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HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Jeudi saint, 28 mars 2002
1. "Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin" (Jn 13, 1).
Ces paroles, rapportées dans le passage évangélique qui vient d'être proclamé, soulignent bien le climat du Jeudi saint. Elles nous laissent imaginer les sentiments éprouvés par le Christ "la nuit où il était livré" (1 Co 11, 23), et nous incitent à participer avec une gratitude intense et profonde au rite solennel que nous accomplissons.
Ce soir nous entrons dans la Pâque du Christ, qui constitue le moment de conclusion dramatique, longuement préparé et attendu, de l'existence terrestre du Verbe de Dieu. Jésus n'est pas venu parmi nous pour être servi, mais pour servir, et il assumé les drames et les espérances des hommes de tous les temps. Au Cénacle, en anticipant de façon mystique le sacrifice de la Croix, il a voulu demeurer parmi nous sous les espèces du pain et du vin et il a confié aux Apôtres et à leurs successeurs la mission et le pouvoir d'en perpétuer la mémoire vivante et efficace dans le rite eucharistique.
C'est pourquoi cette célébration nous interpelle tous de façon mystique et nous fait entrer dans le Triduum sacré, au cours duquel nous apprendrons nous aussi de l'unique "Maître et Seigneur" à "tendre les mains" pour aller là où nous appelle l'accomplissement de la volonté du Père céleste.
2. "Faites ceci en mémoire de moi" (1 Co 11, 24-25). Avec ce commandement, qui nous engage à répéter son geste, Jésus conclut l'institution du Sacrement de l'Autel. Au terme du lavement des pieds, Il nous invite également à l'imiter :  "Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous" (Jn 13, 15). Il établit de cette façon une corrélation intime entre l'Eucharistie, sacrement de son don sacrificiel, et le commandement de l'amour, qui nous engage à accueillir et à servir nos frères.
On ne peut pas séparer la participation à la table du Seigneur du devoir d'aimer son prochain. Chaque fois que nous participons à l'Eucharistie, nous prononçons nous aussi notre "Amen" devant le Corps et le Sang du Seigneur. Nous nous engageons de cette façon à faire ce que le Christ a fait, "laver les pieds" de nos frères, en nous transformant en image concrète et limpide de Celui qui "s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave" (Ph 2, 7).
L'amour est l'héritage le plus précieux qu'Il laisse à ceux qu'il appelle à sa suite. C'est son amour, partagé par ses disciples, qui est ce soir offert à l'humanité tout entière.
3. "Ainsi donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur" (1 Co 11, 29). L'Eucharistie est un grand don, mais également une grande responsabilité pour celui qui la reçoit. Jésus, face à Pierre qui est réticent pour se faire laver les pieds, insiste sur la nécessité d'être purs pour prendre part au banquet sacrificiel de l'Eucharistie.
La tradition de l'Église a toujours souligné le lien existant entre l'Eucharistie et le sacrement de la Réconciliation. J'ai voulu moi aussi le répéter dans la Lettre aux Prêtres pour le Jeudi saint de cette année, en invitant tout d'abord les prêtres à considérer avec un émerveillement renouvelé la beauté du Sacrement du pardon. Ce n'est qu'ainsi qu'ils pourront le faire redécouvrir aux fidèles qui sont confiés à leurs soins pastoraux.
Le sacrement de la Pénitence restitue aux baptisés la grâce divine perdue par le péché mortel, et les dispose à recevoir dignement l'Eucharistie. En outre, lors du dialogue direct que comporte sa célébration ordinaire, le Sacrement peut aller à la rencontre des exigences de la communication personnelle, rendue aujourd'hui toujours plus difficile par les rythmes frénétiques de la société technologique. Grâce à son œuvre illuminée et patiente le confesseur peut introduire le pénitent dans cette communion profonde avec le Christ que le Sacrement redonne et que l'Eucharistie porte à son accomplissement.
Puisse la redécouverte du sacrement de  la  Réconciliation  aider tous les croyants à s'approcher avec respect et dévotion de la Table du Corps et du Sang du Seigneur.
4. "Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin" (Jn 13, 1).
Revenons en esprit au Cénacle ! Nous nous rassemblons avec foi autour de l'Autel du Seigneur, en faisant mémoire de la Dernière Cène. En répétant les gestes du Christ, nous proclamons que sa mort a racheté l'humanité du péché, et qu'elle continue à ouvrir l'espérance d'un avenir de salut pour les hommes de chaque époque.
Il revient aux prêtres de perpétuer le rite qui, sous les espèces du pain et du vin, rend présent le sacrifice du Christ dans le monde véritable, réel et substantiel, jusqu'à la fin des temps. Il revient à tous les chrétiens de devenir les serviteurs humbles et attentifs de leurs frères, afin de collaborer à leur salut. C'est la tâche de chaque croyant de proclamer à travers sa vie que le Fils de Dieu a aimé les siens "jusqu'à la fin". Ce soir, notre foi se nourrit dans un silence chargé de mystère.
Unis à toute l'Église, nous annonçons ta mort, ô Seigneur. Remplis de gratitude, nous goûtons la joie de ta résurrection. Remplis de confiance, nous nous engageons à vivre dans l'attente de ton retour glorieux. Aujourd'hui et à jamais, ô Christ, notre Rédempteur. Amen !
VEILLÉE PASCALE


HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, Samedi saint, 30 mars 2002
1. « Dieu dit : ‘Que la lumière soit’. Et la lumière fut » (Gn 1, 3).
Une explosion de lumière, que la parole de Dieu tira du néant, déchira la première nuit, la nuit de la création.
L’Apôtre Jean écrira : « Dieu est lumière, il n’y a pas de ténèbres en lui » (1 Jn, 1, 5). Dieu n’a pas créé les ténèbres, mais la lumière. Le livre de la Sagesse, révélant clairement que l’œuvre de Dieu obéit depuis toujours à une finalité positive, s’exprime ainsi : « Il a créé toutes choses pour qu’elles subsistent ; ce qui naît dans le monde est bienfaisant, et l’on n’y trouve pas le poison qui fait mourir. La puissance de la mort ne règne pas sur la terre » (Sg 1, 14).
C’est dans cette première nuit, la nuit de la création, que le mystère pascal plonge ses racines et, après le drame du péché, il constitue la restauration et le couronnement de ce premier commencement. La parole divine a appelé toutes choses à l’existence et, en Jésus, elle s’est faite chair pour nous sauver. Et si la destinée d’Adam fut de retourner à la terre dont il avait été tiré (cf. Gn 3, 19), le dernier Adam est descendu du ciel pour y remonter vainqueur, prémices de l’humanité nouvelle (cf. Jn 3, 13 ; 1 Co 15, 47).
2. Une autre nuit constitue l’événement fondamental de l’histoire d’Israël : il s’agit du prodigieux exode d’Égypte, dont nous lisons chaque année le récit dans la solennelle Veillée pascale.
« Le Seigneur chassa la mer toute la nuit par un fort vent d’est, et il mit la mer à sec. Les eaux se fendirent, et les fils d’Israël pénétrèrent dans la mer à pied sec, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche » (Ex 14, 21-22). Le peuple de Dieu est né de ce « baptême » dans la Mer Rouge, lorsqu’il fit l’expérience de la main puissante du Seigneur, qui le tirait de l’esclavage pour le conduire à la terre désirée de la liberté, de la justice et de la paix.
C’est la deuxième nuit, la nuit de l’exode.
La prophétie du Livre de l’Exode s’accomplit aussi aujourd’hui pour nous qui sommes des israélites selon l’Esprit, descendance d’Abraham grâce à la foi (cf. Rm 4, 16). Dans sa Pâque, comme nouveau Moïse, le Christ nous a fait passer de l’esclavage du péché à la liberté des fils de Dieu. Morts avec Jésus, avec Lui nous ressuscitons à une vie nouvelle, grâce à la puissance de son Esprit. Son Baptême est devenu le nôtre.
3. Chers Frères et Sœurs catéchumènes, vous aussi, vous allez recevoir ce Baptême, qui engendre en l’homme une vie nouvelle, vous qui venez de différents pays : Albanie, Chine, Japon, Italie, Pologne, République démocratique du Congo. Deux d’entre vous, une mère japonaise et une mère chinoise, ont aussi, chacune avec elle, leur enfant, de sorte que, dans la même célébration, les mères seront baptisées avec leurs enfants.
« Dans cette nuit très sainte » au cours de laquelle le Christ est ressuscité d’entre les morts, s’accomplit pour vous un « exode » spirituel : laissez derrière vous votre vieille existence et entrez dans la « terre des vivants ». C’est la troisième nuit, la nuit de la Résurrection.
4. « Ô nuit bienheureuse, toi seule as mérité de connaître le temps et l’heure où le Christ est ressuscité des morts ». C’est ce que nous avons chanté dans l’Exsultet pascal, au début de cette Veillée solennelle, mère de toutes les Veillées.
Après la nuit tragique du Vendredi saint, où la « domination des ténèbres » (Lc 22, 53) semblait l’emporter sur Celui qui est « la lumière du monde » (Jn 8, 12), après le grand silence du Samedi saint, où le Christ, ayant accompli son œuvre sur la terre, trouva son repos dans le mystère du Père et porta son message de vie dans les profondeurs de la mort, voici finalement la nuit qui précède « le troisième jour », au cours duquel, selon les Écritures, le Messie serait ressuscité, comme il l’avait à plusieurs reprises annoncé à ses disciples.
« Ô nuit vraiment glorieuse, nuit où le ciel s’unit la terre, où l’homme rencontre son Créateur ! » (Exsultet pascal).
5. C’est la nuit par excellence de la foi et de l’espérance. Tandis que tout est plongé dans l’obscurité, Dieu – la lumière – veille. Avec Lui veillent ceux qui se confient et qui espèrent en Lui.
Ô Marie, c’est là par excellence ta nuit ! Tandis que s’éteignent les dernières lumières du samedi et que le fruit de ton sein repose dans la terre, ton cœur veille aussi. Ta foi et ton espérance regardent en avant. Au-delà de la lourde pierre, ils entrevoient déjà le tombeau vide ; au-delà du voile épais des ténèbres, ils perçoivent l’aube de la Résurrection.
Fais, Ô Mère, que nous aussi nous veillions dans le silence de la nuit, croyant et espérant en la parole du Seigneur ! Nous rencontrerons ainsi, dans la plénitude de la lumière et de la vie, le Christ, premier des ressuscités, lui qui règne avec le Père et l’Esprit Saint, dans les siècles des siècles. Alléluia !
CHAPELLE PAPALE POUR LA CANONISATION DE 5 BIENHEUREUX


HOMÉLIE DE JEAN PAUL II, Solennité de Pentecôte, Dimanche 19 mai 2002
1. "Nous les entendons publier dans notre langue les merveilles de Dieu" (Ac 2, 11) !
Voilà ce que s'exclame, le jour de la Pentecôte, la foule de pèlerins "de toutes les nations qui sont sous le ciel" (v. 5), en écoutant la prédication des Apôtres.
Le  même  émerveillement  nous envahit nous aussi, alors que nous contemplons les grands prodiges accomplis par Dieu dans la vie des cinq nouveaux saints, élevés à la gloire des autels, précisément le jour de la Pentecôte :  Alonso de Orozco, prêtre, de l'Ordre de Saint-Augustin ; Ignazio da Santhià, prêtre, de l'Ordre des Frères mineurs capucins ; Umile da Bisignano, religieux, de l'Ordre des Frères mineurs ; Paolina du Cœur agonisant de Jésus, vierge, fondatrice de la Congrégation des Sœurs de l'Immaculée Conception ; Benedetta Cambiagio Frassinello, religieuse, fondatrice de l'Institut des Sœurs bénédictines de la Providence.
Ils ont parcouru les routes du monde en annonçant et en témoignant le Christ à travers leur parole et leur vie. C'est pourquoi ils sont devenus des signes éloquents de la Pentecôte éternelle de l'Église.
2. "Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis" (Jn 20, 22-23). Avec ces paroles, le Christ Ressuscité transmet aux Apôtres le don de l'Esprit et, avec celui-ci, le pouvoir divin de remettre les péchés. La mission de pardonner les fautes et d'accompagner les hommes sur les voies de la perfection évangélique a été vécue, de façon particulière, par le prêtre capucin Ignazio da Santhià, qui, par amour du Christ et pour progresser plus vite dans la perfection évangélique, suivit les traces du "Poverello" d'Assise.
Ignazio da Santhià a été père, confesseur, conseiller et maître de nombreuses personnes - prêtres, religieux et laïcs - qui, dans le Piémont de son époque, avaient recours à sa direction sage et éclairée. Il continue encore aujourd'hui à rappeler à tous les valeurs de la pauvreté, de la simplicité et de l'authenticité de vie.
3. "Paix à vous" (Jn 20, 19.21), dit Jésus en apparaissant aux Apôtres au Cénacle. La paix est le premier don du Christ Ressuscité aux Apôtres. Umile da Bisignano, digne fils de la noble terre de  Calabre,  s'est fait le porte-parole constant de la paix du Christ, qui est également le principe inspirateur de la paix sociale. Il a partagé avec Ignazio da Santhià le même engagement de sainteté, dans le sillage spirituel de saint François d'Assise, en offrant à son tour un témoignage singulier de charité envers les frères.
Dans notre société, dans laquelle les traces de Dieu semblent trop souvent disparaître, Frère Umile représente une invitation joyeuse et encourageante à la douceur, à la bonté, à la simplicité et à un sain détachement des biens éphémères du monde.
4. "À chacun la manifestation de l'Esprit est donnée en vue du bien commun" (1 Co 12, 7). C'est ce qui se produisit dans la vie de saint Alonso de Orozco, de l'Ordre de saint Augustin. Né dans la ville d'Oropesa, près de Tolède, ses vœux religieux lui donnèrent l'occasion de visiter de nombreux lieux d'Espagne, terminant ses jours à Madrid. Son dévouement pastoral au service des plus pauvres dans les hôpitaux et dans les prisons fait de lui un modèle pour ceux qui, sous l'impulsion de l'Esprit, fondent toute leur existence sur l'amour de Dieu et du prochain, selon le mandat suprême de Jésus.
5. L'action de l'Esprit se manifeste également de façon particulière dans la vie et dans la mission de Mère Paolina, en l'incitant à constituer, avec un groupe de jeunes amies, une maison d'accueil, baptisée peu après par la population "Petit Hôpital Saint-Virgile" et destinée à l'assistance matérielle et spirituelle des personnes malades et abandonnées. C'est ainsi que naquit, en réponse aux desseins de la Providence, la première Communauté religieuse du sud du Brésil, appelée la Congrégation des Petites sœurs de l'Immaculée Conception. Ce fut dans cet hôpital que le fait d'"être pour les autres" devint le motif principal de la vie de Mère Paolina. Dans le service aux pauvres et aux malades, elle devint la manifestation de l'Esprit Saint, "consolateur parfait ; doux hôte de l'âme ; très suave rafraîchissement" (Séquence).
6. "Ô lumière  bienheureuse, tu envahis dans leur profondeur le cœur de tes fidèles". Les paroles de la Séquence constituent une belle synthèse de l'existence tout entière de Benedetta Cambiagio Frassinello et elles en expliquent l'extraordinaire richesse spirituelle.
Guidée par la grâce divine, la nouvelle sainte eut pour souci d'accomplir avec fidélité et cohérence la volonté de Dieu. Avec une confiance illimitée dans la bonté du Seigneur, elle s'abandonnait à sa "Providence aimante", profondément convaincue, comme elle aimait à le répéter, qu'il faut "tout faire par amour de Dieu et pour lui plaire". Tel est le précieux héritage que sainte Benedetta Cambiagio Frassinello laisse à ses filles spirituelles, et qui est aujourd'hui proposé à toute la Communauté chrétienne.
7. "Viens, Esprit Saint, remplis les cœurs de tes fidèles et allume en eux le feu de ton amour" (Chant à l'Évangile). Nous faisons nôtre cette invocation de la liturgie d'aujourd'hui. L'Esprit Saint a radicalement transformé les Apôtres en ardents hérauts de l'Évangile, qui, par peur, s'étaient tout d'abord enfermés dans le Cénacle. L'Esprit continue à soutenir l'Église dans sa mission évangélisatrice au cours des siècles, en suscitant à chaque époque des témoins courageux de la foi.
La Vierge Marie reçut le don de l'Esprit en même temps que les Apôtres (cf. Ac 1, 14). Avec Elle et en communion avec les nouveaux saints, nous implorons à notre tour le prodige d'une Pentecôte renouvelée pour l'Église. Nous demandons que l'abondance des dons de l'Esprit Saint descende sur l'humanité de notre temps.
Viens, Esprit Saint, enflamme les cœurs de tes fidèles ! Aide-nous nous aussi à diffuser dans le monde le feu de ton amour. Amen !
MESSE ET PROCESSION EUCHARISTIQUE
EN LA SOLENNITÉ DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST


HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Jeudi 30 mai 2002
1. "Lauda, Sion, Salvatorem, lauda ducem et pastorem in hymnis et canticis" :  "Loue, Sion, le sauveur, ton guide, ton pasteur par des hymnes et des cantiques".
Il y a quelques instants, nous avons chanté, avec foi et dévotion, ces paroles de la Séquence traditionnelle, qui fait partie de la liturgie du Corpus Domini.
C'est aujourd'hui une fête solennelle, une fête au cours de laquelle nous revivons la première Cène Sacrée. À travers un acte public et solennel, nous glorifions et nous adorons le Pain et le Vin qui sont devenus le Corps véritable et le Sang véritable du Rédempteur. "Ce qui apparaît est un signe" - souligne la séquence -, mais "il cache sous son mystère des réalités sublimes".
2. "Le pain vivant qui donne la vie :  tel est le thème de ton chant, objet de la louange".
Nous célébrons aujourd'hui une fête solennelle, qui exprime la surprise émerveillée du Peuple de Dieu : une surprise pleine de reconnaissance pour le don de l'Eucharistie. Dans le sacrement de l'Autel, Jésus a voulu perpétuer sa présence vivante parmi nous, sous la forme même sous laquelle il apparut aux Apôtres au Cénacle. Il nous laisse ce qu'il a accompli lors de la dernière Cène, et nous le renouvelons fidèlement.
Selon des habitudes locales traditionnelles, la solennité du Corpus Domini apparaît comme étant constituée par deux moments :  la Messe, lors de laquelle s'accomplit l'offrande du sacrifice, et la procession, qui manifeste publiquement l'adoration du Très Saint Sacrement.
3. "Obéissant à son commandement, nous consacrons le pain et le vin, ostie de salut". C'est tout d'abord le mémorial de la Pâque du Christ qui se renouvelle.
Les jours, les années, les siècles passent, mais le geste très saint dans lequel Jésus a condensé tout son Évangile d'amour ne passe pas. Il ne cesse pas de s'offrir lui-même, Agneau immolé et ressuscité, pour le salut du monde. Avec ce mémorial, l'Église répond au commandement de la Parole de Dieu, que nous avons également entendu aujourd'hui dans la première Lecture :  "Souviens-toi !... n'oublie pas !" (Dt 8, 2.14).
L'Eucharistie est notre Mémoire vivante ! L'Eucharistie, comme le rappelle le Concile, "contient tout le trésor spirituel de l'Église, c'est-à-dire le Christ lui-même, lui notre Pâque, lui le pain vivant, lui dont la chair, vivifiée par l'Esprit Saint et vivifiante, donne la vie aux hommes, les invitant et les conduisant à offrir, en union avec lui, leur propre vie, leur travail, toute la création" (Presbyterorum ordinis, n. 5).
C'est à l'Eucharistie, "source et sommet de toute l'évangélisation" (ibid.), que notre Église de Rome doit elle aussi puiser quotidiennement sa force et son élan pour son action missionnaire et pour toute forme de témoignage chrétien dans la cité des hommes.
4. "Bon pasteur, pain véritable, ô Jésus, aie pitié de nous :  nourris-nous et défends-nous".
Toi, le Bon Pasteur, tu traverseras dans quelques instants les rues de notre ville. Lors de cette fête, chaque ville, les métropoles comme les plus petits villages du monde, deviennent spirituellement la ville de Sion, la Jérusalem qui loue le Sauveur : le nouveau Peuple de Dieu, rassemblé à partir de chaque nation et nourri de l'unique Pain de vie.
Ce peuple a besoin de l'Eucharistie. En effet, c'est l'Eucharistie qui rend l'Église missionnaire. Mais cela serait-il possible sans les prêtres, qui renouvellent le mystère eucharistique ?
Voilà pourquoi, en ce jour solennel, je vous invite à prier pour le succès du Congrès ecclésial diocésain, qui se tiendra dans la Basilique Saint-Jean à partir de lundi prochain, et qui accordera une attention particulière au thème des vocations au sacerdoce et à la vie consacrée.
Jeunes romains ! Je vous répète les paroles que j'ai déjà adressées, au cours de la Journée mondiale de la Jeunesse de l'An 2000, aux jeunes réunis à "Tor Vergata" : "Si l'un ou l'une d'entre vous [...] entend l'appel du Seigneur à se donner totalement à lui pour l'aimer "d'un cœur sans partage" (cf. 1 Co 7, 34), qu'il ne se laisse pas arrêter par le doute ou la peur ! Qu'il dise avec courage son "oui" sans réserve, en se confiant à Celui qui est fidèle en toutes ses promesses !" (Homélie, n. 6 ; cf. ORLF n. 34 du 22 août 2000).
5. "Ave, verum Corpus, natum de Maria Virgine".
"Nous t'adorons, ô vrai Corps né de la Vierge Marie".
Nous t'adorons, notre saint Rédempteur, toi qui t'es incarné dans le sein très pur de la Vierge Marie. Dans quelques instants, la procession solennelle nous conduira au plus éminent temple marial d'Occident, la Basilique Sainte-Marie-Majeure. Nous te rendons grâce, Seigneur, de ta présence eucharistique dans le monde.
Tu as accepté de souffrir pour nous et sur la croix tu as manifesté jusqu'au bout ton amour pour l'humanité tout entière. Nous t'adorons, viatique quotidien de nous tous qui sommes pèlerins sur la terre !
"Toi qui sais tout et qui peux tout, qui nous nourris sur la terre, conduis tes frères à la table du ciel dans la gloire de tes saints".
Amen !
CHAPELLE PAPALE EN LA SOLENNITÉ DES SAINTS APÔTRES
PIERRE ET PAUL


HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Samedi 29 juin 2002
1. "Jette ton manteau sur tes épaules et suis-moi" (Ac 12, 8).
C'est ainsi que l'ange s'adresse à Pierre, qui est détenu dans la prison de Jérusalem. Et Pierre, selon le récit du texte sacré, "sortit, et il le suivait" (Ac 12, 9).
Par cette intervention extraordinaire, Dieu vient en aide à son apôtre afin qu'il puisse poursuivre sa mission. Une mission difficile, qui comporte un itinéraire complexe et exigeant. Une mission qui se conclura par le martyre précisément  ici,  à Rome, où la tombe de Pierre est aujourd'hui également la destination de constants pèlerinages de toutes les parties du monde.
2. "Saoul, Saoul, pourquoi me persécutes-tu ?... Mais relève-toi, entre dans la ville, et l'on te dira ce que tu dois faire" (Ac 9, 4-6).
Paul fut foudroyé par la grâce divine sur la route de Damas et, de persécuteur des chrétiens, il devint l'apôtre des nations. Ayant rencontré Jésus sur son chemin, il se voua sans réserves à la cause de l'Évangile.
À Paul également était impartie la lointaine destination de Rome, capitale de l'empire, où il devait prêcher avec Pierre, le Christ, unique Seigneur et Sauveur du monde. Pour la foi, il devait lui aussi, un jour, verser ici son propre sang, en associant pour toujours son nom à celui de Pierre dans l'histoire de la Rome chrétienne.
3. L'Église célèbre aujourd'hui avec joie la mémoire des deux saints. La "Pierre" et l'"Instrument élu" se sont rencontrés définitivement ici, à Rome. Ici, ils ont mené à bien leur ministère apostolique, le scellant par l'effusion de leur sang.
Le mystérieux itinéraire de foi et d'amour, qui conduisit Pierre et Paul de leur terre natale à Jérusalem, puis dans d'autres parties du monde et, enfin, à Rome, constitue dans un certain sens un modèle du parcours que chaque chrétien est appelé à accomplir pour témoigner du Christ dans le monde.
"Je cherche Yahvé, il me répond et de toutes mes frayeurs me délivre" (Ps 33, 5). Comment ne pas apercevoir dans l'expérience de ces deux saints, que nous commémorons aujourd'hui, la réalisation de ces paroles du Psalmiste ? L'Église est sans cesse mise à l'épreuve. Le message que les saints Apôtres Pierre et Paul lui font parvenir est clair et éloquent :  par la grâce de Dieu, en chaque circonstance, il est possible à l'homme de devenir un signe éloquent de la puissance victorieuse de Dieu. C'est pourquoi il ne doit pas avoir peur. Celui qui a confiance en Dieu, libéré de toute peur, fait également l'expérience de la présence réconfortante de l'Esprit, en particulier, dans les moments d'épreuve et de douleur.
4. Chers et vénérés frères dans l'épiscopat ! L'exemple de Pierre et de Paul nous interpelle en premier lieu, nous qui, à travers l'ordination épiscopale, avons été constitués les successeurs des Apôtres. Comme eux, nous sommes invités à parcourir un itinéraire de conversion et d'amour à l'égard du Christ. N'est-ce pas Lui qui nous a appelés ? N'est-ce pas toujours Lui que nous devons annoncer avec cohérence et fidélité ?
Je m'adresse de façon particulière à vous, très chers Archevêques métropolitains, venus de nombreux pays du monde pour recevoir le Pallium du Successeur de Pierre. Je vous salue cordialement, ainsi que ceux qui vous ont accompagnés. Le lien particulier avec le Siège apostolique, que cette insigne liturgie représente, est une incitation à un engagement plus intense dans la recherche de la communion spirituelle et pastorale au bénéfice des fidèles, en promouvant en eux le sens de l'unité et de l'universalité de l'Église. Gardez fidèlement en vous, et dans les personnes qui vous sont confiées, cette sainteté de vie qui est un don surnaturel de la grâce du Seigneur.
Je salue en outre avec une affection spéciale la Délégation envoyée par le Patriarche de Constantinople Bartholomaios I, qui est ici guidée par le Métropolite Panteleimon. La visite traditionnelle des représentants du Patriarcat oecuménique pour la solennité des saints Pierre et Paul constitue un moment providentiel du chemin vers le rétablissement de la pleine communion entre nous. Au début du troisième millénaire, nous ressentons profondément le devoir de "repartir du Christ", fondement de notre foi commune et de notre mission. "Heri, hodie et in saecula" (He 13, 8), le Christ est le rocher solide sur lequel l'Église est construite.
5. "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !" (Mt 16, 16). La profession de foi faite par Pierre à Césarée de Philippe, lorsque le maître demanda à ses disciples : "Mais pour vous qui suis-je ?" (ibid., v. 15), prend une valeur et une signification tout à fait particulières pour nous qui formons la communauté ecclésiale de Rome. Le témoignage de Pierre et de Paul, scellé par le sacrifice extrême de la vie, rappelle à cette Église le devoir exigeant de "présider à la charité" (Ignace Ant. Ep. ad Rom., 1, 1).
Fidèles de mon diocèse bien-aimé, nous sommes toujours plus conscients de cette responsabilité qui est la nôtre. Persévérons dans la prière avec Marie, Reine des Apôtres.
En suivant l'exemple de nos glorieux patrons, et avec leur soutien constant, nous cherchons à répéter à chaque instant au Christ :  "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! Tu es notre unique Rédempteur !" Rédempteur du monde !
Au terme de la célébration eucharistique, le Saint-Père ajoutait les paroles suivantes :
Au terme de cette solennelle célébration, je désire vous remercier tous, chers frères et sœurs, qui à travers votre pieuse participation, avez honoré la mémoire des saints Pierre et Paul. J'adresse en particulier un salut cordial et reconnaissant à la Délégation de l'Église orthodoxe bulgare, guidée par le Métropolite Simeon. Ayant toujours à l'esprit ma récente visite en Bulgarie, j'invoque les bénédictions célestes sur les fidèles de cette chère nation.
Je présente tous mes vœux à ceux qui portent le nom de Pierre et Paul. Bonne fête à tous les Romains et aux pèlerins.
MESSE DE MINUIT


HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE, NOËL 24 décembre 2002
1. « Dum medium silentium tenerent omnia... – un silence enveloppait toute chose, la nuit en était au milieu de son cours ; alors, ô Seigneur, ta Parole puissante s’élança du trône royal » (Antienne du Magnificat, 26 décembre).
En cette Sainte Nuit s’accomplit l’antique promesse : le temps de l’attente est terminé, et la Vierge met au monde le Messie.
Jésus naît pour l’humanité, qui est à la recherche de liberté et de paix ; il naît pour tout homme, qui est opprimé par le péché, qui a besoin du salut et qui est assoiffé d’espérance.
Au cri incessant des peuples : Viens, Seigneur, sauve-nous !, Dieu répond en cette nuit : sa Parole éternelle d’amour a assumé notre chair mortelle. « Sermo tuus, Domine, a regalibus sedibus venit ». Le Verbe est entré dans le temps : il nous est né, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous.
Dans les cathédrales et dans les basiliques, comme dans les églises les plus petites et les plus reculées de toute la terre, s’élève avec émotion le chant des chrétiens : « Aujourd’hui nous est né un Sauveur » (Psaume responsorial).
2. Marie « mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire » (Lc 2, 7).
Telle est l’icône de Noël : un fragile nouveau-né, que les mains d’une femme protègent de pauvres vêtements et déposent dans une mangeoire.
Qui peut penser que ce petit être humain est le « Fils du Très-Haut » (Lc 1, 32) ? Elle seule, sa Mère, connaît la vérité et en garde le mystère.
En cette nuit, nous pouvons, nous aussi,  passer’ par son regard pour reconnaître en cet Enfant le visage humain de Dieu. À nous aussi, hommes du troisième millénaire, il est possible de rencontrer le Christ et de le contempler avec les yeux de Marie.
La nuit de Noël devient ainsi école de foi et de vie.
3. Dans la deuxième lecture, qui vient d’être proclamée, l’Apôtre Paul nous aide à comprendre l’événement du Christ que nous célébrons en cette nuit de lumière. Il écrit : « La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes » (Tt 2, 11).
La « grâce de Dieu manifestée » en Jésus est son amour miséricordieux, qui préside à toute l’histoire du salut et qui la conduit vers son accomplissement définitif. La révélation de Dieu « dans l’humilité de notre nature humaine » (cf. Première préface de l’Avent) constitue une anticipation sur la terre de sa « manifestation » glorieuse à la fin des temps (cf. Tt 2, 13).
Et pas seulement cela. L’événement historique que nous vivons dans ce mystère est la « voie » qui nous est offerte pour parvenir à la rencontre avec le Christ glorieux. En effet, par son Incarnation, Jésus « nous apprend – comme le dit l’Apôtre – à rejeter le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux, et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir » (Tt 2, 12-13).
Ô Noël du Seigneur, tu as inspiré des Saints en tout temps ! Je songe entre autres à saint Bernard et à ses méditations spirituelles devant la scène touchante de la crèche ; je songe à saint François d’Assise, penseur inspiré de la première animation vivante du mystère de la Sainte Nuit ; je songe à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus qui, face à la conscience moderne orgueilleuse, a proposé à nouveau, par sa « petite voie », l’authentique esprit de Noël.
4. « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12).
L’Enfant couché dans la pauvreté d’une mangeoire : tel est le signe de Dieu. Les siècles et les millénaires passent, mais le signe demeure, et il vaut aussi pour nous, hommes et femmes du troisième millénaire. C’est un signe d’espérance pour toute la famille humaine ; un signe de paix pour ceux qui souffrent à cause de conflits de tout genre ; un signe de libération pour les pauvres et les opprimés ; un signe de miséricorde pour ceux qui sont enfermés dans le cercle vicieux du péché ; un signe d’amour et de réconfort pour ceux qui se sentent seuls et abandonnés.
C’est un signe ténu et fragile, humble et silencieux, mais riche de la puissance de Dieu, qui s’est fait homme par amour.
5. Seigneur Jésus, avec les bergers
nous nous approchons de ta crèche
pour te contempler enveloppé de langes
et couché dans la mangeoire.
Ô Enfant de Bethléem,
nous t’adorons en silence avec Marie,
ta Mère toujours Vierge.
À toi, la gloire et la louange dans les siècles,
Toi le divin Sauveur du monde ! Amen.
CÉLÉBRATION PÉNITENTIELLE DU MERCREDI DES CENDRES
PRÉSIDÉE PAR LE SAINT PÈRE
EN LA BASILIQUE SAINTE-SABINE SUR L’AVENTIN
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