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HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, Basilique de Saint-Jean-de-Latran, Jeudi 19 juin 2003
1. "Ecclesia de Eucharistia vivit - L'Église vit de l'Eucharistie". C'est par ces paroles que commence la Lettre encyclique sur l'Eucharistie, que j'ai signée le Jeudi Saint dernier, au cours de la Messe in Cena Domini. Aujourd'hui, la solennité du "Corpus Domini" rappelle cette célébration suggestive, en nous faisant revivre, dans le même temps, l'intense atmosphère de la Dernière Cène.
"Prenez, ceci est mon corps... Ceci est mon sang" (Mc 14, 22-24). Nous écoutons à nouveau les paroles de Jésus, alors qu'il offre aux disciples le pain devenu son Corps, et le vin devenu son Sang. Il inaugure ainsi le nouveau rite pascal : l'Eucharistie est le sacrement de l'Alliance nouvelle et éternelle.
À travers ces gestes et ces mots, le Christ porte à son accomplissement la longue pédagogie des rites antiques, qui vient d'être réévoquée par la première Lecture (cf. Ex 24, 3-8).
2. L'Église revient constamment au Cénacle comme lieu de sa naissance. Elle y revient car le don eucharistique établit  une mystérieuse "contemporanéité" entre la Pâque du Seigneur et le devenir du monde et des générations (cf. Ecclesia de Eucharistia, n. 5).
Ce soir aussi, avec une profonde gratitude à Dieu, nous nous arrêtons en silence devant le mystère de la foi - mysterium fidei. Nous le contemplons avec ce sentiment intime, que dans l'Encyclique, j'ai appelé l'"admiration eucharistique" (ibid. n. 6). Une admiration profonde et reconnaissante face au Sacrement dans lequel le Christ a voulu "concentrer" pour toujours tout son mystère d'amour (cf. ibid., n. 5).
Nous contemplons le visage eucharistique du Christ, comme l'ont fait les Apôtres et, par la suite, les saints de tous les siècles. Nous le contemplons en particulier en nous mettant à l'école de Marie, "par sa vie tout entière [...] femme "eucharistique"" (n. 53), Elle qui fut "le premier "tabernacle" de l'histoire" (ibid., n. 55).
3. Telle est la signification de la belle tradition du Corpus Domini qui se renouvelle ce soir. À travers celle-ci, l'Église qui est à Rome manifeste également son lien constitutif avec l'Eucharistie, elle professe avec joie qu'elle "vit de l'Eucharistie".
De l'Eucharistie vivent son Évêque Successeur de Pierre, et les frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce ; de l'Eucharistie vivent les religieux et les religieuses, les laïcs consacrés et tous les baptisés.
De l'Eucharistie vivent, en particulier, les familles chrétiennes, auxquelles a été consacré il y a quelques jours le Congrès ecclésial diocésain. Très chères familles de Rome ! Que la présence eucharistique vivante du Christ alimente en vous la grâce du mariage et vous permette de progresser sur la voie de la sainteté conjugale et familiale. Puisez à cette source le secret de votre unité et de votre amour, en imitant l'exemple des bienheureux époux Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi, qui commençaient leurs journées en s'approchant de la table eucharistique.
4. Après la Messe, nous nous dirigerons en priant et en chantant vers la Basilique Sainte-Marie-Majeure. Par cette procession, nous entendons exprimer de façon symbolique notre condition de pèlerins, "viatores", vers la patrie céleste.
Nous ne sommes pas seuls dans notre pèlerinage :  le Christ marche avec nous, pain de la vie, "panis angelorum, / factus cibus viatorum - pain des anges, / pain des pèlerins" (Séquence).
Jésus, nourriture spirituelle qui alimente l'espérance des croyants, nous soutient dans cet itinéraire vers le Ciel et il renforce notre communion avec l'Église céleste.
Que la Très Sainte Eucharistie, coin de Paradis qui s'ouvre sur la terre, traverse les nuages de notre histoire. Comme un rayon de la gloire de la Jérusalem céleste, elle illumine notre chemin (cf. Ecclesia de Eucharistia, n. 19).
5. "Ave, verum corpus natum de Maria Virgine" :  Ave, véritable corps du Christ, né de la Vierge Marie !
L'âme se répand en une adoration émerveillée face à un Mystère aussi sublime.
"Vere passum, immolatum in cruce pro homine". De ta mort sur la Croix, ô Seigneur, naît pour nous la vie qui ne meurt pas.
"Esto nobis praegustatum mortis in examine". Fais, ô Seigneur, que chacun de nous, nourri de Toi, puisse affronter avec une espérance confiante chaque épreuve de la vie, jusqu'au jour où tu seras  notre viatique pour le dernier voyage, vers la maison du Père.
"O Iesu dulcis ! O Iesu pie ! O Iesu, fili Mariae ! - Ô doux Jésus ! Ô pieux Jésus ! Ô Jésus, Fils de Marie !"
Amen.
CHAPELLE PAPALE EN LA SOLENNITÉ DES SAINTS APÔTRES
PIERRE ET PAUL


HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, Dimanche 29 juin 2003
1. "Le Seigneur, lui, m'a assisté et m'a rempli de force" (2 Tm 4, 17).
C'est ainsi que saint Paul décrit à Timothée l'expérience vécue au cours de l'emprisonnement à Rome. Toutefois, ces paroles peuvent se référer à toute l'histoire missionnaire de l'Apôtre des nations, ainsi qu'à celle de saint Pierre. Dans la liturgie d'aujourd'hui, cela est attesté par le passage des Actes des Apôtres, qui présente la libération prodigieuse de Pierre de la prison d'Hérode et d'une probable condamnation à mort.
La première et la deuxième lecture, mettent donc en lumière le dessein providentiel de Dieu pour ces deux Apôtres. Ce sera le Seigneur lui-même qui les conduira à l'accomplissement de leur mission, un accomplissement qui aura lieu précisément ici, à Rome, où les deux élus donneront leur vie pour Lui, en fécondant l'Église par leur sang.
2. "Et ils sont devenus les amis de Dieu" (Antienne de début). Amis de Dieu ! Le terme "amis" est plus que jamais éloquent, si l'on pense qu'il sortit de la bouche de Jésus au cours de la dernière Cène :  "Je ne vous appelle plus serviteurs - dit-il - ... mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître" (Jn 15, 15).
Pierre et Paul sont des "amis de Dieu" à un titre particulier, car ils ont bu la coupe du Seigneur. Jésus a changé leur nom, au moment où il les a appelés à son service :  à Simon, il a donné celui de Céphas, c'est-à-dire "roc", d'où Pierre ; à Saul, le nom de Paul, qui signifie "petit". La Préface d'aujourd'hui les place en parallèle :  "Pierre, qui le premier confessa la foi dans le Christ, / Paul, qui illumina les profondeurs du mystère ; / le pêcheur de Galilée, / qui constitua la première communauté avec les justes d'Israël, / le maître et le docteur, qui annonça le salut à toutes les nations".
3. "Béni soit le Seigneur qui libère ses amis" (Psaume responsorial). Si nous pensons à la vocation et à l'histoire personnelle des deux Apôtres Pierre et Paul, nous remarquons comment la charge apostolique et missionnaire a été proportionnelle à la profondeur de leur conversion. Éprouvés par l'expérience amère de la misère humaine, ils ont été libérés par le Seigneur.
Grâce à l'humiliation du reniement et aux larmes abondantes qui le purifièrent intérieurement, Simon devint Pierre, c'est-à-dire le "roc" :  affermi par la force de l'Esprit, il déclara par trois fois son amour à Jésus, recevant le mandat d'en paître le troupeau (cf. Jn 21, 15-17).
L'expérience de Saul fut analogue : ce Seigneur, qu'il persécutait (cf. Ac 9, 5), "l'appela par sa grâce" (cf. Ga 1, 15) en le foudroyant sur la route de Damas. Il le libéra  ainsi de ses préjugés, en le transformant radicalement, et il en fit "un instrument élu" pour apporter son nom à toutes les nations (cf. Ac 9, 15).
Tous deux devinrent de cette façon des "amis du Seigneur".
4. Très chers et vénérés confrères Archevêques métropolitains, venus pour recevoir le Pallium, vos histoires sont toutes différentes, mais vous avez tous été comptés par le Seigneur au nombre de ses "amis".
Alors que je m'apprête à vous remettre ce symbole liturgique traditionnel, que vous porterez lors des célébrations solennelles en signe de communion avec le Siège apostolique, je vous invite à toujours le considérer comme la mémoire de l'amitié sublime du Christ, que nous avons l'honneur et la joie de partager. Au nom du Seigneur, devenez, à votre tour, des "amis" de tous ceux que Dieu vous a confiés.
Vos Sièges épiscopaux se trouvent dans diverses régions de la terre :  en imitant le Bon Pasteur, soyez vigilants et attentifs pour chacune de vos communautés. Apportez-leur également mon salut cordial, en même temps que l'assurance que le Pape prie pour tous, et en particulier pour ceux qui sont soumis à de dures épreuves et qui rencontrent de grandes difficultés.
5. La joie de la fête d'aujourd'hui est rendue plus intense par la présence de la délégation envoyée également cette année par Sa Sainteté Bartholomaios I, Patriarche oecuménique. Elle est guidée par mon vénéré Frère l'Archevêque d'Amérique, Dimitrios. Je vous souhaite la bienvenue, chers et vénérés frères ! Je vous salue au nom du Seigneur et je vous demande de transmettre mon baiser de paix à mon bien-aimé frère dans le Christ, le Patriarche Bartholomaios.
L'échange réciproque des délégations, pour la fête de saint André, à Constantinople, et pour celle des saints Pierre et Paul, à Rome, est devenue, au fil du temps, un signe éloquent de notre engagement visant à la pleine unité.
Le Seigneur, qui connaît nos faiblesses et nos hésitations, nous promet son aide  pour  surmonter les obstacles qui empêchent la concélébration de l'unique Eucharistie. C'est pourquoi, vénérés frères, vous accueillir et vous avoir à mes côtés au cours de cette rencontre liturgique rend l'espérance plus solide et donne une forme concrète à cette aspiration qui nous pousse vers la pleine communion.
6. "Avec divers dons, ils ont édifiés l'unique Église" (Préface). Cette affirmation, qui se réfère aux Apôtres Pierre et Paul, semble précisément mettre en évidence l'engagement de rechercher l'unité par tous les moyens possibles, en répondant à l'invitation, plusieurs fois répétée par Jésus au Cénacle, "ut unum sint !".
En tant qu'Évêque de Rome et Successeur de Pierre, je renouvelle aujourd'hui, dans le cadre suggestif de cette fête, ma pleine disponibilité à me mettre au service de la communion entre tous les disciples du Christ. Très chers frères et sœurs, aidez-moi par le soutien incessant de votre prière. Invoquez pour moi l'intercession céleste de Marie, Mère de l'Église, et des saints Apôtres Pierre et Paul.
Que Dieu nous accorde d'accomplir la mission qu'il nous a confiée, en pleine fidélité jusqu'au dernier jour, afin de former dans le lien de sa charité un seul cœur et une seule âme (cf. Oraison après la Communion). Amen !
VOYAGE APOSTOLIQUE
DE SA SAINTETÉ JEAN-PAUL II
EN SLOVAQUIE


HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, Banská Bystrica, Vendredi 12 septembre 2003
1. "Mon cœur exulte dans le Seigneur" (Psaume responsorial). C'est avec une joie intime et une profonde reconnaissance envers Dieu que je me trouve aujourd'hui sur cette place avec vous, chers frères et sœurs, pour célébrer la mémoire du Saint Nom de Marie.
Le lieu où nous nous trouvons est particulièrement significatif dans l'histoire de votre ville :  en effet, celui-ci rappelle le respect et la dévotion de vos pères envers le Seigneur tout-puissant et la Très Sainte Vierge, mais également la tentative de profaner ce précieux héritage, perpétrée par un régime obscur au cours d'années récentes. La statue de la Vierge Marie est le témoin silencieux de tout cela.
Je vous salue tous de grand cœur : en premier lieu votre Évêque, Mgr Rudolf Baláz, que je remercie des paroles cordiales avec lesquelles il m'a accueilli, et l'Évêque auxiliaire, Mgr Tomás Gális. Je salue également les Cardinaux, les Évêques, les prêtres, les religieux, les religieuses, les séminaristes, ainsi que les laïcs qui, dans divers domaines, représentent les forces vives de cette Église diocésaine, et enfin tous ceux qui sont venus des diocèses et des pays voisins.
Mon salut s'adresse également avec un cordial respect à Monsieur le Président de la République et aux Autorités civiles et militaires présentes. Je remercie chacun de l'aide précieuse qu'il a apportée à la préparation de ma visite.
2. "Je suis la servante du Seigneur !" (Lc 1, 38), dit Marie dans le passage évangélique que nous venons d'écouter. Elle s'adresse à l'Ange Gabriel, qui lui communique l'appel de Dieu à devenir la mère de son Fils. L'Incarnation du Verbe constitue le point décisif du "projet" manifesté par Dieu dès le début de l'histoire humaine, après le premier péché. Il veut transmettre aux hommes sa vie elle-même, en les appelant à devenir ses fils. Il s'agit d'un appel qui attend la réponse de chacun. Dieu n'impose pas le salut ; il le propose comme initiative d'amour, à laquelle il faut répondre par un libre choix, motivé lui aussi par l'amour.
Le dialogue entre l'Ange et Marie, entre le ciel et la terre est, dans ce sens, exemplaire :  nous voulons en tirer quelques indications pour nous.
3. L'Ange présente les attentes de Dieu pour l'avenir de l'humanité, Marie répond en portant de façon responsable l'attention sur sa situation présente : elle est fiancée à Joseph, promise à lui comme épouse (cf. Lc 1, 34). Marie ne soulève aucune objection en ce qui concerne l'avenir de Dieu, mais demande des explications en ce qui concerne le présent humain dans lequel elle est impliquée. À sa demande, Dieu répond en entrant en dialogue avec Elle. Il aime avoir à faire à des personnes responsables et libres.
Quelle leçon pouvons-nous tirer de tout cela ? Marie nous montre le chemin vers une liberté ayant atteint sa maturité. À notre époque, il existe de nombreux chrétiens baptisés qui n'ont pas encore assumé leur foi de façon adulte et consciente. Ils se proclament chrétiens, mais ne réagissent pas avec une pleine responsabilité à la grâce reçue ; ils ne savent pas encore ce qu'ils veulent et pourquoi ils le veulent.
Telle est la leçon à tirer aujourd'hui :  il est urgent d'éduquer à la liberté. Il est urgent, en particulier, que dans les familles, les parents éduquent à la juste liberté leurs enfants, pour les préparer à apporter une réponse opportune à l'appel de Dieu. Les familles sont le vivier dans lequel se forment les petites plantes des nouvelles générations. C'est dans les familles que se forme l'avenir des nations.
Précisément dans cette perspective, je souhaite que le Synode diocésain, que vous vous apprêtez à célébrer, constitue une occasion privilégiée pour relancer la pastorale familiale et trouver des voies toujours nouvelles pour l'annonce de l'Évangile aux nouvelles générations de cette noble Terre slovaque.
4. "Je suis la servante du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole !" (Lc 1, 38). Marie croit et pour cela, dit oui. Il s'agit d'une foi qui devient vie :  elle devient engagement envers Dieu, qui la remplit de son être à travers la maternité divine, et engagement envers le prochain, qui attend son aide dans la personne de sa cousine Élisabeth (cf. Lc 1, 39-56). Marie s'abandonne librement et consciemment à l'initiative de Dieu, qui réalisera en Elle ses "merveilles" :  mirabilia Dei.
Face à l'attitude de la Vierge, chacun de nous est invité à réfléchir :  Dieu a un projet pour chacun ; à chacun, Il adresse son "appel". Ce qui compte est de savoir reconnaître cet appel, de savoir l'accueillir, de savoir lui être fidèle.
5. Chers frères et sœurs, faisons place à Dieu ! Dans la variété et la richesse des diverses vocations, chacun est appelé, à l'exemple de Marie, à accueillir Dieu dans sa vie et à parcourir avec Lui les routes du monde, en annonçant son Évangile et en témoignant de son amour.
Que cela soit l'engagement que nous prenons tous ensemble aujourd'hui, en le déposant avec confiance entre les mains maternelles de Marie. Que son intercession nous obtienne le don d'une foi forte, qui rende limpide l'horizon de l'existence et transparents l'esprit, l'âme et le cœur.
Je confie à la Vierge Marie votre diocèse de Banská Bystrica, votre Évêque, les prêtres, les religieux et les religieuses et chacun de vous. Amen !
MESSE DE MINUIT


HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE, NOËL 24 décembre 2003
1. « Puer natus est nobis, filius datus est nobis » (Is 9,5).
Les paroles du prophète Isaïe, proclamées dans la première lecture, contiennent la vérité de Noël, que nous revivons ensemble au cours de cette nuit.
Un Enfant naît. Apparemment, un enfant parmi tant d’autres dans le monde. Un Enfant naît dans une étable B Bethléem. Il naît donc dans une condition d’extrême dénuement : pauvre parmi les pauvres.
Mais Celui qui naît est « le Fils » par excellence : Filius datus est nobis. Cet Enfant est le Fils de Dieu, consubstantiel au Père. Annoncé par les prophètes, il s’est fait homme par l’action de l’Esprit Saint dans le sein d’une Vierge, Marie.
Tout B l’heure, lorsque, dans le Credo, nous chanterons : « et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine et homo factus est », nous nous mettrons tous B genoux. Nous méditerons en silence le mystère qui s’accomplit : « Et homo factus est ! » Le Fils de Dieu vient parmi nous et nous, nous l’accueillons B genoux.
2. « Le Verbe s’est fait chair » (Jn 1,14). En cette nuit extraordinaire, le Verbe éternel, le « Prince de la Paix » (Is 9,5), naît dans la grotte froide et misérable de Bethléem.
« Ne craignez pas », dit l’ange aux bergers, « aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur » (Lc 2,11). Comme les bergers anonymes et privilégiés, nous aussi, accourons B la rencontre de Celui qui a changé le cours de l’histoire.
Dans l’extrême pauvreté de la crèche, nous contemplons « un enfant nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2,12). Dans le nouveau-né vulnérable et fragile, qui vagit entre les bras de Marie, « la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes » (Tt 2,11). Restons dans le silence et adorons !
3. Ô Enfant, Toi qui as voulu avoir pour berceau une mangeoire ; ô Créateur de l’univers, Toi qui t’es dépouillé de ta gloire divine ; ô notre Rédempteur, Toi qui as offert en sacrifice ton corps sans défense pour le salut de l’humanité ! Que la splendeur de ta naissance illumine la nuit du monde. Que la puissance de ton message d’amour détruise les assauts orgueilleux du malin. Puisse le don de ta vie nous faire comprendre toujours davantage le prix de la vie de chaque être humain.
Trop de sang coule encore sur la terre ! Trop de violence et de conflits troublent les relations sereines entre les nations !
Tu viens nous apporter la paix. Tu es notre paix ! Toi seul peux faire de nous « un peuple purifié » qui t’appartienne pour toujours, un peuple « ardent B faire le bien » (Tt 2,14).
4. Puer natus est nobis, filius datus est nobis ! Quel mystère insondable recouvre l’humilité de cet Enfant ! Nous voudrions presque le toucher ; nous voudrions l’embrasser.
Toi, Marie, qui veilles sur ton Fils tout-puissant, donne-nous tes yeux pour le contempler avec foi ; donne-nous ton cœur pour l’adorer avec amour.
Dans sa simplicité, l’Enfant de Bethléem nous enseigne B redécouvrir le sens véritable de notre existence ; il nous apprend B « vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux » (Tt 2,12).
5. Ô Sainte Nuit, tant attendue, toi qui as uni Dieu et l’homme pour toujours ! Tu rallumes en nous l’espérance. Tu nous remplis d’étonnement émerveillé. Tu nous assures le triomphe de l’amour sur la haine, de la vie sur la mort.
C’est pourquoi nous demeurons dans l’émerveillement et nous prions.
Dans le silence lumineux de ton Noël, Toi, l’Emmanuel, tu continues B nous parler. Et nous, nous sommes prêts B t’écouter. Amen !
MESSE EN LA SOLENNITÉ DE LA TRÈS SAINTE MÈRE DE DIEU ET
DE LA XXXVII JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX


HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Jeudi 1er janvier 2004
1. "Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d'une femme" (Ga 4, 4).
Aujourd'hui, Octave de Noël, la liturgie nous présente l'icône de la Mère de Dieu, la Vierge Marie. L'Apôtre Paul indique en Elle la "femme", à travers laquelle le Fils de Dieu et entré dans le monde. Marie de Nazareth est la Theotokos, Celle qui a "donné le jour au Roi qui gouverne le ciel et la terre pour les siècles des siècles" (Antienne d'entrée ; cf. Sedulio).
Au début de cette nouvelle année nous nous mettons docilement à son école. Nous désirons apprendre d'Elle, la Mère sainte, à accueillir dans la foi et dans la prière le salut que Dieu ne cesse de donner à ceux qui ont confiance dans son amour miséricordieux.
2. Dans ce climat d'écoute et de prière, nous rendons grâce à Dieu pour cette nouvelle année :  qu'elle soit pour tous une année de prospérité et de paix !
Avec ce souhait, je suis heureux d'adresser mon salut respectueux à MM. les Ambassadeurs du Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, présents à la célébration d'aujourd'hui. Je salue cordialement le Cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d'État, et mes collaborateurs de la Secrétairerie d'État. Avec eux, je salue le Cardinal Renato Raffaele Martino, ainsi que tous les membres du Conseil pontifical "Justice et Paix". Je leur suis reconnaissant pour l'engagement dont ils ont fait preuve afin de diffuser partout l'invitation  à la paix, que l'Église proclame constamment.
3. "Un engagement toujours actuel :  éduquer à la paix" :  tel est le thème du Message pour la Journée mondiale de la Paix d'aujourd'hui. Il se rattache en esprit à ce que j'ai proposé au début de mon pontificat, en réaffirmant l'urgence et la nécessité de former les consciences à la culture de la paix. La paix est  possible - ai-je voulu répéter - elle  est  aussi  un  devoir  (Cf. Message, n. 4).
Face aux situations d'injustice et de violence qui oppriment diverses régions du monde, devant la permanence de conflits armés souvent oubliés par l'opinion publique, il devient toujours plus nécessaire de construire ensemble des chemins de paix ; il devient donc indispensable d'éduquer à la paix.
Pour le chrétien "proclamer la paix c'est annoncer le Christ qui est "notre paix" (Ep 2, 14), c'est annoncer son Évangile, qui est "l'Évangile de la paix" (Ep 6, 15), c'est appeler tous les hommes à vivre la béatitude invitant à être des "artisans de paix" (cf. Mt 5, 9)" (Message, n. 3). De l'"Évangile de la Paix" était également témoin Mgr Michael Aidan Courtney, mon représentant en tant que Nonce apostolique au Burundi, tragiquement tué il y a quelques jours alors qu'il accomplissait sa mission en faveur du dialogue et de la réconciliation. Prions pour lui, en souhaitant que son exemple et son sacrifice portent des fruits de paix au Burundi et dans le monde.
4. Chaque année, en ce temps de Noël, nous revenons en esprit à Bethléem pour adorer l'Enfant couché dans la crèche. La Terre où naquit Jésus continue malheureusement de vivre des situations dramatiques. Dans d'autres parties du monde également les foyers de violence et les conflits ne s'éteignent pas. Il faut cependant persévérer sans céder à la tentation du découragement. Un effort est nécessaire de la part de tous, afin que soient respectés les droits fondamentaux des personnes à travers une éducation constante à la légalité. Dans ce but, il faut se prodiguer pour dépasser "la logique de la simple justice" et "s'ouvrir également à celle du pardon". En effet, "il n'y a pas de paix sans pardon !" (cf. Message, n. 10).
On ressent toujours davantage la nécessité d'un nouvel ordre international, qui mette à profit l'expérience et les résultats obtenus au cours de ces années par l'Organisation des Nations unies ; un ordre qui soit en mesure d'apporter aux problèmes d'aujourd'hui des solutions adaptées, fondées sur la dignité de la personne humaine, sur un développement intégral de la société, sur la solidarité entre les pays riches et les pays pauvres, sur le partage des ressources et des résultats extraordinaires du progrès scientifique et technique.
5. "L'amour est la forme la plus haute et la plus noble de relation des êtres humains entre eux" (ibid.). Cette conscience m'a guidé dans la rédaction du Message pour la Journée mondiale de la Paix d'aujourd'hui. Que Dieu nous aide à construire tous ensemble la "civilisation de l'amour". Seule une humanité dans laquelle l'amour vaincra sera en mesure de jouir d'une paix authentique et durable.
Que Marie obtienne pour nous ce don. Puisse-t-Elle nous soutenir et nous accompagner sur le chemin difficile et exaltant de l'édification de la paix. C'est pour cela que nous prions avec confiance, sans nous lasser :  Marie, Reine de la Paix, prie pour nous !
LITURGIE DE LA PAROLE PRÉSIDÉE PAR LE SAINT-PÈRE
DANS LA BASILIQUE VATICANE


HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, Mercredi des Cendres, 25 février 2004
1. "Ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra" (Mt 6, 4.6.18). Cette parole de Jésus est adressée à chacun de nous au début de notre chemin quadragésimal. Nous le commençons par l'imposition des cendres, geste pénitentiel austère, si cher à la tradition chrétienne. Il souligne la conscience de l'homme pécheur face à la majesté et à la sainteté de Dieu. Dans le même temps, il manifeste sa disponibilité à accueillir et à traduire en choix concrets l'adhésion à l'Évangile.
Les formules qui l'accompagnent sont très éloquentes. La première, tirée du Livre de la Genèse : "Car tu es poussière et tu retourneras à la poussière" (cf. 3, 19), évoque la condition humaine actuelle, placée sous le signe de la caducité et de la limite. La seconde reprend les paroles de l'Évangile : "Repentez-vous et croyez à l'Évangile" (Mc 1, 15), qui constituent un appel pressant à changer de vie. Les deux formules nous invitent à entrer dans le Carême dans une attitude d'écoute et de conversion sincère.
2. L'Évangile souligne que le Seigneur "voit dans le secret", c'est-à-dire qu'il scrute le cœur. Les gestes extérieurs de pénitence ont une valeur s'ils sont l'expression d'une attitude intérieure, s'ils manifestent la ferme volonté de s'éloigner du mal et de parcourir la voie du bien. C'est ici que réside le sens profond de l'ascèse chrétienne.
"Ascèse" :  le mot lui-même évoque l'image d'une montée vers des sommets élevés. Cela comporte nécessairement des sacrifices et des renoncements. Il faut en effet réduire à l'essentiel l'équipage pour ne pas surcharger le voyage ; il faut être disposés à affronter toutes les difficultés et surmonter tous les obstacles pour atteindre l'objectif établi. Pour devenir d'authentiques disciples du Christ, il est nécessaire de renoncer à soi-même, de prendre sa croix chaque jour et de le suivre (cf. Lc 9, 23). C'est le chemin difficile de la sainteté, que chaque baptisé est appelé à parcourir.
3. Depuis toujours, l'Église indique certains instruments utiles pour marcher sur cette voie. C'est avant tout l'humble et docile adhésion à la volonté de Dieu accompagnée d'une prière incessante ; ce sont les formes pénitentielles typiques de la tradition chrétienne, comme l'abstinence, le jeûne, la mortification et le renoncement également à des biens en soi légitimes ; ce sont les gestes concrets d'accueil à l'égard du prochain, que la page d'aujourd'hui de l'Évangile évoque à travers la parole "aumône". Tout cela est reproposé avec une plus grande intensité au cours de la période du Carême, qui représente, à cet égard, un "temps fort" d'entraînement spirituel et de service généreux à nos frères.
4. À cet égard, dans le Message pour le Carême, j'ai voulu attirer l'attention en particulier sur les conditions difficiles dans lesquelles se trouvent tant d'enfants dans le monde, en rappelant les paroles du Christ :  "Celui qui accueillera un enfant comme celui-ci en mon nom, c'est moi qu'il accueille" (Mt 18, 5). Qui, en effet, plus que l'enfant sans défense et fragile, a besoin d'être défendu et protégé ?
Les problématiques qui touchent le monde de l'enfance sont nombreuses et complexes. Je souhaite vivement que soit réservé à nos frères les plus petits, souvent abandonnés à eux-mêmes, le soin qui leur est dû notamment grâce à notre solidarité. C'est une façon concrète de manifester notre effort pour le Carême.
Très chers frères et sœurs, c'est avec ces sentiments que nous commençons le Carême, un chemin de prière, de pénitence et d'authentique ascèse chrétienne. Que Marie, la Mère du Christ, nous accompagne. Que son exemple et son intercession nous permettent de poursuivre avec joie le chemin vers Pâques.
CÉLÉBRATION DU DIMANCHE DES RAMEAUX
ET DE LA PASSION DU SEIGNEUR
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