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MESSE EN LA SOLENNITÉ DE MARIE TRÈS SAINTE MÈRE DE DIEU ET XXXIV° JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX, HOMÉLIE DU SAINT PÈRE JEAN PAUL II, 1er janvier 2001
1. "Ils [les bergers] vinrent donc en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la crèche" (Lc 2, 15).
Aujourd'hui, Octave de Noël, la liturgie nous invite à travers ces paroles à marcher, avec une ferveur nouvelle et consciente, vers Bethléem pour adorer le divin Enfant, né pour nous. Elle nous invite à suivre les pas des pasteurs qui, entrés dans la grotte, reconnaissent en ce petit être humain, "né d'une femme, sujet de la loi" (Ga 4, 4), le Tout Puissant qui s'est fait l'un de nous. À ses côtés, Joseph et Marie sont des témoins silencieux du prodige de Noël. Tel est le mystère que nous aussi, aujourd'hui, nous contemplons émerveillés :  le Seigneur est né pour nous. Marie a donné "à la lumière le Roi qui gouverne le ciel et la terre pour les siècles des siècles" (cf. Sedulio).
Nous restons émerveillés devant la scène que l'Évangéliste nous rapporte. Arrêtons-nous, en particulier, pour contempler les pasteurs. Modèles simples et joyeux de la recherche humaine, ces derniers, en particulier dans le contexte du grand Jubilé, mettent en évidence quelles doivent être les conditions intérieures pour rencontrer Jésus.
La tendresse désarmante de l'Enfant, la pauvreté surprenante dans laquelle Il se trouve, l'humble simplicité de Marie et Joseph, transforment la vie des pasteurs :  ils deviennent ainsi des messagers de salut, des évangélistes ante litteram. Saint Luc écrit :  "Puis les bergers s'en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu, suivant ce qui leur avait été annoncé" (Lc 2, 20). Ils s'en allèrent heureux et enrichis par un événement qui avait changé leur existence. Il y a, dans leurs paroles, l'écho d'une joie intérieure qui devient cantique :  "Ils s'en retournèrent, glorifiant et louant Dieu".
2. Nous aussi, en cette Année jubilaire, nous nous sommes mis en chemin pour rencontrer le Christ, le Rédempteur de l'homme. En franchissant la Porte Sainte, nous avons fait l'expérience de sa présence mystérieuse, grâce à laquelle l'homme a acquis la possibilité de passer du péché à la grâce, de la mort à la vie. Le Fils de Dieu, qui s'est fait chair pour nous, nous a fait sentir l'appel puissant à la conversion et à l'amour.
Combien de dons, combien d'occasions extraordinaires le grand Jubilé a-t-il offert aux croyants ! Dans l'expérience du pardon reçu et donné, dans le souvenir des martyrs, dans l'écoute du cri des pauvres du monde et dans les témoignages remplis de foi qui nous ont été transmis par nos frères chrétiens de tous les temps, nous avons nous aussi ressenti la présence salvifique de Dieu dans l'histoire. Nous avons comme touché de façon tangible son amour qui renouvelle la face de la terre. Dans quelques jours, ce temps spécial de grâce se conclura. Comme aux pasteurs qui accourent pour l'adorer, le Christ demande aux croyants, auxquels il a offert la joie de le rencontrer, une disponibilité courageuse afin de repartir pour annoncer son Évangile, ancien et toujours nouveau. Il les invite à vivifier l'histoire et les cultures des hommes avec son message salvifique.
3. "Puis les bergers s'en retournèrent, glorifiant et louant Dieu" (Lc 2, 20). Nous aussi, encouragés et enrichis par la grâce jubilaire, nous commençons cette nouvelle année que le Seigneur nous donne. Que les paroles de la première Lecture, qui renouvellent la bénédiction du Créateur, soient un réconfort pour nous : "Que Yahvé te bénisse et te garde ! Que Yahvé fasse pour toi rayonner son visage et te fasse grâce. Que Yahvé te découvre sa face et t'apporte la paix !" (Nb 6, 24, 25). Que le Seigneur nous donne la paix, non pas la paix fruit de compromis humains, mais la paix effet de son regard bienveillant sur nous. Telle est la paix que nous invoquons aujourd'hui, en célébrant la XXXIVème Journée mondiale de la Paix.
Avec une grande affection je salue MM. les Ambassadeurs du Corps diplomatique accrédités près le Saint-Siège, présents à cette liturgie solennelle. Je salue, en particulier, le cher Mgr François Xavier Nguyên Van Thûan, Président du Conseil pontifical "Justice et Paix", ainsi que les collaborateurs de ce dicastère qui a pour tâche spécifique de représenter la sollicitude du Pape et du Siège apostolique afin de promouvoir un monde plus juste et plus harmonieux. Je salue les autorités et tous ceux qui sont présents à cette rencontre de prière pour la paix. À tous, je voudrais reproposer en esprit le Message pour la Journée mondiale de la Paix de cette année, dans lequel j'ai développé un thème particulièrement actuel, le "Dialogue entre les cultures pour une civilisation de l'amour et de la paix".
4. Je renouvelle aujourd'hui à chaque personne de bonne volonté, dans ce cadre liturgique suggestif, l'invitation pressante à parcourir avec confiance et ténacité la voie privilégiée du dialogue. Ce n'est qu'ainsi que les richesses spécifiques, qui caractérisent l'histoire et la vie des hommes et des peuples, ne seront pas égarées, mais, au contraire, qu'elles pourront concourir à édifier une ère nouvelle de solidarité fraternelle. Que chacun fasse l'effort de promouvoir une authentique culture de la solidarité et de la justice, étroitement "liée à la valeur de la paix, objectif  primordial  de  toute  société, ainsi que de la communauté nationale et internationale" (Message pour la Journée mondiale de  la  Paix  2001, n. 18).
Cela est devenu encore davantage nécessaire en raison du contexte mondial actuel, rendu complexe par la mobilité humaine diffuse, par la communication mondiale et par la rencontre souvent difficile entre les diverses cultures. Dans le même temps, il faut réaffirmer avec vigueur l'urgence de défendre la vie, bien fondamental de l'humanité, car "on ne peut pas invoquer la paix et mépriser la vie" (Ibid., n. 19).
Nous adressons notre prière au Seigneur, afin que le respect de ces valeurs fondamentales, patrimoine de chaque culture, contribue à l'édification de la civilisation de l'amour et de la paix désirée. Que le Christ, Prince de la Paix, que nous contemplons dans la pauvreté de la crèche, obtienne cela pour nous.
5. "Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur" (Lc 2, 19).
Aujourd'hui, l'Église célèbre la Solennité de Marie, Mère de Dieu. Après l'avoir présentée comme Celle qui offre l'Enfant à la recherche attentive des bergers, l'évangéliste Luc nous offre une icône de Marie, simple et majestueuse à la fois. Marie est la femme de foi, qui a fait place à Dieu dans son cœur, dans ses projets, dans son corps, dans  son expérience  d'épouse  et  de mère.  Elle  est  la  croyante  capable de saisir  dans la vie hors du commun de son Fils l'avènement de cette "plénitude des temps" (Ga 4, 4), dans laquelle Dieu, en choisissant les voies simples de l'existence humaine, a décidé de s'engager personnellement dans l'œuvre du salut.
La foi conduit la Sainte Vierge à parcourir des routes inconnues et imprévisibles, en continuant à tout conserver dans son cœur, c'est-à-dire dans l'intimité de son esprit, pour répondre avec une adhésion renouvelée à Dieu et à son dessein d'amour.
6.  C'est à Elle que nous adressons notre prière, au début de cette nouvelle année.
Aide-nous, ô Marie, à toujours réfléchir sur notre existence dans un esprit de foi. Aide-nous à savoir préserver des espaces de silence et de contemplation dans la vie quotidienne pressée. Fais que nous soyons toujours tournés vers les exigences de la paix véritable, don du Noël du Christ.
À Toi, en ce premier jour de l'an 2001, nous confions les attentes et les espérances de l'humanité tout entière : "Sous ta protection nous trouvons refuge, Sainte Mère de Dieu : n'ignore pas nos prières, nous qui sommes dans l'épreuve et libère-nous de tout danger, ô Vierge glorieuse et bénie !" (De la liturgie des Heures).
Sainte Vierge, Mère de Dieu, intercède pour nous auprès de ton Fils, afin que son visage resplendisse sur le chemin du nouveau millénaire et que chaque homme puisse vivre dans la justice et dans la paix !
Amen !
FERMETURE DE LA PORTE SAINTE


HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE, Solennité de l’Épiphanie du Seigneur, samedi 6 janvier 2001
1. “Tous les peuples de la terre t'adoreront, Seigneur !” Cette acclamation, qui vient d’être reprise dans le psaume responsorial, exprime très bien le sens de la solennité de l'Épiphanie que nous célébrons en ce jour. En même temps, elle jette aussi une lumière sur le rite de clôture de la Porte Sainte.
“T'adoreront, Seigneur...” : c'est une vision qui nous parle d'avenir, qui nous fait regarder au loin. Elle évoque l'ancienne prophétie messianique qui se réalisera pleinement quand le Christ Seigneur reviendra dans la gloire à la fin de l'histoire. Cependant, elle a connu une première réalisation, historique et en même temps prophétique, quand les Mages vinrent à Bethléem en apportant leurs dons. Ce fut le commencement de la manifestation du Christ – précisément son “épiphanie” – aux représentants des peuples du monde.
C'est une prophétie qui se réalise progressivement au cours du temps, à mesure que l'annonce évangélique se répand dans le cœur des hommes et s'enracine dans toutes les régions de la terre. Le grand Jubilé n'a-t-il pas été une sorte “d'épiphanie” ? Venant ici à Rome, ou se rendant aussi en pèlerinage ailleurs dans les nombreuses églises jubilaires, d'innombrables personnes ont marché en quelque sorte sur les pas des Mages, à la recherche du Christ. La Porte sainte n'est que le symbole de cette rencontre avec lui. La vraie “Porte sainte”, c’est le Christ, qui nous ouvre la porte de la maison du Père et qui nous introduit dans l'intimité de la vie divine.
2. "Tous les peuples de la terre t'adoreront, Seigneur !" Ici surtout, au centre de la catholicité, l'afflux imposant de pèlerins provenant de tous les continents a donné cette année une image éloquente du cheminement des peuples vers le Christ. Il s'agissait de personnes de catégories les plus diverses, venues avec le désir de contempler le visage du Christ et d'obtenir sa miséricorde.
“Le Christ, hier et aujourd'hui, commencement et fin de toutes choses, Alpha et Oméga ; à lui, le temps et l'éternité, à lui, la gloire et la puissance pour les siècles sans fin” (Liturgie de la Veillée pascale). Oui, c'est cette hymne que le Jubilé, dans la perspective suggestive du passage à un nouveau millénaire, a voulu faire monter vers le Christ, Seigneur de l'histoire, deux mille ans après sa naissance. Aujourd'hui se conclut officiellement cette année extraordinaire, mais les dons spirituels qui y ont été répandus demeurent ; cette grande "année de grâce", que le Christ a inaugurée dans la synagogue de Nazareth (cf. Lc 4, 18-19), continue, et elle durera jusqu'à la fin des temps.
Tandis qu'aujourd'hui se ferme, avec la Porte sainte, un "symbole" du Christ, le Cœur du Christ demeure plus que jamais ouvert. Il continue à dire à l'humanité, qui a besoin d'espérance et de sens : "Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos" (Mt 11, 28). Au-delà des nombreuses célébrations et initiatives qui l'ont marquée, l'expérience vivante et consolante de la "rencontre avec le Christ" est le grand héritage que le Jubilé nous laisse.
3. Nous désirons aujourd'hui nous faire les porte-parole du remerciement et de la louange de toute l'Église. C’est pourquoi, à la fin de cette célébration, nous chanterons un solennel Te Deum d'action de grâce. Le Seigneur a accompli des merveilles pour nous, il nous a comblés de miséricorde. Nous devons aujourd'hui faire nôtres les sentiments de joie éprouvés par les Mages dans leur marche vers le Christ : "Quand ils virent l'étoile, ils éprouvèrent une très grande joie". Nous devons surtout les imiter alors qu'ils déposent aux pieds de l'Enfant divin non seulement leurs dons, mais leur vie.
En cette Année jubilaire, l'Église a cherché à développer avec un plus grand engagement, pour ses fils et pour l'humanité, la fonction de l'étoile qui orienta les pas des Mages. L'Église ne vit pas pour elle-même, mais pour le Christ. Elle entend être "l'étoile" qui tient lieu de point de repère, pour aider à trouver le chemin qui conduit vers lui.
Dans la théologie patristique, on aimait parler de l'Église comme du "mysterium lunœ", pour souligner que, comme la lune, elle ne brille pas de sa propre lumière, mais qu'elle reflète le Christ, son Soleil. J'aime rappeler que c'est par cette pensée que s'ouvre la Constitution dogmatique sur l'Église du Concile Vatican II : "Le Christ est la lumière des nations", "Lumen gentium !" ! Et les Pères conciliaires continuaient en exprimant leur ardent désir "de faire briller sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l'Église" (n. 1).
Mysterium lunœ : le grand Jubilé a fait vivre à l'Église une expérience intense de cette vocation qui est la sienne. C'est le Christ qu'elle a désigné en cette année de grâce, rappelant encore une fois les paroles de Pierre : "Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle !" (Jn 6, 68).
4. "Tous les peuples de la terre t'adoreront, Seigneur !" Cette universalité de l'appel du Christ aux peuples s'est manifestée cette année de manière plus visible. Des personnes de tous continents et de toutes langues se sont donné rendez-vous sur cette Place. De nombreuses voix se sont élevées ici en chantant, comme une symphonie de louange et une annonce de fraternité.
Je ne pourrais certes pas en ce moment évoquer les rencontres très diverses que nous avons vécues. Certaines me viennent à l'esprit : les enfants, qui ont inauguré le Jubilé par leur irrésistible sens de la fête, et les jeunes, qui ont conquis Rome par leur enthousiasme et le sérieux de leur témoignage. Je pense aux familles, qui ont proposé un message de fidélité et de communion si nécessaire à notre monde, et aux personnes âgées, aux malades et aux personnes handicapées, qui ont su donner un témoignage éloquent d'espérance chrétienne. Je vois encore le Jubilé de ceux qui, dans le monde de la culture et de la science, avec une assiduité quotidienne s'appliquent à la recherche de la vérité.
Le pèlerinage qui, il y a deux mille ans, vit les Mages venir d'Orient jusqu'à Bethléem, à la recherche du Christ qui venait de naître, a été refait cette année par des millions et des millions de disciples du Christ, venus ici non pas avec "de l'or, de l'encens et de la myrrhe", mais en offrant leur cœur riche de foi et avide de miséricorde.
5. C’est pourquoi, aujourd'hui, l'Église se réjouit, vibrant à l'appel d'Isaïe : "Debout, resplendis, elle est venue, ta lumière... Les nations marcheront vers ta lumière" (Is 60, 1. 3). Dans ces sentiments de joie il n'y a aucun vain triomphalisme. Comment pourrions-nous d’ailleurs succomber à une telle tentation au terme d'une année si intensément pénitentielle ? Le grand Jubilé nous a donné une occasion providentielle pour réaliser la "purification de la mémoire", en demandant pardon à Dieu pour les infidélités accomplies, au cours de ces deux mille ans, par les fils de l'Église.
Devant le Christ crucifié, nous avons rappelé que, en regard de la grâce surabondante qui rend l'Église "sainte", nous, ses fils, sommes largement marqués par le péché et nous jetons une ombre sur le visage de l'Épouse du Christ : aucune “auto-exaltation” donc, mais une grande conscience de nos limites et de nos faiblesses. Cependant, nous ne pouvons pas ne pas vibrer de joie, de cette joie intérieure à laquelle le prophète nous invite, empreinte de gratitude et de louange, parce qu’elle est fondée sur la conscience des dons reçus et sur la certitude de l'amour permanent du Christ.
6. Il est temps maintenant de regarder en avant, et le récit des Mages peut en un sens nous indiquer une route spirituelle. Ils nous disent avant tout que, quand on a rencontré le Christ, il faut savoir s'arrêter et vivre profondément la joie de l'intimité avec lui. "En entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui" : leur vie était désormais pour toujours remise entre les mains de cet Enfant pour lequel ils avaient affronté les âpretés du voyage et les embûches des hommes. Le christianisme naît, et il se régénère continuellement, à partir de la contemplation de la gloire de Dieu qui brille sur le visage du Christ.
Un visage à contempler, comme si on entrevoyait dans ses yeux les "traits" du Père et que l’on se laissait envelopper de l'amour de l'Esprit. Le grand pèlerinage jubilaire nous a rappelé cette dimension trinitaire fondamentale de la vie chrétienne : dans le Christ nous rencontrons aussi le Père et l'Esprit. La Trinité est l'origine et l'accomplissement. Tout part de la Trinité, tout retourne à la Trinité.
Et cependant, comme il advint pour les Mages, cette immersion dans la contemplation du mystère ne nous empêche pas de marcher ; elle nous oblige au contraire à repartir pour un nouveau bout de chemin au cours duquel nous nous faisons annonciateurs et témoins. "Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin". Les Mages ont été en quelque sorte les premiers missionnaires. La rencontre avec le Christ ne les a pas arrêtés à Bethléem, mais elle les a lancés à nouveau sur les chemins du monde. Il faut repartir du Christ, et pour cela aussi, repartir de la Trinité.
7. C'est précisément cela qui nous est demandé, chers Frères et Sœurs, comme fruit du jubilé qui s'achève aujourd'hui.
En fonction de cet engagement qui nous attend, je signerai tout à l'heure la Lettre apostolique “Novo millennio ineunte”, dans laquelle je propose quelques éléments de réflexion qui pourront aider toute la communauté chrétienne à “repartir” avec un élan renouvelé après les efforts jubilaires. Certes, il ne s'agit pas d'organiser, à brève échéance, d'autres initiatives de grande proportion. On retrouve la vie de tous les jours, mais c’est loin d’être du repos. Il faut plutôt tirer de l'expérience jubilaire les enseignements utiles pour donner à notre nouvel engagement une inspiration et une orientation efficaces.
8. Je confie ces éléments de réflexion aux Églises particulières, comme un héritage du grand Jubilé, pour qu'elles en tirent profit dans leurs programmes pastoraux. Il est avant tout urgent de tirer profit de la soif de la contemplation du Christ, que l'expérience de cette année nous a donnée. Dans le visage humain du Fils de Marie, nous reconnaissons le Verbe fait chair, dans la plénitude de sa divinité et de son humanité. Les artistes les plus éminents – en Orient et en Occident – ont affronté le mystère de ce visage. Mais il est surtout le visage que l'Esprit, "iconographe" divin, dessine dans les cœurs de ceux qui le contemplent et qui l'aiment. Il faut "repartir du Christ" avec l'élan de la Pentecôte, avec un enthousiasme renouvelé. Repartir de lui avant tout par les efforts quotidiens de sainteté, en nous mettant dans une attitude de prière et à l'écoute de sa parole. Repartir de lui aussi pour témoigner de son Amour, à travers une pratique de la vie chrétienne marquée par la communion, par la charité, par le témoignage dans le monde. Tel est le programme que je propose dans la présente Lettre apostolique. Il pourrait se réduire à une seule parole : "Jésus Christ !"
Au début de mon pontificat, et bien souvent par la suite, j'ai crié aux fils de l'Église et au monde : "Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ". Je désire le crier encore, au terme de ce Jubilé, au commencement de ce nouveau millénaire.
9. "Tous les peuples de la terre t'adoreront, Seigneur !" Cette prophétie se réalise déjà dans la Jérusalem céleste, où tous les justes du monde, spécialement de nombreux Témoins de la foi, sont mystérieusement réunis en cette cité sainte dans laquelle il n'y a plus de soleil, car son soleil, c’est l'Agneau. Là-haut, les anges et les saints unissent leurs voix pour chanter les louanges de Dieu.
L'Église en pèlerinage sur la terre se fait chaque jour l'écho de ce chant céleste, dans sa liturgie, dans son annonce de l'Évangile, dans son témoignage. Fasse le Seigneur que, dans le nouveau millénaire, elle grandisse toujours plus en sainteté, pour être dans l'histoire une véritable "épiphanie" du visage miséricordieux et glorieux du Christ Seigneur ! Amen.
FÊTE DU BAPTÊME DU SEIGNEUR


HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Dimanche 7 janvier 2001
Très chers frères et sœurs !
1. La fête d'aujourd'hui, qui clôt le temps de Noël, nous offre l'opportunité de nous rendre, comme des pèlerins en esprit, sur les rives du Jourdain pour participer à un mystérieux événement : le Baptême de Jésus par Jean-Baptiste. Nous avons écouté le récit évangélique : "Or il advint [...] au moment où Jésus, baptisé lui aussi, se trouvait en prière, que le ciel s'ouvrit, et l'Esprit Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix partit du ciel : "Tu es mon fils ; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré"" (Lc 3, 21, 22).
Jésus se manifeste donc, comme le "Christ", le fils unique, objet de la prédilection du Père. C'est ainsi qu'Il commence sa vie publique. Cette "manifestation" du Seigneur fait suite à celle de la Nuit Sainte, dans l'humilité de la crèche et à la rencontre d'hier avec les rois Mages, qui adorent chez l'Enfant, le Roi préannoncé par les antiques Écritures.
2. Cette année également, j'ai la joie d'administrer, en une circonstance aussi significative, le sacrement du Baptême à plusieurs nouveau-nés. Je salue les parents, les parrains et les marraines, ainsi que tous les proches qui les ont accompagnés.
Ces enfants deviendront d'ici peu des membres vivants de l'Église. Ils seront oints avec l'huile des Catéchumènes, signe de la douce force du Christ, qui leur a été donnée pour lutter contre le mal. L'eau bénite sera versée sur eux, signe efficace de la purification intérieure à travers le don de l'Esprit Saint. Ils recevront ensuite l'onction avec le Chrême, pour indiquer qu'ils sont ainsi consacrés à l'image de Jésus, l'Oint du Père. La bougie allumée au cierge pascal est le symbole de la lumière de la foi que les parents, les parrains et les marraines devront sans cesse conserver et alimenter, avec la grâce vivifiante de l'Esprit.
C'est pourquoi je m'adresse à vous, chers parents, parrains et marraines. Aujourd'hui, vous avez la joie d'offrir à ces enfants le don le plus précieux et le plus beau :  la vie nouvelle en Jésus, Sauveur de l'humanité tout entière.
À vous, pères et mères, qui avez déjà collaboré avec le Seigneur en donnant le jour à ces enfants, Il demande une collaboration supplémentaire. Il vous demande de seconder l'action de sa Parole salvifique, à travers l'engagement à éduquer ces nouveaux chrétiens. Soyez toujours prêts à accomplir fidèlement cette tâche.
De vous aussi, parrains et marraines, Dieu attend une coopération particulière, qui s'exprime dans le soutien donné aux parents dans l'éducation de ces nouveau-nés selon les enseignements de l'Évangile.
3. Le Baptême chrétien, corroboré par le sacrement de la Confirmation, rend tous les croyants, chacun selon les modalités propres à sa vocation spécifique, corresponsables de la grande mission de l'Église. Chacun dans son domaine, avec sa propre identité, en communion avec les autres et avec l'Église, doit se sentir solidaire de l'unique Rédempteur et du genre humain.
Cela nous ramène à ce que nous venons de vivre durant l'Année jubilaire. Au cours de celle-ci, la vitalité de l'Église s'est révélée aux yeux de tous. Il reste au chrétien, comme héritage de cet événement extraordinaire, la tâche de confirmer sa foi dans le contexte ordinaire de la vie quotidienne.
Confions à la Sainte Vierge ces petites créatures qui accomplissent leurs premiers pas dans la vie. Demandons-Lui tout d'abord de nous aider à nous comporter de façon cohérente avec le Baptême que nous avons reçu un jour. Demandons-Lui ensuite que ces petits enfants, revêtus de la robe blanche, signe de la nouvelle dignité d'enfants de Dieu, soient pour toute leur vie d'authentiques chrétiens et de courageux témoins de l'Évangile.
Loué soit Jésus-Christ !
CONCLUSION DE LA SEMAINE DE PRIÈRE POUR L'UNITÉ DES CHRÉTIENS


HOMÉLIE DU SAINT PÈRE JEAN PAUL II, Jeudi 25 janvier 2001, Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs
1. "Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie" (Jn 14, 6). Ces paroles de l'Évangile de Jean ont éclairé, comme une lumière, la Semaine de Prière pour l'Unité des Chrétiens qui se termine aujourd'hui ; elles brillent tel un programme pour le nouveau millénaire dans lequel nous sommes entrés.
Je suis heureux d'adresser un salut cordial et déférent aux Délégués des Églises et Communautés ecclésiales qui ont entendu mon invitation et qui sont aujourd'hui présents pour prendre part à cette célébration oecuménique de la Parole, par laquelle nous voulons conclure de manière solennelle les jours consacrés à une prière plus intense pour la grande cause qui nous tient tous à cœur.
À travers les Membres des Délégations qui sont réunis ici, je souhaite faire parvenir aux responsables et aux fidèles des différentes Confessions avec mes salutations, une accolade fraternelle de paix.
2. "Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie". Le cœur de l'homme, comme le cœur des disciples de Jésus, reste souvent troublé face aux événements imprévisibles de l'existence (cf. Jn 14, 1). Beaucoup, spécialement les jeunes, s'interrogent sur la route à suivre. Dans le tourbillon de paroles qu'ils subissent chaque jour, ils se demandent ce qu'est la vérité, quelle est l'orientation juste, comment vaincre par la vie la puissance de la mort.
Ce sont des questions de fond qui témoignent chez beaucoup du réveil d'une nostalgie de la dimension spirituelle de l'existence. À ces interrogations, Jésus a déjà répondu lorsqu'il a affirmé : "Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie". La tâche des chrétiens est de proposer à nouveau aujourd'hui, par la force de leur témoignage, cette annonce décisive. C'est seulement ainsi que l'humanité contemporaine pourra découvrir que le Christ est puissance et sagesse de Dieu (cf. 1 Co 1, 24), que c'est en lui seulement que se trouve la plénitude de toute aspiration humaine (cf. Gaudium et spes, n. 45).
3. Le mouvement oecuménique du vingtième siècle a eu le grand mérite de réaffirmer clairement la nécessité de ce témoignage. Après des siècles de séparation, d'incompréhensions, d'indifférence et malheureusement d'oppositions, est  réapparue  chez  les chrétiens  la conscience que la foi au Christ les unit et qu'elle est une force capable de surmonter ce qui les divise (cf. Encyclique Ut unum sint, n. 20). Par la grâce de l'Esprit Saint, au Concile Vatican II, l'Église catholique s'est engagée de manière irréversible à prendre la voie de la  recherche oecuménique  (cf. ibid., n. 3).
Nous ne devons pas et nous ne pouvons pas minimiser les différences qui existent encore entre nous. Le véritable engagement oecuménique ne cherche pas les compromis et ne fait pas de concessions pour ce qui touche à la Vérité. Il sait que les séparations entre les chrétiens sont contraires à la volonté du Christ ; il sait qu'elles sont un scandale qui affaiblit la voix de l'Évangile. L'effort à faire ne consiste pas à les ignorer, mais à les surmonter.
En même temps, la conscience de ce qui manque encore à la pleine communion nous fait apprécier davantage tout ce que nous partageons déjà. En effet, malgré les malentendus et les nombreux problèmes qui nous empêchent encore de nous sentir pleinement unis, on trouve aussi en dehors des frontières visibles de l'Église catholique d'importants éléments de sanctification et de vérité de l'unique Église du Christ, qui nous entraînent vers la pleine unité (cf. Lumen gentium, nn. 8, 15 ; Unitatis redintegratio, n. 3). Hors de l'Église catholique, il n'y a pas de vide ecclésial (cf. Ut unum sint, n. 13) ; au contraire, il y a beaucoup de fruits de l'Esprit, comme par exemple la sainteté et le témoignage rendu au Christ parfois jusqu'à l'effusion du sang, qui suscitent admiration et gratitude (cf. Unitatis redintegratio, n. 4 ; Ut unum sint, nn. 12, 15).
Les dialogues qui se sont développés à partir du Concile Vatican II ont favorisé une nouvelle conscience de la tâche et de l'héritage communs des chrétiens, et ont eu des résultats très significatifs. Nous n'avons certes pas atteint le but, mais nous avons fait de grands pas en avant. D'étrangers, voire d'adversaires que nous étions, nous sommes devenus voisins et amis. Nous avons redécouvert la fraternité chrétienne. Nous savons que notre baptême nous fait entrer dans l'unique Corps du Christ, dans une communion qui n'est pas encore plénière mais qui est bien réelle (cf. Ut unum sint, n. 41-42). Nous avons toutes les raisons de louer le Seigneur et de le remercier.
4. Avec une profonde reconnaissance, je parcours à nouveau en esprit l'année jubilaire. Du point de vue de l'engagement oecuménique, elle a enregistré des signes vraiment prophétiques et émouvants (cf. Novo millennio ineunte, n. 12).
Il reste le souvenir lumineux de la rencontre du 18 janvier 2000, dans cette même Basilique, quand, pour la première fois, une Porte Sainte a été ouverte en présence de représentants des Églises et Communautés ecclésiales du monde entier. Et le Seigneur m'a donné bien davantage encore :  j'ai pu franchir le seuil de cette Porte, qui est le symbole du Christ, accompagné du représentant de mon Frère d'Orient, le Patriarche Bartholomaios, ainsi que du Primat de la Communion anglicane en personne. Pour un instant, un trop bref instant, nous avons fait route ensemble, mais comme il est encourageant ce bout de chemin, signe de la Providence de Dieu le long de la route qui reste à parcourir ! Le 7 mai, devant le Colisée, nous nous sommes retrouvés avec tous les représentants des nombreuses Églises et Communautés ecclésiales, pour la commémoration des Témoins de la foi du vingtième siècle :  nous avons ressenti que cette célébration était comme une semence de vie pour l'avenir (cf. Novo millennio ineunte, nn. 7, 41).
J'ai répondu avec joie à l'invitation du Patriarche oecuménique, Bartholomaios I, de célébrer le millénaire par une journée de prière et de jeûne, la veille de la fête de la Transfiguration, le 6 août 2000. Je pense aussi avec des sentiments d'émotion intérieure aux rencontres œcuméniques que j'ai pu avoir pendant mon pèlerinage en Égypte, au Mont Sinaï et particulièrement en Terre Sainte.
Je me rappelle aussi avec gratitude la visite de la Délégation que m'a envoyée le Patriarche oecuménique pour la fête des saints Pierre et Paul, et la visite du Patriarche suprême et Catholicos de tous les Arméniens, Karékine II. Je ne peux oublier non plus les représentants d'autres Églises et Communautés ecclésiales que j'ai rencontrés à Rome ces derniers mois.
5.  Le Jubilé a aussi attiré notre attention, d'une façon salutaire, sur nos douloureuses séparations. Il ne serait pas honnête de le cacher ou de l'ignorer. Cela ne doit pas cependant entraîner des reproches réciproques ou provoquer le découragement. La souffrance suscitée par les incompréhensions ou les malentendus doit être surmontée par la prière et la pénitence, par des gestes d'amour, par la recherche théologique. Les questions encore ouvertes ne sont pas un obstacle au dialogue ; elles doivent être ressenties plutôt comme une invitation à un débat franc et charitable. La question se pose à nouveau :  Quanta est nobis via ? Il ne nous est pas donné de le savoir, mais nous sommes animés par l'espérance d'être guidés par la présence du Ressuscité et par la force inépuisable de son Esprit, qui est capable de surprises toujours nouvelles (cf. Novo millennio ineunte, n. 12).
Forts de cette certitude, nous regardons vers le nouveau millénaire. Il est devant nous comme une immense étendue d'eau dans laquelle nous devons jeter les filets (cf. Lc 5, 4). Ma pensée va d'abord vers les jeunes qui bâtiront le siècle nouveau et qui pourraient en changer la perspective. Notre témoignage commun est un devoir vis-à-vis d'eux.
6. Dans cette perspective, une des tâches fondamentales est la purification de la mémoire. Au cours du deuxième millénaire, nous avons été opposés et divisés, nous nous sommes condamnés et combattus réciproquement. Nous devons oublier les ombres et les blessures du passé, et être tendus vers l'heure de Dieu qui vient (cf. Ph 3, 13).
Purifier la mémoire veut dire aussi édifier une spiritualité de communion - à l'image de la Trinité - (koinônia) qui incarne et manifeste l'essence même de l'Église (cf. Novo millennio ineunte, n. 42). Nous devons vivre concrètement la communion, qui bien que non plénière, existe déjà entre nous. Laissant derrière nous les malentendus, nous devons nous rencontrer, mieux nous connaître, apprendre à nous aimer les uns les autres, collaborer fraternellement pour tout ce qu'il nous est possible de faire.
Le dialogue de la charité ne serait cependant pas sincère sans le dialogue de la vérité. Le dépassement de nos différences implique une sérieuse recherche théologique. Nous ne pouvons pas escamoter les différences ; nous ne pouvons pas changer le dépôt de la foi. Mais nous pouvons bien sûr chercher à approfondir la doctrine de l'Église à la lumière de la Sainte Écriture et des Pères, et l'expliquer de façon qu'elle soit compréhensible aujourd'hui.
Cependant, ce n'est pas à nous qu'il est donné de "faire l'unité". Celle-ci est un don du Seigneur. Nous devons donc prier pour que nous soit donné l'Esprit de l'unité, comme nous l'avons fait toute cette semaine. L'Église catholique, dans chaque célébration eucharistique, prie ainsi :  "Seigneur, ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Église. Pour que ta volonté s'accomplisse, donne-lui toujours cette paix et conduis-la vers l'unité parfaite". La prière pour l'unité est présente dans chaque Eucharistie. Elle est l'âme de tout le mouvement oecuménique (cf. Ut unum sint, n. 21).
7. La nouvelle année à peine commencée est un temps on ne peut plus propice pour témoigner ensemble que le Christ est "le chemin, la vérité et la vie". Nous aurons l'occasion de le faire, et déjà se dessinent des éléments prometteurs. En 2001 par exemple, tous les chrétiens célébreront la résurrection du Christ à la même date. Cela devrait nous encourager à trouver un consensus pour une date commune de cette fête. La victoire du Christ sur la mort et sur la haine a aussi inspiré l'initiative du Conseil oecuménique des Églises de consacrer les dix prochaines années à vaincre la violence.
J'attends beaucoup des voyages qui me conduiront en Syrie et en Ukraine. Mon désir est qu'ils contribuent à la réconciliation et à la paix entre les chrétiens. Encore une fois, je me ferai pèlerin, marchant sur les routes du monde pour rendre témoignage au Christ, "Chemin, Vérité et Vie".
Votre présence à cette célébration, chers délégués des Églises et Communautés ecclésiales, m'encourage dans cet engagement que je perçois comme une part essentielle de mon ministère. Poursuivons ensemble, dans un nouvel élan, le chemin vers la pleine unité ! Le Christ marche avec nous.
À Lui soit la gloire dans les siècles des siècles. Amen.
CONCÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE AVEC LES NOUVEAUX CARDINAUX


HOMÉLIE DU SAINT PÈRE JEAN PAUL II, Jeudi 22 février 2001, Fête de la Chaire de Saint-Pierre
1. ""Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ?" Simon-Pierre répondit :  "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant"" (Mt 16, 15-16).
Ce dialogue entre le Christ et ses disciples, que nous venons de réentendre, est toujours actuel dans la vie de l'Église et du chrétien. À chaque heure de l'histoire, en particulier les plus décisives, Jésus interpelle les siens et, après les avoir interrogés sur ce que "les gens" pensent de Lui, il pose une question plus précise et leur demande :  "Mais pour vous, qui suis-je ?".
Nous avons entendu retentir cette question, en arrière plan, au cours de tout le grand Jubilé de l'An 2000. Et chaque jour l'Église a sans cesse répondu par une profession de foi unanime : "Tu es le Christ, le Sauveur du monde, hier, aujourd'hui et à jamais"". Une réponse universelle, dans laquelle se sont unies, à la voix du Successeur de Pierre, celles des pasteurs et des fidèles de tout le Peuple de Dieu.
2. Une unique et solennelle confession de foi :  Tu es le Christ ! Cette confession de foi est le grand don que l'Église offre au monde au début du troisième millénaire, alors qu'elle avance dans le "vaste océan" qui s'ouvre devant elle (cf. Novo millennio ineunte, n. 58). La fête d'aujourd'hui place au premier plan le rôle de Pierre et de ses Successeurs lorsqu'ils guident la barque de l'Église sur cet "océan". Il est donc plus que jamais significatif qu'en cette fête liturgique, aux côtés du Pape, se trouve le Collège cardinalice avec les nouveaux Cardinaux, créés hier lors du premier  Consistoire  après le grand Jubilé.
Nous voulons ensemble rendre grâce à Dieu pour avoir fondé son Église sur le roc de Pierre. Comme nous le suggère la Prière de la "collecte", nous voulons prier intensément afin que "parmi les bouleversements du monde", celle-ci "ne se trouble pas", mais avance avec courage et confiance.
3. Cependant, permettez-moi avant toute chose d'exprimer ma joie et ma reconnaissance au Seigneur précisément pour vous, très chers et vénérés frères, qui êtes entrés dans le Collège cardinalice ! À chacun je renouvelle mon salut le plus cordial, que j'étends à vos familles et aux fidèles rassemblés ici, ainsi qu'aux Communautés dont vous provenez et qui s'unissent aujourd'hui spirituellement à notre célébration.
Je considère providentiel de célébrer avec vous et avec tout le Collège la fête de la Chaire de Pierre, car cela constitue un signe d'unité particulier et éloquent, avec lequel nous commençons ensemble la période post-jubilaire. Un signe qui est, dans le même temps, une invitation à approfondir la réflexion sur le ministère pétrinien, auquel fait particulièrement référence votre fonction de Cardinaux.
4. "Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église" (Mt 16, 13-19).
Dans l'"aujourd'hui" de la liturgie, le Seigneur Jésus adresse également au Successeur de Pierre cette parole, qui devient pour lui un engagement de confirmation à l'égard de ses frères (cf. Lc 22, 32). Avec un grand réconfort et avec une vive affection je vous appelle, vénérés Frères Cardinaux, à vous rassembler autour du Siège de Pierre dans le ministère d'unité particulier qui est confié à celui-ci.
"Il sait bien, en tant qu'Évêque de Rome, et il l'a réaffirmé dans la présente Encyclique, que le désir ardent du Christ est la communion pleine et visible de toutes les Communautés, dans lesquelles habite son Esprit en vertu de la fidélité de Dieu" (Ut unum sint, n. 95). En vue de cet objectif primordial les Cardinaux, tant comme Collège qu'individuellement, peuvent et doivent offrir leur précieuse contribution. En effet, ils sont les premiers collaborateurs du ministère d'unité du Pontife Romain. La pourpre dont ils sont vêtus rappelle le sang des martyrs, notamment de Pierre et de Paul, sur le témoignage suprême desquels se fondent la vocation et la mission universelle de l'Église de Rome et de son Pasteur.
5. Comment ne pas rappeler que le ministère de Pierre, principe visible d'unité, constitue une difficulté pour les autres Églises et communautés ecclésiales ? (cf. Enc. Ut unum sint, n. 88). Dans le même temps, cependant, comment ne pas revenir au fait historique du premier millénaire, lorsque la fonction primatiale de l'Évêque de Rome fut exercée sans rencontrer de résistances dans l'Église d'Occident aussi bien que d'Orient ? Je voudrais aujourd'hui prier avec vous le Seigneur de façon particulière, afin que le nouveau millénaire dans lequel nous sommes entrés réussisse très vite à surmonter cette situation et que la pleine communion soit rétablie. Que l'Esprit Saint donne à tous les croyants la lumière et la force nécessaire pour réaliser l'aspiration ardente du Seigneur. Je vous demande de m'assister et de collaborer de toutes les façons possibles à cette mission exigeante.
Vénérés frères Cardinaux, l'anneau que vous avez reçu, et que je remettrai dans quelques instants aux nouveaux membres du Collège, met précisément en évidence le lien particulier qui vous lie à ce Siège apostolique. Sur le "vaste océan" qui s'ouvre devant le navire de l'Église, je compte sur vous pour en orienter le chemin dans la vérité et dans l'amour, afin que celui-ci, surmontant les tempêtes du monde, devienne toujours plus efficacement un signe et un instrument d'unité pour tout le genre humain (cf. Lumen gentium, n. 1).
6. "Car ainsi parle le Seigneur Yahvé :  voici que j'aurai soin moi-même de mon troupeau et je m'en occuperai" (Ez 34, 11).
En la fête de la Chaire de Saint-Pierre, la liturgie nous repropose le célèbre oracle du prophète Ézéchiel, dans lequel Dieu se révèle comme le Pasteur de son peuple. La chaire, en effet, est inséparable de la crosse de pasteur, car le Christ, Maître et Seigneur, est venu à nous comme le Bon Pasteur (cf. Jn 10, 1-18). C'est ainsi que l'a connu Simon, le pêcheur de Capharnaüm :  il a fait l'expérience de son amour tendre et miséricordieux, et il en a été conquis. Sa vocation et sa mission d'Apôtre, résumées dans le nouveau nom de Pierre reçu de son Maître, se fondent entièrement sur sa relation avec Lui, depuis la première rencontre, à laquelle l'appela son frère André (cf. Jn 2, 40-42), jusqu'à  la  dernière,  au  bord du lac, lorsque le Ressuscité le chargea de paître son troupeau (cf. Jn 21, 15-19). Entre les deux, se déroule le chemin du disciple, le long duquel le divin Maître conduit Simon à une profonde conversion, qui connaît des heures dramatiques au moment de la passion, mais qui débouche ensuite sur la joie lumineuse de la Pâque.
En vertu de cette expérience transformante du Bon Pasteur, Pierre, écrivant aux Églises de l'Asie mineure, se qualifie de "témoin des souffrances du Christ, et qui doit participer à la gloire qui va être révélée" (1 P 5, 1). Il exhorte "les anciens" à paître le troupeau de Dieu, en devenant des modèles pour celui-ci (cf. 1 P 5, 2-3). Très chers amis, cette exhortation vous est aujourd'hui adressée de façon particulière, vous que le Bon Pasteur a voulu associer de la manière la plus éminente au ministère du Successeur de Pierre. Soyez fidèles à votre mission, prêts à donner la vie pour l'Évangile. C'est ce que vous demande le Seigneur et ce qu'attend de vous le peuple chrétien, qui se rassemble aujourd'hui autour de vous avec joie et affection.
7. "Mais moi j'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas" (Lc 22, 32). C'est ce que dit le Seigneur à Simon-Pierre, au cours de la Dernière Cène. Cette parole de Jésus, fondamentale pour Pierre et pour ses successeurs, diffuse la lumière et le réconfort également sur ceux qui coopèrent de près à leur ministère. Vénérés frères Cardinaux, aujourd'hui le Christ répète à chacun de vous : "J'ai prié pour toi", afin que ta foi ne défaille pas dans les situations où peut être mise à dure épreuve ta fidélité au Christ, à l'Église et au Pape.
Très chers amis, que cette prière qui naît sans cesse du cœur du Bon Pasteur, soit toujours votre force ! Ne doutez pas que, comme cela a été le cas pour le Christ et pour Pierre, il en sera de même pour vous :  votre témoignage le plus efficace sera toujours celui marqué par la Croix. La Croix est la chaire de Dieu dans le monde. Sur celle-ci le Christ a offert à l'humanité la leçon la plus importante, celle de nous aimer les uns les autres comme Lui nous a aimés (cf. Jn 13, 34) : jusqu'au don extrême de soi.
Au pied de la Croix se trouve toujours la Mère du Christ et des disciples, la Très Sainte Vierge Marie. C'est à Elle que le Seigneur nous a confiés lorsqu'il a dit :  "Femme, voici ton fils !" (Jn 19, 26). La Sainte Vierge, Mère de l'Église, de même qu'elle a protégé de façon particulière Pierre et les Apôtres, ne manquera pas de protéger le Successeur de Pierre et ses collaborateurs. Que cette certitude réconfortante constitue un encouragement à ne pas avoir peur des épreuves et des difficultés. Au contraire,  rassurés  par  la  protection constante de Dieu, nous obéissons ensemble au commandement du Christ, qui invite avec vigueur Pierre et l'Église à prendre le large :  "Duc in altum" (Lc 5, 4). Oui, très chers frères, prenons le large, jetons les filets pour la pêche et "Allons de l'avant dans l'espérance !" (Novo millennio ineunte, n. 58).
Le Christ, le Fils du Dieu vivant, est le même hier, aujourd'hui et à jamais. Amen !
CÉLÉBRATION PÉNITENTIELLE PRÉSIDÉE PAR LE SAINT PÈRE
EN LA BASILIQUE SAINTE-SABINE SUR L’AVENTIN


HOMÉLIE DE JEAN PAUL II, Mercredi des Cendres, 28 février 2001
1. "Laissez-vous réconcilier avec Dieu [...] Au moment favorable, je t'ai exaucé" (2 Co 5, 20 ; 6, 2).
Telle est l'invitation que la Liturgie nous adresse au début du Carême, en nous exhortant à prendre conscience du don du salut offert, dans le Christ, à chaque homme.
En parlant du "moment favorable", l'Apôtre Paul fait référence à la "plénitude du temps" (cf. Ga 4, 4), c'est-à-dire au temps où Dieu, à travers Jésus, a "exaucé" et "secouru" son peuple, en réalisant pleinement les promesses des prophètes (cf. Is 49, 8). Dans le Christ s'accomplit le temps de la miséricorde et du pardon, le temps de la joie et du salut.
Du point de vue historique, le "moment favorable" est le temps où l'Évangile est annoncé par l'Église aux hommes de chaque race et culture, afin qu'ils se convertissent et s'ouvrent au don de la rédemption. La vie en est alors intimement transformée.
2. "Au moment favorable, je t'ai exaucé".
Le Carême, qui commence aujourd'hui, est certainement, au cours de l'année liturgique, un "moment favorable" pour accueillir avec une plus grande disponibilité la grâce de Dieu. C'est précisément pour cette raison qu'il est défini comme "signe sacramentel de notre conversion" (Prière lors de la Collecte, Ier Dimanche de Carême) :  signe et instrument efficace de ce changement  de  vie radical  qui, chez les croyants, demande à être constamment renouvelé. La source de cet extraordinaire don divin est le Mystère pascal, le mystère de la mort et de la résurrection du Christ, dont naît la rédemption pour chaque homme, pour l'histoire et pour tout l'univers.
À ce mystère de souffrance et d'amour fait référence, d'une certaine façon, le rite traditionnel de l'imposition des cendres, illuminé par les paroles qui l'accompagnent : "Repentez-vous et croyez à l'Évangile" (Mc 1, 15). À ce même mystère fait également référence le jeûne que nous observons aujourd'hui, afin de commencer un chemin de véritable conversion, au cours duquel l'union avec la passion du Christ nous permettra d'affronter et de vaincre le combat contre l'esprit du mal (cf. Prière lors de la Collecte, Mercredi des Cendres).
3. "Au moment favorable, je t'ai exaucé"
Avec cette conscience, nous entreprenons l'itinéraire quadragésimal, en revenant en esprit au grand Jubilé qui a constitué pour l'Église tout entière un extraordinaire temps de pénitence et de réconciliation. Il s'est agi d'une année d'intense ferveur spirituelle, au cours de laquelle la miséricorde divine s'est répandue en abondance sur le monde. Pour que ce trésor de grâce continue à enrichir spirituellement le peuple chrétien, j'ai offert, dans la Lettre apostolique Novo millennio ineunte des indications concrètes sur la façon de démarrer cette nouvelle phase de l'histoire de l'Église.
Parmi ces indications, je voudrais ici en rappeler certaines qui s'harmonisent bien avec les caractéristiques particulières du temps quadragésimal. Tout d'abord, parmi celles-ci, la contemplation du visage du Seigneur :  un visage qui se présente lors du Carême comme un "visage de souffrance" (cf. nn. 25-27). Dans la Liturgie, dans les Stationes quadragésimales, ainsi que dans la pieuse pratique de la Via Crucis, la prière contemplative conduit à s'unir au mystère de Celui que, bien que n'ayant pas connu le péché, Dieu a fait péché pour nous en notre faveur (cf. 2 Co 5, 21). À l'école des Saints, chaque baptisé est appelé a suivre de plus près Jésus qui, montant à Jérusalem et prévoyant sa passion, confia à ses disciples :  "Je dois être baptisé d'un baptême" (Lc 12, 50). Ainsi, le chemin quadragésimal signifie pour nous suivre de façon docile le Fils de Dieu, qui s'est fait Serviteur obéissant.
4. Le chemin auquel le Carême nous invite, se réalise tout d'abord dans la prière :  les communautés chrétiennes doivent devenir, au cours de ces semaines, d'authentiques "écoles de prière". Un autre objectif prioritaire est constitué par l'invitation faite aux fidèles de s'approcher du Sacrement de la réconciliation, afin que chacun puisse "redécouvrir le Christ comme mysterium pietatis, celui en qui Dieu nous montre son cœur compatissant et nous réconcilie pleinement avec lui" (Novo millennio ineunte, n. 37). Par ailleurs, l'expérience de la miséricorde de Dieu ne peut que susciter l'engagement à la charité, en poussant la communauté chrétienne à "parier sur la charité" (cf. Novo millennio ineunte, IV). À l'école du Christ, celle-ci montre l'exigence de l'option préférentielle pour les pauvres ; qui "témoigne du style de l'amour de Dieu, de sa providence, de sa miséricorde" (Ibid.).
5. "Nous vous en supplions au nom du Christ :  laissez-vous réconcilier avec Dieu" (2 Co 5, 20).
Dans le monde d'aujourd'hui se développe le besoin de paix et de pardon. Je me suis fait le porte-parole de cette aspiration récurrente au pardon et à la réconciliation dans le Message pour ce Carême. L'Église, à travers la Parole du Christ, annonce le pardon et l'amour pour les ennemis. En agissant ainsi "l'Église a conscience d'introduire dans le patrimoine spirituel de toute l'humanité une façon nouvelle de vivre en relation avec les autres ; une façon laborieuse, certes, mais riche d'espérance" (Message, n. 4). Voilà le don qu'elle offre également aux hommes de notre temps.
"Laissez-vous réconcilier avec Dieu !" :  cette parole retentit avec insistance dans notre esprit. Aujourd'hui - nous dit la Liturgie - c'est le "moment favorable" pour notre réconciliation avec Dieu. Conscients de cela, nous recevrons l'imposition des Cendres, en accomplissant nos premiers pas sur le chemin quadragésimal. Poursuivons cette route avec générosité, en gardant le regard tourné vers le Christ crucifié. La croix est le salut de l'humanité :  ce n'est qu'à partir de la Croix qu'il est possible de construire un avenir d'espérance et de paix pour tous.
DIMANCHE DES RAMEAUX
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