SOLENNITÉ DES SAINTS PIERRE ET PAUL, HOMÉLIE DU SAINT PÈRE JEAN PAUL II, Jeudi 29 juin 2000
1. "Mais pour vous, qui suis-je ?" (Mt 16, 15).
Cette question sur son identité, Jésus la pose aux disciples, alors qu'il se trouve avec eux en haute Galilée. Il était arrivé plusieurs fois que ce soit eux qui posent des questions à Jésus ; désormais, c'est Lui qui les interpelle. Il pose une question précise, qui attend une réponse. C'est Simon-Pierre qui prend la parole au nom de tous : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant" (Mt 16, 16).
La réponse est extraordinairement lucide. La foi de l'Église s'y reflète de façon parfaite. Nous aussi, nous nous y reflétons. De façon particulière, dans les paroles de Pierre se reflète l'Évêque de Rome, par volonté divine son indigne successeur. Et autour de lui et avec lui, vous vous reflétez dans ces paroles, chers Archevêques métropolitains, réunis ici de tant de parties du monde pour recevoir le Pallium en la solennité des saints Pierre et Paul.
À chacun de vous, j'adresse mon salut le plus cordial ; une salutation que j'étends volontiers à tous ceux qui vous ont accompagnés à Rome et à vos communautés, unies spirituellement à nous en cette circonstance solennelle.
2. "Tu es le Christ !". À la confession de Pierre, Jésus répond : "Tu es heureux Simon, fils de Jonas, car cette révélation t'est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux" (Mt 16, 17).
Tu es heureux, Pierre ! Heureux, car cette vérité, qui est centrale dans la foi de l'Église, ne pouvait naître dans ta conscience d'homme que par l'œuvre de Dieu. "Nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler" (Mt 11, 27).
Nous réfléchissons sur cette page de l'Évangile particulièrement riche : le Verbe incarné avait révélé le Père à ses disciples ; à présent est venu le moment où le Père lui-même leur révèle son Fils unique. Pierre accueille l'illumination intérieure et proclame avec courage : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant" !
Ces paroles sur les lèvres de Pierre proviennent du plus profond du mystère de Dieu. Elles révèlent l'intime vérité, la vie même de Dieu. Et Pierre, sous l'action de l'Esprit divin, devient témoin et confesseur de cette vérité surhumaine. Sa profession de foi constitue ainsi la base solide de la foi de l'Église : "Sur toi je bâtirai mon Église" (cf. Mt 16, 18). Sur la foi et sur la fidélité de Pierre est édifiée l'Église du Christ.
La première communauté chrétienne en était bien consciente, elle qui, comme le rapportent les Actes des Apôtres, lorsque Pierre se retrouva en prison, se recueillit pour élever à Dieu une prière implorante pour lui (cf. At 12, 5). Elle fut écoutée, car la présence de Pierre était encore nécessaire à la communauté qui accomplissait ses premiers pas : le Seigneur envoya son ange le libérer des mains des persécuteurs (cf. ibid., 12, 7-11). Il était écrit dans les desseins de Dieu que Pierre, après avoir confirmé longuement ses frères dans la foi, aurait souffert le martyre ici à Rome, avec Paul, l'Apôtre des Nations, ayant lui aussi échappé plusieurs fois à la mort.
3. "Le Seigneur lui, m'a assisté et m'a rempli de force afin que, par moi, le message fût proclamé et qu'il parvînt aux oreilles de tous les païens" (2 Tm 4, 17). Ce sont les paroles de Paul au fidèle disciple Timothée : nous les avons écoutées au cours de la seconde lecture. Elles témoignent de l'œuvre qui a été accomplie en lui par le Seigneur, qui l'avait choisi comme ministre de l'Évangile, "le saisissant" sur la route de Damas (cf. Ph 3, 12).
Enveloppé dans une lumière fulgurante, le Seigneur s'était présenté à lui, disant : "Saoul, Saoul, pourquoi me persécutes-tu ?" (Ac 9, 4), tandis qu'une puissance mystérieuse le jetait à terre (cf. Ac 9, 5). "Qui es-tu, Seigneur ?", avait demandé Saoul. "Je suis Jésus que tu persécutes" ! (Ac 9, 5).
Telle fut la réponse du Christ. Saoul persécutait les fidèles de Jésus et Jésus lui faisait savoir que c'était Lui-même qui était persécuté à travers eux. Lui, Jésus de Nazareth, le Crucifié, que les chrétiens affirmaient être ressuscité. Si, à présent, Saoul en ressentait la puissante présence, il était clair que Dieu l'avait réellement ressuscité des morts. C'est véritablement Lui le Messie attendu par Israël, c'était Lui le Christ vivant et présent dans l'Église et dans le monde !
Saoul aurait-il pu par sa seule raison comprendre tout ce qu'un tel événement comportait ? Certainement pas ! Cela faisait partie en effet des desseins mystérieux de Dieu. Ce sera le Père qui donnera à Paul la grâce de connaître le mystère de la rédemption, opérée par le Christ. Ce sera Dieu qui lui permettra de comprendre la réalité merveilleuse de l'Église, qui vit pour le Christ, avec le Christ et dans le Christ. Et lui, participant à cette vérité, ne cessera de la proclamer inlassablement jusqu'aux extrémités de la terre.
De Damas, Paul commencera son itinéraire apostolique qui le conduira à diffuser l'Évangile dans tant de parties du monde alors connu. Son élan missionnaire contribuera ainsi à la réalisation du mandat du Christ aux Apôtres : "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples" (Mt 28, 19).
4. Très chers frères dans l'épiscopat qui êtes venus recevoir le Pallium, votre présence souligne de façon éloquente la dimension universelle de l'Église qui jaillit du commandement du Seigneur : "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples" (Mt 28, 19).
En effet, vous provenez de quinze pays de quatre continents, et vous avez été appelés par le Seigneur pour être les Pasteurs des Églises métropolitaines. L'imposition du Pallium souligne bien le lien particulier de communion qui vous lie au Siège de Pierre et manifeste la nature catholique de l'Église.
Chaque fois que vous revêtirez ce Pallium, rappelez-vous, très chers frères que comme Pasteurs, nous sommes appelés à sauvegarder la pureté de l'Évangile et l'unité de l'Église du Christ, fondée sur le "roc" de la foi de Pierre. C'est à cela que vous appelle le Seigneur ; telle est notre mission incontournable de guides prévoyants du troupeau que le Seigneur nous a confié.
5. La pleine unité de l'Église ! Je sens retentir en moi la consigne du Christ. Il s'agit d'une consigne ô combien urgente en ce début de nouveau millénaire. Prions pour cela, et œuvrons sans jamais nous lasser d'espérer.
Avec ces sentiments, j'embrasse et je salue avec affection la délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople, venue célébrer avec nous la mémoire liturgique de Pierre et de Paul. Merci, vénérés frères, de votre présence et de votre participation cordiale à cette solennelle célébration liturgique. Que Dieu nous accorde de parvenir le plus tôt possible à la pleine unité de tous les croyants dans le Christ.
Que les Apôtres Pierre et Paul nous obtiennent ce don, eux que l'Église rappelle en ce jour, au cours duquel on fait mémoire de leur martyre, et donc de leur naissance dans la vie de Dieu. Pour l'Évangile, ils ont accepté de souffrir et de mourir et ils ont participé à la résurrection du Seigneur.
Leur foi, confirmée par le martyre, est la même foi que Marie, la Mère des croyants, des Apôtres, des saints et des saintes de tous les siècles.
Aujourd'hui, l'Église proclame à nouveau leur foi. Il s'agit de notre foi, la foi immuable de l'Église en Jésus, unique Sauveur du monde ; dans le Christ, le Fils du Dieu vivant, mort et ressuscité pour nous et pour toute l'humanité.
CÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE AVEC LES PRÊTRES DU DIOCÈSE D'AOSTE, HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE, 22 juillet 2000
1. Très chers prêtres du diocèse d'Aoste, je suis particulièrement heureux de célébrer cette Messe avec vous, au terme de mon séjour dans vos montagnes. Je vous salue tous avec une grande affection et, je salue en particulier, votre Évêque, que je remercie de tout cœur pour les nombreuses attentions qu'il a eue pour moi et mes collaborateurs au cours de ces journées.
Nous célébrons la fête de sainte Marie-Madeleine et la liturgie est aujourd'hui marquée par une sorte de mouvement, de "course" du cœur et de l'esprit, animés par l'amour du Christ. Les paroles de saint Paul : "Caritas Christi urget nos" (2 Co 5, 14), que nous écouterons d'ici peu dans la première lecture, peuvent et doivent inspirer la vie de chaque prêtre, comme elles ont caractérisé celle de Marie de Magdala.
Madeleine a suivi au Calvaire celui qui l'avait guérie. Elle fut présente lors de la crucifixion, de la mort, de la sépulture de Jésus. Avec sa Très Sainte Mère et le disciple bien-aimé, elle en a recueilli le dernier souffle et le témoignage du côté transpercé : elle a compris que dans cette mort, dans ce sacrifice se trouvait son salut. Et le Ressuscité, comme nous le rapporte l'Évangile d'aujourd'hui, a voulu montrer son corps glorieux, d'abord à elle, qui avait intensément pleuré sa mort. C'est à elle qu'il a voulu confier "la première annonce de la joie pascale" (Collecte), comme pour nous rappeler
que, précisément à celui qui tourne son regard avec foi et amour vers le mystère de la passion et de la mort du Seigneur, est révélée la gloire lumineuse de sa résurrection.
2. Marie-Madeleine nous enseigne ainsi que les racines de notre vocation d'apôtres plongent dans l'expérience personnelle du Christ. De la rencontre avec Lui, tire son origine une nouvelle façon de vivre non plus pour soi-même, mais pour Lui, qui est mort et ressuscité pour nous (cf. 2 Co 5, 15), en laissant derrière soi l'homme ancien pour se conformer toujours plus pleinement au Christ, Homme nouveau.
Cet enseignement de vie s'adresse, avec une éloquence particulière, à nous, pasteurs de l'Église, appelés à guider le Peuple de Dieu à travers la parole, mais tout d'abord à travers le témoignage de vie. Et donc appelés à une intimité plus grande avec le Christ, qui nous a choisis comme amis : "vos autem dixi amicos" (Jn 15, 15).
Très chers frères dans le sacerdoce, je souhaite à chacun de vous de conserver toujours vivante votre communion avec le Christ. Que son amour vous soutienne dans votre apostolat, non seulement dans les grandes occasions, mais surtout dans les occasions ordinaires, dans les événements quotidiens. L'union intime avec Dieu, alimentée par la Messe, par la Liturgie des Heures, par la prière personnelle, incite le prêtre à accomplir avec fidélité et charité son ministère
pastoral. Le secret de sa mission se trouve précisément dans cette intimité avec Jésus.
Prions, au cours de cette célébration eucharistique, afin que le Seigneur fasse de nous de dignes ministres de sa grâce.
Invoquons-le, par l'intercession de sainte Marie-Madeleine, afin que, à travers vous, très chers prêtres, parvienne aux résidents et aux vacanciers de cette région l'annonce incessante de la mort et de la résurrection du Christ. Que Dieu, qui a enrichi de merveilleuses beautés naturelles le Val d'Aoste, alimente par son Esprit la foi de ceux qui y habitent. Et que la Sainte Vierge veille de façon maternelle sur vous et sur le service apostolique que vous êtes appelés à accomplir avec une générosité constante, en le rendant riche d'abondants fruits de bien.
Clôture des Journées mondiales de la Jeunesse
MESSE à TOR VERGATA, HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE, Dimanche 20 août 2000
1 . « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68).
Chers jeunes des quinzièmes Journées mondiales de la Jeunesse ! Ces paroles de Pierre, dans le dialogue avec le Christ à la fin du discours sur le « pain de vie », nous touchent personnellement. Ces jours-ci, nous avons médité sur l'affirmation de Jean : « Le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous » (Jn 1, 14). L'évangéliste nous a reportés au grand mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu, le Fils qui nous a été donné par Marie « lorsque les temps furent accomplis » (Ga 4, 4).
En son nom, une fois encore je vous salue tous avec affection. Je salue et je remercie le Cardinal Camillo Ruini, mon Vicaire général pour le diocèse de Rome, Président de la Conférence épiscopale italienne, pour les paroles qu'il a bien voulu m'adresser au début de cette messe ; je salue aussi le Cardinal James Francis Stafford, Président du Conseil pontifical pour les Laïcs, et les nombreux Cardinaux, Évêques et prêtres réunis ici ; je salue de même avec déférence et gratitude Monsieur le Président de la République et le Chef du Gouvernement italien, ainsi que toutes les autres Autorités civiles et religieuses qui nous honorent de leur présence.
1 . Nous sommes arrivés au sommet des Journées mondiales de la Jeunesse. Hier soir, chers jeunes, nous avons confirmé notre foi en Jésus Christ, le Fils de Dieu que le Père a envoyé, comme nous l'a rappelé la première lecture d'aujourd'hui, pour « porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance et aux captifs la liberté,... consoler tous ceux qui pleurent » (Is 61, 1-2).
Par la célébration eucharistique d'aujourd'hui, Jésus nous introduit dans la connaissance d'un aspect particulier de son mystère. Nous avons écouté dans l'Évangile un passage du discours qu'il a prononcé dans la synagogue de Capharnaüm, après le miracle de la multiplication des pains. Dans ce discours, Jésus se révèle comme le vrai pain de la vie, le pain descendu du ciel pour donner la vie au monde (cf. Jn 6, 51). C'est un discours que les auditeurs ne comprennent pas. La perspective dans laquelle ils se situent est trop matérielle pour pouvoir saisir la véritable intention du Christ. Ils raisonnent dans une perspective charnelle, qui « n'est capable de rien » (Jn 6, 63). Jésus, au contraire ouvre son discours sur les horizons sans limites de l'esprit : « Les paroles que je vous ai dites - insiste-t-il - sont esprit et elles sont vie » (ibid.).
Mais les auditeurs y sont insensibles : « Ce qu'il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l'écouter ! » (Jn 6, 60). Ils s’estiment personnes de bon sens, avec les pieds sur terre. C’est pourquoi ils hochent la tête et, tout en grommelant, ils s'en vont les uns après les autres. La foule du début se réduit progressivement. À la fin, il reste seulement le petit groupe restreint des disciples les plus fidèles. Mais sur « le pain de la vie », Jésus n'est pas disposé à transiger. Il est plutôt prêt à s'exposer à l'abandon même des plus intimes : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » (Jn 6, 67).
1 . « Vous aussi ? » La question du Christ enjambe les siècles et parvient jusqu'à nous, elle nous interpelle personnellement et sollicite une décision. Quelle est notre réponse ? Chers jeunes, si nous sommes ici aujourd'hui, c'est parce que nous nous reconnaissons dans l'affirmation de l'Apôtre Pierre : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68).
Des paroles, il en résonne beaucoup autour de vous, mais seul le Christ a des paroles qui résistent à l'usure du temps et qui demeurent pour l'éternité. La période actuelle de votre vie vous impose des choix décisifs : la spécialisation dans les études, l'orientation dans le travail, l'engagement même à assumer dans la société et dans l'Église. Il est important de se rendre compte que, parmi les nombreuses questions qui se présentent à votre esprit, celles qui sont décisives ne concernent pas le « quoi ». La question de fond est « qui » : vers « qui » aller, « qui » suivre, « à qui » confier sa vie.
Vous pensez à votre choix affectif, et j'imagine que vous êtes bien d’accord : ce qui compte vraiment dans la vie c'est la personne avec laquelle on décide de la partager. Mais attention ! Toute personne humaine est inévitablement limitée : même dans le mariage le plus réussi, on ne peut pas ne pas prendre en compte une certaine dose de déception. Eh bien, chers amis, n'y a-t-il pas en cela la confirmation de ce que nous avons entendu de l'Apôtre Pierre ? Tout être humain en vient tôt ou tard à s'écrier avec lui : « Vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle ». Seul Jésus de Nazareth, le Fils de Dieu et le Fils de Marie, le Verbe éternel du Père né il y a deux mille ans à Bethléem de Juda, est en mesure de satisfaire les aspirations les plus profondes du cœur humain.
Dans la question de Pierre : « Vers qui pourrions-nous aller ? », il y a déjà la réponse concernant le chemin à parcourir. C'est le chemin qui conduit au Christ. Et le divin Maître peut être rejoint personnellement : en effet, il est présent sur l'autel dans la réalité de son corps et de son sang. Dans le sacrifice eucharistique, nous pouvons entrer en contact, de façon mystérieuse mais réelle, avec sa personne, puisant à la source inépuisable de sa vie de Ressuscité.
1 . Telle est la merveilleuse vérité, chers amis : le Verbe, qui s'est fait chair il y a deux mille ans, est présent aujourd'hui dans l'Eucharistie. C’est pourquoi l'année du grand Jubilé, au cours de laquelle nous célébrons le mystère de l'Incarnation, ne pouvait pas ne pas être aussi une année « intensément eucharistique » (cf. Lettre apostolique Tertio millennio adveniente, n. 55).
L'Eucharistie est le sacrement de la présence du Christ qui se donne à nous parce qu'il nous aime. Il aime chacun de nous de façon personnelle et unique dans la vie concrète de chaque jour : dans la famille, parmi les amis, dans les études et au travail, dans le repos et dans les distractions. Il nous aime quand il remplit de fraîcheur les journées de notre existence et aussi quand, à l'heure de la souffrance, il permet que l'épreuve s'abatte sur nous : en effet, même à travers les épreuves les plus dures, il nous fait entendre sa voix.
Oui, chers amis, le Christ nous aime et il nous aime toujours ! Il nous aime même lorsque nous le décevons, quand nous ne correspondons pas à ses attentes à notre égard. Il ne nous ferme jamais les bras de sa miséricorde. Comment ne pas être reconnaissant envers ce Dieu qui nous a rachetés en allant jusqu'à la folie de la Croix ? Envers ce Dieu qui s'est mis de notre côté et qui y est demeuré jusqu'au bout ?
1 . Célébrer l'Eucharistie « en mangeant sa chair et en buvant son sang » signifie accepter la logique de la croix et du service. Cela signifie donc témoigner de sa propre disponibilité à se sacrifier pour les autres, comme il l'a fait lui-même.
Notre société a un immense besoin de ce témoignage, les jeunes en ont besoin plus que jamais, eux qui sont souvent tentés par les mirages d'une vie facile et confortable, par la drogue et l'hédonisme, pour se trouver ensuite dans la spirale du désespoir, du non-sens, de la violence. Il est urgent de changer de route en direction du Christ, qui est aussi la direction de la justice, de la solidarité, de l'engagement pour une société et un avenir dignes de l'homme.
Telle est notre Eucharistie, telle est la réponse que le Christ attend de nous, de vous, les jeunes, en conclusion de votre Jubilé. Jésus n'aime pas les demi-mesures, et il n'hésite pas à nous bousculer avec sa question : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Avec Pierre, devant le Christ, Pain de vie, nous aussi, aujourd'hui, nous voulons redire : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68).
1 . Chers amis, en rentrant dans vos pays, mettez l'Eucharistie au centre de votre vie personnelle et communautaire : aimez-la, adorez-la, célébrez-la, surtout le dimanche, jour du Seigneur. Vivez l'Eucharistie en témoignant de l'amour de Dieu pour les hommes.
Chers amis, je vous confie ce qui est le plus grand don que Dieu nous ait fait, à nous pèlerins sur les routes du temps, mais portant dans le cœur la soif de l'éternité. Puissiez-vous avoir toujours, dans chaque communauté, un prêtre qui célèbre l'Eucharistie ! C’est pourquoi je demande au Seigneur que fleurissent parmi vous de nombreuses et saintes vocations au sacerdoce. L'Église a besoin d’hommes qui célèbrent aujourd'hui, avec un cœur pur, le sacrifice eucharistique. Le monde a besoin de ne pas être privé de la présence douce et libératrice de Jésus vivant dans l'Eucharistie !
Soyez vous-mêmes des témoins fervents de la présence du Christ sur nos autels. Que l'Eucharistie façonne votre vie, la vie des familles que vous formerez ! Qu'elle oriente tous vos choix de vie ! Que l'Eucharistie, présence vivante et réelle de l'amour trinitaire de Dieu, vous inspire des idéaux de solidarité et vous fasse vivre en communion avec vos frères disséminés en tous lieux de la planète !
Que de la participation à l'Eucharistie, en particulier, jaillisse une nouvelle floraison de vocations à la vie religieuse, afin d’assurer dans l'Église la présence de forces fraîches et généreuses pour la grande tâche de la nouvelle évangélisation ! Si l'un ou l'une de vous, chers garçons et filles, entend l'appel du Seigneur à se donner totalement à lui pour l'aimer « d’un cœur sans partage » (cf. 1 Co 7, 34), qu'il ne se laisse pas arrêter par le doute ou par la peur ! Qu'il dise avec courage son « oui » sans réserve, en se confiant à Celui qui est fidèle en toutes ses promesses ! N'a-t-il pas promis, à ceux qui ont tout laissé pour lui, le centuple ici-bas et ensuite la vie éternelle (cf. Mc 10, 29-30) ?
1 . Au terme des ces Journées mondiales, en vous regardant, en regardant vos jeunes visages, votre enthousiasme sincère, je veux exprimer, du fond du cœur, un profond merci à Dieu pour le don de la jeunesse, qui par vous demeure dans l'Église et dans le monde.
Merci à Dieu pour le chemin des Journées mondiales de la Jeunesse ! Merci à Dieu pour les nombreux jeunes qui se sont engagés tout au long de ces seize années ! Ce sont des jeunes qui maintenant, devenus adultes, continuent à vivre dans la foi là où ils habitent et ils travaillent. Je suis sûr que vous aussi, chers amis, vous serez à la hauteur de ceux qui vous ont précédés. Vous porterez l'annonce du Christ dans le nouveau millénaire. En rentrant chez vous, ne vous dispersez pas. Confirmez et approfondissez votre adhésion à la communauté chrétienne à laquelle vous appartenez. De Rome, de la Ville de Pierre et de Paul, le Pape vous accompagne avec affection et, paraphrasant une expression de sainte Catherine de Sienne, il vous dit : « Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde entier ! » (cf. Lettre 368).
Je regarde avec confiance cette nouvelle humanité qui se prépare par vous, je regarde cette Église sans cesse rajeunie par l'Esprit du Christ et qui aujourd'hui se réjouit de vos résolutions et de votre engagement. Je regarde vers l'avenir et je fais miennes les paroles d'une prière ancienne, qui chante à la fois le don de Jésus, de l'Eucharistie et de l'Église :
« Nous te rendons grâce, notre Père,
pour la vie et la connaissance
que tu nous as fait découvrir par Jésus, ton serviteur.
À toi la gloire pour les siècles !
Comme ce pain rompu,
qui était dispersé sur les montagnes et les collines,
a été rassemblé pour ne plus faire qu'un,
ainsi que ton Église soit rassemblée
des extrémités de la terre dans ton Royaume...
C'est toi, Maître tout-puissant,
qui as créé l'univers,
pour la gloire de ton Nom,
qui as donné aux hommes nourriture et boisson
pour qu'ils en jouissent,
afin qu'ils te rendent grâce.
Mais nous, tu nous as gratifiés d'une nourriture
et d'une boisson spirituelles
et de la vie éternelle, par ton Serviteur...
À toi la gloire pour les siècles ! » (Didachè 9, 3-4 ; 10, 3-4).
Amen.
SOLENNITÉ DE LA TOUSSAINT, CÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE POUR LE 50ème ANNIVERSAIRE DE LA DÉFINITION DOGMATIQUE DE L’ASSOMPTION DE MARIE AU CIEL, HOMÉLIE DU SAINT PÈRE JEAN PAUL II, Mercredi 1er novembre 2000
1. "Amen ! Louange, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles. Amen !" (Ap 7, 12).
Dans une attitude de profonde adoration pour la Très Sainte Trinité, nous nous unissons à tous les saints qui célèbrent éternellement la liturgie céleste pour répéter avec eux l'action de grâce à notre Dieu, pour les merveilles qu'il a accomplies dans l'histoire du salut.
Louange et action de grâces à Dieu pour avoir suscité dans l'Église une multitude immense de saints, que personne ne peut compter (cf. Ap 7, 9). Une multitude immense : non seulement les saints et les bienheureux que nous fêtons au cours de l'année liturgique, mais également les saints anonymes, que Lui seul connaît. Des mères et des pères de famille qui, en se dévouant quotidiennement à leur enfants, ont contribué de façon efficace à la croissance de l'Église et à l'édification de la société ; des prêtres, des sœurs et des laïcs qui, comme des cierges allumés devant l'autel du Seigneur, se sont consumés dans le service envers leur prochain qui avait besoin d'aide matérielle et spirituelle ; des missionnaires, hommes et femmes, qui ont tout quitté pour apporter l'annonce évangélique dans toutes les parties du monde. Et la liste pourrait se poursuivre encore.
2. Louange et action de grâces à Dieu, en particulier pour la plus sainte des créatures, Marie, aimée du Père, bénie à cause de Jésus, fruit de son sein, sanctifiée et devenue une créature nouvelle sous l'action de l'Esprit Saint. Modèle de sainteté pour avoir mis sa vie à la disposition du Très-Haut, Elle "brille déjà comme un signe d'espérance assurée et de consolation devant le Peuple de Dieu en pèlerinage" (Lumen gentium, n. 68).
C'est précisément aujourd'hui le cinquantième anniversaire de l'acte solennel à travers lequel mon vénéré prédécesseur le Pape Pie XII, sur cette même place, définit le dogme de l'Assomption de Marie au ciel, corps et âme. Louons le Seigneur pour avoir glorifié sa mère, en l'associant à sa victoire sur le péché et sur la mort.
Aujourd'hui, ont voulu s'unir de façon particulière à notre louange les fidèles de Pompéi, qui sont venus nombreux en pèlerinage, conduits par l'Archevêque-Prélat du Sanctuaire, Mgr Francesco Saverio Toppi, et accompagnés par le Maire de la ville. Leur présence rappelle que ce fut précisément le bienheureux Bartolomeo Longo, fondateur de la nouvelle Pompéi, qui commença, en 1900, le mouvement qui promut la définition du dogme de l'Assomption.
3. La liturgie d'aujourd'hui parle entièrement de sainteté. Cependant, pour savoir quelle est la voie de la sainteté, nous devons monter avec les Apôtres sur le Mont des Béatitudes, nous approcher de Jésus et nous mettre à l'écoute des paroles de vie qui sortent de sa bouche. Aujourd'hui aussi, il répète pour nous :
Bienheureux ceux qui ont une âme de pauvres, car le Royaume des cieux est à eux ! Le divin Maître proclame "bienheureux" et, nous pourrions dire, "canonise" tout d'abord ceux qui ont une âme de pauvres, c'est-à-dire ceux qui ont le cœur libre de tout préjugé et conditionnement, et qui sont donc totalement ouverts à la volonté divine. L'adhésion totale et confiante à Dieu suppose le dépouillement et un détachement cohérent de soi-même.
Bienheureux les affligés ! C'est non seulement la béatitude de ceux qui souffrent pour les nombreuses difficultés liées à la condition humaine mortelle, mais également de ceux qui acceptent avec courage les souffrances dérivant de la profession sincère de la morale évangélique.
Bienheureux les cœurs purs ! Ceux qui sont proclamés bienheureux sont ceux qui ne se contentent pas de pureté extérieure ou rituelle, mais qui recherchent la rectitude intérieure absolue qui exclut tout mensonge ou duplicité.
Bienheureux les affamés et assoiffés de la justice ! La justice humaine est déjà un but très élevé, qui ennoblit l'âme de celui qui le poursuit, mais la pensée de Jésus va vers une justice plus grande encore qui se trouve dans la recherche de la volonté salvifique de Dieu : c'est surtout celui qui a faim et soif de cette justice qui est bienheureux. En effet, Jésus dit : "C'est en faisant la volonté de mon Père qu'on entrera dans le Royaume des cieux" (cf. Mt 7, 21).
Bienheureux les miséricordieux ! Bienheureux sont ceux qui vainquent la dureté de cœur et l'indifférence, pour reconnaître de façon concrète la primauté de l'amour plein de compassion, à l'exemple du bon Samaritain et, en dernière analyse, du Père "riche de miséricorde" (Ep 2, 4).
Bienheureux les artisans de paix ! La paix, synthèse des biens messianiques, est une tâche exigeante. Dans un monde qui présente de terribles antagonismes et tant d'obstacles, il faut promouvoir une coexistence fraternelle inspirée par l'amour et le partage, en surmontant les inimitiés et les oppositions. Bienheureux ceux qui s'engagent dans cette très noble entreprise !
4. Les saints ont pris ces paroles de Jésus au sérieux. Ils ont cru que le "bonheur" leur serait donné du fait qu'ils les traduisaient dans leur existence. Et ils ont fait l'expérience de leur vérité en étant confrontés quotidiennement aux faits : malgré les épreuves, les périodes sombres, les difficultés, les échecs, ils ont goûté ici bas la joie profonde de la communion avec le Christ. En Lui, ils ont découvert, présent dans le temps, le germe initial de la gloire future du Royaume de Dieu.
C'est ce que découvrit en particulier la Très Sainte Vierge Marie, qui vécut une communion unique avec le Verbe incarné, en se confiant sans réserve à son dessein salvifique. C'est pourquoi il lui fut donné d'écouter, à l'avance par rapport au "discours sur la montagne", la béatitude qui résume toutes les autres : "Bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur" (Lc 1, 45).
5. La profondeur de la foi de la Vierge dans la Parole de Dieu apparaît avec clarté dans le cantique du Magnificat : "Mon âme exalte le Seigneur / et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur / parce qu'il a jeté les yeux sur l'abaissement de sa servante" (Lc 1, 46-48).
À travers ce chant, Marie montre ce qui a constitué le fondement de sa sainteté : sa profonde humilité. On peut se demander en quoi consistait cette humilité. Le "trouble" suscité en Elle par le salut de l'Ange : "Réjouis-toi comblée de grâce, le Seigneur est avec toi" (Lc 1, 28), est très éloquent à ce propos. Face au mystère de la grâce, à l'expérience d'une présence particulière de Dieu qui a posé son regard sur elle, Marie éprouve une impulsion naturelle d'humilité (littéralement d'"abaissement"). C'est la réaction d'une personne qui a une pleine conscience de sa petitesse face à la grandeur de Dieu. Marie contemple dans la vérité sa personne, les autres, le monde.
La question suivante ne fut-elle pas un acte d'humilité : "Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme !" (Lc 1, 34). Elle venait d'entendre qu'elle devait concevoir et donner le jour à un Enfant, qui aurait régné sur le trône de David en tant que Fils du Très-Haut. Elle ne comprit certainement pas pleinement le mystère de cette décision divine, mais elle comprit qu'elle signifiait un changement total dans la réalité de sa vie. Toutefois, elle ne demanda pas : En sera-t-il vraiment ainsi ? Cela doit-il se produire ? Elle dit simplement : Comment cela sera-t-il ? Sans émettre de doutes ni de réserves, elle accepta l'intervention divine qui changeait son existence. Sa question exprimait l'humilité de la foi, la disponibilité à placer sa vie au service du mystère divin, tout en étant incapable de comprendre comment cela se serait produit.
Cette humilité de l'esprit, cette pleine soumission dans la foi s'exprima de façon particulière dans son "fiat" : "Je suis la servante du Seigneur, qu'il m'advienne selon ta parole !" (Lc 1, 38). Grâce à l'humilité de Marie put s'accomplir ce qu'Elle devait ensuite chanter dans le Magnificat : "Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse, / car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses / Saint est son nom" (Lc 1, 48-49).
À la profondeur de l'humilité correspond la grandeur du don. Le Tout-Puissant fit pour Elle de "grandes choses" (cf. Lc 1, 49) et Elle sut les accepter avec gratitude et les transmettre à toutes les générations de croyants. Voilà le chemin vers le ciel suivi par Marie, Mère du Sauveur, qui a précédé sur cette voie tous les saints et les bienheureux de l'Église.
6. Bienheureuse es-tu, Marie, élevée au ciel corps et âme ! Pie XII définit cette vérité "à la gloire de Dieu tout-puissant..., en l'honneur de son Fils, roi immortel des siècles et vainqueur du péché et de la mort, à la plus grande gloire de sa Mère, à la joie et réjouissance de toute l'Église" (Const. apos. Munificentissimus Deus, AAS 42 [1950], 770).
Et nous, nous exultons : ô Marie élevée au ciel dans la contemplation de ta personne glorifiée et devenue, dans le Christ ressuscité, la collaboratrice de l'Esprit pour communiquer la vie divine aux hommes. En Toi, nous voyons l'objectif de la sainteté à laquelle Dieu appelle tous les membres de l'Église. Dans ta vie de foi, nous apercevons la claire indication du chemin vers la maturité spirituelle et la sainteté chrétienne.
Avec Toi et avec tous les saints, nous glorifions Dieu Trinité, qui soutient notre pèlerinage terrestre et vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.
CÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE À L'OCCASION DU CONGRÈS MONDIAL DU LAÏCAT CATHOLIQUE, HOMÉLIE DU SAINT PÈRE, Dimanche 26 novembre 2000, Solennité du Christ-Roi
1. "Tu le dis : je suis roi" (Jn 18, 37).
C'est ainsi que Jésus répondit à Pilate au cours d'un dialogue dramatique, que l'Évangile nous fait écouter à nouveau en la solennité du Christ-Roi de l'Univers. En cette fête, placée au terme de l'année liturgique, Jésus, Verbe éternel du Père, est présenté comme le principe et la fin de toute la création, comme le Rédempteur de l'homme et le Seigneur de l'histoire. Dans la première Lecture, le prophète Daniel affirme : "Son empire est un empire éternel qui ne passera point, et son royaume ne sera point détruit" (7, 14).
Oui, ô Christ, tu es Roi ! Ta royauté se manifeste paradoxalement sur la croix, dans l'obéissance au dessein du Père, qui "nous a en effet arrachés - comme l'écrit l'apôtre Paul - à l'empire des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés" (Col 1, 13-14). Premier-né de ceux qui ressuscitent des morts, Toi, Jésus, tu es le Roi de la nouvelle humanité, restituée à sa dignité originelle.
Tu es Roi ! Ton royaume cependant, n'est pas de ce monde (cf. Jn 18, 36) ; il n'est pas le fruit de conquêtes armées, de dominations politiques, d'empires économiques, d'hégémonies culturelles. Ton royaume est un "royaume de vérité et de vie, de sainteté et de grâce, de justice, d'amour et de paix" (cf. Préface du Christ-Roi), qui se manifestera dans sa plénitude à la fin des temps, lorsque Dieu sera tout en tous (cf. 1 Co 15, 28). L'Église, qui peut déjà goûter sur la terre les prémisses de l'accomplissement futur, ne cesse de répéter : "Que ton Règne vienne" (Mt 6, 10).
2. Que ton règne vienne ! C'est ainsi que prient, dans chaque partie du monde, les fidèles qui se rassemblent aujourd'hui autour de leurs pasteurs pour le Jubilé de l'Apostolat des Laïcs. Et je m'unis avec joie à ce chœur universel de louange et de prière, en célébrant la Messe avec vous, chers fidèles, auprès de la tombe de l'Apôtre Pierre.
Je remercie le Cardinal James Francis Stafford, Président du Conseil pontifical pour les Laïcs, et vos deux représentants qui, au début de la Messe, se sont faits les interprètes des sentiments communs. Je salue les vénérés frères dans l'épiscopat, ainsi que les prêtres, les religieux et les religieuses présents. J'étends en particulier mon salut à vous, laïcs, activement dévoués à la cause de l'Évangile : en vous regardant, je pense également à tous les membres des communautés, des associations et des mouvements d'action apostolique ; je pense aux pères et aux mères qui, avec générosité et esprit de sacrifice, s'occupent de l'éducation de leurs enfants dans la pratique des vertus humaines et chrétiennes ; je pense à ceux qui offrent à l'évangélisation la contribution de leurs souffrances, accueillies et vécues en union avec le Christ.
3. Je vous salue de façon particulière, chers participants au Congrès du Laïcat catholique, qui s'insère harmonieusement dans le contexte du Jubilé de l'Apostolat des Laïcs. Votre rencontre a pour thème "Témoins du Christ dans le nouveau millénaire". Elle reprend la tradition des Congrès mondiaux de l'Apostolat des Laïcs, commencée il y a cinquante ans sous l'impulsion féconde d'une plus vive conscience que l'Église avait acquise de sa propre nature de mystère de communion, ainsi que de son intrinsèque responsabilité missionnaire dans le monde.
Au cours de la maturation de cette conscience, le Concile oecuménique Vatican II a marqué un tournant décisif. Avec le Concile, l'heure du laïcat a vraiment sonné dans l'Église et de nombreux fidèles laïcs, hommes et femmes, ont compris avec une plus grande clarté leur propre vocation chrétienne, qui, de par sa nature même, est une vocation à l'apostolat (cf. Apostolicam actuositatem, n. 2). Trente-cinq ans après sa conclusion, je dis : il faut revenir au Concile. Il faut reprendre en main les documents de Vatican II pour en redécouvrir la grande richesse d'orientations doctrinales et pastorales.
C'est en particulier vous qui devez reprendre en main ces documents, vous laïcs, auxquels le Concile a ouvert des perspectives extraordinaires de participation et d'engagement dans la mission de l'Église. Le Concile ne vous a-t-il pas rappelé votre participation à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ ? C'est à vous que les Pères conciliaires ont confié, de façon particulière, la mission de "chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles en les ordonnant selon Dieu" (Cf. Lumen gentium, n. 31).
Dès lors, a fleuri une vive saison de rassemblement, dans laquelle, aux côtés des associations traditionnelles, sont nés de nouveaux mouvements, rassemblements et communautés (cf. Christifideles laici, n. 29). Aujourd'hui plus que jamais, très chers frères et sœurs, votre apostolat est indispensable afin que l'Évangile soit lumière, sel et levain d'une nouvelle humanité.
4. Mais que comporte cette mission ? Que signifie être chrétien aujourd'hui, ici, en ce moment ?
Etre chrétien n'a jamais été facile et ne l'est pas non plus aujourd'hui. Suivre le Christ exige le courage d'effectuer des choix radicaux, souvent à contre-courant. "Nous sommes le Christ !", s'exclamait saint Augustin. Les martyrs et les témoins de la foi d'hier et d'aujourd'hui, parmi lesquels se trouvent tant de fidèles laïcs, démontrent que, si cela est nécessaire, on ne doit pas hésiter à donner même sa propre vie pour Jésus-Christ.
À ce propos, le Jubilé invite chacun à un sérieux examen de conscience et à un renouveau spirituel durable pour une action missionnaire toujours plus incisive. Je voudrais ici reprendre ce que, il y a vingt-cinq ans, presque en conclusion de l'Année Sainte de 1975, mon vénéré prédécesseur, le Pape Paul VI, écrivait dans l'Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi : "L'homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres [...] ou s'il écoute les maîtres, c'est parce qu'ils sont des témoins" (n. 41).
Il s'agit de paroles encore valables aujourd'hui, face à une humanité riche de potentialités et d'attentes, mais cependant menacée par de multiples risques et dangers. Il suffit de penser, entre autres, aux conquêtes sociales et à la révolution dans le domaine de la génétique ; au progrès économique et au sous-développement existant dans de vastes régions de la planète ; au drame de la faim dans le monde et aux difficultés existant pour sauvegarder la paix ; au réseau ramifié des communications et aux drames de la solitude et de la violence que révèlent les faits divers quotidiens. Très chers fidèles laïcs, en tant que témoins du Christ, c'est vous qui êtes en particulier appelés à apporter la lumière de l'Évangile dans les centres vitaux de la société. Vous êtes appelés à être des prophètes d'espérance chrétienne et des apôtres de celui "qui est, qui était et qui vient, le Tout Puissant" (cf. Ap 1, 4).
5. "La sainteté est l'ornement de ta maison" (Ps 93 [92], 5). À travers ces paroles, nous nous sommes adressés à Dieu dans le Psaume responsorial. La sainteté continue à être le plus grand défi pour les croyants. Nous devons être reconnaissants au Concile Vatican II, qui nous a rappelés comment tous les chrétiens sont appelés à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection dans la charité.
Chers frères et sœurs, n'ayez pas peur d'accepter ce défi : être des hommes et des femmes saints ! N'oubliez pas que les fruits de l'apostolat dépendent de la profondeur de la vie spirituelle, de l'intensité de la prière, d'une formation constante et d'une adhésion sincère aux orientations de l'Église. Je vous répète aujourd'hui, comme aux jeunes lors de la Journée mondiale de la Jeunesse, que si vous êtes ce que vous devez être - c'est-à-dire si vous vivez le christianisme sans compromis - vous enflammerez le monde entier.
Des devoirs et des objectifs qui peuvent sembler démesurés pour les forces humaines vous attendent. Ne vous découragez pas ! "Celui qui a commencé en vous cette œuvre excellente en poursuivra l'accomplissement" (Ph 1, 6). Gardez toujours votre regard tourné vers Jésus. Faites de Lui le cœur du monde.
Et toi, Marie, Mère du Rédempteur, sa première disciple parfaite, aide-nous à être ses témoins au cours du nouveau millénaire. Fais que ton Fils, Roi de l'Univers et de l'Histoire, règne dans notre vie, dans nos communautés et dans le monde entier !
"Louange et honneur à Toi, ô Christ". Avec ta Croix, tu as racheté le monde. Nous Te confions, au début d'un nouveau millénaire, notre engagement au service de ce monde que Tu aimes et que nous aimons nous aussi. Soutiens-nous par la force de ta grâce ! Amen.
MESSE DE MINUIT, HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE, NOËL 24 décembre 2000
"Aujourd'hui, un Sauveur nous est né" (antienne du psaume responsorial).
En cette nuit, retentit l'annonce, ancienne et toujours nouvelle, de la Nativité du Seigneur. Elle retentit pour ceux qui veillent, comme les pasteurs de Bethléem il y a deux mille ans ; elle retentit pour ceux qui ont suivi l'invitation de l'Avent et qui, vigilants dans l'attente, sont prêts à accueillir le joyeux message ; dans la liturgie ce message se fait chant : "Aujourd'hui, un Sauveur nous est né".
Le peuple chrétien veille ; le monde entier veille, en cette nuit de Noël qui se rattache à la mémorable nuit d'il y a un an, quand fut ouverte la Porte Sainte du grand Jubilé, Porte de la grâce grande ouverte à tous.
. Chaque jour de l'année jubilaire, c'est comme si l'Église ne cessait jamais de répéter : "Aujourd'hui, un Sauveur nous est né". Cette annonce, qui possède une charge inépuisable de renouvellement, résonne en cette nuit sainte avec une force singulière : c'est le Noël du grand Jubilé, mémoire vivante des deux mille ans du Christ, de sa prodigieuse naissance qui a marqué le nouveau commencement de l'histoire. Aujourd'hui, "le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous" (Jn 1, 14).
"Aujourd'hui". En cette nuit, le temps s'ouvre à l'éternel, parce que Toi, ô Christ, tu es né parmi nous, venant d'en haut. Tu es né du sein d'une Femme bénie entre toutes, Toi, le "Fils du Très-Haut". Ta sainteté a sanctifié une fois pour toutes notre temps : les jours, les siècles, les millénaires. Par ta naissance tu as fait du temps un "aujourd'hui" de salut.
."Aujourd'hui, un Sauveur nous est né".
Cette nuit nous célébrons le mystère de Bethléem, le mystère d'une nuit particulière qui est, en un sens, dans le temps et au-delà du temps. Dans le sein de la Vierge est né un Enfant, une mangeoire a servi de berceau pour la Vie immortelle.
Noël est la fête de la vie, car Toi, Jésus, en venant au jour comme chacun de nous, tu as béni l'heure de la naissance : une heure qui symboliquement représente le mystère de l'existence humaine, en unissant les douleurs de l'enfantement à l'espérance, la souffrance à la joie. Tout cela est arrivé à Bethléem : une Mère a enfanté ; "un être humain est né dans le monde" (Jn 16, 21), le Fils de l'homme. Mystère de Bethléem !
Avec une émotion intérieure, je repense aux jours de mon pèlerinage en Terre Sainte. Je retourne en esprit à cette grotte où il m'a été accordé la grâce de m'arrêter en prière. J'embrasse en esprit cette terre bénie où a jailli pour le monde la joie impérissable.
Je pense avec inquiétude aux Lieux saints et, de façon spéciale, à la ville de Bethléem où, malheureusement, à cause de la situation politique difficile, les rites suggestifs de Noël ne pourront pas se dérouler avec la solennité habituelle. Je voudrais qu'en cette nuit ces communautés chrétiennes ressentent la pleine solidarité de toute l'Église.
Nous vous sommes proches, chers Frères et Sœurs, par une prière particulièrement intense. Avec vous nous tremblons pour le sort de toute la région du Moyen-Orient. Puisse le Seigneur écouter notre prière ! De cette Place, centre du monde catholique, que retentisse encore une fois avec une force renouvelée l'annonce des anges aux bergers : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes, qu'il aime" (Lc 2, 14) !
Notre confiance ne peut chanceler, de même que ne peut manquer notre émerveillement pour ce que nous commémorons. Celui qui donne la paix au monde naît aujourd'hui.
"Aujourd'hui, un Sauveur nous est né".
Le Verbe pleure dans une mangeoire. Il s'appelle Jésus, ce qui signifie "Dieu sauve", car "c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés" (Mt 1, 21).
Ce n'est pas dans un palais que naît le Rédempteur, destiné à instaurer le Règne éternel et universel. Il naît dans une étable et, en venant parmi nous, il allume dans le monde le feu de l'amour de Dieu (cf. Lc 12, 49). Ce feu ne s'éteindra jamais plus.
Puisse ce feu brûler dans les cœurs comme une flamme de charité concrète, qu'il devienne accueil et soutien pour de nombreux frères éprouvés par le besoin et par la souffrance !
Seigneur Jésus, Toi que nous contemplons dans la pauvreté de Bethléem, rends-nous témoins de ton amour, de cet amour qui T'a poussé à te dépouiller de la gloire divine pour venir naître parmi les hommes et mourir pour nous.
Alors que le grand Jubilé entre dans sa phase finale, donne-nous ton Esprit, pour que la grâce de l'Incarnation pousse tout croyant à correspondre plus généreusement à la vie nouvelle reçue au Baptême.
Fais que la lumière de cette nuit, plus resplendissante que le jour, se projette sur l'avenir et oriente les pas de l'humanité sur le chemin de la paix.
Toi, le Prince de la paix, Toi le Sauveur né aujourd'hui pour nous, chemine avec ton Église sur la route qui s'ouvre devant elle dans le nouveau millénaire !