HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Dimanche des Rameaux, 16 Avril 2000
1. "Benedictus, qui venit in nomine Domini... Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !" (Mt 21, 9 ; cf. Ps 117 [118], 26).
Porté par ces paroles, l'écho de l'enthousiasme avec lequel les habitants de Jérusalem accueillirent Jésus pour la fête de Pâques parvient jusqu'à nous. Nous les entendons chaque fois qu'au cours de la Messe, nous chantons le "Sanctus". Après avoir dit : "Pleni sunt coeli et terra gloria tua", nous ajoutons : "Benedictus, qui venit in nomine Domini. Hosanna in Excelsis".
Dans cet hymne, dont la première partie est tirée du prophète Isaïe (cf. Is 6, 3), on exalte Dieu "trois fois saint". Dans la seconde partie, on poursuit ensuite en exprimant la joie reconnaissante de l'assemblée face à l'accomplissement des promesses messianiques : "Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux".
La pensée se tourne naturellement vers le peuple de l'Alliance qui, pendant des siècles et des générations, a vécu dans l'attente du Messie. Certaines personnes pensèrent que Jean Baptiste était celui en qui s'accomplissaient les promesses. Cependant, comme nous le savons, le Précurseur répondit par une claire négation à la question de son éventuelle identité messianique, renvoyant à Jésus ceux qui l'interrogeaient.
La conviction que les temps messianiques étaient désormais arrivés s'accrut au sein du peuple, tout d'abord en raison du témoignage du Baptiste, puis grâce aux paroles et aux signes accomplis par Jésus et, de façon particulière, à cause de la résurrection de Lazare, qui eut lieu quelques jours avant l'entrée à Jérusalem, dont parle l'Évangile, d'aujourd'hui. Voilà pourquoi, lorsque Jésus arrive en ville, monté sur un ânon, la foule l'accueille avec une explosion de joie :"Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux" (Mt 21, 9).
2. Les rites du Dimanche des Rameaux reflètent la joie du peuple en attente du Messie, mais, dans le même temps, ils se caractérisent comme liturgie "de passion" au sens plein. En effet, ils nous ouvrent la perspective du drame désormais imminent, que nous venons de revivre dans le récit de l'évangéliste Marc. Les autres lectures nous introduisent également dans le mystère de la passion et de la mort du Seigneur. Les paroles du prophète Isaïe, en qui certaines personnes aiment voir une sorte d'évangéliste de l'Ancienne Alliance, nous présentent l'image d'un condamné flagellé et giflé (cf. Is 50, 6). Le refrain du Psaume responsorial, "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné", nous fait contempler l'agonie de Jésus sur la Croix (cf. Mc 15, 34).
Mais c'est l'Apôtre Paul qui, dans la seconde lecture, nous introduit dans une analyse plus approfondie du mystère pascal : Jésus, "de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave ; il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une Croix !" (Ph 2, 6-8). Dans l'austère liturgie du Vendredi Saint, nous écouterons à nouveau ces paroles, qui continuent ainsi : "Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s'agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame de Jésus-Christ, qu'il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père" (ibid., 2, 9-11).
L'abaissement et l'exaltation : voilà la clef pour comprendre le mystère pascal ; voilà la clef pour pénétrer dans l'admirable économie de Dieu, qui s'accomplit dans les événements de la Pâque.
3. Pourquoi de nombreux jeunes sont-ils présents à cette solennelle liturgie, comme chaque année ? En effet, depuis plusieurs années, le Dimanche des Rameaux est devenue la fête annuelle des jeunes. C'est d'ici que, en 1984, année de la Jeunesse et, dans un certain sens, année jubilaire des jeunes, démarra le pèlerinage des Journées mondiales de la Jeunesse qui, passant de Buenos Aires, à Saint-Jacques-de-Compostelle, à Czestochowa, à Denver, à Manille et à Paris, reviendra à Rome, au mois d'août prochain, pour la Journée mondiale de la Jeunesse de l'Année Sainte 2000.
Pourquoi, donc, tant de jeunes se donnent-ils rendez-vous pour le Dimanche des Rameaux ici, à Rome, et dans chaque diocèse ? Certes, les raisons et les circonstances qui peuvent expliquer ce fait sont nombreuses. Mais il semble cependant que la motivation la plus profonde, qui est à la base de toutes les autres, puisse être trouvée dans ce que la liturgie d'aujourd'hui nous révèle : le mystérieux dessein de salut du Père céleste, qui se réalise dans l'abaissement et dans l'exaltation de son Fils unique, Jésus-Christ. C'est là que se trouve la réponse aux interrogations et aux inquiétudes de fond de chaque homme et de chaque femme et, en particulier, des jeunes.
"Pour nous le Christ s'est fait obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une Croix ! Aussi Dieu l'a-t-il exalté". Comme ces paroles sont proches de notre existence ! Chers jeunes, vous commencez à faire l'expérience du caractère dramatique de la vie. Et vous vous interrogez sur le sens de l'existence, sur votre rapport avec vous-mêmes, avec les autres et avec Dieu. À votre cœur assoiffé de vérité et de paix, à vos nombreux problèmes et interrogations, parfois pleins d'angoisse, le Christ, Serviteur souffrant et humilié, abaissé jusqu'à la mort sur la Croix et exalté dans la gloire à la droite du Père, s'offre lui-même comme unique réponse valable. De fait, il n'existe pas d'autre réponse aussi simple, complète et convaincante.
4. Très chers jeunes, merci de votre participation à cette solennelle liturgie. Le Christ, lors de son entrée à Jérusalem, commence le chemin d'amour et de douleur de la Croix. Tournez-vous vers Lui avec un élan de foi renouvelé. Suivez-le ! Il ne promet pas un bonheur illusoire ; au contraire, afin que vous puissiez atteindre l'authentique maturité humaine et spirituelle, il vous invite à suivre son exemple exigeant, en faisant vôtres ses choix exigeants.
Que Marie, la fidèle disciple du Seigneur, vous accompagne sur cet itinéraire de conversion et d'intimité progressive avec son divin Fils qui, comme le rappelle le thème de la prochaine Journée mondiale de la Jeunesse, "s'est fait chair et a habité parmi nous" (Jn 1, 14). Jésus s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté, il a pris sur lui nos fautes, pour que nous soyons rachetés par son sang versé sur la Croix. Oui, pour nous le Christ s'est fait obéissant jusqu'à la mort. À la mort sur la Croix.
"Gloire et louange à Toi, ô Christ !".
MESSE IN CENA DOMINI, HOMÉLIE DU SAINT PÈRE JEAN PAUL II, Jeudi Saint, 20 avril 2000
1. "J'ai ardemment désiré manger cette pâque avec vous avant de souffrir" (Lc 22, 15).
Le Christ fait connaître, à travers ces paroles, la signification prophétique de la Cène pascale, qu'il s'apprête à célébrer avec les disciples dans le Cénacle de Jérusalem.
Avec la première lecture, tirée du Livre de l'Exode, la Liturgie a mis en lumière la façon dont la Pâque de Jésus s'inscrivait dans le cadre de celle de l'Ancienne Alliance. À travers elle, les Israélites faisaient mémoire du repas consommé par leurs pères, au moment de l'exode d'Égypte, de la libération de l'esclavage. Le texte sacré prescrivait qu'un peu du sang de l'agneau devait être répandu sur les deux montants et le linteau des portes des maisons. Et il expliquait également la façon dont l'agneau devait être mangé, c'est-à-dire : "[vos] reins ceints, [vos] sandales aux pieds et [votre] bâton en main [...] en toute hâte [...] Cette nuit-là je parcourrai l'Égypte et je frapperai tous les premiers-nés [...] Le sang sera pour vous un signe sur les maisons où vous vous tenez. En voyant ce signe, je passerai outre et vous échapperez au fléau destructeur" (Ex 12, 11-13).
Le sang de l'agneau obtint aux fils et aux filles d'Israël la libération de l'esclavage d'Égypte, sous la conduite de Moïse. Le souvenir d'un événement aussi extraordinaire devint une occasion de fête pour le peuple, reconnaissant au Seigneur pour la liberté recouvrée, don divin et engagement humain toujours actuel : "Ce jour-là, vous en ferez mémoire et vous le fêterez comme une fête pour Yahvé" (ibid., 12, 14). C'est la Pâque du Seigneur ! La Pâque de l'Ancienne Alliance !
2. "J'ai ardemment désiré manger cette pâque avec vous avant de souffrir" (Lc 22, 15). Dans le Cénacle, le Christ, obéissant aux prescriptions de l'Ancienne Alliance, consomme le repas pascal avec les Apôtres, mais emplit ce rite d'un nouveau contenu. Nous avons entendu comment saint Paul en parle dans la deuxième lecture, tirée de la première Epître aux Corinthiens. Dans ce texte, considéré comme la plus ancienne description de la Cène du Seigneur, on rappelle que Jésus, "la nuit où il était livré, prit du pain et, après avoir rendu grâce, le rompit et dit : "Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi". De même, après le repas, il prit la coupe, en disant : "Cette coupe est la nouvelle Alliance de mon sang ; chaque fois que vous en boirez, faites-le en mémoire de moi". Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne" (cf. 1 Co 11, 23-26).
Il s'agit de paroles solennelles dans lesquelles est placée pour les siècles la mémoire de l'institution de l'Eucharistie. Chaque année, en ce jour, nous les rappelons en retournant en esprit au Cénacle. Avec une émotion particulière, je les revis ce soir, parce que je conserve dans les yeux et dans le cœur les images du Cénacle, où j'ai eu la joie de célébrer l'Eucharistie, à l'occasion de mon récent pèlerinage jubilaire en Terre Sainte. L'émotion devient encore plus forte, car cette année est l'année du Jubilé bimillénaire de l'Incarnation. Dans cette perspective, la célébration que nous vivons acquiert une profondeur particulière. Au Cénacle, en effet, Jésus apporta un nouveau contenu aux anciennes traditions et anticipa les événements du jour suivant, lorsque son Corps, corps immaculé de l'Agneau de Dieu, allait être sacrifié et son Sang versé pour la rédemption du monde. L'Incarnation avait eu lieu en vue précisément de cet événement, en vue de la Pâque du Christ, de la Pâque de la Nouvelle Alliance !
3. Chaque fois [...] que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne" (1 Co 11, 26). L'Apôtre nous exhorte à faire constamment mémoire de ce mystère. Dans le même temps, il nous invite à vivre chaque jour notre mission de témoins et d'annonciateurs de l'amour du Crucifié, dans l'attente de son glorieux retour.
Mais comment faire mémoire de cet événement salvifique ? Comment vivre dans l'attente que le Christ revienne ? Avant d'instituer le Sacrement de son Corps et de son Sang, le Christ, courbé et à genoux, dans l'attitude de l'esclave, lave les pieds des disciples au Cénacle. Nous le revoyons tandis qu'il accomplit cet acte, qui dans la culture hébraïque est propre aux serviteurs et aux personnes les plus humbles de la famille. Tout d'abord, Pierre se refuse, mais le Maître le convainc, et lui aussi se laisse enfin laver les pieds avec les autres disciples. Immédiatement après, cependant, ayant revêtu ses habits et de nouveau assis à table, Jésus explique le sens de son geste : "Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres" (Jn 13, 12-14). Ce sont des paroles qui, liant le mystère eucharistique au service de l'amour, peuvent être considérées comme préparatoires à l'institution du Sacerdoce ministériel.
Avec l'institution de l'Eucharistie, Jésus communique aux Apôtres la participation ministérielle à son sacerdoce, le sacerdoce de l'Alliance nouvelle et éternelle, en vertu de laquelle Lui, et Lui seul, est toujours et partout instrument et ministre de l'Eucharistie. Les Apôtres sont faits, à leur tour, ministres de ce mystère suprême de la foi, destiné à se perpétuer jusqu'à la fin du monde. Dans le même temps, ils deviennent serviteurs de tous ceux qui prendront part à un si grand don et mystère.
L'Eucharistie, le Sacrement suprême de l'Église, est unie au sacerdoce ministériel né lui aussi au Cénacle, comme don du grand amour de celui qui "sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin" (Jn 13, 1).
L'Eucharistie, le sacerdoce et le nouveau commandement de l'amour ! Tel est le mémorial vivant que nous contemplons dans le Jeudi saint.
"Faites ceci en mémoire de moi" : telle est la Pâque de l'Église ! Notre Pâque !
MESSE CHRISMALE EN LA BASILIQUE VATICANE, HOMÉLIE DU SAINT PÈRE JEAN PAUL II, Jeudi Saint, 20 avril 2000
1. À celui qui "a fait de nous une royauté de Prêtres, pour son Dieu et Père : à lui donc la gloire et la puissance pour les siècles des siècles" (Ap 1, 5-6).
Nous écoutons ces paroles du Livre de l'Apocalypse au cours de la solennelle Messe chrismale d'aujourd'hui, qui précède le Triduum pascal sacré. Avant de célébrer les mystères centraux de l'Église, chaque communauté diocésaine se recueille ce matin autour de son Pasteur pour la bénédiction des saintes Huiles, instruments du salut dans les divers Sacrements : Baptême, Communion, Ordination, Onction des malades. Ces signes de la grâce divine tirent leur efficacité du mystère pascal, de la mort et de la résurrection du Christ. Voilà pourquoi l'Église situe ce rite au seuil du Triduum sacré, le jour où, à travers un acte sacerdotal suprême, le Fils de Dieu fait homme s'est offert au Père, en rachat pour l'humanité tout entière.
2. "Il a fait de nous une royauté de Prêtres". Il faut comprendre cette expression à deux niveaux. Le premier, comme le rappelle également le Concile Vatican II, en référence à tous les baptisés, qui "sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint, pour offrir, par toutes les activités du chrétien, autant de sacrifices spirituels" (Lumen gentium, n. 10). Chaque chrétien est prêtre. Il s'agit ici du sacerdoce dit "commun", qui engage les baptisés à vivre le sacrifice envers Dieu dans la participation à l'Eucharistie et aux sacrements, dans le témoignage d'une vie sainte, dans l'abnégation et dans la charité active (cf. ibid.).
À un autre niveau, l'affirmation selon laquelle Dieu "a fait de nous une royauté de prêtres" se réfère aux prêtres ordonnés comme ministres, c'est-à-dire appelés à former et à édifier le peuple sacerdotal et à offrir en son nom un sacrifice eucharistique à Dieu dans la personne du Christ (cf. ibid). La Messe "chrismale" fait ainsi solennellement mémoire de l'unique Sacerdoce du Christ et exprime la vocation sacerdotale de l'Église, en particulier de l'Évêque et des prêtres unis à lui. C'est ce que nous rappellera dans peu de temps la Préface : "C'est lui, le Christ qui donne à tout le peuple racheté le sacerdoce royal ; c'est lui qui choisit, dans son amour pour ses frères, ceux qui, recevant l'imposition des mains, auront part à son ministère de salut".
3. "L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction [...] Il m'a envoyé..." (Lc 4, 18).
Chers prêtres, ces paroles nous concernent de façon directe. Nous sommes appelés à travers l'ordination sacerdotale à partager la même mission que le Christ, et nous renouvelons ensemble aujourd'hui les engagements sacerdotaux communs. Avec une vive émotion, nous faisons mémoire du don reçu par le Christ, qui nous a appelés à participer de façon particulière à son Sacerdoce.
À travers la bénédiction des Huiles et, en particulier, du saint Chrême, nous voulons rendre grâce pour l'onction sacramentelle, devenue notre part d'héritage (cf. Ps 15, 5). Il s'agit d'un signe de force intérieure, que l'Esprit Saint accorde à tout homme appelé par Dieu à accomplir des devoirs particuliers au service de son Royaume.
"Ave Sanctum oleum : oleum catechumenorum, oleum infirmorum, oleum ad sanctum crisma". Tandis que nous rendons grâce au nom de ceux qui recevront ces signes sacrés, nous prions dans le même temps afin que la puissance surnaturelle, qui agit à travers eux, ne cesse d'opérer également dans notre vie. Que l'Esprit Saint, posé sur chacun d'entre nous, trouve en chaque personne la juste disponibilité pour accomplir la mission pour laquelle nous avons été "oints" le jour de notre Ordination.
4. "Gloire à toi, ô Christ, roi de gloire éternelle". Tu es venu parmi nous pour proclamer une année de grâce du Seigneur (cf. Lc 4, 19).
Comme je l'ai rappelé dans la Lettre adressée aux Prêtres pour la célébration d'aujourd'hui, le Sacerdoce du Christ est intrinsèquement lié au mystère de l'Incarnation, dont nous célébrons le bimillénaire en cette Année jubilaire. "Il est inscrit dans son identité de Fils incarné, d'homme-Dieu" (n. 7). Voilà pourquoi cette suggestive liturgie du Jeudi saint constitue, d'une certaine façon, une célébration jubilaire presque connaturelle pour nous, même si le Jubilé des Prêtres en cette Année sainte est prévu le 18 mai prochain.
L'existence terrestre du Christ, son "passage" dans l'histoire, depuis qu'il a été conçu dans le sein de la Vierge Marie jusqu'à ce qu'il soit monté à la droite du Père, constitue un unique événement sacerdotal et sacrificiel. Et il est entièrement placé sous l'"onction" de l'Esprit Saint (cf. Lc 1, 35 ; 3, 22).
Aujourd'hui, nous rencontrons de façon particulière le Christ, Prêtre suprême et éternel, et nous franchissons spirituellement cette Porte sainte, qui ouvre tout homme à la plénitude de l'amour salvifique. De même que le Christ a été docile à l'action de l'Esprit dans la condition d'homme et de serviteur obéissant, ainsi, le baptisé et, de façon particulière, le ministre ordonné, doivent se sentir engagés à réaliser leur consécration sacerdotale dans le service humble et fidèle à Dieu et aux frères.
C'est avec ces sentiments que nous commençons le Triduum pascal, point culminant de l'Année liturgique et du grand Jubilé. Disposons-nous à accomplir l'intense pèlerinage pascal sur les traces de Jésus qui souffre, meurt et ressuscite. Soutenus par la foi de Marie, nous suivons le Christ prêtre et victime, qui "nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang, il a fait de nous une Royauté de prêtres, pour son Dieu et Père" (Ap 1, 5-6).
Suivons-le et proclamons ensemble : "Gloire à toi, ô Christ, roi de la gloire éternelle".
Toi, Christ, tu es le même hier, aujourd'hui et à jamais. Amen !
HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE, Veillée pascale, Samedi saint, 22 avril 2000
1. "Je vous donne une garde ; allez, organisez la surveillance comme vous l'entendez" (Mt 27, 65).
Le tombeau de Jésus est fermé et scellé. À la demande des grands prêtres et des pharisiens, des soldats furent placés pour le garder, afin que personne ne puisse voler son corps (cf. Mt 27, 62-64). Tel est l'événement qui est le point de départ de la liturgie de la Veillée pascale. Ceux qui avaient voulu la mort de Jésus, le considérant comme un "imposteur" (Mt 27, 63), veillaient à côté du sépulcre. Leur désir était qu'il soit, avec son message, enseveli pour toujours. Non loin de là veillait Marie, et avec elle les Apôtres et quelques femmes. Ils conservaient gravée dans leur cœur l'image bouleversante des événements qui venaient de se dérouler.
2. En cette nuit, l'Église veille dans toutes les parties de la terre et elle revit les étapes fondamentales de l'histoire du salut. La liturgie solennelle que nous célébrons est une expression de cette "veille" qui, d'une certaine façon, rappelle celle de Dieu, dont parle le livre de l'Exode : "Ce fut une nuit de veille pour le Seigneur, quand il fit sortir d'Égypte les fils d'Israël ; ce doit être [...], de génération en génération, une nuit de veille en l'honneur du Seigneur" (Ex 12, 42). Dans son amour prévoyant et fidèle, qui surpasse le temps et l'espace, Dieu veille sur le monde. Ainsi chante le psalmiste : "Non, il ne dort pas, ne sommeille pas, le gardien d'Israël / Le Seigneur est ton gardien [...]. Le Seigneur te gardera [...] maintenant et à jamais" (Ps 120 [121], 4-5. 8).
Le passage entre le deuxième et le troisième millénaire, que nous sommes en train de vivre, est conservé lui aussi dans le mystère du Père. Il "est toujours à l'œuvre" (Jn 5, 17) pour le salut du monde et, par son Fils fait homme, il conduit son peuple de l'esclavage à la liberté, de la mort à la vie. Toute l'"œuvre" du grand Jubilé de l'An 2000 est, pour ainsi dire, inscrite dans cette nuit de Veille, qui porte à son achèvement celle de la Nativité du Seigneur. Bethléem et le Calvaire rappellent le même mystère d'amour de Dieu, qui "a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle" (Jn 3, 16).
3. Dans sa veille, en cette Nuit sainte, l'Église se penche sur les textes de l'Écriture qui retracent le projet divin de la Genèse à l'Évangile et qui, grâce aussi aux rites liturgiques du feu et de l'eau, confèrent à cette célébration singulière une dimension cosmique. Tout l'univers créé est appelé à veiller, en cette nuit, auprès du sépulcre du Christ. L'histoire du salut défile devant nos yeux, de la création à la Rédemption, de l'exode à l'Alliance sur le Sinaï, de l'ancienne à la nouvelle et éternelle Alliance. En cette Nuit sainte, le projet éternel de Dieu, qui investit l'histoire de l'homme et du cosmos, atteint son achèvement.
4. Dans la Veillée pascale, mère de toutes les veillées, tout homme peut reconnaître sa propre histoire de salut, qui a son fondement dans la renaissance dans le Christ par le Baptême. Telle est, de façon particulière, votre expérience, chers frères et sœurs qui allez recevoir les sacrements de l'initiation chrétienne : le Baptême, la Confirmation et l'Eucharistie. Vous venez de plusieurs pays du monde : le Japon, la Chine, le Cameroun, l'Albanie et l'Italie. La diversité de vos pays d'origine met en évidence l'universalité du salut apporté par le Christ. D'ici peu, chers amis, vous serez intimement introduits dans le mystère d'amour de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. Puisse votre existence devenir un chant de louange à la très Sainte Trinité et un témoignage d'amour qui ne connaît pas de frontières !
5. "Ecce lignum Crucis, in quo salus mundi pependit : venite adoremus !" C'est ce que l'Église a chanté hier en montrant le bois de la Croix "auquel a été suspendu le Christ Sauveur du monde".
"Il a été crucifié, est mort, a été enseveli", récitons-nous dans le Credo. Le sépulcre ! Voici l'endroit où on l'avait déposé (cf. Mc 16, 6). Spirituellement, la Communauté ecclésiale des différentes parties de la terre est là présente. Nous y sommes nous aussi avec les trois femmes qui se rendent au sépulcre avant l'aube, pour embaumer le corps sans vie de Jésus (cf. Mc 16, 1-2). Leur empressement est notre empressement. Avec elles nous découvrons que la grosse pierre tombale a été roulée et que le corps n'est plus là. "Il n'est pas ici", annonce l'ange, en montrant le sépulcre vide et les bandelettes funéraires par terre. La mort n'a plus aucun pouvoir sur Lui (cf. Rm 6, 9). Le Christ est ressuscité ! C'est ce qu'au terme de cette nuit de Pâques, l'Église annonce, elle qui hier avait proclamé la mort du Christ sur la Croix. C'est une annonce de vérité et de vie.
"Surrexit Dominus de sepulchro, qui pro nobis pependit in ligno. Alleluia !".
Le Seigneur, qui pour nous fut suspendu à la croix, s'est levé du tombeau.
Oui, le Christ est vraiment ressuscité et nous en sommes témoins !
Nous le crions au monde, pour que la joie qui est la nôtre atteigne beaucoup d'autres cœurs, allumant en eux la lumière de l'espérance qui ne déçoit pas.
Le Christ est ressuscité, alleluia !
VEILLÉE DE PENTECÔTE, HOMÉLIE DU SAINT PÈRE JEAN PAUL II, Samedi 10 juin 2000
1. "Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage" (Jn 15, 26).
Telles sont les paroles que l'Évangéliste Jean recueillit sur les lèvres du Christ au Cénacle, au cours de la Dernière Cène, à la veille de la Passion. Aujourd'hui, elles retentissent avec une singulière intensité pour nous, en cette Pentecôte de l'Année jubilaire, dont elles révèlent le contenu le plus profond.
Pour saisir ce message essentiel, il faut demeurer, comme les disciples, dans le Cénacle. C'est pourquoi l'Église, également grâce à une sélection opportune des textes liturgiques, est restée, au cours du temps pascal, dans le Cénacle. Et ce soir, la place Saint-Pierre s'est transformée en un grand Cénacle, dans lequel notre communauté est rassemblée pour invoquer et accueillir le don de l'Esprit Saint.
La première lecture, tirée du Livre des Actes des Apôtres, nous a rappelé ce qui eut lieu cinquante jours après la Pâque, à Jérusalem. Avant de monter au Ciel, le Christ avait confié aux Apôtres une grande tâche : "Allez... de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit" (Mt 28, 19-20). Il avait également promis que, après son départ, ils auraient reçu "un autre Paraclet", qui leur aurait enseigné toute chose (cf. Jn 14, 16.26).
Cette promesse s'accomplit précisément le jour de la Pentecôte : l'Esprit, en descendant sur les Apôtres, leur donna la lumière et la force nécessaires pour faire des disciples de toutes les nations, en annonçant à tous l'Évangile du Christ. C'est ainsi que, dans le lien fécond entre le Cénacle et le monde, entre prière et annonce, l'Église est née et vit.
2. Lorsqu'il avait promis l'Esprit Saint, le Seigneur Jésus avait parlé de Lui comme du "Consolateur", du "Paraclet", qu'il aurait envoyé du Père (cf. Jn 15, 26). Il en avait parlé comme de l'"Esprit de vérité", qui aurait conduit l'Église à la vérité tout entière (cf. Jn 16, 13). Et il avait précisé que l'Esprit Saint lui aurait rendu témoignage (cf. Jn 15, 26). Mais il avait immédiatement ajouté : "Mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement" (Jn 15, 27). Lorsque durant la Pentecôte l'Esprit descend sur la communauté rassemblée dans le Cénacle, ce double témoignage commence : celui de l'Esprit Saint et celui des Apôtres.
Le témoignage de l'Esprit est divin : il provient de la profondeur du mystère trinitaire. Le témoignage des Apôtres est humain : il transmet, dans la lumière de la révélation, leur expérience de vie aux côtés de Jésus. En instituant les fondements de l'Église, le Christ attribue une grande importance au témoignage humain des Apôtres. Il désire que l'Église vive de la vérité historique de son Incarnation, afin que, par l'œuvre des témoins, soit toujours éveillée et agissante en elle la mémoire de sa mort sur la croix et de sa résurrection.
3. "....Mais vous aussi, vous témoignerez" (Jn 15, 27). Animée par le don de l'Esprit, l'Église a toujours vivement ressenti cet engagement et a fidèlement proclamé le message évangélique à chaque époque et en tout lieu. Elle l'a fait dans le respect de la dignité des peuples, de leur culture, de leurs traditions. En effet, elle sait bien que le message divin qui lui est confié n'est pas l'ennemi des aspirations les plus profondes de l'homme ; il a au contraire été révélé par Dieu pour combler, au-delà de toute attente, la faim et la soif du cœur humain. C'est précisément pour cela que l'Évangile ne doit pas être imposé mais proposé, car ce n'est que s'il est accepté librement et embrassé avec amour qu'il peut se révéler efficace.
Comme cela eut lieu à Jérusalem lors de la première Pentecôte, à chaque époque les témoins du Christ, remplis de l'Esprit Saint, se sont sentis poussés à aller vers les autres pour exprimer dans les différentes langues les merveilles accomplies par Dieu. C'est ce qui continue à sa produire à notre époque également. La Journée jubilaire d'aujourd'hui, consacrée à la "réflexion sur les devoirs des catholiques envers les autres : annonce du Christ, témoignage et dialogue" désire le souligner.
La réflexion à laquelle nous sommes invités ne peut pas ne pas s'arrêter tout d'abord sur l'œuvre que l'Esprit Saint accomplit dans les personnes et dans les communautés. C'est l'Esprit Saint qui sème les "semences du Verbe" dans les diverses traditions et cultures, préparant les populations des régions les plus différentes à accueillir l'annonce évangélique. Cette conscience ne peut que susciter chez les disciples du Christ une attitude d'ouverture et de dialogue à l'égard de ceux qui ont des convictions religieuses différentes. En effet, c'est un devoir de se mettre à l'écoute de ce que l'Esprit peut suggérer également aux "autres". Ils sont en mesure d'offrir des suggestions utiles pour parvenir à une compréhension plus profonde de ce que le chrétien possède déjà dans le "dépôt révélé". Le dialogue pourra ainsi lui ouvrir la voie pour une annonce qui s'adapte davantage aux conditions personnelles de celui qui écoute.
4. Ce qui reste cependant décisif pour l'efficacité de l'annonce est le témoignage vécu. Seul le croyant qui vit ce qu'il professe avec les lèvres, a l'espérance d'être écouté. On doit ensuite tenir compte du fait que, parfois, les circonstances, ne permettent pas l'annonce explicite de Jésus-Christ comme Seigneur et Sauveur de tous. C'est là que le témoignage d'une vie respectueuse, chaste, détachée des richesses et libre face aux pouvoirs de ce monde, en un mot, le témoignage de la sainteté, même si elle est offerte en silence, peut révéler toute sa force de conviction.
Il est en outre clair que la fermeté en étant témoins du Christ avec la force de l'Esprit Saint n'empêche pas de collaborer au service de l'homme avec ceux qui appartiennent aux autres religions. Au contraire, cela nous pousse à travailler avec eux pour le bien de la société et la paix dans le monde.
À l'aube du troisième millénaire, les disciples du Christ sont pleinement conscients que ce monde se présente comme "une carte de diverses religions" (Redemptor hominis, n. 11). Si les fils de l'Église savent rester ouverts à l'action de l'Esprit Saint, Il les aidera à communiquer, dans le respect des convictions religieuses d'autrui, le message salvifique du Christ unique et universel.
5. "Il me rendra témoignage. Mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement" (Jn 15, 26-27). Dans ces paroles est contenue toute la logique de la Révélation et de la foi dont vit l'Église : le témoignage de l'Esprit Saint, qui naît de la profondeur du mystère trinitaire de Dieu, et le témoignage humain des Apôtres, lié à leur expérience historique du Christ. L'un et l'autre sont nécessaires. Et il s'agit même, si l'on regarde bien, d'un unique témoignage : c'est l'Esprit qui continue à parler aux hommes d'aujourd'hui à travers la langue et la vie des disciples actuels du Christ.
Le jour où nous célébrons le mémorial de la naissance de l'Église, nous voulons exprimer une reconnaissance émue à Dieu pour ce double, et en définitive unique, témoignage, qui enveloppe la grande famille de l'Église dès le jour de la Pentecôte. Nous voulons rendre grâce pour le témoignage de la première communauté de Jérusalem, qui, à travers les générations des martyrs et des confesseurs, est devenue au cours des siècles l'héritage d'innombrables hommes et femmes sur tout le globe terrestre.
Encouragée par la mémoire de la première Pentecôte, l'Église ravive aujourd'hui l'attente d'une effusion renouvelée de l'Esprit Saint. Assidue et en union dans la prière avec Marie, la Mère de Jésus, elle ne cesse d'invoquer : Que ton Esprit descende, Seigneur, et renouvelle la face de la terre ! (cf. Ps 103, 30).
Veni, Sancte Spiritus : Viens, Esprit Saint, allume dans les cœurs de tes fidèles le feu de ton amour !
Sancte Spiritus, veni !
SOLENNITÉ DU CORPUS DOMINI, HOMÉLIE DU SAINT PÈRE JEAN PAUL II, Jeudi 22 juin 2000
1. L'Institution de l'Eucharistie, le sacrifice de Melchisédech et la multiplication des pains : tel est le triptyque suggestif que nous présente la liturgie de la Parole aujourd'hui, en la solennité du Corpus Domini.
Au centre, l'Institution de l'Eucharistie. Dans la première Epître aux Corinthiens que nous avons écoutée il y a peu, saint Paul a évoqué avec des paroles précises l'événement, en ajoutant : "Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne" (1 Co 11, 26). "Chaque fois", et donc également ce soir, au cœur du Congrès eucharistique international, en célébrant l'Eucharistie, nous annonçons la mort rédemptrice du Christ et nous ravivons dans notre cœur l'espérance de la rencontre définitive avec Lui.
Conscients de cela, et presque en réponse à l'appel de l'Apôtre, nous proclamons : "Nous annonçons ta mort, Seigneur, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue".
2. Le regard s'étend aux autres éléments du triptyque biblique soumis aujourd'hui à notre méditation : le sacrifice de Melchisédech et la multiplication des pains.
Le premier récit, très bref mais très important, est tiré du Livre de la Genèse et a été proclamé dans la première Lecture. Il nous raconte que Melchisédech, "roi de Shalem" et "prêtre du Dieu très haut" bénit Abraham et "apporta du pain et du vin" (Gn 14, 18). Le Psaume 109 fait référence à ce passage en attribuant au Roi-Messie un caractère sacerdotal particulier en vertu de l'investiture directe de Dieu : "Tu es prêtre à jamais selon l'ordre de Melchisédech" (Ps 110 [109] 4).
La veille de sa mort sur la croix, le Christ institua l'Eucharistie au Cénacle. Il offrit lui aussi le pain et le vin, qui "dans ses mains saintes et vénérables" (Canon romain) devinrent son Corps et son Sang, offerts en sacrifice. Il portait ainsi à terme la prophétie de l'Ancienne Alliance, liée à l'offrande sacrificielle de Melchisédek. C'est précisément pour cela - rappelle l'Epître aux hébreux - qu'"il [...] est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel, puisqu'il est salué par Dieu du titre de grand prêtre selon l'ordre de Melchisédech" (5, 7-10).
Au Cénacle est anticipé le sacrifice du Golgotha : la mort sur la croix du Verbe Incarné, Agneau immolé pour nous, Agneau qui enlève les péchés du monde. Dans la douleur du Christ est rachetée la douleur de tout homme ; dans sa passion se trouve la souffrance humaine qui acquiert une valeur nouvelle ; dans sa mort est vaincue pour toujours notre mort.
3. Tournons à présent notre regard vers le récit évangélique de la multiplication des pains qui complète le triptyque eucharistique, aujourd'hui soumis à notre attention. Dans le contexte liturgique du Corpus Domini, ce passage de l'évangéliste Luc nous aide à mieux comprendre le don et le mystère de l'Eucharistie.
Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, les bénit, les rompit et les donna aux apôtres afin qu'ils les distribuent au peuple (cf. Lc 9, 16). Tous - observe saint Luc - mangèrent et furent rassasiés et douze couffins de morceaux furent même recueillis (cf. ibid., 17).
Il s'agit d'un prodige surprenant, qui constitue comme le début d'un long processus historique : la multiplication sans arrêt dans l'Église du Pain de vie nouvelle pour les hommes de toute race et de toute culture. Ce ministère sacramentel est confié aux Apôtres et à leurs successeurs. Et eux, fidèles à la consigne du divin Maître, ne cessent de rompre et de distribuer le Pain eucharistique de génération en génération.
Le Peuple de Dieu le reçoit avec une participation dévouée. De ce Pain de vie, médecine d'immortalité, se sont nourris d'innombrables saints et martyrs, en y puisant la force pour résister également aux dures et longues tribulations. Ils ont cru aux paroles que Jésus prononça un jour à Capharnaüm : "Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mange ce pain vivra à jamais" (Jn 6, 51).
4. "Je suis le pain vivant, descendu du ciel !".
Après avoir contemplé l'extraordinaire triptyque eucharistique, constitué par les Lectures d'aujourd'hui, fixons à présent les yeux de l'esprit directement sur le mystère. Jésus se définit "le Pain de la vie", et ajoute : "Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde" (Jn 6, 51).
Mystère de notre salut ! Le Christ - unique Seigneur hier, aujourd'hui et à jamais - a voulu lier sa présence salvifique dans le monde et dans l'histoire au sacrement de l'Eucharistie. Il a voulu devenir pain rompu, afin que chaque homme puisse se nourrir de sa vie même, à travers la participation au Sacrement de son Corps et de son Sang.
Comme les disciples, qui écoutèrent stupéfaits son discours à Capharnaüm, nous aussi nous ressentons que ce langage n'est pas facile à comprendre (cf. Jn 6, 60). Nous pourrions parfois être tentés d'en donner une interprétation réductrice. Mais cela nous éloignerait du Christ, comme cela a lieu pour les disciples qui "dès lors [...] n'allaient plus avec lui" (Jn 6, 66).
Nous voulons rester avec le Christ, et pour cela nous Lui disons avec Pierre : "Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle" (Jn 6, 68). Avec la même conviction que Pierre, nous nous agenouillons aujourd'hui devant le Sacrement de l'autel et nous renouvelons notre profession de foi dans la présence réelle du Christ.
Telle est la signification de la célébration d'aujourd'hui que le Congrès eucharistique international, en l'Année du grand Jubilé, met en évidence avec une force particulière. Tel est également le sens de la procession solennelle qui, comme chaque année, se déroulera d'ici peu de cette place jusqu'à la Basilique Sainte-Marie-Majeure.
Avec une humble fierté, nous escorterons le Sacrement eucharistique le long des rues de la ville, auprès des immeubles où les personnes vivent, se réjouissent et souffrent ; parmi les magasins et les usines dans lesquels se déroule l'activité quotidienne. Nous le mettrons en contact avec notre vie menacée par mille dangers, opprimée par des préoccupations et des peines, et sujette à la lente mais inexorable usure du temps.
Nous l'escorterons en élevant vers Lui l'hommage de nos chants et de nos prières : "Bone Pastor, panis vere... Bon Pasteur, véritable pain - lui dirons-nous avec confiance - ô Jésus, prends pitié de nous, / nourris-nous et défends-nous, / conduis-nous aux biens éternels.
Toi qui sais et peux tout, / qui nous nourris sur terre, / conduis tes frères / à la table du ciel / dans la joie de tes saints".
Amen !