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HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, Mercredi des Cendres, 5 mars 2003
1. "Sonnez du cor à Sion ! Prescrivez un jeûne, publiez une solennité, réunissez le peuple, convoquez la communauté" (Jl 2, 15-16).
Ces paroles du prophète Joël mettent en lumière la dimension communautaire de la pénitence. Certes, le repentir ne peut provenir que du cœur, siège, selon l'anthropologie biblique, des intentions profondes de l'homme. Toutefois, les actes de pénitence exigent d'être vécus également avec les membres de la communauté.
En particulier dans les moments difficiles, suite à des difficultés ou face à un danger, la Parole de Dieu, à travers la bouche des prophètes, appelait les croyants à une mobilisation pénitentielle :  tous sont convoqués, sans aucune exception, des personnes âgées aux enfants ; tous unis pour implorer de Dieu la compassion et le pardon (cf. Jl 2, 16-18).
2. La communauté chrétienne écoute cette puissante invitation à la conversion, au moment où elle s'apprête à entreprendre l'itinéraire quadragésimal, qui est inauguré par l'antique rite de l'imposition des cendres. Ce geste, que certains pourraient considérer comme appartenant à d'autres temps, contraste certainement avec la mentalité de l'homme moderne, mais cela nous pousse à en approfondir le sens en découvrant sa force et son impact particuliers.
En déposant les cendres sur le front des fidèles, le célébrant répète :  "Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière". Retourner à la poussière est le destin qui apparemment lie les hommes et les animaux. Toutefois, l'être humain n'est pas seulement chair, mais également esprit ; si la chair a pour destin la poussière, l'esprit est voué à l'immortalité. En outre, le croyant sait que le Christ est ressuscité, remportant également dans son corps une victoire sur la mort. Lui aussi marche dans l'espérance vers cette perspective.
3. Recevoir les cendres sur le front signifie donc se reconnaître comme créatures, faites de glaise et destinées à la glaise (cf. Gn 3, 19) ; cela signifie dans le même temps se proclamer pécheurs, ayant besoin du pardon de Dieu pour pouvoir vivre selon l'Évangile (cf. Mc 1, 15) ; cela signifie, enfin, raviver l'espérance de la rencontre définitive avec le Christ dans la gloire et dans la paix du Ciel.
Cette perspective de joie engage les croyants à faire tout leur possible pour anticiper dans le temps présent une partie de la paix future. Cela suppose la purification du cœur et l'affermissement de la communion avec Dieu et les frères. C'est à cela que visent la prière et le jeûne auxquels, face aux menaces de guerre qui pèsent sur le monde, j'ai invité les fidèles. À travers la prière, nous nous plaçons entièrement entre les mains de Dieu, et ce n'est que de Lui que nous attendons la paix authentique. À travers le jeûne, nous préparons notre cœur à recevoir la paix du Seigneur, don par excellence et signe privilégié de la venue de son Royaume.
4. La prière et le jeûne doivent donc être accompagnés par des œuvres de justice ; la conversion doit se traduire en accueil et en solidarité. À ce sujet, l'ancien prophète admoneste : "N'est-ce pas plutôt ceci le jeûne que je préfère :  défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug ; renvoyer libres les opprimés, et briser tous les jougs ?" (Is 58, 6).
Il n'y aura pas de paix sur terre tant que perdureront les oppressions des peuples, les injustices sociales et les déséquilibres économiques encore existants. Mais pour les grands changements structurels souhaités, les initiatives et les interventions extérieures ne suffisent pas ; il faut avant tout une conversion commune des cœurs à l'amour.
5. "Revenez à moi de tout votre cœur" (Jl 2, 12). Nous pourrions dire que le message de la célébration d'aujourd'hui se résume dans cette exhortation implorante de Dieu à la conversion du cœur.
Cette invitation est répétée par l'Apôtre Paul dans la seconde lecture :  "Nous vous en supplions au nom du Christ :  laissez-vous réconcilier avec Dieu [...] Le voici maintenant le moment favorable ; le voici maintenant le jour du salut" (2 Co 5, 20 ; 6, 2).
Chers frères et sœurs, voici le moment favorable pour revoir notre attitude à l'égard de Dieu et de nos frères.
Voici le jour du salut, au cours duquel nous examinons profondément les critères qui nous orientent dans notre conduite quotidienne.
Seigneur, aide-nous à retourner de tout cœur à Toi, Chemin qui conduis au salut, Vérité qui rends libres, Vie qui ne connais pas la mort.
CÉLÉBRATION DU DIMANCHE DES RAMEAUX
ET DE LA PASSION DU SEIGNEUR


HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, 13 avril 2003
« Voici ta Mère ! » (Jn 19, 27)
1. "Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !" (Mc 11, 9).
La liturgie du Dimanche des Rameaux est comme une porte d'entrée solennelle dans la Semaine Sainte. Elle associe deux moments opposés entre eux :  l'accueil de Jésus à Jérusalem et le drame  de  la  Passion :"l'"Hosanna" joyeux et le cri plusieurs fois répété :  "Crucifie-le !" ; l'entrée triomphale et la défaite apparente de la mort sur la Croix. Elle anticipe ainsi l'"heure" où le Messie devra beaucoup souffrir, sera tué et ressuscitera le troisième jour (cf. Mt 16, 21), et elle nous prépare à vivre en plénitude le mystère pascal.
2. "Crie de joie, fille de Jérusalem / Voici que ton roi vient à toi" (Zc 9, 9). En accueillant Jésus, la Cité dans laquelle  vit  la  mémoire  de David se réjouit ; la Cité des prophètes, dont un grand nombre subirent le martyre pour la vérité ; la Cité de la paix, qui au cours des siècles a connu la violence, la guerre, la déportation.
D'une certaine façon, Jérusalem peut être considérée comme la Ville-symbole de l'humanité, en particulier en ce dramatique début de troisième millénaire que nous vivons. C'est pourquoi les rites du Dimanche des Rameaux acquièrent une éloquence particulière. Les paroles du prophète Zacharie retentissent de façon réconfortante : "Exulte avec force, fille de Sion ! / Crie de joie, fille de Jérusalem ! / Voici que ton roi vient à toi :  / Il est juste et victorieux, / humble, monté sur un âne / ... l'arc de guerre sera retranché. / Il annoncera la paix aux nations" (9, 9-10). Aujourd'hui nous sommes en liesse, car Jésus, le Roi de la Paix, entre à Jérusalem.
3. Alors, le long de la descente du mont des Oliviers, les enfants et les jeunes de Jérusalem accoururent à la rencontre du Christ, en l'acclamant et en agitant joyeusement des rameaux d'olivier et des palmes.
Aujourd'hui, ce sont les jeunes du monde entier qui l'accueillent, célébrant dans chaque communauté diocésaine la dix-huitième Journée mondiale de la Jeunesse.
Je vous salue avec une grande affection, chers jeunes de Rome, et vous aussi, qui êtes venus en pèlerinage de divers pays. Je salue les nombreux responsables de la pastorale des jeunes, qui participent au Congrès sur les Journées mondiales de la Jeunesse, organisé par le Conseil pontifical pour les Laïcs. Et comment ne pas exprimer une solidarité fraternelle aux jeunes de votre âge éprouvés par la guerre et la violence en Irak, en Terre Sainte et dans diverses autres régions du monde ?
Aujourd'hui, nous accueillons avec foi et exultation le Christ, qui est notre "roi" :  roi de vérité, de liberté, de justice et d'amour. Tels sont les quatre "piliers" sur  lesquels  il  est possible de construire l'édifice de la paix véritable, comme l'écrivait il y a quarante ans dans l'Encyclique Pacem in terris le bienheureux Pape Jean XXIII. Je vous remets en esprit, jeunes du monde entier, ce Document historique, plus que jamais actuel :  lisez-le, méditez-le, efforcez-vous de le mettre en pratique. Vous serez alors "bienheureux", car authentiques fils du Dieu de la paix (cf. Mt 5, 9).
4. La paix est un don du Christ, qui nous a été obtenu à travers le sacrifice de la Croix. Pour l'obtenir de façon efficace, il est nécessaire de monter avec le divin Maître jusqu'au Calvaire. Et qui, mieux que Marie, peut nous guider dans cette ascension, elle qui précisément sous la Croix nous a été donnée pour Mère à travers l'apôtre fidèle saint Jean ? Afin d'aider les jeunes à découvrir cette merveilleuse réalité spirituelle, j'ai choisi comme thème du Message pour la Journée mondiale de la Jeunesse de cette année, les paroles du Christ mourant : "Voici ta mère !" (Jn 19, 27). En acceptant ce testament d'amour, Jean ouvrit sa maison à Marie (cf. Jn 19, 27), c'est-à-dire qu'il l'accueillit dans sa vie, partageant avec Elle une proximité spirituelle entièrement nouvelle. Le lien intime avec la Mère du Seigneur conduira le "disciple bien-aimé" à devenir l'apôtre de cet Amour qu'il avait puisé au Cœur du Christ à travers le Cœur immaculé de Marie.
5. "Voici ta Mère !" Jésus adresse ces paroles à chacun de vous, chers amis. À vous aussi, il demande de prendre Marie comme Mère "dans votre maison", de l'accueillir "parmi vos biens", car "c'est Elle qui, en accomplissant son ministère maternel, vous éduque et vous modèle jusqu'à ce que le Christ soit formé pleinement en vous". Que Marie fasse en sorte que vous répondiez généreusement à l'appel du Seigneur, et que vous persévériez avec joie et fidélité dans la mission chrétienne !
Au cours des siècles, de nombreux jeunes ont entendu cette invitation et nombreux sont ceux qui continuent à le faire également à notre époque. Jeunes du troisième millénaire, n'ayez pas peur d'offrir votre vie comme réponse totale au Christ ! Lui, Lui seul change la vie et l'histoire du monde.
6. "Vraiment cet homme était Fils de Dieu !" (Mc 15, 39). Nous avons à nouveau écouté la claire profession de foi, exprimée par le centurion, "voyant qu'il avait ainsi expiré" (ibid.). C'est de ce qu'il a vu, que naît le surprenant témoignage du soldat romain, le premier à proclamer que cet homme crucifié "était Fils de Dieu".
Seigneur Jésus, nous aussi nous avons "vu" comment tu as souffert et comment tu es mort pour nous. Fidèle jusqu'au bout, tu nous a arrachés à la mort par ta mort. Avec ta Croix, tu nous a rachetés.
Toi, Marie, Mère qui souffres, tu es le témoin silencieux de ces instants décisifs pour l'histoire du salut.
Donne-nous tes yeux pour reconnaître sur le visage du Crucifié, défiguré par la douleur, l'image du Ressuscité glorieux.
Aide-nous à l'embrasser et à avoir confiance en Lui, afin de devenir dignes de ses promesses.
Aide-nous à lui être fidèles aujourd'hui et tout au long de notre vie.
Amen !
MESSE CHRISMALE EN LA BASILIQUE VATICANE


HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Jeudi Saint, 17 avril 2003
1. "Par l'onction de l'Esprit Saint tu as constitué le Christ, ton Fils, Pontife de l'alliance nouvelle et éternelle".
Ces paroles, que nous écouterons d'ici peu dans la Préface, constituent une catéchèse appropriée sur le Sacerdoce du Christ. C'est Lui le Suprême Pontife des biens à venir, qui a voulu perpétuer son sacerdoce dans l'Église à travers le service des ministres ordonnés, auxquels il a confié la tâche de prêcher l'Évangile et de célébrer les sacrements du salut.
Cette célébration suggestive qui, le matin du Jeudi Saint, voit les prêtres et leur évêque rassemblés autour de l'autel, constitue dans un certain sens une "introduction" au saint Triduum pascal. Au cours de cette célébration, sont bénis les Huiles et le Chrême, qui serviront à l'onction des catéchumènes, au réconfort des malades et à l'administration de la Confirmation et de l'Ordre sacré.
Les Huiles et le Chrême, intimement liés au Mystère pascal, contribuent de façon efficace au renouvellement de la vie de l'Église à travers les Sacrements. L'Esprit Saint, à travers ces signes sacramentels, ne cesse de sanctifier le peuple chrétien.
2. "Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Écriture" (Lc 4, 21). La page évangélique qui vient d'être proclamée dans notre assemblée nous ramène à la synagogue de Nazareth, où Jésus, ayant déroulé le livre d'Isaïe, commence à lire : "L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction" (Lc 4, 18). Il applique à sa propre personne l'oracle du Prophète, en concluant :  "Aujourd'hui s'accomplit ce passage de l'Écriture" (v. 21).
Chaque fois que l'assemblée liturgique se rassemble pour célébrer l'Eucharistie, cet "aujourd'hui" devient actuel. Le mystère de l'unique Christ et Prêtre suprême de la nouvelle et éternelle Alliance devient présent et se concrétise.
Sous cette lumière, nous comprenons mieux quelle valeur possède notre ministère sacerdotal. L'Apôtre nous invite à raviver sans cesse le don de Dieu reçu par l'imposition des mains (cf. 2 Tm 1, 6), soutenus par la certitude réconfortante  que Celui qui a commencé cette œuvre en nous la mènera à bien jusqu'au Jour du Christ Jésus (cf. Ph 1, 6).
Messieurs les Cardinaux, vénérés frères dans l'épiscopat, très chers prêtres, je vous salue avec affection. Aujourd'hui, au cours de la Messe chrismale, nous faisons mémoire de cette grande vérité qui nous concerne directement. Le Christ nous a appelés, à un titre particulier, à participer à son sacerdoce. Chaque vocation au ministère sacerdotal est un don extraordinaire de l'amour de Dieu et, dans le même temps, un mystère profond, qui concerne les insondables desseins divins et les abîmes de la conscience humaine.
3. "Je chanterai toujours l'amour du Seigneur" (Psaume responsorial). L'âme remplie de gratitude, nous renouvellerons dans quelques instants les promesses sacerdotales. Ce rite nous ramène par l'esprit et le cœur au jour inoubliable où nous avons pris l'engagement de nous unir intimement au Christ, modèle de notre sacerdoce, et d'être de fidèles dispensateurs des mystères de Dieu, en nous laissant conduire non par des intérêts humains, mais uniquement par l'amour pour Dieu et pour le prochain.
Chers frères dans le sacerdoce, sommes-nous restés fidèles à ces promesses ? Que ne s'éteigne pas en nous l'enthousiasme spirituel de l'Ordination sacerdotale. Et vous, très chers fidèles, priez pour les prêtres afin qu'ils soient d'attentifs dispensateurs des dons de la grâce divine, en particulier de la miséricorde de Dieu dans le sacrement de la Confession et du Pain de vie dans l'Eucharistie, mémorial vivant de la mort et de la résurrection du Christ.
4. "De génération en génération j'annoncerai sa vérité" (Antienne de la communion). Chaque fois que l'on célèbre le Sacrifice eucharistique dans l'assemblée liturgique, se renouvelle la "vérité" de la mort et de la résurrection du Christ. C'est ce que nous ferons avec une émotion particulière ce soir, en revivant la Dernière Cène du Seigneur. Pour souligner l'actualité du grand mémorial de la rédemption, au cours de la Messe in Cena Domini, je signerai l'Encyclique intitulée :  Ecclesia de Eucharistia, que j'ai voulu vous adresser de manière particulière, chers prêtres, au lieu de la traditionnelle Lettre du Jeudi Saint. Accueillez-la comme un don particulier à l'occasion du 25 anniversaire de mon ministère pétrinien et faites-la connaître aux âmes confiées à vos soins pastoraux.
Que la Vierge Marie, femme "eucharistique", qui a porté dans son sein le Verbe incarné et qui a fait d'elle-même une offrande permanente au Seigneur, nous  conduise  tous vers  une  compréhension toujours plus profonde de l'immense don et mystère que représente le Sacerdoce. Qu'Elle nous rende dignes de son Fils Jésus, Prêtre suprême et éternel. Amen !
MESSE DE LA CÈNE DU SEIGNEUR


HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, Jeudi Saint, 17 avril 2003
1. "Il les aima jusqu'à la fin"(Jn 13, 1).
À la veille de sa passion et de sa mort, le Seigneur Jésus voulut rassembler autour de lui encore une fois ses Apôtres, afin de leur remettre ses dernières consignes et de leur donner le témoignage suprême de son amour.
Entrons nous aussi dans la "grande pièce garnie de coussins, toute prête, à l'étage" (cf. Mc 14, 15) et apprêtons-nous à écouter les pensées les plus intimes qu'Il désire nous confier ; apprêtons-nous, en particulier, à accueillir le geste et le don qu'Il a prévus pour ce dernier rendez-vous.
2. Pendant qu'ils dînent, voilà Jésus qui se lève de table et commence à laver les pieds des disciples. Pierre refuse tout d'abord, puis il comprend et il accepte. Nous sommes nous aussi invités à comprendre :  la première chose que le disciple doit faire est de se mettre à l'écoute de son Seigneur, en ouvrant son cœur pour accueillir l'initiative de son amour. Ce n'est qu'ensuite qu'il sera invité à accomplir, à son tour, ce que le Maître a accompli. Il devra lui aussi s'engager à "laver les pieds" de ses frères, en traduisant en gestes de service réciproque cet amour qui constitue la synthèse de tout l'Évangile (cf. Jn 13, 1-20).
Toujours au cours de la Cène, sachant que son "heure" est désormais venue, Jésus bénit et fractionne le pain, puis il le distribue aux Apôtres en disant : "Ceci est mon corps" ; il fait la même chose avec le calice : "Ceci est mon sang". Et il leur commande :  "Faites-le en mémoire de moi" (1 Co 11, 24.25). Nous avons véritablement là le témoignage d'un amour allant "jusqu'à la fin" (Jn 13, 1). Jésus se donne en nourriture aux disciples, afin de devenir une seule chose avec eux. La "leçon" qu'il faut apprendre apparaît encore une fois :  la première chose à faire est d'ouvrir son cœur pour accueillir l'amour du Christ. L'initiative est la sienne :  c'est son amour qui nous rend capables d'aimer nos frères à notre tour.
Voilà donc :  le lavement des pieds et le sacrement de l'Eucharistie :  deux manifestations d'un même mystère d'amour confié aux disciples "pour que - dit Jésus - vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous" (Jn 13, 15).
3. "Faites ceci en mémoire de moi" (1 Co 11, 24). La "mémoire", que le Seigneur nous a laissée ce soir-là, concerne le moment culminant de son existence terrestre, le moment de son offrande en sacrifice au Père, par amour de l'humanité. Et c'est une "mémoire" qui se situe dans le contexte d'une cène, la cène pascale, au cours de laquelle Jésus se donne à ses Apôtres sous les espèces du pain et du vin, comme leur nourriture sur le chemin vers la patrie du Ciel.
Mysterium fidei ! Voilà ce que proclame le célébrant après avoir prononcé les paroles de la consécration. Et l'assemblée liturgique répond en exprimant avec joie sa foi et son adhésion pleine d'espérance. L'Eucharistie est un mystère véritablement grand ! Un mystère "incompréhensible" pour la raison humaine, mais si lumineux pour les yeux de la foi ! La Table du Seigneur, dans la simplicité des symboles eucharistiques - le pain et le vin partagés - se révèle également comme la table de la fraternité concrète. Le message qui en émane est trop clair pour qu'on puisse l'ignorer :  ceux qui prennent part à la Célébration eucharistique ne peuvent pas rester insensibles face aux attentes des pauvres et des indigents.
4. C'est précisément dans cette pers-pective que je désire que les dons recueillis au cours de cette célébration soient destinés à soulager les nécessités urgentes de ceux qui souffrent en Irak, en raison des conséquences de la guerre. Un cœur qui a éprouvé l'amour du Seigneur s'ouvre spontanément à la charité envers ses frères.
"O sacrum convivium, in quo Christus sumitur".
Nous sommes tous invités, ce soir, à célébrer et à adorer jusqu'à tard dans la nuit le Seigneur qui s'est fait nourriture pour nous, pèlerins dans le temps, en nous offrant sa chair et son sang.
L'Eucharistie est un grand don pour l'Église et pour le monde. Afin, précisément, que soit accordée une attention toujours plus profonde au sacrement de l'Eucharistie, j'ai voulu offrir à toute la communauté des croyants une Encyclique, dont le thème central est le Mystère eucharistique :  Ecclesia de Eucharistia. Dans quelques instants, j'aurai la joie de la signer, au cours de cette Célébration qui réévoque la Dernière Cène, lorsque Jésus nous laissa sa propre personne en testament suprême d'amour. Dès à présent, je la confie tout d'abord aux prêtres, pour qu'ils la diffusent à leur tour, au bénéfice de tout le peuple chrétien.
5. Adoro te devote, latens Deitas ! Nous t'adorons, ô admirable Sacrement de la présence de Celui qui aima les siens "jusqu'à la fin". Nous te remercions, ô Seigneur, qui dans l'Eucharistie édifies, rassembles et vivifies l'Église.
Ô divine Eucharistie, flamme de l'amour du Christ qui brûles sur l'autel du monde, fais que l'Église, réconfortée par Toi, soit toujours plus attentive à essuyer les larmes de ceux qui souffrent et à soutenir les efforts de ceux qui aspirent à la justice et à la paix.
Et Toi, Marie, Femme "eucharistique", qui as offert ton sein virginal pour l'incarnation du Verbe de Dieu, aide-nous à vivre le Mystère eucharistique dans l'esprit du Magnificat. Que notre vie soit une louange sans fin au Tout-Puissant, qui s'est caché sous l'humilité des signes eucharistiques.
Adoro te devote, latens Deitas...
Adoro te... adiuva me !
VEILLÉE PASCALE


HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, Samedi Saint, 19 avril 2003
1. « N’ayez pas peur ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici » (Mc 16, 6).
À l’aube du premier jour après le sabbat, comme le raconte l’Évangile, quelques femmes vont au sépulcre honorer le corps de Jésus qui, crucifié le vendredi, avait été enveloppé en hâte dans un linceul et déposé dans le sépulcre. Elles le cherchent, mais elles ne le trouvent pas : il n’est plus dans le lieu où il avait été déposé. De lui, demeurent seulement les signes de sa sépulture : le tombeau vide, les bandelettes, le linceul. Cependant, les femmes sont troublées à la vue d’un « jeune homme vêtu de blanc » qui leur annonce : « Il est ressuscité : il n’est pas ici »
Cette nouvelle bouleversante, qui change le cours de l’histoire, continue, depuis lors, à retentir de génération en génération : annonce ancienne et toujours nouvelle. Une fois encore, elle a résonné durant cette Veillée pascale, mère de toutes les veillées, et elle se répand en ce moment sur toute la terre.
2. Ô sublime mystère de cette sainte Nuit ! Nuit durant laquelle nous revivons l’événement extraordinaire de la Résurrection ! Si le Christ était demeuré prisonnier du tombeau, l’humanité et la création tout entière auraient, d’une certaine manière, perdu leur sens. Mais toi, Ô Christ, tu es vraiment Ressuscité !
Ainsi les Écritures, que nous venons d’écouter dans la liturgie de la Parole et qui retracent toutes les étapes du projet salvifique de Dieu, trouvent leur accomplissement. Au commencement de la création, « Dieu vit tout ce qu’il avait fait : c’était très bon » (Gn, 1, 31). À Abraham, il avait promis : « Toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance » (Gn, 22, 18). Nous avons de nouveau entendu l’un des plus anciens cantiques de la tradition juive, qui révèle la signification de l’antique exode, lorsque « le Seigneur sauva Israël de la main de l’Égypte » (Ex 14, 30). Et les promesses des Prophètes continuent à se réaliser en notre temps : « Je mettrai en vous mon esprit : alors vous suivrez mes lois... » (Ez 36, 27).
3. En cette nuit de la Résurrection, tout recommence à partir du « commencement » ; la création retrouve sa signification authentique dans le plan du salut. C’est comme un nouveau départ de l’histoire et du cosmos, parce que le Christ est ressuscité, « pour être parmi les morts le premier ressuscité » (1 Co 15, 20). Lui, « le dernier Adam », est devenu « l’être spirituel qui donne la vie » (1 Co 15, 45).
Même le péché de nos premiers parents est chanté, lors de l’Exsultet pascal, comme « felix culpa », « bienheureuse faute de l’homme, qui valut au monde le seul Rédempteur ! ». Là où le péché a abondé, maintenant la grâce surabonde et « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » (Ps 117, 22) d’un édifice spirituel indestructible.
En cette sainte Nuit, est né un peuple nouveau, avec lequel Dieu lui-même a scellé une alliance éternelle dans le sang du Verbe incarné, crucifié et ressuscité.
4. C’est par le Baptême que l’on devient membre du peuple des rachetés. « Si, par le baptême dans sa mort, nous a rappelé Paul dans l’Épître aux Romains, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts » (6, 4).
Cette exhortation vous est particulièrement destinée, chers catéchumènes, vous à qui, dans quelques instants, l’Église, notre Mère, communiquera le grand don de la vie divine. Vous qui êtes originaires de divers pays, la divine Providence vous a conduits ici, auprès du tombeau de saint Pierre, pour recevoir les Sacrements de l’initiation chrétienne : le Baptême, la Confirmation et l’Eucharistie. Vous entrez ainsi dans la Maison du Seigneur, vous êtes consacrés par l’huile d’allégresse, et vous pouvez vous nourrir du Pain du ciel.
Soutenus par la puissance de l’Esprit Saint, persévérez dans votre fidélité au Christ et proclamez avec courage son Évangile.
5. Chers Frères et Sœurs ici rassemblés ! Nous aussi, dans quelques instants, nous nous unirons aux catéchumènes pour renouveler les promesses de notre Baptême. De nouveau, nous renoncerons à Satan et à ses œuvres, pour adhérer fermement à Dieu et à son projet de salut. Ainsi, nous exprimerons notre ferme volonté de mener une vie évangélique.
Marie, témoin joyeux de l’événement de la Résurrection, aide-nous tous à mener « une vie nouvelle » ; donne à chacun la conscience que, le vieil homme en nous ayant été crucifié avec le Christ, nous devons nous considérer et nous comporter en hommes nouveaux, » vivants pour Dieu, dans le Christ Jésus » (Rm 6, 4. 11).
Amen. Alléluia !
MESSE AVEC ORDINATIONS SACERDOTALES


HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, IV Dimanche de Pâques, 11 mai 2003
1. "Je suis le bon pasteur" (Jn 10, 11).
Dans la page évangélique que la liturgie d'aujourd'hui nous propose, Jésus se définit lui-même comme le Bon Pasteur qui offre sa vie pour son troupeau.
Le mercenaire, qui n'a pas le sentiment que les brebis sont les siennes, les abandonne et fuit face aux difficultés et aux dangers. En revanche, le pasteur qui connaît ses brebis une par une, établit avec elles une relation de familiarité si profonde qu'il est disposé à donner sa vie pour elles.
Exemple sublime de dévouement plein d'amour, Jésus invite ses disciples, en particulier les prêtres, à suivre les mêmes traces. Il appelle chaque prêtre à être le bon pasteur du troupeau que la Providence lui confie.
2. Aujourd'hui, très chers prêtres ordinands, vous êtes vous aussi configurés au Bon Pasteur, en devenant les collaborateurs des successeurs des Apôtres.
Je vous salue tous avec affection. Je salue tout d'abord le Cardinal-Vicaire, le Vice-gérant et les Évêques auxiliaires. Je salue les Recteurs et les Supérieurs du grand Séminaire pontifical romain et du Séminaire diocésain Redemptoris Mater, qui ont pris soin de votre formation. Je salue le Cardinal Andrzej Maria Deskur et les éducateurs des "Fils de la Croix", les responsables et les éducateurs de ceux qui, parmi vous, appartiennent à la Société de Notre-Dame de la Très Sainte Trinité et à la Société de l'Apostolat catholique.
Je désire exprimer ma vive reconnaissance à vos communautés paroissiales, aux associations, aux mouvements et aux groupes auxquels vous appartenez. Je remercie également ceux qui vous ont aidés à reconnaître et à accueillir l'appel du Seigneur, et en particulier vos familles, qui vous ont éduqués à la foi et qui se réjouissent aujourd'hui avec vous.
3. Très chers ordinands, ce jour restera inoubliable pour chacun de vous. Aujourd'hui, vous êtes "mis au service du Christ Docteur, Prêtre et Roi", en prenant part à son ministère, "qui, de jour en jour, construit ici-bas l'Église pour qu'elle soit Peuple de Dieu, Corps du Christ, Temple du Saint-Esprit" (Presbyterorum Ordinis, n. 1).
Je voudrais simplement attirer votre attention sur certaines caractéristiques qui soulignent qui est le prêtre dans le projet salvifique de Dieu, et ce que l'Église et le monde attendent de lui. Le prêtre est l'homme de la Parole, à qui revient la tâche d'apporter l'annonce évangélique aux hommes et aux femmes de son temps. Il doit le faire avec un sens aigu de sa responsabilité, en s'engageant à être toujours en plein accord avec le magistère de l'Église. Il est également l'homme de l'Eucharistie, à travers laquelle il pénètre dans le cœur du Mystère pascal. En particulier lors de la célébration de la Messe, il ressent l'exigence d'une configuration toujours plus intime à Jésus Bon Pasteur, Prêtre suprême et éternel.
Nourrissez-vous donc de la Parole de Dieu ; entretenez-vous chaque jour avec le Christ réellement présent dans le sacrement de l'Autel. Laissez-vous toucher par l'amour infini de son Cœur, prolongez l'adoration eucharistique dans les moments importants de votre vie, lorsque vous devez prendre des décisions personnelles et pastorales difficiles, au début et au terme de vos journées. Je peux vous assurer que "j'ai fait cette expérience et j'en ai reçu force, consolation et soutien !" (Ecclesia de Eucharistia, n. 25).
4. Chers ordinands, configurés au Christ Bon Pasteur vous serez les ministres de la divine miséricorde. Vous administrerez le sacrement de la Réconciliation, en remplissant ainsi le mandat transmis par le Seigneur aux Apôtres après la résurrection : "Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus" (Jn 20, 22-23). De combien de miracles et de prodiges opérés par la miséricorde de Dieu dans le confessionnal deviendrez-vous les témoins !
Mais pour pouvoir accomplir dignement la mission qui vous est aujourd'hui confiée, vous devrez rester en union constante avec Dieu dans la prière, et faire vous-mêmes l'expérience de son amour miséricordieux à travers une pratique régulière de la Confession, en vous laissant également guider par des conseillers spirituels experts, en particulier dans les moments les plus délicats de l'existence.
5. Très chers frères et sœurs du diocèse de Rome et vous tous qui entourez ces ordinands ! Le prêtre, appelé de façon particulière à tendre vers la sainteté, est pour le peuple chrétien dans son ensemble le témoin de l'amour et de la joie du Christ. À l'exemple du Bon Pasteur, il aide les croyants à suivre le Christ,  en  lui  rendant son  amour. Soyez proches de vos prêtres ; accompagnez-les par une prière constante et demandez au Seigneur avec insistance que les ouvriers ne manquent jamais à sa moisson.
Et Toi, Marie, "Femme eucharistique", Mère et modèle de chaque prêtre, reste aux côtés de tes fils, aujourd'hui et au cours des années de leur ministère pastoral. Comme l'Apôtre Jean, ils t'accueillent aujourd'hui "dans leur maison". Fais qu'ils rendent leur vie conforme à celle du Divin Maître, qui les a choisis comme ses ministres. Que le :  "Me voici", qui vient d'être proclamé par chacun avec un enthousiasme juvénile, s'exprime chaque jour dans la généreuse adhésion aux tâches du ministère et fleurisse dans la joie du "magnificat" pour les "grandes choses" que la miséricorde de Dieu voudra opérer à travers leurs mains. Amen.
MESSE ET PROCESSION EUCHARISTIQUE
EN LA SOLENNITÉ DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST
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