale. Mais c’est l’Évêque qui est le premier maître tant des vocations de son diocèse que de la formation de ses propres prêtres, formation mise à jour et mûrement réfléchie, mais jamais séparée d’une vie spirituelle des plus intenses. Cette responsabilité directe, bénéficiant certes de la collaboration choisie et efficiente d’excellents Confrères a été rappelée expressément par le Concile Vatican II (Christus Dominus, CD 15 CD 16 Presbyterum Ordinis, CD 7 Optatum totius, CD 2). Il importe donc que ce soit l’Évêque qui personnellement s’intéresse à ses propres séminaristes et prêtres, afin que ceux-ci puissent vraiment trouver en lui le Père, le Conseiller, l’Ami, le guide, l’aide et le soutien.
Il faudra en même temps qu’il réponde en toute conscience à la grave obligation d’assurer également la formation apostolique des laïcs et spécialement de ceux qui acceptent de s’enrôler dans les formations toujours actuelles de l’Action Catholique ; en effet, en un moment comme celui-ci cette formation est nécessaire pour que ne vienne pas à manquer la clarté de la doctrine, la vigueur des principes, la lumière de l’exemple. Ici encore la voix des Pères Conciliaires a été catégorique : « Il appartient à la Hiérarchie de favoriser l’apostolat des laïcs, de lui donner principes et assistance spirituelle, d’ordonner son exercice au bien commun de l’Église et de veiller à ce que la doctrine et les dispositions fondamentales soient respectées » (Apostolicam Actuositatem, AA 24). Sous cet éclairage, nous voyons avec grande consolation et très heureuse espérance, le phénomène des catéchistes, en plein développement et parfois de manière surprenante. Voilà une chose excellente, à encourager très sagement, parce qu’elle démontre la toujours vive et généreuse énergie des jeunes forces de l’Église. Et il est évident que ce n’est que dans une solide formation religieuse, en parfait accord avec la vie de grâce, et dans l’exercice du témoignage doctrinal que l’on peut avoir des communautés ecclésiales adultes, sur lesquelles faire fond solidement pour l’avenir.
2. Mais nous voulons aussi souligner le but qui nous est assigné aujourd’hui dans notre activité pastorale : c’est celui d’être actifs et forts. Actifs avant tout, parce que la logique de l’Évangile nous appelle à dépenser les talents que nous a confiés le Seigneur, sans nous lasser, sans jamais nous interrompre, sans nous laisser accabler par les préoccupations de la routine : « Nec in te partitur Dominus unius usum esse operis aut laboris, quis, dum vivimus debemus semper operari » a dit Saint Ambroise (Exp. Ev. sec. Luc VIII, 31 ; CC, page 309).
Il se pourrait qu’ une subtile tentation s insinue dans le Pasteur d’âmes et le poids immense de son travail lui fournirait facilement une excuse atténuante : « Après tout, il y a la C.E.I. ; il y a quelqu’un pour y penser ! ». C’est la tentation de demander à l’organisme collégial ce que seule la responsabilité personnelle peut réaliser. Nous sommes tous convaincus qu’il en est ainsi, n’est-il pas vrai ? Chaque Évêque conserve intégralement sa propre responsabilité, chacun doit se proposer de résoudre personnellement, avec l’aide de son propre clergé, ses propres problèmes immédiats ; en effet, chacun sera jugé sur la générosité et le zèle avec lesquels il aura répondu à l’état de grâce : sans oublier toutefois que nous devons en même temps agir comme en un concert unique, en une unique harmonie, selon ce caractère d’unicité du programme auquel nous avons déjà fait allusion, et qui seul assure la validité des diverses initiatives.
C’est pourquoi, Frères, il faut également que vous soyez forts. Forts pour canaliser les énergies du bien ; forts pour favoriser le développement positif que vous avez relevé dans les tensions de renouvellement et de collaboration dans les divers éléments de la vie ecclésiale ; forts pour répondre aux difficultés qui ont investi un peu toutes les formes d’association et, ci et là, la vie même du clergé et des âmes consacrées. Mais, surtout, forts dans l’amour ! Vous puiserez, Frères, comme vous le savez bien, une telle force, vraie, indispensable, dans l’intensité de la vie religieuse, soit personnelle, soit communautaire et liturgique ; et vous la puiserez dans votre union, comme il a été dit. Or, votre union doit être la Conférence Episcopale qui veille remarquablement à harmoniser et à intensifier la consistance religieuse du Peuple italien. Comme on le dit, l’union fait la force. Mais quelle est la force qui jaillit de cette union ? La force de l’amour ! de l’amour pastoral ! Amour pour les hommes de notre temps ; oui, c est à cette fin qu’est consacrée notre vie ; mais rappelons-nous bien comment nous devons interpréter cette parole magnanime et polyvalente « amour », c’est-à-dire dans le sens que le Christ lui attribue, de libération, de service, de sacrifice, et selon la formule de Saint Paul qui fait de la charité et de la vérité un binôme inséparable. Il faut exercer l’amour selon les exigences de la doctrine sans se laisser emporter comme des enfants à tous vents des opinions publiques à la mode (cf. Ep 4,14-15), comme cela arrive, malheureusement, même à certaines personnes engagées au service de la foi et qui, parfois aussi avec de généreuses intentions, de maîtres et guides qu’ils devraient être pour les frères égarés sur des sentiers erronés, se font les disciples serviles de ceux-ci et détournent le dynamisme de notre charité sociale au profit de systèmes idéologiques et pratiques qui en étouffent la liberté intrinsèque et la vident finalement de sa valeur religieuse.
3. Nous le répétons : que l’amour soit notre force : « Nous avons reconnu l’amour et nous y avons cru » (1Jn 4,16). La réalité du Cœur du Christ nous pousse à cet amour, même in spem contra spem ! Oui, frères, aujourd’hui, la société a besoin d’amour : il y a des désordres sociaux, des ferments de désagrégation, des erreurs morales (drogue, perversion, etc.) parce que peut-être notre peuple, dans quelques expressions de sa vie (le besoin de justice sociale, par exemple la pression du travail industriel, l’étude de la mentalité moderne) ne s’est pas senti assez aimé ! De même, dans la méfiance, et dans les préjugés qui tiennent loin de l’Église tant de membres des classes sociales les plus évoluées, du monde de la culture, de l’enseignement, des arts, on a vu à tort, un manque d’intérêt et d’amour. Au contraire, il faut que tous se sentent chez eux dans l’Église ; elle n’est hostile à personne parce qu’à tous elle apporte la vérité, la lumière, la clairvoyance, la patience, la paix, la charité de Dieu. Voilà notre force : un plus grand amour, une plus grande bonté : nous devons nous faire aimer plus, et en aimant, nous faire, comme Saint Paul « tout à tous afin de les sauver tous » (1Co 9,22). C’est notre profession, notre vocation, notre terrible et fortifiante responsabilité. C’est à cela que nous appelle le Christ qui, par notre intermédiaire — de nous Évêques, de nous prêtres — et par celui des laïcs généreux, veut faire entendre à tous les hommes les anxiétés de son Cœur : nous l’avons entendu dans l’Évangile : « Venez à moi, vous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez soulagement pour vos âmes » (Mt 11,28-29). Le monde qui souffre dans le climat glacé de l’égoïsme et de la peur a besoin de réentendre cette affirmation qui renouvelle et confirme pour toujours les grandes paroles de l’Alliance : « Le Seigneur s’est lié à vous... le Seigneur vous aime » (Dt 7,7-8).
Oui, Frères, oui, amis : ceci est notre engagement, ceci est notre gloire ceci est notre récompense. Que nous fortifient Saint Pierre et tous les Apôtres, avec leur héroïque témoignage ; que nous aide la Vierge Très Sainte, Mère de l’Église ; et que nous encouragent et nous bénissent Dieu le Père, le Fils, le Saint-Esprit. Amen.
LE DON DE L’ESPERANCE, 15 août 1975
Le 15 Août, fête de la Vierge, Paul VI a quitté vers la fin de l’après-midi, sa résidence d’été de Castel Gandolfo, pour rencontrer à Rome, au Vatican, une joule immense de pèlerins et célébrer avec eux l’Assomption de Marie. Au cours de la Sainte Messe solennelle qu’il a concélébrée, Paul VI a prononcé une homélie dont voici notre traduction.
En 1950, durant l’Année Sainte, le premier Novembre, en la fête de Toussaint, sur la place qui s’étale devant la Basilique Saint-Pierre, en présence de tous les Cardinaux se trouvant à Rome ce jour-là et de centaines d’Évêques venus de tous les continents du monde, du Clergé et du peuple de la Ville éternelle ; en présence également de nombreux Chefs d’États et de Représentants d’innombrables pays ; devant, enfin, une immense assemblée de pèlerins de toutes nationalités, notre Vénéré Prédécesseur, le Serviteur de Dieu Pie XII, proclamait comme dogme de foi le fait, le mystère de l’Assomption corporelle au ciel de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère du Christ, Mère du Verbe de Dieu incarné et donc Mère de Dieu, puis, pour nous, Mère de l’Église, Notre Mère et, comme une Eve nouvelle, Mère de toute l’humanité en vue de son salut. Aujourd’hui que nous célébrons la fête de l’Assomption, nous évoquons à nouveau cet événement solennel pour en faire nôtres les sentiments et les propos ; et la liturgie de ce jour nous offre une occasion propice à cet effet.
Cette célébration liturgique aurait dû avoir lieu en la très vénérable — et à nous, très chère — Basilique de Sainte-Marie-Majeure, monument exceptionnel et magnifique, unique en vertu de l’idéal marial qui s’y cristallise en images d’incomparable prestige, de la piété, de l’histoire, de l’art qui s’y rattachent. Pour des raisons d’espace nous avons cru bon de transposer cette solennelle célébration dans cette plus vaste Basilique Saint-Pierre, voulant ainsi permettre à un plus grand nombre de Pèlerins et de fidèles d’y participer et honorer ici même, sur cette place où, en foules innombrables ils se pressent aux cérémonies sacrées du Jubilé, honorer ici même, disons-nous, l’image sainte et bénie de la Vierge, reconnue salus Populi Romani, image qui, pendant son transfert momentané, a été accompagnée par le très digne Archiprêtre de la Basilique Patriarcale Libérienne et le vénérable chapitre de ladite Basilique. Et ainsi, nous sommes heureux, non sans considérer également la valeur symbolique et théologique de l’accueil de Marie en la maison de Pierre, de voir ici également le Chapitre de Saint-Pierre réuni autour du Cardinal Paolo Marella, également très digne Archiprêtre qui a toujours accueilli nos cérémonies de l’Année Sainte dans un esprit de très grande et religieuse courtoisie ; heureux aussi de voir ici une si grande partie du Clergé de Rome et des Familles Religieuses, ainsi que de nombreuses Délégations des Sanctuaires dédiés à la Vierge ; heureux enfin d’être entouré de très nombreux fidèles de Rome et de pèlerins de toute provenance ; si bien que cette célébration, assumant un solennel caractère de représentation de l’Église répandue sur toute la terre, rend, en union avec elle, un hommage d’admiration et de confiance à la Vierge Très-Sainte, l’hommage le plus beau que l’humanité croyante puisse Lui offrir à l’occasion de sa fête.
Nous préférerions tous, peut-être, célébrer dans un profond silence intérieur cette extraordinaire apothéose de la Vierge, au lieu de devoir utiliser, pour l’énoncer, des concepts et des mots qui se révèlent tout aussitôt impuissants à exprimer un mystère qui dépasse toute expérience humaine et ne saurait, par ailleurs, admettre une emphatique présentation verbale. Toutefois, pour dire maintenant quelques brèves paroles au sujet de l’Assomption de Marie, nous nous sentons encouragés par le fait que sa récente définition doctrinale renforce de certitude notre foi, notre dévotion, et nous permet, en conséquence, d’étudier en toute confiance les multiples et profonds aspects d’une vérité religieuse proclamée telle.
Aussi, allons-nous simplifier notre réflexion en la ramenant, comme dans un diptyque, à deux tableaux, c’est-à-dire à deux aspects distincts bien que liés entre eux : l’aspect personnel de l’Assomption de la Vierge, et l’aspect humain, universel sur lequel la figure devenue céleste de Marie projette sa bienheureuse lumière.
Quant au premier aspect, ce qui nous surprend, aussitôt, c’est son caractère de privilège : Marie est la seule créature humaine qui, après le Seigneur Jésus, son Fils, soit entrée au Paradis, corps et âme, à la conclusion de sa vie terrestre. Cet exceptionnel privilège nous oblige à une fondamentale méditation théologique qui devra toujours alimenter et enrichir notre dévotion à la Vierge et donc à sa très particulière relation au Christ, relation qui a comporté un glorieux enchaînement de grâces tout à fait singulières accordées à la très humble servante du Seigneur (cf. Lc 1,38) ; des grâces qui se sont succédées en ordre ascendant dont nous pouvons dire qu’elles démontrent un dessein divin tendant à façonner Marie comme modèle d’une humanité nouvelle prédestinée à un salut transcendant (cf. Lumen Gentium, ch. 8). On pense d’abord à deux miraculeuses concessions dont, de manière diverse, Marie a été l’objet : d’abord son immaculée conception qui déjà la rend différente de tout le genre humain qui naît avec le triste héritage de la faute d’Adam, ce dont Marie fut miraculeusement préservée ; puis la virginale conception de Jésus dans le sein de Marie, par l’opération du Saint-Esprit (Lc 1,35) ; et si le péché est cause de la mort (Rm 5,13) dont l’homme, selon la première intention de Dieu, devait être exempt, voilà l’innocence, rétablie dans la femme bénie entre toutes, qui constitue un premier titre à l’immortalité — physique également — de la Vierge. Puis le grand mystère de l’Incarnation, c’est-à-dire de la maternité ineffable et humaine qui fit de Marie la Mère de Jésus, qui est Dieu, et l’enracina si profondément en Lui qu’on put la définir « fille de son Fils » (Dante) ; un titre nouveau, un titre suprême qui insère Marie dans le plan de la Rédemption de manière si parfaite que nous la retrouverons au Calvaire (cf. Lc 2,35 Jn 19,26-27), puis au Cénacle le jour de la Pentecôte. Ce n’est pas sans raison que illuminée par l’Esprit prophétique Marie a pu prévoir et proclamer dans son Magnificat : « toutes les générations m’appelleront bienheureuse » (Lc 1,48). Et à cette prévision l’Église répond avec ses Saints, avec ses Pasteurs et ses Docteurs, avec le chœur des fidèles, tous à la recherche de la Reine du Ciel dans ce mystérieux état de plénitude, de béatitude et de gloire que nous appelons ciel. Voilà le premier cadre de notre contemplation de la Bienheureuse Marie élevée au Ciel avec son corps virginal et son âme très pure, et siégeant aux côtés du Christ dans son royaume éternel : la réalité, la certitude de l’apothéose vitale et surnaturelle de sa parfaite et intègre humanité.
Le second cadre ? Oh celui-ci est aussi vaste que le monde, c’est-à-dire du monde que nous voyons et sur lequel se projette le mystère de l’Assomption. C’est la lumière du Christ qui, sur le plan de l’eschatologie, nous parle de la vie future, de celle qui, après la mort, nous attend nous aussi. Mais quand ? Et comment ? Après s’être détachée du corps, notre âme immortelle ne sombre-t-elle pas dans l’inconnu ? Cette partie essentielle de notre vie ne se réduit-elle pas en cendres ? la mort n’est-elle pas un châtiment définitif ? n’est-elle pas désespérément victorieuse de notre corps, c’est-à-dire de cet indispensable instrument qui compose notre humanité dans le cadre de laquelle se déroule notre existence temporelle ? Cette existence qui, au fur et à mesure des progrès de l’homme, nous paraît si riche, même si elle est fugace ; et si belle, même si tant de misères nous affligent ; et puis, si heureuse, malgré les douleurs qui parfois la tourmentent et l’issue qui toujours la menace. Chez ceux qui sont privés de notre foi, la vie engendre malheureusement l’inconsolable illusion que l’existence corporelle est tout pour eux, condamnés, comme ils le sont, à se satisfaire d’une conception matérialiste de l’existence actuelle, d’autant plus arrière et plus vide de signification que plus satisfaite d’une expérience éphémère — et, partant, atroce — de biens fragiles ; alors que cette expérience devrait pousser à la possession des biens éternels : la vérité, la perfection, l’amour, la vie. Et il nous semble entendre au plus profond de notre cœur une voix qui fait retentir le message de la révélation : « Où est-elle, ô mort, ta victoire ? » (1Co 15,55). Et lorsque sonnera la trompette de la résurrection « voilà, je vais vous dire un mystère » : — c’est l’Apôtre qui parle ainsi — « nous ressusciterons vraiment tous » (1Co 15,51). Mais quand ? Et comment ? L’écho de ce cri répété ne se perd pas dans le vide. La triomphale, la très sainte figure de Marie vivante nous apparaît, ressuscitée, dans la splendeur de son Assomption. Elle est la primeur anticipée de notre résurrection future, l’espérance et la garantie de notre véritable et réel destin.
La lumière est si virginale, douce et candide, si parfumée de bonté maternelle, si rayonnante sur notre scène temporelle et humaine, qu’elle élève le degré de valeur même de la vie présente, recomposée dans l’ordre qui se résout dans la joie promise de la vie éternelle, mais déjà, et dès à présent, heureuse et embellie par le don que justement nous offre la Vierge ressuscitée, un don qui vient du Christ : le don de l’espérance.
Nous vous saluons, Marie notre espérance.
Avec notre Bénédiction Apostolique.
LE JUBILÉ DU DIOCÈSE DE ROME, 9 novembre 1975
Le dimanche 9 novembre, Paul VI, Évêque de Rome, a participé en la Basilique Saint-Jean-de-Latran, à la célébration du Jubilé de son diocèse. À cette occasion il a prononcé une homélie dont voici la traduction :
Vénérables Frères ! Très chers Fils !
C’est aujourd’hui un jour de grande fête pour l’Église de Rome.
Nous célébrons en effet la fête de la Dédicace de cette vénérable Basilique du Saint-Sauveur où l’on rend également un culte particulier à Saint Jean-Baptiste, Précurseur du Christ, et à Saint Jean l’Évangéliste ; l’édifice a pris le nom de la famille romaine des Laterani, dont la demeure, devenue maison de l’impératrice Fausta, épouse de Constantin, fut le siège du premier Évêque de Rome officiellement reconnu, Sylvestre.
Ceci est donc une fête qui nous réunit dans la Cathédrale de Rome, dans la double intention liturgique d’honorer la première Église, comme édifice sacré, et comme communauté locale catholique de l’Urbs, premier temple matériel et premier temple spirituel du Christ dans notre ville.
Nous trouvons extrêmement agréable le devoir de saluer en particulier chacun des membres de cette communauté dont la Providence a voulu que nous, très humble serviteur de l’Église de Dieu soyons appelé à être l’Évêque, le Pasteur, le Pontife. Nous saluons donc tous les assistants, presque en les passant un à un en revue pour penser à la charge que chacun est, lui aussi, appelé à exercer dans cette merveilleuse et mystérieuse société qui s’appelle Église, l’Église de Dieu, notre Église de Rome.
Salut à toi, vénérable Cardinal Ugo Poletti, notre Vicaire pour l’assistance pastorale à assurer à tout le Peuple Romain, une mission qui a une place prioritaire dans notre cœur et dans nos devoirs.
Salut à vous, Évêques Auxiliaires, salut à vous Évêques-Délégués, salut à vous, Membres du Chapitre de la Basilique. Puis, et de manière toute spéciale, à vous, Curés et Vicaires de la Rome chrétienne et moderne. À vous aussi, Religieux et Religieuses dont les Maisons sont les jardins du Royaume du Christ. Et de grand cœur, à vous également, Fidèles, citoyens de la Ville historique et spirituelle qui en constituez le corps ethnique et mystique et qui reflétez encore, dans la mémoire plus que dans la réalité juridique, la figure du Senatus Populusque Romanus, du S.P.Q.R. Et permettez-moi de rappeler également ici tous ceux qui ont une figure spécifique dans la phalange citadine :
— les Magistrats de la Ville à qui nous adressons nos déférentes salutations et nos vœux pour la prévoyante validité de leur fonction publique ;
— les Professionnels de toutes fonctions, arts ou métiers ;
— les Travailleurs des bureaux, des services, des chantiers, des champs. En donnant une préférence, que nul ne voudra contester : aux Femmes, de la sensibilité et de la générosité desquelles nous attendons beaucoup dans la recherche d’une façon d’être et d’agir de cette société, une façon qui soit plus en harmonie avec les nobles et profondes exigences du cœur humain ;
— les Enfants, notre joie, notre sollicitude et notre espérance ;
— les Pauvres, ceux qui souffrent, qui sont abandonnés et que nous tenons au premier plan de notre intérêt pastoral ;
— les Pèlerins et les Étrangers, auxquels, dans la topographie spirituelle de Rome, patrie universelle, ils trouveront toujours un lieu de fraternel accueil.
Et nous évoquons la mémoire de nos Défunts, les anciens protagonistes de notre histoire qui ne sont pas pour nous des choses dénuées d’existence, fantastiques et terrifiantes, mais des âmes vivantes dans le mystère de la Communion des Saints, en attendant la résurrection de la chair et l’instauration universelle dans le Christ du Royaume de Dieu.
Aujourd’hui, disions-nous, c’est un jour de grande fête pour l’Église de Rome.
Faisons attention, avons-nous dit également, au double sens de ce terme : « Église ». « Église » signifie tout d’abord, en l’espèce, l’édifice sacré devant lequel nous nous trouvons. Cet édifice est honoré du titre de Basilique, c’est-à-dire édifice royal. Titre attribué dès les premiers temps du christianisme aux constructions destinées au culte sacré, pour la communauté hiérarchiquement constituée. Il importe de noter cette fonction essentielle de l’édifice religieux dans le christianisme, celle donc d’accueillir à l’intérieur le peuple en prière, à la différence des édifices sacrés païens où seuls pouvaient entrer ceux qui étaient destinés à des fonctions sacerdotales, tandis que la foule restait à l’extérieur ; d’où vient la qualification de « profane », c’est-à-dire désignant les gens qui n’étaient pas admis à l’intérieur du temple et devaient au contraire, quand se déroulait un rite sacré, rester devant le temple, dans le fanum, une sorte de hall destiné au peuple, un petit édifice consacré à une divinité (d’où le célèbre vers d’Horace : « odi profanum vulgus, et arceo »). Pour les chrétiens, qui ne trouvaient plus dans les synagogues juives un endroit adapté et accueillant, les premiers lieux de culte furent, comme on le sait, les maisons privées où, dans la salle des repas, le triclinium, les fidèles se réunissaient. La maison privée fut le premier « domus ecclesiae », la maison des assemblées chrétiennes, c’est-à-dire de « l’église » ; et dans de nombreux cas elle prit le nom classique de basilique, nom qui fut par la suite réservé aux insignes lieux de réunion et de prière du peuple chrétien (cf. DACL 2, 1, p. 525 et ss. ; p. 551 et ss.) ; ce nom fut aussi donné à des lieux que rendaient sacrés et solennels la présence des tombes les plus vénérées de martyrs célèbres.
Et maintenant, il faut que nous expliquions comment l’édifice sacré prit couramment le qualificatif d’ »église », c’est-à-dire de communauté chrétienne qui avait en cet édifice son centre de réunion et de culte. L’honneur ainsi rendu à l’édifice — un honneur tout particulier dès les premières années de la vie publique reconnue à la religion chrétienne (cf. M. Righetti, Manuale di Storia liturgica, IV, p. 376) — se réverbéra sur la communauté qui l’avait construit ; et l’une et l’autre furent appelés, et sont appelés encore aujourd’hui : église ; église l’édifice, église la communauté ; l’une et l’autre ; mais à cette dernière, la communauté, reste attachée la plénitude du sens et de la finalité.
Dans la Basilique du Saint-Sauveur appelée couramment Saint-Jean-de-Latran, en souvenir de sa destination première, c’est-à-dire de son affectation au culte catholique et au premier logement de l’Évêque de Rome, le Pape, successeur de l’Apôtre Pierre et, de ce chef, Pasteur de l’Église, nous honorons, Frères et Fils bien-aimés notre sainte Église romaine : sainte par son origine apostolique et par sa vocation missionnaire et sanctificatrice ; sainte pour le témoignage d’héroïsme et de foi qu’elle nourrit et propose au monde comme exemple et comme réconfort ; sainte, pour sa ferme et éternelle adhésion à l’Évangile et à la mission du Christ dans l’histoire et dans la vie de ce Siège Apostolique qui est à Rome et de toutes les Églises, sœurs et filles, qui lui furent unies dans la foi et dans la charité ; sainte par sa destination eschatologique de guide de ses fils catholiques et de tous les hommes qui en accueillent la parole de vérité et d’amour et connaissent ainsi la voie des destins ultimes de l’humanité sur terre ; et sainte parce qu’elle veut être la première, également et célébrant ce Jubilé, à reconnaître son propre devoir de pénitence et son propre besoin d’humble réconciliation avec Dieu et avec les hommes.
Ô fidèles de cette patrie commune qu’est pour nous notre Diocèse de Rome, notre communauté ecclésiale et locale, nous voudrions que s’allume dans nos âmes et flamboie d’une lumière nouvelle, que brûle d’une chaleur plus vive, l’amour pour notre Église Romaine. Nous voudrions que, en célébrant nous-mêmes cette solennité liturgique et jubilaire devant cette cathédrale, omnium Ecclesiarum mater et caput, s’accroisse notre amour envers Rome, notre mère et notre guide dans la foi ; notre expression ecclésiale vivante et tourmentée.
Nous devons attribuer à une faveur de la Bonté divine le fait qu’il nous a été concédé de vivre dans cette Ville du destin et d’appartenir à ce siège béni de la sainte Église romaine. Nous pouvons faire nôtres ces paroles que notre Prédécesseur Sixte-Quint fit inscrire sur l’autel voisin de l’ »Acheropita » « non est in toto sanctior orbe locus » — il n’y a pas dans le monde de lieu plus saint — pour éprouver dans nos âmes ce sens religieux de gravité, de responsabilité, qui est le propre du droit de cité spirituel romain et qui doit purifier et absorber tout autre éventuel sentiment d’orgueil, ou d’intérêt, ou d’ironie qui peut facilement jaillir dans un climat comme celui-ci.
Tâchons donc tous de comprendre les devoirs caractéristiques de l’esprit romain compris de manière chrétienne : la dignité de la vie, la perfection exemplaire des mœurs, la noblesse des cœurs. Soyons des catholiques romains ! en tant qu’étude et en tant que goût pour l’unité des pensées, pour la concorde des âmes, pour la discipline de l’action ; Rome est une école d’harmonie et d’affection ecclésiale ! Et nous devons comprendre comment cet esprit, ce style romain d’empreinte évangélique, nous rend aptes à une conscience civique supérieure, loyale dans toutes les relations de la coexistence sociale, et toujours cordialement attentive à nos devoirs, spécialement aux besoins de nos concitoyens, et sans cesse poussés à rechercher dans l’histoire et dans la culture de Rome ce qu’il y a de plus sur, de plus permanent et s’en inspirer, s’en servir sur le plan de la vie moderne ; pourquoi devrions-nous puiser à d’autres sources, souvent douteuses l’eau toujours limpide et fraîche que continuent à nous offrir les fontaines de l’humanisme romain et chrétien ?
Nous avons fait allusion aux besoins qui nous pressent ; nous répétons l’exhortation devant cette Basilique qui, parce que consacrée à notre Divin Sauveur, est le domicile de sa charité et doit être pour nous, dans la majesté même de sa masse et de son art, un stimulant à nous pencher avec humble et incessante sollicitude sur nos frères abandonnés, sur ceux qui souffrent, sur ceux qui pleurent. Puissent, dès cette célébration de l’Église Romaine, reprendre vigueur la piété, le zèle, la cohérence, l’abnégation que notre Cardinal-Vicaire ne cesse de prêcher avec pastorale sagesse et sollicitude : soit en vous mettant en garde — comme il le fit récemment — contre des formes inadmissibles pour les membres de la communauté ecclésiale, soit en vous invitant à une nouvelle effusion de fraternité et d’amoureuse activité pour le bien de tous.
Dio adjuvante, en hommage à l’Année Sainte qui est proche de sa conclusion, nous serons à ses côtés dans cet effort de majeure et meilleure assistance à la jeunesse, aux pauvres, aux nécessiteux ; quant à vous, Membres des clergés paroissiaux, sachez que nous nous trouverons toujours près de vous et à tous les fidèles nous répétons : votre Évêque et votre Pape sera avec vous ! Comme il l’est maintenant avec sa pastorale et apostolique bénédiction.
MARIE, FIGURE IDÉALE DE L’EGLISE ET CAUSE DE SALUT DU GENRE HUMAIN, 8 décembre 1975
À l’occasion de la fête de l’Immaculée Conception et du dixième anniversaire de la clôture de Vatican II, le Saint-Père invoque l’affectueuse protection de la Vierge sur le chemin postconciliaire qu’il souhaite animé d’une volonté générale de continuité et de progrès dans l’unité étroite et laborieuse de toute la communauté ecclésiale.
Homélie du Saint-Père durant la concélébration dans la Basilique St-Pierre
Vénérables Frères et Fils très chers, et vous tous spécialement invités à cette pieuse cérémonie, Maîtres, Chercheurs, Etudiants des Universités Pontificales Romaines, vous Elèves de nos Séminaires, vous membres des Collèges Ecclésiastiques et Religieux de la Ville, ou agrégés aux Instituts séculiers.
Et vous, chères Filles dans le Christ, Religieuses, Novices, Postulantes et élèves des Maisons féminines de formation de Rome. Et vous aussi, nos fidèles Romains, et vous Pèlerins de l’Année Sainte et Visiteurs de cette Ville Sacrée. Enfin vous, nous tous, nous voulons concentrer sur la multiple valeur de la cérémonie que nous accomplissons, vous, disions-nous, ex membres et protagonistes du Concile Œcuménique Vatican II convoqués ici pour commémorer avec nous la maturation de ces dix années.
Tous écoutez-nous ! et permettez que nous invitions vos âmes à un instant de contemplation spirituelle et presque visible, comme si l’apparition de Celle dont nous célébrons aujourd’hui la fête très singulière, se présentât dans le fond de cette Basilique et planant dans la splendeur unique qui lui est propre (bien que réfléchie de la source divine de la lumière) ; et nous La voyions avec les yeux prophétiques de l’Évangéliste de l’Apocalypse : Voici ! « Un prodige apparut dans le ciel : une femme vêtue de soleil ; avec la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles » (Ap 12,1 cf. Ct 6, 4, ss. ). Qu’est-ce ? qui est-ce ? Nous restons stupéfaits et absorbés par la vision biblique, et dans notre foudroyante stupeur, nous perdons le sens de la réalité. Ne renonçons pas à traduire dans une signification accessible la valeur de cette image mystérieuse, et sans dépasser pour le moment le déroulement de la scène apocalyptique nous sommes heureux de connaître le double nom que les maîtres de la Sainte Écriture attribuent à cette céleste figure, exclamant presque en réponse à notre anxieuse curiosité : c’est Marie c’est Marie, cette femme vêtue de soleil, avec la lune sous les pieds et la couronne mystérieuse autour de la tête ! C’est l’Église, c’est l’Église ! nous disent les savants, chercheurs des secrets du langage figuratif et symbolique du monde apocalyptique. In en sera ainsi. Pour nous, il nous plaît d’honorer Marie et l’Église, Mère du Christ selon la chair la première ; Mère de son Corps mystique, et elle-même partie de ce mystique Corps la seconde.
Frères et Fils tous ! arrêtons un instant notre pensée éblouie et heureuse, sur le premier sens de cette vision fantastique, et disions-nous, avec l’intention de célébrer le mystère de l’Immaculée Conception : Marie est ainsi ! son aspect est céleste et triomphal, mais à y voir de près, il est celui d’une femme « humble et élevée plus que toute créature » (Par 33, 2) ; bien plus : tellement humble qu’elle dissipe notre regard agité (cf. Lc 1,48), et nous invite presque à voir en elle une sœur très chère, à qui au moment même où nous oserions lui adresser une parole confiante nous vient spontanément aux lèvres la parole évangélique : Ô Toi bienheureuse : (Lc 1,45 et 48). Oui, bienheureuse ! et à combien de titres !
Aujourd’hui nous voulons célébrer l’un de ces titres, nous voudrions mettre au sommet de notre culte à Marie : son Immaculée Conception ! c’est-à-dire la pensée préférée que Dieu a eue pour cette créature, l’intention de revoir en elle l’innocence primitive d’un être créé « à image et ressemblance » propre de Lui-même, de Dieu (Gn 1,26-27), d’un être non troublé ni contaminé d’aucune tache ou imperfection, comme excepté le Christ et Elle, la Vierge, le sont tous les fils d’Eve et tout le genre humain. Une idée, un rêve divin, un chef-d’œuvre de beauté humaine, non recherchée pour le seul modèle formel, mais réalisé dans l’intrinsèque et incomparable capacité d’exprimer l’Esprit dans la chair, la ressemblance divine dans un visage humain, la Beauté invisible dans une figure corporelle.
Tota pulchra es, Maria ! Tu es la beauté, la vraie, la pure, la Sainte beauté, ô Marie ! Cette image réelle et idéale de la Vierge devrait aujourd’hui se réfléchir lumineuse et éclairante, dans chacune de nos âmes, ô fidèles ; comme synthèse de notre admiration et de notre dévotion à la Vierge dont nous célébrons la fête, éminemment théologique et éminemment ecclésiale. Théologique parce que nous l’empruntons à la Révélation et à la plus attentive et affectueuse réflexion avec laquelle la piété candide et virginale osa, par son inspiration, fixer le regard enivré sur son visage humble et pur, le visage parfait de la beauté sainte et humaine. Ecclésiale, car, miroir de la divine perfection, speculum iustitiae, elle s’offre aussi à nous comme le miroir de la perfection humaine que l’Église en vénérant la Vierge « contemple en elle, avec joie, comme une image très pure, (c’est le Concile qui parle ainsi : Sacr. Conc., n. 103) de ce que l’Église entière désire et aspire à être » ; une beauté nuptiale, que Paul, comme nous nous en souvenons, décrit d’une façon merveilleuse « toute glorieuse, sans tache ni ride, ou autre chose semblable, mais sainte et immaculée (Ep 5,27) : la sainteté en puissance de l’Église a son modèle, son type en Marie, comme dira Saint Ambroise (in Lucam 11-7), et Saint Augustin commentera : « figurant in se sanctae Ecclesiae demonstravit » (De Symbolo, I ; PL 40, 661), Marie a représenté en elle-même la figure de la Sainte Église. Modèle exemplaire, figure idéale de l’Église ; est-ce suffisant ? la vérité théologique va plus loin et pénètre dans les confins de cette causalité subalterne qui dans le dessein divin du Salut associe de façon inséparable la créature, Marie, la servante du Fiat, au mystère de l’Incarnation, et selon Saint Irénée fait d’elle, « une cause de salut pour soi-même et pour tout le genre humain » (Adv. haereses, III, 22, 4). Nous nous réjouirons ensuite d’avoir trouvé en Saint Augustin la conclusion que nous avons faite nôtre au terme de la III° session du Concile, en reconnaissant explicitement à la Vierge très sainte, le titre incontestable de « Mère de l’Église » : si en effet Marie est Mère du Christ selon la chair, et le Christ est la tête de l’Église son Corps, Marie est spirituellement Mère de ce Corps, auquel elle-même appartient, à un niveau éminent comme fille et sœur (cf. Saint Augustin, de Sancta Virginitate, V et IV P.L. 40, 399 ; cf. H. De Lubac, Méd. sur l’Église, c. IX).
Et ce sera avec cette particulière mention du Concile Vatican II qu’aujourd’hui, en acclamant Marie Mère de l’Église et en invoquant son efficace et maternelle protection, nous donnerons à la présente célébration, le sens commémoratif du dixième anniversaire de la clôture du Concile lui-même, heureux très heureux et honoré d’avoir avec nous, pour offrir le Saint Sacrifice, un digne Membre de la Présidence du Concile, le Cardinal Étienne Wyszynski, venu à Rome pour cette heureuse circonstance, accompagné de l’Episcopat polonais ; trois Modérateurs, LL.EE. les Cardinaux Lercaro, Suenens et Doepfner ; le Secrétaire. S.E. M. le Cardinal Pericle Felici ; et l’un des Membres de la Secrétairerie, maintenant notre Cardinal Secrétaire d’État, Jean Villot.
Et de plus, avec ces derniers, comme pour exprimer symboliquement, en ce dixième anniversaire, une volonté de continuité et de progrès dans l’authentique ligne conciliaire, il est pour nous d’un grand réconfort, de voir la présence du Préfet de la Congrégation pour les Religieux et les Instituts Séculiers, et celle du Secrétaire de la Congrégation pour l’Éducation Catholique, représentants des Universités, Athénées et Collèges Romains. À tous ces Frères vénérés et Fils très chers, notre merci pour leur présence à cette concélébration et pour leur adhésion à l’unité étroite et fructueuse de la Sainte Église de Dieu.
Mais à vous, Maîtres, chercheurs et Etudiants de nos Athénées, à vous jeunes Séminaristes, à vous Religieux, à vous Religieuses, d’une manière spéciale le cri de notre cœur : aimez, invoquez, imitez Marie Immaculée, la Mère du Christ et la Mère de l’Église, et sachez faire fructifier pour les générations présentes et futures, le trésor de sagesse qu’a été et reste le Concile œcuménique Vatican II :